À l’occasion de la rencontre annuelle La Fête de la Banane 🍌 à Paris, une délégation de l’association Armepes_France_Ganbanaaxu a pris part aux activités. Notre vice-président Samba Fofana est accompagné par le SG AboulayeTraoré, un chargé des relations extérieures Dambou Keita et un chargé de Com Ousmane Traoré (soninké facile), le doyen et cheikh Dramane Camara, le coordinateur de Tistaye SalyCissoko. Une équipe de nos sœurs camarades militantes était grandement de partie lors de cet événement associatif.
À l’occasion notre stand Ganbanaaxu a exposé nos éléments dérivés portant les idéaux d’égalité, de fraternité et de dignité. Lors d’une prise de parole, nos représentants ont décliné avec pertinence les objectifs de notre militantisme contre les mentalités rétrogrades de l’esclavage par ascendance qui sévissent aujourd’hui encore au 21 ème dans la communauté soninké.
✓Nos vifs remerciements à l’association organisatrice « La cantine le monde Bouge ».
Samedi 18 septembre 2021, sous la statue de Cicérone dans le cœur de la ville d’Arpino en Italie, le député Biram Dah Abeid en discussion avec le prestigieux professeur émérite de droit public comparé Mario Patrono, sur la crise du droit constitutionnel en Afrique et dans le monde Arabe. Dans quelques instants, les deux hommes monteront sur le podium, avec un troisième conférencier, le professeur de philosophie classique Giorgio Piras, pour animer la conférence de l’année sur l’œuvre de l’homme d’Etat, homme de lettres et juriste romain MarcusTilluis Cicérone (106-43 avant Jesus Christ). La conférence est thématisée sur les droits humains dans le monde et les droits constitutionnels en Afrique, cas de la Mauritanie.
Après l’allocution du député Biram Dah Abeid à la fin de la conférence qui pour titre : « Liberté C’est la Faculté de Vivre Comme On Veut », sous le patronage du maire d’Arpino Renato Réa, la modération de l’assesseur culturel NicoloCasinelli, la présence du vice-président du conseil régional Mauro Bushchini, et une pléthore de professeurs dont les deux conférenciers qui ont pris la parole en plus du président des réseaux IRA-Mauritanie, Monsieur le Maire Réa a remis à BDA le Cicérone du nom de l’éminent homme d’Etat, juriste et homme de lettres romain.
Il m’a été demandé de réfléchir dans une approche comparative voire dialectique sur les mots racisme et féodalité. J’avoue que j’étais gêné et même quelque peu embarrassé par l’offre. En effet, dans le tréfonds de la sagesse Soninké, il existe une inspiration rationnelle exprimée dans les proverbes et dictons, qui s’est émancipée du primat et diktat de la pensée et de la philosophie dominantes de l’asservissement. Ainsi, on a l’habitude de dire chez les Soninké « qu’il ne faut pas comparer deux grains de sel : la différence est dans le poids et non pas dans la saveur ». N’est-ce pas une sagesse ! Du coup, j’ai trouvé le sujet sans intérêt. Mais au fur et à mesure de la réflexion, il m’est apparu intéressant et à la fois pertinent. Même si la morale soutient qu’il ne faut pas comparer deux maux, il faut plutôt les combattre : ils se valent quel qu’ils soient. Cependant, ce n’est nullement du cynisme que de vouloir mettre en opposition ces deux concepts. J’entends ainsi les combattre en les mettant à nu, comme des voleurs qu’on mettait à poil au milieu de la journée à la place publique, autrefois quand j’étais enfant, au temps où le vol était un acte répréhensible. Appartenant à un pays multi-ethniques et multiculturels, cette comparaison m’est apparue problématique, irrésistible et envoutante à la fois : je suis contrarié et pris dans un dilemme. En effet, il s’agit de parler de deux maux, deux malédictions, deux abominations. A présent, je suis gagné et vaincu par le mal de ma profession : l’autocensure. J’en viens à mesurer aussitôt la « dangerosité » du sujet : deux maux comme deux grenades dans mes mains et qui peuvent être dégoupillées à tout moment. C’est un acte suicidaire. Il faut du courage et beaucoup de courage pour traiter ce sujet. Je prends l’avis d’un camarade de promotion, plus brillant et plus courageux : naturellement sa réponse est un encouragement. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Après moult hésitations, c’est le oui qui finit par l’emporter comme dans un référendum. Et voilà ! Je me décide maintenant, chers compatriotes à livrer ma réflexion sur ce sujet pour servir l’intérêt général et agissant désormais sous la légitimité et la légalité référendaires de la victoire du « oui ».
Le racisme pour faire simple est une idéologie qui repose sur le postulat selon lequel, l’espèce humaine est constituée de plusieurs races ou catégories dont certaines sont intrinsèquement supérieures à d’autres, sur la base d’une différence liée à la couleur de la peau, à la culture, ou encore à l’ethnie etc.
