● L’esclavage au sein de la communauté soninké en Mauritanie : analyse des résistances et des discriminations internes | Par Dr Mohamed Yahya Ould Ciré (A.H.M.E.).


La communauté soninké, principalement localisée en Mauritanie, au Mali, au Sénégal et en Gambie, est longtemps restée associée à des pratiques esclavagistes profondément enracinées. Loin d’être une simple réminiscence du passé, ces dynamiques sociales et hiérarchiques continuent de façonner la vie de nombreux individus au sein de cette société, perpétuant des discriminations systémiques. Cet article propose une analyse factuelle de l’esclavage au sein de la communauté soninké, en examinant les mécanismes d’oppression et les luttes menées pour la justice sociale, tout en tenant compte du contexte historique et juridique de la Mauritanie.

• Histoire et hiérarchies sociales
L’histoire des Soninké, peuple ancien ayant joué un rôle clé dans l’empire du Ghana, a également été marquée par leur participation aux grandes traites négrières, saharienne et atlantique. Cette implication dans l’esclavage a laissé des traces profondes dans l’organisation sociale, avec une hiérarchisation rigide entre les nobles dits “Horo” (Horé au singulier) et les esclaves, dits “Komo” (Komé au singulier). Ces pratiques, qui se sont poursuivies au fil des siècles, sont encore visibles dans la société contemporaine, où l’appartenance sociale est souvent déterminée par le statut d’esclave ou de noble.

En plus de cette hiérarchisation, les terres fertiles sont traditionnellement aux mains des féodaux. Ces terres, issues de partages coutumiers, sont souvent travaillées par les descendants d’esclaves, qui ne possèdent en général ni droits de propriété, ni sécurité foncière. Les familles féodales, riches de ces exploitations agricoles, continuent à exercer leur influence en refusant la redistribution des terres selon les dispositions légales contemporaines du code foncier mauritanien, notamment les articles 36 à 41 du décret n° 2000-089.

La région Guidimakha en est un exemple comme l’a évoqué Koundou Soumaré  : “[Dans le milieu soninké, ces articles qui régissent le domaine foncier mauritanien s’appliquent plus ou moins. Les terres prises par un citoyen lambda pour en faire une maison ne pose pas de problème généralement mais celles occupées pour des cultures sont revendiquées par les anciens propriétaires sous le modèle coutumier dans bien des cas].”[1]

• Défis moraux et religieux
L’esclavage, en particulier dans le contexte des sociétés musulmanes comme celle des Soninké en Mauritanie, pose un défi moral et religieux. Bien que certaines lectures historiques de l’Islam aient toléré l’esclavage, les textes coraniques insistent sur l’importance de libérer les esclaves, faisant de cet acte une forme d’accomplissement spirituel et moral.

Dans le Coran, plusieurs sourates mettent en avant la nécessité de libérer les esclaves, faisant de cet acte une action méritoire et une preuve de piété.

• Textes coraniques sur la libération des esclaves

Sourate Al-Balad (90:12-13) : “Et qu’est-ce qui te fait comprendre ce qu’est la voie difficile ?
C’est de libérer un esclave.”
Ici, la libération de l’esclave est mentionnée comme une action vertueuse, définissant le chemin difficile vers la piété et la justice.

Sourate An-Nour (24:33) : “Et ceux de vos esclaves qui désirent un contrat d’affranchissement, concluez-le avec eux, si vous reconnaissez quelque bien en eux. Et donnez-leur des biens d’Allah qu’Il vous a accordés.”
Ce verset souligne le droit des esclaves à solliciter leur libération par le biais d’un contrat de mukataba. Ce mécanisme permet à l’esclave de négocier avec son maître pour obtenir sa liberté en échange d’une compensation financière ou en remplissant certaines conditions définies dans le contrat. En encourageant les maîtres à affranchir leurs esclaves, surtout ceux qui ont démontré leur valeur ou leur bonne conduite, le Coran établit ainsi une voie vers l’affranchissement.

Sourate Al-Baqara (2:177) : “La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. Mais la bonté pieuse est celle de ceux qui… donnent de leurs biens, malgré l’amour qu’ils en ont, à leurs proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs, et pour libérer les esclaves…”
Ce passage insiste sur le fait que la vraie piété ne réside pas uniquement dans les rituels, mais dans la bienfaisance envers les opprimés, y compris la libération des esclaves. Il souligne ainsi l’importance de l’action sociale en faveur des plus vulnérables.

Dans l’islam, on distingue donc deux formes d’affranchissement. La première est l’affranchissement unilatéral et gracieux, où l’esclave est libéré sans aucune compensation. Or, ces cas sont rares.

La seconde forme est l’affranchissement contractuel ou onéreux, dans lequel l’esclave rachète sa liberté, comme dans le cadre de la mukataba. Il semblerait que, dans la communauté soninké, seule cette dernière forme d’affranchissement soit pratiquée.

• Discriminations systémiques au sein de la communauté soninké
Bien que certains Komo puissent acheter leur liberté, devenant ainsi affranchis, ce nouveau statut ne remet pas en cause la hiérarchie sociale profondément ancrée dans le système des castes de la société soninké.

Les descendants d’esclaves soninké demeurent donc marginalisés. Cet immobilisme social constitue un défi majeur pour les droits de l’homme et l’égalité des chances, et se confronte directement aux principes de dignité humaine prônés par l’Islam et de justice par les conventions internationales relatives aux droits humains, telles que celles de 1948 signées et ratifiées par la Mauritanie.

Malgré les pressions internationales et l’engagement de la Mauritanie, qui a signé et ratifié plusieurs conventions contre l’esclavage — notamment la convention relative à l’esclavage du 25 septembre 1926, entrée en vigueur le 9 juillet 1927, et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et des pratiques analogues à l’esclavage du 7 septembre 1956, en vigueur depuis le 30 avril 1957 [2] — les pratiques discriminatoires persistent au sein des communautés soninké. En ratifiant ces conventions, la Mauritanie s’est engagée à les intégrer dans son droit interne et à en assurer l’application. Pourtant, leur non-respect pourrait théoriquement exposer le pays à des sanctions des Nations Unies. Cependant, bien que celles-ci publient des rapports annuels sur l’esclavage et le racisme, aucune sanction n’a été imposée. Ces discriminations, profondément enracinées dans les structures sociales et culturelles, continuent d’affecter la vie des descendants d’esclaves.

Sur le plan juridique, l’ordonnance 83-127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale stipule dans son article 6 : “Les droits collectifs légitimement acquis sous le régime antérieur, préalablement cantonnés aux terres de culture, bénéficient à tous ceux qui ont, soit participé à la mise en valeur initiale, soit contribué à la pérennité de l’exploitation.” [3] Or, ces textes juridiques sont rarement appliqués dans les villages soninké, où les descendants d’esclaves ne détiennent que très rarement des terres, contrairement aux familles féodales.

Sur le plan économique, l’agriculture est une activité essentielle dans les zones rurales du Guidimakha. Or, les terres arables sont en général possédées par les Horo, renforçant ainsi la dépendance économique des descendants d’esclaves. De plus, ces derniers sont souvent relégués à des tâches subalternes, ce qui les maintient dans un cycle de pauvreté générationnelle.

Sur le plan social, les descendants d’esclaves subissent une marginalisation systémique. Ils sont exclus des mariages mixtes avec les Horo, une pratique qui perpétue la hiérarchie sociale en rendant impossible toute ascension par alliance : “Le pire qui puisse arriver aux gens féodaux, c’est qu’un de leurs se lie par le mariage avec un ancien esclave.” [4] Les contrevenants peuvent s’exposer à des représailles, tant du côté de l’époux ou de l’épouse.

Il en va de même pour les fonctions religieuses où celle d’imam ne peut être occupée par un Komé que s’il est autorisé par l’ordre religieux communautaire. Cela suppose deux conditions. La première, une connaissance plus ou moins approfondie de l’Islam et la seconde, une acceptation de l’ordre social établi au profit des Horo. Ces critères, en maintenant les Komo dans une position subordonnée, perpétuent leur marginalisation dans la hiérarchie sociale et constituent un frein à leur affranchissement réel.

Sur le plan politique, les descendants d’esclaves sont tenus à l’écart des instances de pouvoir. Depuis l’indépendance de la Mauritanie en 1960, aucun n’a accédé à des postes décisionnels ou à des fonctions ministérielles. Par exemple, Boubou Timera a été nommé ministre sous le régime de Ould Taya (entre 1984 et 2005). Toutefois, sous la pression de la féodalité soninké en Mauritanie, il a été rapidement démis de ses fonctions.

