Torture publique et violence ciblée : L’Etat Mauritanien face à la demande de justice.

La première vidéo que je vous propose ici, dure quelques secondes, la deuxième un peu plus, mais le contenu est suffisant pour heurter la sensibilité de tout celui qui dispose d’une once d’humanité.

Ces images sont épouvantables. Elles sont d’une dureté crue et d’une barbarie grégaire. On se croirait dans la jungle.

Même une armée d’occupation se réserverait de cette sale besogne.

Nous sommes en République islamique de Mauritanie, un Etat membre des Nations Unies et signataire de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Sa loi fondamentale consacre l’effectivité des libertés individuelles et collectives et le droit de manifester ou encore celui d’exprimer librement ses opinions.

Quel paradoxe ! C’est juste un écran de fumée.

Les manifestants d’IRA – Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste – sont quotidiennement traqués et matés dans le sang en Mauritanie.

La dernière escalade était contre la manifestation du Mouvement abolitionniste(d’où sont issues les deux vidéos) remonte au jeudi 20 décembre 2018 : militants et sympathisants avaient battu le pavé pour demander la libération de leur Leader, le député Biram Dah Abeid incarcéré depuis 138 jours prétendument à cause d’une plainte déposée contre lui par un journaliste. C’est la partie visible de l’iceberg. En réalité c’est juste un prétexte pour le pouvoir, le maitre d’œuvre de l’arrestation du leader abolitionniste.

En réalité, le pouvoir de Nouakchott a utilisé le journaliste comme taupe et faux témoin pour envoyer Biram Dah Abeid en prison.

Les autorités mauritaniennes n’ont pas fini d’étonner la communauté internationale par leurs agissements obscènes et insidieux.

Après avoir planifié et orchestré ce plan machiavélique et pour se dédouaner, elles soutiennent que l’homme est un détenu de droit commun.

Dans cette opération de répression, tout est calculé et programmé pour pouvoir atteindre le moral de Biram Dah Abeid et l’humilier.

En effet, sa fille Aicha Biram a été prise délibérément pour cible.

Sur la vidéo, c’est bien elle qui est passée à tabac par des policiers complètement déchainés et plus que jamais déterminés à l’achever. Après avoir essuyé cette avalanche de coup de matraques et de gourdins, l’infortunée n’a eu droit à la sauve que par la grâce de dieu : elle a été victime d’une double fracture au bras gauche, sans compter le traumatisme causé par cette agression.

Le bilan des blessés au cours de cette manifestation est lourd : 27 blessés au total, 2 fractures et plusieurs entorses.

Parmi ces victimes de la violence policière, Leila, la femme de Biram Dah ABEID une cible pas comme les autres. Le seul crime de cette femme, c’est d’être l’épouse de Biram.

Elle est dans la ligne de mire des autorités. En effet, tous les moyens sont bons pour fragiliser le leader du mouvement IRA.

Leila et Aicha paient le prix de l’engagement politique de Biram : pour la première, il s’agit du courage politique de son mari et pour la seconde l’opiniâtreté d’un père qui se bat vaille que vaille pour une Mauritanie débarrassée des pratiques esclavagistes où tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit, tel que stipulé par la convention Universelle des droits de l’homme.

Si du côté des manifestants on pleure, on se soigne et on panse les plaies. On ne comprend pas cet acharnement ! On est estomaqué.

Pour les autorités, la mission est bien remplie, les ordres ont été exécutés à la lettre.

Les images de la répression ont été visualisées par les commanditaires. Ils sont satisfaits de la correction infligée aux manifestants.

En effet, les policiers qui ont fait preuve d’un excès de zèle dans cette mission éhontée ont été félicités par la hiérarchie : parmi ces tortionnaires cet homme. Il est prêt à recommencer.

En effet, la déclaration du ministre français Jean Yves le DRIAN qui a soutenu malencontreusement que le président d’IRA, Biram Dah Abeid est un détenu de droit commun et non un détenu politique a été entendu et interprété par Nouakchott comme un feu vert. Ces propos sont donc pour quelque chose dans la manière forte utilisée pour réprimer les manifestants qui demandaient la libération de leur leader.

D’ailleurs, pouvait-on entendre l’officier de police qui dirigeait, ce jour-là les opérations dire sans ambages « frappez les fort, sans pitié ! La France par la voix de son Ministre des Affaires Etrangères a déclaré que le chef de cette bande du mouvement IRA est un criminel. Et l’officier de police d’ajouter que l’Occident a enfin compris que les gens de IRA sont des voyous »

Moussa SOUMARÉ Vice-président IRA-France et porte-parole .

