—Par un post Facebook https://www.facebook.com/share/p/1Azhpvipwn/ de la journaliste Mariya Traoré, nous avons appris le décès du président de l’organisation SOS Esclaves, M. Boubacar Ould Messaoud. Ainsi ce jeudi 12 mars 2026 qui correspond au 23 Ramadan 1447, une voix pionnière vaillante de la lutte pour la défense des droits humains et singulièrement pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie, s’est éteinte. Un parcours d’engagement salué et reconnu par nombre de nos compatriotes et autres militants droit-de-l’hommistes à travers le monde depuis l’annonce de son décès.
—La rubrique GEB (Grand Entretien du BLOG) vous propose l’interview ci-après accordée par M. Diallo Djibril. Originaire de la commune de Tachott dans le Guidimagha, le juriste est actuellement haut cadre au Ministère de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Ici l’expression de notre fraternelle reconnaissance à son endroit pour la disponibilité.
Bonne lecture !
● Question 1 : Présentation sommaire ?
Dr DIALLO Djibril : Je m’appelle Diallo Djibril Cheikh Bouye. Je suis juriste de formation, titulaire d’un doctorat en droit public de l’université Paris 8, avec une spécialisation en intégration régionale africaine et en gouvernance publique. Mon parcours universitaire m’a conduit également à l’Université de Perpignan, ainsi qu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où j’ai approfondi mes recherches en droit de l’intégration et en droit international économique. Sur le plan professionnel, j’exerce aujourd’hui principalement dans le champ des politiques publiques, de la stratégie institutionnelle et du conseil juridique. J’occupe présentement la fonction de conseiller technique chargé des affaires juridiques au cabinet du ministre de l’Autonomisation des Jeunes, de l’Emploi, des Sports et du Service Civique (MAJESSC). Parallèlement, j’ai longtemps évolué dans le monde de la recherche et des études stratégiques au Centre Essahraa d’Études et de Consultations, un think Tank mauritanien. J’ai également été enseignant en droit, économie et management, dans le secondaire et certains établissements de l’enseignement supérieur lors de mon séjour en France. Aussi, j’ai toujours été engagé dans la vie associative, notamment sur les questions de citoyenneté, d’éducation et de développement communautaire. Je m’arrête là, avec cette brève présentation. Question 2 : Retour d’expérience après l’Europe? DD : Mon séjour en Europe fut une expérience intellectuelle et humaine extrêmement structurante. Il m’a permis d’évoluer dans des environnements académiques exigeants, où la rigueur méthodologique, l’esprit critique et l’autonomie intellectuelle sont fortement valorisés. Les facilités résident principalement dans l’accès aux ressources documentaires, à des réseaux scientifiques denses et à un encadrement académique structuré. Toutefois, les écueils ne sont pas négligeables : solitude, exigence d’adaptation culturelle, pression académique et nécessité d’une discipline personnelle constante. Mon principal conseil aux jeunes serait de ne pas idéaliser l’extérieur, mais de le considérer comme un espace d’apprentissage. L’essentiel est d’acquérir des compétences transférables, une méthode de travail solide et une ouverture d’esprit. Le retour au pays doit être pensé comme une continuité logique : il s’agit de réinvestir les acquis au service du développement national. Question 3 : Conseils à la jeunesse mauritanienne, notamment soninké ? DD : L’éducation demeure le levier fondamental de transformation sociale. À la jeunesse mauritanienne, je recommanderais d’investir prioritairement dans la formation intellectuelle, technique et morale. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir des diplômes, mais de cultiver la compétence, l’éthique et la discipline. À l’adresse particulière des jeunes soninké, dont l’histoire est marquée par une forte tradition intellectuelle et migratoire, je dirais qu’il est impératif de concilier enracinement culturel et ouverture au monde. La maîtrise des langues, des outils numériques, des sciences et des métiers émergents est aujourd’hui indispensable. Il faut également développer l’esprit entrepreneurial et sortir d’une logique exclusive de recherche d’emploi public. La création de valeur, l’innovation et l’initiative privée constituent des perspectives majeures pour l’avenir. ● Question 4 : Diagnostic sur les pratiques féodalo-esclavagisteset pistes d’éradication ? DD : Les survivances de pratiques féodalo-esclavagistes constituent une réalité sociologique et historique complexe. Elles s’inscrivent dans des structures mentales héritées, parfois intériorisées, qui continuent d’influencer les rapports sociaux. Mon diagnostic est double : d’une part, il existe un décalage entre le cadre juridique – qui prohibe clairement ces pratiques – et certaines représentations sociales persistantes ; d’autre part, la transformation des mentalités nécessite un travail de longue haleine. Les pistes d’action devraient s’articuler autour de trois axes : L’éducation et la conscientisation : renforcer l’enseignement de l’égalité, de la dignité humaine et de la citoyenneté. L’application rigoureuse du droit : l’État doit garantir l’effectivité des normes existantes. Le dialogue communautaire et religieux : mobiliser les leaders d’opinion, intellectuels et acteurs associatifs pour déconstruire les justifications culturelles erronées. La sortie définitive de ces tares suppose une évolution générationnelle appuyée par des politiques publiques cohérentes et une volonté collective affirmée.
● Question 5 : Engagement des jeunes en politique en Mauritanie ?
DD : La jeunesse mauritanienne manifeste un intérêt croissant pour les questions politiques, notamment à travers les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes. Cependant, cet engagement demeure parfois fragmenté et insuffisamment structuré. Je constate un dynamisme réel, mais qui gagnerait à être davantage organisé, formé et encadré. L’engagement politique ne devrait pas se limiter à la revendication ; il doit également intégrer la formation doctrinale, la compréhension des institutions et la culture du compromis. Il est essentiel que les jeunes investissent les partis, les organisations de la société civile et les espaces de débat avec compétence et éthique. L’avenir démocratique du pays dépendra largement de leur capacité à conjuguer idéal et responsabilité.
