●Le point de presse conjoint FPC-le Parti RAG à Nouakchott | En quelques mots.

Ici en lien Facebook une partie des interventions https://fb.watch/mMxXN4s5va/

Jeudi 31 août 2023 au siège du mouvement IRA-Mauritanie, une conférence de presse a été animée par les leaders de 2 partis politiques non reconnus jusqu’alors par les autorités mauritaniennes. Le parti FPC (Forces Progressistes du Changement) de monsieur Samba Thiam (ancien prisonnier politique et leader historique des Flam) et le RAG (Refondation pour une Action Globale), l’aile politique émanant du mouvement abolitionniste IRA de l’honorable député monsieur Biram Dah Abeid. Lors de cette sortie médiatique, les intervenants sont revenus sur les micmacs administratifs et judiciaires motivent la non reconnaissance de leurs partis politiques. Le président Biram Dah Abeid (l’ancien candidat aux élections présidentielles de 2014 et 2019), a exposé lors de sa communication, le processus entamé avec espoir avec l’actuel président Ghazouani, mais qui s’est soldé par un refus catégorique à libérer les partis politiques recalés injustement. Ainsi le leader abolitionniste a indexé un système étatique qui se choisit des partis dociles et soumis à ce qu’il a nommé de syndrome. Un syndrome laissant entendre que la Mauritanie serait un pays sur lequel seule une minorité raciste exploitant les données « arabité et islamité » se doit d’avoir les leviers du contrôle régalien. Il a relevé également que même l’ancien président civil feu Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’était pas épargné par ce syndrome. À son tour, le président Samba Thiam des FPC explique que leur parti et ses camarades font l’objet des préjugés de part des autorités. L’ancien réfugié politique aux États-Unis précise qu’il est nécessaire que différentes visions puissent exister dans le champ politique. C’est-à-dire en substance une pluralité d’opinions à porter dans les débats publics, est nécessaire.

L’honorable député BDA a dénoncé une stratégie de ghettoïsation en place à leur encontre pour les isoler et les contraindre à quémander une légalité auprès d’autres partis.

Ce point de presse est un cri d’alerte encore une fois en interpellant les autorités, l’opinion nationale et internationale sur une exclusion injuste qui frappe ces partis politiques qui ne demandent qu’une reconnaissance officielle pour intégrer l’arène politique.

Seront-ils entendus ? À suivre

✍️🏿KS pour le BLOG.

● Pacte RFD-UFP-INSAF, prolonger le mandat de Ghazouani jusqu’en 2033 | L’interview au Journal L’Authentique

Le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) et l’Union des Forces du Progrès (UFP) ont signé avec le parti au pouvoir INSAF, un pacte qui aurait été validé par le président Ghazouani. Il prévoit dans ces grandes lignes un septennat à partir de 2026, selon des échos parvenus à Birame Dah Abeid, député et président du mouvement IRA qui a bien voulu nous accorder cette interview autour de cet accord.

Dans l’entretien qui suit, le président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid, député et deux fois dauphin aux présidentielles de 2014 et 2019, revient sur l’accord signé entre le parti au pouvoir, INSAF, et deux parmi les partis d’opposition les plus emblématiques du pays, le RFD et l’UFP.

L’Authentique : quels sont les principaux points que vous avez relevés dans le pacte signé entre le RFD, l’UFP et INSAF ?

Birame Dah Abeid : les principaux points que j’ai relevés dans ce pacte validé par le Président Mohamed Cheikh Ghazouani, signé entre le RFD, l’UFP et le parti INSAF, c’est qu’il n’y a rien de nouveau par rapport à la rhétorique des partis convenants, qui représentent en réalité les milieux proches du pouvoir et dont l’objectif est le maintien de ce dernier. C’est presque une rhétorique de laudateurs qui magnifient ce qui n’existe pas et qui s’en prennent à des boucs émissaires, des forces intérieures qui sont taxés d’ennemis de la paix. Il s’agit d’une vieille rengaine aussi vieille que cette démarche initiée par ces laudateurs, qui pour les besoins du moment, se sont transformés en chasseurs de primes. Déjà, un haut cadre du RFD vient d’être nommé dans un poste de sinécure et un autre, cadre à l’UFP, empêtré dans une sordide affaire vient de voir son calvaire terminé.

C’est étonnant que cette plateforme puisse déclarer que le président Ghazouani a satisfait toutes les doléances de l’opposition. Parce que je n’en connais pas une. Au contraire, il a fait des promesses alléchantes qui ont envoûté le peuple mauritanien, mais il s’est avéré que c’est quelqu’un qui ne tient pas sa parole.

D’autre part, j’ai pu lire dans ce document qu’il y a des forces intérieures qui menacent la stabilité et que l’opposition « clairvoyante » doit s’arrimer au pouvoir pour défendre la paix civile et l’unité nationale. Je me demande qu’elle est cette « opposition clairvoyante » et qui décide de la clairvoyance ou non de telle ou telle opposition.

L’Authentique : est-ce que ces accords engagent l’opposition ?

Birame Dah Abeid : non pas du tout. C’est une charte qui engage l’opposition chauvine, l’opposition dans le système, pour être plus précis, l’opposition beidane chauvine qui est à l’image du ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Mohamed Lemine dit Ould Lehweirzi qui avait déjà dit que l’opposition naturelle doit être celle du RFD et de l’UFP, une opposition maure bon teint et bien née. Selon lui, la plèbe constituée des Harratines et des Négros mauritaniens ne mériterait pas d’y figurer.

L’Authentique : aujourd’hui, l’UFP et le RFD, eu égard à leur représentativité politique, peuvent-ils négocier au nom de toute l’opposition ?

Birame Dah Abeid : c’est en réalité paradoxal puisque le RFD et l’UFP dans leur coalition présidentielle de 2019 n’ont obtenu que 2% des voix. Ils sont à la queue, totalement laminés. Lors des élections locales de mai 2023, municipalités, régionales et législatives, ces deux partis n’ont également rien récolté et ils ont été complètement effacés du parlement, des mairies et des conseils régionaux. Il est ainsi étonnant que le pouvoir puisse s’appuyer sur une opposition en désuétude. C’est une manœuvre des milieux chauvins qui cherchent à contrer l’opposition antisystème, droits de l’hommiste, populaire et sociale qui est matérialisée par le RAG/IRA, le FPC, la CVE, le FRUD, etc. Mais aussi par autant de mouvements formés par de jeunes maures qui s’activent sur la scène politique et s’opposent à la gouvernance actuelle.

J’ai vu aussi entre les lignes dans cette charte raciste et exclusiviste, que l’objet réel de la charte reste encore caché, qu’elle relève du domaine du non-dit et du secret. On m’aurait dit que le pouvoir veut procéder à un saupoudrage et passer un vernis sur la constitution, en connivence avec le RFD et l’UFP. L’idée est de rajeunir le pouvoir pour qu’il reprenne une nouvelle virginité, afin que le parti INSAF dans son dialogue avec ces deux partis, puisse repousser les prochaines élections présidentielles de 2024, pour 2026, qu’il puisse reprendre les élections générales locales afin de permettre à l’UFP et au RFD de revenir au parlement ainsi que dans les conseils municipaux et régionaux.