Au regard de cette définition, le racisme reste fondamentalement une façon d’agir et de se comporter, foncièrement nocive, par ce que se fondant sur une idéologie par essence dogmatique, extrémiste, ségrégationniste et intolérante du fait qu’elle refuse et réprouve la différence. Ainsi, le mot racisme traduit avec euphémisme haine, mépris, diabolisation, répugnance et préjugés : toute une construction hégémonique et suprématiste aux relents fascistes ou nazis. La féodalité, qu’est-ce que c’est ? Dans le contexte africain qui nous intéresse, la féodalité résulterait de la division sociale du travail. Dans cet esprit, elle est plutôt perçue comme une stratégie de gouvernance, de gouvernement et de gestion de la collectivité en vue de survivre et de dominer la nature à une époque où « l’homme était un loup pour l’homme ». Expliquée de cette manière, la féodalité découle de la stratification sociale, un mode d’organisation social pyramidal où tous les membres ne sont pas logés dans la même enseigne. Ce qui explique l’existence de plusieurs statuts sociaux à valeurs inégales qu’on peut caricaturer d’ascendants ou descendants, valorisants ou dévalorisants ou encore intermédiaires, médianes auxquels sont affectés des rôles sociaux et des personnalités dans un ensemble territorial, socioculturel et historique cohérent. C’est un système parfaitement adapté au mode de travail, d’organisation et de production des sociétés traditionnelles pour ne pas dire primitives. Ainsi définie, on comprend aisément que la féodalité est historiquement une valeur, une tradition et une coutume qui a fait l’âge d’or des sociétés ancestrales africaines avec ses hauts et bas, comme tout système. Elle est certes inégalitaire du fait que la naissance détermine la trajectoire sociale de l’individu : aucune autre ascension n’était envisageable en dehors du statut hérité et imposé. Cependant avec le temps et les mutations sociales, les velléités de liberté, d’émancipation et de démocratie, de respect de la dignité humaine, la féodalité est passée de valeur à anti valeur ou contrevaleur. Chaque personne entend désormais s’épanouir et chercher lui-même son chemin en dehors du conformisme familial et communautaire : le « père et l’héritage » ne sont plus immuables et vénérés. . Le temps étant plus fort, agissant silencieusement mais sûrement et résolument telle l’action de l’érosion sur la pierre, le système féodal est à bout de souffle et connaît des entailles fatales. Le temps a eu le dernier mot. Conséquence, le conflit des générations est inévitable. C’est une crise que connaissent toutes les sociétés. Mais c’est seulement, les plus fortes et celles qui ont eu la clairvoyance et la lucidité de confier la gestion de cette crise à des dirigeants éclairés qui réussissent en sortir indemnes. Cette comparaison n’est pas terminée ou dit moins, elle est restée jusqu’ici superficielle. En effet, on s’est limité à étudier séparément ou de manière désarticulée nos concepts objet de notre réflexion. Le racisme tant décrier dans le monde semble à nos yeux moins dangereux que la féodalité. C’est presque de la provocation que de soutenir une telle assertion. Mais dépassionnons le débat. Finalement, je présente toutes mes excuses aux racistes que j’ai tant combattus et dénoncés depuis ma tendre enfance. On m’a vite appris à détester l’Afrique du Sud sous l’apartheid, l’Amérique suprématiste blanche, le colonisateur blanc etc.
Dans cette démarche, je n’ai pu m’empêcher d’aller me recueillir sur les hauts lieux de la traite des noirs sur le continent : Gorée au Sénégal et El Mina au Ghana. Mais au fait, l’enfer c’est toujours l’autre disait le philosophe. Nous sommes tendres avec nous-mêmes et trop exigeants avec les autres. Ne me faites surtout pas dire ce que je n’ai pas dit. Ne tronquez surtout pas mes propos. Si vous devriez me reprendre, citez-moi dans le respect des conventions académiques et universitaires. Dans mon analyse, j’en viens à conclure que le racisme est victime de sa surmédiatisation : Il n’est peut-être pas si mauvais qu’on le pense. En effet, il se nourrit en grande partie des préjugés et de la peur de l’autre souvent présenté à tort comme malédiction et démon. L’ignorance aidant, le raciste se croit supérieur et regarde son vis -à- vis avec une certaine condescendance. Cependant, ses idées ou constructions préétablies et préconçues se délitent petit à petit dès qu’il a l’occasion de côtoyer l’autre. Il en vient au regret et même des fois au mea-culpa : on m’a dit. J’ai appris que … Il paraît que etc. On comprend alors que c’est la distance qui nourrit et entretient le racisme. Le refus d’aller à la rencontre et à la découverte de l’autre. Un éloignement qui n’est pas forcément territorial mais lié à la différence de culturel, de couleur etc. Dès lors une méfiance trop exubérante et excessive entretenue avec une autre communauté risque d’être assimilée à du racisme. Or, nous sommes tous des hommes, l’étranger dans la plupart de nos sociétés fait toujours jaser et est objet de suspicion : la peur de l’inconnu. Mais une fois intégré, l’étranger est assimilé, accepté et regardé avec humanité.
