● Déconstruire le système des castes et la mentalité féodale [TRIBUNE COLLECTIVE]

« Lutter contre les mentalités, ce n’est pas comme lutter contre un mal de tête. » – Abdoulaye Doro Sow

Le système des castes est une organisation totale de la société, profondément ancrée dans l’histoire. Il constitue un frein majeur à la mobilité sociale, enfermant les individus dans des statuts hérités qui définissent leurs droits et opportunités. Il repose sur le mythe de la pureté généalogique et façonne durablement les mentalités à travers des mécanismes d’assignation sociale et de stratification.

Dans un contexte où la culture démocratique peine à s’imposer, ce système devient un outil de pouvoir pour certains. Son maintien leur garantit une position privilégiée qu’ils défendent farouchement, convaincus que leur statut est une question de survie.

Pourtant, il ne s’agit que d’une construction sociale persistante, transmise de génération en génération au point d’apparaître naturelle et immuable. C’est précisément ce qui rend sa remise en question difficile. Derrière cette hiérarchie figée se cache un conditionnement collectif, une mise en scène où chacun joue un rôle prédéfini. Certains justifient cette organisation en la présentant comme une simple division du travail, alors qu’en réalité, elle sert avant tout à préserver des privilèges sociaux.

Un formatage social qui limite l’individu

Dès l’enfance, un conditionnement subtil façonne les comportements et les aspirations. L’éducation met l’accent sur l’obéissance plutôt que sur la réflexion, utilisant la peur et la culpabilisation comme outils de contrôle social. Ce formatage a des conséquences profondes : manque de confiance en soi, dépendance à la validation sociale, difficulté à prendre des initiatives. L’individu apprend à se conformer, à éviter de questionner l’ordre établi, et à confondre respect et soumission.

Ce conditionnement ne se limite pas à l’individu, il structure la société tout entière. En figeant les rôles sociaux, il empêche l’émergence d’une véritable culture citoyenne, où chaque personne serait reconnue pour ses compétences et non pour son ascendance.

Ces hiérarchies, héritées du féodalisme et de la tradition, continuent de peser lourdement sur les individus. Qu’il s’agisse de castes, d’ethnies ou de classes sociales, elles fonctionnent toutes selon la même logique : diviser, figer, assigner et instaurer des barrières invisibles.

Le cas de la société sooninké

Chez les Sooninké, cette stratification est particulièrement marquée. Elle repose sur l’appartenance héréditaire et l’endogamie (mariage au sein du même groupe), renforçant ainsi les distinctions sociales. Cette société est organisée en trois grandes catégories :

      •     Les Hooro (nobles et hommes libres) : Ils comprennent les Tunkalemmu (princes fondateurs de villages), les Mangu (courtisans et guerriers) et les Modylemmu (guides religieux et imams).

      •     Les Naxamala (hommes de caste) : Artisans spécialisés, ils regroupent les Tago (forgerons), Sako (travailleurs du bois), Jaaro (griots) et Garanko (cordonniers).

      •     Les Komo (captifs et esclaves affranchis) : Historiquement, ce groupe était constitué d’esclaves et de leurs descendants. Bien que l’esclavage ait été aboli, des discriminations persistent et ces individus restent marginalisés.

Ce système ne se limite pas à une classification sociale ; il dicte les destins individuels. Comme le disait l’anthropologue Claude Meillassoux : « Une fois esclave, toujours esclave. » L’ordre social paraît si naturel qu’il est rarement remis en question.

Un modèle similaire chez les Halpulaaren (Peuls)

Comme chez les Sooninké, la société Halpulaaren est organisée selon une structure hiérarchique stricte, où chaque caste correspond à un rôle spécifique :

      •     Les castes d’autorité :

      •     Toorobbe (dirigeants religieux et politiques).

      •     Sebbe (anciens guerriers devenus propriétaires terriens).

      •     Jaawambe (conseillers des Toorobbe).

      •     Les travailleurs manuels, spécialisés selon leur matériau de travail :

      •     Maabube (tisserands), Waylibe (orfèvres et forgerons), Sakkeebe (peaussiers), Lawbe (boisseliers), Buurnaabe (céramistes), Awlube (griots), Wambaabe (guitaristes).

      •     Les Maccube (esclaves et serviteurs), au bas de la hiérarchie sociale.

D’autres groupes, comme les Wolof ou les Beidane (Arabo-Berbères), fonctionnent selon des logiques similaires. Ces hiérarchies sont si profondément intégrées qu’elles deviennent invisibles aux yeux de ceux qui les subissent. Pourtant, ce n’est pas parce qu’un système a toujours existé qu’il est légitime.

Un frein au progrès social et à la culture citoyenne

En enfermant les individus dans des statuts prédéfinis, ce système entrave la mobilité sociale et limite l’épanouissement personnel. Il réduit les opportunités, perpétue un climat de résignation, et freine l’éducation, l’initiative et l’engagement citoyen.

Or, aucune société ne peut évoluer sans citoyens libres de penser et d’agir en fonction de leurs talents et aspirations, plutôt que de leur naissance.

Déconstruire ces hiérarchies pour une société plus juste

Remettre en question ces structures hiérarchiques profondément ancrées, c’est permettre l’émergence d’une société plus équitable, où chaque individu pourrait exercer pleinement son rôle de citoyen.

Le parallèle avec la mentalité féodale est évident. Comme le système des castes, cette mentalité repose sur un conditionnement social qui limite l’autonomie et bride l’imaginaire. Elle produit des individus hésitants, en quête de validation, enfermés dans un système invisible qui détermine leur place et leurs ambitions.