Ainsi, dans ce plan, la Constitution sera tripatouillée avec un nouveau mandat de 7 ans qui permettra à Ghazouani de faire deux septennats. Donc, de 2026 à 2033, plus son actuel mandat. Il s’agirait ainsi, avec le temps, d’emménager une porte de sortie à Ghazouani pour lui éviter le sort de son ancien ami, Mohamed Abdel Aziz.

Pour mener à bien cette machiavélique feuille de route, le pouvoir a ainsi besoin de la caution d’une opposition qui accepte de jouer le jeu, comme le RFD et l’UFP. Un bon alibi pour le pouvoir qui peut se targuer d’être accompagné dans cette « réforme » par deux partis historiques, tant bien même qu’ils n’ont plus d’électorat.

L’Authentique : quelle est actuellement la réaction de l’autre opposition ?

Birame Dah Abeid : tous les partis de l’opposition antisystème, les FPC, le FRUD, RAG, entre autres, se sont vigoureusement prononcés contre ce pacte. Nous pensons que c’est une manœuvre visant à semer la diversion au sein de l’opinion publique nationale et internationale ainsi qu’au sein de la classe politique. Tout cela montre en réalité que le parti INSAF est acculé, ce qui l’oblige à se tourner vers des alliances monocolores de partis maures pour contrer la montée menaçante des laisser pour compte, que cela soit les Harratines, les Négro-mauritaniens, mais aussi une écrasante majorité de la jeunesse maure qui a constaté qu’on lui a toujours agité au nez depuis toutes ces décennies la peur du péril noir harratine sous les différents régimes qui se sont succédés. Cette jeunesse maure consciente tient aujourd’hui à prendre le taureau par les cornes et s’oppose systématiquement à ce pouvoir.

Au niveau de l’opposition, nous allons nous concerter pour nous opposer à cette tentative de conservation du pouvoir, d’autant plus que ce plan s’il se réalise va creuser le fossé entre les communautés, entre le pouvoir et la jeunesse maure qui était massivement représentée au sein de l’UFP et du RFD et qui a pris son indépendance en ralliant des partis comme le FRUD, ou des mouvements comme KAVANA, connus pour leur verve contestataire et qui font tout pour marquer leur opposition au système actuel.

Il faut impérativement annihiler cette tentative de reproduire l’actuel pouvoir sous un faux habillage et dans une alliance avec une fausse opposition. Nous allons commencer dès à présent à constituer un front de résistance. J’en ai déjà parlé à Samba Thiam, président des FPC, mais aussi au parti FRUD et nous allons élargir le cercle des concertations.

Propos recueillis par CHEIKH AIDARA

©️ Source en lien https://aidara.mondoblog.org/2023/08/26/pacte-rfd-ufp-insaf-prolonger-le-mandat-de-ghazouani-jusquen-2033/?fbclid=IwAR1V_UyHTBdyyq6vOdnHFlpxov90NcnpLGLOKcTaHTRR7wtzY6WDcPYMXoQ

● Le Grand Entretien du Blog | Avec l’honorable député Khally Mamadou Diallo

La rubrique Le Grand Entretien du Blog (Le GEB) vous propose une interview exclusive avec un jeune mauritanien très connu dans dans l’écosystème médiatico-humanitaro-politique dans son pays. Élu à l’assemblée nationale sous les couleurs de la Coalition Espoir Mauritanie lors des élections générales passées (Mai 2023), l’honorable député Khally Mamadou Diallo répond à nos questions soumises dans cet entretien. Le « lanceur d’alertes » dispose d’une voix de réseautage quasiment viral en prenant partie publiquement pour dénoncer, révéler et interpeller les pouvoirs publics sur différents manquements et dysfonctionnements constatés dans tels ou tels domaines.



Question 1 : Bonjour l’honorable député monsieur Diallo, nos remerciements pour votre disponibilité, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Khally Mamadou Diallo : Merci à vous et votre organe de m’avoir choisi pour cet entretien. Je suis khally Mamadou Diallo, le député que le peuple mauritanien a porté à l’assemblée nationale pour défendre son intérêt.

Question 2 : vous étiez une figure connue à travers le champ humanitaire notamment au sein de La Marmite du Partage, qu’est-elle devenue cette institution à ce jour ?

KMD : Cette institution est devenue beaucoup plus efficace car réorientée dans le développement. Nous venons de clôturer un projet de 35 robinets pour 35 familles à dar El beyda dans le quartier « sans fiche ».
Cependant nous avons aussi changé de stratégie, moins de bruit et plus d’actions sur le terrain. L’humanitaire c’est mon ADN.

Question 3 : Lors de la présidentielle de 2019, vous avez soutenu la candidature de l’ancien premier Ould Boubacar (classé 3ème), aux élections générales de cette année (Mai 2023) vous devenez député sous les couleurs Espoir Mauritanie avec le parti Frud , que pouvez-vous nous dire sur cette expérience politique jusqu’alors?

KMD : Sidi Mohamed Ould Boubacar a été mon candidat aux élections de 2019, il était là en tant que candidat indépendant, aujourd’hui qu’il n’a plus continué le projet politique qu’il nous avait proposé. Ainsi j’ai décidé de continuer mon chemin afin de gagner davantage d’expérience politique, et c’est fascinant.

Question 4 : régulièrement vous relevez et portez devant l’opinion publique certains cas de violations des droits humains et divers dysfonctionnements, quel bilan faites-vous sommairement des différents traitements apportés par les services étatiques (administratifs, judiciaires et autres) en la matière ? Et des manquements également ?

KMD : Effectivement, car je suis quelqu’un qui est dans le camp de l’opposition au système d’exclusion mis en place. Et je reste quelqu’un de sincère dans ce combat, je pense qu’il est important de relever et poser des problèmes afin de trouver des solutions, car en réalité le peuple nous a portés à l’hémicycle pour cela.
Certains problèmes posés ont trouvé des solutions et d’autres sont sans suite.
L’essentiel est que tous les problèmes que nous avons posés sont irréfutables et sont surtout pour l’intérêt général.

Question 5 : ces derniers temps, différents indices avancent qu’il y aurait un projet d’accord politique entre les partis Rfd et Ufp (issus de l’opposition) et le principal parti du pouvoir Insaf, quelle analyse faites-vous de cette éventualité ?

KMD : J’ai appris cela comme ça dans les réseaux sociaux mais j’ai aucune information claire à propos et de toutes les façons cela ne m’engage en rien puisque je suis de la Coalition Espoir Mauritanie. Ainsi dire seuls les membres du Rfd et Ufp pourront clarifier l’opinion sur cette affaire.