Source crédit : Source IRA/l’auteur

Par Coumba Dada Kane, vice-présidente d’IRA-MAURITANIE

Pour commencer mon propos, permettez-moi de vous faire une confession.
Ce n’est point une digression. Vous allez comprendre pourquoi ?
Pour rédiger cette intervention sur la problématique des droits de l’homme dans notre pays, laissez-moi vous dire que j’ai passé des heures et des heures devant mon ordinateur sans pouvoir écrire une phrase.
En effet, il y a beaucoup de choses à dire : la nomenclature des violations des droits de l’homme est extensible, les formes diverses et variées.
Si bien qu’on en vient à se demander si le Mauritanien pour ne pas dire « le citoyen mauritanien »,- vous percevez la nuance, a des droits garantis par la Constitution.
La Mauritanie est devenue ces dix dernières années un Etat policier où donner son avis, exprimer ce qu’on pense vous expose à la sanction suprême : intimidation, menace, gardes à vue, torture, privation des droits civiques (passeport, carte d’identité, acte de naissance, acte de mariage par l’Agence Nationale des populations et des titres sécurisés) jusqu’à la prison.
Finalement, en Mauritanie c’est la pensée unique qui a droit de cité. La contradiction est un délit voire un crime.
Le citoyen est muselé. La presse est réduite au silence ou la faction émergeant chez la politique: la propagande et l’apologie du régime sont les seules voix audibles.
On assiste au déni total de la citoyenneté et au saccage des piètres acquis dans le domaine des droits humains, l’unité et de la concorde nationales, et la destruction des symboles ayant valeurs de patrimoine et de consensus nationaux.
Vous suivez mon regard ! Je ne saurais être plus claire.

Vous conviendrez avec moi que le fondement de la démocratie, de l’Etat de droit et de la citoyenneté, c’est la justice.
Or en l’absence de pluralité politique, d’opinion et d’idées, on ne peut pas parler de droit de l’homme.
Le respect des droits de l’homme ne doit pas être une injonction dictée de l’extérieur, il ne doit pas être mesuré sur la base de la création d’une pléthore d’institutions dans le seul dessein de capter des financements et pour faire plaisir aux institutions de BRETTON WOODS.
Le respect des droits de l’homme, c’est une culture, une philosophie, une conviction et une pratique : il sous-tend des valeurs et des principes chers à notre religion, l’islam.
En effet, il s’agit de respecter l’homme, la personne humaine, la créature la plus respectée d’ALLAH SOUB HA WE TAALAH.
Voilà qui m’amène à parler du député Biram Dah Ould Abeid.
L’homme est un prisonnier d’opinion. Un prisonnier politique.
Ses interventions dérangent au sommet de l’Etat par ce qu’il est porteur d’un discours nouveau non pas par la thématique, mais par son style.
Il met à nu les tabous sociaux et les injustices des classes dominantes et les obscurantistes.
Vous me parlez des droits de l’homme en Mauritanie, de quel droit et de quel citoyen mauritanien ?
La persistance des pratiques esclavagistes est la seule réponse que j’oppose à ceux qui soutiennent qu’en Mauritanie, les droits de l’homme sont respectés.
Il existe encore dans notre pays des citoyens de seconde zone : un tour dans les quartiers El Mina et Sebkha, pour ne citer que ces deux exemples où les citoyens sont astreints dans leurs maisons parfois à partir de 19 h, presque tous les jours à cause des patrouilles des forces de l’ordre, et ce au nom d’une dérive sécuritaire.
Dans ces territoires de la ville de Nouakchott, ce ne sont pas les bandits qui font la terreur mais paradoxalement, ceux qui représentent les autorités.
Allez dans les commissariats de police, dans les tribunaux, les prisons!
Que d’abus ! Que d’injustice ! Que de violations !
Le citoyen est livré à lui-même : malheureux et dégouté par des institutions prédatrices.

Cette situation a fini par crée un désamour, une désaffection entre le citoyen et l’Etat.
Plus de confiance à la justice, l’Etat n’est plus impersonnel et impartial. C’est un Etat sélectif dont les principes ne sont pas valables pour tout le monde.
Les manifestations des organisations des droits de l’homme et des opposants sont réprimées, les veuves des douloureux évènements de la fin des années 80 sont humiliées, l’espoir de voir les bourreaux de leur mari traduits devant les tribunaux s’envole chaque jour, le passif humanitaire reste entier malgré quelques tentatives de rafistolage sans conviction, juste pour soigner l’image du pays.

En Mauritanie toute tentative de promouvoir les droits de l’homme doit avoir pour socle la réduction de la fracture sociale, communautaire ou ethnique, elle-même aggravée par la posture de l’Etat : un Etat injuste et partial, ouvertement raciste.

