Pas de CAN 2025 au Maroc pour les Mourabitounes. Les dés sont jetés depuis ce lundi 19 novembre 2024, malgré une victoire (1-0) contre les Requins Bleus du Cap-Vert. Le nul (1-1) arraché par le Botswana face à l’Égypte au Caire leur offre le second ticket de qualification. Bref, c’est terminé pour la bande d’Emir Abdou, dont le départ semble inéluctable.
• Retour sur l’échec À une époque, la Mauritanie se vantait, à juste titre, d’appartenir au top 20 africain. Aujourd’hui, elle n’est même plus dans le top 24 et va reculer au prochain classement FIFA. Ce déclin trouve ses racines dans des choix techniques discutables et une absence de fond de jeu. Deux victoires à domicile et un nul ne suffisent pas à mériter une quatrième qualification consécutive à la CAN.
L’entraîneur, Emir Abdou, est pointé du doigt pour ses choix subjectifs et un manque d’inspiration tactique. L’équipe nationale s’est souvent montrée désorganisée : absence d’engagement, finition défaillante, discipline insuffisante. L’impression générale est celle d’une équipe sans repères.
• Une gestion financière et structurelle questionnable Sur le plan financier, l’État n’a pas ménagé ses efforts : salaires élevés, primes généreuses, prises en charge logistiques coûteuses, délégations pléthoriques. Mais tout cela n’a pas suffi, car les priorités étaient mal définies. Les ressources auraient dû être mieux réparties pour renforcer les clubs locaux et structurer la base du football mauritanien. Une équipe nationale forte doit s’appuyer sur des clubs solides et bien organisés. Or, les clubs nationaux manquent cruellement de soutien et de sponsors, et le niveau du championnat en souffre.
Cette année encore, aucune équipe mauritanienne n’a accédé aux phases de poules des compétitions africaines. L’absence d’académies de haut niveau, combinée à un déficit criant d’infrastructures modernes, complique davantage la situation. De même, la formation des encadreurs est insuffisante pour détecter et développer les jeunes talents.
• La fin d’un modèle, un nouveau départ nécessaire L’échec des Mourabitounes doit être une leçon. La politique actuelle, axée sur les joueurs expatriés, a atteint ses limites. Bien que les expatriés aient leur rôle à jouer, l’accent doit désormais être mis sur les joueurs locaux, qui forment un vaste réservoir de talents. Pour cela, il faut également réhabiliter et valoriser les techniciens nationaux, souvent marginalises. D’autres nations, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Maroc, ont bâti leur succès sur des bases locales solides, combinées à des apports extérieurs ciblés. La Mauritanie ne manque pas de techniciens compétents, mais ils doivent être soutenus et bénéficier des mêmes conditions que leurs homologues étrangers.
Pour un renouveau du football mauritanien L’élimination des Mourabitounes doit marquer un tournant. L’État, en tant que principal responsable, doit initier une réforme en profondeur, impliquant tous les acteurs du football. Un diagnostic complet est nécessaire pour élaborer une stratégie à long terme. Cela pourrait inclure la mise en place d’un Comité National Provisoire (CNP) chargé de redéfinir les priorités et de relancer les clubs locaux.
Il est impératif de recentrer les efforts sur le développement des infrastructures, des académies et des formations. Un championnat local compétitif est la clé d’une équipe nationale performante. Il est temps d’éloigner le complexe d’infériorité qui gangrène le football mauritanien et de redonner espoir à tous les passionnés.
Un nouveau chapitre doit s’écrire, avec méthode, rigueur et vision.
Les exclu.e.s, victimes du racisme et des discriminations raciales, ont toujours rendu compte avec acuité de leurs expériences vécues. Malgré la détermination dont ils ont toujours fait preuve dans le dévoilement des formes visibles et souterraines de leur exclusion, ils sont restés inaudibles. Accusés d’affabuler, de se complaire dans un statut de victime radicalisée, d’en « faire toujours trop », leurs nombreux témoignages ont été invisibilisés par une ignorance volontairement produite et entretenue par les dominants avec la complicité passive ou active d’une communauté qui sait et pourtant ne parle pas. Nous sommes bien ici dans ce que le philosophe Charles Mills a appelé l’ « ignorance blanche », autrement dit un « système politique non nommé en tant que tel, régi par un contrat racial implicite ». Shannon Sullivan et Nancy Tuana ont expliqué dans un ouvrage essentiel que l’ignorance n’est pas uniquement une lacune dans les connaissances.. Dans le cas de l’oppression raciale, le manque de connaissances ou le fait de désapprendre une chose connue est souvent activement produit à des fins de domination et d’exploitation ».
En Mauritanie, c’est à cette ignorance que se heurtent les exclus. Comment comprendre autrement l’indifférence voire le déni de la grande majorité de la composante maure et du pouvoir face aux situations évidentes de racisme et de discriminations? S’il y a bien quelques objecteurs de conscience, il n’en demeure pas moins qu’ils restent peu nombreux, celles et ceux qui, aujourd’hui, exposent au grand jour le racisme, les discriminations raciales et leurs cortèges de monstruosités.
Pour nettement identifier l’architecture des rejets et des exclusions, il faut s’en remettre aux expériences et points de vue des exclus. Une « épistémologie des points de vue » cette fois-ci, qui, sans rien essentialiser, fait de la vie des Noirs et leurs expériences quotidiennes, le commencement de toute compréhension de ce qu’ils vivent, la possibilité de toute production de connaissances sur leur condition. En ce sens, il faut entièrement souscrire à l’analyse de Sandra Harding qui expliquait l’importance de prendre au sérieux les subjectivités pour arriver à une objectivité forte, l’objectivité clinique n’étant que pure illusion. La subjectivité du sujet-témoin est la condition de possibilité d’une connaissance de la vie des gens.
Nous étions en hiver 2009-2010, j’étais nouvellement arrivé en France. Je m’étais fait un passe-temps d’errer dans les quelques magasins favoris du grand centre commercial, utilisant leurs rayons en guise de plongeoir dans le monde perdu des souvenirs. Je passais d’un rayon à un autre, tâtais les objets sans avoir le moins du monde l’intention de les embarquer dans un caddie – à supposer que j’en eusses les moyens!
D’un magasin à l’autre, mes pensées, tel un chapelet à perles insensées, déroulaient, pas toujours en toute conscience, des sujets aussi variés que ce qui clochait avec la démo de la prof de chimie, ou ce que feraient de nous les extraterrestres s’ils arrivaient à envahir notre planète, ou encore la raison qui fait que les chips sont hyperboliques… Avant que le vent de mauvais augure de mon esprit me rappelle subitement que le froid m’attendait dehors et que je ferais mieux de penser à regagner mes pénates si je ne voulais pas geler comme le fit la démo de ma prof au cours de la matinée ! Mais ce jour-là, le rituel n’en était pas encore arrivé à sa fin. Il fallait, quoique cela puisse être serré, passer par la Fnac. Ce lieu, par l’odeur de ses livres, m’a toujours prodigué des pensées de qualité, même les plus futiles d’entre elles. Elle m’enivrait, et je m’adonnais alors à un envol au gré du parfum du jour. Je m’y dirigeai donc. Dans Fnac, mon chemin est tout tracé ; je passe devant la machinerie électronique les yeux rivés au sol, je traverse sans saluer les cd, films et consorts. Et enfin me voilà dans les bras accueillants de ces lumineuses étagères… Je tourne, fouille, feuillette, range en boucle. Mais ce soir d’hiver, une chose particulière a attiré mon regard et absorbé mon attention. Je m’approchai délicatement comme pour ne pas la faire fuir… Oui, c’était bien les mots que j’ai cru lire de loin. Je me livrai donc à épier l’intérieur de ses pages… C’était bien l’idée que j’en avais intuitée : l’idée selon laquelle j’allais adorer ce qu’elle renfermait. Allez, vite… à la quatrième de couverture! Le prix ? 39,90 euros. Quoi ?! Il n’était nul besoin de me faire un topo sur mes finances que je connaissais par cœur, que j’avais d’ailleurs toujours sur moi comme un code de lancement nucléaire. Comment se séparer de son capital financier censé être le recours devant tous ces besoins qui assaillent de partout notre précaire condition ? Pour mon cas, ça tombe bien, il n’était pas non plus si lourd à porter. Il s’élevait en tout et pour tout à 40 euros !