Question 6 : sur les problématiques liées à l’esclavage et au féodalisme en Mauritanie, selon vous quelles seraient les stratégies nécessaires pour éradiquer efficacement ces phénomènes présents diversement dans toutes nos communautés ?

KMD : Le féodalisme et l’esclavage sont des phénomènes à combattre et la seule stratégie c’est l’application des lois, hélas nous sommes un pays spécial et fort dans la conception des lois mais jamais nous ne les appliquons et c’est regrettable.
Il faut aussi combattre ces phénomènes sans verser dans la haine et la rancune mais plutôt mettre en place une approche où toutes nos communautés participeront à l’éveil des consciences. C’est très difficile mais c’est possible d’y arriver.

Question 7 : à l’international notamment dans notre sous-région ouest-africaine, différents théâtres de crises multidimensionnelles (politiques, coups d’État, sécuritaires, migrations…) existent, quels commentaires pourriez-vous en nous faire ?

KMD : Tout cela n’est que le résultat des dictatures africaines. Le manque de considération de la jeunesse, l’absence des libertés d’expression, l’absence de perspectives concrètes, sont autant de facteurs qui font que l’Afrique bouge dans des sens interdits.
De principe je suis contre toute forme de coups d’État, nos pays ont besoin de stabilité et cela ne peut être obtenu que dans la paix et la démocratie.

Question 8 : un grand nombre de la jeunesse mauritanienne quitte ou ambitionne à quitter le pays vers les États-Unis, quelle analyse faites-vous sur ce phénomène migratoire ?

KMD : C’est une preuve de l’échec de notre gouvernement.
Notre jeunesse fuit notre pays car elle est marginalisée, malmenée et sans considération. Par conséquent cela crée des frustrations et donc pousse la jeunesse à quitter, ce qui est déplorable.

Question 9 : l’élection présidentielle est prévue l’année prochaine en Mauritanie, quelles perspectives en termes de possibilités d’alternance ? Quelle formule serait idéale pour le camp de l’opposition face au pouvoir en place ?

KMD : Pour la présidentielle de 2024, je soutiens l’honorable député Maître Elid Mohameden Mbareck. Je vous remercie.

• Réalisé par KS pour le BLOG

● NOUS TENIR ÉVEILLÉS, par Felwine Sarr [Jotna Média]



Le président de la République du Sénégal avait promis de réduire son opposition politique à sa plus simple expression. Le ministre de l’Intérieur, en publiant le 31 juillet 2023 un décret signé par sa main et dissolvant le Pastef ; et le doyen des juges en mettant le leader de cette formation politique en prison, viennent au nom de la République d’accomplir formellement ce dessein. En agissant ainsi, le gouvernement du Sénégal a porté un grand coup à la démocratie sénégalaise. Fille d’une longue et lente construction faite de soubresauts, d’épreuves et de luttes, les beaux jours de la démocratie sénégalaise, dans sa réalité substantielle, auront vécu. Pas qu’elle fut sans défaut ; elle avait ses limites et ses dimensions à parfaire, mais l’essentiel était préservé, c’est-à-dire, le refus de l’arbitraire le plus absolu et la possibilité pour les citoyennes et citoyens de coconstruire le destin collectif de la nation. L’horizon demeurait ouvert avec ses chantiers en perspective. Nous allions aux urnes, votions en paix et choisissions nos représentants. Les dernières interdictions de partis politiques dans notre histoire politique datent des années 1960 ; celle du Parti Africain de l’Indépendance (PAI) en 1960 sous le régime de Senghor ; celles du Bloc des Masses Sénégalaises (BMS) en 1963 et du Front National Sénégalais (FNS) de Cheikh Anta Diop en 1964, dans une époque et un contexte politique différents. Depuis, nous avions fait du chemin pensions-nous ; multipartisme limité à trois courants en 1976, à quatre en 1978, intégral sous l’ère de Abdou Diouf ; environ 339 partis politiques enregistrés au total dont 151 durant cette dernière décennie ; une vie syndicale et associative, une liberté d’expression que l’on nous enviait dans la sous-région.

Le Sénégal a connu sous Senghor, Diouf et Wade des joutes politiques dures. Celles-ci furent verbales et parfois émaillées de violences. Maître Wade fut même accusé du meurtre d’un juge, président du Conseil constitutionnel, Maître Babacar Sèye. Son parti politique ne fut pas pour autant dissous et interdit. Depuis l’ère senghorienne, nous ne connaissions plus cette forme de déni démocratique. Le sentiment qui nous habite est celui d’un retour à contretemps d’une histoire passée et d’une véritable régression démocratique.

Le parti qui vient d’être interdit est celui dont le message recueille l’adhésion de la majorité de la jeunesse sénégalaise (70 % de la population) des classes laborieuses et d’une masse silencieuse qui aspire à un profond changement de mode de gouvernance. C’est un fait simple, visible, indubitable ; une évidence que la bonne foi ne peut nier, que l’on adhère ou pas à la vision politique du Pastef, il suffit d’ouvrir les yeux. Dans quelle démocratie élimine-t-on formellement du jeu le parti le plus représentatif du moment ? Que fait-on de l’aspiration de centaines de milliers de personnes à une expression politique républicaine et à la participation aux décisions qui configurent leur destin ? Lui intime-t-on l’ordre de rentrer chez elle sagement, à cette aspiration ? Si elle ne peut s’exprimer démocratiquement, comment s’exprimera-t-elle ?

Depuis quelques temps, il ne reste de notre démocratie que l’élégance du terme et ses reflets de naguère. Elle est devenue une catégorie que l’on a inexorablement vidée de son sens véritable. La démocratie, plus qu’un régime politique est un état de la communauté politique. Est démocratique, une société fondée sur la Justice. Celle-ci est devenue sous nos cieux l’instrument d’une répression politique dirigée contre les opposants ou tout simplement contre ceux qui ont une position critique. L’appareil judiciaire a ces derniers temps abusé d’une rhétorique autour de la sûreté de l’État, du respect des Institutions, du maintien de l’ordre public, pour organiser la répression systématique des opposants, leur intimidation et leur emprisonnement ; ainsi que la mise sous silence des voix dissidentes et des esprits épris de justice. Il n’est nullement besoin de revenir sur les arguments kafkaïens parfois convoqués et les situations ubuesques créées pour arriver à cette fin. Dans ce pays, un opposant a été séquestré et son quartier barricadé par les forces de police pendant 55 jours sans aucune base légale ; ses partisans traqués, pourchassés et arrêtés sous nos regards médusés. C’est sous ce ciel que nous nous agitons. Les derniers évènements que nous avons vécus, nous ont appris que la vérité des faits et leur massivité, ne suffisaient hélas pas à tous nous édifier sur la texture de notre nouvelle réalité. Encore faut-il vouloir (pouvoir) les regarder en face, ces faits ; avoir le courage de les admettre, leur accorder le poids qui leur sied, être en mesure de dépasser ses propres biais et ses aveuglements ; entendre ce qu’ils nous disent, et pas seulement à l’oreille, mais à nos corps et à nos tripes, lorsqu’ils nous réveillent au milieu de la nuit.