À lire cet élément médias Facebook https://www.facebook.com/share/p/1DhdnChyiz/ de la journaliste Mariya Traoré . Elle y rapporte brièvement la cérémonie organisée par le mouvement anti-esclavagiste SOS Esclaves à l’honneur de M. Boubacar Ould Messaoud. Président légendaire de cette organisation abolitionniste, le leader droit-de-l’hommiste mauritanien est à la fois un pionnier incontestable et un pilier incontesté du rude écosystème de la militance anti-esclavagiste dans notre pays. Par l’histoire, la constance et la persévérance, son aura fait autorité auprès de la communauté militante et assoit respect et considération à l’international de nombreuses années durant. Cet événement marquant la 31ème année de la fondation de ce mouvement est à saluer vivement et fait un écho de rappel concernant le cheminement de la lutte anti-esclavagiste qui s’inscrit sur un temps long.
Une personnalité réfléchie d’un relationnel amène qui dispose d’une grande culture concernant la problématique de l’esclavage et ses multiples manifestations dans l’ensemble du corps social mauritanien. Il y a quelques années, lorsqu’il était aux soins dans un hôpital francilien (France), j’ai eu la chance de le rencontrer pour la première fois. Une véritable source d’inspiration qui exprime sérénité et disposition à cerner et comprendre profondément les enjeux de la lutte anti-esclavagiste notamment quand l’éveil abolitionniste Ganbanaaxu (dans l’ensemble communautaire soninké) a été abordé brièvement dans nos échanges. J’étais en compagnie de mon frère et ancien président d’Armepes-France M. Gaye Tene Traoré, et notre doyen M. Baba Ould Jiddou avait été à l’origine de la mise en relation bienveillante.
Ainsi cette cérémonie d’hommage est d’une pertinence valide et consacre une voi(e)x qui le mérite amplement. Longue vie et santé au doyen et merci à ses camarades de lutte pour cette reconnaissance à son endroit. Un Hommage Vivant de son Vivant…! C’est Top.
17 février 2026
-Koundou SOUMARE, blogueur et militant des droits humains.
—Par l’écrivain Sami Tchak : Né le 20 août 1950, Tidiane N’Diaye est mort le 26 octobre 2025. Je ne l’ai appris qu’hier grâce à quelqu’un qui reprenait sur Facebook l’information donnée par la célèbre journaliste et chercheuse Rokhaya Diallo. Plus de trois mois déjà : une mort passée inaperçue, si je peux me permettre de le dire ainsi. Quand je l’avais rencontré en Guadeloupe, où il était alors fonctionnaire, il allait publier son essai sur Chaka Zoulou chez un éditeur dont la politique éditoriale ne semblait pas lui convenir. J’avais alors envoyé son texte à mon éditeur et ami Jean-Noël Schifano. On connaît la suite: plusieurs essais et un roman chez Gallimard dans la collection Continents noirs.
Un jour, je lui avais dit qu’il allait souffrir d’une chose: les universitaires ne le recevraient pas comme un frère au sein de leur famille, car il n’était lié à aucune institution de recherche. J’etais convaincu que sans validation institutionnelle, donc, aux yeux des chercheurs professionnels, simples travaux de vulgarisation, ses livres resteraient dans la sphère « grand public », ce qui ne suffit pas pour un chercheur.
Je pense que cela explique l’anonymat dans lequel il est entré immédiatement avec sa mort. S’il avait été un universitaire, ses collègues auraient chanté ses mérites.
Bon voyage, grand frère. Celles et ceux qui voudraient contribuer à t’arracher à l’infini du silence sauront ce qu’il y a à faire: te (re)lire. Je mets en commentaire le lien de ta page Wikipédia, elle est assez complète.
—La rubrique Grand Entretien du BLOG vous revient avec une interview accordée par M. Kissima COULIBALY. Professeur et acteur de la société civile, le natif de Kaédi a répondu à nos questions dans ce numéro 1 du Grand Entretien du BLOG (Le GEB) de l’année 2026. Nos vifs remerciements à son endroit pour la disponibilité manifestée. Bonne lecture.
Ci-après l’intégralité de l’interview :
● Question 1 : Bonjour monsieur Kissima COULIBALY, pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs? (Parcours scolaire, professionnel, politique et de militant dans la société civile)
M. Kissima COULIBALY : Je me nomme Kissima Coulibaly. Du primaire au secondaire, j’ai fait mes études à Kaedi, entre l’école Touldé et le lycée de Kaedi. J’ai obtenu mon baccalauréat au lycée privé de Sangama. Et titulaire d’une licence en biologie des organismes et des écosystèmes à l’université de nouackhott faculté de sciences et techniques.
Actuellement, je suis professeur de sciences naturelles et président de l’association des jeunes pour la promotion du développement durable, créée en 2020.
● Question 2 : pourriez-vous nous exposer quelques données formelles et de fond de votre engagement dans la société civile ? Facilités, écueils et perspectives…
KC : Mon engagement dans la société civile a commencé au collège, où j’étais un jeune actif. J’ai participé aux activités du club des jeunes Alliance de Kaedi. Après quelques temps, il y a eu des sélections au club et j’ai été nommé président. Cela m’a permis d’acquérir beaucoup de connaissances en matière de leadership. J’ai compris la notion de l’engagement. Après cela, durant les vacances, les jeunes de mon quartier sont venus me voir pour me proposer de créer une association au niveau du quartier, dont j’ai été le président. Cela m’a permis de connaître encore mieux le quartier et de créer un trait d’union entre les jeunes du quartier, en faisant des sensibilisations sur les actions citoyennes.
● Question 3 : à propos de l’éducation, quels conseils pourriez-vous donner à la jeunesse mauritanienne et en particulier à l’adresse des jeunes soninké ?
KC : Le conseil que je donne, c’est d’apprendre coûte que coûte, car sans éducation, on n’aura pas de citoyens modèles et sans citoyens modèles, l’avenir d’un pays sera flou et on sera à la merci du sous-développement à tous les niveaux. « L’avenir, ça se prépare ».
● Question 4 : en Mauritanie, les problématiques liées aux mentalités et pratiques féodalo-esclavagistes persistent dans nos communautés, de votre position d’acteur social , quel est votre diagnostic à propos globalement ? Et également… quelles seraient selon vous, des pistes d’application afin de dépasser définitivement ces tares sociétales qui sont conflictogènes?
KC : En ce qui concerne l’esclavage dans le milieu soninké, je pense qu’il n’y a pas une réelle participation de la société civile. Les tabous persistent, donc il faut qu’il y ait un programme qui soutienne la société civile à faire des sensibilisations, comme on le fait dans d’autres secteurs (santé, environnement, etc.). Pour qu’on puisse avoir une réelle participation communautaire, je crois que cela fera un changement de paradigme à tous les niveaux : des imams aux chefs de quartiers, des écoles à l’université, car c’est un fléau qui mérite d’être débattu et pour lequel il faut trouver des solutions, car cela freine le développement.
