● Le Grand Entretien du BLOG | Avec M. Kaaw TOURÉ, homme politique mauritanien (FPC)

Le Grand Entretien du BLOG vous revient avec l’interview accordée par l’homme politique mauritanien M. Kaaw TOURÉ du parti FPC (Forces Progressistes pour le Changement non reconnues par les autorités mauritaniennes). Militant de longue date et ex exilé politique dès sa jeunesse, le natif de Djéol ou Jowol nous brosse un parcours d’engagé déterminé pour l’avènement d’un ordre étatique juste et égalitaire en Mauritanie. Il draine une expérience militante de plusieurs décennies aujourd’hui et à travers cet entretien du Blog, il nous y expose une substance instructive d’intérêt pour l’opinion publique. Nos vifs remerciements à lui pour la disponibilité manifestée pour notre sollicitation médiatique.


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● Question 1 : Bonjour M. Kaaw TOURÉ, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel).

KT : Je m’appelle Kaaw Touré, je suis originaire de Jowol, un village dans le Sud de la Mauritanie, plus précisement dans le département de Kaëdi. J’ai effectué mes études coraniques dans le foyer familial, et à Jowol même mes études primaires et mes études secondaires au lycée de Kaëdi jusqu’en classe de terminale quand je fus arrêté suite aux évènements du « Manifeste du négro-mauritanien opprimé » de 1986, et participation à une manifestation contre le régime militaire du colonel ould Taya. Après la prison, je fus contraint à l´exil au Sénégal suite à l’exécution des martyrs du 6 décembre 1987 (militaires cités dans une prétendue tentative de putsch). C’est au lycée Limamoulaye de Dakar que j’ obtins mon baccalaureat, suivi d’un diplôme d’Ingénieur en planification économique de l’ENEA de Dakar. Je suis aussi diplômé en sciences sociales et histoire des langues à l´Université de Växjö en Suède. Je travaille comme formateur et chargé
d´insertion dans la société suédoise des immigrés, réfugiés et autres chercheurs d´emploi. J’aime lire et écrire. J´ai à mon actif un recueil de poèmes en pulaar « Sawru Gumdo » ou la canne de l´aveugle qui traite des sujets de société, de notre lutte et de nos martyrs.



● Question 2 : vous disposez d’une certaine aura auprès de l’opinion publique francophone mauritanienne voire au-delà et pourriez-vous revenir sur la genèse et le cheminement de votre engagement de militant politique (notamment les circonstances historiques de votre arrestation, de votre exil…) ?

KT : Je me suis engagé dans la lutte très jeune à l´âge de 15 ans. Je dirai que j´ai eu la chance d´être né dans un village historique, très dynamique et dans un environnement social très politisé et engagé dans le combat culturel, social et du developpement, aussi bien dans mon village natal et dans notre contrée de la vallée. J´avais des oncles et cousins très engagés comme Ibrahima Mifo Sow, actuel vice-président des FPC et qui était un des militants du MEEN et aussi président de notre association culturelle, Amadou Alpha, l’un des premiers grands poètes mauritaniens en pulaar, Amadou Samba Dembélé, Mawndou Guissé, Elhadj Sidi Ngaïdé, feu Abdoulaye Moussa BA ancien député maire de Jowol et Yaya Mabel Dia entre autres, qui m´ont beaucoup influencé positivement et guidé mes premiers pas dans la lutte. J´ai commencé très tôt dans le cadre de notre association culturelle qui était très animée et active sur les deux rives du fleuve et nous avions, en outre des activités culturelles locales, une fédération des associations culturelles de notre zone qui s´appelait Jaalowaali qui s´étendait de Jowol Mauritanie à Koundel Sénégal et qui regroupait plus d´une dizaines de villages et chaque vacance d´été un des villages de la vallée organisait une semaine culturelle et sportive à laquelle participaient toutes les associations culturelles membres de Jaalowaali. Cela donnait lieu à beaucoup d’activités dont des soirées de théatre, des choeurs, de ballets, de la poésie, des conférences publiques, des opérations d assainissements des villages, des plantations d’arbres, des compétitions de football, de l’athlétisme. Ces grands évènements annuels permettaient surtout de raffermir les liens de parenté et des relations d´amitié entre des jeunes du Fouta, en même temps qu´ils entretenaient notre idéal panafricain répondant à cet adage pulaar ”Maayo wonaa keerol” autrement le fleuve n´est pas une frontière.
Arrivé au collège et au lycée de Kaëdi, j’ai continué le même engagement avec l’encadrement des ainés comme Amadou Samba Dembélé, l’honorable Samba Thioyel Ba, Assette Hamadi Sall, Modi Cissé et Moussa Sy dit Binngel leydi et d’autres professeurs comme Ndiaye Amadou Malal, feu Aboubackri Belal BA entre autres et feu Pr Saidou Kane qui venait souvent dans la région dans le cadre de ses missions en tant qu´inspecteur de l´enseignement et de chercheur.
Je peux en résumé dire que j´ai attrappé très tôt le virus politique. Cela m´a valu la prison à l´âge de 18 ans faisant de moi, pour la petite histoire, le premier plus jeune prisonnier politique de Ould Taya en 1986. Cette expérience carcérale sous le régime militaire dur et pur du CMSN n´avait pas entamé mon engagement, ni ma détermination à combattre les injustices flagrantes et inacceptables dans notre pays, au contraire, elle m´a renforcé dans mes convictions. J´ai récidivé aussitôt après ma sortie de prison en 1987 avec d´autres jeunes camarades au lycée de Kaëdi en initiant une grève scolaire pour protester contre l´exécution de nos 3 premiers martyrs le 6 decembre 1987 à Djreïda à savoir les lieutenants Bâ Seydi, Sy Saïdou et Sarr Amadou. J´ai été à nouveau recherché et poursuivi par la police mauritanienne à la veille du déclenchement du mouvement. J´ai été contraint à la clandestinité pendant quelque temps, ensuite à l’exil forcé à partir du 15 decembre 1987. Pour la petite anecdote, la police qui n´a pas pu mettre la main sur moi a arrêté mon oncle feu Abdoul Aziz Dia. Il était mon tuteur et aussi le surveillant général du lycée de Kaèdi. C’était un homme de Dieu très respecté. Il fut détenu et pris en otage pour le seul crime d´être mon oncle. Il a fallu l´intervention de toutes les notabilités religieuses et traditionnelles de la région du Gorgol pour qu´il soit libéré après plus d´une semaine de détention arbitraire. Je voulais me rendre pour qu´il soit libéré mais il avait insisté auprès de ses visiteurs pour me prier de sortir du pays parce qu´il savait le sort peu enviable que m´avait promis l´ancien sanguinaire tortionnaire et directeur de la sureté régionale du Gorgol, le tristement célèbre commissaire baathiste Cheikh Ould El Mamy. Par la grâce de Dieu, j´ai pu échapper à la police et à la gendarmerie et sortir de Kaëdi qui était presque en état de siège non déclaré.
Je rejoins Dakar avec mon ami Dia Alassane Aly dit DIAZ. Nous y trouvons nos camarades exilés qui avaient échappé aux filets du tout puissant ministre de l’intérieur Djibril ould Abdallah, de feu Ely ould mohamed Vall et du tristement célèbre tortionnaire Deddahi. Ensemble, nous avions reconstitué le noyau dur des Flam, alerté l´opinion internationale sur la situation politique en Mauritanie mais surtout sauvé plus tard la vie de certains de nos ainés et dirigeants de l´organisation détenus à Oualata. Grâce à nos contacts et la mobilisation médiatique et des organisations des droits de l´homme, nous avons mis la pression sur le gouvernement mauritanien qui a accepté finalement la visite de nos camarades détenus par des journalistes Abdel Aziz Dahmani de Jeune Afrique et de Babacar Touré de Sud Hebdo et des organisations des droits de l´homme. Nous avions maintenu le flambeau de la résistance jusquà la libération de nos dirigeants détenus et encadré et soutenu les premiers déportés mauritaniens au Sénégal et au Mali suite aux événements douloureux dits sénégalo-mauritaniens de 1989.
Depuis le 4èmecongrès ordinaire des FLAM, j’ai été propulsé comme responsable du département de la presse de notre mouvement et directeur de publication de notre organe d´informations le FLAMBEAU. Cet activisme débordant auprès de la presse sénégalaise et internationale m´a valu des mises en demeure répétées au Sénégal et
j´ai échappé de justesse à une tentative d’extradition, devenue une expulsion vers un pays tiers en juillet 1999 suite aux pressions diplomatiques du gouvernement mauritanien. Grâce aux Nations-Unies, j´ai obtenu l´asile politique en Suède où j’ai continué mon activisme en tant que responsable de la communication des FLAM et qui m´a amené à créer le premier site internet d´informations d´un mouvement d´opposition mauritanien, en novembre 1999, le site Flamnet parce que nous avions compris très tôt que la dictature prospère sur le silence et la résignation des victimes. Ce site est toujours vivant et le seul des sites mauritaniens qui a survécu à tous nos régimes.
Après le congrès de mutation des Flam en août 2014, le parti FPC, créé à l’occasion, à travers le président Samba Thiam, m´a encore renouvelé sa confiance en tant que responsable de la communication extérieure et son porte-parole. Notre parti, malgré sa non-reconnaissance officielle, reste une force politique reconnue par tous les acteurs politiques grâce à son dynamisme et son ancrage dans notre milieu naturel et surtout auprès de la jeunesse consciente et engagée du pays. Le pouvoir a compris que nous les avons bien compris et que nous sommes incorruptibles. C’est pourquoi, il tente par tous les moyens d’empêcher notre expression dans l´espace public par la diabolisation et le refus de reconnaissance officielle alors que nous avons rempli toutes les conditions légales requises. Cela ne nous surprend guère, c´est la triste réalité de la Mauritanie. Le système tente désespérément de se choisir des acteurs officiels qui lui sont accommodants.