Que faire donc ? Acheter le bouquin et ne se retrouver plus qu’avec 10 centimes, soit exactement le prix de rien du tout, même pas d’une chips plane ? Ou bien ne pas acheter le bouquin et passer la nuit à feuilleter les pages blanches de mes pensées amères sur lesquelles aucune spéculation ne dessinera la moindre curiosité géométrique qui puisse me consoler, mais quand même garder une meilleure ‘sécurité’ financière ? Le choix était vite fait : je devais feuilleter cette nuit-là les pages de ce joyau fait d’êtres mathématiques, des plus étonnants aux plus envoûtants.
Je n’avais pas senti le froid sur le chemin de retour à la résidence et encore moins le temps que traversait la lune dans cette nuit à longueur digne d’un plein hiver. Mes dix centimes n’étaient pas les seuls dédaignés de la pièce. À vrai dire je ne sais toujours pas si je m’étais acquitté de l’obligation sociale de saluer ceux avec qui je vivais ! Le livre m’accompagnera fidèlement jusqu’à plus de trois hivers plus tard.[…]
Nous sommes en 2013, je finissais un repas dans l’un de ces restaurants de bons mets à l’entour de la gare de Lyon. On peut déjà deviner que je ne payais pas avec mes fameux 10 centimes. C’était une sorte de tradition qu’avait instaurée Florence, ma si sympathique et généreuse mentoresse de l’époque.
Cet après-midi du printemps crépusculaire de l’an 2013, après ce repas dont j’ai oublié la constitution mais dont j’ai toujours gardé le souvenir de la bonne saveur, Florence me demanda de l’accompagner à son bureau, situé dans les environs, m’annonçant qu’il y avait une surprise ! Je ne cache pas que, sur le chemin, j’ai passé en revue toutes les possibilités. Je déteste me laisser surprendre ! Mais vais-je réussir à anticiper ce coup-ci ? On arriva, on entra dans le bâtiment. Un Monsieur âgé était debout, en train d’arranger son cartable posé sur un bureau. On se regarda brièvement comme un échange d’un début de salutation. Je sus qu’il savait qui j’étais, voire qu’il m’attendait. Florence me demanda : Alors Mouhamadou, connais-tu ce Monsieur ? Je répondis : non, mais c’est un matheux ! Ceci déclencha un rire simultané chez les trois. J’ai dû expliquer les préjugés ayant mené à mon affirmation. Et là, Florence me dit : je te présente le recteur Bouvier !
Alain Bouvier est un mathématicien et l’un des auteurs du dictionnaire qui m’avait fait chavirer plus de trois ans auparavant. J’avais raconté l’histoire à Florence qui, en fait, collaborait avec Alain ; ce qui n’avait pas été porté à ma connaissance. C’était la meilleure surprise qu’on pouvait me faire. Et, elle ne m’avait laissé aucune chance pour pouvoir l’anticiper. Autant le dictionnaire m’avait émerveillé, autant ma discussion avec Alain m’a captivé. J’ai découvert une personne passionnante et inspirante, du genre de ceux qui savent communiquer avec notre part apte à s’émerveiller. À la fin de notre entretien, il sortit un sac en plastique de son cartable et me le tendit. Il s’y trouvait la toute nouvelle édition du dictionnaire des mathématiques qu’il m’avait dédicacé. Ce 7 juin 2013 restera une date mémorable dans ma vie tant par l’agréable surprise que par la qualité de la rencontre. Cette ruine financière pour laquelle j’avais opté dans le dilemme fnacquien ne m’aura ainsi procuré qu’enrichissement humain de toutes sortes du début à la fin !
À un mois de l’attribution officielle des Coupes du monde 2030 et 2034 de football, Jean-Michel De Waele, professeur en sciences politiques à l’ULB, a tiré la sonnette d’alarme au micro de Quentin Weckhuysen.
Ce lundi, Amnesty International a publié un communiqué pour dénoncer les problèmes de droits humains en Arabie Saoudite où la Coupe du monde 2034 devrait être organisée mais aussi en Espagne, au Maroc et au Portugal, qui devraient accueillir l’édition précédente. Selon notre interlocuteur, l’édition prévue dans le Moyen-Orient remet la lumière sur des problèmes déjà connus. « Cela pose des questions fondamentales à l’étique du sport, commence-t-il. L’Arabie Saoudite viole à peu près tous les droits humains possibles et imaginables et soutient des mouvements peu recommandables. Comme au Qatar, il y a des questions du droit des travailleurs car il va falloir construire de très nombreux stades. Des travailleurs seront sans doute importés et on sait bien que ces pays ne se distinguent pas par leur respect des droits sociaux. Des questions concernant l’environnement se posent également. C’est assez aberrant. Malgré la différence que l’on peut avoir, par exemple, entre l’Europe et les États-Unis, en termes de valeurs, personne ne peut défendre l’idée que l’Arabie Saoudite est recommandable et un exemple. Faire cela, c’est aider l’une des dictatures les plus sinistres qui soient. »
Selon lui, les responsables de ces décisions sont tout désignés. « Les grandes organisations sportives comme la FIFA ou l’UEFA n’écoutent strictement personne. Des joueurs demandent à diminuer le nombre de matches par an, elles ne les écoutent pas. Il y a des questions environnements qu’elles n’écoutent pas tout comme les problèmes de corruption. Certes, il y a eu des doutes et des protestations mais le Mondial au Qatar s’est déroulé sans équipe qui aurait refusé d’y aller ou de joueur qui serait sortie du terrain. Cela a renforcé le sentiment d’impunité totale. La FIFA et l’UEFA peuvent violer tout ce qu’elles veulent sans réellement y avoir de prix à payer. »
Pour Jean-Michel De Waele, l’édition 2022 au Qatar pourrait, en quelque sorte, aider l’Arabie Saoudite à ne pas s’inquiéter outre-mesure du respect des droits humains. « Au Qatar, on s’est beaucoup inquiété du sort des travailleurs. Est-ce que quelqu’un et allé voir si le pays a tenu ses promesses ? On nous a un peu endormis en disant qu’il y a des progrès mais qu’en est-il désormais ? Malheureusement, on ne revient pas dessus, ce qui est regrettable car cela mettrait la pression sur les organisateurs en leur montrant qu’on serait toujours attentifs par la suite. Il y a un besoin de mobilisation des personnes qui considèrent ces enjeux comme extrêmement importants. »
Pourtant, la FIFA avait mis en place un règlement dans lequel un certain respect des droits humains était indispensable pour organiser un tel événement. « Ces règlements sont faits pour se donner bonne conscience, pas pour être respectés. Si on voulait respecter l’éthique du sport et ces valeurs que peut transmettre le sport, il ne serait pas organisé de cette manière. C’est devenu du business, seule la rentabilisation compte. On montre aussi des images du championnat en Arabie saoudite, ce qui est très choquant de mon point de vue. Il n’intéresse pas grand monde mais l’argent fait foi. »
Malgré cette situation difficile, tout n’est pas noir pour autant selon lui, même s’il sera difficile de changer le cours des choses. « Je reste optimiste car je pense que les amateurs de sport ouvrent de plus en plus les yeux. On voit bien que ce n’est plus possible de tenir un discours très naïf qui présenterait le sport et la politique comme étant des éléments différents, on l’a vu avec la sanction du CIO envers la Russie. Les supporters ont une grande capacité de mobilisation mais c’est plus difficile pour les équipes nationales. En club, les clubs de supporters se voient et sont organisés, ce qui est moins le cas en équipes nationales. Dans certains pays, le sentiment de fierté nationale finit par l’emporter par rapport à la défense des droits humains. Il faut vraiment intervenir, agir et envoyer des messages très clairs. C’est un peu désespérant de voir que c’est toujours Amnesty qui doit sonner la cloche pour dire que ça ne va pas et pas les joueurs ou les fédérations nationales. Nous sommes dans une société où l’argent achète tout, y compris les consciences humaines. »