Les droits de l’homme en Mauritanie, ce n’est pas pour demain. L’école publique pouvait un jour réussir cette mission mais hélas, il n’ya plus d’espoir.

Les écoles d’excellences et militaires nouvellement crées réservées presque exclusivement à une catégorie d’enfants d’une seule communauté nationale parmi les autres, savamment sélectionnés sont l’expression délibérée de bâtir le projet machiavélique d’une Mauritanie, laissez moi dire, exclusionniste où les citoyens continuent de vivre la discrimination, la séparation et la stratification.

Tant que l’élément racial, tribal, régional et la naissance continuent de régner en maitre absolu, la république et les droits de l’homme restent une chimère.

Madame Coumba Dada KANE

Vice-presidente IRA-Mauritanie

Députée à l’Assemblée Nationale.

Diallo Mamadou Bathia nommé Président du Conseil Constitutionnel (Liste des autres membres)

AMI- La présidence de la République communique :

Par décision en date de ce jour, sont nommés président et membres du Conseil Constitutionnel :

Président : Monsieur Diallo Mamadou Bathia

Membres:

– Mme Aïchetou Mint Dechagh Ould Mhaïmed

– Monsieur Mohamed Mahmoud Ould Sidigh

– Monsieur Ahmed Vall Ould M’Bareck

– Monsieur Yahya Ould Mohamed Mahmoud

– Monsieur Ahmed Ahmed Djibaba

– Mme Selama Mint Lemrabott

– Monsieur Ba Mariam Koïta

– Monsieur Haimout Ba.

Source crédit : AMI

Conférence – Débat de l’association Wagadu Mayisi : Bref photoReportage de notre BLOG !

Samedi 22 décembre 2018, dans la salle Jean Jaurès au sein de la Bourse du Travail, s’est tenue une conférence-débat organisée par l’association Wagadou Mayisi. Ancrée dans la communauté soninké, cette association est présidée par Dr Abdoulaye Tijine Diagana le conférencier du jour. La rencontre a eu comme thématique « S’adapter pour survivre : la société face au devoir d’inventaire« . Avant la prise de parole de Mr Diagana, chercheur associé à l’université de l’Arizona, 2 responsables de l’association ont présenté les objectifs de leur organisation. Ces derniers sont Mr Bakary Dalla Camara président de section France et Mme Coumba Camara membre du bureau central. À noter la communication de Mr Idrissa Camara député mauritanien du parti Tawassoul et membre fondateur de l’initiative Wagadou Mayisi côté Mauritanien, actuellement en visite de travail parlementaire dans l’hexagone. Les échanges ont été très instructifs sous la couverture en live de la Webradio Dambe-Afrique. Dans le cœur des propos de l’intervenant principal, il est question de stimuler la réflexion et les questionnements sur certaines certitudes communautaires d’identification dans ce monde en mouvement. Le Docteur en Géographie a invité les soninkés à un nécessaire travail d’inventaire multidimensionnel et d’adaptation au MONDE évolutif pour la survie d’une certaine identité soninké. Vu l’intérêt qualitatif des échanges, cette journée débat aurait mérité une meilleure affluence par rapport à l’assistance très moyenne constatée sur place.

Récit par KS

Mauritanie/Droits de l’homme : Une manifestation d’IRA-MAURITANIE réprimée à Nouakchott.

Ce jeudi 20 décembre 2018, les militants et sympathisants d’IRA-MAURITANIE sont sortis pour manifester pour la libération de Mr Biram Dah Abeid. Ce dernier, fondateur de ce mouvement abolitionniste créé en 2008, est un député élu au parlement mauritanien en septembre dernier. Mr Biram Dah Abeid a été récipiendaire de plusieurs prix pour son engagement pacifique pour les droits humains notamment contre les pratiques esclavagistes. En 2013, les Nations unies lui ont décerné le Prix Onusien comme défenseur des droits humains. Depuis le 7 Août 2018 , le leader abolitionniste est derrière les barreaux à cause d’un dossier judiciaire aux contours obscurs selon plusieurs observateurs avisés dans le pays et à l’étranger. Ses soutiens irréductibles s’activent incessamment par des sit in et des manifestations pacifiques à l’intérieur et l’extérieur autour de son cas ayant le parfum d’une affaire politico- judiciaire.

Aujourd’hui lors de la manifestation à Nouakchott , les forces de l’ordre ont durement réprimé les militants et sympathisants pacifiques. Plusieurs blessés sont à déplorer selon des sources proches du mouvement IRA.