L’affiche visuelle d’un film suédois consacré à sa vie de militant



● Question 3 : quelle analyse faites-vous de la situation politique et sociale de la Mauritanie aujourd’hui ? Et également concernant l’approche de positionnement de la Coalition Antis-Système à laquelle appartient votre parti les Forces Progressistes pour le Changement (les FPC toujours non reconnues par les autorités) par rapport au dialogue en gestation du côté du régime en place?

KT : La situation politique du pays est toujours dans le statu quo, une impasse totale. On assiste à une radicalisation du Système dans ses orientations politiques et idéologiques, à une arabisation à outrance du pays avec la montée des courants chauvins et ethnofascistes, à une exclusion systématique des composantes noires des postes de décision ainsi que du commandement administratif et des forces armées, au contrôle exclusif de l´économie et des banques par une seule composante nationale, à des expropriations et des spoliations des terres de cultures de la vallée au profit de la bourgoisie compraodore au pouvoir. Pour courronner le tout, on transforme des Mauritaniens de souche en apatrides et des sans-papiers dans leur propre pays par le biais d’un enrôlement inisdieusement discriminatoire. Face à cet imbgroglio politique inquiétant, il fallait unir les véritables forces progressistes, démocratiques et patriotiques autour du changement. La coalition antisystème est une dynamique unitaire à saluer et à renforcer. Elle a permis d´unir l’essentiel des forces progressistes qui mettent en avant la résolution de la question nationale et sociale. Tous ont compris que la lutte en ordre dispersé contre l´ennemi commun n´a pas d´autre effet que la défaite pour tous et les dernières élections l´ont bien confirmé. Au niveau des FPC, depuis notre retour d´exil notre combat a toujours été d´unir toutes les forces démocratiques et progressistes autour de l´essentiel, de trouver un cadre de concertation et de lutte pour faire entendre notre voix. Malgré les quelques petites réticences et reserves par-ci, par là nous avons été persévérants et c´est dans ce sens qu´il faut comprendre et situer la position responsable et courageuse du président Samba Thiam, c´est une conviction et non un calcul politicien. Nous devons maintenir cette coalition dans la perspective des futures échéances électorales tout en gardant la liberté d´action et d´indépendance d´esprit des partis et associations membres de la Coalition.
Quant à votre question sur le dialogue, notre position de principe depuis l´appel du ”Manifeste du négro-mauritanien opprimé” de 1986 est que les problèmes mauritaniens doivent être posés par des mauritaniens, discutés entre mauritaniens et solutionnés par des mauritaniens autour de ce que nous appelions à l´époque un débat national. Vous connaissez la réponse du pouvoir de l’époque à cet appel au dialogue. Nous sommes des africains éduqués aux vertus de l’arbre à palabres mais nous ne souhaitons pas que ce dialogue soit un enième dialogue sans effets tangibles. Il faut avoir le courage de poser les véritables questions qui minent le vivre ensemble à savoir l’épineuse question nationale et sociale que certains appellent question de l’unité nationale. Je pense aussi que l´Opposition démocratique a intérêt, pour éviter des manipulations, a aller groupée au dialogue si elle obtient bien sûr des garanties sérieuses et crédibles sinon rien ne l’y oblige. Par ailleurs j’ai vu sur l’exposé de la feuille de route la question du « passif humanitaire » mais ici on confond entre l’effet et la conséquence. Les tueries ou le génocide que certains par pudeur ou peur appellent le passif humanitaire est une suite logique d’une politique chauvine et raciste qu’il faut nommer, dénoncer et combattre pour une Mauritanie plus juste et réconciliée.

● Question 4 : Ces derniers mois les pouvoirs publics de notre pays mènent une campagne de refoulements contre des étrangers dits “illégaux” que d’aucuns qualifient de chasse aux subsahariens, quelle lecture faites-vous de cette problématique ? Et également concernant les nationaux non enrôlés qui subissent des harcèlements policiers régulièrement relevés…

KT : L´expulsion des étrangers en Mauritanie n´est que la partie immergée, invisible du problème pour ne pas dire la face cachée de l’iceberg, elle répond à une logique chauvine, raciste, xénéphobe du Système. Fortement impressionnés par le courant panarabiste chauvin ils inventent la théorie de « mouhadjirines » en Mauritanie. Ils considèrent les négro-mauritaniens comme des « immigrés » ouest-africains venus envahir la Mauritanie avec le colonisateur francais donc tout bonnement la Mauritanie serait la seconde patrie arabe occupée par des noirs, en comparaion avec la Palestine. Il y a toujours cette propagande très ancrée dans le cercle du pouvoir à savoir le « péril nègre ». Ce qui expliquait en partie les déportations massives des Noirs en 1989 et l´épuration ethnique au sein de l’armée en 1990/1991. Pour les partisans de l’arabité, la présence des subsahariens constitue une menace pour l’arabité exclusive du pays et renforcera le poids démographique des composantes négro-africaines. Voilà les fondements politico-idéologiques de cette orientation xénéphobe et raciste de nos autorités et qui explique ces expulsions mais aussi l’enrôlement qui veut réduire les négro-mauritaniens en sans papiers, apatrides dans leur propre pays. On quitte du génocide physique pour un génocide biométrique moins visible auprès de l’opinion internationale.


● Question 5 : sur la problématique de l’esclavage en Mauritanie, depuis l’Ordonnance n° 81-234 du 9 novembre 1981 portant sur son abolition, d’autres initiatives législatives ont été prises mais le phénomène et ses manifestations restent périodiquement d’actualité, quels seraient selon vous des écueils à sa véritable éradication ?

KT : Il est étonnant qu’à l’orée du 21ème siècle, il se trouve des esprits encore imbus de la culture et de l’éducation esclavagistes pour considérer le profil et les compétences des citoyens à l’aune de leur prétendue ascendance! Il est encore plus inquiétant que l’Etat et ses démembrements laissent prospérer ces considérations déshumanisantes pour s’en prendre plutôt aux abolitionnistes, défenseurs de la dignité humaine et des valeurs républicaines. Pire encore, ils versent dans l´apologie de la supériorité raciale dans un État qui se dit islamique, une religion qui prône l’égalité de tous les citoyens. Le prophète Muhammad (Paix sur lui) disait dans son sermon d’adieu: « Toute l’humanité descend d’Adam et Eve. Un Arabe n’est pas supérieur à un non-Arabe et un non-Arabe n’est pas supérieur à un Arabe. Un Blanc n’est pas supérieur à un Noir et un Noir n’est pas supérieur à un Blanc – si ce n’est par la piété et la bonne action ». Les obscurantistes n’en ont cure. Les écueils sont d’ordre sociétal pour ne pas dire sociologique. Nous devons commencer par combattre cette mentalité par l’éducation et surtout par l’indépendance mentale, l’épanouissement économique de ces damnés de la république mais surtout une volonté politique de nos dirigeants pour éradiquer définitivement ces tares sociétales fondées sur l’injustice. Comme je le dis souvent, aucune injustice n’est plus acceptable qu’une autre. C’est une conviction personnelle et principielle, je ne peux me permettre ce que je refuse aux autres. J’ai écrit et composé des poèmes depuis belle lurette pour dénoncer ces injustices sociales. Je suis un bon croyant et humaniste et notre Saint Coran nous dit « le plus noble d’entre vous auprès d’Allah, est le plus pieux ».

● Question 6 : notre sous-région a connu divers bouleversements géopolitiques ces dernières années, par exemple la création de la fédération des États de l’AES (Burkina Faso, Mali et Niger) sous un certain militarisme des espaces politiques, quel commentaire pouvez-vous faire sur situation ?

KT : A quelques exceptions près, tout régime militaire est de nature dictatoriale, un régime d´exception et de privations des libertés. Qui est mieux placé que nous les mauritaniens pour le confirmer? N´est-ce pas Sankara qui nous disait « un militaire sans formation politique et idéologique est un criminel en puissance ». Ce qui se passe actuellement sous nos yeux dans les pays de l´AES est inacceptable et inadmissible. Cette fédération n´est en fait qu´une conglomération des petits putschistes et dictateurs, assoiffés du pouvoir et du sang, qui sous le pretexte de lutter contre le terrorisme, veulent reduire le peuple et les forces politiques au silence. Nous l´avons vu avec la répression sanglante qui frappe toutes les voix dissidentes au Burkina, la dissolution des forces politiques au Mali et l´intronisation de la présidence à vie du putschiste de Niamey.

● Question 7 : l’extrémisme violent secoue régulièrement certaines zones de la sous-région également, et d’imprudents raccourcis font des amalgames entre les terroristes et des populations peules avec un lot des sinistres bavures par endroits, quelle analyse faites-vous de cette complexe et lourde réalité ?