En ce qui concerne les structures politiques (partis) et législatives, un Komé peut se porter candidat. Son élection dépend du vote des électeurs. Ainsi, en 2018, M. Coulibaly a été élu député de Diaguilly dans le Guidimakha.

S’agissant de la chefferie des villages, aucun descendant d’esclave (Komé) ne peut accéder à cette fonction. 

Sur le plan psychologique, l’esclavage ne se limite pas aux conditions physiques de servitude ; il engendre également un complexe d’infériorité qui pousse les victimes à accepter leur asservissement : “[Certains membres du groupe sont marqués psychologiquement et n’osent même pas réfléchir sur le système qui les déprécie dans leur dignité humaine.]”. [5]

Certaines de ces victimes se complaisent dans l’asservissement, cherchent à en tirer un profit financier auprès des Horo, et parfois, s’opposent au combat que mènent les associations abolitionnistes.

La dénonciation de l’esclavage et du système de castes par les personnes issues des castes inférieures reste un sujet délicat, tant sur le continent africain qu’en Europe. Les stigmates laissés par des siècles d’oppression et de discrimination créent une atmosphère de peur et de réticence à aborder ces questions. Les séquelles de l’esclavage se manifestent dans les histoires familiales, où les traumatismes et les humiliations vécus par les ancêtres continuent d’affecter les générations suivantes. Cet héritage psychologique engendre un sentiment d’invisibilité et de honte, entravant la capacité à parler ouvertement des injustices passées. De nombreux descendants d’esclaves éprouvent des difficultés à revendiquer leurs droits et à dénoncer les inégalités, craignant des répercussions sociales ou même des violences. Par ailleurs, dans les sociétés où le système de castes demeure profondément enraciné, remettre en question ces structures est souvent perçu comme une menace à l’ordre établi. Cela crée un environnement où le silence et la conformité sont privilégiés, empêchant ainsi toute forme de changement véritable. Les conséquences de cet esclavage psychologique sont multiples : elles alimentent la discrimination, renforcent les stéréotypes et perpétuent les divisions sociales.

Un appel à la solidarité et à la justice
La condamnation de Hanoune OULD OUMAR dit Dicko, bien qu’issue d’une décision judiciaire sur des faits spécifiques que nous ne contestons pas, soulève une question plus profonde : celle de la liberté d’expression et du droit de dénoncer les pratiques d’esclavage et de discrimination. Son engagement et sa tenacité contre l’esclavage trouve ses racines dans l’histoire de sa famille. Sa mère a été victime de l’esclavage haalpular, tandis que son père a subi l’esclavage maure.

La dénonciation des pratiques discriminatoires, comme celles que subissent les descendants d’esclaves soninké, est un acte essentiel dans toute société soucieuse de justice et d’égalité. Le silence imposé autour de ces violations ne fait que prolonger l’injustice.

L’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.), tout en se concentrant sur la lutte contre l’esclavage maure, reconnaît que la libération des esclaves ne peut être segmentée. Pour qu’un véritable changement systémique s’opère, il est crucial de prendre en compte toutes les formes d’esclavage, y compris celles qui subsistent au sein de la communauté soninké. La libération des Haratine et des Komo est indissociable, car nous formons une seule nation. Les discriminations qui perdurent entre ces communautés sont un obstacle à la cohésion nationale.

Une nation ne peut avancer vers la justice et la liberté tant qu’une partie de sa population reste opprimée. Il est primordial de défendre le droit de dénoncer les violations des droits humains car ce droit constitue le socle d’une société équitable et respectueuse de la dignité de tous ses citoyens.

La lutte pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie incombe à l’Etat mauritanien. Bien que le cadre juridique soit relativement complet, l’Etat refuse d’en appliquer les dispositions. Si ces textes étaient effectivement appliqués, l’abolition de l’esclavage deviendrait une réalité tant dans la communauté maure que la communauté négro-mauritanienne. Toutefois, l’Etat mauritanien continue de servir les intérêts de la principale structure féodale, celle des Maures, qui tire avantage de la perpétuation de l’esclavage. Les féodalités secondaires haalpular, soninké, wolof profitent de cette politique pour maintenir leur domination sur les castes inférieures.

Ainsi, les féodalités négro-mauritaniennes sont à la fois dominatrices de leurs castes inférieures, mais victimes elles-mêmes du racisme de l’Etat mauritanien.

La transgression du droit interne et international par la Mauritanie sert essentiellement les intérêts de l’Etat et de la féodalité maure.

L’espoir demeure car sur le plan national, l’Armepes continue de mener le combat contre l’esclavage et le racisme, tandis que sur le plan régional (Mauritanie, Mali, Sénégal, Gambie), il est porté par Ganbanaaxun Fedde.

Le 31 décembre 2024

Mohamed Yahya OULD CIRE
Président de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.)
Site internet : http://www.haratine.com

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– Notes de références :

[1] Koundou Soumaré. 2024. Un bref aperçu sur la question foncière en pays soninke ; le cas du guidimagha mauritanien. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=20974.

[2] Mohamed Yahya OULD CIRE. 2006. L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application. ANRT (Atelier national de Publication des Thèses). Disponible sur https://www.diffusiontheses.fr/51518-these-de-ould-cire-mohamed-yahya.html.

[3] Mauritanie. Ordonnance 83-127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=19881.

[4] Koundou Soumaré. 2024. Contribution : La fierté » Soninkaxu » en questions. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=20972#more-20972.

[5] Ibid.

● Lien média https://haratine.com/Site/?p=21142

● Le héros est un libérateur : les pionniers du mouvement Ganbanaxu fedde sont des héros. | Par M. Seyré SIDIBE [OndeInfo]

Par ces temps qui courent où l’on parle de héros :  les Tirailleurs Sénégalais héros ou traîtres à la nation africaine, il me plaît de désigner les précurseurs du mouvement Soninké de lutte contre l’esclavage statutaire ou par ascendance de héros.

En effet, un héros est un sauveur, un libérateur qui défend une cause juste pour faire triompher la vérité, pour rétablir la justice en préservant les plus faibles de la cruauté et l’arrogance des plus forts. Cela dit, le héros est porteur d’un projet qui est souvent contraire aux intérêts des tenants de l’ordre établi, celui de l’establishment.  Il est conscient des dangers, des complots, des cabales, des risques et des embûches à contourner, à surmonter, et auxquels il s’expose au péril de sa vie mais déterminé à mettre tout en œuvre pour défendre son projet, pour que triomphe ses idées. 

Bien évidemment, il s’expose à la furie de tous ceux qui s’opposent au changement, aux forces visibles et invisibles. Mais il reste de marbre, intrépide, courageux et droit dans ses bottes.

C’est en cela, qu’en cette année 2024 finissant, je désigne les initiateurs du Ganbanaxu fedde, le mouvement d’émancipation Soninké né, il y a 8 ans, de héros d’une nouvelle société Soninké en gestation. Le mouvement est révolutionnaire par les idées qu’il développe, et par son courage à remettre en cause des acquis sociaux et statutaires.

Jamais, un mouvement Soninké n’a porté et élevé la critique, la satire sociale jusqu’à ce niveau. Que reproche-t-on à ce mouvement ?  Qui ne demande qu’une chose, la fin des privilèges liés à la naissance. Il défend une fraternité Soninké qui ne se limite plus à être locuteur natif d’une même langue mais fondée sur la fin des classes sociales synonymes de barrières et source d’inégalités.

Le mouvement Ganbanaxu fedde, -j’ose affirmer- que certains considèrent de groupe séditieux, contestataire, déstabilisateur voire rebelle parce qu’il a créé un remous social jamais vécu dans l’histoire Soninké. Une société où on ne tolère pas toujours le grand déballage par souci de soigner le paraître, de camoufler, de dissimuler les dissensions, les tares pour servir une pudeur gênante qui fait des victimes en silence. 

Réfléchissez-y-en profondeur !  En libérant la raison des dogmes qui l’enlisent, le mouvement a poussé la réflexion jusqu’à niveau jamais égalé en termes de revendications, de propositions et de mise à nu de sujets jusqu’ici tabou. 

A ce titre, le mouvement Ganbanaxu fedde peut être considéré comme philosophique, politique et social du fait qu’il interpelle chaque Soninké à réfléchir sur les codes de notre société, le contrat communautaire hérité ainsi que sa viabilité même de nos jours des survivances de traditions esclavagistes et féodales dans le rapport intra-social et communautaire Soninké.