Capitaine dans l’armée française puis officier supérieur dans la Centrafrique indépendante, Jean-Bedel Bokassa affermit sa dictature en 1972, honoré par ses soins du titre de maréchal… Sergent de la force militaire congolaise, Joseph-Désiré Mobutu parvient à se faire nommer général un peu avant de prendre le pouvoir par la force en 1965 ; vingt ans plus tard, à la tête d’un pays qu’il a renommé « Zaïre », il reçoit le bâton de maréchal et choisit une devise : « Toujours servir ». Invraisemblable carrière d’un homme incapable de stratégie militaire… Sergent dans la légion étrangère ensuite colonel de l’armée guinéenne, Mamadi Doumbouya est nommé général de corps d’armée début 2024, deux ans après le coup d’État qui l’a porté au palais présidentiel… Le 16 octobre dernier, un nouvel uniforme est remis au colonel Goïta ; cinq étoiles sont cousues sur ses épaulettes : il faut remercier le bon despote pour son engagement. Cette mesure met en évidence la pâleur de la récompense, inconvenante (I), la mégalomanie et la stratégie politique de la junte (II), et l’affaiblissement de l’institution militaire (III), donc de l’État, au profit d’une poignée.
• Des étoiles sans éclat
Le 16 octobre 2024, un communiqué du conseil des ministres informe que le colonel Goïta est nommé général d’armée. Ses compagnons de lutte contre feu Ibrahim Boubacar Keïta, Malick Diaw, Sadio Camara, Ismaël Wagué et Modibo Koné, obtiennent le grade de général de corps d’armée. Les cinq hommes qui composaient le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) le 19 août 2020 lors de leur premier coup d’État sont récompensés de leurs efforts… Proche de ce cercle, Abdoulaye Maïga est désigné général de division. Cette décision pose problème parce qu’elle est populiste en apparence, c’est-à-dire qu’elle consiste à « se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes » : ce passage sans transition d’un grade à un autre, sans fondement légitime, est motivé par la douzième recommandation des conclusions du Dialogue inter-Maliens (DIM) – qui a été manipulé par la junte – et va même plus loin, puisque la soixante-quatorzième suggestion s’en tenait à leur attribuer le grade un peu inférieur de général de division. Mais cette mesure est surtout illégale, parce que les six hommes profitent d’un avancement de carrière « à titre exceptionnel » non conforme à l’ordonnance n° 2023-015/PT-RM du 21 mars 2023 portant statut général des militaires : normalement, l’obtention d’un grade est impossible si le grade inférieur n’a pas été atteint ; et, jusqu’à sa nomination au rang le plus élevé de l’armée de Terre, Assimi Goïta ne disposait que de galons de colonel.
• Généraux mégalomanes et stratèges
La décision a été prise en conseil des ministres ; elle procède donc d’arrangements, de combines. Elle n’aura aucun effet tangible : colonel ou général d’armée, Assimi Goïta reste le chef des armées, comme l’indique la Constitution de la IVe République ; mais elle vise à satisfaire l’orgueil d’un homme qui, en quatre ans, a réussi à s’imposer, malgré les échecs militaires contre les islamistes et malgré l’inféodation des Forces armées maliennes au groupe paramilitaire russe Wagner. Sa promotion vise à renforcer le chef qu’il est devenu en le plaçant au sommet de la hiérarchie militaire. Son salaire lui donnera davantage de confort et d’assurance ; son autorité politique ne peut en être que plus grande, surtout face au capitaine Traoré, du Burkina Faso, et au général Tiani, du Niger, les deux autres membres dirigeants de la Confédération des États du Sahel. Prestige personnel et prestige militaire, même factice, se confondent : le général Goïta et ses acolytes entrent un peu plus dans l’histoire de leur pays et de l’Afrique de l’Ouest. Ils affaiblissent les généraux déjà en place. Sur son site internet, Radio France internationale indique ainsi que le nom d’Oumar Diarra, général de division et chef d’état-major des armées, est absent de la liste des promus, contrairement à son adjoint, le général Kéba Sangaré.
• La fusion des domaines militaire, politique et culturels
En 2008, dans un article intitulé « la Place des militaires dans les régimes post-transition d’Afrique subsaharienne : la difficile resectorisation », Céline Thiriot relevait le « mélange des genres entre politique et militaire », c’est-à-dire la « politisation des forces armées », et ajoutait que, dans ce continent, « la “culture militaire” reste superficielle et ne contrebalance pas d’autres données culturelles inhérentes à ces sociétés. » Si les putschistes restent les hommes forts du Mali, il est possible que leur promotion n’engendre des tensions au sein même de l’armée : au Niger, le général Tiani a renversé le Président Mohamed Bazoum à cause de quelques changements qu’il désapprouvait dans la garde présidentielle et dont il subissait les effets. En tout cas, en admettant que le général Goïta se retire officiellement – ce qui n’est pas probable – de la vie politique, étant donné que l’élection présidentielle doit voir la restitution du pouvoir aux civils, sa nomination annonce son influence certaine, sinon décisive, dans le régime à venir : s’il a lieu un jour, le désengagement de l’armée dans la politique se fera par étapes, avec lenteur. En effet, ses camarades et lui profitant d’une pension aisée, ils contraindront peut-être l’armée à se montrer loyale à l’égard des civils, en manière de reconnaissance. Telles sont quelques-unes des interprétations possibles de ces promotions inédites dans l’histoire militaire du Mali. Il est tentant de tirer les leçons de l’implication des militaires dans la politique. Une étude un peu ancienne de Mattei Dogan, datant de 1961, « les Officiers dans la carrière politique (du maréchal Mac-Mahon au général de Gaulle) », signale que, sous la IIIe République, « durant leur carrière militaire, on […] recommandait [aux officiers] de se tenir loin de l’agora et leur avancement dépendait bien souvent de leur conduite apolitique ». C’est une coutume tout à fait contraire qui est implantée au Mali : cela est plus que regrettable. Dans la même étude, Mattei Dogon écrit aussi que « l’importance du rôle des officiers dans la vie de la nation vient, sans doute, beaucoup plus du fait qu’ils contrôlent l’armée, que de la pertinence de leurs opinions en matière de défense nationale » et, ajoutons pour le Mali, de leurs opinions en matière d’éducation, d’instruction, d’économie, ou de tout autre sujet politique… À bon entendeur…
Fin 2023, un reportage de l’ORTM annonçait la nationalisation de la confection des uniformes de l’armée. Depuis le 16 octobre 2024, les membres de la junte malienne soutiennent cette manifestation de la souveraineté recouvrée de l’État grâce à leur abject passe-droit qui les oblige à porter un uniforme adapté à leur nouveau grade. C’est le seul bienfait de leur injuste et dangereuse promotion.