KT : Ce qui se passe dans certains pays de la sous région est vraiment triste. Le combat de ces prétendus moudjahidines n´a rien à avoir avec notre sainte religion, qui est une réligion de paix et de tolérance. Nous, au niveau des FPC, considérons ces évènements graves autour de ces illuminés, qui n´ont été mandatés par aucune communauté, comme une menace sérieuse pour toute la sous région, un danger auquel il faut faire face avec fermeté certes, mais aussi avec beaucoup de discernement.
Cet amalgame entretenu entre populations peules et groupes terroristes est grave et nous assistons à une épuration ethnique qui ne dit pas son nom dans certains pays où des populations civiles innocentes, enfants, femmes et vieillards sont massacrés par des forces armées qui devaient assurer leur sécurité, assistées par leurs supplétifs, des milices civiles armées. C´est barbare et un génocide si on se réfère à la définition du génocide par la convention internationale des droits humains. Ce qui est encore plus abérrant c’est qu´on voit certaines personnalités qui se disent panafricanistes entretenir ce discours odieux, je pense exactement à Nathalie Yamb et ses ”talibans”petits panafricons, qui sans nuance, versent dans cette loghorée haineuse et irresponsable.
L´éminent professeur sénégalais, historien et militant de la gauche Abdoulaye Bathily avait pourtant attiré l´attention en 2014 d´un probable génocide des peuls et l´histoire lui donne raison si on voit ce qui se passe dans ces trois pays de l´AES. Dans cette région. nous sommes tous des peuples metissés et nous devons par amour à notre chère afrique nous mefier des discours ethnocentriques et irrédentistes qui peuvent brûler tous nos Etats. Ne jouons pas avec le feu, vu la sensibilité de cette question et la fragilité de nos États. Pour finir je pense sérieusement qu’on ne réglera pas ce problème en se contentant seulement de combattre ces terroristes. Il faudra aller au-delà, mesurer l’impact de ce discours d’intolérance, fanatique, et en déterminer les causes profondes. Ce terrorisme aveugle, à vocation apocalyptique, prospère sur le lit des frustrations et des misères des populations vulnérables parce que sous-éduquées et/ou laissées pour compte par nos gouvernants.

• Réalisé par KS pour le BLOG

● Mali – Contribution | De la rectification à la stabilisation : le pouvoir du discours ! Par M. Brehima Sidibe



Nous sommes en mai 2021 le président de la Transition Bah Ndaw vient d’effectuer un remaniement ministériel. Deux poids lourds du Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) à savoir Sadio Camara et Modibo Koné sont absents de la liste. Il n’aura fallu que quelques heures pour que Assimi Goita, alors colonel et vice-président de la transition, n’intervienne pour “déposer” le président Ndaw. Si certains qualifient cet acte de “second coup d’Etat”, le discours officiel retiendra l’appellation “rectification de la trajectoire de la transition.” Engagement avait été pris de respecter le délai initial de dix huit mois de transition. Toutefois, au gré des circonstances, ce délai est endossé désormais à la “stabilisation” du pays. Comme quoi, les mots ont du sens, mieux ils ont du pouvoir!

Dès lors, nous entrons dans une période où le discours façonne les représentations sociales et politiques. Dans un article publié en octobre 2024, nous qualifions cela de “gouvernance rhétorique”. Cet article vise à analyser l’impact du discours dans la pérennisation du régime de transition au Mali.

• La langue de coton ou les concepts fédérateurs

Le concept de langue de coton nous vient de François-Bernard Huyghe. Il désigne tous les mots ou expressions dont il est difficile de s’opposer au risque d’être accusé de mauvaise foi. Si l’on se place dans le contexte malien, ce sont des expressions comme : recouvrer l’intégrité du territoire national ; instaurer la paix, refonder l’Etat, restaurer la souveraineté nationale, jusqu’à la stabilisation du pays.

On retrouve ces expressions dans tous les discours officiels. Comme nous l’avons indiqué plus haut, elles forcent d’une certaine manière l’adhésion de l’opinion publique. En effet, qui serait contre l’instauration de la paix? ou contre la stabilisation du pays? En choisissant de fixer la fin de la transition à la stabilisation du Mali, les autorités de transition laissent peu de place à des voix discordantes car celles-ci peuvent rapidement être qualifiées d’ennemis de la nation.”

Toutefois, l’emploi de la langue de coton contient un biais. Ce biais est lié à la sémantique de ces mots ou expressions. En sémantique, il y a ce qu’on appelle la télicité. C’est un test qui permet de vérifier l’extension temporelle ou la délimitation temporelle. Une action est dite télique lorsqu’elle est délimitée dans le temps. Exemple : Le président de la transition a posé la première pierre de l’usine de raffinerie d’or en mai. En revanche, lorsqu’une action n’est pas délimitée dans le temps, elle est dite atélique, il y a donc une extension temporelle. En effet, on ne peut dire : Nous allons restaurer la paix en août ou encore le pays sera stabilisé en décembre. 

Ceci pour mettre en exergue le pouvoir du discours en cette période de transition. Mais au demeurant, il doit être accompagné d’actions concrètes pour maintenir l’adhésion de l’opinion publique.

Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique. 

● Mauritanie ~ Politique | Biram Dah Abeid : une voix incontournable pour la justice, la démocratie et l’unité en Mauritanie . Par M. Cheikh Sidati Hamadi



• Par Cheikh Sidati Hamadi (Expert senior en droits des CDWD, Analyste , Essayiste, chercheur associé)

Introduction

Le temps des choix historiques
La Mauritanie se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre la tentation de reproduire les systèmes d’exclusion et l’aspiration sincère à une société plus juste, inclusive et pleinement républicaine, le pays est confronté à un choix fondamental. Un choix qui engage la conscience collective, la paix sociale et l’avenir même de la nation.
Dans ce contexte, ignorer les véritables forces de changement, celles qui incarnent à la fois les douleurs du passé et les espoirs de demain, serait une erreur aux conséquences profondes. L’histoire, en effet, a ceci de tenace : elle revient frapper à la porte des peuples jusqu’à ce qu’ils y répondent. Et aujourd’hui, nul ne porte en Mauritanie la voix de la justice, du courage et de la cohérence avec autant de force que Biram Dah Abeid, leader de la Coalition antisystème.

Un leader de la majorité silencieuse

Issu d’une communauté longtemps marginalisée, Biram Dah Abeid s’est imposé comme la voix des sans-voix : les oubliés de la République, les exclus de la représentation politique, les victimes de l’esclavage et de l’ordre ethno-social.
Son combat transcende les seules causes des Haratines ou des communautés discriminées sur la base du travail et de l’ascendance (CDWD). Il a su fédérer une alliance politique large, la Coalition antisystème, regroupant des forces en rupture avec les logiques conservatrices et clientélistes.
À ce jour, il est le seul leader antisystème à avoir été classé deuxième à trois élections présidentielles consécutives (2014, 2019, 2024), rassemblant plus de 22 % des suffrages aux deux dernières. Et ce, sans parti reconnu, sans financement public, dans un environnement marqué par de sévères restrictions. Cette performance atteste d’une légitimité populaire profonde.

Un patriote pacifique

Contrairement aux caricatures véhiculées par certains cercles rétrogrades, Biram Dah Abeid est un patriote sincère, pacifiste dans l’âme malgré les lourdes conséquences qui peuvent en résulter.
Il croit en une Mauritanie unie, démocratique, où la justice ne dépend ni du nom, ni de la tribu, ni du statut. Il ne rejette pas la République : il la réclame pour tous.
Son combat est non violent, légal et républicain. Même face à l’emprisonnement, à la confiscation de ses victoires, à la censure ou à la répression, il répond par le droit, la parole et l’action civique. Il milite pour un dialogue sincère, où chaque voix compte, y compris celles qui dérangent.

Un charisme politique et moral

Biram Dah Abeid n’est ni un homme d’appareil, ni un politicien classique. Il ne doit son autorité ni à une ascendance influente, ni à la fortune, ni à un réseau de clientélisme. Son autorité repose sur la constance, la cohérence, le courage et l’engagement sans faille d’un homme debout.
Son charisme est naturel, moral et politique, nourri par sa proximité avec les plus humbles. Il ne promet pas des privilèges : il exige des droits. C’est cette posture éthique qui lui vaut une audience transversale dans toutes les composantes de la société mauritanienne.

Un ancrage national rare

Peu de figures politiques bénéficient en Mauritanie d’une reconnaissance véritablement transcommunautaire. Biram est respecté chez les Haratines, les Négro-Africains, les Maures ; dans les villes comme dans les campagnes. Sa voix porte chez les intellectuels, les jeunes diplômés, les chômeurs, la classe ouvrière, les femmes résilientes, les agriculteurs spoliés, les fonctionnaires marginalisés, les enseignants, les imams engagés, les commerçants de l’économie informelle et les humbles.
Cette transversalité sociale et communautaire est rare. Elle fait de lui un acteur central et incontournable pour toute solution politique durable.

Une légitimité forte au sein de la diaspora

Dans la diaspora mauritanienne, Biram Dah Abeid incarne l’espoir républicain. Ses visites à Paris, Bruxelles ou New York rassemblent des centaines de compatriotes, toutes origines confondues. Intellectuels, ouvriers, professionnels : tous saluent en lui un vecteur crédible de changement.
Son langage est inclusif, son discours structuré et sa vision claire : une Mauritanie de justice, de droits et d’inclusion.

Une reconnaissance internationale exceptionnelle

Son engagement lui a valu une reconnaissance mondiale. Parmi ses distinctions figurent :

Le Prix des Nations Unies pour les droits de l’homme (2013) ;

Le Prix Front Line Defenders (2011) ;

Une reconnaissance officielle du Congrès des États-Unis, à travers des auditions et soutiens directs ;

Le classement par Time Magazine parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde (2017), une distinction rare pour un défenseur africain des droits humains.
Il est aussi intervenu dans des forums internationaux de haut niveau, dans des universités prestigieuses, et auprès de nombreuses institutions européennes.