La contestation n’est que la partie visible du combat, qui semble hélas cristalliser l’attention de la grande masse qui s’en sert, non sans maladresse et avec peu d’objectivité comme prétexte de rejet, de condamnation et même de diabolisation du mouvement.

Le temps est le meilleur allié des faibles.  Il exige de la patience.

La vérité sera rétablie un jour, les « incompris » seront compris, hommage leur sera rendu. La postérité réhabilitera, je suis certain, un jour sous un soleil nouveau, un soninkara rassemblé et affranchi, les initiateurs du mouvement Ganbanaxu fedde, dans une approche littéraire et philosophique pour écrire et enseigner l’histoire politique et sociale de la société Soninké post-wagadu.

Ce jour-là, le mouvement Ganbanaxu fedde retrouvera ses lettres de noblesse ; et sera considéré à juste titre, mouvement social, politique, intellectuel, mais surtout philosophique Soninké, dont le combat est de donner à chaque Soninké la plénitude de sa dignité, en le considérant comme un membre à part entière, débarrassé de tout étiquetage social.

En somme, le mouvement nous commande de revoir notre façon de juger, de raisonner, de penser, de reconsidérer nos préjugés, notre perception des rapports interpersonnels et intra personnels et nos appréhensions : telle est la portée philosophique des idées du mouvement ; au-delà de la lutte contre l’esclavage par ascendance.

Le bilan du mouvement Ganbanaxu fedde, depuis ses premiers audios dans certains milieux Soninké, est perçu comme une catastrophe, un mouvement de renégats et d’anarchistes.  Loin sans faux !

Le bilan quantitatif ou du moins qualificatif s’oppose au bilan qualitatif. Le dernier est moins bavard, moins visible mais pourtant plus utile. Les plus subtils et futés, forts de leur esprit de discernement, n’ont pas de peine à mesurer l’impact positif du débat soulevé par le mouvement en termes de liberté, d’égalité et de dignité.

Et grâce à ce mouvement, les Soninké ont appris à s’interroger de manière critique, à remettre en cause et à chercher à comprendre la portée, la signification profonde, la vérité cachée voire la symbolique des traditions qu’ils perpétuent de génération en génération, et souvent de manière mécanique lorsqu’elles déshonorent et humilient une partie de cette même société.

Le débat sur l’égalité à la naissance, la gestion du pouvoir politique, la remise en cause de certains « accords sociaux » en contradiction avec la république et la citoyenneté, toute chose qui visent à changer la perception sociale de la dignité et des valeurs sociales : une nouvelle hiérarchie des valeurs basée sur ce que vaut l’individu par lui-même, pour lui-même et non par ce que prétend être son père ou sa famille.

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/le-heros-est-un-liberateur-les-pionniers-du-mouvement-ganbanaxu-fedde-sont-des-heros/

● L’Écrit Osé | Échos en Mauritanie Politique



Lui, c’est l’actuel premier ministre mauritanien, M. Moctar O. Diay. Visiblement l’élan d’un sentiment de changement interne de l’état profond avec sa nomination, s’est relativement amolli. Il subit comme ses prédécesseurs un régime de pouvoirs, de sous-pouvoirs et de contre-pouvoirs qui s’imbriquent et s’inhibitent d’une échelle à une autre. Nous faisons semblant d’ignorer que la substance organique de nos services étatiques est une émanation organisée de ce qui est composé et généré de régalien dans nos différentes communautés. Ainsi dire, nos suprémacismes (ethno-racial et statutaire) collectivement entretenus consciemment et-ou inconsciemment à divers degrés, ne peuvent pas être extirpés du corps social et sociétal par une entreprise politique de basse intensité. Les carences en terme de d’Égalité politique et de Justice sociale sont vécues dans nos intra-communautaires d’abord et la structure étatique centralisée est en gestion perpétuelle d’un statu quo bien pesant. Après 64 ans d’indépendance et quelques décennies d’ouverture dite démocratique, un chef coutumier ou religieux habituellement encarté client et support politique du parti – Etat pèse par ses relations plus qu’un préfet, un magistrat voire même plus qu’un gouverneur dans un territoire administratif donné. L’ordre électoraliste est un amusement pour marquer le temps politique avec la même substance essentielle. La véritable alternance politique adviendra quand on ose défaire et criminaliser les immixtions intégristes et fascistes de nos ordres anciens dans l’arène politique moderne. Une affaire qui n’est pas à l’ordre du jour dans le spectre politique d’une manière générale. Le mutant clientélisme politique est tellement intrusif chez tous les acteurs publics d’une couverture à une autre… une demande de justice sociale et citoyenne vivement revendiquée politiquement à Nouakchott par Sidi ou Amadou, sera combattue et torpillée par ce dernier quand il s’agit d’asseoir la même exigence militante dans sa propre communauté à l’intérieur du pays.

Les volontés existent mais les leviers sont d’une grande faiblesse structurelle…face aux pesanteurs qui freinent.

31 décembre 2024

Heureux nouvel An 2025 à TOUS !

KS pour le BLOG L’Écrit Osé

🔴 Note de lecture | Une contribution critique de M. Cheikh Mohamed DIARRA.

[« Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’Homme, aux droits de l’humanité, à ses devoirs …Inégalité et domination sont inséparables comme égalité et liberté »] Bruno Bernardi
« Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais » Abraham Lincoln
« Mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux » Emiliano Zapata (1910).

Je ne sais pas laquelle de ces citations choisir pour aborder le sujet des inégalités sociales.
Avant tout propos prières aux âmes des personnes décédées, victimes de l’obscurantisme.
Les inégalités existent sous différentes formes parmi lesquelles l’esclavage par ascendance qui est le thème du livre dont je m’en vais commenter.
Le titre est : Les restes féodalo-esclavagistes intra- africains : ce qu’il faut comprendre pour s’en débarrasser ! Le cas soninké.
L’auteur, Koundou SOUMARE, que j’ai connu il y’a plusieurs années déjà sur la toile et rencontré physiquement pour la première fois le 29 juin 2024, jour des élections présidentielles, devant le consulat de la Mauritanie à Paris.
Koundou, militant de première heure pour les causes nobles depuis de nombreuses années. Un combattant contre les inégalités sociales qui gangrènent nos sociétés de façon générale et la société soninké en particulier. Il a toutes les vertus dont tout chaque homme rêverait d’avoir. Humble, courageux, à l’écoute et au service de sa communauté, Koundou est une perle rare. Il mérite tous les hommages.
Concernant son livre, de prime à bord, l’aisance avec lequel il aborde son ouvrage nous montre qu’il n’est ni amateur ni capricieux sur le sujet. En effet, dès la première phrase on se rend compte que l’auteur est non seulement profondément attaché à la cause qu’il défend mais aussi et surtout qu’il maitrise tous les rouages et subterfuges utilisables par la communauté pour asseoir une domination des uns sur les autres.
Dans son livre, il décortique point par point tous les prétextes utilisés aujourd’hui pour légitimer religieusement ou au nom d’un passé révolu cette pratique ignoble et inhumaine qui est l’esclavage.
Je pense que le caractère statutaire, c’est-à-dire la transmission de génération en génération rend encore plus caduque cette organisation sociale. En effet, rien dans ce monde n’est figé, même pas le monde lui-même. De ce fait, que la société impose un statut immuable relève d’une très grande injustice.
Nous conviendrons tous qu’un prisonnier doit au préalable commettre un acte repréhensible qui lui fait perdre sa liberté. Pouvons-nous concevoir qu’un homme ou une femme puisse perdre sa liberté à la naissance sans avoir commis aucun crime ou acte qui conduit à la privation de liberté ? La réponse est très certainement non.
De ce fait, on se rend compte assez facilement du caractère ridicule de nos pratiques d’aujourd’hui.
Comment concevoir que d’autres personnes puissent décider, à ta place, la vie que tu dois vivre avant même ta naissance ? On peut évoquer ici les pratiques dégradantes telles que les injustices à l’égard des femmes dans les sociétés conservatrices, les mutilations génitales, le mariage précoce/forcé et l’esclavage par héritage.

Pour revenir au livre,
J’ai été frappé par l’ouverture d’esprit de l’auteur, à travers les questions soulevées et sa capacité à susciter la curiosité du lecteur pour le pousser à la réflexion.
Il dénonce avec fermeté et rigueur tout en donnant un aperçu sur la société dont il rêve, pour ne pas dire la société dont tout homme sensé rêve.
En somme, dans ce livre Koundou ne soulève pas seulement des problèmes mais ils proposent également des solutions.