La réalité nue est que nous vivons sous un régime qui piétine allègrement le droit auquel il est censé être soumis ; un régime qui ne respecte pas ceux des citoyens qui s’opposent à lui. Un État qui se dresse contre sa société, la violente et utilise la puissance publique pour préserver les intérêts d’une classe et ceux de ses propres clientèles. Sa Justice politique s’est octroyée un monopole de la qualification des faits, hors de tout contrôle du sens et de leur véracité. Elle peut décider sans avoir à s’en expliquer qu’un emoji, un article d’opinion, ou une phrase sortie de son contexte de performativité, est une menace à la sureté de l’État et déclencher ainsi l’appareil répressif et coercitif. L’État a ainsi créé des citoyens de différentes catégories. Ceux qui peuvent ouvertement et impunément appeler au meurtre sur les plateaux de télé et ceux qui pour un émoticône, un mot de travers, un post Facebook, une opinion critique, se retrouvent en prison ou en exil. Il suffit d’appartenir, ou de se faire identifier comme appartenant au bon ou au mauvais camp, pour que les jugements de cour vous fassent ange ou démon.

La question de fond qui se pose pour nos sociétés est celle d’un désir profond de justice sociale, d’équité, de rupture avec un pacte issu du temps colonial et ratifié par l’État postcolonial africain, qui consiste en une iniquité structurelle dans le partage du bien-être et des possibilités d’une vie décente. Pour cela, une gouvernance véritablement démocratique est le prérequis. Ce n’est pas seulement un désir de changement qui souffle au Sénégal et en Afrique de l’Ouest en général, mais un désir de révolution politique, sociale et économique ; c’est-à-dire de changement radical de paradigme du vivre-ensemble, des termes du contrat social, des conditions du partage de la prospérité et des fondements de notre communauté politique.

C’est cette aspiration que l’État néo-patrimonial et ses clientèles souhaitent briser parce que remettant en cause les privilèges de leur rente de situation. Le postulat d’un État tourné vers le bien-être du plus grand nombre échoue sous nos cieux sur la banquise de ses pratiques. L’État postcolonial est un appareil de commande et de contrôle qui prélève les ressources communes de la nation, les redistribue prioritairement à ses clientèles et laisse des miettes aux citoyens. Pour se préserver, il utilise la puissance publique et les institutions censées garantir la paix et l’équilibre contre les individus et concourt ainsi à produire de l’a-citoyenneté. Sa démarche consiste, durant ces jours pluvieux que nous vivons, à nous habituer à la petite oppression quotidienne, qui petit à petit enfle et devient grande. Des arrestations de militants, de journalistes, de voix critiques et leur emprisonnement. Un processus vertigineux de normalisation d’un État de non-droit et d’iniquité, dont le corollaire est l’accroissement de notre tolérance à l’arbitraire. Une fabrique progressive du consentement à l’oppression en repoussant chaque jour les limites de l’acceptable et en élimant notre capacité d’indignation.

Pour cela, il s’agit de miser sur la capacité d’accommodement naturelle des individus à toute situation, qui est un réflexe de survie ; mais aussi sur la peur, parfois la lâcheté, et surtout chez ceux qui n’adhèrent pas à un tel état de fait, sur un sentiment d’impuissance devant les évènements. Tout ceci nous obligeant à consentir et à nous associer à la ruine morale en cours, en faisant de nous les spectateurs passifs de l’injustice. Silence, on réprime, on emprisonne, on force à l’exil ! Surtout ne dites rien et détournez le regard. Les civilisations pourrissent par le cœur. Aucun combat pour le futur ne saurait faire l’impasse sur l’oppression présente.

C’est à cette nuit qu’il nous faut refuser de consentir. D’abord comprendre ce qui nous arrive. Un monde même affreux, lorsqu’on l’éclaire on le domine. Mener inlassablement la bataille du sens. Refuser les opérations de brouillage de celui-ci. La ruse de l’oppression est de nous amener au déni de sa réalité ; car il ne faut pas s’y méprendre, ce n’est pas seulement une formation politique et ses membres qui sont visés, mais l’idée que collectivement nous nous faisons de la liberté, de la dignité et de la justice ainsi que notre idéal d’une communauté juste qui sont sous assaut. Au préalable, nos corps furent vulnérabilisés afin de les rendre plus facilement capturables pour tenter d’y éteindre la flamme de l’esprit et la conscience de notre inaliénable dignité.

Il nous faut continuer à nommer les choses, leur abjection, et nous dresser lorsqu’apparait leur visage inacceptable. En attendant, garder l’espoir en lieu sûr et raviver la lumière qui nous anime. Cette saison que nous traversons prendra fin. Maintenir allumé le point d’or de notre courage et de notre refus de la nuit. La bataille qu’il faudra mener quand cette saison sèche de la démocratie sera passée, est celle de la refondation de nos institutions. Elle est impérieuse. Repérer ce qui les a rendus corruptibles et y remédier radicalement.

Récemment le traitement particulier d’une région du pays, la Casamance, doit nous alerter. Voici une région qui fut pendant des semaines sous embargo, ses voies de communication obstruées (bateau arrêté, routes nationales fermées à certaines heures, trafic des bus Dakar Dem Dikk réduit) parce qu’elle est acquise au leader du Pastef. Pendant presque 40 ans, une rébellion s’y est faite jour, avec comme revendication, l’indépendance. L’un des ressorts de cette demande fut le manque de reconnaissance ressenti par une frange de sa population, comme pleinement appartenant à la communauté nationale sénégalaise. A cette demande de reconnaissance, nous devons collectivement répondre en consolidant le sentiment et la réalité de l’appartenance symbolique, effective, affective et pratique de la Casamance à la communauté nationale. Ces actes ont pour effet de cisailler à nouveau le pacte national et républicain et de raviver une plaie qui a du mal à cicatriser. Les évènements récents en Casamance de jeunes encore tués par balles, et le tribut particulier que paye cette région du pays à cette crise, sont inacceptables. La responsabilité du régime actuel est de ne pas nous entrainer dans une aventure dont nous mettrons des décennies à nous relever.

©️ Source en lien https://www.facebook.com/100042207949874/posts/1017244269692495/

● L’irruption athéiste d’un militantisme dit kamite | Quel répondant efficace chez les sooninkés ?

*Le livre

La menace et l’agressivité à l’encontre d’une pensée subversive ne peuvent être des solutions idoines pour mettre les choses à « l’endroit ». L’endroit selon mon entendement, c’est le maintien d’un stabilisateur métaphysique et social comme une religion pour l’expression d’une certaine humanité communautaire. Il est d’un refrain commun qu’on clame que le sooninké serait musulman partout. On dirait plutôt la communauté sooninké est à l’écrasante majorité de confession islamique. Peuple ouest-africain descendant de l’empire du Ghana (connu Wagadu) s’était islamisé il y a plusieurs siècles. Ainsi l’élément « musulman » fait partie de la personnalité-type sooninké sur le plan sociologique, politique et identitaire. La cité sooninké dans sa territorialité pas seulement, a son clergé communautaire ou féodalo-communautaire qui porte les affaires du culte… islamique, à noter avec ses versions adaptées en fonction de la structuration sociale en vigueur dans temps et dans l’espace.