Dialoguer sans Biram Dah Abeid, c’est monologuer

Manœuvrer pour exclure Biram Dah Abeid et la Coalition antisystème du dialogue national, c’est ignorer une réalité politique indéniable : celle d’un leader qui incarne l’espoir de milliers de Mauritaniens. C’est nier la voix de plus de 22 % de l’électorat. C’est réduire le dialogue à une mise en scène, comme les précédents, et perpétuer les exclusions passées.
Feindre l’ouverture tout en verrouillant le système, c’est parler seul. Or, on ne construit pas la paix en marginalisant ceux qui portent les revendications les plus légitimes.
Le véritable dialogue national commence par la reconnaissance de toutes les légitimités, y compris celles qui dérangent.

Conclusion

Le rendez-vous de l’Histoire approche
Un jour viendra  peut-être plus tôt qu’on ne le croit où les lignes figées de la politique mauritanienne se briseront sous la pression d’un peuple éveillé. Ce jour-là, nul ne pourra dire qu’il n’a pas vu venir l’homme qui, depuis des décennies, alerte, rassemble et incarne l’alternative.
Biram Dah Abeid n’est pas seulement une figure de l’opposition : il est déjà une figure de transition. Il personnifie ce basculement inévitable vers une République de justice, débarrassée de ses chaînes invisibles et de ses exclusions héréditaires.
L’histoire avance, souvent à pas feutrés, mais elle finit toujours par consacrer les justes. Si la Mauritanie veut éviter les convulsions d’un changement imposé par la rue ou par le chaos, elle devra tôt ou tard ouvrir les portes à ceux qui parlent au nom des humiliés.
En refusant d’écouter Biram Dah Abeid aujourd’hui, le pouvoir retarde une échéance qu’il ne pourra éviter demain. En l’intégrant pleinement, il choisit la voie de la réconciliation, de la stabilité durable et de la République refondée.
Ce choix appartient encore aux dirigeants actuels. Mais demain, il appartiendra au peuple  et l’histoire, elle, n’attendra pas.

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec le député M. Tombé Amara Camara

Notre Blog vous propose l’interview ci-dessus accordée par l’honorable député du département de Ould Yengé (Guidimagha). Il s’agit de M. Tombé Amara CAMARA élu lors des dernières législatives (mai 2023) sous les couleurs du parti Udp (encarté dans la majorité présidentielle). Il a répondu aux questions de notre questionnaire d’interview soumis le 10 mai 2025 et nous lui adressons nos chaleureux remerciements pour la disponibilité manifestée. Bonne lecture !

● Question 1 : Bonjour l’honorable député M. CAMARA Tombé, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)

Tombé Amara CAMARA : Je m’appelle Tombé Amara Camara. Mon parcours éducatif est le reflet d’un double enracinement : celui de l’enseignement traditionnel reçu dans les Mahadras, et celui de l’enseignement moderne, que j’ai suivi tout au long de mon cheminement universitaire. J’ai entamé mes études supérieures en Mauritanie, avant de les poursuivre au Sénégal, puis dans d’autres pays africains. Soucieux de rester toujours à jour dans un monde en constante évolution, je continue aujourd’hui à me former à travers des programmes universitaires en ligne proposés par de grandes institutions internationales.

Ce parcours traduit mon profond attachement à nos valeurs culturelles et religieuses, tout en affirmant une ouverture assumée sur le monde, le savoir universel et la modernité.

Sur le plan professionnel, j’ai débuté ma carrière au Sénégal en tant que comptable dans une entreprise de BTP. De retour en Mauritanie, j’ai travaillé pendant cinq ans dans un cabinet d’expertise comptable et fiscale. Parallèlement à ces fonctions, j’ai également assuré des cours dans plusieurs universités mauritaniennes, avec la volonté de transmettre et de contribuer à la formation des jeunes générations.

Suite à mon élection en tant que député, j’ai choisi de me consacrer pleinement à l’exercice de mon mandat parlementaire, fidèle à mes engagements, à l’écoute de mes concitoyens, et animé par le sens du devoir et du service public.

● Question 2 : vous êtes député du département de Ould Yengé, pouvez-vous nous présenter globalement cette circonscription électorale ?

TAC : Le département de Ould Yengé, situé dans la région du Guidimakha, est une circonscription essentielle de notre nation. Il regroupe sept communes : Ould Yengé, Bouly, Bouanze, Lahraj, Tektake, Dafort et Aweiynatt, et compte une population estimée à près de 100 000 habitants. Par sa taille, il se positionne comme le deuxième département de la région, après celui de Khabou.

Ce territoire est riche de sa diversité culturelle et ethnique. Il abrite une population majoritairement soninké, aux côtés de communautés maures — blanches et noires — ainsi que peules. Cette mosaïque humaine témoigne de l’unité dans la diversité qui caractérise notre pays.

Cependant, force est de constater que le département de Ould Yengé, au même titre que celui de Mbout, figure malheureusement parmi les zones désignées par les autorités nationales comme faisant partie du « triangle de la pauvreté ». Cette classification, loin d’être une fatalité, doit nous interpeller et nous engager collectivement à mettre en œuvre des politiques de développement ciblées, solidaires et durables, afin de sortir cette région de la précarité et de garantir à ses habitants les conditions d’une vie digne, équitable et prospère.

● Question 3 : après 2 ans de mandat au sein du parlement, quelle expérience d’étape tirez-vous de cet exercice citoyen et politique ?

TAC : Exercer un mandat de député dans notre pays est un acte de foi républicaine. C’est accepter de représenter le peuple dans toute sa diversité, tout en assumant la complexité d’un rôle souvent méconnu. Dans notre système institutionnel, le député n’est ni un exécutant local, ni un maître d’ouvrage, mais un acteur central de la vie démocratique chargé de voter les lois, de contrôler l’action du gouvernement, et de porter la voix des citoyens au cœur de l’État.

Pourtant, sur le terrain, la réalité est toute autre. Les populations, dans leur soif légitime de progrès, attendent de nous des réalisations concrètes : routes, écoles, infrastructures, emplois. Elles confondent souvent notre mission avec celle des exécutifs locaux. Et cela est compréhensible, car l’État central, parfois défaillant, pousse les citoyens à se tourner vers leurs représentants les plus proches, en quête de solutions immédiates.

Dans ce contexte, ma responsabilité est double : répondre aux attentes de mes électeurs à travers un plaidoyer constant auprès des institutions, tout en assumant pleinement ma mission législative. Il ne suffit pas de voter des lois : il faut s’assurer qu’elles répondent aux réalités du terrain, qu’elles traduisent les besoins des populations oubliées, comme celles de mon département.

Je suis conscient que je serai jugé non seulement sur ma capacité à faire entendre la voix de mon peuple, mais aussi sur mon engagement à servir et non à me servir. C’est un choix éthique, un cap moral, et une ligne de conduite politique.

Mon combat, aujourd’hui, est aussi celui de la pédagogie républicaine : faire comprendre que le député n’est pas un gestionnaire de budgets communaux ou régionaux, mais un garant du lien entre le peuple et la loi. Il est urgent de renforcer la conscience citoyenne autour de nos institutions. Car une démocratie solide repose sur une compréhension claire des rôles de chacun.

Je resterai, jusqu’au dernier jour de mon mandat, fidèle à cette vision : un député utile, présent, engagé, au service du peuple, et fidèle à l’esprit de la République.


● Question 4 : Ces derniers mois les pouvoirs publics de notre pays mènent une campagne de refoulements contre des étrangers dits “illégaux” que d’aucuns qualifient de chasse aux subsahariens, quelle lecture faites-vous de cette problématique ? Et également concernant les nationaux non enrôlés qui subissent des harcèlements policiers dit-on…

TAC : En tant que député et membre actif du groupe parlementaire chargé de la question migratoire, j’ai participé récemment à une mission de terrain dans les centres de rétention accueillant les migrants en situation irrégulière, avant leur retour vers leurs pays d’origine. Cette visite, conduite dans un esprit de responsabilité et de respect de la dignité humaine, nous a permis d’échanger directement avec les autorités compétentes ainsi qu’avec les migrants eux-mêmes.

Je tiens à le dire avec clarté et fermeté : aucune anomalie, ni traitement injuste ou arbitraire n’a été constaté. Les procédures sont encadrées par la loi, appliquées avec discernement, et respectueuses des engagements internationaux de notre pays.

La Mauritanie est un État souverain, hospitalier, mais organisé. Elle a le droit – comme toute nation – de réguler l’entrée et le séjour sur son territoire. Les mesures de reconduite concernent exclusivement les personnes en situation irrégulière, sans distinction d’origine, de couleur ou de nationalité. Il n’y a pas – et il n’y aura jamais – de chasse ciblée contre une communauté en particulier. Parler de chasse aux Subsahariens est une contre-vérité dangereuse qui ne sert ni la vérité ni la stabilité sociale.

Sur la question de l’enrôlement, je salue les efforts de l’État qui, en 2023, a déployé plusieurs commissions d’enrôlement dans différentes régions, permettant à un grand nombre de citoyens d’obtenir leurs pièces d’identité. Néanmoins, nous avons conscience que des insuffisances ont été relevées, et que certains de nos concitoyens n’ont pas encore pu accéder à ce droit fondamental.

C’est pourquoi, au sein de notre groupe parlementaire, nous avons engagé un plaidoyer ferme et constant pour la réouverture des opérations d’enrôlement. L’accès à l’identité légale est un droit constitutionnel ; il ne saurait être compromis. Chaque citoyen doit pouvoir se faire identifier dignement et sans entrave.

Notre engagement est clair : défendre la souveraineté de l’État, préserver la cohésion sociale, garantir le respect des droits, et promouvoir un dialogue constructif autour des questions sensibles. La sécurité, la dignité et la justice ne sont pas opposées. Elles sont les fondements mêmes de la République.