Mais qu’est-ce qui justifie réellement cette stratification ? Rien d’objectif. Rien qui ne résiste à l’analyse historique, à la raison et au bon sens. Ce système repose sur des récits hérités du passé, des habitudes profondément enracinées dans l’inconscient collectif. Il ne tient que tant qu’on le considère comme une fatalité.

Or, l’histoire est pleine d’exemples de sociétés qui ont su déconstruire leurs hiérarchies oppressives et s’émanciper.

Alors, pourquoi pas nous ?

Les pistes pour un changement réel

      1.    Prendre conscience des mécanismes invisibles qui perpétuent ces inégalités.

      2.    Refuser de cautionner et de reproduire ces schémas en cessant d’assigner les individus à des catégories arbitraires.

      3.    Miser sur l’éducation et l’esprit critique pour déconstruire les préjugés et briser ces hiérarchies obsolètes.

En définitive, une citoyenneté pleine et entière en Mauritanie et dans la sous-région nécessite de dépasser ces assignations et de reconnaître la valeur intrinsèque de chaque individu.

La liberté ne s’hérite pas, elle se conquiert. Il ne suffit pas d’attendre que le monde change. Il faut œuvrer pour le changement.

Signataires :

Boulaye Diakité, socio-anthropologue

Mamoudou Baidy Gaye dit Alia, journaliste

Souleymane Sidibé, militant associatif

• Lien média https://www.cridem.org/C_Info.php?article=781518&fbclid=IwY2xjawIxte5leHRuA2FlbQIxMQABHWWjYRcQZaeIa-uElZVbRo4xG-GcaCZNBto6JuJLggiWaQ66zVqeSCpJzw_aem_PEr2Je9ltucj7yc7nNgCCg

● Faire véritablement Nation ou Communauté ensemble est une affaire dépassant de laconiques vœux pieux, il faut AGIR en BIEN pour !

~Le cas du Pakistan et du Bangladesh

Par le visionnage d’un documentaire succinctement bien fourni de la chaîne TV Arte https://www.arte.tv/fr/videos/120874-001-A/bangladesh-la-naissance-dans-le-sang-1-2/?utm_source=android&utm_medium=share&utm_campaign=120874-001-A, on y apprend comment la commune religion partagée majoritairement entre les 2 peuples n’a pas pu éviter une terrible guerre civile suivie d’une douloureuse séparation. Cet affrontement que d’aucuns qualifient d’une guerre génocidaire en 1971 aurait provoqué plusieurs millions de morts et de déplacés. Le pays en 1947 est établi à la base d’une division de l’ancienne possession britannique du sous continent indien. Ainsi, l’ensemble majoritaire hindou est devenu l’Inde et l’ensemble majoritaire musulman fait le Pakistan. Ce dernier est territorialement séparé par l’Inde (d’environ 1600 km), donnant le Pakistan occidental et le Pakistan oriental (le futur Bangladesh en 1971). Dès la création du Pakistan, la partie occidentale tenait l’ascendant politique sur la partie orientale. À travers de relents ethno-raciaux, Mohammad Ali Jinnah (le top dirigeant du pays naissant) et ses idéologues cultivaient ouvertement un hégémonisme social et  politique contre la partie orientale. En avril 1948, il s’exprimait ainsi : « l’ourdou et seulement l’ourdou restera la langue officielle du Pakistan ». L’ourdou, la langue du côté occidental, est imposé comme la langue officielle en ignorant le Bengali majoritairement parlé du côté oriental. Dans son propos du documentaire, M. Ali Jinnah menaçait en substance que celui qui est contre cette officialité linguistique exclusive de l’ourdou, est l’ennemi du Pakistan. Le ton véhément et méprisant est ainsi lancé pour un écrasement politique, social et culturel accablant la partie orientale par le côté occidental. Ce dernier concentrant l’essentiel du pouvoir par la suite sous une dictature militaire de Yahya Khan. Lors des élections tenues dans le pays debut décembre 1970, le parti d’un leader bengali M. Mujibur Rahman, rafle la majorité absolue du côté oriental et les suprémacistes du côté occidental n’entendaient pas lui laisser l’éventualité de devenir premier ministre. Les bengalis ont engagé et amplifié des protestations populaires contre la décision du dirigeant militaire Yahya Khan qui a suspendu le processus parlementaire. La cassure devenant fatalement inévitable, l’armée et ses suppletifs à la solde de la politique répressive du côté occidental, ont choisi la violence brute contre les bengalis déterminés à recouvrer leur liberté et obtenir l’indépendance de leur pays pour de bon. La machine répressive s’est affolée terriblement contre les indépendantistes devenus combattants déterminés à se libérer du joug méprisant du pouvoir occidental. Certaines pratiques de l’armée sont d’ailleurs logées schématiquement dans les critères génocidaires. Tueries de masse, disparitions forcées, traques et éliminations systémiques visant l’élite politique et intellectuelle bengale. À noter que les forces indépendantistes ont bénéficié durant le conflit devenu une guerre de libération, de l’aide humanitaire, logistique et militaire de l’Inde voisine. Le pays devient indépendant le 16 décembre 1971 sous le nom Bangladesh se détachant du Pakistan occidental contraint d’accepter la séparation.

Les idéologies suprémacistes qu’elles soient de colorations raciales, ethno-raciales, communautaires ou statutaires ne feront jamais un socle valablement structurant d’où peut émaner une Nation ou une Communauté stable et forte ni socialement, ni politiquement, ni économiquement, encore moins intellectuellement. Seule la commune dignité humaine par la prise en compte rigoureuse de nos diversités peut constituer une anse ferme de l’unité et du vivre-ensemble. Et ce n’est pas une option bancale par du verbal mais une nécessité absolue par des actes louables pour Construire et Sauvegarder une Nation ou une Communauté sur de solides et pérennes piliers civilisationnels.