Avant de parler de la forme, je voudrais faire un petit commentaire sur la fameuse phrase évoquée par l’auteur et source d’écueils : « Vos méthodes sont mauvaises mais la cause est juste ». Je voudrais juste souligner, en toute objectivité, que ces méthodes critiquées par les détracteurs n’appartiennent pas à Gambanaxu mais plutôt à la société dans laquelle cette organisation est née. Gambanaxu a peut-être permis l’expression et l’exposition au grand jour de certaines méthodes honteuses, témoins de certaines mauvaises valeurs inculquées par la société. De toute ma vie, je n’ai jamais imaginé un soninké éduqué dans le soninkaxu capable de commettre un meurtre, pourtant ce fut le cas à plusieurs reprises notamment les 4 martyrs de Diandiouné (Mali) le 01/09/2020 (Qu’Allah accueille tous les martyrs au paradis).
Allons-nous continuer à faire porter la responsabilité à Gambannaxou ou plutôt sur le manque de valeurs morales dont font preuves très souvent certains réactionnaires ?
Ne serait-ce pas une énième tentative de diabolisation ou de diversion de s’attarder sur les méthodes ? Alors que l’essentiel est ailleurs.
Sur ce point, que ce soit les méthodes d’action ou de réaction, je pense que c’est d’abord une question individuelle liée aux valeurs, au moral, à la piété et à l’éducation reçue qui varient d’un individu à un autre. Ce serait lâche de dédouaner la société de sa responsabilité. En d’autres mots, ces méthodes se trouvent déjà sur place et ont l’air très ancrées chez certaines personnes indépendamment de son camp.
D’ailleurs s’il y’a une chose que je reproche à Gambana ou plutôt certains militants c’est le manque criant de méthodes homogènes et d’actions globales et ciblées surtout en ce qui concerne certaines localités (cf. les sous-organisations locales). Comme s’il n’y avait pas de coordination centrale et que chaque membre serait libre de dire ou de faire comme bon lui semble. En tout cas, c’est mon impression.
Pour conclure ce point, d’aucuns doivent comprendre que Renoncer au Soninkaxu (soninkara) n’est pas nécessairement un tribut à payer pour se sentir libre. On peut bien rester attaché aux bonnes valeurs du soninkaxu et tout en combattant les injustices et inégalités sociales imposées par la hiérarchisation à la naissance (système de castes) ou à l’égard des femmes, entre autres.

Revenons sur le livre,
Dans la forme, pas besoin d’avoir bac+3 pour lire et comprendre ce livre qui est très facile à lire et à la portée de tous. Ce dont on a besoin pour lire ce livre est une infime dose de bonne foi et d’honnêteté et surtout une carence en « hypocrisine », l’hormone de l’hypocrisie (rire).
Quant au style d’écriture, c’est décontracté avec une petite touche d’humour sur un sujet aussi sérieux. J’ai vraiment apprécié cela.

Si on me demande de faire une critique, je dirais d’abord le manque de distinction remarquable, c’est-à-dire parfois les obstacles peuvent se confondre avec les causes et ces derniers avec les conséquences. De plus, un chapitre plus étoffé sur les origines de ces pratiques aurait été la bienvenue. En effet, pour une personne peu ou pas avertie, on peut parfois perdre le fil conducteur.

Pour finir, mon message est :
Dans un monde civilisé, tout combat doit être mené de façon civilisée !
Ne pas s’adonner à l’invective ni à la violence est l’un des plus grands secrets !
La dignité humaine n’a pas de prix !
Le combat continue !!!

Cheikh Mohamed DIARRA
Paris le 25/12/2024

● Mauritanie – Le Grand Entretien du BLOG | En exclusivité avec M. Abdel Kerim CISSÉ, un cadre au Commissariat à la Sécurité Alimentaire (Mauritanie).


La rubrique Le Grand Entretien du BLOG (Le GEB) vous propose l’interview d’un jeune cadre mauritanien originaire de la région du Guidimagha. En la personne de M. Abdel Kerim CISSÉ, cadre professionnel dans le secteur du développement rural, il nous livre ses expériences et réflexions en répondant à nos questions. Nous lui adressons nos fraternels remerciements pour la disponibilité et lui souhaitons une bonne continuation dans ses fonctions.


Ci-après l’intégralité de l’entretien :

● Question 1 : Bonjour Monsieur Cissé, merci d’avoir accepté notre interview, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Abdel Kerim CISSÉ : Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier de m’avoir invité sur votre blog, et c’est avec un réel plaisir que je m’adresse à vous et aux visiteurs du site pour répondre vos questionnaires à la limite de ma modeste connaissance. J’ai une profonde conviction que votre blog sera un trait d’union entre les intellectuels et le grand public. Car j’ai constaté que votre blog est une plateforme libre où chaque intellectuel peut s’y exprimer librement ces points de vue sur tous les domaines sans tabou. Je vous remercie une fois encore pour votre courage et votre engagement. Je m’appelle Abdel Kerim Cissé, du village de Hassi Bagra, qui est attaché administrativement la commune de Arr, la Moughataa de Wompou et la région du Guidimakha. La région du Guidimakha se situe à l’extrême sud de la Mauritanie, sa capitale est Sélibaby.
En effet, concernant mon parcours scolaire, j’ai fait mes études primaires et secondaires au Guidimakha, et le lycée à Nouakchott où j’ai obtenu mon baccalauréat en 2009, série D (scientifique).
Après l’obtention du baccalauréat, j’ai poursuivi mes études supérieures à l’Institut Supérieur d’Enseignement Technologie de Rosso (ISET), promotion de 2013 étant sorti avec licence professionnel en Génie Rural.

● Question 2 : Dans quel domaine particulier évoluez – vous comme professionnel ?

AKC : Suite à l’obtention de mon diplôme professionnel en Génie Rural, j’ai décidé de rester dans mon pays pour mettre en lumière ce que j’ai appris à l’université et participer au développement du secteur agricole de mon pays tout en connaissant davantage la géographie et les différentes cultures en milieu rural de notre pays avant de faire une aventure à l’extérieur pour poursuivre mes études, c’était ça mon objectif principal.
Pour ce faire, depuis 2013 jusqu’à 2016 j’ai travaillé en tant que personnel non permanent au compte du ministère de développement Rural à l’époque, qui est devenu aujourd’hui, Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, pendant ces temps j’ai participé aux travaux des aménagements agricoles réalisés au bord du fleuve Sénégal sur la rive droite.
Et ensuite, j’ai travaillé pour un bureau d’étude et contrôle des travaux pendant deux ans entre 2017 et 2018. Suite au lancement d’un concours de recrutement en décembre 2018, j’ai réussi à m’intégrer au Commissariat à la Sécurité Alimentaire, à la direction de programme de développement en tant que cadre flottant, affecté au Hodh El Gharbi, j’y fait deux ans successifs. En revanche, j’ai rejoint Nouakchott en 2021 pour occuper le poste de chef division de programmation et étude des projets de développement. En tant que cadre du CSA j’ai eu l’occasion de sillonner à travers mes activités presque tout le territoire mauritanien excepté deux région qui sont Zoueiratt et Nouadhibou.

● Question 3 : actuellement, plusieurs villages riverains du fleuve Sénégal sont fortement inondés à cause d’une grande remontée des eaux, savez-vous quelques défaillances techniques l’ont provoquée ? Le barrage de Manantali est régulièrement cité, que sait-on à ce niveau ?