● Question 5 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?

TAC : La question de l’émigration clandestine, notamment celle de nos jeunes qui prennent la mer au péril de leur vie, interpelle notre conscience collective. Ce phénomène ne peut être réduit à un simple manque d’opportunités : il est devenu le reflet d’un malaise plus profond, d’une crise de repères et d’une influence culturelle déformée, véhiculée massivement par les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, nous assistons à une transformation des motivations migratoires. Là où nos aînés quittaient leur terre pour nourrir leurs familles et répondre à des besoins vitaux, nombre de nos jeunes partent désormais, non par nécessité, mais séduits par l’illusion d’une vie de luxe et d’ostentation. Cette nouvelle forme d’exil ne repose plus sur la survie, mais sur le rêve d’un confort matérialiste, souvent inaccessible et artificiel.

Cette réalité nous oblige, en tant que responsables politiques, à agir avec lucidité et détermination. Il est de notre devoir de restaurer la confiance des jeunes dans leur propre pays, de leur montrer qu’il est possible de réussir ici, chez soi, avec dignité, travail et engagement. La réussite ne se mesure pas uniquement en termes de richesse, mais dans la contribution à sa communauté, dans le savoir-vivre et dans l’utilité sociale.

L’État doit assumer pleinement son rôle en créant un environnement propice à l’emploi, à l’éducation et à l’entrepreneuriat. La société civile, les familles, les leaders communautaires et religieux doivent aussi se mobiliser pour accompagner cette prise de conscience.

Nous ne pouvons rester indifférents face à la tragédie silencieuse qui se déroule sous nos yeux. Plus de 500 jeunes ont disparu en mer ces dernières années. Ces jeunes avaient des rêves, des talents, un avenir. Ils représentaient l’espoir de toute une génération. Leur perte est une blessure profonde pour notre pays.

Il est temps de bâtir une alternative crédible à l’exil. Une alternative fondée sur la justice sociale, l’équité territoriale et la promotion de nos valeurs. Car le véritable développement ne viendra pas d’ailleurs. Il viendra de nous.

● Question 6 : La communauté soninké est traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des pistes de réflexion nécessaires pour gérer et dépasser les frictions qui en découlent régulièrement dans nos localités ?

TAC : Sortir de la crise liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance » n’est pas seulement un impératif moral : c’est un devoir politique majeur pour toute nation qui se veut juste, unie et résolument tournée vers l’avenir. Face à une pratique d’un autre âge, profondément attentatoire à la dignité humaine et incompatible avec les valeurs républicaines, notre engagement doit être total, sans ambiguïté ni compromis. Il est temps que l’État assume pleinement ses responsabilités, en affirmant son autorité, en protégeant les citoyens victimes de discriminations sociales héritées, et en sanctionnant fermement toute forme de régression coutumière ou communautaire contraire aux droits fondamentaux.

Nous appelons à une mobilisation nationale, structurée autour d’un cap clair : consolider l’unité nationale par l’égalité réelle entre les citoyens, quel que soit leur statut ou leur origine. Cela passe par le renforcement de l’État de droit, l’éducation des consciences, le soutien aux acteurs de la paix sociale, et la mise en œuvre de politiques de développement inclusives et équitables.

Il ne s’agit plus de tolérer le statu quo. Il s’agit d’agir, avec détermination, pour mettre fin à une injustice qui mine le tissu social et freine notre marche collective vers une société moderne, démocratique et souveraine. L’histoire nous regarde. Et la République doit répondre.

Le 12 juin 2025


● Réalisé par KS pour le BLOG

● Mali/Politique | Contribution | Dissolution des partis politiques : comment en est-on arrivé là? Par M. Brehima Sidibe

C’est le débat qui domine l’espace médiatique malien. Dans un décret pris en conseil de ministres extraordinaire le 13 mai 2025, le gouvernement de transition a dissous tous les partis politiques ainsi que les organisations à caractère politique sur toute l’étendue du territoire malien. Le débat a fait couler beaucoup d’encre et de salives sur le plan juridique. Dans cette chronique, nous allons plutôt nous pencher sur les causes de cette dissolution en amont  et ses conséquences en aval.

• Chronique d’une dissolution annoncée

C’est un euphémisme de dire que depuis l’avènement de la transition en août 2020, les acteurs politiques n’ont pas le vent en poupe. En effet, à tort ou à raison, les hommes politiques sont accusés d’être responsables de tous les maux qui minent notre société. Il faut dire que ce discrédit trouve un écho favorable au sein d’une bonne partie de l’opinion publique. Et le hic, dans cette situation, est que l’ancien premier ministre Choguel Kokalla Maïga, issu de la classe politique, a largement contribué à affaiblir ses camarades politiques. Se réclament des idéaux du Général Moussa Traoré, et donc aux antipodes du mouvement démocratique, il s’attaquait régulièrement aux acteurs de mars 1991. Croyant que ses diatribes pouvaient lui prévaloir les grâces des cinq généraux, il aura participé, sans le savoir, à sa propre mort politique ainsi que celle de ses camarades. Dans un article publié en avril 2024, nous qualifions Choguel de “dernier homme politique”. En effet, son rôle en tant que premier ministre était assimilable à celui d’un bouclier pour contrer les attaques venant de la classe politique notamment. Et après avoir affaibli les acteurs politiques, il n’y avait plus de menaces. Puisqu’il n’y a plus de menaces, le bouclier n’est plus nécessaire. Choguel est donc remercié en novembre 2024. Devenant ainsi le dernier homme politique à occuper de hautes fonctions sous la transition.

• L’harmonisation des agendas politique au sein de l’AES

L’autre principale raison qui explique la dissolution des partis politiques au Mali est d’ordre exogène. En effet, depuis le 16 septembre 2023, notre pays est membre de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) regroupant le Burkina Faso et le Niger. Cette nouvelle organisation confédérale n’est pas sans conséquence sur la politique intérieure de chacun des pays. Dans cette perspective, le Burkina Faso a été le premier à accorder un “mandat de 5 ans” au capitaine Ibrahim Traoré qui change de titre en devenant “Président du Faso”. Aussi, toutes les activités des partis politiques sont interdites au pays des hommes intègres depuis plus de deux ans. Ensuite, ce fut le tour du Niger d’élever le général Tiani en tant que “Président de la République” avec un “mandat de 5 ans renouvelables”. Plus qu’une suspension des activités, toutes les formations politiques nigériennes ont été dissoutes à l’issue des assises nationales tenues en février dernier.

Jamais deux sans trois, le Mali emboîte le pas quelques mois plus tard. S’il est vrai que l’avenir des partis politiques a occupé le débat public au Mali depuis les Assises Nationales de la Refondation (ANR) en décembre 2021,leur dissolution pure et simple ne faisait pas partie des options envisagées. Difficile donc de ne pas y voir une corrélation avec ce qui se passe dans les autres pays de l’AES. 

• Les partis dissous et maintenant ?

Si la mise au banc des formations politiques au Burkina et au Niger s’est passée sans encombre, cela n’a pas été le cas au Mali. En effet, voyant leur mort politique venir, les acteurs politiques au Mali sont vite montés au créneau pour dénoncer une mesure qualifiée d’anti démocratique. Cette différence peut s’expliquer de deux manières. D’une part, l’avènement de la démocratie et du multipartisme au Mali s’est fait au prix du sang suite aux événements de mars 1991. Par conséquent, l’opinion publique malienne attache un prix au pluralisme politique. Aussi, pendant trentes ans, des élections sont régulièrement organisées au Mali au point que ce pays était un moment vu comme un modèle démocratique. D’autre part, la classe politique et les organisations de la société civile au Mali semblent être mieux organisées et structurées qu’au Burkina et au Niger.

A présent, deux visions s’affrontent dans l’opinion publique. Il y a d’un côté ceux qui estiment que cette mesure de dissolution permettra d’assainir l’espace politique en réduisant considérablement le nombre de partis et en revitalisant l’action politique. Au contraire, d’aucuns estiment qu’il s’agit d’une mesure qui porte atteinte aux acquis démocratiques et sape la mémoire de celles et ceux qui ont lutté pour l’avènement du multipartisme. Sous un autre angle, à l’heure où une nouvelle prolongation de la transition est envisagée, certains estiment que c’est une manière pour les autorités de transition de se débarrasser de potentiels contestataires que sont les hommes politiques.

En tout état de cause, il est important de souligner qu’un Etat ne saurait être dirigé sans politique. S’il est  nécessaire d’assainir l’espace politique, il faudra se garder de jeter l’eau du bain avec le bébé! L’absence totale de partis  pourrait pousser certains acteurs politiques à entrer dans la clandestinité. Loin d’être un handicap, la multiplications d’opinions est l’occasion pour les décideurs de faire la somme de meilleures idées au bénéfice du pays. Quoi qu’il arrive, cette dissolution va inéluctablement modifier le paysage politique malien. En bien ou en mal ?, l’avenir nous le dira !

Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique.

● Les pays de l’AES | On y déracine le pluralisme politique par la force des armes.