● Question 5 : quelle est votre lecture de l’engagement des jeunes en politique dans notre pays ? Ils y sont suffisumment dynamiques ou en retrait?
KC : L’engagement des jeunes sur la scène politique n’était pas compris auparavant. Mais en 2023 ,depuis que le président de la République a inclus les jeunes dans les instances décisionnelles, on a vu un réel engagement de la jeunesse sur la scène politique : des candidatures s’annoncent, et cela a donné un déclic chez plusieurs jeunes. C’est un début prometteur, mais il y a encore du chemin à parcourir.
Lien utile : la page Facebook de l’associationAJPDD
–KS comme Kémi Seba | il est en train d’habiter son véritable personnage en mutant d’éveilleur de conscience collective auprès du monde afro diasporique à agitateur et politicien très instable dans ses démarches et vues. Planqué chez le général Tiani, le mythomane putschiste qui tient le Niger aux fers AES-siens (pouvoir militaire à rallonge et fermeture du champ politique et civique), Kémi Seba rameute et exploite en fin manipulateur des bonnes causes pour ses agendas nébuleux axés sur un ego surdimensionné à assouvir. Par son aura et ses prétentions, actuellement s’il était prisonnier politique au Bénin, on l’aurait pris au sérieux et ses bluffs compulsifs seraient mieux lisibles à juste titre. Il fait partie de la team Nyamsi, Yamb et leur suite… imaginons confier la gouvernance d’un pays à ce trio, ils ne vont pas tarder à se saigner horriblement dès les premiers 50 jours… parce que les rengaines compulsives tellement simplistes via les réseaux digitaux ne résistent pas aux réalités vivaces du jour au jour des hommes.
Actuellement, il serait doté d’un passeport diplomatique nigérien, le nombre de ressortissants de ce pays du même âge et N fois plus futés intellectuellement que lui, subissent un réel social et économique bouché et ne verraient jamais à quoi ressemble ce type de passeport officiel. Au Niger, il y est un élément parmi une élite politique et économique pro militariste et sûrement affairiste qui s’est faite de la thématique siamoise « souveraineté – panafricanisme » et ses biais raccourcis comme le nouvel opium d’un peuple qui se cherche. Et un peuple subissant désespoir multidimensionnel se trouve aisément…un messie arriviste loquace pour tenir face à une atmosphère de béance matérielle pour ne pas dire existentielle.
–Le Grand Entretien du BLOG accueille le mauritanien Dr SAO Ousmane. Acteur social et politique de la diaspora mauritanienne en France, monsieur SAO fait partie depuis quelques années du personnel présentant la Mauritanie à l’Unesco. Ci-après notre interview avec lui et nous le remercions pour la disponibilité manifestée. Bonne lecture.
● Question 1 : Bonjour monsieur SAO Ousmane, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)
SAO Ousmane : Merci de m’avoir invité dans votre site. Je m’appelle Ousmane Sao, de nationalité mauritanienne, passionné depuis toujours par les questions liées à la terre, à l’histoire humaine et aux sociétés, j’ai orienté mon parcours autour de la recherche scientifique, de la préservation du patrimoine et du dialogue interculturel. Titulaire de deux doctorats : le premier en géologie du Quaternaire, spécialisé en géologie de la préhistoire et en reconstitution des paléoenvironnements, mes travaux portent sur la compréhension des climats anciens et la valorisation du patrimoine culturel mauritanien (historique, géologique et environnemental.). En parallèle, j’ai obtenu un second doctorat en sociologie politique et relations internationales, consacré à l’organisation sociopolitique, culturelle et juridique des populations mauritaniennes. Ces recherches croisent les sciences de la Terre et les sciences humaines, dans une approche pluridisciplinaire visant à relier environnement, société et culture. Je suis également titulaire de deux masters recherche, en environnement marin et en anthropologie, ainsi que de plusieurs diplômes complémentaires en développement durable et coopération internationale. Mon parcours universitaire a débuté à l’Université de Nouakchott, avant de se poursuivre en France, où j’ai développé mes projets de recherche et mes engagements associatifs.
Sur le plan associatif, je suis membre actif de l’association Fedde Hirnangue Bossoya en France, qui regroupe plusieurs villages autour de Kaédi et agit pour le développement local, la solidarité, la promotion de l’éducation et la préservation culturelle. Je participe également à d’autres initiatives sociales, culturelles et humanitaires en Europe et en Afrique, visant à renforcer les liens entre la diaspora mauritanienne et son pays d’origine. Aujourd’hui, j’ai l’honneur de présider le Cadre de Concertation et de Dialogue des Mauritaniens de la Diaspora (CCDMD), une structure qui œuvre pour la valorisation et la promotion de la culture mauritanienne en France et en Europe. Le CCDMD encourage le dialogue, la solidarité et la coopération entre les Mauritaniens établis à l’étranger, tout en promouvant une image positive et unie de la Mauritanie à travers le monde.
● Question 2 : vous avez été l’une des figures militantes dans la diaspora contre les conditions de l’enrôlement biométrique entamé dans les années 2010, pourriez-vous revenir brièvement sur cette expérience et un mot sur la situation socio-politique actuelle de notre pays ?
OS : Je continue toujours à jouer mon rôle de membre actif de la diaspora mauritanienne. Pour répondre exactement à votre question, en effet j’ai été l’une des figures militantes de la diaspora mauritanienne dans les années 2010 contre les conditions de l’enrôlement biométrique mis en place à cette époque. À cette époque-là, les conditions exigées des mauritaniens résidants en France et en Europe me semblaient inappropriées. En effet, la commission en charge de l’enrôlement exigeait que le candidat citoyen soit en possession d’une carte de séjour délivrée par les autorités françaises. Or, nous estimons qu’un citoyen muni d’un passeport, d’une pièce d’identité ou même d’une copie intégrale valablement établie par les autorités mauritaniennes compétentes devrait pouvoir se faire recenser, d’autant plus que cette procédure se déroule à l’intérieur de l’ambassade de Mauritanie qui représente une portion du territoire mauritanien.