27 février 2025

KS pour le BLOG

📸 le leader indépendantiste bengali Mujibur Rahman.

● Les FLAM et nous ! | Par M. Souleymane SIDIBÉ

Je vois certains anciens propagandistes évoquer les FLAM, ce mouvement qui, jadis, avait un modus operandi désormais révolu. Ces FLAM, Forces de Libération Africaines de Mauritanie, ne sont plus qu’un spectre du passé. Aujourd’hui, ce mouvement n’a plus d’influence, mais il continue d’être invoqué par ceux qui cherchent à raviver les tensions d’antan. Je ne suis ni partisan ni défenseur de ce mouvement ; je n’adhère ni à son discours, ni à son parcours. Mon intention n’est pas de ranimer des querelles, mais de rappeler quelques vérités souvent ignorées.

Le véritable problème aujourd’hui ne réside pas dans les FLAM. Ce mouvement n’a jamais été assez conséquent pour influer sur le cours de l’histoire mauritanienne de manière durable. Un mouvement politique véritable, pour être efficace, doit d’abord bâtir une base solide et agir dans le cadre des réalités politiques. Or, les FLAM ont disparu, se sont dissoutes, comme du sucre dans l’eau, ou comme une boule de neige qui fond sous le soleil. Aujourd’hui, les FLAM n’existent plus, mais il est étrange de voir certains idéologues du passé tenter de réémerger en leur nom pour attribuer les maux de notre société à ce mouvement disparu. Ces tentatives d’exploiter leur nom pour distraire l’opinion publique, particulièrement de la part de ceux qui, à l’instar de Taya, cherchant à attribuer à ce mouvement les malheurs, les injustices et les atrocités qu’a subis notre pays sont désuètes.

Pour moi, cette manœuvre n’est qu’une diversion. Ce n’est pas le passé qui doit occuper notre attention, mais bien l’avenir. Toute personne véritablement engagée dans la lutte pour un avenir meilleur devrait d’abord se débarrasser de ses préjugés hérités, comme l’a souligné notre premier président, Moktar ould Daddah. Les FLAM, eux, n’ont jamais su se défaire de leurs propres préjugés. Ils n’ont jamais mené de véritable combat contre la féodalité au sein de la communauté négro-mauritanienne. Un mouvement qui refuse de se confronter à ses démons internes, qui ne fait pas son propre examen de conscience, ne mérite aucune compassion ni aucune attention.

Pour ce qui est de l’arabisation, nous ne sommes pas contre l’arabe, mais c’est l’arabe comme gagne-pain pour certains et comme langue sans avenir pour d’autres -pas de pain- qui pose véritablement problème, comme l’a souligné Murtodo Diop. Ce n’est pas la langue arabe en soi qui est en cause, mais la manière dont elle est instrumentalisée pour exclure une partie de la population de l’accès à des opportunités essentielles.

Souleymane Sidibé

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● Réponse à Ely Ould Sneiba  : L’absurdité raciste dans toute sa splendeur | Par le journaliste M. Souleymane Djigo.

Monsieur Sneiba, votre dernier texte publié aujourd’hui et intitulé “ l’immigration a eu une incidence négative sur notre unité nationale “ est une diarrhée intellectuelle où la haine ethnique se mêle à l’ignorance la plus crasse.

À force de vouloir tordre l’histoire pour la plier à vos fantasmes racistes, vous en arrivez à un niveau d’absurdité qui frôle le grotesque.

Vous prétendez que l’immigration a nui à “l’unité nationale”. Une affirmation aussi vague que fausse.

Qui est responsable de la division en Mauritanie ? Qui a institutionnalisé un système où l’ethnie détermine les droits et devoirs des citoyens ? Qui a perpétré des purges ethniques en 1989, déportant des milliers de Mauritaniens noirs sous prétexte qu’ils étaient “Sénégalais” ? Certainement pas les victimes de ces injustices, mais bien un État raciste, façonné par des idéologues comme vous qui ne savent exister que dans l’exclusion et la domination.

Votre obsession maladive pour les Sénégalais est risible. Alors selon vous, toutes les voix qui contestent l’arabisation forcée et l’exclusion raciale seraient manipulées par des étrangers ? C’est une insulte aux milliers de Mauritaniens noirs qui subissent quotidiennement des discriminations et qui n’ont pas besoin de “Sénégalais” pour comprendre qu’ils sont traités comme des citoyens de seconde zone.

Les FLAM, l’UFP, Ne Touche Pas à Ma Nationalité… Tous ces mouvements seraient donc le fruit d’une conspiration étrangère ? Quelle belle façon de nier la réalité ! Une technique bien connue des régimes oppresseurs : réduire toute contestation à une menace extérieure pour mieux justifier la répression.

La Mauritanie, État arabe” : une insulte à la réalité démographique

Votre conclusion est une perle de cynisme. Vous parlez de “multi-nationalisme”, comme si la diversité ethnique du pays était une anomalie à tolérer sous conditions. Puis, avec une arrogance stupéfiante, vous terminez sur cette absurdité : “Et la Mauritanie, État arabe, dans tout cela ?”.

Permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire :
La Mauritanie n’est pas un État arabe, c’est un État afro-arabe où les populations négro-mauritaniennes ont autant de légitimité que les Maures.