C’est le dénouement d’un long processus de schizophrénie basée sur la stigmatisation de l’autre par ce que différent. Pour preuve, tous les systèmes racistes à travers le monde ont fini par se ramollir : les mariages mixtes autrefois impossibles et même regardés comme des liaisons contre-nature sont devenus un phénomène de mode. Une précision me semble essentielle. Le racisme, ce n’est pas toujours la caractéristique du blanc. C’est malheureusement, l’idée qui habite la plus part d’entre nous. Il existe aussi des noirs racistes nourrissant une haine viscérale vis-à-vis de tout ce qui est blanc ou différent. L’antidote du racisme, c’est à mon sens la tolérance.
L’intolérance conduit à tous les excès et abus : égocentrisme, nombrilisme, xénophobie etc. A contrario, le féodal et sa « victime » appartiennent à la même entité géographique et socioculturelle.
Ils parlent souvent la même langue. Ils présentent des similitudes évidentes comme des vrais jumeaux avec des traits physiques et culturels identiques comme deux gouttes d’eau. La nature n’a pas voulu qu’ils soient différents. Mais, ils s’imposent une différence qui n’existe pas. Une différence qu’ils sont les seuls à voir juste pour asseoir des désirs hégémoniques.
A quelque chose, malheur est bon. Heureusement ! Le raciste les ramène toujours à la raison: il les traite et considère de la même manière. Ils sont logés dans la même enseigne pour lui. D’ailleurs, il ne peut s’empêcher d’en rire, tellement c’est absurde pour lui. En effet, “noble et l’esclave ” dans l’empire féodal présentent et dégagent les mêmes visages et ressemblances. Ce sont deux frères sans fraternité, qui se côtoient et occupent le même espace communautaire stratifié et inégalitaire. Ils entretiennent des relations complexes réglées par la naissance valorisante pour l’un et dévalorisante pour l’autre. Ils ne peuvent jamais être des parents. Ils ne se “marient jamais ensemble”. Ce sont deux mondes qui se côtoient mais ne se rencontrent jamais. Les places, les statuts, le rang, le classement, sur l’échiquier communautaire sont du ressort de l’héritage. Aucune perspective de réhabilitation, de reclassement et même de rectification n’est envisageable pour ceux qui sont placés depuis des générations au bas de l’échelle. Tout est fait pour maintenir chacun dans sa classe. Tout est reproductibilité, calque, fidélité et nostalgie du génie ancestral. Imaginez, une société où le travail, la compétence, l’érudition, la réputation, la probité, la vertu et la sagesse par opposition à la « noblesse héritée » ne sont pas considérées comme des vecteurs d’accession au nom du respect d’une tradition. En dépit de leur pluralité et diversité culturelles, les sociétés humaines sont par essence dynamiques. Elles ne peuvent pas être figées. En effet, l’homme est désir de perfectibilité : il cherche toujours à changer de situation, à s’améliorer et à s’adapter. Le temps, l’environnement, le contexte autant d’éléments endogènes et exogènes imposent leur rythme et cadence. Une musique qu’il faut apprendre à danser au risque de disparaitre, d’être frappé d’anachronisme ou de se faire passer pour un plaisantin.
Ainsi, le raciste au contact avec la réalité à mille et une chances de se repentir. Au contact de la vérité, les préjugés s’effondrent et s’écroulent. En revanche, le féodal est partisan de l’éternel statuquo, de la continuité d’un patrimoine tombé du ciel, sans jamais chercher à comprendre l’origine et la source, la moralité ou l’immoralité, la pertinence et la justesse. Je m’en tiens à mon acquis. C’est tout ! C’est de l’égoïsme surdimensionné doublé de narcissisme. Dans le contexte de notre pays, on critique vertement à longueur de journée et ce de manière infatigable « le racisme blanc » qui résulterait de la peur, de la différence et des conflits inhérents à une scène nationale traversée par plusieurs intérêts et parfois des réalités opposés, divergents ou contradictoires qui peinent souvent à s’accommoder. Normal quand on est différent ! Mais comment expliquer qu’un descendant d’esclave noir ait plus de chance à épouser « une blanche » qu’une femme de sa propre communauté au nom d’une tradition ? Sachant qu’ils parlent la même langue, appartiennent à la même entité géographique, socioculturelle et historique. Soyons logique. Arrêtons de jeter la pierre sur l’autre. Le combat pour la liberté est global, systémique et cohérent. Il ne peut intégrer des cas particuliers. C’est une règle qui n’admet pas d’exceptions. La féodalité qui crie au racisme, c’est courant dans mon pays. C’est l’hôpital qui se moque de la charité. A l’école primaire, l’une des nombreuses chansons que j’apprises disait : “Jamais l’on verra la queue d’une sourie dans l’oreille d’un chat». Cette phrase résume à elle seule le conflit sans fin entre chat et sourie. Qui ne connaît pas le malin plaisir du chat à terroriser la sourie? Mais pourtant, ces deux animaux élevés ensemble deviennent des amis et même des complices au point de voir la queue de la sourie dans la gueule du chat sans risquer de se faire manger. Les bêtes arrivent à apprivoiser leur côté grégaire, sauvage et bestial pour s’adapter aux conditions imposées par l’élevage. Or, dans les sociétés féodales, « le noble et l’esclave » ont dans la plus part des cas grandi ensemble. Ils se sont partagés et même échangés” les choses les plus intimes” mais ils ne peuvent envisager une relation plus humaine. Il leur est impossible d’envisager une amitié d’homme à homme, une véritable parenté : leur rapport reste celui de dominant et de dominé, d’inférieur et de supérieur. En effet, dans cette relation l’un des acteurs est incapable de tendre la main à son « alter égo », de se mettre à sa place, de comprendre ses préoccupations, par ce que trop attaché au prestige et à un statut évanescent qui n’est plus que l’ombre de lui-même, dessert la communauté au lieu de la servir. Le dialogue, la concertation ou la consultation entre les leaders politiques en gestation doit intégrer cette question- à mon sens fondamental- afin que ces assises ne soient pas juste une occasion pour certains hommes politiques de se donner une nouvelle virginité politique en vue de revenir au-devant de la scène politique nationale. Je vous en prie. Dans votre déballage des problèmes de notre pays, osez parler de l’esclavage, de la féodalité plus discriminante que le racisme souvent accusé de plomber les ailes de la nation mauritanienne. Cette comparaison, à la limite de la provocation est loin d’être insensée. Elle m’a amené à la conclusion que le racisme et la féodalité sont tous porteurs des germes de divisions : ils n’ont point de place dans notre république islamique.