J’étais profondément affecté par le fait de devoir présenter ma carte de séjour pour obtenir mes papiers mauritaniens en entrant dans notre propre ambassade, alors que c’est cette même carte de séjour qui attestait que j’étais un étranger en France. Je me sentais donc étranger… deux fois… Le patriote que je suis est mal à l’aise avec ça…j’étais touché dans mon orgueil…
Cet orgueil m’a accompagné jusqu’à dire ce que cette carte ne devrait être pas une condition pour se recenser car animé par l’amour profond que je porte à mon pays, à ses richesses culturelles et humaines. Être Mauritanien est pour moi un engagement sincère envers ses valeurs et son avenir, une question d’honneur surtout quand on vit à l’extérieur. Cette fierté est restée ancrée en moi, malgré le temps, les épreuves et les obstacles …on garde espoir chevillé au corps, sinon à quoi bon ?
En ce qui concerne la situation sociopolitique du pays, la Mauritanie, pays charnière entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, traverse actuellement une période de transition marquée à la fois par des avancées notables et par des défis persistants. Le pays bénéficie d’une stabilité politique relative, soutenue par une majorité parlementaire solide et une continuité institutionnelle qui favorisent la mise en œuvre de certaines réformes. Sur le plan économique et social, des efforts sont entrepris, notamment dans le domaine de la protection sociale, avec l’appui de partenaires internationaux.
Tout d’abord, la Mauritanie bénéficie d’une croissance économique soutenue, estimée à environ 5 % en 2024, portée par les secteurs miniers, halieutique et gazier. Cette croissance s’accompagne de réformes sociales, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale, visant à améliorer les conditions de vie des populations vulnérables. Cependant, ces progrès demeurent insuffisants face aux enjeux structurels qui freinent encore le développement national. La gouvernance reste perfectible, la participation citoyenne limitée et les inégalités socio-économiques importantes. L’économie, trop dépendante des ressources extractives, peine à se diversifier durablement, tandis que le chômage des jeunes et les disparités régionales continuent de peser sur la cohésion sociale. Par ailleurs, la question de la justice sociale nécessite un engagement plus ferme pour consolider l’État de droit et renforcer la confiance entre les institutions et la population. Sur le plan politique, le pays reste stable comparé à ses voisins du Sahel, et les institutions démocratiques continuent de fonctionner et des initiatives de dialogue ont été lancées pour renforcer la cohésion nationale. De plus, la modernisation de certains secteurs, comme le numérique, montre une volonté d’adaptation aux enjeux contemporains. Cependant, derrière ces progrès, la Mauritanie reste confrontée à quelques problèmes socio-politiques. Les inégalités sociales et économiques restent à améliorer. L’accès inégal aux services de base (santé, éducation, emploi) renforce un sentiment d’exclusion, notamment chez les jeunes et dans les zones rurales ou périphériques et il faut apporter des solutions structurelles à cela pour le bien-être de tous.
En somme, la Mauritanie se trouve à un carrefour : entre progrès réels et fragilités persistantes. Si la stabilité politique et les efforts économiques sont à saluer, il reste indispensable d’approfondir les réformes. Ce n’est qu’en plaçant l’humain, dans toute sa diversité, au cœur des politiques publiques que la Mauritanie pourra construire un avenir équitable, prospère et durable pour tous ses citoyens. Ainsi, si la Mauritanie avance sur la voie de la stabilité et des réformes, elle doit encore transformer cette stabilité en un développement inclusif, équitable et durable, fondé sur la transparence, la bonne gouvernance et la participation de tous les citoyens.
Question 3 : Vous avez apporté votre soutien au candidat Ghazouani lors des élections présidentielles de 2019 et 2024. Pourquoi ce choix ?
SO : Oui effectivement, j’ai été et je suis encore un soutien du Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani durant les élections présidentielles de 2019 et 2024. Tout d’abord en 2019 je me suis moi-même rendu en Mauritanie, mon pays, pour soutenir le candidat Ghazouani. Pendant cette période électorale, j’ai intégré son équipe de campagne comme conseiller chargé de communication auprès du Directeur National de Campagne. Une mission que j’ai prise avec sérieux et honneur d’autant plus que j’ai pu rencontrer par la même occasion des hommes et des femmes d’état de valeurs investis-es pleinement pour la réussite du candidat et de son programme. En 2024, en France durant la campagne présidentielle j’ai intégré le Bureau Politique avec d’autres compatriotes.
Mon choix s’est basé sur plusieurs éléments.
D’abord, j’ai perçu chez lui une volonté sincère de stabilité, de continuité institutionnelle et d’ouverture au dialogue, dans un pays où la cohésion sociale reste un enjeu majeur. Son profil d’homme d’état ouvert, son expérience en matière de sécurité et sa posture apaisée ont également rassuré une partie importante de la population, y compris dans la diaspora. Ensuite, son programme de campagne mettait en avant des priorités qui rejoignent mes propres engagements, notamment la promotion de la justice sociale, le développement régional, la valorisation du patrimoine culturel et la prise en compte de la diversité nationale.
Enfin, mon engagement n’était pas un soutien aveugle, mais une volonté d’accompagner, en tant que citoyen engagé et membre de la diaspora, une dynamique de réforme que je jugeais nécessaire pour la Mauritanie. Mon rôle aussi minime qu’il soit est aussi d’être une force de proposition, dans une posture constructive, mais vigilante…
● Question 4 : En tant que mauritanien et fier de l’être comme vous dites, pourquoi le gouvernement ne vous a pas sollicité pour servir dans l’un de vos domaines d’expertise ?
OS : C’est une très bonne question que vous me posez là, je vous rappelle que je ne suis pas le seul cadre à ne pas être sollicité par les responsables du gouvernement, par contre je suis disponible pour servir pleinement mon pays…je vous invite à poser cette question au gouvernement qui détient la réponse.
● Question 5 : Notre sous-région a connu divers bouleversements géopolitiques ces dernières années, par exemple la création de la fédération des États de l’AES (Burkina Faso, Mali et Niger), quelles analyses et prospectives faites-vous autour de ces réalités en termes de démocratie, de sécurité et de développement multidimensionnel ?