Vouloir faire croire que les négro-mauritaniens sont des immigrés est une imposture historique. Ce sont eux qui occupaient ces terres bien avant l’arrivée des conquérants arabes.

La fuite des jeunes Maures vers l’étranger ne relève pas d’un “complot migratoire” mais de l’échec des politiques économiques du pays, qui poussent toute la jeunesse – quelle que soit son ethnie – à chercher une vie meilleure ailleurs.

Votre proposition d’“ethnies séparées avec leur propre langue et leur part du pouvoir” n’est rien d’autre qu’un apartheid déguisé. Vous proposez un système où les citoyens seraient classés selon leur origine, avec des droits attribués au “prorata de leur poids démographique”. Autrement dit, vous voulez instaurer une hiérarchie raciale dans la gestion du pays.

Mais qui vous a dit que la Mauritanie vous appartient plus qu’aux autres ? Qui vous a donné le droit de distribuer des portions de citoyenneté ? L’unité nationale que vous prétendez défendre ne peut exister que dans l’égalité et la justice, et non dans la domination d’un groupe sur un autre.

Votre texte n’est pas une analyse politique, c’est un pamphlet xénophobe destiné à flatter les instincts les plus bas d’une frange de la population qui refuse de voir la Mauritanie telle qu’elle est réellement : un pays multiracial, multiethnique et multilingue.

Votre problème, Monsieur Sneiba, c’est que vous pensez pouvoir arrêter l’histoire avec vos délires identitaires. M

Mais l’histoire vous a déjà dépassé.

Ce pays n’appartient pas aux racistes, et tôt ou tard, il faudra bien que vous l’acceptiez.

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● Sénégal | Île de Gorée : ces vestiges qui nous parlent tant !

Notre visite pleine d’enseignements dans cet endroit qui abrite des reliques « témoins » vivaces d’un passé horrible (la traite transatlantique), a été fructueuse grâce à l’accompagnement ce frère sénégalais M. Abdou Diop. Guide touristique travaillant pour la municipalité de Gorée, il propose également en toute transparence ses services d’accompagnement personnalisé sur différents sites. Un professionnel consciencieux et connaisseur de la substance historique de cette île très chargée en symboles sur la traite esclavagiste ayant saigné nos zones ouest-africaines, M. Diop est d’une correspondance fiable sur place de par mon expérience avec lui lors cette journée du 22 janvier 2025. Il m’a remis ses coordonnées téléphoniques et je lui avais promis de faire écho de son activité très utile aux visites studieuses. À recommander…bien sûr !

L’expérience est un savoir sûr.

Quelques éléments médias vus sus à Gorée et au monument de la Renaissance Africaine:

• KS pour le BLOG

● Ndieo, dans le Guidimakha : un patrimoine culturel à l’abandon. | Par M. Seyré SIDIBE

Jamais un désintérêt pour le patrimoine n’a atteint un tel niveau. Un paradoxe qui mérite d’être souligné. Un deux poids, deux mesures. Autant, les autorités sont engagées pour la réhabilitation du patrimoine historique et culturel des cités anciennes (Chinguitti, Ouadane, Tichitt et Oualata) à travers l’institutionnalisation du festival annuel des Cités du patrimoine, autant elles ne font rien pour la promotion d’autres patrimoines culturels et historiques non moins importants.

Le patrimoine de Ndiéo, concentré autour de la montagne mythique de ce village Soninké, dans la moughtaa de Ould Yengé, est justement victime de cette politique, qui peine à traiter de manière juste et équitable toutes nos cultures. Alors que le caractère multi-ethnique et multi-raciale de la Mauritanie est bien inscrit dans le marbre de la Constitution de la République Islamique de Mauritanie. 

La montagne de Ndiéo et ses peintures rupestres, ces pierres taillées, ses sépultures qui selon certaines sources, sont les témoignages d’un village appelé autrefois, GANGARA. Tous ces vestiges qu’on ne trouve nulle part, sont des trésors qui surprennent et fascinent plus d’un visiteur.

La source de Ndiéo est également un autre miracle. Elle est révélatrice du poème de Beaudelaire,  » *Correspondance*  » où il dit : _ »La Nature est un temple où de vivants piliers. Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L’homme y passe à travers des forêts de symboles_ ». Le site est féerique, extraordinaire : tout y est symbole, ésotérisme et signification.

Des animaux rares dans cette partie du pays, parmi lesquels des primates, une végétation en voie de disparition cohabitent dans ce lieu de grande curiosité patrimoniale.

Lorsque vous êtes sur le site, vous êtes apostrophé, hélé, interpellé de toute part, par des voix profondes et mystérieuses, suscitant curiosité et admiration. Ce sont des cris de détresse d’un pan de notre patrimoine historique et culturel délaissé, assurément se plaignant de sa condition et du sort qu’on lui a réservé. 

Et pourtant, ce site est une mine de secrets, de vérités et d’histoires inépuisables. Il suffit que les autorités s’y intéressent, décident de le promouvoir pour qu’il nous livre tous ses trésors cachés.

Il n’est jamais trop tard. Les autorités peuvent se ressaisir pour faire connaître le patrimoine de Ndiéo et l’inscrire au patrimoine culturel national. Une reconnaissance symbolique, qui constitue une étape importante dans la réconciliation avec une partie de notre histoire. 

Elles doivent également faire de sorte que historiens, archéologues, chercheurs et universitaires nationaux et étrangers s’intéressent à cette partie de patrimoine ; en accordant des facilités de toutes natures à tous ceux qui s’intéressent à la culture, et en particulier à ce site patrimonial.