Dans le cadre du programme de Recherche – Action EMiFo (« Esclavage et Migrations Forcées dans l’Ouest du Mali ») s’est tenu un atelier de formation des autorités administratives et judiciaires principalement des régions de Kayes, Kita, Nioro et Koulikoro sur l’esclavage par ascendance du 28 juin au 2 juillet 2021. Le lundi 28 juin 2021 la cérémonie d’ouverture a regroupé une centaine de personnes dont les invités et les participants, gouverneurs, préfets magistrats etc. dans l’amphi 1 de la Faculté de Droit Public de Bamako.
Pendant une semaine, les participants ont suivi divers modules pour renforcer leurs connaissances socio-historiques et leur maîtrise des instruments juridiques internationaux et régionaux pour la promotion et la protection des droits humains et la lutte contre l’esclavage par ascendance. Les interventions ont toujours donné lieu à une session de questions-réponses, qui ont permis non seulement d’approfondir le sujet, mais surtout de débattre franchement sur les constats dressés et les recommandations proposées.
Au vu des réponses apportées par les participants au questionnaire de satisfaction distribué en fin d’atelier, la formation est dans l’ensemble un succès. Ils déclarent unanimement que « les thèmes abordés et les discussions ont enrichi [leur] compréhension du sujet », et soulignent dans le questionnaire comme dans les commentaires la qualité des communications proposées comme la qualité des interventions des participants dans les discussions. Formateurs et participants ont tous contribué activement à l’atelier, et soulignent l’importance de lutter efficacement contre l’esclavage par ascendance au Mali et partout ailleurs, tant pour des raisons de respect des droits humains que de stabilité sociale et économique dans une sous-région de plus en plus en proie au conflit.
Le lexique d’une langue est un répertoire plutôt une base de données où sont stockés tous les mots de cette langue.
Il s’agit d’un inventaire extensible suivant la compétence et la performance linguistiques du locuteur.
Au-delà d’être une liste infinie de mots dans laquelle puisent tous les locuteurs d’une langue, le lexique reste un marqueur de la vitalité et du dynamisme de la langue.
Par ailleurs, les mots ne sont jamais neutres et «innocents » : ils sont toujours l’expression d’une manière d’être, de penser, de voir, de se représenter, de présenter le monde et la cosmogonie.
Les mots disent plus que ce qu’on entend. Ils sont trop bavards. Il suffit d’avoir la compétence et le génie de les interroger. Ils véhiculent donc toute une philosophie sociale et populaire, culturelle, cultuelle, historique, empirique, d’une société etc.
Ainsi, le lexique reste le référentiel le plus pertinent et éloquent, comme la « boite noire » qui ne cesse de nous surprendre en révélant tous ses secrets suite à un crash d’avion.
Pour ceux qui ne savent pas, la linguistique est une branche des sciences du langage. Elle se veut descriptive et non prescriptive comme la grammaire : du coup, elle essaie de comprendre, d’expliquer et même de « disséquer » la langue, son objet d’étude, avec la rigueur et l’impartialité requises, lesquelles constituent l’idéal scientifique.
Ceci dit, je vous propose ce corpus tiré de la langue soninké dans une approche à la fois diachronique et synchronique.
Les mots utilisés ici ne représentent qu’un échantillon pour illustrer notre propos. Ils correspondent aux différentes manières de nommer les personnes d’extraction servile.
Singulier – pluriel – signification littérale en français
Kome – Komo : Esclave
Fonlenme – Fonlenmu : littéralement petites gens ou encore qui est diminué, inachevé, retardé, incomplet, déficitaire aux sens physique, morale, éducationnel et congénital.
Tunbare – Tunbaru : c’est spécifique aux femmes, l’équivalent d’esclave “Kome” qui s’emploie pour l’homme et la femme.
Kabu – kabunu : signifie le nombre neuf. Autrefois, pour compter les Soninké procèdent par des tas de dix pour après faire le total. Ainsi dix « Tanmu », est complet, correspond à la noblesse par opposition à neuf (en manque).