L’islam sooninké ou dire humblement, le musulmanisme* sooninké est une des facettes définissant sooninkaxu (Vivre sooninké). Un mimétisme sensiblement superficiel assurant une certaine socialité faisait l’affaire globalement dans une bonne stabilité dit-on. Seulement ces derniers temps, un phénomène inédit brusque l’opinion communautaire. C’est ce que je nomme l’exhibitionnisme athéiste décomplexé, des gens disant épouser des thèses kamites en les opposant d’une manière révolutionnaire à la religion islamique. Dynamiques et « enragés » particulièrement dans le réseau social TikTok, ils racialisent et géopolitisent maladroitement certains débats sérieux, stigmatisent et vilipendent injustement la religion islamique. Leur sève idéologique est un mélange diffus d’un anti-impérialisme peu irréfléchi et d’un racisme coincé au complotisme. Pour eux l’homme afro était (est) la plénitude de l’humanité « originelle » et « originale », et par conséquent d’autres « naturellement subordonnés historiques » se seraient complotés à coups de falsifications et d’agressions pour le désaxer de sa trajectoire spirituelle, scientifique et philosophique tant enviée. Nous sommes en temps du Big open espace communicationnel, nos apprentis athées seraient liés à un réseautage large parmi les bouillonnants milieux panafricanistes fourre-tout. Ils ont leur narratif « bateau » qui ne sonne pas forcément pas « bête », et en face il faudrait plus de sagesse agissante, de piété tenue, de patience vigilante et d’aération intellectuelle cohérente pour les confondre, les contrarier et les raisonner avec finesse.

Ils usent de ressentiments légitimes pour en faire du carburant militant athéiste…, et nos prêcheurs lettrés religieux doivent réactualiser la substance discursive en termes de mise en garde du peuple croyant.
L’exploitation coutumière du religieux à des fins d’hégémonie clanico-féodale, fait partie d’un magma d’incohérences qu’on pourrait relever et reprocher à l’organisation et l’entretien du culte intra-communautaire. Dans notre Saint Livre, le Coran , il nous est intimés par un célèbre signe « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, » S96 V1. Lis de Lire, connoté Apprendre, Enseigner, Raisonner, Découvrir, Expliquer…, ici c’est loin d’un principe mimétique. Nous avons un Message profondément philosophique qui peut contrer et tenir une disputation décisive face à toute irruption areligieuse de nature subversive.
Ainsi dire il faut plus d’intelligibilité et de transversalité du discours instructif et du prêche pour les masses. L’actuel régime de type d’un maraboutisme casté et templier est à revoir nécessairement. Il est restreint et pas à jour des enjeux de notre époque.

Par ailleurs, il faut gagner la bataille de la cohérence, il en va même du sérieux de notre piété et de nos réflexes d’empathie face aux réalités troublantes dans la vie.
Certains agents kamites indexent les petites hypocrisies sonnantes qui ne manquent pas dans certaine sphère prédicatrice. Un prêcheur qui se soumet silencieusement aux coutumes ou restes des coutumes du temps animiste (certains ladani) à un point A et se montre loquace à un point B pour se faire voir en saint, il y a problème.

Également, il faut réfléchir à contenir l’engrenage takfiriste présent dans certains discours dits anti-kamites. L’anathème dégainé hâtivement par d’apprentis excommunicateurs haineux booste l’ambiance de la conflictualité dans l’affaire. Aujourd’hui cette affaire kamite athéiste qui concerne une infime minorité activiste via les réseaux sociaux (principalement TikTok), est une épreuve pas anodine dans la communauté sooninké. Nous disposons potentiellement de ressorts sociaux et intellectuels nécessaires pour garder relativement les choses à l’endroit, ainsi il faut beaucoup de CERVEAU et de SOLLICITUDE et moins d’invectives, de menaces et d’arrogance.

*Conseil de lecture en photo cet ouvrage d’Ibn Taymiyya, introduit, traduit et annoté par professeur Muhammad Diakho Tandjigora connu Abu Alyas. Un livre lu plusieurs fois, très inspirant pour comprendre certaines notions liées à la croyance.

*terme lu (entendu) chez O Timera, ici j’y accorde la définition suivante : « musulman fait du sooninkaxu »

✍️🏿KS pour le BLOG

● Le « cas Afrique » dans les données géopolitiques du moment | « Synthèse stratégique » par l’anthropologue Yaya SY

L’Afrique est devenue subrepticement un enjeu stratégique « de haute importance » depuis que la Russie est intervenue en République Centrafricaine. En effet, pour les Africains, il est désormais clair que l’Occident veut endiguer l’influence russe qui va à l’encontre de ses intérêts immédiats et futurs.
Dés lors, la Centrafrique est devenue un terrain de jeux politiques et militaires complexes. Les groupes « islamiques » s’opposent aux groupes « chrétiens », les pro-occidentaux contre les pro-Russes, les autres prédateurs se montrent discrets, voire invisibles ; cependant, ils agissent tous sans se préoccuper de la vie et des intérêts des populations africaines.
L’histoire de la période esclavagiste risque de se répéter et se transformer cette fois-ci en guerre de religion et guerre politico-économique où chaque camp de prédateurs organisera ses alliances sur le dos des Africains, mais tous utiliseront les peuples africains comme chair à canon comme ils l’ont déjà fait de par le passé pour dominer l’Afrique et déporter ses meilleurs fils et filles.
La guerre en Ukraine n’est que le prélude à une guerre qui se déroulera en Afrique. En effet, dès le début de cette guerre, les USA ont clairement affirmé sans s’embarrasser de circonlocutions « qu’il faut briser les reins de la Russie pour qu’elle ne recommence plus jamais ». On peut ajouter : pour qu’elle échoue en Afrique où elle menace directement leurs intérêts stratégiques.
La guerre en Ukraine c’est l’arbre qui cache la forêt de la guerre en Afrique, une vaste confrontation qui sera autrement plus décisive au plan mondial que la guerre en Ukraine. Un conflit dont les Africains risquent d’être les spectateurs et les premières victimes, s’ils n’y prennent garde.
Pour répandre leur influence culturelle (de domination des têtes) les pays arabes préparent le terrain depuis longtemps à travers les Conférences islamiques jusqu’aux prêts soi-disant sans intérêts, etc. Ils ont opté pour la domination culturelle en agissant par la religion et l’argent et non par la domination politique directe ou indirecte comme le font les Occidentaux…
Les forces extérieures (les prédateurs) sont déjà en place, mais elles ont toutes besoin de chair à canon et de « guides » africains sur le terrain… Les Africains n’ayant pas collectivement esquissé leurs propres projets existentiels, risquent d’être « LES JOUETS SOMBRES AU CARNAVAL DES AUTRES ». Ce sera pire que durant les treize siècles et demi d’esclavage continu.
Nous avons une chance inouïe de nous en sortir face aux guerres politico-religieuses et culturelles encore fomentées de l’extérieur qui s’annoncent. Unissons nos intelligences et nous vaincrons ! Dénonçons toutes les interventions extérieures et tous les facteurs intérieurs de guerre et de troubles, il est encore temps ! Cessons d’être les tirailleurs des uns et des autres ! Cessons d’être les acteurs de notre propre malheur.
L’Afrique ne sera plus jamais le terrain du « jeu de la mort et de la déportation » mais de la vie, de l’espoir et de l’avenir de l’humanité.