On y est presque ce besoin de souverainisme fourre-tout qui risque de virer en une domestication « godillot » sans freins des espaces politiques dans ces 3 pays (Le Burkina Faso, Le Mali et le Niger). Des professionnels de l’armée qui soient valablement patriotes politisés sont d’une grande utilité nationale pour tout État sérieux. Les complications rédhibitoires agissent quand la force armée se sert de faux drapeaux en s’accaparant exclusivement du champ politique. Ces faux drapeaux se manifestent par l’arrivage collusif d’une clique d’opportunistes et la fabrique d’une opinion publique hysterisée. L’opportunisme issu d’une cooptation peu lisible pour composer des organes institutionnels domptés (CNT, assises sous contrôle, associations et clubs « amis », clanismes…) et l’hystérisation d’une masse populaire qui préfère les passions excessives à la place d’une activité mesurée du cérébral. Ainsi, on préjuge par carences de lucidité sur les données à court, à moyen et à long terme. Par effet contradictoire, les esprits qui évitent l’ambiance des cris « singés » compulsifs et appellent à un jugement réflexif en dissociant les contextes et les textes s’il le faut ou en les associant s’il le faut également.
Non… ce sont ceux qui disposent du support du prince du moment qui semblent gagner les manches phasiques en cours. Au Burkina Faso, le jeune capitaine Ibrahim Traoré laisse son volontarisme attirant débordé par un élan systémique arrogant qui tend à exclure les autres expressions politiques, https://lobservateur.info/article/111245/afrique/burkina-faso-traore-obtient-un-mandat-supplementaire . Au Niger, le désormais général d’armée A. Tiani est plébiscité lors d’une structuration politicienne générée sous ses ordres et s’offre sans consultation électorale un mandat de 5 ans renouvelable, https://www.aa.com.tr/fr/afrique/niger-abdourahamane-tiani-investi-pr%C3%A9sident-de-la-r%C3%A9publique-pour-un-mandat-de-5-ans-renouvelable/3520505. Et le troisième pays de l’AES, le Mali sous un autre « new » général A. Goïta et ses camarades après quelques timides hésitations, rejoint le club militariste avec la dissolution expresse des partis politiques et des associations à caractère politique, https://www.bbc.com/afrique/articles/c057pym5npno. La coupe est pleine en termes de rétrécissement du champ politique dans ces 3 pays qui composent l’Alliance des Etats du Sahel. L’alibi « sécurité » vaut et tient beaucoup dans le narratif vendu et servi à une certaine opinion suiviste. Une certaine binarité s’installe accablant les milieux politiques classiques (civils) qui animaient la vie démocratique et érigeant les militaires et leurs suiveurs et officines civils comme une émanation messianique d’une voie exclusive de salvation.

On y va à coups de révisionnisme obtus en trame de fond et l’ennemi essentialisé est tout trouvé : le multipartisme et la diversité des opinions. Au Mali,  on compte abattre l’héritage héroïque du mouvement démocratique (Étudiants et Syndicats) qui provoqua la chute du général dictateur Moussa Traoré et son parti unique d’antan l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) en mars 1991.

Les logiques visionnaires avec l’institution de l’AES sous un régime confédéral au ton panafricain dans cet espace déstabilisé par l’hydre nébuleuse de l’extrémisme violent dit jihadiste, sont à saluer et à encourager. Un jugement de valeur et d’espoir qui ne doit empêcher aucunement une prise de recul par rapport aux rigidités unilatérales et clanistes en gestation autour et dans les pouvoirs militaires en place actuellement.

L’avenir rassurant passe nécessairement par une dynamique d’élévation commune par les intelligences partagées et les expressions inclusives.

15 mai 2025

KS pour le BLOG.

● Mauritanie | Pour un dépassement des lectures raciales | Par M. Mohamed El Mounir

Le Calame — Notre pays va mal. Très très mal. Nous sommes plus que jamais prisonniers d’un prisme racial aveuglant, avec une référence systématique et obsessionnelle à la couleur de la peau ou à une supposée « communauté ». Une clef de lecture devenue hégémonique, à travers laquelle nous avons tendance à appréhender tous les phénomènes sociaux et politiques.

N’importe quel acte administratif et n’importe quelle décision politique ne peuvent échapper à cette logique réductrice. Une implacable lecture raciale qui parasite le débat et compromet les chances de trouver des solutions viables aux différentes polarisations porteuses d’incertitudes.

Malgré des perspectives prometteuses de développement accéléré, grâce notamment à la croissance économique et l’exploitation des hydrocarbures, nous continuons de traîner des fragilités structurelles qui pourraient, si l’on n’y prend garde, miner la stabilité et la cohésion nationale (chômage massif des jeunes, migration régulière, menaces régionales).

Mais le plus grave demeure tous ces désaccords qui nourrissent des cristallisations identitaires et alimentent régulièrement des crises politiques et sociales, de nature à remettre en cause la stabilité et l’unité nationale.

Fragilités structurelles

Nous avions mis en garde contre le discours décomplexé de surenchère, véhiculé par des hérauts de la séparation raciale, dont la conséquence est aujourd’hui cet enfermement communautaire et ce repli identitaire frileux, avec des grilles d’analyse simplistes et manichéennes qui transforment n’importe quel acte individuel en une discrimination institutionnelle puis en responsabilité collective.

En classant les Mauritaniens en fonction de leur appartenance ethnique, raciale ou de leur couleur de peau, en réduisant les contradictions sociales à une supposée lutte raciale, en faisant la promotion de solidarités mécaniques, au détriment du sentiment d’appartenance nationale, ce discours anti-démocratique alimente le feu de la discorde. Il finit par dresser les Mauritaniens, les uns contre les autres, favorisant ainsi une logique d’affrontement porteuse de luttes fratricides, susceptible de précipiter le pays vers le chaos.

Cette tendance à tout ramener aux discriminations institutionnelles verse largement dans la dimension symbolique, en simplifiant les problèmes, forcément complexes et en les réduisant à des dimensions épidermiques ou d’appartenances ethniques, au lieu d’essayer de comprendre et d’analyser les défis structurels, les dysfonctionnements et les problèmes auxquels sont confrontés tel ou tel secteur pour proposer des solutions.

D’où cette propension à se situer dans la dénonciation systématique, dénuée de nuance et à tout expliquer par le prisme de la discrimination, faute d’avoir quelque chose à dire sur le reste. Comme si aucune rationalité ne pourrait exister en dehors d’une telle posture. Pourtant, tout ne se résume pas dans notre pays à une dimension discriminatoire.

De manière plus prosaïque, en quoi la cooptation de ministres ou de directeurs supplémentaires, issus de la communauté négro-africaine va-t-elle contribuer à régler les problèmes prosaïques des populations pauvres dans la vallée? En quoi la promotion de généraux Maures au sein de l’armée a-t-elle amélioré les conditions de vie des populations bidhanes démunies au fin fond des Hodh ou dans le Trarza ? Et en quoi la désignation de premiers ministres et de plusieurs ministres haratines a comme impact sur la vie des adwabas ?

Un obstacle au dialogue

En réalité, ces lectures dichotomiques qui prolifèrent notamment sur les réseaux sociaux sont un obstacle à tout dialogue constructif. Dans ces conditions, nous devons tous nous opposer à ce terrorisme intellectuel qui voudrait imposer une lecture raciale des problèmes de la Mauritanie. Nous devons inscrire notre action davantage sur un registre de revendication des droits et de promotion d’une citoyenneté fondée sur l’égalité de tous devant la loi et qui renforce l’appartenance à l’Etat, au détriment des communautés.

Quant au gouvernement, il devrait agir avec des politiques ambitieuses, volontaristes et avec l’ampleur requise, en s’en donnant les moyens, pour renforcer l’État de droit, réduire les inégalités sociales et garantir une redistribution plus juste des richesses. Il doit lutter contre la corruption et la pauvreté, combattre l’exclusion, l’injustice, l’arbitraire et les discriminations sous toutes leurs formes…et qui touchent de manière indifférenciée une majorité de Mauritaniens, quelle que soit leur appartenance communautaire.

Enfin, le dialogue qui s’annonce pourrait aider au dépassement des lectures raciales, non par leur négation mais par des solutions créatives et consensuelles. Il pourrait permettre de traiter les causes immédiates et structurelles des désaccords, afin d’identifier des propositions de réforme permettant d’y répondre.

Il pourrait aider à normaliser la vie politique nationale, en favorisant un consensus national sur les règles du jeu politique et les moyens de résoudre les contentieux pendants (tels que le passif humanitaire, l’esclavage…). L’objectif n’est pas forcément de résoudre tous les défis dans l’immédiat mais de mettre en place des mécanismes pour les traiter, dans le cadre d’une approche consensuelle favorisant la réconciliation nationale.

Mohamed El Mounir
Docteur en science politique
Expert international en développement
Ancien fonctionnaire des Nations Unies

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=783167&fbclid=IwY2xjawJ4gitleHRuA2FlbQIxMQABHk_aWr_o9Xno6T2s97_jjNHjdsu9hiCY1Yd-os4RbL9iEuTVLrFuYtGIuc5q_aem_MYIk9_rADqgrRb-juSC_mg

● Mauritanie | Dialogue national : le contexte n’est pas rassurant ~ Par M.Seyré SIDIBE

Ce dialogue en perspective est voué à l’échec comme les précédents, faute d’une réelle volonté, par manque de sincérité, paradoxalement de ceux qui appellent de leurs vœux au dialogue.

Les signes ne trompent pas. Ils présagent d’un dialogue orienté, calculé, des concertations dont les conclusions sont déjà écrites.

En effet, les actes que posent les initiateurs du dialogue ne rassurent personne. Quand on appelle au dialogue, on est conscient d’une crise, d’un malentendu, d’un dysfonctionnement…

Conséquence d’un regret se traduisant par une volonté de rupture, de mieux faire, de changer au besoin de paradigme, d’être plus attentif et inclusif.
Appeler au dialogue, suppose qu’on est conscient du malaise, qu’on a identifié les écueils, les difficultés et les préoccupations de son interlocuteur, de ses interlocuteurs.