Balla CISSÉ, docteur en droit public Avocat au Barreau de Paris Diplômé en Administration électorale
L’actuel premier sénégalais âgé de 50 ans, est un porteur iconique « game changeur » dans la vie politique de son pays au cours de la décennie 2014 – 2024. Sans cet humble inspecteur des impôts, libre d’esprit, pieux patriote et déterminé panafricain, un certain système étatique se serait recyclé dans une continuité menée par le camp idéologique dit libéral (Wade – Sall 2000 – 2024). Fondateur et inspirateur disruptif du parti « Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité » (PASTEF), l’homme de confiance de l’actuel président Diomaye Diakhar Faye (élu le 24 mars 2024) est un cas de matière pour les études politiques. En observateur « simpliste », j’ose l’encarter comme suit : néo afro musulmanité assumée au parfum révolutionnaire, panafricanisme réfléchi et pragmatique, anticonformisme politique et visionnaire, anti impérialisme idéologique, souverainisme économique et anti intrusif, diplomatie d’ouverture, de non ingérence et d’intérêts stratégiques…
Dans quelle assiette idéologique en matière politique peut-on correspondre relativement ces données chez nous?
Ces dernières années, avant l’arrivée au pouvoir de son camp politique par un grand succès électoral avec 54,28% contre 35,79% pour un ancien Premier ministre du régime finissant, l’acharnement répressif sur lui et ses partisans n’a pas fait cas d’un écho mémorable en terme de dénonciation par l’arène politique en Mauritanie. Oppositions comme les gens du pouvoir, il y a eu une étonnante indifférence chez les uns et les autres, on dirait une suspecte neutralité de complaisance pour le régime de Macky Sall. Et évidemment, les uns et les autres ont de profondes motivations dans leurs diverses postures. Ainsi, la politique de gouvernance mauritanienne dispose d’un État profond structurellement systémique qui ne peut que se méfier de toute dynamique « subversive » et anti systémique à l’extérieur chez un pays voisin si proche. Aussi, cet État profond préférerait avoir affaire à un personnel politique prévisible issu d’un certain héritage élitiste de l’ancienne école relativement docile et françafricaniste (De Senghor à Macky). Côté des oppositions, ça peut se décliner diversement, certains vont suivre la posture très lisible citée pour le cas de l’Etat profond. D’autres opposants encartés antisystèmes à la « sauce mauritanienne » vont privilégier un agenda de l’intérieur bien circonstanciel pour contenir leurs contrastes et contradictions. Ainsi, lors de la dernière présidentielle (29 juin 2024), la coalition antisystème qui a porté la candidature du leader abolitionniste Biram Dah Abeid, se serait difficilement entendue d’une voix politique s’il fallait communiquer sur les agissements d’atteinte aux droits humains du régime de Macky Sall. Pour cause, un antisystèmisme Pastefien outre fleuve Sénégal gênerait probablement certains coalisés antisystème côté mauritanien. Comme le cas du doyen M. Samba Thiam (FPC) qui a exprimé récemment dans un post Facebook « je suis généralement en désaccord avec Ousmane Sonko » https://www.facebook.com/share/p/gfxHetMeNz4xiMgC/. Est-il en désaccord avec l’homme Sonko ou avec ce qu’il a incarné d’antisystèmique contre le régime de Macky Sall ? Une clarification est bien nécessaire pour l’opinion publique militante. Un certain ethno-communautarisme est une facette de la mosaïque de l’identité politique dans nos sables mouvants, notre engagement antisystèmique aura ses lourdes limites si on ose schématiser réellement les contours sociaux et politiques d’un système quelconque. Il y a lieu de savoir de quoi il s’agit, vouloir changer le système ou bien compter remplacer ceux qui tiennent le système ?
Kassataya – Notre jeune République en quête de stabilité fait face à des défis majeurs qui mettent à l’épreuve le fonctionnement démocratique de ses institutions. Au cœur de ces tensions se trouve la dynamique complexe entre les oppositions et le gouvernement. L’absence d’un véritable contre-pouvoir parlementaire soulève des inquiétudes quant à la transparence, la responsabilité et la représentation des intérêts des citoyens.
Dans un cadre où le Parlement devrait jouer un rôle fondamental de contrôle et de délibération, la prédominance d’une majorité alignée sur l’exécutif questionne la capacité de cette institution à exercer une surveillance efficace des actions gouvernementales.
Les enjeux liés à la gouvernance, en particulier dans des secteurs stratégiques tels que la gestion des ressources naturelles, les infrastructures ou encore l’éducation, requièrent une attention soutenue et un débat public constructif.
Toutefois, la tendance à marginaliser les voix dissidentes souligne les risques d’une démocratie affaiblie. Les tensions autour des mécanismes de contrôle parlementaire révèlent une nécessité pressante de renforcer les institutions démocratiques afin d’assurer une représentation équitable et une transparence dans le processus décisionnel.
Une Assemblée nationale à l’épreuve
Le pouvoir législatif, censé être le garant des intérêts du peuple, se trouve aujourd’hui au cœur d’une tension significative entre les oppositions et le gouvernement, notamment concernant la création de commissions d’enquêtes parlementaires.
Cette initiative, soutenu par certains groupes parlementaires de l’opposition, vise à examiner des questions cruciales liées à la gestion des ressources et de l’avenir en commun, mais il fait face à des résistances politiques notables.
Le rejet de ces initiatives par le président de l’Assemblée nationale lui-même, membre du même parti que le gouvernement, illustre les difficultés rencontrées par une assemblée soumise à l’emprise d’une majorité favorable à l’exécutif. Ce type de majorité, plutôt que de jouer son rôle de contre-pouvoir, devient souvent une simple chambre d’enregistrement, entérinant les décisions du gouvernement sans véritable débat.
Cela révèle une limite structurelle des systèmes démocratiques actuels que nous allons développer à la fin de cette contribution.
Parallèlement, ce même Parlement est parfois en décalage, pour ne pas dire en opposition, avec les aspirations populaires. Des événements récents, comme les manifestations contre l’adoption de la loi d’orientation dans les écoles privées, mettent en évidence un fossé entre les revendications de la population et les prises de position des élus ou du moins leur temporalité.