le 05/08/2023

Par Yaya SY Anthropologue

● France | « Révolte des banlieues : État des lieux » via le Blog maplumesenmele



Pourquoi ce genre de conflit n’arrive qu’en France ?

Voici une question sur laquelle je suis tombée en picorant l’actualité sur mon fil d’actualité sur les réseaux sociaux. Cette question à la tournure un peu innocente, est pourtant à mon sens, d’une grande pertinence. D’ailleurs, depuis le début des événements, je la trouve la plus pertinente, si ce n’est la question centrale.

Dans cet article, je souhaite donc, avec un peu de recul, partager quelques bribes de réflexions que j’ai pu enrichir au contact de mes fréquentations et de mes échanges depuis le décès du jeune Nahel et le début de la révolte des jeunes des banlieues françaises. Toute ma gratitude et reconnaissance au passage, aux proches, amis et aux collègues avec qui j’ai échangé depuis le début de ces événements malheureux. Merci à chacune et à chacun pour vos éclairages, vos avis et autres points de vue.

Je me sens torturée, pour ne pas dire révulsée par les évènements récents, comme j’ai pu l’être d’ailleurs quand des faits similaires se sont produits dans notre pays. Pour autant je n’arrive pas à cerner véritablement, ce qui me gêne le plus dans tout ce qui se déroule sous nos yeux ces derniers moments. J’ose croire que les problèmes pour ne pas dire « le mal français », sont souvent bien plus profonds qu’on ne veille le reconnaitre. Nous avons juste accès à la partie visible de l’iceberg. C’est la raison pour laquelle ce « mal profond » n’est pas perceptible de prime abord.

Tentons donc de sonder la racine du mal qui touche notre pays et trouble particulièrement notre jeunesse par l’ampleur de ses conséquences.

L’analyse qui suit n’est pas le fruit d’une simple réflexion personnelle mais l’aboutissement de réflexions contradictoires et d’échanges soutenus avec mon entourage proche.

Ces événements récents nous imposent à tous, de répondre ou d’essayer de répondre à plusieurs interrogations. En effet, comment sommes-nous arrivés à une situation aussi explosive et presque ingérable ? Pourquoi nos autorités semblent dépasser par les événements ? Quelles sont les causes profondes de la colère des jeunes de la banlieue ? Que revendiquent-ils au juste ? La colère justifie-t-elle les violences auxquelles nous avons été tous témoins ces derniers jours ? Y’a-t-il possibilité de renouer un dialogue et une relation de confiance entre la jeunesse des banlieues et les autorités notamment la police ?

Il faut reconnaitre d’emblée, qu’il serait prétentieux de répondre à toutes ces problématiques dans le cadre d’un simple article de blog. Toutefois, nous allons tenter de comprendre la situation globale et de proposer des bribes de solution tout en se désolidarisant de tous discours haineux qui n’invitent pas à la réflexion mais l’embolisent.

Pour commencer, rien de mieux que de nous référer au passé pour mieux comprendre le présent. L’histoire a, en effet, beaucoup à nous apprendre. Spontanément je pense à la prise de la Bastille, symbole de la révolution française dont l’histoire nous conte de façon héroïque comment le peuple a su renverser l’ordre monarchique, afin d’arriver à plus d’égalité. En effet, lorsque LOUIS XVI, roi de France accède au trône en 1774, succédant à son grand père LOUIS XV, il a instauré une monarchie absolue, donc une société inégalitaire construite autour de trois ordres : en dessous de la noblesse et du clergé, on avait le tiers état composé des paysans, d’artisans, de bourgeois et de domestiques. Ce tiers Etat ne bénéficiait pas des privilèges des deux autres ordres. Louis XVI tente des réformes, proposées par ses ministres et inspirées de l’esprit des Lumières, mais hésite de les mettre en œuvre. Il butte en réalité devant la résistance des privilégiés, de la cour et du Parlement de Paris. Ainsi, les origines de la révolution française ont été multiples. Elles sont d’ordre social, économique et politique. Les événements de 1789 furent de fait une conjonction de plusieurs facteurs conjoncturels et structurels. Les années qui ont précédé la révolution sont marquées par un climat social tendu ainsi qu’une défiance croissante du peuple à l’égard de la monarchie absolue. C’est, ce à quoi nous assistons aujourd’hui, si l’on ose faire un tel parallèle.

A l’instant où j’écris ces lignes, notre pays va mal économiquement, socialement et politiquement. Les catégories les plus touchées par cette crise généralisée restent celles des zones populaires. Les révoltes violentes que nous avons observées ces derniers temps, sont en partie, le résultat ou les conséquences de la détresse, de la misère et du désespoir incarnés par une inflation galopante qui désoriente chaque jour un peu plus.

Pour autant, tout saccager sans discernement, est-il la solution ou simplement ajoute des maux aux maux ? Même si, au demeurant, on peut comprendre que lorsque la situation devient intenable, le désespoir nous conduit à des actes irrationnels. C’est la seule explication possible à cette violence insensée des jeunes dans la mesure où elle ne fait qu’empirer leur situation déjà déplorable.

En revanche cette fois, nous avons l’impression qu’en plus de la misère aggravée par une conjoncture inflationniste, une crise identitaire vient amplifier le caractère dramatique de la situation à l’image de l’enfant qui se fait remarquer par ses parents en commettant des bêtises. Les enfants de la République rappelle à l’ordre, avec une colère qui s’est muée en violence, la mère patrie à ses responsabilités. En effet, il faut reconnaitre que le passif dure depuis presque trois générations. Ces jeunes des quartiers populaires marginalisés rappellent ainsi à la république, de manière maladroite, qu’ils ne peuvent ou ne veulent plus être considérés comme ses enfants illégitimes.

Il est temps, que tous ensemble, nous déplorons la violence sous toutes ses formes et qu’ensemble nous nous engageons à réparer ce qui peut encore l’être. Nous ne pouvons plus continuer à vivre dangereusement côte à côte, une situation, qui pourra à terme se muer en face à face. Cette frange révoltée de la jeunesse est en quête de reconnaissance. Au même titre que l’on peut être excédé par un enfant turbulant, nous allons utiliser le procédé de l’éducation bienveillante en interrogeant ce que ces actes viennent bouleverser en nous.