Tout notre soutien fraternel et citoyen au leader abolitionniste Biram Dah Abeid et ses partisans qui mènent un engagement pacifique et décisif pour l’événement d’une MAURITANIE JUSTE.

Pour le BLOG par KS

Le Collectif des avocats de la Défense du Député Biram Dah Abeid et de Abdallahi Houssein Messoud.

✅Déclaration

Le 7 août 2018, la police mauritanienne procède procède à l’arrestation de Biram Dah Abeid à l’aube dans sa maison au moment où il préparait sa campagne électorale pour les législatives dont le lancement était prévu le 15 août 2018.

Il fut déféré le13/8/2018 devant le procureur de la république de Nouakchott-Sud sud qui l’a inculpé avec Abdallah Houssein Messeoud d’atteinte volontaire à la vie et la dignité des individus dans l’intention de leurs porter préjudice, l’incitation à celà et menaces de violence. Notons que toute cette panoplie de chefs d’inculpation a pour base une plainte déposée par un journaliste Dedde Abdallah; et nos deux clients ont été transférés au premier cabinet d’instruction.
Malgré l’absence de motifs justifiant la détention préventive le juge d’instruction décerne contre les deux un mandat de dépôt en violation flagrante des dispositions de l’article 138 du code de procédure pénale.
Par ailleurs le juge d’instruction étant tenu par la loi à accélérer la procédure d’instruction, ce dernier a deliberement opté pour la lenteur et les blocages ce qui est apparue clairement quand le dossier a été retenu par le juge d’instruction pendant quatre mois sans aucun motif et bien que l’instruction était terminée. En plus de tous ces manquements à la loi procédurale et aux droits des détenus, nous avons été surpris par une ordonnance rendue par le juge d’instruction le 03 décembre 2018, renvoyant le dossier devant la cour criminelle en conformité au réquisitoire du Ministére public qui a requis dans une première phase le renvoi du dossier devant la cour correctinnelle,ce qui constitue une violation grave aux règles et principes de la compétence d’attribution relevant de l’ordre public

De ces faits, il s’avère maintenant et aux yeux de tout le monde, à travers les différentes étapes de cette procédure, que cette affaire n’est rien d’autre que l’expression claire de la volonté du pouvoir politique de faire obstruction aux activités politiques et des droits de l’Homme du député Biram Dah Abeid à travers l’entrave à sa liberté. Pour ce faire, l’appareil judiciaire est instrumentalisé à cette fin dans la perspective des élections legislatives qui se sont finalement terminées par l’élection de Biram Dah Abeid du fonds de sa cellule comme député du peuple, et des élections présidentielles auxquelles il a déjà déclaré sa candidature.
Vu cette situation, le Collectif des Avocats du Député Biram Dah Abeid et Abdallahi Houssein Messoud déclare:
– à l’adresse des autorités judiciaire, de traiter cette affaire en toute neutralité et impartialité et ne se soumettre qu’au pouvoir de la loi.

Lance un appel solonel aux autorités politiques d’oeuvrer pour garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire
vis à viis des pouvoirs législatif et exécutif.

Nouakchott le 13 décembre 2018.

Le Collectif des Avocats de la Défense du Député Biram Dah Abeid et Abdallahi Houssein Messoud.

Que dit la fréquence de détentions de Biram Abeïd ? Par l’écrivain Oumar Diagne.