Le ministère de la Culture, doit encourager la presse à aller à la découverte du site, en y consacrant toutes sortes de productions journalistiques ; à travers (reportages, interviews, émissions etc.), avec des personnes ressources locales et nationales.

A long terme, il s’agira de sortir Ndiéo de son enclavement pour le relier aux capitales régionales Selibaby et Kiffa par une route goudronnée. Ensuite, œuvrer pour que le tourisme y soit développé en raison de son potentiel touristique extraordinaire. Ce qui ne peut se faire qu’avec une volonté politique réelle des autorités : en effet l’industrie touristique exige de moyens énormes, de la planification et de l’investissement notamment pour réaliser des  infrastructures touristiques et hôtelières.

Par M. Seyré SIDIBE

● Contribution | ️Changer de grille de lecture : de quel côté se trouve la dignité ? | Par M. Seyré SIDIBE


Nous avions souvent abordé, la question de l’esclavage en milieu Soninké, avec beaucoup de sérieux et de passion. On ne pouvait faire autrement !  C’est un impératif moral, et une compassion pour les victimes, tant le sujet est loin d’être léger ou drôle. Cependant, trop de sérieux, n’est pas sérieux.  Et si l’on y mettait un peu d’humour. 

La noblesse « horaxo » devrait être un idéal Soninké, soit une personnalité Soninké achevée et parfaite, l’incarnation de la sagesse de « l’homme Soninké » : un idéal à  éteindre.

La Noblesse, sous ce rapport, est une attitude, un comportement, une exemplarité morale et éthique, spirituelle voire existentielle.

Tous les membres de la communauté peuvent, en théorie, accéder à  la Noblesse, mais à condition d’être éligible. Ainsi, elle cessera d’être héréditaire, transmise par la naissance, une classe fermée et cloisonnée, qui croient être supérieure aux autres; en faisant de la noblesse sa  » propriété privée » .
Un titre donc contestable par son mode d’acquisition, de transmission ; tel un seigneur sans honneur, arrivé au trône par usurpation et sans en avoir le charisme et la prestance.

Ainsi, la Noblesse devient le combat de chaque Soninké (hommes, femmes, jeunes et vieux ) pour y accéder.
La recherche d’une  échelle sociale, jamais acquise définitivement et à vie, conduira certainement à la promotion d’une société plus saine, plus juste où l’excellence est une valeur, un défi de tous les jours.

Dans cette nouvelle architecture, la noblesse sera ouverte à  tous. Mais attention, on peut la perdre comme un permis à points .
En effet, on y prévoit, la déchéance du titre de la Noblesse pour ceux qui poseront des actes répréhensibles et blâmables : elle repose sur l’exemplarité, la probité, mais surtout votre apport à la communauté, à la société.

Dans cette vision, l’Esclave n’est pas un nom de famille, un statut social, un héritage social, soit  une étiquette à  vie et pour toujours. L’esclave est celui qui est nuisible, celui qui est ignorant et  fait montre de bassesse par son comportement etc. On est donc loin du déterminisme social. Rien n’est acquis d’avance et rien n’est perdu d’avance.

Les belles âmes et vertueuses seront les gardiennes du temple de cette nouvelle  noblesse ; une espèce de Panthéon.
Si bien qu’on sera loin du schéma actuel, où certains sont  » déclarés  » appartenir  à la noblesse, alors même qu’ ils ne savent même pas comment s’y prendre. D’autres sont classés  « esclaves » pendant qu’ils excellent en toute chose, et n’ont jamais compris pourquoi la société leur réserve une place aussi déshonorante et abjecte. 

Le meilleur modèle social, c’est celui qui accorde une place de choix à  l’humain. Or, l’humain est indissociable de la dignité. Ainsi, la dignité est un trait intrinsèquement humain, par delà  les origines sociales, géographiques, raciales, tribales, ethniques et linguistiques  etc., elle ne peut être la propriété de quelques « privilégiés ».

Un travail de déconstruction est nécessaire pour expliquer que l’honneur revient à  cet homme qui a été abusé, déshonoré, déshumanisé, vendu et traité comme un bien meuble par son semblable.
Quel honneur, quelle royauté, quelle éminence pour celui qui a esclavagisé son propre « frère » ?  Même les puissances impérialistes, ont aujourd’hui honte des actes  barbares qu’elles ont posés autrefois en Afrique et ailleurs. 

Si la grandeur d’une puissance colonisatrice se mesurait au  nombre de colonies dont elle disposait, donc de populations indigènes et de territoires; de nos jours la puissance est avant tout économique, culturelle,  démocratique, politique, militaire et diplomatique etc.

La grille de lecture a bien changé. La noblesse est du côté de la victime, qui n’a rien fait de mal si ce n’est être faible, pauvre ou vulnérable.
Une situation qui peut arriver à  chacun; si l’on admet que la vie est faite de haut et de bas.

Or, l’indignité caractérise bien les agissements de  celui qui profite de la faiblesse de son » frère » pour l’exploiter psychologiquement, culturellement, économiquement, politiquement, socialement etc. Et plus grave encore, sans aucun remords, il entend perpétuer sa domination par la transmission des « codes »  à  sa « lignée  »  pour que le mal perdure.
Comment s’enorgueillir d’un passé où ses aieux  avaient des esclaves ?
Quandon sait que l’esclavage, même pratiqué sous le manteau de la culture (tradition) n’est pas sans rappeler:  abomination, crime. En effet, il rime avec criauté, brutalité, violence, viol et toutes sortes de tragédies humaines.  