OS : La création de la fédération des États de l’AES en 2023., réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, répond aux multiples défis sécuritaires, politiques et économiques auxquels la sous-région sahélienne est confrontée. Pour les Etats de l’AES, cette initiative visait à mutualiser les efforts pour combattre l’insécurité grandissante liée aux groupes armés, tout en cherchant à stabiliser la gouvernance face aux crises politiques répétées. Toutefois, cette fédération soulève des interrogations sur l’état de la démocratie dans ces pays, marqués par des coups d’État et des fragilités institutionnelles. Cette posture, que l’on peut qualifier d’isolationniste, se justifie également par le fait que ces trois pays sont dirigés par des juntes militaires en rupture avec la vision libérale de la CEDEAO et des partenaires occidentaux présents dans la région. L’échec des opérations militaires anti djihadistes occidentales dans la zone, ainsi que la hausse de la violence et de l’insécurité qui en suivirent, renforcent le sentiment anti-occidental de ces trois pays et accentuent leur rapprochement avec la Russie, qui envoie des mercenaires afin de sécuriser la région. L’apparition de la Confédération des États du Sahel pourrait en conséquence bouleverser l’équilibre historique des influences dans la région en faveur des puissances émergentes. Alors que la Russie salue la création de l’AES en annonçant de coopérer économiquement et militairement avec elle, la CEDEAO craint pour sa part une « désintégration » induite par sa création. La crainte de désintégration émise par la Communauté économique repose sur son inquiétude de voir l’émergence d’une nouvelle division en son sein. En plus des divisions entre les pays anglophones et francophones, la CEDEAO est à risque de connaître un nouveau point de fracture entre les pays prorusses et anti-occidentaux et ceux tournés vers l’Occident. Cela pourrait en conséquence détourner certains États de la CEDEAO au profit de la CES. La CEDEAO est également affectée par une fragilisation de sa crédibilité sur la scène internationale, et ce, en raison de son incapacité à être parvenue à éviter cet éclatement interne. Elle était jusqu’alors la seule organisation sous-régionale reconnue internationalement comme étant en mesure d’intervenir rapidement et efficacement dans les enjeux de la région, et cette situation risque de mener à une perte de cette reconnaissance Selon certains, la création de cette organisation, de pair avec la récente expansion des BRICS le 1er janvier 2024, semble témoigner d’un déclin progressif de l’hégémonie occidentale dans le monde, au profit de l’affirmation des identités nationales et des particularités géographiques. Le succès de cette union dépendra largement de la capacité des États membres à renforcer la gouvernance démocratique et à assurer la participation des populations. Par ailleurs, sur le plan économique et social, la fédération offre une opportunité de développement intégré, grâce à la mise en commun des ressources et la promotion de projets communs. Néanmoins, pour transformer ce projet en moteur durable de progrès, il est essentiel d’adopter une approche transparente, inclusive et adaptée aux défis environnementaux et sociaux de la région. En résumé pour que la fédération des États de l’AES devienne un moteur durable de progrès, il faut garantir la transparence pour éviter la corruption, assurer l’inclusion de tous les groupes sociaux afin de préserver la paix et la cohésion, et prendre en compte les défis environnementaux et sociaux spécifiques à la région pour un développement réel et durable. Sans ces conditions, le projet risque d’échouer ou de ne pas répondre aux besoins des populations. Quel message voulez-vous envoyer à nos compatriotes
Un message d’espoir et de vérité en même temps : Aujourd’hui plus que jamais, notre pays a besoin de l’engagement, de la solidarité et de la détermination de chacun de ses enfants. Nous avons hérité d’une terre riche en sous-sol, en histoire, en culture et en potentiel humain, un héritage précieux que nous devons honorer, protéger et faire prospérer. Face aux défis, nous devons opposer l’unité. Face aux incertitudes, nous devons avancer avec espoir. Et face aux injustices, nous devons répondre par la justice, la vérité et le travail. Aller de l’avant, c’est refuser le fatalisme. C’est croire que chaque mauritanien, quelle que soit son origine, sa langue ou sa condition, a une place égale et un rôle à jouer dans la construction de notre avenir commun. Investissons dans l’éducation, soutenons nos jeunes, valorisons le travail de nos femmes et protégeons notre environnement. Refusons la division et semons les graines de la paix, de la transparence et du progrès durable. L’exclusion, quelle que soit sa forme sociale, économique, ethnique ou politique est un poison silencieux. Elle affaiblit notre cohésion, elle freine notre développement, elle trahit nos valeurs profondes de justice et d’égalité. Il est temps de la rejeter fermement, non par la division, mais par la main tendue, par le dialogue, par l’écoute et la reconnaissance mutuelle. La Mauritanie de demain se construit aujourd’hui ensemble, dans la dignité, la responsabilité et la confiance. L’avenir de notre nation repose sur notre capacité à marcher ensemble, unis dans notre diversité, solidaires dans nos différences. Nous venons de différentes communautés, de différentes langues, de différentes traditions, mais nous partageons une même terre, une même histoire, une même religion, bref un même destin. Construisons une Mauritanie où chaque citoyen compte. Une Mauritanie où l’on ne juge pas un homme par son origine, mais par son engagement, son travail, sa dignité. Une Mauritanie où les droits sont les mêmes pour tous, et où les rêves de chacun peuvent devenir réalité. Le progrès ne peut venir que par l’unité. L’unité ne peut naître que du respect. Et le respect commence par reconnaître l’autre comme un frère, une sœur, un égal. Comme disait l’autre « Sans progrès, il n’y a pas de paix possible. Sans paix, il n’y a pas de progrès possible. »
Le Grand Entretien du BLOG (le GEB) vous propose l’interview ci-après accordée par l’entrepreneur et spécialiste en Mentorat M. Cheikhou GANDEGA. Natif de la localité de Baydiam dans le Guidimagha mauritanien, l’ingénieur expert en QHSE et CEO de la société GMS PARTNERS a répondu à nos questions avec bienveillance dans ce numéro du 30 octobre 2025 de la rubrique le GEB. Le week-end dernier (25 octobre 2025), il a été décoré Médaille du Mérite lors de la Semaine de l’Afrique des Solutions tenue à la Mairie du 16e arrondissement de Paris. Une énième consécration de haut rang pour notre compatriote saluant son parcours et ses accomplissements. Félicitations et bonne continuation à lui.
Ici l’expression de notre fraternelle et citoyenne reconnaissance à son égard pour la disponibilité. Bonne lecture à tous.