J’ai beaucoup réfléchi avant d’écrire cet article. Mais certaines questions trottaient dans mon esprit depuis un certain temps: pourquoi, parmi tous les acteurs de la scène publique mauritanienne, Biram Dah Abeïd est la personne ou, en tout cas, l’une des personnes les plus fréquemment emprisonnées? D’autre part, à chaque fois qu’il a été écroué, c’est surtout, grâce à une pression internationale qu’il a été libéré. Jamais il n’y a eu un engouement de masse de la part de tous ceux dont il défend la cause pour demander sa libération. Même si je ne néglige pas le cas de certains qui s’activent de toutes parts en vue de sa défense. Cette situation est problématique et doit nous pousser à nous interroger.
Je tenterai, d’abord, de répondre à ma première interrogation relative à l’acharnement du pouvoir sur la personne de Biram Dah Abeïd.
Je crois que s’il y a une personnalité qui fait vraiment peur à celui-ci, c’est Biram Dah Abeïd et l’explication est très simple à identifier. Biram Dah Abeïd est Harratin et les Harratine, jusqu’à récemment et globalement, ont été aux côtés des détenteurs du pouvoir arabo-berbère dans leur politique hégémonique visant à réduire au silence les autres communautés mauritaniennes. Le travail que fait Biram Dah Abeïd, s’il aboutit, signerait la fin de cette alliance et par conséquent mettrait ainsi terme à la domination arabo-berbère sur le pays.
Il ne faut pas oublier que les Harratine constituent la grande majorité de la population mauritanienne. Ils sont, au moins, quarante pour cent des habitants du pays.
L’autre élément à retenir est que Biram, dans ses propos au moins, ne plaide pas seulement la cause des Harratine mais aussi celle des Noirs-africains qui sont opprimés du fait de leur appartenance ethnique ou je dirai de leur couleur de peau et des arabo-berbères exclus du système pour des raisons tenant à leur caste ou à leurs relations éloignées des cercles du pouvoir. Tous les Arabo-berbères ne bénéficient pas du système même si, culturellement, la majorité d’entre eux partage l‘idée de leur supériorité par rapport aux Noirs de manière générale et approuve la politique d’exclusion et de domination de ceux-ci. Or arriver à unir tous les opprimés est un vrai danger pour tout pouvoir. En Mauritanie, comme dans beaucoup de pays africains, les dirigeants se maintiennent, souvent, grâce à un manque d’unité des dominés. Comme ceux-ci sont peu éduqués, ils arrivent à les détourner des vrais sujets que sont le développement, la justice pour tous, l’égalité des citoyens, etc. Aussi, puisque ces États sont les fruits d’un découpage arbitraire, il s’y pose le problème de l’émergence de la nation, celui du vivre ensemble. Ceux qui détiennent le pouvoir mobilisent ainsi les ressources relevant des appartenances ethniques dans le but de diviser les populations et les affaiblir par ce biais.
Ma seconde interrogation est relative à pourquoi la détention de Biram Dah Abeïd ne soulève-t-elle pas des vents et des marées.
Il me semble que ceux-là mêmes, pour qui il lutte, sacrifie sa vie, n’ont pas, tous, compris l’importance et la portée de son combat de militant des droits de l’Homme [Son action politique relève, pour moi, d’un autre domaine]. Ce qui veut dire que, pour les victimes de la domination et d’injustices, il y a encore un grand travail de conscientisation à faire à leur destination. Mandela n’a pas changé tout seul le destin de l’Afrique du Sud. Il n’a pu le faire qu’avec le soutien de ceux pour qui il se battait. Quand Mandela était en prison, ce sont des milliers, voire des millions d’hommes, de femmes et de jeunes qui se sont, d’une manière ou autre, levés pour dire non à l’injustice et à la domination.
L’autre problème de Biram Dah Abeïd tient à ses origines. Le fait qu’il soit Harratine fait que beaucoup de Noirs-africains ne souhaitent pas le voir devenir un leader dans ce pays et sont, ainsi, indifférents à son sort. Beaucoup de membres de cette communauté le rejettent pour ce simple mobile. Or, le problème ne devait pas être posé en ces termes. Il s’agit, avant tout, d’une question de droits de l’Homme. Être d’accord avec Biram Dah Abeïd, l’aimer ou ne pas l’aimer n’est pas, ici, la question. Il s’agit simplement de la défense des droits de chaque citoyen à exprimer ses opinions.
L’idéal serait que les Mauritaniens et surtout ceux qui militent s’attachent aux principes de justice. Ainsi, les questions de subjectivité doivent être laissées de côté quand les droits d’une personne sont violés.
En dehors du cas de Biram Dah Abeïd, ce dont cette situation témoigne est, qu’en Mauritanie, il n’y a pas encore une culture d’attachement aux valeurs de justice, de démocratie. C’est là où le bât blesse. Une société qui n’est pas en quête de justice ne peut qu’être violente. Lorsque je parle de violence, il ne s’agit pas seulement de violence physique mais surtout aussi de violence morale.
La recherche de la justice nous humanise. Sa traduction à travers des lois d’un pays témoigne de son institutionnalisation. Et cette institutionnalisation n’a de réelle portée que si ces lois sont appliquées. Mais pour que des lois tendant à nous pousser vers plus de justice soient efficientes, il faudrait des hommes et des femmes qui veillent car tout pouvoir a une propension à la déviance, aux excès.
Lutter, selon ses moyens, pour la libération de Biram Dah Abeïd ou toute autre personne détenue injustement est simplement un devoir de citoyen. Rousseau l’avait bien vu : la différence entre L’Homme et l’Animal est la part de liberté humaine, sa capacité à se perfectionner. Ainsi, le travail urgent à faire en Mauritanie est d’œuvrer en vue de l’intériorisation collective des valeurs d’équité. Cela peut passer par l’école et par un travail d’éducation des masses réalisé par les organisations non étatiques.

Oumar Diagne écrivain

Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste en Mauritanie.