AKC : Je profite de cette occasion pour exprimer ma profonde solidarité envers tous ceux qui ont été touchés par cette inondation suite aux lâchés du barrage hydroélectrique de Manantali qui a causé le débordement du fleuve Sénégal où les inondations sans précédent ont eu lieu à partir du 11 octobre 2024. J’aurais souhaité que le soutien des gouvernements soit à la hauteur de l’attente des populations sinistrées et j’en appelle à la responsabilité de tout un chacun surtout à nos parents de la Diaspora et à toutes les personnes de bonnes volontés pour venir en aide aux sinistrés tout au long de l’année car d’après les experts les impacts d’inondations vont se sentir aux populations vulnérables.
Il faut savoir que les inondations récentes n’ont pas été déclenchées en aucun cas suite aux défaillances techniques liées à la gestion des ouvrages de Manantali. D’après ma modeste connaissance en hydrologie et d’après plusieurs analyses des experts, la raison de cette montée du niveau de l’eau s’explique par ce mois de septembre pluvieux. « Principalement ces crues sont dues à la forte pluviométrie tombée sur les différents affluents qui alimentent en amont et en aval du barrage Manantali dès le mois de juillet jusqu’au début octobre. En résumé l’inondation est provoquée par la combinaison des précipitations enregistrées le long du fleuve Sénégal et en Guinée qui ont engendré le lâcher de réserve du barrage par OMSV suite aux alertes précoces répétitives, depuis le début de mois de Septembres les cotes d’alertes des consignes de sécurité d’ouvrage ont presque été atteints. 
Suite aux communiqués successifs de l’OMVS rendus publiques ; je rejoins ma voix à celle du Professeur Cheikh Mbow, Directeur général du Centre de Suivi Écologique au Sénégal lorsqu’il a dit que : Les autorités auraient pu mieux anticiper ces crues. « L’alerte précoce aurait dû être suivie d’actions immédiates. Nous avions vu venir cette situation. En août et début septembre, les alertes montraient que le fleuve allait déborder, et des plans de contingence et d’intervention auraient dû être mis en place.
Malheureusement les actions préventives n’ont pas eu lieu par nos états malgré les nombreuses alertes communiquées par l’organe gestionnaire dudit barrage. Si les autorités avaient pris au sérieux les alertes de l’OMVS et mis en œuvre de plans préventifs les impacts de cette inondation n’auraient pas atteint à cette ampleur.   
Il est important de dire qu’en matière de gestion de risques de catastrophes et désastres naturels, il n’y a guère place à la fatalité et à l’improvisation. Lorsque survient la catastrophe, il sera trop tard pour préparer les réponses, les réactions et la gestion de crise. Le marathon comme la course de vitesse se préparent en avance, pas le jour de la compétition comme les autorités de nos pays fonts.
Tous les pays, petits et grands, peuvent et doivent anticiper et préparer des plans de réponse aux risques naturels, en particulier du fait des changements climatiques.

● Question 4 : De par votre expérience, quels sont les différents écueils à une véritable émergence d’un développement rural dans nos terroirs ? Notamment dans le cas de la région du Guidimagha…

AKC : Le développement d’une matière générale repose sur plusieurs aspects : historiques, écologique, géographique, géopolitique et socio-culturels . Il faut que tous ces aspects soient réunis pour qu’on puisse étudier le développement d’un territoire local, national et sous-régional.
En aperçu de contexte national : La Mauritanie avant son indépendance en 1960, était un pays dont sur le plan économique, les populations dépendaient majoritairement des activités rurales. Les systèmes de production traditionnelle qui sont principalement, les activités agricoles (agriculture, élevage, sylviculture et pêche) reposaient sur des modes de mise en valeur très primaires et dépendaient entièrement des conditions climatiques (pluviométrie, crue des cours d’eau). Compte tenu du caractère quasi-désertique du pays, les ressources en eau et en terre, en faune, flore et en pâturages sont limitées, ce qui constitue une contrainte majeure au développement de l’agriculture, de la sylviculture et de l’élevage. Les ressources halieutiques dont dispose le pays, malgré leur important potentiel, étaient insuffisamment connues et peu exploitées.
Après l’indépendance la Mauritanie à l’instar des pays colonisés par la France souffre de quatre goulets d’étranglement qui sont :
Les changements climatiques (sécheresse récurrente, inondations, dégradation des terres arables…etc.,)
Les problèmes fonciers (les autorités sont incapables de mettre en place des plans des aménagements territoriaux cohérents et des lois équitables foncières)
L’insuffisance d’investissements dans les secteurs vitaux (agriculture, élevage, infrastructures hydrauliques, routières, santé, et l’éducation)
Le faible accès des petits producteurs au crédit agricole en milieu rural (la lourdeur de procédure d’accès, la cherté de prix et l’inexistence des établissements financiers en milieu rural)
Instabilité politique (coup d’état répétitif, conflits entre les communautés éleveurs et agriculteurs, conflit entre les ethnies ou fractions voire transfrontalier)
Manque de décentralisation et mauvaise gestion de ressources de l’Etat.
Ces obstacles et d’autres qui ne peuvent pas être cités ici créent une situation paradoxale : 60 à 70% de la population active sur le continent travaille dans le secteur agricole mais c’est sur le même continent qu’on parle de la sous-nutrition, de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire. 
En ce qui concerne la Région du Guidimakha
Le Guidimakha est l’une des willayas les plus pauvres en Mauritanie avec plus de 62,7% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté et plus de 13,56% vivant sous le seuil d’extrême pauvreté selon (L’Enquête Permanente sur les Conditions de Vie des ménages en Mauritanie EPCV). Ce seuil est fixé à 94 637 Ouguiya/mois/an (UM) pour la pauvreté et 70 401 UM pour l’extrême pauvreté. Pourtant, les conditions climatiques permettent au Guidimakha d’être la région agricole par excellence mais paradoxalement il est identifié par différents enquêteurs nationaux et experts internationaux qu’il est la région la plus pauvre en Mauritanie.
L’une des activités essentielles de la région est l’agriculture et cette dernière combine des systèmes pluviaux à des systèmes de décrue, dans les dépressions et les terrains inondables (vallée du fleuve Sénégal essentiellement). Cependant, les cultures pluviales (Diéri) ont connu une diminution progressive en raison des effets conjugués de la dégradation des sols, le déficit hydrique, des conflits intra agriculteurs, extra agriculteurs éleveurs et des faibles rendements. Et il important de signaler que les aménagements hydro-agricoles réalisés par l’Etat surtout sur la vallée du fleuve Sénégal, la région du Guidimakha est toujours en derrière position, de milliers d’hectares de terre sont aménagés chaque année dans les autres régions alors que Guidimakha compte moins de mille hectares aménagés par l’état malgré le potentiel de terres arables existant. Il faut rappeler que l’état réalise et réhabilite également chaque année des micros barrages et digues de retenue a vocation agro-pastorale dans les régions de deux hodhs, Adrar et l’assaba tandis que toute la région du Gudimakha compte moins de cinq micro barrages, alors que cette région est la plus pluvieuse du pays j’en passe.
Les résultats de cette situation décevante ont poussé la population du Guidimakha (adultes, jeunes, moins jeunes et récemment jeunes filles et dames) vers l’émigration pour subvenir aux besoins familiaux en terme de nourriture, vêtements, construction des maisons, infrastructures sanitaires, scolaires et hydrauliques car la région du Guidimakha est victime des inégalités politiques de l’état. Et ceux qui n’ont pas des moins pour s’émigrer en Europe, ils vivent avec les achats à crédit, la réduction des rations alimentaires, la substitution de denrées en fonction des prix (céréales locales par le riz ou le blé) voire même la suppression dans les repas des denrées jugés non prioritaires (viande) constituent les principales stratégies de résilience face à l’acuité des problèmes alimentaires.

● Question 5 : concernant l’exode migratoire qui vide nos terroirs de la jeunesse, quel est votre diagnostic sur le phénomène et quelles pistes de sa résolution selon vous ?