Dans une république démocratique, il est inacceptable de tolérer des inégalités injustes. Cette manière de faire met à mal et ébranle l’édifice de notre système de valeurs. Pour ma part, cette incohérence avec les valeurs et les soubassements de la nation est absolument grave. Mon désir d’ordre et de respect de la loi sont bouleversés en profondeur. Cela reste mon ressenti.

Poussons un peu loin notre analyse de la précarité qui touche nos jeunes des milieux populaires et qui les perturbe profondément. Nous pensons que certains de ces jeunes considèrent même leur vie comme sans valeur et sont convaincus qu’ils n’ont aucun avenir dans une république qui ne veut pas d’eux. Nous percevons cette réalité dans certains de leurs discours et de leurs chansons de Rap qui dénoncent pêle-mêle les injustices qu’ils subissent au quotidien.

Quelles sont les moyens et les pistes qu’il faut privilégier pour dénouer les crises qui se suivent et se ressemblent d’ailleurs depuis 2005, et créer un climat d’apaisement dans les banlieues ?
Il est impératif, dans un premier temps de travailler de façon apaisée sur le passé douloureux que nous avons en commun. En effet, il va falloir reconnaitre et accepter que les conquêtes coloniales se sont réalisées dans la violence et parfois, n’ayons pas peur des mots, dans une forme de barbarie. Reconnaitre cela, ce n’est pas humilier la république, c’est un acte de responsabilité et c’est contribuer à pacifier notre passé commun. Reconnaitre ce qui fait mal au concitoyen à travers sa mémoire, c’est une forme de réparation symbolique. Ces descendants de l’ancien colonisé n’ont pas choisi de naitre sur le territoire de la république ; c’est la république qui est allé chercher leurs parents. Il s’agit là d’un fait qu’il ne faille jamais oublier.

La France doit reconsidérer son histoire coloniale. Rouvrir les archives ne se fera pas sans mal, mais il s’agit pourtant d’une nécessité absolue.

Certains se posent la question suivante : « pourquoi la France subit un tel retour de bâton et pas les autres pays comme l’Angleterre, l’Italie, la Belgique, qui eux aussi, ont colonisé » ?

Une réponse possible est que : « peut-être la France est la seule à ne pas avoir quitté véritablement l’Afrique et en profite encore à travers le fameux système de la « françafrique ». Le franc CFA, toujours en vigueur dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest est une belle illustration. Nous n’avons pas connaissance de l’équivalent de cette monnaie dans les autres nations qui ont colonisé par le passé. Avec la France, nous avons l’impression que la colonisation est un passé encore trop présent. Elle se sent toujours en position de force dans certains pays, et est directement encore impliquée dans la politique intérieure de quelques pays dits stratégiques comme le Tchad où le fils Déby a pris la place du père assassiné, et qui s’est vu félicité par le président français actuel, pour ne citer que cette situation. »

Pour conclure, à travers tout ce qui vient d’être relaté, j’oserais parler de mal-être transgénérationnel qu’il va falloir enrailler. A défaut, le conflit larvé restera encore vif dans la mémoire collective et les crispations seront toujours présentes et vivaces. Ce qui ne va guère dans le sens de la cohésion sociale tant souhaitée par nos politiques et d’un mieux vivre ensemble.


L’histoire est un perpétuel recommencement !

THUCYDIDE, Historien grec

Mahany

©️ Source en lien https://maplumesenmele.com/revolte-des-banlieues/

● Difficultés d’enrôlement : le bout du tunnel ?

Le Calame – Lancée début Juillet, la décision de reconsidérer le cas de ceux qui n’avaient pas réussi à se faire enrôler à ce jour fait renaître l’espoir chez les citoyens en attente de papiers d’état-civil ; pour certains, depuis le début de l’enregistrement biométrique (2010-2011), soit plus de deux décennies. Si l’opération de rattrapage se passe bien, ces citoyens « apatrides » pourraient enfin recouvrer leur «mauritanité ».

Selon le ministère de l’Intérieur, ses démembrements et le commissaire aux droits de l’Homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la Société civile, il s’agit là de « fermes instructions » du président de la République. Comme jadis celles de l’ex-président Ould Abdel Aziz… ce qui n’avait pas empêché bon nombre de citoyens de continuer à courir derrière leurs pièces d’identité. Un véritable calvaire…

Toujours est-il que l’actuel Raïs semble accorder une grande importance à cette opération. Aussi le ministre de l’Intérieur a-t-il demandé aux citoyens concernés de se mobiliser et aux autorités administratives de s’impliquer pour sa réussite.

De son côté, le commissaire aux droits de l’Homme a lancé une caravane de sensibilisation, rappelant que « l’état-civil est un droit et offre des droits ». Des droits dont beaucoup de familles ont été délestées depuis le démarrage du recensement qui suscita et suscite encore des controverses et des protestations. Plusieurs partis politiques et organisations de défense des droits des victimes, notamment « Touche pas à ma nationalité » (TPMN), ne cessait de dénoncer un « génocide biométrique ».

De déportations aveugles…

Une qualification en référence à la déportation de milliers de citoyens négro-mauritaniens vers le Sénégal et le Mali à partir d’Avril 1989, sous le magistère d’Ould Taya dont le régime était phagocyté par des nationalistes arabes partisans de la « dénégrification de la Mauritanie ». Tous ces bannis avaient perdu leurs papiers d’état-civil parfois déchirés ou brûlés sous leurs yeux. Depuis, TPMN aura mené plusieurs manifestations à Nouakchott et à l’intérieur du pays dont l’une – en 2013 à Maghama – se solda dramatiquement par la mort du jeune Lamine Mangane, suite à un coup de feu tiré par un gendarme.

Les recalés n’ont donc cessé de protester et le gouvernement de tenter, bon an mal an, de « gérer » la situation à travers l’ANRPTS. Une première tentative en 2017 mit en place une commission présidée par l’ex-ministre des Finances, Thiam Diombar, conseiller à la Présidence. Elle fit long feu, faute de rapports cordiaux avec l’agence de tutelle : obstructions et lenteurs en ont eu raison.

Second acte en 2022, lors de la visite à Kaédi du président Mohamed Cheikh El Ghazwani : en réunion avec les cadres locaux de son administration, il les engageait « à régler rapidement les problèmes d’accès à l’état-civil, en se mettant tout de suite au travail ». On attendait depuis la traduction en actes de cette instruction sans équivoque.

… en CAC vraiment accueillants ?