Mauritanie : Quels droits de l’Homme avec quels partenaires ?

■Note de synthèse.

Le 10 décembre, la célébration, en Mauritanie, de la journée internationale des droits humains, équivaut à une comptabilité du sordide. 13 années après la chute de la dictature de Ould Taya, le passif reste un contentieux toujours en suspens. Même si la société sécrète, à présent, les ressources de sa propre immunité envers l’arbitraire et le silence, elle traine, encore, le fardeau des discriminations, de l’impunité et du déni. Les aspects retentissants de la faillite méritent, en cette date lourde de symbole, un rappel.

1. La loi numéro 93-23 du 14 juin 1993 portant « amnistie » couvre les agents de l’Etat, auteurs de crimes à caractère raciste, du 1er janvier 1989 au 18 avril 1992. Certes, des milliers de déportés ont pu regagner le bercail durant la parenthèse de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi mais la plupart peinent à recouvrer leurs terres. Dans l’ensemble, les mauritaniens d’extraction subsaharienne ne croient plus à l’égalité de droits sur le sol des ancêtres. Le sentiment de cohésion nationale s’en trouve durablement abimé.

2. Quasiment en sens inverse, les pouvoirs successifs multiplient l’adoption de normes visant à éradiquer la servitude de naissance ; or, ils s’abstiennent d’en garantir la prééminence sur les usages de mépris et de ségrégation. Parmi les plus récents repères en la matière, il importe de souligner la législation sur les discriminations, votée le 18 janvier 2018. Le texte s’emploie plutôt à museler le discours de contestation de l’ordre dominant, qu’il associe à la surenchère du particularisme et de la haine. Au même moment, les comportements esclavagistes et le racisme anti-noir échappent à la rigueur des tribunaux ; le droit étant dit, interprété et appliqué par des descendants d’esclavagistes, souvent solidaires à cause d’une crainte commune devant l’essor des demandes d’équité, l’arsenal juridique évite de constater le crime, pour que la domination historique survive et se perpétue.

3. Le code pénal, sous dictée d’une lecture conservatrice et antihumaniste de la Chariaa, continue de sanctionner, par l’amputation, la torture et l’élimination physique, des infractions relevant des libertés de conscience, de culte, d’association et d’expression, de la sexualité (lapidation) ou du délit de vol avec effraction. Alors que de nombreux gouvernements en terre d’Islam abrogent ou abandonnent de telles prescriptions, la Mauritanie va à rebours. Ainsi, sur la base d’une rédaction conçue en Conseil des ministres du 16 novembre 2017, donc hors de la moindre exigence sociale, les députés adoptaient-ils, le 27 avril 2018, la révision de l’article 306, aux fins d’abolir la faculté atténuante du repentir ; la nouvelle version étend la peine de mort à toute personne qui « outrage Allah ou Son Messager (Mahomet) – Paix et Salut sur Lui – ses anges, ses livres ou l’un de ses Prophètes ». Un mauritanien qui en tue un autre, à cause de l’opinion ou de la race, risque bien moins que le blasphémateur ou l’apostat. Ainsi se présente la hiérarchie des valeurs dans un Etat si prompt à endosser le programme des jihadistes, tandis qu’il prétend les combattre au sein de la coalition G5 Sahel.

4. Malgré la loi du 30 septembre 2015, contre la torture et les traitements inhumains, suivie, dès avril 2012 par l’installation du mécanisme éponyme, des anonymes et des activistes d’associations concordent à rapporter le recours aux sévices, lors des arrestations et de la garde-à-vue. A ce jour, aucun policier ni militaire n’est poursuivi, à ce titre. Naturellement, l’alinéa assurant la « protection et l’assistance aux victimes…des témoins et personnes chargées de l’enquête ainsi que leurs familles » reste sans objet, caduc, vide de portée pratique. Le gouvernement mauritanien adhère aux standards de protection de la dignité de l’individu mais se garde bien de les mettre en œuvre.

Conclusion

Le réflexe de la dissimulation diplomatique, qui explique le soin à la façade légale de l’Etat, commande de complaire aux démocraties, sans jamais leur consentir une concession en actes. Entre « programmes d’appui », « renforcement de capacités et autres « séminaire de formation », la plupart des partenaires crédibles de la Mauritanie – Union européenne et France en tête – continuent à financer et entretenir la fabrique de la fraude sur les principes universels qui fondent, pourtant, leur propre singularité dans la civilisation. Le jeu de dupes se poursuit, depuis le milieu des années 1980, d’ailleurs partout en Afrique. En retour sur le Continent, l’Occident récolte, à ses dépens, le scepticisme, la détestation et les théories du complot. La paresse, le défaut d’imagination et surtout le chantage à la colonisation expliquent, pour beaucoup, le malentendu tragique, dans la conduite des politiques dites de « coopération ». Le système des Nations unies, à son tour contaminé par les pudeurs du relativisme culturel, tend, de plus en plus, à reproduire le discours d’une culpabilité à sens unique où viennent se légitimer les régimes de prébende et de coercition, la violence du sacré et le populisme antiparlementaire.