AKC : L’exode migratoire a fait l’objet des nombreuses études depuis précolonial ; il y a eu en effet des débats, colloques internationaux souvent controversés entre les dirigeants des pays développés et des pays moins développés chacun rejettent la responsabilité sur l’autre, les débats se clauses en général sans résultats.
Ce qui nous concerne ici est la communauté soninké. Historiquement parlant, la région du Guidimakha est l’une des principales wilayas à forte densité de ressortissants migrants. D’après l’étude sur le terrain, faite par GRDR, les premiers mouvements migratoires de cette wilaya datent de la période d’après-guerre (1ère Guerre Mondiale) et plus exactement dans les années 20 et 30. Ce phénomène migratoire est donc très ancien dans cette région et caractérisé majoritairement par une migration de l’ethnie Soninké. Être migrant reste « un mythe et un phénomène de mode » et très souvent le manque d’éducation et de qualification professionnelle entraîne ces jeunes vers la voie illégale : la clandestinité.
La migration au Guidimakha a pris tellement d’ampleur que la pression sociale provoque des actions suicidaires en embarquant dans des pirogues pour atteindre « l’Eldorado » selon eux. Les motivations de ce départ restent économiques.
Il faut reconnaitre, que l’exode migratoire est l’une des caractéristiques essentielles de l’économie locale en particulier en milieu Soninké. Les revenus de la migration se traduisent par une capacité d’investissement relativement importante : bétail, mosquée, maisons, barrages, prêts pour les coopératives, réhabilitation de certains équipements ou infrastructures. Cette situation est gravée dans la mémoire collective c’est pourquoi il est rare de voir un parent soninké qui est contre l’émigration car pour eux l’immigration est la seule solution efficace qui assure leur sécurité alimentaire après étaient délaissé par leurs pays respectifs (Sénégal, Mali et Mauritanie). Il faut dire que dans ces trois pays ; les soninkés sont parmi de minorités donc il est rare qu’une minorité trouve ses droits dans les pays où les tribalismes, clientélismes et ethnismes dominent.
En effet, la mentalité dominante de communauté soninké est de partir car pour eux est une seule solution même si on sait tous que partir de cette manière est non seulement inquiétant mais aussi a des répercussions négatives sur le plan éducatif, culturel, religieux et politique à long terme.
En ce qui concerne des suggestions pour trouver de résolution de ce phénome qui a mis en retard notre développement et émergence de nos pays.
L’exode migratoire est un défi majeur de pays de tiers monde si vous me permettez d’utiliser ce therme autrement dit les pays du sud, les pays moins avancés plus particulièrement les pays africains. Bien sûr que les pays moins développés cherchent continuellement des solutions face à cette crise en collaborant avec les pays de nord, ils ont mis en place beaucoup des stratégies en long terme, moyen terme et court terme et des plans d’actions mais sans résultats escomptés et la situation devient pire ; les jeunes meurent au quotidien en traversant méditerranéen pour se rejoindre les pays de nord.
Après l’échec des toutes ces stratégies nationales et internationales. Je suis persuadé que seul l’émergence des pays pauvres qui peuvent stopper l’émigration massive des jeunes vers les pays riches. La question, est comment ces pays peuvent émerger rapidement que possible ?
L’émergence accélérée sur le plan économique de la Chine est une leçon importante dont l’Afrique peut l’imiter tout en créant son propre model pour déclencher son économie et développer le continent. A partir de là, une nouvelle dynamique et une puissance économique verra le jour et l’Afrique prendra son destin à main et sera considérer au même titre que les autres continents et pays. Le continent africain a tous les atouts pour se développer : les ressources naturelles abondantes ; l’énergie renouvelable, la terre fertile et une population jeune. 

● Question 6 : Ces dernières années, la communauté soninké traverse différentes frictions sociales à cause de l’esclavage par ascendance et l’ancien système organisationnel, que pensez-vous de la problématique et vos propositions d’une entente possible ?

AKC : Merci encore une fois pour votre engagement dans cette lutte humaine et civique ; je savais que tu vas me poser cette question. Je salue votre courage d’écrire un livre uniquement sur ce sujet intitulé les restes féodalo-esclavagistes intra-africains : ce qu’il faut comprendre pour s’en débarrasser. J’ai eu l’honneur de lire ce livre et je le trouve intéressant.
Il faut noter que les mouvements anti-esclavagistes et pour la liberté, la justice et l’égalité datent très longtemps dans la communauté soninké, cela ne commence pas aujourd’hui. Pourtant depuis des années vers 1900 le temps de colons il y a eu des villages entiers qui ont été fondés par les anti-esclavagistes mais malheureusement personne n’en parle, notre grand malheur nous les africains la majorité n’écrit pas et ne lit pas nos histoires pour en tirer les leçons.
Quant à la situation actuelle de notre communauté est très désolant, au milieu de 21eme siècle l’esclavage par ascendance perdure dans notre société. Et si un groupe des gens engagent de lutter contre cela, ils seront menacés, diabolisés et souvent torturés je trouve que cela inadmissible, inacceptable et inhumain.
Pour trouver une entente, je ne vois pas d’autre solution qu’un dialogue intégral en discutant ensemble sans tabou. Les intellectuels, les penseurs et les savants (ouléma) à leur tour doivent rédiger un document constituant des nouvelles règles sociales en basant sur la charia islamique et des conventions universelles relatives à l’esclavage. Et ce document doit être inclusif et signé par les notables, les notaires et les autorités concernées et il sera une base de restructuration de notre société dans laquelle chacun trouve sa dignité et ses droits de vivre en tant qu’être humain. 

🗓Octobre 2024

• Réalisé par KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● Qui suis-je ? Que dois-je faire de ma vie ? Quel est le sens de ma vie ? Tentative de réflexion. | Dr. Sao Ousmane

« Pensez-y ! Si un jour vous avez besoin d’une main secourable, vous en trouverez une à chaque bout de vos bras. En vieillissant vous vous rendrez compte que vous avez deux mains, l’une pour vous aider vous-même, l’autre pour aider les autres ».  Audrey Hepburn (1929 – 1993).

Qui suis-je ? Que dois-je faire de ma vie ? Quel est le sens de ma vie ?