Une telle dissonance affaiblit l’efficacité de l’institution législative et compromet sa capacité à représenter véritablement les intérêts de la société.
Le Rôle crucial des oppositions
Les oppositions, composées d’une pluralité de partis politiques et de mouvements sociaux, jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement démocratique. Elles incarnent la diversité des idées et des aspirations de la population.
Dans un régime démocratique, les oppositions sont appelées à apprécier les décisions du gouvernement et à formuler des alternatives concrètes. L’absence d’une opposition efficace peut conduire à des dérives autoritaires, où le gouvernement exerce un contrôle total sur les institutions.
Le refus du président de l’Assemblée de donner suite à la requête de création d’une commission d’enquête, justifié par la prétendue prérogative du bureau institutionnel à déterminer les priorités, constitue une entrave au bon fonctionnement du travail parlementaire. Cette posture alimente la perception que les initiatives des oppositions sont systématiquement étouffées. En matière de droit parlementaire, il est essentiel de rappeler que le principe d’accessibilité aux procédures parlementaires est fondamental.
Conformément au règlement intérieur de l’Assemblée nationale, chaque député a le droit de demander la création de commissions d’enquête par l’intermédiaire de son groupe, et le rejet de ces demandes sans justification valable soulève des interrogations sur le respect des droits des parlementaires.
Les Défis à relever
Dans ce contexte, les oppositions se trouvent confrontées à plusieurs défis Mauritanie – Parlement INSAF : Et si on choisissait nos élus par tirage au sort ?. La nécessité de forger des alliances politiques solides devient impérieuse. Face à une majorité consolidée, la formation d’un front commun est essentielle, impliquant la collaboration de partis divers, malgré leurs divergences idéologiques. À cet égard, les coalitions d’opposition observées dans d’autres pays de la sous-région pourraient servir de modèle inspirant pour la Mauritanie.
Un autre défi majeur réside dans la capacité à mobiliser l’opinion publique. En s’associant à des organisations de la société civile, à des syndicats et à des mouvements citoyens, les oppositions peuvent renforcer leur légitimité et exercer une pression significative sur le gouvernement. Une communication efficace, par des campagnes de sensibilisation et des plateformes médiatiques, est essentielle pour faire entendre les préoccupations et les attentes des citoyens.
L’exploitation des outils institutionnels disponibles représente également un levier important. Même dans un Parlement dominé par le parti au pouvoir, des mécanismes tels que les interpellations, les motions et les demandes de commissions d’enquête peuvent être utilisés pour mettre en lumière les carences de la gestion gouvernementale.
En s’inspirant des pratiques de démocraties consolidées, l’opposition peut recourir à des séances de questions au gouvernement pour obtenir des clarifications sur des sujets d’actualité.
Garantir un cadre démocratique
Les gouvernants, partout à travers le monde, cherchent presque toujours à s’assurer une majorité parlementaire qui leur est acquise, rendant difficile l’émergence d’un contrôle institutionnel fort. Cette dynamique freine le bon fonctionnement du pouvoir législatif, en neutralisant les débats nécessaires à une gestion transparente et équilibrée.
Par ailleurs, il est peu probable qu’un exécutif et une majorité de couleurs politiques différentes soient élus simultanément, ce qui aurait pourtant l’avantage d’imposer une cohabitation productive.
Dans l’idéal, un peuple exercé à la démocratie pourrait choisir un exécutif d’une couleur politique différente de celle de l’Assemblée, favorisant ainsi un parlement fort et indépendant, capable de servir de contrepoids.
Mais cet équilibre est difficilement réalisable dans la pratique. En pratique, les dynamiques partisanes, l’obsession pour le maintien au pouvoir et les intérêts électoraux empêchent souvent une telle cohabitation.
Cette réflexion pousse à se demander si le système démocratique tel qu’il existe aujourd’hui ne devrait pas être réformé, afin de corriger ces déséquilibres structurels. L’introduction d’une plus forte dose de proportionnelle pourrait constituer une piste pour mieux représenter les minorités et favoriser le pluralisme au sein du Parlement. Une autre alternative, plus audacieuse, serait d’envisager des mécanismes de tirage au sort pour sélectionner une partie des représentants.
Cette méthode, inspirée de pratiques antiques et d’expériences contemporaines, garantirait une diversité des opinions et limiterait l’influence des partis dominants sur les décisions parlementaires. Il s’agit d’une pratique largement documentée qui a déjà cours dans certains pays occidentaux.
Il devient donc indispensable de repenser certains aspects du modèle représentatif, en introduisant volontairement des correctifs au système majoritaire afin de réduire l’emprise de l’exécutif sur le législatif.
Pour assurer l’existence d’un cadre démocratique sain, il est impératif de disposer d’institutions fortes et indépendantes. Cela passe par une justice impartiale, capable de protéger les élus de l’opposition contre toute forme de répression ou d’intimidation. La protection des droits des parlementaires, en vertu du droit international, notamment la résolution 54/182 des Nations Unies, souligne l’importance de garantir l’intégrité des élus dans l’exercice de leurs fonctions.
Enfin, le soutien de partenaires internationaux comme les groupes d’amitié parlementaires avec des pays partenaires, vigilants face aux dérives politiques, peut jouer un rôle clé dans la consolidation de l’État de droit en Mauritanie. Des organisations régionales pourraient apporter une aide précieuse pour surveiller le respect des engagements démocratiques par le gouvernement, contribuant ainsi à renforcer la légitimité des institutions mauritaniennes.
Le débat actuel sur la promotion des langues nationales oublie un aspect essentiel, qui ne nécessite pas de sit-in, marche, manifestation, en bravant les grenades lacrymogènes, et s’exposant à la violence policière.
Promouvoir, les langues nationales, ce n’est pas seulement se battre pour leur officialisation, pour qu’ elles intègrent le système éducatif, qu’ elles soient utilisées dans l’administration au même titre que l’Arabe et le Français.
Ce combat est certes légitime, cependant il est loin d’être à portée de main dans le contexte actuel. En effet, la volonté politique déterminera toujours l’avenir des langues nationales, en Mauritanie où personne ne peut se douter que le cœur des décideurs politiques bat fort pour une arabisation à outrance : un impérialisme linguistique. Il y a ce que veut l’Etat, ce que peut l’Etat, ce qu’ envisage l’Etat pour l’avenir des langues nationales.
Or, il est évident que ce qui relève des autorités, de l’Etat qui n’est pas facile à conquérir ; le chemin est fastidieux et semé d’embûches.
Il y a maintenant quelque chose de simple, qui ne demande rien, si nous avions une vision globale, systémique, et nourrissons un projet holistique pour la promotion des langues nationales.
Cet aspect de la promotion des langues nationales consistera à travailler pour enrichir le lexique du Pulaar, du Soninké et du Wolof, en intégrant de nouveaux concepts qui traduisent et expriment le respect de la dignité humaine.
Ce qui implique, la suppression progressive des termes stigmatisants, dégradants voire insultants dans l’usage quotidien de nos langues. Ce qui nous amènera à corriger, à changer une bonne partie du vocabulaire pour parler des enfants, des femmes, des franges vulnérables, des démunis, des personnes vivant avec un handicap, ou d’origine servile etc. Voilà quelques pistes à explorer pour aller dans le sens de ma réflexion.