Ira-M, Nouakchott, le 10 décembre 2018

Source crédit : Réseaux IRA

A propos de l’esclavage dans la communauté Soninké: Je suspends toute participation………….

Ces derniers temps, la Communauté Soninké, une communauté negro africaine vivant dans les pays du Sahel ( Sénégal Mauritanie , Mali et Gambie notamment ) a connu plusieurs remous existentiels liés à la survivance des pratiques esclavagistes .
A Daffort , à la tombée des premières pluies en juin 2018, de paisibles citoyens ont été empêchés d’avoir accès à des terres qu’ils ont pourtant exploités depuis la nuit de temps tout simplement parce qu’ils sont considérés comme esclaves.
En octobre 2018, dans la localité de Bafrara , des lobbies féodaux ont organisé des gangs terroristes pour mener des agressions violentes contre des citoyens pour la simple raison qu’ils ont osé rejeter l’ordre féodal esclavagiste.
Dans le même mois , ces gangs organisés continuent de sévir en toute liberté dans plusieurs villages Soninké s’attaquant aux femmes et aux enfants de ceux qui à partir de l’étranger ont osé se prononcer contre l’ordre féodal. A Kerwané au Mali , les foules de jeunes déchainés ont sous la menace des armes obligés des vieillards à exercer des tâches traditionnellement dévolues aux esclaves.
Ces illuminés d’un autre âge n’ont aucune gêne à se filmer eux même pendant qu’ils exécutent leurs actes criminels.
Face à cette situation indescriptible , nous avons à attirer l’attention des autorités de la Mauritanie et du Mali à travers des lettres ouvertes , des articles de presse ainsi que des rencontres avec des représentants diplomatiques pour les interpeller sur leurs responsabilités républicaines, humaines mais aussi morales.http://www.cridem.org/C_Info.php?article=712059
Le silence le plus assourdissant nous parvient de la part des organisations la société civile Soninké des pays concernés.
Nous pouvons comprendre la lenteur des états , mais comprendrons difficilement comment des organisations crées pour la promotion de nos culture et de notre image et qui renferme en leur sein des hommes sensés défendre la dignité des hommes peuvent être aussi insensible à des pratiques aussi inhumaines et dégradantes qui se passent quotidiennement sous les yeux.
Sur la base de ce regrettable constat ,
entant que membre de l’Association pour la promotion de la langue et de la culture Soninké , qui a eu à diriger la publication du Journal dés 1987
En tant que membre de la commission technique chargée de travailler sur l’harmonisation de l’écriture ( Orthographe, et grammaire) Soninké au sein du FISO ( festival international Soninké
J’ai décidé de suspendre toute participation au sein de ces organisations car, jusqu’à preuve du contraire, j’estime que par leur silence, l’avis de ces organisations ne semble pas être différent de celui des lobbies esclavagistes qui considèrent la pratique de l’esclavage comme un trait culturel valorisant pour la communauté soninké.
Je saisis cette tribune personnelle pour demander à toutes les personnes éprises de paix et de justices et qui sont sensibles aux traitements inhumains et dégradant que continuent de subir de paisibles citoyens au sein de la communauté Soninké en Mauritanie , au Mali et en Gambie notamment de suspendre toute activité au sein de ces organisations dépassées.

Paroles d’un digne fils de Dimbé

Source crédit : Post Facebook de l’auteur.

Déclaration des Réseaux IRA dans le Monde.

✅À l’occasion de la journée internationale des Nations-Unies contre l’esclavage, le 2 décembre.

2 décembre 2018:
Aujourd’hui, en Mauritanie, l’on naît esclave ou maître

Le 2 décembre 1949, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait la « Convention pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui ».

1. Un défi planétaire

Si la plupart des agences de l’Organisation des Nations unies (Onu) ainsi que le Comité international de la Croix rouge (Cicr) dénoncent le travail forcé de près de 10 millions d’enfants, l’enrôlement d’autres dans les conflits armés, la servitude sexuelle et la traite des migrants continuent à démentir la volonté universelle d’émancipation. Pire encore, l’esclavage par ascendance, à l’inverse de la dimension moderne du problème, se perpétue, d’où le tabou de son actualité, partout sur la mappemonde. Le cas de la Mauritanie l’illustre assez.