Mais alors, pourquoi lancer un dialogue juste pour faire de la communication politique ? Pourquoi un dialogue alors qu’on persiste et signe dans la même logique ?

Au moment où les autorités appellent au dialogue, on voit qu’elles continuent sans sourciller, à multiplier des actes sources de désunion, de crise politique et sociale, pouvant conduire à la fracture de la république.

Parmi ceux-ci, la décision de levée de l’immunité parlementaire à deux députés, de l’opposition évidemment, et la vraie opposition. Même si les autorités se réservent de révéler l’identité de ces représentants du peuple. Un secret de polichinelle : tout le monde sait de qui il s’agit. Dans un contexte de dialogue, on prône la désescalade, on fait profil bas, on calme le jeu et on cesse la provocation.

L’autre fait qui corrobore la thèse selon laquelle, ce dialogue en gestation n’en est pas un. C’est la rafle au faciès, qui cible officiellement les étrangers subsahariens dans sa mise en œuvre. Chaque Etat a ses lois.

Chaque Etat est souverain. Cependant, dans un pays où l’on n’arrive toujours pas à régler, à évacuer, à dépasser, à solder le passif humanitaire que d’aucuns appellent génocide, on doit se démarquer de tout ce qui peut rappeler, une telle tragédie.

Ma mère aime répéter ce proverbe Soninké: « Lorsque quelque chose de rouge a emporté ( tué) ton père , à chaque apparition du soleil, tu prends peur en disant il arrive « . Traumatisés par les évènements des années 90, les Noirs Mauritaniens, sans être complaisants avec les étrangers, sans vouloir les soutenir, craignent pour eux-mêmes : le retour des vieux démons. Est-ce qu’ils ont tort ? Mais non, la façon dont se comportent les forces de l’ordre ne peut rassurer aucun Mauritanien de peau noire, surtout lorsqu’il ne parle pas Hassaniya.

Ainsi, il revient aux autorités, une fois de plus de comprendre que leurs compatriotes, n’ont pas fini de refouler les années de braises, en les épargnant des méthodes de brutalité, de violence dont ils font l’objet dans leur interpellation, à chaque fois qu’ils sont confondus aux étrangers. l’État peut être ferme sans être « inhumain ». Il peut appliquer la loi sans piétiner, insulter, traumatiser ses propres citoyens sous prétexte d’une lutte contre l’émigration clandestine.

Que dire alors de ces compatriotes « sans identités » arrêtés, des sans-papiers créés par notre propre état civil ?

Les envoyer vers d’autres pays ? Je m’en voudrais à vie, si un jour, il m’arrivait de faire du mal à un compatriote surtout lorsque je suis dépositaire d’une portion de l’autorité publique.

Quel sadisme ! Sans mauvaise volonté, sans un agenda caché, la chasse aux clandestins ne peut emporter des Mauritaniens.

Aucun Mauritanien Blanc ou Noir n’est tombé du ciel. Nous avons tous des attaches quelque part: une famille, une tribu, un quartier, un village, une région, des amis d’enfance etc.Interroger ces éléments sociaux, géographiques, historiques, si vous avez un doute sur la nationalité d’un Mauritanien devenu apatride par la seule volonté de notre système d’enrôlement, la réponse ne saurait tarder.

Nous sommes un petit pays. On se connait tous. Nous sommes très imbriqués, même si nous œuvrons avec la bénédiction des politiques à nous détester, à nous séparer, à nous diviser etc.

Voilà des faits concrets, des méthodes, des agissements, des comportements de nos autorités, qui attestent que le dialogue qu’elles mijotent n’est qu’un écran de fumée.

Celui qui est conscient de la nécessité du dialogue, ( de dialoguer), s’inscrit dans une dynamique de remise en cause, d’apaisement, d’accommodation, de renoncement, de concession, d’arrangement. Il fera tout pour éviter la confrontation, le conflit, la provocation, le cafouillage, le camouflage et le double langage, qui sont vecteurs de crises, de déstabilisation et de chaos.

Par M. Seyre Sidibe

● Mauritanie | ÊTRE NÉGRO-AFRICAIN ET SANS PAPIERS CHEZ SOI… Par M. Lô Gourmo

La police doit le savoir: ne pas détenir de pièces d’état-civil n’est ni un crime ni un délit. Ce n’est pas un défaut de citoyenneté ou de nationalité.  Surtout lorsque, dans la plupart des cas, c’est par la faute de l’administration elle même qu’une telle désagréable situation est imposée aux citoyens, surtout les plus démunis, spécialement les négro-africains. Car alors, l’amalgame est vite faite: un citoyen négro-africain qui ne peut présenter ses pièces, est forcément un étranger, forcément  » sénégalais »,  » malien » etc. Même si tout le quartier, y compris bien sûr les membres de sa famille, atteste du contraire. A la fin des années 80, les déportations ont emporté des dizaines de milliers de mauritaniens vers des terres étrangères ,  et parfois à jamais pour les victimes, pour la même sale raison de l’amalgame et du doute de nationalité qui pèsent potentiellement dans ce pays, sur tout négro-africain, à cause de sa langue et de sa couleur de peau. Que ceux qui doutent du calvaire du doute de nationalité se griment en négro-africain. Ils vivront l’espace d’un instant la réalité terrifiante et sombre d’un autre monde  que celui qui leur est familier. Ils comprendront pourquoi pour un négro-africain la pire terreur est celle d’être sans papiers et d’être entre les mains de la police. D’une certaine police l’espace d’un seul instant.

Gourmo Lô, 23 avril 2025

Par M. Gourmo Abdoul Lô

● Qui est le Mauritanien Sidi Ould Tah, candidat francophone pour la présidence de la BAD ?

Financial Afrik – Un air sec balaye les ruelles sablonneuses de Mederdra, petite bourgade du sud-ouest mauritanien. Là, au cœur du Trarza, dans une maison modeste de cette région frontalière du Sénégal, grandit un garçon réservé, curieux, avide de comprendre les mécanismes du monde. Un demi-siècle plus tard, c’est dans les couloirs lambrissés de la finance multilatérale, entre les tours de la BADEA et les salons feutrés des sommets africains, qu’on évoque son nom. Sidi Mohamed Ould Tah, 61 ans, pourrait devenir en mai 2025 le premier Mauritanien, et le premier ressortissant sahélien, à diriger la Banque africaine de développement.

Il n’a pas le verbe haut, ni les habits de lumière. Pas de storytelling marketing, ni de promesses flamboyantes. Et pourtant, ceux qui le connaissent le savent : ce technocrate trilingue au pas mesuré est l’un des esprits les plus stratégiques du continent. Il ne court pas les plateaux télé. Il préfère les marges d’un accord financier bien ficelé, les équilibres subtils d’un budget d’État, la mécanique discrète d’une négociation arabo-africaine.

Sidi Mohamed Ould Tah, 61 ans, n’est pas un inconnu dans le cercle du développement en Afrique. Celui qui est aujourd’hui pressenti pour prendre les rênes de la Banque africaine de développement est un pur produit de la technocratie mauritanienne, avec une riche carrière à cheval entre Nouakchott et les institutions internationales. Né en 1964 à Mederdra, dans le sud-ouest de la Mauritanie, Sidi Mohamed Ould Tah appartient à cette génération de hauts fonctionnaires façonnés dans les règles de l’art : formation académique solide – doctorat en sciences économiques à Nice, DEA à Paris VII –, complétée par des programmes exécutifs à Harvard, à la London Business School ou encore au Swiss Finance Institute. La langue n’a jamais été une barrière : il parle couramment l’arabe, le français et l’anglais, et possède des notions de portugais et d’espagnol, des des atouts linguistiques pour évoluer avec aisance dans les milieux diplomatiques et financiers.

Son immersion dans les sphères économiques commence tôt. Il va occuper des postes de jeune expert en Mauritanie : d’abord à la Banque Mauritanienne pour le Développement et le Commerce (BMDC) en 1984-1986, puis comme analyste financier à la Commission de sécurité alimentaire . Rapidement, il gravit les échelons de l’administration : à 23 ans, il devient directeur administratif et financier de la mairie de Nouakchott (1987), avant de passer près de huit ans au port autonome de Nouakchott (Port de l’Amitié) comme conseiller du directeur général puis directeur de l’audit interne .

À partir de 1996, la carrière de Sidi Ould Tah prend une dimension internationale. Il rejoint cette année-là l’Autorité Arabe pour l’Investissement et le Développement Agricole (AAAID) basée à Khartoum, où il officie comme analyste financier jusqu’en 1999 . Repéré pour ses compétences, il intègre ensuite la Banque Islamique de Développement (BID) à Jeddah – institution financière multilatérale majeure du monde musulman – en tant que cadre chargé de la promotion des investissements, puis assistant technique auprès du président de la BID de 1999 à 2006 . Là, il affine ses compétences en financement structuré, apprend à naviguer dans les jeux d’influence interétatiques, et commence à tisser un réseau d’envergure dans les pays du Golfe et d’Afrique.

Artisan du renouveau économique mauritanien
En 2006, après plus de quinze ans passés hors du pays, Ould Tah est rappelé en Mauritanie pour servir le gouvernement. Il devient conseiller économique à la Présidence de la République, puis auprès du Premier ministre entre 2006 et 2008 . C’est une période charnière : la Mauritanie sort d’une transition politique et s’apprête à tenir des élections démocratiques (2007) suivies malheureusement d’un coup d’État (2008). En juillet 2008, quelques jours après la prise de pouvoir par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, Sidi Ould Tah est nommé ministre de l’Économie et des Finances dans le nouveau gouvernement . Il conservera, sous différentes appellations, le portefeuille économique durant toute la décennie suivante, devenant en 2009 ministre des Affaires économiques et du Développement – un super-ministère qui englobe la planification et la coopération internationale – poste qu’il occupera jusqu’en 2015.