En clair, il s’agit d’adapter notre façon de désigner, de nommer les choses avec des concepts nouveaux, en phase avec notre époque et en harmonie avec les problématiques du genre, des droits humains, etc. C’est une question de dignité et une volonté de « réhabilitation sociale », de tordre le cou aux idées reçues, héritées d’un ordre social révolu.
Cet aspect de la promotion des langues nationales ne semble intéresser personne. Or, c’est par là que tout doit commencer pour débarrasser nos langues des dogmes porteurs d’inégalités. Ce travail doit être porté par les associations et organisations pour la promotion des langues nationales, les linguistes et les intellectuels.
« L’essentiel de l’action des politiques passe par le discours […] le discours politique, loin d’être un épiphénomène de la politique, pourrait donc, à l’inverse, être finalement le tout de l’activité politique des hommes politiques. » Cette assertion d’Elderman sied bien à la transition en cours en République du Mali. En effet, au cours de ces trois dernières années, nous assistons à l’usage, et cela de manière harmonieuse telle une chorale, des certains mots ou expressions par les autorités de transition. Loin d’être que du verbe, ces mots permettent en réalité au gouvernement de diriger le pays en ayant l’adhésion d’une bonne partie de la population jusqu’ici. Cet article vise à édifier l’opinion publique sur comment des mots ou expressions comme : rectification ; abandon en plein vol ; souveraineté retrouvée ; l’art de se dribler tout en gardant le ballon ; A bon entendeur tant pis ! ; clarification ont permis à la transition de diriger le pays en ayant une relative popularité. Aussi, posons-nous la question des limites de ce qu’on pourrait appeler une gouvernance rhétorique. Pour mieux édifier le lecteur, chaque mot ou expression sera placé dans son contexte spatio-temporel. Cela permet de mobiliser les circonstances de production ainsi que les effets politiques subséquents.
~ Rectification Nous sommes en mai 2021, après un séjour à Paris, hasard de calendrier ou non, le président de la transition d’alors, Bah N’DAW a procédé à un remaniement du gouvernement. Deux poids lourds du CNSP à savoir Sadio CAMARA et Modibo KONE sont éjectés. Il n’aura fallu que quelques heures pour que le colonel Assimi Goita, à l’époque vice-président, ne fasse arrêter Bah N’Daw et son premier ministre. Désormais seul maitre à bord, il prête serment le 07 juin 2021 et nomme dans la foulée Choguel Maiga, président du comité stratégique du M5-RFP, comme premier ministre. Débute alors la rectification de la trajectoire de la transition (pour être plus complet). Ce mot sera employé dans tous les discours officiels pour expliquer voire justifier les événements de mai 2021. Mais en regardant de près, on constate que ce mot relève de ce qu’on appelle la présupposition en analyse du discours. En effet, on rectifie une erreur, une faute. C’est donc une manière subtile de dire que la première partie de la transition—qui va d’aout 2020 à mai 2021—a été marquée par la mauvaise gouvernance. Il faut également souligner que le M5-RFP, considéré comme le mouvement à l’origine du soulèvement contre le régime IBK, a été écarté des sphères du pouvoir sur cette période. Le mot rectification pourrait également signifier que cette « erreur » est corrigée. En tout état de cause, l’opinion publique malienne a semblé bien accueillir cette rectification puisque des décisions majeures seront prises sur plusieurs plans notamment sécuritaires.
~ Abandon en plein vol Lors de la 76è session de l’assemblée générale des Nations Unies, la voix du Mali sera portée par le premier ministre Choguel Kokalla MAIGA. Dans un discours qui restera l’un des moments forts de la transition, Choguel accusera la France d’abandon en plein vol. Il faut dire que les relations entre les deux pays n’étaient plus au beau fixe depuis l’avènement de la rectification. Quelques mois plus tard, les troupes françaises, qui interviennent au Mali depuis 2013, ont été contraintes de quitter le pays. Ce pays ayant décidé de coopérer avec la Russie. Voilà le contexte spatio-temporel. Sur le plan rhétorique, nous avons là un exemple de « petite phrase » construit à l’aide de métaphore aéronautique. L’efficacité rhétorique des petites phrases réside dans le fait qu’elles sont reprises assez facilement par les médias, ce qui permet de faire une large diffusion. Conséquence, un discours de près d’une heure est résumé à une seule expression. Cependant, la portée n’en demeure pas moins importante. En effet, c’était l’une des rares fois qu’un responsable malien de haut niveau s’exprime ainsi sur la France et de surcroit à la tribune de l’ONU, haut lieu de la diplomatie mondiale. Certains salueront le « courage politique » du premier ministre. Cette petite phrase sonnera le glas de la courtoisie diplomatique entre le Mali et la France. Mais ce ne sera pas la seule brouille diplomatique.
~ Souveraineté retrouvée Après la rectification, le gouvernement de transition a initié les assises nationales de la refondation de l’Etat. A l’issue de ces travaux, le chronogramme préalablement établi en accord avec la CEDEAO (qui fixait la durée de la transition à 18 mois) a été abandonné. En lieu et place, le gouvernement proposera une transition de cinq ans. Dès lors, commence un véritable bras de fer avec la CEDEAO. Lors d’un sommet ordinaire le 09 janvier 2022, des sanctions d’une rare gravité ont été prises contre le Mali. Le vendredi 14 janvier, une grande manifestation était organisée à Bamako et dans les capitales régionales à l’appel des autorités. Les sanctions dureront huit mois. Ainsi, pour saluer cette mobilisation du peuple malien, la date du 14 janvier fut retenue comme journée de la souveraineté retrouvée. Voilà le contexte. Dans un article publié en janvier 2023, nous soulignions le caractère contradictoire entre le 14 janvier (journée de souveraineté retrouvée) et le 22 septembre (fête de l’indépendance). Nous évoquions alors une confusion sémantique aux conséquences politiques floues. En effet, souveraineté retrouvée suppose que le Mali avait perdu sa souveraineté. Si tel est le cas, doit-on toujours célébrer la date du 22 septembre ? Mais au fond, l’usage de cette expression permet aux autorités de transition de s’afficher comme les « véritables » défenseurs contre la soumission ou la domination. Il faut dire que ce narratif a un écho favorable au sein de l’opinion publique.
~ L’art de se dribler tout en gardant le ballon On retourne à la tribune des Nations Unies. A la faveur de la 77e session de l’assemblée générale, le colonel Abdoulaye, premier ministre par intérim, connu pour sa rhétorique provocatrice, portera la voix de notre pays. Cette intervention se passe en pleine crise avec la Cote d’Ivoire suite à l’arrestation de 49 « mercenaires » ou « missionnaires » ivoiriens à l’aéroport de Bamako. Auparavant, la Côte d’Ivoire était en première ligne lors de l’adoption des sanctions contre le Mali. Ces circonstances aggravantes n’étaient pas de nature à apaiser la situation. Faisant fi de tout protocole diplomatique, le colonel Abdoulaye Maiga, en référence au 3e mandat d’Alassane Ouattara, dira que c’est l’art de se dribler tout en gardant le ballon.