2. La singularité de la Mauritanie

En Mauritanie, une personne naît esclave ou maître. Ailleurs, elle le devient, durant une période définie, parfois le temps d’une vie, sans qu’une telle épreuve se transmette, forcément, par la biologie.

Au-delà de la différenciation ethnique, le système rigide de castes régit les sociétés de l’espace mauritanien, carcan où les familles d’esclaves, se trouvent déterminées, à servir le propriétaire de leurs corps et âme, d’une génération à la suivante.

Le constat s’aggrave d’un substrat métaphysique: des versions déviantes de l’Islam, en vigueur depuis le 9eme siècle, constituent, dans le pays la matrice d’un racisme pratique, celui de l’exploitation et de la déshumanisation des Noirs. Les codes hérités de la perception locale de la Charia légalisent l’institution de l’esclavage et associent, toute révolte, à une rébellion envers Dieu. Le serviteur – Abd – ne saurait se substituer à sa condition, sauf à s’exclure du paradis, l’Eden des maîtres. La République islamique de Mauritanie sacralise toujours, dans son droit, la primauté de cet Islam conservateur et liberticide et s’empresse, néanmoins, de légiférer en faveur des standards internationaux. L’ambivalence, ainsi établie, vise à sauvegarder le montage de la primauté génétique, à coups d’artifice, de ruse et de chantage à la damnation dans l’au-delà.

3. L’obsession du maquillage

Depuis son indépendance en 1960, la Mauritanie a aboli l’esclavage, par trois fois : l’ordonnance de 1981 prévoit d’indemniser les maitres ; dès 2007, une loi en criminalise l’exercice puis une autre, de 2015, le déclare « crime contre l’humanité ». Or, la somme de ces textes complète la dynamique de l’enfumage, grâce à un savant dosage d’obstruction et de dissimulation. Eludant le fond culturel et la réalité des survivances contemporaine, l’art 2 de la dernière norme en date, s’offre la perfidie de préciser que « l’esclavage comprend tout acte de capture, d’acquisition, de cession d’individu en vue de le réduire en esclavage, de le vendre ou de l’échanger ». L’alinéa vise à créditer la fable selon laquelle n’existerait, en Mauritanie, qu’un potentiel d’esclavage moderne, sans lien avec la transmission matrilinéaire.

Même s’il semble difficile de mesurer l’impact réputé sur 20% de la population, le pourcentage devrait être fortement revu à la hausse, si l’on y inclut les discriminations à l’endroit des descendants. Bien que les fils et petits fils de captifs représenteraient de 45 à 50% des habitants de la Mauritanie, seuls 3 infractions ont été jugées depuis 1981 ; une seule plainte se soldait par 3 mois d’emprisonnement, alors que le droit en requiert 20. Les témoignages sur la complaisance des juges, administrateurs civils, policiers et gendarmes, avec les contrevents, issus du même groupe d’opresseurs, alimente une abondante littérature de communiqués et de déclarations. Les associations SOS Esclaves et Ira-M documentent, depuis des années, la conception et la mise en œuvre de la conspiration du silence.

4. Notre message

A l’occasion de la « journée internationale pour l’abolition de l’esclavage » l’ensemble des sections de Ira Mauritanie rappelle, au monde, le caractère actuel de l’infériorité par filiation en Mauritanie. Celle-ci se traduit, toujours, par le mépris social, l’inculture, l’exclusion des services de base, la discrimination à l’emploi et l’exposition spécifique à la misère et aux maladies.

La répression des militants abolitionnistes de l’IRA et la détention préventive du Président Biram Dah Abeid – pourtant élu député derrière les barreaux de sa cellule – viennent démontrer, aux sceptiques, combien la République islamique de Mauritanie pénalise non pas l’esclavage mais la lutte légitime contre la domination de l’homme par son semblable.

Si l’Union européenne demeure le premier partenaire économique de la Mauritanie et collabore, avec elle, à la lutte antiterroriste au travers du G5 Sahel, elle ne saurait éluder, sous peine d’une cécité qui se paierait cher, le fanatisme croissant dans le pays ; l’article 306 du code pénal de la Mauritanie illustre la dérive de la législation nationale vers la surenchère avec les mouvements jihadistes.

Au XXIème siècle, aucun humain ne devrait pouvoir en subjuguer un autre, impunément, a fortiori l’esclavage héréditaire, que fonde et justifie l’extrémisme religieux. La paix se perd à force de renoncements, de patience-renoncement, de prudence-résignation, donc d’indifférence à la tragédie de l’Autre.

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Source crédit : Réseaux IRA