Liberte – Liberte : vient du français liberté, très usité en ce moment par ce qu’il veut dire un esclave récalcitrant, révolté ou/et insubordonné.
Comme on peut le constater, ces mots sont, aujourd’hui, encore en usage dans la langue et dans la quasi-totalité des contrées du Guidimakha, particulièrement dans le Guidimakha « d’en Haut » par opposition à celui du fleuve (d’en bas) où les populations sont moins réfractaires au changement en raison de l’influence du Sénégal.
Il faut signaler qu’avec le vent d’émancipation et de liberté, l’usage de ces mots tend à devenir marginal et circonstanciel.
Autrefois et encore aujourd’hui, ces vocables traduisent des contenus abjects ; stigmatisants, dégradants, avilissants, déshonorants et méprisables.
Cependant dans un contexte de citoyenneté, de liberté et démocratie : un homme, une voix, ils sortent peu à peu de la normalité.
Seuls quelques irréductibles et nostalgiques continuent encore de les utiliser publiquement.
Ils surgissent néanmoins lors de bagarres pour froisser, diminuer ou humilier une personne d’extraction servile.
Dans les villes, ces « aberrations » sont souvent employées dans les salons ou cercles restreints pour porter atteinte de manière envieuse à la dignité d’une personne d’ascendance esclave qui a réussi socialement et s’est forgée un nouveau statut social plus respectable.
Au regard de ce qui précède, on comprend aisément que les mots ont connu une « dynamique sémantique » imposée par le temps et le contexte qui échappent heureusement ou malheureusement à la féodalité.
Cette évolution du sens dans la façon de nommer les esclaves est en soi un curseur qui montre la nouvelle trajectoire d’un monde plus égalitaire et porteur de valeurs universalistes.
Après avoir démontré par les concepts la persistance de l’esclavage chez les Soninké et sa mutation sous d’autres formes plus subtiles ou sournoises, à l’image de la plupart des sociétés africaines, j’entends dire seulement aux négationnistes qu’ils ont tort de tout nier en bloc.
La pratique a existé. Elle a, certes, fait des mus pour s’adapter en intégrant un autre corps, en perdant de sa vigueur et vivacité. Mais le substrat et la philosophie de la tradition féodale sont restés et s’évertuent vaille que vaille à résister aux appels au changement.
Personne n’a jamais soutenu qu’aujourd’hui au Guidimakha, il existe des marchés aux esclaves, des hommes, des femmes et des enfants traités comme du bétail, taillable et corvéable à merci comme les serfs l’étaient au Moyen-Age par les Seigneurs. Non !
Il s’agit de montrer tout simplement que les descendants d’esclaves sont victimes d’une forme d’injustice et de stigmatisation dans les mots, dans les rapports avec les autres au sein de l’espace public communautaire et dans la gestion des affaires communautaires.
Cela peut également s’appeler discriminations. En effet, les personnes d’extraction servile sont de facto défavorisées par la naissance sur la base du système féodal qui n’est qu’une déclinaison de l’esclavage traditionnel.
Ainsi, l’esclavage tant décrié aujourd’hui chez les Soninkés et même dans la plupart des sociétés africaines ne peut être comparé à la traite transatlantique et orientale, basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme, sa déshumanisation et sa négation tout simplement.
Heureusement, le contexte ne le permet plus. Mais les ambitions et les velléités de la classe féodale restent tenaces et têtues. Elle feint de ne rien entendre et comprendre, ignorant et méprisant les aspirations légitimes de la « majorité silencieuse », comme un dictateur aux dernières heures de son pouvoir.
Le mardi 1ER septembre 2020 quatre militants antiesclavagistes maliens du village de Diandioumme ont été sauvagement agressés, lynchés, assassinés et jetés dans l’eau entre 20H et 22h (voire plus tard).
Il s’agit de :
Mountakha Jarisso
Moussa Cissokho,
Youssouf Cissokho
Hamet Cissokho
GLOIRE, HONNEUR ET RESPECT ETERNELS POUR VOUS !!! Ils ont été assassinés au seul motif qu’ils ont refusé leur statut d’esclaves éternels dans leur village et de s’être engagés dans l’association Gambanaaxu-Fedde (Association « Tous égaux »). L’objectif de leur combat est de faire disparaître ce fléau des vestiges de l’esclavage dans les régions à majorité soninkophone et par extension dans toute l’Afrique et dans le monde entier.
Aujourd’hui nous nous recueillons devant vos tombes car pour toute l’humanité vous êtes des exemples, des modèles, des symboles et des martyrs. Vous avez donné vos vies à la liberté, la dignité, l’égalité, le respect de la personne humaine. Vous êtes tombés au champ d’honneur et des millions d’Africains reprendront le flambeau de la liberté. Par cette première commémoration nous élargirons toujours plus pacifiquement le cercle de votre cri d’égalité à tous les peuples soninkés, à tous les peuples d’Afrique à tous les peuples du monde, sans haine ni rancune. Nous vous promettons de vous arracher à l’oubli en expliquant à tous les Soninkés et à tous les hommes, le sens de votre sacrifice ultime. Une bougie éternelle d’amour et d’espoir, désormais éclaire nos cœurs.