Là encore nous avons affaire à une petite phrase construite par la métaphore footballistique. Comme on pouvait s’y attendre, elle sera reprise par les médias mais aussi par des internautes. Si la Côte d’Ivoire ne réagit pas officiellement, nul doute que cette petite phrase a contribué à dégrader les relations entre les deux pays voisins. Le même Abdoulaye MAIGA revient à la charge à la 79e session de l’ONU mais cette voici contre l’Algérie. En effet, depuis la reprise de la ville de Kidal par le Mali en novembre 2023, les ex rebelles de la CMA ont élu domicile en Algérie. Cette situation a conduit notamment à la dénonciation de l’accord d’Alger signé en 2015 et dont l’Algérie était en quelque sorte le parrain. Autant de facteurs qui ont contribué refroidir les relations entre les deux pays. Ainsi, à la tribune de l’ONU, le Colonel MAIGA rappellera que l’accord d’Alger est bien mort qu’en bon entendeur tant pis ! Ici il y a la transposition d’une expression commune, avec une connotation positive, « en bon entendeur salut !» qui exprime un conseil, par une expression pour le moins sarcastique.
~ Les limites de la gouvernance rhétorique Comme nous l’avons vu tout au long de l’article, le gouvernement de transition s’appuie sur un certain nombre de mots ou expressions pour diriger. Et il faut dire que cela leur a réussi plus au moins jusqu’ici (ici nous parlons d’opinion favorable). Mais à mesure que la transition se prolonge, on assiste à une certaine fatigue de la gouvernance rhétorique. En effet, bien que l’essentiel de l’activité politique passe par le discours, ces discours doivent être suivis d’effet d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’énoncés performatifs dans les exemples que nous avons cités dans cet article. La particularité des énoncés performatifs et que leur seule énonciation suffit pour accomplir l’acte. Mais tel n’est pas le cas ici. C’est peut-être pourquoi le premier ministre Choguel MAIGA parle de clarification…
Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique
~~~Notre Rubrique Le GEB vous revient avec l’interview de Madame Sarafina KANE, une franco-mauritanienne. Elle a répondu à nos questions, au menu, ses expériences de militante associative et d’entrepreneure. Également, d’autres thématiques ont été abordées comme l’engagement de la diaspora, la politique en Mauritanie et le panafricanisme. Nos remerciements à elle pour sa disponibilité.
Ci-dessous l’intégralité de l’interview :
● Question 1 : Bonjour Madame Kane, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Sarafina KANE : Bonjour Monsieur Soumaré, je tenais avant tout à vous remercier de l’intérêt porté à ma personne. Je suis mauritanienne vivant en Europe depuis de nombreuses années, arrivée en France à l’âge de 6 ans. Je me définis en tant qu’humaniste engagée en faveur de la justice sociale et des droits de tout citoyen avoir une vie digne et meilleure Je suis la fondatrice du premier incubateur féminin en Mauritanie Rendo women entrepreneurship. Et Présentatrice de « ESPRIT EBENE » au sein d’ADN (Africa Diaspora News) depuis 2015, une émission qui valorise le rôle de la femme de la DIASPORA
● Question 2 : Dans quel domaine particulier aviez-vous investi comme entrepreneure et militante associative ?
SK : Je milite dans le monde associatif depuis plus de 10 ans. En 2007 j’ai dirigé l’association des étudiants mauritaniens de Rouen, nous avons avec les étudiants internationaux de Normandie co-fondé le COLLASUR (Le collectif des étudiants internationaux). Également j’ai été élue au Conseil d’Administration de L’université de Rouen et du Forim qui est une plateforme nationale qui réunit des réseaux, des fédérations et des regroupements d’Organisations de Solidarité Internationale issues des migrations. Avant de fonder DIASPORA RIM (Réseau des Jeunes Mauritaniens de la Diaspora). Dix ans plus tard je crée la première plateforme dédiée exclusivement aux femmes en Mauritanie, RENDO Women Entrepreneurship. Elle avait pour but l’accompagnement à l’insertion socio-professionnelle par une activité économique. La même année j’ai organisé un événement à l’IFM (institut français de Mauritanie) intitulé « entreprendre au Féminin » réunissant plus de 300 personnes parmi lesquelles des femmes de la société civile mauritanienne, politiques, entrepreneures et le collectif des femmes migrantes. Le but de cette activité était la promotion l’entrepreneuriat féminin, la découverte des parcours semés d’embuches de certaines femmes, la réflexion sur l’autonomisation de la femme et les différents modes de financements. À la suite de cette aventure, je me suis lancée le défi de créer le premier concours d’entrepreneuriat féminin sans budget, sans financement privés et sans subventions. La réalisation de ce projet n’aura pas été possible sans l’aide de personnes de bonne volonté : L’hôtel monotel m’a offert gracieusement le lieu, l’association des anciens étudiants de la diaspora ont cotisé pour me soutenir et l’agence Butterfly. Cette action a permis la découverte des jeunes femmes de Talent comme Kadio Niang de Solar ecobar et Marieme Sall avec son projet de « Farine enrichie bio » pour lutter contre la malnutrition. Cet événement a été un succès et le premier vers de nouveaux projets : comme la création d’une épicerie sociale et solidaire à PK. Cette épicerie s’est inspirée des restos du cœur, elle avait pour objet de vendre des produits à bas prix à un public plus vulnérables, la promotion de la production locale et enfin la mise à disposition d’une boutique solidaire permettant aux commerçantes d’y exposer leurs produits à la vente. Nous avons également organisé des ateliers de coutures en partenariat avec le collectif des femmes elbeuviennes, le partenariat avec l’association Solidarités actions valeurs Environnement pour la mise en place du projet d’insertion par la couture de 10 femmes dans les quartiers QPV par la confection des produits hygiéniques bio et réutilisables afin de les distribuer aux femmes et aux jeunes filles aux revenus modestes. Nous avons distribué des serviettes hygiéniques aux femmes détenues au centre pénitenciers de Nouakchott en Mauritanie. RENDO a également organisé des ateliers d’initiation en informatique, des ateliers CV et recherche d’emploi et des formations à destination des professionnels de l’action sociale et des bénévoles dispensées par le GRDR. En 2020, j’ai malheureusement fermé l’épicerie solidaire à cause d’une mauvaise gestion et de manque de moyens financiers. Par la même occasion j’ai décidé de dissoudre RENDO en tant qu’association. Vous savez pendant plusieurs années j’ai dénoncé et condamné la personnalisation des associations ou des mouvements. On constate en Mauritanie des associations ou mouvements politiques qui sont dirigés par des président.e.s à vie, aucune alternance ni aucun renouvellement. Lorsqu’on parlait de Rendo, on pensait automatiquement à ma personne, alors qu’une équipe était aussi derrière le succès de nos évènements. J’ai fini par devenir les personnes que je critiquais et je suis tombée dans le piège tendu par l’environnement mauritanien. D’autres parts, il est difficile de gérer une association ou une entreprise lorsque vous êtes une militante de l’opposition. Lorsque vos ennemis voudront vous atteindre e ils passeront par votre structure, d’ailleurs c’est ce qui m’est arrivé. Rendo n’a jamais bénéficié de subventions publiques mauritaniennes et pourtant j’ai fait l’objet d’accusations de la part de personnes malveillantes ou pro Actuel président Ould Gazouani, que Rendo aurait reçu des financements pour critiquer le président actuel. N’ayant jamais rencontré l’ancien Président Ould Abdel Aziz ni le Président actuel, ces accusations étaient d’une lâche offense à notre réputation. Le monde associatif reste pour moi pire que le monde de l’entreprise car nous faisons souvent face à des individus qui ont des ambitions cachées soit politiques ou financières. Pour le moment RENDO est en sommeil, je me recentre et concentre sur la gestion de mes projets personnels et professionnels.