À ce titre, Sidi Ould Tah est l’un des principaux artisans de la politique économique mauritanienne durant les années Abdel Aziz. Il pilote des réformes financières et budgétaires destinées à stabiliser le cadre macroéconomique (maîtrise de l’inflation, réformes fiscales) alors que le pays bénéficie du boom du minerai de fer. Il impulse également des projets d’infrastructures (énergie, routes, hydraulique) soutenus par les bailleurs de fonds. Ould Tah siège dans de nombreux conseils d’administration d’entreprises publiques et d’organismes stratégiques : il préside par exemple le Conseil national de la statistique et est secrétaire permanent du Conseil présidentiel pour l’investissement .

Parallèlement, en tant que ministre, il représente la Mauritanie auprès des grandes institutions financières internationales. Il rassure les bailleurs, signe avec le FMI, siège au conseil des gouverneurs de la Banque mondiale, de la BAD, de la BID.

Ces casquettes le conduisent à négocier des financements, à défendre les projets mauritaniens dans ces instances et à se constituer un carnet d’adresses haut placé (ministres africains des finances, dirigeants de banques multilatérales, etc.). Ses anciens collègues racontent qu’il savait “mettre à profit sa double culture arabo-africaine pour rapprocher les positions, gagner des soutiens tant à Riyad ou Koweït City qu’à Paris ou Washington”.

“C’est lui qui, face à la sécheresse du Sahel, mobilise l’aide alimentaire. Lui encore qui attire les financements chinois et arabes pour les routes, les centrales, les réseaux hydrauliques. Il n’a jamais été élu, mais chaque projet stratégique passait par notre bureau. Les diplomates le respectaient, les investisseurs l’écoutaient. La presse, elle, ignore presque tout de lui”, confie un ancien collaborateur. Ce passage au sommet de l’appareil économique national a assis sa réputation d’homme de dossiers.

À la tête de la BADEA : un pont entre l’Arabie et l’Afrique
En avril 2015, une nouvelle page s’ouvre pour Sidi Ould Tah lorsqu’il est élu président de la BADEA (Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique) . Cette banque, créée en 1973 par les pays de la Ligue arabe pour financer des projets en Afrique subsaharienne, est basée à Khartoum (Soudan) mais rayonne sur tout le continent. Son élection, à l’unanimité des gouverneurs arabes, est une consécration pour le Mauritanien : il devient le premier responsable d’Afrique de l’Ouest à diriger cette institution. Il prend ses fonctions en juillet 2015 , apportant dans ses bagages sa longue expérience de bilingue culturel entre monde arabe et Afrique noire.

À la BADEA, Sidi Ould Tah va laisser son empreinte. En une décennie, il redynamise l’institution, en modernise la gestion et élargit son portefeuille. L’un de ses coups d’éclat a été de quadrupler le capital de la BADEA, passé de 4,2 à 20 milliards de dollars, grâce aux contributions soutenues des actionnaires arabes (notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar). Cet accroissement de ressources a permis à la banque d’augmenter significativement ses financements en faveur de projets africains : routes, développement rural, énergie, PME…

Depuis sa création, la BADEA revendique avoir approuvé plus de 2 000 opérations dans 44 pays africains, pour un montant total supérieur à 15 milliards de dollars, dont 11 milliards ont été engagés sous la présidence d’Ould Tah. En dix ans, la banque a ainsi doublé le volume de financement qu’elle avait mobilisé au cours des quatre décennies précédentes, à travers le financement concessionnel, le soutien au commerce et les prêts souverains pour projets structurants.

Sous l’ère Ould Tah, l’activité s’est intensifiée, avec un accent sur la coopération Sud-Sud et le cofinancement aux côtés d’autres banques multilatérales (BAD, Banque mondiale, etc.). En 2024, la BADEA a franchi un nouveau cap avec le lancement d’un plan stratégique 2025-2030 doté de 18,4 milliards de dollars, orienté vers les infrastructures, le soutien aux PME et les investissements stratégiques. Ce plan s’inscrit dans une dynamique plus large portée par les bailleurs arabes. C’est également sous sa présidence que le Groupe de Coordination Arabe (ACG) – qui regroupe les principales institutions financières du Golfe – a annoncé une mobilisation de 50 milliards de dollars pour financer des projets de développement en Afrique,  un tournant majeur dans les relations arabo-africaines.

“Il a également veillé à ce que la BADEA joue un rôle de pont entre les fonds du Golfe et les besoins africains, par exemple en finançant des études de faisabilité pour des projets susceptibles d’attirer des investisseurs arabes”, commente un cadre de la BADEA.

L’instabilité politique au Soudan depuis 2019, et surtout le conflit armé déclenché en 2023, a poussé la BADEA à transférer temporairement son siège à Riyad. Une opération sensible, que Sidi Ould Tah a menée sans interruption des activités. Il a su préserver l’unité du personnel, maintenir la confiance des États actionnaires et renforcer les outils digitaux de la banque.

Et quand la guerre éclate au Soudan en 2023, il prend une décision rapide et chirurgicale : le siège de la banque est transféré temporairement à Riyad. Une opération sensible, que Sidi Ould Tah a menée sans interruption des activités. “Son leadership discret mais efficace lui a valu la reconnaissance de ses pairs : il est régulièrement invité dans les forums économiques africains et arabes, et il a su conserver l’appui des poids lourds arabes grâce à sa gestion prudente”, confie un de ses proches lieutenants.

Un homme de consensus porté par la « nouvelle Mauritanie »
La trajectoire de Sidi Ould Tah épouse en filigrane l’évolution de la Mauritanie elle-même. Jadis pays marginalisé, la Mauritanie de 2025 bénéficie d’un regain de crédibilité sur la scène continentale, comme en témoigne le succès de la présidence de l’Union Africaine par le président Ghazouani. Sidi Ould Tah fait partie de cette génération de cadres mauritaniens qui profitent de l’aura diplomatique nouvelle du pays. Sa candidature à la présidence de la BAD n’aurait sans doute pas eu autant d’écho sans le contexte favorable créé par Nouakchott ces dernières années : stabilité intérieure exemplaire, diplomatie active, image de bonne gouvernance (illustrée par le classement RSF nº1 en Afrique pour la liberté de la presse ). En ce sens, Ould Tah est autant le produit que le vecteur de la montée en puissance de la Mauritanie dans les cercles panafricains.

Sur le plan personnel, ceux qui le côtoient décrivent Sidi Ould Tah comme un homme affable, à l’ego maîtrisé, qui privilégie le résultat au bruit médiatique. “Il s’exprime peu dans les médias internationaux – hormis pour promouvoir la BADEA – et a la réputation de faire consensus”, apprécie un banquier de développement, basé à Lomé. “Ni idéologue ni homme politique au sens partisan, il s’est toujours défini comme un serviteur de l’État et du développement africain. Cette posture apolitique est un avantage dans une élection à la BAD, qui requiert de rassurer l’ensemble des actionnaires et de s’élever au-dessus des rivalités nationales”, poursuit ce financier du développement.

Sidi Ould Tah s’est également construit un réseau d’alliances au-delà des cercles financiers. Sur le continent, il peut compter sur l’amitié de nombreux ministres des finances et gouverneurs de banques centrales qui l’ont côtoyé lors de réunions annuelles au FMI ou à la BAD. Il est proche par exemple de l’Ivoirien Adama Koné (ex-ministre ivoirien proche d’Alassane Ouattara) ou du Sénégalais Amadou Hott, également candidat, avec qui il a collaboré sur des initiatives régionales. On parle également du Béninois Serge Ekue qui dirige la BOAD. Dans le monde arabe, il bénéficie de l’estime de hauts responsables saoudiens, émiratis et koweïtiens de par son rôle à la BADEA. “Cet ancrage diversifié pourrait être déterminant pour recueillir les voix nécessaires à son élection”, souligne un journaliste qui suit de près la campagne pour la présidence de la BAD.

« Si Sidi Ould Tah était élu président de la BAD fin mai 2025, ce serait l’aboutissement logique d’une carrière dédiée à l’intégration financière de l’Afrique. Il a toujours défendu une vision structurée, pragmatique et inclusive du développement du continent », estime un haut responsable mauritanien. Au-delà du parcours individuel, cette candidature porte un poids symbolique. « Ce serait aussi un symbole très fort pour la Mauritanie : nous serions le premier pays sahélien à placer un de nos ressortissants à la tête de la Banque africaine de développement. C’est une reconnaissance. » Et surtout, un signal politique. Une victoire viendrait conforter la position géopolitique de la Mauritanie dans les instances régionales. « Cela consacrerait le rôle pivot que le pays entend jouer dans l’architecture du continent », résume ce même interlocuteur.

Qu’il l’emporte ou non, sa présence parmi les favoris confirme l’évolution du statut géopolitique de la Mauritanie, désormais capable de faire émerger des figures de leadership à l’échelle africaine.

Albert Savana
Source : Financial Afrik

• Lien média https://kassataya.com/2025/04/21/qui-est-le-mauritanien-sidi-ould-tah-candidat-francophone-pour-la-presidence-de-la-bad/?fbclid=IwY2xjawJ0Ym1leHRuA2FlbQIxMAABHumlYtA0lu6lu2ba8kEz3OYPsl9QXQ-0Z3FY8WkRmBQKUGSzOoZg79E8_EwC_aem_YdINsifbkttLqkVKjdZUPA