REFUSONS comme ces quatre militants de Gambanaxu-Fedde, toute idée de soumission d’un être humain à un autre par l’esclavage et par la force.
Le président du mouvement IRA et député au parlement mauritanien, Birame Dah Abeid a tenu ce matin à Nouakchott une conférence de presse dans laquelle il a fait un compte rendu de sa dernière visite dans la vallée (Guidimaka et Gorgol).
Au cours de cette visite il s’est particulièrement intéressé à l’esclavage Soninké mais aussi à la situation peu enviable des populations vulnérables.
Des pratiques esclavagistes bien ancrées
Au Guidimaka où la hiérarchie sociale et les mentalités rétrogrades permettent encore aujourd’hui de maintenir des citoyens en esclavage, la situation est d’autant plus révoltante, s’émeut le leader anti-esclavagiste, qu’elle est cautionnée par les autorités administratives, sécuritaires et judiciaires, estime-t-il.
Le pouvoir des potentats locaux est toujours très important dans ces zones de l’intérieur du pays où l’Etat est quasi absent selon Birame qui a rejeté au passage la politique de feu Moktar Ould Dadah qui avait marginalisé les chefs tribaux dont la présence est en porte-à-faux avec l’Etat et la citoyenneté.
Selon Birame en matière d’esclavage la société maure est plus ouverte que les sociétés soninké et poular où on est esclave à vie, sans aucune perspective d’évoluer et de changer de statut.
Dans les deux premières sociétés, l’esclave ne peut devenir ni Imam de mosquée ni propriétaire terrien.
Et aujourd’hui, au Guidimaka suite au vent de révolte des esclaves ceux-ci subissent un embargo économique et sont soumis à des traitements humiliants et dégradants.
Avant l’organisation du travail s’effectuait comme suit : les esclaves travaillent les terres de leurs maitres le matin et le soir ils travaillent pour leur propre compte. Mais suite à leur volonté de s’émanciper on assiste à l’expropriation de leurs champs. Et Birame de donner l’exemple de ces paysans qui cultivent leurs champs et qui à la veille de la récolte sont déboutés sur une curieuse décision du juge qui est toujours du côté des soi-disant maîtres.
De ce fait, la main d’œuvre agricole soninké n’a plus de quoi vivre. Et ces « esclaves » sont parfois torturés à l’instar de leurs frères du Guidimaka malien. Le dernier cas en date, c’est celui de l’homme de Dafort qui a été cruellement torturé et filmé en toute impunité.
L’administration locale (police, justice) tolère ces graves manquements, s’indigne-t-il.
Au cours de cette visite, le député affirme avoir consacré 48 heures d’affilées pour écouter les témoignages poignants des populations victimes de l’injustice, des personnes qui n’ont rien ni aucun droit.
Et les maîtres font recours à l’administration pour sanctionner les esclaves dit-il et ce au grand dam de l’Etat dont le rôle est la protection des citoyens et de la loi.
Birame est revenu sur ce qu’il considère comme la décennie de tous les dangers et où il avait été diabolisé avec son mouvement et présenté comme un suppôt des européens, des juifs et des américains.
Les accusations d’anti-maures et de potentiel partisan de la guerre civile, les pressions de toutes sortes ne l’ont pas poussé à quitter le pays. J’ai dit-il continué à lutter pour la cause que je défends et pour mes principes.
Il a salué au passage le climat de liberté et d’apaisement qui règne dans le pays et qui lui permet aujourd’hui de mener librement ses activités et de lutter contre l’esclavage au sein de toutes les communautés.
« Ghazouani doit s’attaquer à l’esclavaje dans toutes les communautés »
Maintenant il s’attaque à la lutte contre ce phénomène dans la société soninké et après le Covid promet-il, ce sera au sein de la société poular.
L’esclavage est toujours là, assure Birame qui conseille au président Ghazouani de s’attaquer à ce phénomène au sein de toutes les communautés, d’ouvrer pour l’instauration de l’Etat de droit et jeter un coup d’œil sur ce qui se passe dans la Mauritanie profonde.
Tous ces problèmes devraient être posés au dialogue en vue et solutionnés.
« Aucun recul des libertés »
A ce sujet Birame salue l’ouverture du président Ghazouani. Ceux qui disent qu’il y a un recul des libertés cherchent peut-être qu’on revienne à la case départ, une situation qui les arrange dit-il. Pour lui, on doit éviter la confrontation.
Mais poursuit-il tout n’est pas réglé et beaucoup reste à faire. Et le député de donner des exemples frappants, des situations qu’il a observé de visu au cours de cette tournée.
Une absence de l’Etat
Dans un village du Guidimaka on trouve une école de 6 niveaux et qui ne dispose que d’un seul maître et d’une seule salle de classe. Et dans cette école fantôme créée en 1995, il n’y a jamais eu un admis à l’entrée en 6ème (collège).
Dans un autre villaje il y a une école créée en 1993 mais il n’y a jamais eu l’organisation du concours d’entrée en 6ème.
Les élèves arrêtent leur scolarité dès la 2ème année. C’est paraît-il un modèle dans la région.
Dans un autre village, les populations ne peuvent pas boire l’eau d’une ADP (sondage) construit par l’Etat.