Seyré SIDIBE

● Mali | Abdoulaye Maïga, Premier ministre de l’État confédéré malien. Par Maître Balla Cissé



Le 20 novembre 2024, le secrétaire général de la présidence de la République, Alfousseyni Diawarra, annonce à la télévision lors d’un flash spécial que « le président de la Transition, chef de l’État, vu la Constitution, vu la Charte de la Transition, vu la loi […] du 25 février 2022 portant révision de la Charte de la Transition décrète : […] il est mis fin aux fonctions de Premier ministre et des membres du gouvernement ». Choguel Kokalla Maïga quitte donc la Primature, qu’il occupait depuis le 7 juin 2021. Le nouveau général de division Abdoulaye Maïga lui succède. Il avait déjà porté le titre de Premier ministre, mais de façon éphémère, entre le 21 août et le 5 décembre 2022, pour assurer l’intérim d’une fonction laissée vacante à la suite de problèmes de santé de l’ex-président du M5-RFP. Si la mise à l’écart de cette figure marquante de la junte au moyen d’arguments juridiques discutables profite à la junte en affaiblissant les lois constitutionnelles (I), elle alourdit surtout le poids de la confédération des États du Sahel, augmentant son influence dans la politique malienne (II).

● I. L’affaiblissement des lois constitutionnelles maliennes

Les textes cités par le messager du Président Goïta motivent-ils un changement légal de Premier ministre ? L’utilisation de trois articles issus de trois documents constitutionnels entraîne telle question, car aucun n’est valable sur le plan du droit. En effet, si l’article 57 de la Constitution de la IVe République dispose bien que le « président de la République nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions », celle-ci n’est pas encore applicable, comme l’indique son article 190 : « Jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions, les institutions établies continuent d’exercer leurs fonctions et attributions. » Or, le président de la République n’a toujours pas été élu ! De même, faire appel à l’article 11 de la Charte de Transition (selon lequel « le gouvernement de la Transition est dirigé par un Premier ministre nommé par le président de la Transition ») est tout aussi irrégulier, puisque le régime exceptionnel a théoriquement pris fin le 26 mars 2024, date à laquelle s’est achevée sa prolongation prévue par la loi du 27 février 2022 ! Par parenthèse, ajoutons que nul ne peut imaginer sérieusement que la junte exploite l’article 38 de la Constitution de la IIIe République, cette Constitution à laquelle la Charte se réfère, mais qui a disparu du préambule de la loi fondamentale de 2023 ; elle dispose, certes, que « le président de la République nomme le Premier ministre », mais précise qu’« il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du gouvernement », et Choguel Maïga n’a pas pris congé de lui-même !
Ce raisonnement, les généraux putschistes l’ont sans doute eu, mais il n’est pour eux que détail, car c’est désormais une autre institution qu’ils cherchent à consolider : la Confédération des États du Sahel, dont le Traité a été signé en juillet 2024. Les critiques de Choguel Maïga ont finalement été une heureuse occasion de se débarrasser de lui et de le remplacer par un des leurs, complice de leurs moyens aussi astucieux que peu scrupuleux pour atteindre leur but de rester à la tête du pays. Avec Abdoulaye Maïga, le Premier ministre du Mali n’assure plus le lien entre la population civile et l’armée au pouvoir, mais entre celle-ci et les juntes nigérienne et burkinabè.

● II. La consolidation de la Confédération militaire des États du Sahel

Nommer Premier ministre le général de division Abdoulaye Maïga renforce bien sûr la militarisation du régime malien, mais aussi celle de la Confédération unissant le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Dans cette association d’États souverains qui ont délégué certaines compétences à des organes communs, notamment la sécurité et la défense, la désignation d’un officier supérieur confirme l’orientation d’une politique forte qui devrait bientôt être expliquée dans un discours de politique générale et justifier que les chefs des principaux partis d’opposition restent incarcérés, ou que l’universitaire Étienne Fakaba Sissoko demeure emprisonné pour avoir écrit contre les prétendus restaurateurs de la liberté. Aucun civil ne peut plus ménager les ambitions des chefs arrogants et orgueilleux d’une armée pourtant très faible et qui cherchent du soutien non plus auprès peuple, mais dans les régimes militaires et autoritaires du général Tiani et du capitaine Traoré qui les aideront si les civils cherchaient à se retourner contre eux.
Dans un article du 24 novembre 2024, Jeune Afrique explique que « les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) veulent « harmoniser » leurs documents de voyage et d’identité, pour une « libre circulation des personnes et des biens » ». N’est-ce pas une façon de soumettre les citoyens maliens à la justice nigérienne et à la justice burkinabè, donc un moyen original de faire taire les voix de l’opposition ? Les ressortissants des trois pays, pour être unis dans une sorte d’identité sahélienne, pourraient avoir à rendre des comptes devant des juridictions étrangères de prétendus manquements à des lois extérieures et commis dans les frontières de leur propre État : l’arrestation d’Issa Kaou N’Djim, puni pour avoir critiqué, au Mali, le pouvoir du capitaine Traoré, marquerait alors la première application d’une règle en passe d’être officialisée et généralisée, car la politique d’Abdoulaye Maïga sera bien plus pénétrée des idées du Traité de Confédération des États du Sahel que celle de son prédécesseur, puisqu’il en est l’un des fondateurs.

En écartant Choguel Maïga, et au mépris des lois constitutionnelles, le Président Goïta transforme peu à peu la nature du régime politique : le gouvernement ne sera plus chargé d’appliquer une politique pour le Mali, mais une politique pour le bien de la Confédération, donc le bien de ses chefs. Abdoulaye Maïga est l’homme pour cela. Reconnaissant pour les trois étoiles que le général Goïta a fait coudre sur ses épaulettes, il saura montrer la ferveur nécessaire à l’accomplissement de sa mission.