● Question 1 : Bonjour monsieur Gandéga Cheikhou, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)
Cheikhou GANDEGA : Je m’appelle Cheikhou GANDEGA, expert en QHSE, RSE et Lean management avec plus de 12 ans d’expérience en France et à l’international.
Arrivé en France, j’ai orienté mon parcours vers le management et la performance des organisations. J’y ai obtenu une Licence en Gestion de Projets, puis un Master 1 en Management des Projets et des Organisations au Pôle Européen d’Économie et de Gestion de Strasbourg, avant de compléter mon cursus par un Master Spécialisé labellisé Grandes Écoles en management QHSE et performance industrielle à l’école d’ingénieurs CESI Campus d’Angoulême. Fort de 12 années d’expérience au sein de grands groupes européens dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des services, j’ai décidé de revenir aux sources pour mettre mon expertise au service du continent africain.
C’est ainsi qu’en 2023, j’ai fondé en Mauritanie GMS PARTNERS, un cabinet de conseil et d’ingénierie de formation présent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Pour découvrir nos expertises, consultez notre site internet : https://gms-partners.fr Notre mission : accompagner les entreprises et les institutions vers une performance durable, en alliant qualité, innovation et impact social. Parallèlement, je m’engage activement dans des programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat destinés aux jeunes et aux femmes africains, afin de favoriser leur autonomie, leur insertion professionnelle et leur contribution au développement du continent.
● Question 2 : De votre riche et inspirante expérience, quelles recettes clés en termes de détermination et de résilience pouvez-vous recommander aux jeunes apprenant.e.s (écoliers, étudiants…) et aux aspirant.e.s à l’entrepreneuriat ?
CG : Aux jeunes, je dirais ceci : Osez rêver grand, mais surtout osez croire en votre différence. Car c’est souvent ce qui vous rend unique qui deviendra votre plus grande force. Moi aussi, je suis parti de loin. Né sous un baobab, j’ai appris très tôt que la vie ne te donne rien gratuitement. Mais j’ai compris une chose essentielle : la chance n’existe pas. Ce qu’on appelle la chance, c’est l’opportunité qui rencontre la préparation. Alors préparez-vous. Formez-vous. Étudiez. Apprenez un métier. Car l’éducation est la clé qui ouvre toutes les portes, même celles qu’on croyait verrouillées à double tour. Fixez-vous des objectifs clairs. Ne laissez personne vous dire que vous rêvez trop grand. Les grands rêves ne sont pas faits pour les autres — ils sont faits pour ceux qui ont le courage d’y croire. Entourez-vous de personnes meilleures que vous, de mentors, de modèles, de gens qui vous élèvent. Parce qu’on ne construit rien de solide seul. La détermination, ce n’est pas la force d’un instant. C’est la constance dans l’effort, jour après jour, même quand personne ne vous regarde. N’ayez pas peur d’échouer : l’échec, c’est l’école de la réussite. Chaque chute vous rapproche de la victoire. Et surtout, gardez cette flamme en vous : celle de vouloir laisser une trace, d’apporter quelque chose d’utile au monde. Rêver grand, ce n’est pas un luxe, c’est un devoir envers vous-même et envers ceux qui viendront après vous. Croyez, travaillez, persévérez, et le monde finira par s’incliner devant vos efforts. Parce que tout est possible, à celui ou celle qui s’en donne les moyens.
● Question 3 : Après vos études et une solide expérience professionnelle en France, vous êtes revenu investir en Mauritanie et en Afrique, que donneriez-vous comme conseils cruciaux pour une meilleure réinstallation socio-professionnelle ?
CG : Je dirais qu’une réinstallation réussie en Afrique ne s’improvise pas : elle se prépare, s’adapte et s’ancre dans la réalité locale.
1️-D’abord, comprendre avant d’agir.
Trop souvent, ceux qui reviennent veulent appliquer directement les modèles européens. Or, chaque pays, chaque territoire a ses spécificités. Il faut écouter, observer, comprendre les besoins réels et les codes locaux avant de proposer des solutions. C’est cette phase d’humilité et d’apprentissage qui fait toute la différence.
2️-Ensuite, construire des partenariats solides.
La réussite ne se fait jamais seul. En Afrique, le réseau est un levier essentiel : il faut s’entourer d’acteurs de confiance, qu’ils soient institutionnels, entrepreneurs ou associatifs. La collaboration ouvre des portes et sécurise les projets.
3️– Enfin, cultiver la patience et la résilience.
Les réalités du terrain peuvent être déroutantes : lenteurs administratives, infrastructures limitées, résistances au changement… Mais c’est précisément dans ces défis que se trouvent les plus belles opportunités. Il faut garder le cap, s’adapter et persévérer. Mon conseil ultime : revenez avec vos compétences, mais surtout avec un état d’esprit de bâtisseur.
● Question 4 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?
CG : Trop de familles ont pleuré des fils, des filles, des frères, partis avec l’espoir dans les yeux, et que la Méditerranée a engloutis dans le silence. Je veux dire à la jeunesse, en particulier à celle de la vallée et du Guidimakha : l’avenir ne se trouve pas forcément ailleurs, il peut se construit ici, pas à pas, avec courage et engagement. Nous avons trop longtemps cru que la réussite passait uniquement par l’exil. Mais aujourd’hui, le vrai courage, c’est de rester, d’apprendre, d’innover et de bâtir chez soi. Chaque village, chaque région regorge de ressources inexploitées, de talents endormis et d’opportunités à révéler. Il suffit d’y croire, de se former et de s’impliquer. Formez-vous, cultivez la connaissance comme une arme contre la pauvreté et la résignation. L’éducation est le passeport le plus sûr vers la liberté et l’autonomie, et au-delà des études, intéressez-vous aux initiatives locales : coopératives agricoles, startups sociales, projets environnementaux, associations communautaires… C’est souvent dans ces actions de proximité que naissent les plus grandes transformations.
C’est en croyant en notre terre, en nos idées et en nos compétences que nous ferons de l’Afrique non pas un continent à quitter, mais un continent à construire.