Autre anomalie, cette fois-ci dans le village de Kelinkino situé à quelques encablures de Sélibaby où la mosquée financée par la diaspora avec la bagatelle de 80 millions d’ouguiyas. Pour la famille de maîtres de la localité, l’imam ne peut être issu que de ses rangs.
Les bailleurs disent niet et c’est la bagarre générale et la fermeture de la mosquée.
Des histoires à couper le souffle dans une région où la vie sociale est toujours régie en vertu d’une mentalité et de comportements barbares et moyenâgeux.
Au cours de cette conférence de presse, Birame a répondu aux questions des journalistes qui ont abordé entres autres la récente conférence de presse de l’opposition, la situation des orpailleurs les résultats du bac, les prestations de la SOMELEC, les fonds obtenus durant la dernière présidentielle et l’absence remarqué du député anti-esclavagiste à l’occasion des sessions parlementaires.
La lutte contre l’esclavage en milieu Soninké n’est pas encore gagnée. Nous n’admettons toujours pas de façon effective qu’il existe. Pouvons-nous résoudre un problème si nous ignorons son existence ? C’est une lutte universelle pouvant impliquer tout le monde. Mais en société soninké, la tendance est à la méfiance manifeste vis-à-vis de ceux qui s’intéressent de façon engagée à la question. On se refuse à croire à l’évidence que certaines bases sur lesquelles notre société repose deviennent obsolètes et qu’elles ne survivront pas longtemps aux changements des mentalités et à la révolte des esprits.
On dit de nous que nous sommes une société solidaire, vivant en harmonie. Je vais être clair. Ce n’est pas vrai. Et c’est le Soninké que je suis qui le défend.
Ce que j’observe m’inquiète profondément, et croyez-moi, ce ne sont pas des paroles en l’air. Nous paraissons inconscients de la situation chaotique que nous créons autour de nous. Pour reprendre Jean-Christophe Grange, nous semons la haine. Nous récoltons la violence, la vengeance, la mort. C’est l’héritage que nous sommes en train de léguer à la postérité. Sommes-nous prêt à endosser cette responsabilité?
Je pense que la haine a atteint son paroxysme chez nous. Je vais citer, et j’en assume la charge, une de ses conséquences à l’origine des derniers évènements violents survenus dans une localité au Guidimakha. Ceux-là m’interpellent.
A en juger par les images y afférentes qui circulent sur les réseaux sociaux ces derniers temps, sans doute, l’esclavage persiste bel et bien en milieu Soninké. En effet, il s’est une fois encore manifesté par des actes d’une violence inouïe, auxquels s’est livré un groupe de personnes dit de famille noble à l’encontre d’un homme d’extraction servile à Dafor pour un problème foncier.
La violence des images est choquante. De prime abord, c’est elle que nous observons et analysons.
Les conséquences d’une telle violence doivent capter notre attention et on se doit d’en prendre conscience.
Un homme a été frappé, blessé, ligoté et filmé en toute liberté dans un champ. Des enregistrements vidéo, j’ai pu observer la formation d’un spectacle passif et insensible autour de la scène et entendre des voix exprimer avec fierté leur consentement pour le traitement humiliant réservé à l’homme. Cet homme a une identité, un nom, et certainement une femme, des enfants et donc une famille partageant le même espace social que les spectateurs. Nous ne sommes pas en Amérique à l’époque de la traite négrière. Nous sommes à Dafor en 2021.
Je dénonce cette violence d’où qu’elle puisse naître et pour quelque raison au nom de quelque principe que ce soit. Nul n’est au-dessus de la loi et nul principe ne peut transcender la vie d’un homme.
Revoyons nos fondements pour aller de l’avant. Changeons-les s’il le faut et avançons avec le monde.
Nous faisons l’objet d’un laisser-aller, d’un abandon et d’un silence manifestes vis-à-vis de nos responsabilités envers la société. Nous avons, chacun, un devoir à son endroit : celui de veiller à la pérennisation du vivre-ensemble. Il n’est pas encore tard. Agissons !
🔴 TOUS CONTRE LES VIOLENCES SUR LES DESCENDANTS D’ESCLAVES DANS NOS VILLAGES AU GUIDIMAGHA (MAURITANIE).
✓Notre Déclaration par Monsieur Samba Fofana , le vice-président Armepes-France
Le 31 juillet 2021 à #Dafort dans la région du Guidimagha, monsieur Samba Moussa Koné (47 ans) militant anti-esclavagiste du mouvement Ganbanaaxu Fedde, a été sauvagement lynché, assommé et ligoté comme un animal dans un guet apens orchestré par un clan familial issu des milieux féodaux défenseurs des coutumes esclavagistes sur place. Les images atroces de ce forfait abject sur lui ont fait le tour du monde entier, prises et diffusées dans les officines des réseaux sociaux notamment WhatsApp proches du camp féodalo-esclavagiste soninké.
Le seul tort de monsieur Koné est d’avoir rejeté les assignations discriminatoires liées à l’esclavage par ascendance dans la communauté soninké. Ainsi sa famille et d’autres familles dans différentes localités villageoises sont visées par diverses atteintes à leurs droits fondamentaux de citoyens notamment par des expropriations de terres, des privations de certains services du domaine public, d’autres pressions sociales et d’harcèlements judiciaires.