Balla CISSÉ, docteur en droit public
Avocat au Barreau de Paris 
Diplômé en Administration électorale

● La candidature du chef militaire de transition à l’élection présidentielle | Par Maître Balla Cissé

Dans les six pays qui ont subi des coups d’État militaires ces quatre dernières années, le Mali (août 2020, mai 2021, mars 2024), le Tchad (avril 2021), la Guinée (septembre 2021), le Burkina Faso (janvier et septembre 2022), le Niger (juillet 2023), et le Gabon (août 2023), les putschistes ont imposé une période exceptionnelle en matière institutionnelle et juridique, une période de « transition », réglée par un document, une « charte », qui complète officiellement la Constitution, mais lui est supérieure lorsque les deux textes s’opposent. Seul le général Tiani, au Niger, a abrogé la loi fondamentale. Chaque junte s’est engagée à organiser une élection présidentielle, gage de ses bonnes intentions démocratiques, censée marquer la fin de cette parenthèse aux confins de la légalité, mais, à part au Tchad, le scrutin est régulièrement reporté. S’intéresser au devenir du chef des officiers à la tête de l’État apparaît ainsi pertinent, en particulier à la lumière des nouvelles Constitutions qu’ils ont ratifiées, des chartes, des propositions émises par les assemblées composées des « forces vives de la nation » et des lois électorales. Aussi, tantôt la possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle est-elle incertaine (I), tantôt elle est rendue ambiguë (II), tantôt elle a été le fruit de revirements (III).

● I. L’incertitude d’une possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle

Au Niger, le général Abdourahamane Tiani a abrogé la Constitution de 2010 dès le 26 juillet 2023, jour il a fait emprisonner Mohamed Bazoum, le Président élu de façon démocratique. Depuis, aucun texte ne l’a remplacé. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie administre le pays comme il veut. L’homme fort du pays a annoncé, fin 2023, que se tiendrait un « Forum national inclusif » devant donner lieu à des propositions de réformes et suggérerait un délai quant à la durée de la période de transition ; il a aussi promis « un cadre stratégique de gouvernance pour la transition » : une future Charte de Transition ?
En Guinée, selon l’article 46 de la Charte de la Transition du 27 septembre 2021, « le Président et les membres du Comité National du Rassemblement pour le Développement ne peuvent faire acte de candidature ni aux élections nationales ni aux élections locales qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition », et « cette disposition n’est susceptible d’aucune révision ».
Au Burkina Faso, conformément à l’article 4 de la Charte de Transition du 14 octobre 2022, « le président de la Transition n’est pas éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales, qui seront organisées pour mettre fin à la Transition. » Cependant, en mai 2024, la proposition des « Assises nationales » de prolonger la situation institutionnelle a été retenue, de sorte que le capitaine Traoré doit rester à son poste cinq ans encore.
Si l’incertitude est de mise, si personne, à part la junte elle-même, ne connaît la place des dirigeants actuels dans les institutions établies après la présidentielle, la militarisation de ces trois pays rend vraisemblable, sinon probable, une distorsion des chartes guinéenne et burkinabè et l’introduction d’un article dans la prochaine Constitution nigérienne autorisant les membres de l’armée à se présenter à l’élection. En effet, en Guinée, le Président Doumbouya a été nommé général en 2024, ce qui renforce son prestige, donc l’idée qu’il ne tient pas à quitter le palais présidentiel, et le Niger et le Burkina Faso (avec le Mali) se sont alliés en juillet 2024 dans une confédération fondée en particulier sur la sécurité et sur la défense, c’est-à-dire sur l’armée. Le capitaine Traoré et le général Tiani ne devraient alors pas accepter de renoncer à leurs prérogatives en agréant une Constitution, une loi électorale ou tout autre document les empêchant de se présenter aux électeurs. Dans ce cas, ils auront le loisir de suivre la voie empruntée par le Gabon et le Mali.

● II. L’ambiguïté d’une possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle

Au Gabon, l’article 44 de la Charte de la Transition du 4 septembre 2023, adoptée par le « Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions » (C.T.R.I.) impose une mesure claire a priori : « Les membres du Gouvernement de la Transition ne sont pas éligibles à l’élection présidentielle qui sera organisée pour marquer la fin de la Transition. Les officiers supérieurs des Forces de Défense et de Sécurité, nommés membres du Gouvernement, réintègrent leurs corps d’origine à la cessation de leurs fonctions ministérielles. » Toutefois, étant donné que le général Brice Clotaire Oligui Nguema cumule les fonctions de chef de l’État et de membre du gouvernement, comme ministre de la Défense et de la Sécurité (d’après l’article 35), nul ne sait s’il aura le droit de se soumettre au suffrage des électeurs. Quoi qu’il en soit, selon le Monde, « parmi le millier de propositions [du « Dialogue national inclusif »], aucune ne revient sur l’éligibilité de l’actuel chef de la transition ».
Au Mali, trois mesures sont concurrentes et rendent incertaine la candidature d’Assimi Goïta, ou de l’un de ses amis putschistes. La Charte de la Transition modifiée du 25 février 2022, d’abord, est restrictive : d’après l’article 9 , « le Président de la Transition n’est pas éligible aux élections présidentielle et législatives, qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition », d’autant que « la présente disposition n’est pas susceptible de révision » ; la loi électorale du 24 juin 2022, ensuite, nuance cependant l’interdiction : « tout membre des Forces armées ou de sécurité qui désire être candidat aux fonctions de président de la République doit démissionner ou demander sa mise à la retraite au moins six mois avant la fin du mandat en cours du président de la République » ; et « pour les élections pendant la Transition, les membres des Forces armées ou de sécurité qui désirent être candidats aux fonctions de président de la République doivent démissionner ou demander leur mise à la retraite au moins quatre mois avant la date de l’élection présidentielle marquant la fin de la Transition » ;  les neuvième et onzième recommandations de la deuxième thématique, « Questions politiques et institutionnelles », du Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale (DIM), enfin, qui s’est terminé le 10 mai 2024, proposent de « réviser la Charte de la Transition » et de « susciter la candidature du colonel Assimi Goïta à la prochaine élection présidentielle ».
Au Tchad, des points de vue tranchés et contraires ont été employés en matière de candidature d’un militaire à l’élection présidentielle.