Et voilà que les Centres d’Accueil des Citoyens (CAC) « nouvelle mouture » sont depuis début-Juillet à pied d’œuvre ! Les populations intéressées se mobilisent, rassemblent leurs fonds de dossier et ceux qui n’en disposent pas peuvent à bon droit s’interroger. Car il y a bel et bien du nouveau : même ceux-ci pourraient se faire enrôler grâce au simple témoignage de notables de leur village. Chaque CAC comporte un chef de village, deux membres de chaque localité, deux membres du conseil municipal et un membre de l’administration locale.

Les obstacles sont quelque peu aplanis :au début de l’enrôlement, on exigeait tout un tas de paperasses et qui n’en disposait pas devait présenter un groupe de « notables » de son village d’origine pouvant certifier son identité ainsi que celle de ses parents et leur situation matrimoniale. On comprend ici les difficultés des citoyens ne vivant pas en leur lieu natal dont la CAC était souvent fermée ou très éloignée…

Outre cet obstacle, les fréquentes absences du personnel des CAC en commune rurale, le doute sur la citoyenneté de certains requérants, la jeunesse des chefs de CAC, leur manque d’expérience et de courtoisie, le rejet parfois de dossiers bien ficelés avec des jugements de cadis absents eux aussi de leur lieu d’affectation, le tout couronné par le peu ou prou d’implication des maires et députés sur le terrain pour accompagner les opérations… Conséquences, de très nombreux mauritaniens devenus des « apatrides » en leur propre pays, d’autres dans l’impossibilité de voyager, des enfants interdits d’aller ou poursuivre leurs études à l’école…

Avec cette nouvelle opération, l’Administration se rapproche des citoyens, on exige moins de documents. Un simple témoignage suffirait à se faire recenser, alors qu’un chef de CAC pouvait naguère décider du sort de toute une famille, privant ainsi tous ses membres des plus élémentaires droits à l’enseignement, la libre circulation, la santé et autres services sociaux.

Comme on le sait, l’état-civil était encore très peu ancré en certaines contrées au début de ce troisième millénaire. Exiger de leurs habitants des documents inconnus ou indisponibles à leurs parents : actes de naissance, certificat de mariage, recensement de 1998,etc. ;relève pour eux de la quadrature du cercle et ils peinent à obtenir des jugements établis par des cadis trop souvent absents de leur lieu d’affectation ou que les responsables des CAC pouvaient ignorer.

Aujourd’hui, les équipes de recensement peuvent se déplacer dans les villages, suivant un calendrier tournant établi avec la mairie, à la condition toutefois que ces localités disposent d’électricité. Dans le cas contraire, ce sont les citoyens qui se déplacent. Ils n’hésiteront pas, eux qui ont déjà passé des semaines – voire des mois – à se rendre dans les chefs-lieux de département pour tenter de se faire enrôler. Longtemps en vain. Avec enfin une chance aujourd’hui d’obtenir gain de juste cause ?

À nouveau tous ensemble ?

Question non moins pertinente : quand le gouvernement mauritanien se décidera-t-il à rapatrier les milliers de réfugiés mauritaniens encore au Mali et au Sénégal qui attendent leur retour au pays depuis 2007 ? Ils avaient cru à la volonté de feu le président Sidioca de rapatrier ceux du Sénégal avant ceux du Mali. Ould Abdel Aziz étouffa leur espoir par son coup de force d’Août 2008. Et ils attendent depuis.

À en croire diverses sources, la détérioration de la situation au Mali pousseraient certains à se rapprocher de la frontière avec la Mauritanie. Rien n’est simple en notre environnement saharo-sahélien contemporain, tout se complique… Mais, bon, retenons simplement ici qu’une réelle volonté de simplifier le recensement de nos concitoyens est en cours d’ouvrage en Mauritanie. N’aurait-elle qu’une seule chance de s’imposer, soutenons-la ! Tous ensemble enfin !

Dalay Lam

©️ Source en lien https://cridem.org/C_Info.php?article=767070

● L’Expo Ramsès | Parc de la villette – Paris

• Paris 27 juillet 2023

Un passage de retour dans le monde antique pharaonique, cette exposition consacrée à Ramsès II, un prodigieux souverain de la 19ème dynastie de l’Égypte d’alors. L’événement culturel titré « Ramsès et l’Or des Pharaons » est en cours au sein de la Grande Halle au Parc de la Villette. Une plongée historique auprès des réalités (objets, momies d’animaux, sculptures, peintures, monuments en virtuel, et diverses reliques…) du vainqueur de la bataille de Qadesh et ses proches. Ici une exposition somptueuse dans un décor labyrinthe à travers lequel chaque objet, chaque tableau, chaque légende ou chaque écriteau, dresse et stimule notre curiosité davantage. Un pan de l’épopée civilisationnelle des Pharaons y est schématisé, et en visiteur observateur déjà « préjugeur », mon regard et mon intime attention comptaient déceler, scruter, imaginer et rapprocher les éléments exposés et sommairement décrits en espérant consolider et dissocier mes maigres savoirs engrangés diversement sur ce monde antique.

Hiéroglyphes, cartouches, sculptures en granit, notices, tout peut être signifiant/signifié et significatif, codé/décodant et décodage, et surtout interprétatif pour les initiés, à nous autres…, surtout moi, j’ose me conforter d’un simple regard empirique qu’à la base de 2 sculptures (abîmées accidentellement ? Visages cassés en partie) de Ramsès et de sa mère Touya, qu’il y a du bien du Négroïde dans les traits. Même si quelques pas après, un extrait vidéo de récomposition faciale numérique du célèbre pharaon lui attribue des traits d’un type oriental-grec avec des ressemblances avec un égyptien aisé cairote de nos jours. Ni un blond caucasien ni un afro… étrangement…

● Ci-après quelques photos prises de visite :

Jeune homme Ramès et sa mère Touya

Une exposition très riche à recommander vivement !

✍️🏿KS pour le BLOG

● La Fin Du Liptako Gourma. | Par Boubacar N’djim

C’est comme l’impression qu’ils font des écoles militaires pour juste préparer des putschs et non sécuriser leurs pays. Alors que les problèmes sont sur le terrain pas dans les bureaux climatisés.

La crise effective de la démocratie est définitivement consommée en Afrique de l’Ouest car le peu de régime démocratique élu qui reste ne va plus rester encore longtemps.

Si les Gardes Présidentielles qui sont censées de garder les chefs d’États s’organisent entre elles pour perpétrer des putschs (crime indescriptible) alors à quoi ça sert d’organiser des élections pour être renversé par la suite ? Un Président qui a peur de faire des changements de postes.

Il est essentiel de reconnaître que les coups d’État ne sont pas la voie appropriée pour résoudre les problèmes politiques et sociaux. Ils sont contraires aux principes fondamentaux de la démocratie et du respect des droits de l’homme.

Au lieu de renforcer la gouvernance et la paix, les coups d’État ont souvent entraîné des violations des droits humains, une détérioration des institutions démocratiques et des périodes d’instabilité prolongée.

Hélas pauvre Afrique de l’Ouest.



Boubacar N’djim

©️ Source en lien https://www.buurnews.net/la-fin-du-liptako-gourma/