L’État ne peut pas simplement “sensibiliser” ou “réprimer” : il doit redonner confiance. Cela passe par des politiques structurantes et non symboliques. Créer des zones d’opportunités locales Investir dans l’agriculture moderne, la transformation agroalimentaire, les énergies renouvelables, les métiers verts. Favoriser des zones d’emploi rural avec un accompagnement entrepreneurial et des formations adaptées. Décentraliser les investissements pour éviter la concentration urbaine du développement. Repenser la formation professionnelle Aligner la formation sur les besoins réels du marché local (BTP, maintenance, TIC, agriculture intelligente, artisanat moderne). Créer des centres de compétences régionales, accessibles, connectés, et valorisant les métiers manuels. Impliquer la diaspora Instaurer des fonds d’investissement de la diaspora avec garanties publiques, pour soutenir des projets créateurs d’emplois. Faciliter le retour des compétences (programmes d’échange, mentorat, partenariats). Lutter contre la résignation sociale Mettre en place des campagnes nationales de valorisation du “rêve africain”, à travers les médias, les écoles, les leaders religieux et communautaires. Encourager les projets culturels et éducatifs qui redonnent confiance à la jeunesse en son identité et son territoire.
● Question 5 : La communauté soninké connaît une crise latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance » et ses manifestations, quelles seraient vos recommandations susceptibles d’apporter une certaine cohésion dans l’organisation sociale sans ces tares ?
CG : Parler de « l’esclavage par ascendance » exige d’abord humilité et lucidité, car il s’agit d’une blessure ancienne, profonde, qui continue malheureusement de diviser. Je crois sincèrement que la première étape vers la cohésion, c’est la vérité. Il faut oser regarder ce passé en face, sans haine ni déni, pour en comprendre les racines et en tirer les leçons. Tant que ce sujet restera tabou, il nourrira la méfiance et freinera l’unité au sein de nos communautés. Ensuite, il est essentiel de reconstruire les liens sur la base du respect, de la dignité et de l’égalité. Personne ne doit être défini par son origine, son nom ou son ascendance. La valeur d’un être humain se mesure à sa conduite, à son savoir et à sa contribution à la société, pas à l’histoire de ses ancêtres. Aux leaders communautaires, religieux et politiques, je recommande de jouer un rôle d’apaisement et d’exemplarité. Nous devons ensemble promouvoir un discours de justice sociale, de fraternité et de vivre-ensemble, et encourager le dialogue intergénérationnel pour guérir ces blessures. En somme, il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de le transcender, pour bâtir une société plus juste, plus apaisée et profondément humaine. C’est ensemble, dans le respect mutuel et la reconnaissance de notre humanité commune, que nous écrirons la plus belle page de l’histoire soninké.
Nécrologie 15 octobre 2025 | Nous venons d’apprendre le décès à Nouakchott de notre chère tante et mère Bamby Kande COULIBALY de Sélibaby. Paix éternelle à son âme. Ameen. Mes fraternelles condoléances à sa famille et à la parentèle à Sélibaby, à Dafort et ailleurs. À mon grand-frère et cousin Dia Diop et ses frères et sœurs, l’expression de mon intime compassion à l’occasion de cette triste nouvelle. Ainsi va la vie, notre passage immanquable à tous à terme.
Une Dame généreuse et une correspondante légendaire de nombreux voyageurs et écoliers venant de diverses localités soninké du Guidimagha mauritanien 🇲🇷. La seule évocation de la dénomination en soninké « Mma Bamby Ka » (Chez Mère Bamby) est une antienne de références et de coordonnées de géo-localisation GPS avant l’heure parmi et pour la communauté voyageuse (élèves, passants, patientèle, commerçants…) pour laquelle elle donna gîte et asile avec égards et bonnes dispositions.
J’ai vécu chez elle 3 ans durant au collège-lycée et ce fut une phase très formatrice dans ma construction adolescente par rapport à la résilience. J’en garde toujours un marqueur dans ma personnalité.
Que son âme repose en paix parmi les âmes vertueuses sous La Miséricorde du Tout Puissant Allah.
—Cet ouvrage du sociologue M. SaïdBouamama nous propose une révision biographique concise consacrée à certaines figures révolutionnaires de l’engagement anticolonial, anti-impérialiste et anti-néocolonial. L’auteur situe dans les années 1440, les premières incursions agressives européennes (capture d’esclaves) contre le continent africain, du côté de la Mauritanie actuelle avec l’arrivée des portugais en 1441. On y apprend qu’ils ont évolué rapidement d’un système razzieur vers un « commerce » aux méthodes indirectes plus cyniques et scélérates avec des royautés locales parce qu’il y eut une résistance armée aux premiers contacts, en l’occurrence il cite l’avis de l’anthropologue sénégalais Yaya Sy. Ainsi, on en déduit que les fers coloniaux, impérialiste et néocoloniaux qui ont tenu ou tiennent l’Afrique ou une certaine Afrique, trouvent leurs racines dans une histoire complexe loin d’une binarité simpliste.
L’auteur nous fait voyager à travers divers espaces et initiatives d’éveil et de contestation enclenchés naturellement parmi les afro descendants diasporiques et les africains du continent contre les dominations sociales, économiques et politiques de l’ordre impérialiste occidental. Il y a eu des fortes influences croisées périodiques entre des intelligences émancipatrices et révolutionnaires de l’univers afro-américain et de l’environnement afro-étudiant et ouvrier dans les métropoles colonialistes.
À la page 59, un passage illustre bonnement l’esprit du travail livresque axé sur ces figures révolutionnaires qui, d’une manière ou d’une autre, ont acquis ou bénéficié selon les contextes et les temps d’un héritage militant entamé auparavant. Il y précise : « Il n’y a pas de génération spontanée de révolutionnaires. La construction d’une conscience nationale et d’une pensée émancipatrice ne se fait pas du jour au lendemain. C’est le produit d’une accumulation d’expériences, d’échanges, d’échecs et de compromissions.»
De la révolution haïtienne qui mena à la proclamation de la « nommée » première République noire dans les années 1790, jusqu’à la révolution sankariste au Burkina Faso dans les années 1980, en passant par d’autres riches expériences contestataires incarnées diversement entre autres par Garvey, Du Bois, Césaire, Nkrumah, Fanon, Kenyatta, Um Nyobè, Lumumba, Malcom X, Cabral ou Ben Barka contre le joug esclavagiste, colonial, impérialiste et néocolonial, l’ouvrage disponibilise du contenu d’un grand intérêt explorateur intellectuellement.