Les humains se posent ces questions depuis des temps immémoriaux. Chaque génération a besoin d’une nouvelle réponse sur ces questions parce que le monde évolue sans cesse et compte tenu de tout ce que nous savons et ne savons pas …. Quelle est la meilleure réponse que nous puissions donner aujourd’hui ?
Quel genre de réponse attendent les gens ? presque toujours quand on les questionne sur le sens de la vie, ils attendent qu’on leur raconte une histoire. « Homo sapiens » est un « animal » qui aime raconter des histoires, qui pense en récits plutôt qu’en chiffres ou en graphiques, et croit que l’univers lui-même est un récit, avec ses héros, ses méchants, ses conflits et ses solutions, ses apogées et ses dénouements heureux ou malheureux. Quand nous recherchons le sens de la vie, nous voulons une histoire qui nous explique ce qu’il en est de la réalité de la vie et de notre rôle dans cette vie. Ce rôle fait de moi un élément de quelque chose qui me dépasse. Il donne sens à la totalité de mes expériences et de mes choix.
Selon un récit populaire raconté depuis des millénaires à des milliards d’humains inquiets, nous faisons partie d’un cycle qui englobe et relie tous les êtres.
Chaque être a une fonction distincte dans ce cycle, comprendre le sens de la vie signifie alors comprendre cette fonction unique. Tout le monde veut vivre une vie heureuse, et bien que la définition du succès et la mesure du bonheur soient différentes pour chacun, certaines qualités fondamentales d’une vie heureuse semblent universelles à la plupart des gens. Des études ont montré que le moment où vous avez commencé votre vie n’a pas d’importance car la manière consciente dont vous vivez votre vie en tant qu’adulte déterminera davantage votre bonheur global tout au long de votre vie que votre situation financière ou même votre bonheur à un âge précoce. Par conséquent, apprendre à vivre une vie meilleure et à se sentir plus positif à l’égard du monde qui vous entoure peut vous aider à vivre une vie heureuse et pleine de sens.
Mener une vie heureuse, c’est remplir cette fonction d’être humain capable de rendre heureux tout en se disant que le bonheur est une quête profondément personnelle, complexe et universelle. Il représente une satisfaction générale face à la vie et à la direction que nous prenons, nourrie par la conviction que notre existence est bonne, significative et utile. Contrairement à l’idée d’un état permanent de plénitude exempt de toute souffrance ou défi, le bonheur est vu comme un équilibre dynamique entre les joies et les peines de la vie. Il s’agit d’une représentation globale de notre vie, influencée par notre capacité à apprécier les moments positifs, à gérer et réguler nos émotions désagréables, et à entretenir des relations saines. Il est essentiel de se rappeler que le véritable enrichissement d’une relation ne réside pas seulement dans l’apparence, mais dans la connexion des cœurs. Les personnes qui possèdent des qualités comme l’empathie, l’honnêteté et la profondeur émotionnelle apportent souvent le plus de joie et de soutien dans nos vies. En cherchant à connaître l’autre au-delà de son apparence, nous découvrons des trésors insoupçonnés qui nourrissent l’âme et favorisent des liens durables.
Oui c’est ainsi que la vie continue de génération en génération, tout est lié, chacun dépend de tous les autres, qu’une infime partie de nous n’accomplisse pas sa vocation et c’est tout le cercle de vie qui risque de se défaire. « Se dire qu’un cercle ne l’est que lorsque le début de ce cercle et la fin de celui-ci coïncident ».  Ce tracé (cercle) pour être perceptible par nos sens et reconnu par notre cerveau doit présenter un contraste de ton par rapport au plan. Ce cercle délimite un intérieur et un extérieur : l’intérieur est connaissable, l’extérieur est inconnaissable.
Mais qu’est-ce donc que cette circonférence qui définit un cercle ? C’est un tracé déterminé en référence à un point central… et j’aurais tendance à penser que ce point n’est autre que le centre de moi-même, mon vrai moi… Il est vrai que la vérité se trouve au centre du cercle, l’endroit où toute raison doit se trouver, pour chercher la connaissance.
Selon le récit musulman par exemple, « au commencement ALLAH Le Tout Puissant a créé l’univers et édicté ses lois. Puis, IL révèle celles-ci aux hommes dans le Coran. Hélas, des ignorants et des méchants se sont rebellés contre ses lois et ont essayé d’enfreindre et de cacher ces lois. Il appartient alors aux musulmans vertueux et loyaux, et de les défendre et de les faire connaitre. Finalement, au jour du jugement, ALLAH Le Tout Puissant jugera la conduite de chacun, IL récompensera les justes par une félicité éternelle au paradis et précipitera les méchants dans le feu de l’enfer ».
Ce grand récit implique que mon rôle modeste, mais important dans la vie, est de suivre les recommandations de ALLAH, de faire connaitre ses lois et de les appliquer tant que possible et de m’assurer que ses vœux soient exaucés.
Mais en vérité, tout au long de l’histoire, des milliards de gens ont cru que pour que leur vie eut un sens, il n’était pas nécessaire d’être absorbé dans une Nation ou un grand mouvement idéologique, il leur suffisait de laisser « quelque chose derrière eux », s’assurant ainsi que leur histoire personnelle se poursuivrait après leur mort. Dans l’Idéal, le quelque chose que je laisse est mon âme ou mon essence personnelle. Si après la mort de mon corps présent, je renais dans un nouveau corps, la mort n’est pas une fin. Elle est simplement l’espace entre deux mondes. Beaucoup ont au moins une vague foi dans une théorie de ce genre même s’ils ne la fondent pas sur une théologie spécifique. Ils n’ont que faire d’un dogme élaboré, ils ont juste besoin d’un sentiment rassurant que leur histoire se prolonge par-delà l’horizon de la mort.
Hélas, ce modeste espoir de simplement laisser « quelque chose derrière » est rarement comblé. Les efforts pour laisser un héritage culturel ont rarement plus de succès.
Si nous ne pouvons rien laisser de tangible, ni gêne, ni poème, ni argent, ni, ni et j’en passe, peut-être suffit-il juste de rendre le monde un peu meilleur ? vous pouvez aider quelqu’un, lequel aidera un autre et ainsi contribuerez-vous à l’amélioration générale du monde et serez-vous un petit maillon dans la grande chaine de la bonté. Vous pouvez être le mentor d’un enfant difficile mais brillant qui devenu médecin sauvera des centaines vies, ou aider une vieille dame à traverser la rue et illuminer ainsi une heure de sa vie.
Tout cela ne manque pas de mérite, mais la grande chaine de la bonté ressemble à des réalités qui explorent les profondeurs de la grande chaine d’expériences humaines :
D’où lui vient son sens est loin d’être clair. Un vieil homme auquel on demandait ce qu’il avait appris du sens de la vie ? « Eh bien, j’ai appris que je suis né sur terre pour aider les autres ».
Pour ceux qui ne font pas confiance aux grandes évolutions, aux héritages futurs ou aux épopées collectives en tout genre, l’amour est peut-être l’histoire la plus sûre et la plus parcimonieuse vers laquelle se tourner. Pour autant, si vous demandez le vrai sens de la vie et qu’on vous réponde par un récit, sachez que la réponse est mauvaise. Les détails exacts n’importent pas vraiment car si l’histoire est fausse, c’est tout le monde tel que nous le connaissons qui s’effondre. Les lois, les normes sociales, les institutions économiques et politiques pourraient bien s ’effondrer. La plupart des récits ne tiennent ensemble plutôt que par le poids des événements qui ont eu lieu à plusieurs reprises plutôt par la force de leur fondation.
Des guerres ont été livrées parce qu’un seul mot de cette histoire avait été changé car tout au long de l’histoire, la quasi-totalité des hommes ont cru à plusieurs récits en même temps sans jamais être absolument convaincu de la vérité d’aucun d’entre eux. Cultivons la capacité de voir au-delà des façades. Engageons-nous à bâtir des relations fondées sur la profondeur, le respect et la connexion émotionnelle. En fin de compte, c’est dans le cœur que réside le véritable éclat des relations humaines.

يقولون أن الخير واللطف لا يقدر بثمن.. ….فماذا عن الدناءة والإقصاء للآخرين؟
Dit-on que la bonté et la gentillesse n’ont pas de prix… alors qu’en est-il de la bassesse et de l’exclusion de l’autre ?    
Nous y reviendrons bientôt….

Quelques précisions
Max WEBER : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905)
Peut-on modifier l’homme ? [Article] sem-link Henri Caillavet sem-link Emile Papiernik sem-link
Pierre-André Taguieff sem-link Pr. Tchobroutsky sem-link J. P. Catonné Raison présente Année 1993 105 pp. 43-104
Le conflit entre les générations ? Un mythe dépassé : Par René Levy, sociologue, professeur honoraire de l’Université de Lausanne.
Quel est le sens de ma vie ? Les Éditions du Net SCIENCES HUMAINES  2013

● Rendons-nous HOMMAGE VIVANT | Un cas spécial à l’endroit d’un Grand Monsieur, Gaye Tene Traoré, président sortant de l’association Armepes-France.

📸 Octobre 2021 – Bamako USJP | Par Amadou Niane de KayesInfos

Nos chemins se sont croisés furtivement dans les années 1990 durant nos années Collège-Lycée à Sélibaby, sa ville natale. Une décennie plus tard, nous avons eu quelques échanges par intermittence dans un foyer parisien (20ème arrondissement) où résidaient nos proches respectifs. Et par la suite en région parisienne et dans l’arène 2.0 notamment Facebook, le temps d’un cheminement militant et intellectuel s’ouvre à nous résolument avec respect et saines affinités. J’écrivais une fois, que nos relations sociales et notre large convergence de vues étaient comme inévitablement et naturellement attendues dans notre existence. L’ère fascinante et foncièrement riche en expérience multidimensionnelle d’Armepes-France (et par la suite avec le mouvement Ganbanaaxun Fedde en octobre 2016) (Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles), peut me permettre ce témoignage osé et émouvant à son égard. Initiateur de ce mouvement d’éveil transnational par la création du forum whatsapp GANBANAAXU FEDDE qui a stimulé et – ou boosté plusieurs entités associatives de lutte pour l’égalité sociale et citoyenne principalement en milieux soninkés, Gaye Tene et ses camarades (nous autres connu.es, moins connu.es et anonymes) ont porté vaillamment un militantisme inédit par son ampleur populaire et la vision avant-gardiste pour une vie communautaire à mettre à jour de nos réalités contemporaines. L’ex secrétaire général d’Armepes-France et président durant 8 ans de ladiite association, a su mener ses missions avec dynamisme et responsabilité. Cet engagement a certes subi comme toute initiative disruptive ayant attrait à la demande de changement des mentalités fossilisées (féodalo-esclavagisme) de nombreuses années durant, toutes sortes de procès tant farfelus que fourbes. Fraternellement, je te dis MERCI et BRAVO pour TOUT et paisible continuation dans tes projets futurs. Président un jour, président TOUJOURS !

J’ai l’honneur d’avoir sa plume avisée préfacer mon deuxième livre https://www.amazon.fr/restes-f%C3%A9odalo-esclavagistes-intra-africains-comprendre-d%C3%A9barrasser/dp/B0CLH32P3Y paru en octobre 2023. Ma Top reconnaissance !

Ce 8 décembre 2024, le président Gaye va passer la main à une nouvelle direction exécutive avec l’élection d’un nouveau président. À ce dernier et son équipe, mes vœux de réussite et de dynamisme militant et responsable pour porter encore plus haut nos valeurs et principes.

Par ton frère et camarade KS

5 décembre 2024

● Interview avec Moussa Khairy : « nous avons une équipe compétitive et l’ambition de remporter le titre » | le Quotidien de Nouakchott (Mauritanie)

Président-Fondateur du FC Khaïry (2005), ancien vice- président de la FFRIM, ancien président de la Ligue Régionale de Nouakchott-Ouest, président du FC Tevragh Zeïna, Moussa Khaïry que l’on ne présente plus est avant tout un opérateur économique spécialisé dans la lunetterie.

A côté de son parcours atypique dans la profession, c’est aussi un responsable sportif et mécène.

Il a bien voulu se prêter à nos questions, en nous livrant ses impressions sur les questions de l’heure du football national.

Entretien :

Question : À la faveur d’une pause après la 7ème journée de la SUPER D1, le FC Tevragh Zeïna occupe la troisième place au classement provisoire avec 13 points, derrière Nouakchott King’s (14 points) et à trois longueurs du leader Al Hilal. Quel est votre regard sur cette situation ?