● Question 3 : De par votre expérience, quels sont vos constats et analyses sur les diasporas mauritaniennes en France et leurs activités associatives et professionnelles ? Atouts et manquements à combler ?
SK : La Diaspora crée souvent des espaces de réflexion, de pression de l’extérieur et de débats tels que les conférences mais aussi des actions de contestation comme les manifestations devant les instances dirigeantes (ambassades, services consulaires). Cependant malgré le fait que la diaspora Mauritanienne soit organisée en association ou en mouvements politiques, elle reste néanmoins dispersée, désorganisée et peu solidaire. La diaspora mauritanienne a joué et continue de jouer un rôle important dans les efforts du développement en Mauritanie. On associe souvent la diaspora à une mission uniquement économique à travers le transfert d’argent à leurs familles, mais elle est également à l’origine de transfert de compétences, ainsi qu’à des innovations sociales et culturelles importantes. Elle essaie de s’impliquer à distance dans les initiatives locales, en politique malgré l’instabilité politique. Mais peut-on dire que la diaspora Mauritanienne est unie ? Ma réponse est non. Nous sommes non seulement disséminés mais la confiance au sein même de nos organisations est aux abonnés absents. Les associations et mouvements politique s’essoufflent, souvent dirigés par nos ainés ou des personnalités qui s’estiment avoir plus de légitimité d’agir que d’autres ou que la jeunesse du fait de leur histoire ou de leur vécu. Cet état de fait crée une stagnation voire une disparition de ces mouvements. Nous faisons face également à une répétition des actions, pas de renouveau, pas d’innovations et pas d’actions conséquentes ni pérennes. Nous sommes tous conscients que la solution aux difficultés que rencontrent les mauritaniens ne viendra pas de l’Etat mauritanien, pour y remédier nos seuls moyens de pression sont les contestations par les manifestations, les articles de presses, les tweets sur les réseaux sociaux. Mais le constat est général, toutes ces actions ont à long terme aucun effet sur les problématiques que nous rencontrons. Nous ne disposons pas de fonds propres de financement des initiatives de la diaspora, de plateforme commune de réflexions, d’actions sociales et concrètes à destination de nos localités et villages respectifs. La diaspora doit se réorganiser et se rendre compte de la situation grave dans laquelle nous vivons. Nous devons avoir davantage une conscience politique et citoyenne.
● Question 4 : quelles analyses faites-vous de la situation politique mauritanienne actuelle notamment après l’épisode mouvementé de l’élection présidentielle du 29 juin dernier ?
SK : Il y a une grande déception vis-à-vis de l’état mais aussi du camp de l’opposition mauritanienne. Pendant des décennies l’opposition mauritanienne est tombée dans le piège tendu par le système mauritanien. J’aimerais mettre en évidence plusieurs éléments : Les responsables politiques des mouvements étaient conscients que les élections du 29 juin ne respectaient pas le jeu de la démocratie. Certains membres de la diaspora se sont vus privés du droit de vote en raison de l’absence des bureaux de vote dans leurs pays de résidence. Des personnes se sont déplacées au bureau de vote et se sont vues refuser de voter car d’autres personnes auraient voté à leurs places. Pourtant l’opposition était consciente de cela avant même de participer à cette mascarade électorale. Nous avons également vu des « leaders politiques » abandonner leurs partis et mouvements respectifs pour soutenir des candidats soi-disant de l’opposition mais qui avaient des ambitions à peine cachées à la solde du système mauritanien et dont le rôle n’était ni plus ni moins que de disperser les voies de la véritable opposition. D’ailleurs leurs comportements après l’élection ont donné raison aux rumeurs car certains n’ont pas hésité à s’aligner expressément vers le Président sortant réélu. Mais l’élément le plus marquant reste ces graves incidents post-électoraux. Certains membres de l’opposition ont joué la carte de la manipulation politique en contestant les élections sans apporter aucune preuve mais surtout aucune action concrète de contestation n’a été mise en œuvre Des individus irresponsables ont appelé des jeunes à manifester et contester les résultats. Les conséquences de ces actions ont causé la mort des jeunes innocents, tués par des policiers ou des gendarmes. Pour moi ces individus sont tout aussi responsables de la mort de ces jeunes que l’appareil de l’état qui s’est transformé en milice, n’hésitant pas à tirer sur sa propre jeunesse. On ne peut mener une lutte ou des combats par « procuration ». Aujourd’hui ces jeunes sont morts « pour rien », à part demander aux gens de changer leurs photos de profil et faire des débats inutiles sur les réseaux sociaux, aucune action concrète n’est sortie de ces évènements. Nous ne tirons pas des leçons de notre passé. Depuis des décennies des jeunes sont menés à l’abattoir pendant que d’autres « milices du clavier » et perroquets du net continuent de les mener au front à leur place. Ce que je dis ne plaira certes pas, mais j’ai encore la liberté de penser et d’écrire ce que je pense. Quant à l’appareil de l’Etat rien de nouveau à l’horizon, nous faisons face à une continuité de la politique de notre ancien Président. L’ancien président Ould Abel Aziz est actuellement emprisonné pour détournement de biens publics, mais le Président recycle les mêmes individus qui ont travaillé et collaboré avec l’ancien président, où est la logique ? L’appareil de l’Etat est dans la continuité de la politique menée depuis de nombreuses années qui est celle de la manipulation, de l’abrutissement et de l’appauvrissement d’une partie de la population du pays. En 2024 plus de 20000 jeunes mauritaniens ont quitté le pays pour rechercher un avenir meilleur aux USA via le Nicaragua, cet événement démontre de la situation alarmante et d’un avenir sombre de notre pays. Aucune volonté politique d’amélioration des conditions de vie du peuple qui fait face à des difficultés d’accès à l’eau. Ce qui est quand même un minimum vital, à l’accès à l’emploi et à l’accès à une bonne éducation. Nous constatons la baisse du pouvoir d’achat des familles, une recrudescence de la délinquance et de la criminalité et une détérioration continue du système éducatif (moins de 8% d’admis au baccalauréat depuis plusieurs années).
● Question 5 : Ces dernières années, un regain panafricaniste s’est manifesté sur notre continent (L’Afrique), quelles analyses faites-vous d’éventuelles retombées à court et long terme ?
SK : Pendant des décennies l’Afrique a rêvé du panafricanisme sans pouvoir atteindre cette « utopie ». L’idée quasi morte refait surface depuis ces dernières années et redonne à l’Afrique l’espoir d’une unification du continent autour de projets communs. Beaucoup d’intellectuel africains aspirent à une monnaie commune ou d’un passeport africain comme pour faciliter le commerce intra régional et la libre circulation des biens et des personnes. Nous avons déjà des initiatives qui sont nées comme « le passeport cémac » qui a eu pour conséquence la suppression des visas pour 6 états africains. Ou encore la décision de l’État Rwandais de supprimer les visas pour les pays africains et la création de confédération entre différents pays afin de faciliter la réussite individuelle et collective des Etats membres. A long terme toutes ces initiatives vont créer des effets de contagion des autres pays africains qui sont de plus en plus conscients de l’importance de la création d’un Etat fédéral de l’Afrique.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.