Ce livre est d’une pertinente substance pour introduire sommairement aux données d’un engagement du REFUS de la soumission fataliste et de l’exploitation passive riche en péripéties sur une frise temporelle de quelques siècles.
• Quelques remarques retenues par notre attention :
1 – Le capitalisme occidental du profit sans limites morales fit du monde un grand marché et un immense champ de chasse. Et ce, avec une hypocrite couverture au nom d’un projet dit civilisationnel.
2 – Au sein des univers originaires sous contrôle politique de cet impérialisme capitaliste, certains esprits sincèrement humanistes se firent remarquer, par exemple le cas du militant anticolonialiste belge M. Jean Van Lierde. Devenu conseiller politique de Lumumba et l’intermédiaire à point pour la participation décisive du leader nationaliste congolais à la conférence d’Acrra en décembre 1958 chez Nkrumah sur « la libération non violente de tous peuples d’Afrique »
3 – La Tricontinentale et le conflit sino-soviétique
Elle était une ambitieuse initiative solidaire anti-impérialiste regroupant les révolutionnaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Bloquée par moment à cause des frictions entre les deux géants du bloc communiste de l’époque (soviétiques et chinois). À signaler que le conflit entre ces états fut à l’origine de leurs différentes positions souvent contradictoires dans les affaires de certains mouvements et pays en lutte anticolonialiste et anti-impérialiste sur le continent africain. On peut y adjoindre la vision internationaliste des luttes anti-impérialistes notamment avec comme figures marquantes le marocain Mehdi Ben Barka, Che Guevara et dans son évolution Malcom X…
4 – Notre pays, la Mauritanie, était encarté dans le camp pro françafricaniste dans les années 1960 concernant les positionnements politiques et économiques du continent sous l’emprise néocolonialiste. Connu sous l’appellation « le groupe de Brazzaville », il était composé de nombreuses anciennes colonies françaises comme le Sénégal, le Niger, le Tchad, la Côte d’Ivoire…
L’autre camp pro révolutionnaire et soutien des mouvements anticolonialistes et anti-néocolonialistes s’appelait « le groupe de Casablanca ». Ce fut schématiquement l’expression de l’ « Afrique révolutionnaire » qui s’opposait frontalement au premier qui était indexé de docilité face aux enjeux phasiques liés à l’élan émancipateur du continent sur différents domaines. Parmi le camp révolutionnaire, on y compte nos voisins malien, algérien et marocain. Comparativement à nos jours, on constatera que notre pays se balade géopolitiquement en fonction de données variables (enjeux locaux, intérêts de circonstances dans l’Afrique subsaharienne, problématiques politiques internes, panarabisme utilitaire…)
5 – Mon kif intellectuel est attiré principalement par 3 figures qui sont : Frantz Fanon, Amilcar Cabral et Malcom X (devenu El Hadj Malik Shabbaz)
• FrantzFanon : la teneur, le courage et le haut niveau de son verbe et de ses actions plaidant l’humanisme activiste et pour un cadre d’existence soignée parmi l’humanité dans sa diversité. Son analyse de la bourgoisie locale « générée » par le colonialisme parmi les peuples dominés, était d’une certaine profondeur et quasi transposable sous certains cieux après plusieurs décennies d’indépendance. L’auteur le reprend : «Au sein de cette bourgoisie nationale on ne trouve ni industriels ni financiers. La bourgoisie nationale des pays sous-développés n’est pas orientée vers la production, l’invention, la construction, le travail. Elle est tout entière canalisée vers des activités de type intermédiaire. Être dans le circuit, dans la combine, telle semble être sa vocation profonde. La bourgoisie nationale a une psychologie d’hommes d’affaires non de capitaines d’industrie.»
Donc… pensons aux hommes d’affaires d’aujourd’hui dans nos espaces économiques et socio-politiques. D’ailleurs chaque régime politique (civil ou militaire) fait émerger ses hommes d’affaires pour les mêmes desseins jamais pour un développement multidimensionnel sérieux du pays. Ces « agents d’affaires » qui vont servir les intérêts particularistes d’une élite politique et militaire trompe continuellement les petits peuples d’en bas. Cette élite qui, souvent n’a de projet que la manipulation clientéliste via un électoralisme cyclique.
• Amilcar Cabral : grand visionnaire et adepte déterminé d’un réalisme détonnant, il a su inspirer et agir à travers les réalités du terrain et se refuse tout dogmatisme idéologique sédimenté dans des théories politiques et économiques brutes. Sa notion de « suicide de classe » est une preuve de sincérité dans son engagement pour la libération des peuples en évitant tout patronage élitiste par le haut. L’auteur fait référence en substance un extrait poignant de sa mémorable intervention lors de la troisième Conférence des peuples africains au Caire en mars 1961 : « …Il s’interroge sur la victoire du néocolonialisme dans plusieurs pays africains. Cet échec des mouvements progressistes est moins le signe d’une «crise de croissance» que d’une «crise de la connaissance», relève-t-il : trop de mouvement de libération sont coupés «de la réalité concrète» dans laquelle ils évoluent et négligent les «expériences locales» des populations qu’ils défendent. »
Mon petit mot de commentaire : l’idéalisme pompeux du verbal doit s’aligner et se dompter devant le réalisme du terrain vif afin de gagner avec méthodes et stratégies des espaces d’émancipation sociale, politique et économique.
• Malcom X : d’une extraction existentielle troublée par diverses contradictions liées au passé esclavagiste et ses conséquences impactant fatalement sa famille, il a un parcours intellectuellement courageux pour se retrouver une cohérence existentielle au final. D’un type de suprémacisme noir idéalisé par son groupe originel « Nations of Islam », il s’est ouvert une autre trajectoire à travers une réactualisation de son logiciel intellectuel et politique face aux réalités et aux voyages extérieurs notamment son pèlerinage à la Mecque (courant avril-mai 1964). Une vision internationaliste s’est affinée en lui et il devint la voix engagée et inspirante qui assoit définitivement son aura historique connue aujourd’hui.
6 – nombre de ces figures révolutionnaires furent éliminés politiquement ou physiquement par les limiers visibles ou invisibles de la pieuvre de l’international impérialiste et ses suppôts. Comme Um Nyobè, Lumumba, Nkrumah, Malcom X, Ben Barka, Cabral….
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