Réponse : Merci pour l’intérêt que vous portez au sport en général et au football en particulier. Concernant votre question, il est encore tôt pour tirer des conclusions sur le classement ou le niveau réel des équipes. Nous n’en sommes qu’à la 7ème journée. Cela dit, le FC Tevragh Zeïna reste fidèle à son statut. Depuis une dizaine d’années, nous sommes régulièrement dans le Top 4, terminant souvent en 2ème ou 3ème place lors des trois dernières saisons. Être dans cette position est déjà un objectif en soi, pour nous. Le championnat est encore long, et beaucoup de choses peuvent se passer. Reposez-moi la question lors de la phase retour, si nous sommes en tête ou non. En attendant, nous restons concentrés et espérons atteindre nos objectifs, Inch’Allah.

Question: Depuis votre dernier titre de champion en 2015-2016, vous courez derrière une nouvelle consécration. Pensez-vous pouvoir reconquérir le titre cette saison ?

Réponse : Il est vrai que, comme beaucoup d’autres clubs, nous avons connu une période sans titre. Cependant, nous avons remporté la Coupe nationale en 2020 et avons aussi représenté la Mauritanie avec honneur sur la scène continentale. Quant à cette saison, nous avons une équipe compétitive et l’ambition de viser le titre. Mais, comme je l’ai mentionné plus tôt, il est encore trop tôt pour prédire le sprint final. Nous espérons confirmer notre potentiel sur le terrain, tout en restant conscients des aléas du football.

Question : Les Mourabitounes ont été éliminés de la CAN 2025 malgré leur victoire contre le Cap-Vert. Quel est votre sentiment sur leur parcours et quelles leçons en tirez-vous ?

Réponse : Comme tout Mauritanien, j’ai été déçu par cette élimination. Cependant, il est important de rappeler que la Mauritanie a participé à trois CAN consécutives avant cette édition. Je pense qu’il est temps de renforcer nos clubs locaux et d’en faire une base solide pour l’équipe nationale. Les exemples du Soudan ou du Sénégal montrent que des équipes nationales compétitives s’appuient sur des championnats locaux solides. Cela nécessitera des investissements en infrastructures, en formation, et un engagement accru de l’État envers les clubs de l’élite.

Question : Malgré cette élimination, les Mourabitounes restent engagés dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2026 et le CHAN 2024, quelles sont vos attentes ?

Réponse : Les éliminatoires pour la Coupe du Monde 2026 seront extrêmement difficiles, car la Mauritanie est en bas du classement. En revanche, pour le CHAN 2024, face au Mali, nous avons une chance réelle si nous préparons l’équipe sérieusement. Cela nécessite une rigueur tactique, un soutien accru au championnat local, et une discipline mentale sans faille. L’expérience passée nous a montré que nous pouvons surprendre, comme lors du CHAN 2014. Avec une bonne organisation et une préparation adéquate, un exploit est tout à fait envisageable.

Question : Que pensez-vous de la participation des deux clubs Soudanais Al Hilal et Al Merrikh au championnat national ?

Réponse : C’est une opportunité pour les clubs Mauritaniens de se mesurer à des équipes structurées et expérimentées. Cela permettra d’acquérir de l’expérience, même si le fossé entre nos clubs reste important sur les plans financier et logistique. Cependant, l’ajout de ces équipes allonge le calendrier du championnat, ce qui impacte les budgets des clubs. J’espère que la Fédération et l’État tiendront compte de ces défis financiers.

Question: Comment voyez-vous le départ d’Amir Abdou et l’arrivée d’Aritz Lopez Garai à la tête des Mourabitounes ?

Réponse : Le départ d’Amir Abdou est naturel après des contreperformances. À mon avis, son contrat n’aurait pas dû être renouvelé après la CAN Ivoirienne. Quant à Lopez Garai, il a montré des résultats prometteurs, notamment avec le FC Nouadhibou et lors du tournoi COTIF U-20, en Espagne C’est une opportunité de renouvellement et de changement positif pour l’équipe nationale.

Question: Vous jouez la finale de la Coupe du Président dans quelques jours, comment se déroule la préparation ?

Réponse : La préparation suit son cours, en parallèle avec celle du championnat. Une finale est toujours spéciale : elle ne se joue pas, elle se gagne. Nous espérons offrir une belle performance et ramener le trophée au FC Tevragh Zeïna.

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● Note de lecture | Islam en Afrique de l’Ouest, entre ouvertures et couvertures depuis plusieurs siècles.



Cet ouvrage paru en octobre 2024, essaie succinctement de donner une source-ressource historique et sociologique sur l’arrivée timide et l’évolution plus ou moins mouvementée de la dernière Révélation Divine parmi les peuples ouest-africains. L’auteur y effectue un traçage narratif avec une prudence intellectuelle soutenue en remontant sur plus de mille ans dans la frise chronologique du calendrier chrétien. L’histoire de la géopolitique sahara-sahélienne de son pan occidental, y est revisitée en trame de fond. Peuples berbères, berbères arabisés, arabes, soninkés, peulhs, mandingues, sossos, songhaïs, haoussas et bien d’autres ont vu et vécu diverses expressions et transformations sociales, politiques, religieuses et économiques par et autour de l’élément « Islam » arrivé conséquemment du Nord (l’actuel grand maghreb) aux environs courant 8ème…9ème siècle. Au départ, introduite en milieux élitistes chez certains dignitaires regnants du Wagadou (le célèbre empire soninké du Ghana ancien) ou (et) chez des dirigeants Tekrouriens, la religion musulmane constitue aujoud’hui une facette essentielle de l’identité confessionnelle de plusieurs millions d’individus ouest-africains. Par le passé, selon un instructif décryptage de cet ouvrage, différents cheminements de prosélytisme ont alterné d’une zone à une autre selon des réalités socio-politiques en vigueur. Certains empereurs mandingues, songhaïs et d’autres rois ou princes de différentes communautés l’ont adopté comme référent juridique de leur gouvernance politique d’une période à une autre. Une mention fournie a été faite concernant l’arrivée et le développement des ordres confrériques soufis (Qadriyya, Tijaniyya et Sanûsiya) dans un environnement social déjà nominalement ou profondément islamisé. L’activisme réformateur voire révolutionnaire a été enclenché courant 18ème – 19ème siècle, avec comme carburant idéologique, l’islam à revivifier ou l’imposition pour certains d’un hégémonisme politique aux relents clairement ethnicistes et communautaires.

Il y est rapporté que lors de l’apogée de l’empire songhaï, un neveu du chérif al-‘Abbâs (de la Mecque) s’est installé à Toumbouctou et y épousa des femmes noires. Et, un clan de descendants noirs du Prophète (psl) y était institué. Ce qui peut expliquer peut-être aujourd’hui certaines prétentions d’ascendance chérifiennes dans la sous-région.

L’ouvrage n’oublie pas en filigrane de noter le froissement intellectuel et culturel occasionné par un vif attrait pour l’activité éducative et instructive de haut niveau autour des sciences islamiques.

Lors de la colonisation européenne, les rapports peuvent se résumer plus ou moins entre conflictualités, compositions et exploitations mutuelles des uns et des autres en fonction des circonstances et des intérêts politico-confessionnels en jeu.

Un livre peu volumineux mais très utile pour acquérir et affiner quelques données historiques essentielles d’une longue et dense période de l’avènement de l’islam et son évolution dans notre zone.

À recommander !

● KS pour le BLOG

● Mauritanie : 15e édition des Traversées Mauritanides | EDITO de Bios Diallo, directeur

Traversées Mauritanides – Écrire, c’est se mettre à nu. Laisser parler son encre, loin de ses horizons. S’exposer aux jugements aussi. Mais peu importe, si nous en avons fait le choix. Et cette édition des Traversées Mauritanides tient le fanal.

En 15 ans, de rendez-vous littéraires, nous avons libéré et reconstruit des paroles. Des auteurs ont partagé nos complicités, des lieux accueilli nos récits et confessions. Au nom de la littérature !

Nous avons appris de nos publics, contradicteurs et passionnés. Leurs interpellations sont, pour l’écrivain, une invitation à la profanation d’une pensée. Et une pensée qu’on profane s’enrichit : tout le mal qu’on peut offrir à son auteur.

C’est là le réconfort des Traversées, créant des cadres sans cesse renouvelés. La liberté de nos auteurs est notre signature.

Bios Diallo, Directeur

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