Aujourd’hui l’objet de notre manifestation se veut une énième alerte destinée aux hautes autorités de notre pays, au président de la République Mohamed CheikhEl-Ghazouani en personne sur une situation sociale d’une extrême gravité autour des problématiques liées à cet esclavage coutumier dans la communauté soninké au Guidimagha. Avant la criminelle agression sur notre frère Samba Moussa Koné, il y’a eu d’autres événements gravissimes comme le tir à fusil sur 2 jeunes d’une vingtaine d’années Diadie AlyTraoré et Bakary Sankhare à Hamedallaye, l’agression violente par Moto sur notre tante MadjiguiMoctar Coulibaly (61 ans) à Hassi-Chaggar et la lâche attaque sur notre sœur Assata Dicko (40 ans) à Danguerimou il y a quelques semaines . Nous dénonçons cette série de violences graves sur nos paisibles parents qui se sont levés pour retrouver leur dignité humaine et sociale dans la communauté. Ainsi nous appelons :
• à une prise en compte sérieuse de la question par les autorités administratives et judiciaires avec l’application effective des lois pour garantir l’état de droit entre tous les citoyens quel que soit l’endroit sur notre territoire, • qu’une attention aiguisée soit portée aux réseaux de soutiens de cette idéologie sociale de l’esclavage par ascendance dans la diaspora notamment en France. Leurs discours de haine et d’incitation à la violence via WhatsApp contre les familles qui rejettent les humiliantes coutumes dans les villages, ont une grande responsabilité dans ce qui se passe dans nos terroirs.
Le mensonge est séduisant et fascinant. Il est également brillant et éloquent mais seulement de manière éphémère comme une mauvaise herbe dans un verger.
Aidez-moi à me retrouver. Je n’en peux plus. On m’a toujours fait comprendre qu’il n’y a pas d’esclavage chez les soninkés au Guidimakha. Il y a juste ces dernières années un mouvement extrémiste qui s’emploie à créer la zizanie au sein de la société. J’y ai cru bêtement.
Désormais, je renonce à cette assertion. Et pour cause, j’ai suivi sur Facebook la visite du député et président du mouvement abolitionniste, IRA chez les Soninkés dans la wilaya du Guidimakha.
Les images forcent l’estime de l’homme qui a changé de discours et trouvé un interlocuteur attentif, en la personne du président de la république, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Au Guidimakha, ces cinq dernières années sont marquées par une espèce de big bang social caractérisé par le réveil de la majorité silencieuse appelée esclaves. Au début, l’Etat a fait semblant de ne rien entendre. Ensuite, elle a essayé de faire l’arbitrage en faisant fi des lois du pays pourtant particulièrement sévères sur les pratiques esclavagistes. Et après, il mord à l’hameçon des soninkés : la corruption. Conséquence le droit ne sera jamais dit. Les pauvres populations s’entredéchirent et s’organisent à soudoyer l’administration locale qui trouve la situation « appétissante ».
Contre toute attente.
Voilà un député qui fait cavalier seul en allant à la rencontre des populations pour les entendre sur une problématique devenue sérieuse du fait qu’elle impacte négativement un segment du vivre-ensemble et l’unité nationale : l’esclavage coutumier.
Dans d’autres démocraties, c’est l’assemblée nationale forte de sa légitimité et de sa stature de conglomérats de représentants du peuple qui se saisit de cette question aux relents de défense des droits humains puisse qu’il s’agit de la dignité humaine dont il s’agit. Mais hélas !
Je disais alors que j’ai été roulé dans la farine, en croyant naïvement à ce que me disaient mes amis soninké du Guidimakha sur la question de l’esclavage.
Mais quand, je regarde l’aura de l’accueil réservée à Biram Dah Abeîd, je comprends aisément là où se situe la vérité.
Cet accueil est digne de celui d’un chef de l’Etat. Celui qui a brigué au chiffrage universel. Celui qui gouverne et dirige le pays. Il offre les postes ministériels et est dépositaire de la force publique et de tous les avantages y afférents : il tient les cordons de la bourse.
Un président de la république avec sa position jouit de tous les pouvoirs. Ainsi ses partisans peuvent mobiliser les foules par les mécanismes que nous connaissons tous. Mais la conviction et la sincérité ne sont pas là : C’est le piège de la mise en scène.
En revanche, les images que j’ai vues montrent des populations déchainées et libérées accueillant Biram Dah Abeîd comme un libérateur. Elles traduisent la vérité et le mal être des populations victimes de l’arbitraire.
Pendant les réunions aux allures d’audiences foraines, les anciens esclaves se relaient devant le député : chacun raconte son histoire et son calvaire lié au foncier.
C’est ahurissant ! Mais où est la république ? A quoi servent toutes nos lois votées contre l’esclavage ? Le silence de l’Etat est coupable et complice. C’est le moins qu’on puisse dire.
En revanche, la démarche du Président du mouvement abolitionniste est salutaire et constitue un cours magistral dispensé pour servir la démocratie et l’Etat de droit.
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