● III. De l’interdiction à l’acceptation de la candidature d’un militaire à l’élection présidentielle

Au Tchad, après le décès de son père, Idriss Déby, Mahamat Idriss Déby a pris le pouvoir sans que la Constitution ne l’y autorise. Il a instauré un régime de transition le jour même, le 20 avril 2021, et, le mois suivant, a signé une Charte de Transition, modifiée le 8 octobre 2022. Son article 54 est le suivant : « Le Président du Conseil National de Transition assurant les fonctions de Président de Transition ne peut ni démettre le Gouvernement, ni procéder à la révision de la Charte de Transition, ni se porter candidat à l’élection présidentielle. » Pour contourner cet obstacle juridique, le jeune officier a fait procéder à un « Dialogue national inclusif et souverain » et a suivi  ses recommandations, comme l’élaboration d’une Constitution – adoptée en 2023 – lui permettant de concourir à l’élection suprême, l’article 68 indiquant en effet que « si le candidat est membre des forces de défense et de sécurité, il se met au préalable en position de disponibilité ».
Cet arrangement séduit manifestement les juntes qui cherchent lentement, au moyen de réunions populaires, à légitimer leur pérennité au pouvoir. Mais celles-ci sont plus prudentes, craignant peut-être une révolte populaire ou respectant la feuille de route que leurs alliés russes leur ont fournie. Il n’est pas d’une hardiesse excessive d’avancer que l’objectif atteint par le Président Mahamat Idriss Déby fait des envieux.

L’apparence du constitutionnalisme est le point commun de ces putschistes. Les Présidents n’ont plus l’audace ni la totale impunité de naguère. Même si les garde-fous sont faibles, contestés et contestables, telle la Cédéao, dont certains membres ont à leur tête des dictateurs, ils promeuvent de nobles valeurs. Pour les contrer, la Confédération des États du Sahel prétend défendre des valeurs africaines : c’est une idée forte et peut-être plus subtile pour maintenir le pouvoir des militaires et négliger ainsi certaines règles de droit international et constitutionnel.

M. Balla CISSÉ, docteur en droit public
Avocat au Barreau de Paris 
Diplômé en Administration électorale

● « L’esclavage par ascendance au Mali : une loi historique, un défi pour la justice » | Par l’activiste défenseur des droits humains, M. Boubacar Demba N’Djim

L’esclavage par ascendance, désormais reconnu comme une infraction dans le nouveau code de procédure pénale du Mali, constitue une avancée historique dans la lutte contre une pratique qui nie la dignité humaine. Mais cette victoire ne doit pas masquer une réalité : une loi, sans application rigoureuse, reste un texte vide de sens. L’exemple de la Mauritanie, où l’esclavage persiste malgré une interdiction légale vieille de plusieurs décennies, nous met en garde contre l’inaction. 

En Mauritanie, l’esclavage a été officiellement aboli en 1981, faisant d’elle le dernier pays au monde à franchir ce pas. Cependant, ce n’est qu’en 2007 qu’une loi criminalisant explicitement cette pratique a été adoptée, prévoyant des sanctions pour les auteurs d’actes esclavagistes. En 2015, cette législation a été renforcée : l’esclavage a été requalifié en « crime contre l’humanité », et les peines ont été alourdies pour les responsables. Malgré ces avancées, l’application reste faible. Les victimes continuent de dénoncer les obstacles à l’accès à la justice, les pressions sociales, et parfois même la complicité de certains responsables locaux. 

Adopter une loi, c’est poser les bases. Faire disparaître ce fléau, c’est un tout autre défi. La justice malienne doit se montrer à la hauteur de cette mission. Les magistrats, premiers remparts contre l’impunité, doivent être formés pour traiter ces infractions avec toute la gravité qu’elles méritent. Les auteurs d’actes esclavagistes doivent être poursuivis et lourdement sanctionnés, sans exception. 

Mais la répression seule ne suffira pas. Les victimes doivent être protégées, accompagnées et réhabilitées. Sans soutien, elles risquent de replonger dans des situations de dépendance. Parallèlement, un immense travail de sensibilisation doit être mené pour briser les chaînes invisibles des mentalités, souvent encore prisonnières de traditions oppressives. 

L’esclavage par ascendance n’est pas qu’un crime ; c’est une honte pour toute société qui le tolère. Le Mali doit tirer les leçons de l’expérience mauritanienne pour éviter que cette nouvelle loi ne reste lettre morte. Ce texte doit devenir un véritable outil de justice et d’espoir pour les victimes. L’histoire nous jugera non pas sur les lois que nous adoptons, mais sur les actes que nous posons pour les faire vivre. Il est temps d’agir, et d’agir avec fermeté.

Soyons vigilants !
Boubacar Demba N’Djim

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