L’esclavage : phénomène complexe à combattre dans la société mauritanienne sans se munir des outils nécessaires | Par Boulaye Diakité

Il est difficile de lutter contre l’esclavage. Officiellement, partout, cette pratique d’un autre âge existe encore. Même si l’État a ratifié les conventions sur l’abolition, qu’il a criminalisé, l’esclavage n’est pas éradiquer. En effet, l’esclavage est inculqué dans les mentalités. Il n’est pas seulement dans sa définition première en droit mais être esclave dans notre société, il s’agit d’un phénomène naturalisé qu’un groupe est destiné à être esclave de génération en génération. Les esclaves des parents travaillaient pour le maître et qui ne pouvaient exister que par ce dernier. L’esclavage de la génération actuelle repose sur de prétendus états d’infériorité mentale et sociale et qui par conséquent les esclaves n’ont pas droit de réclamer leur liberté. «Une fois esclave toujours esclave» a écrit l’anthropologue Claude Meillassoux.

Il faut une assistance sociale et juridique aux victimes et des sanctions financières aux esclavagistes. Sensibiliser et dénoncer partout et aucune forme d’esclavage ne doit être tolérée. La quête de la dignité humaine est le plus beau de combat qu’un humain doit s’engager et l’arracher ; elle n’est pas à discuter. Il faut se prémunir des instruments juridiques, éducatifs et sociaux efficaces contre les instincts les plus vils des hommes, pour mettre fin aux conséquences de l’esclavage qui se font encore sentir. Les pratiques perdurent et persistent dans nos sociétés. Il s’agit d’une tragédie, d’immense souffrance infligée à des innocents qui n’ont rien demandé à personne, une honte pour l’humanité. Il n’y a pas d’acte plus vilain que l’exploitation, l’humiliation de l’humain ; se servir de lui pour du prestige et de privilège.

Le phénomène de l’esclavage a marqué économiquement et sociologiquement nos sociétés mais il n’a jamais été question d’une réparation. Or, nos sociétés étaient organisées durant des siècles sur ce mode de production servile. Les uns et les autres profitaient de faiblesse, d’une situation difficile afin de s’approprier d’une force de travail.

Les victimes n’ont jamais été entendus ni écoutés. Les stigmates de l’esclavage sont toujours perceptible dans nos milieux sociaux. Cette exploitation et humiliation de l’homme par l’homme désintéresse. Les hommes y naissent, demeurent et y meurent, dans une indifférence générale, aux yeux des politiques nationaux souvent corrompus et qui n’ont aucun respect pour les droits de l’homme.

La situation de l’esclavage est pour beaucoup théoriquement les anciens esclaves, mais aussi de vrais esclaves, vivent dans nos villages et villes et certains sont exploités dans des tâches qui sont inscrits dans les mentalités comme de normes sociales.

Le sentiment de supériorité se justifie par un ancêtre commun, de noms de famille, des lignages, de la religion et des titres honorifiques. Une société ne peut pas se développer sur des telles mentalités et une démocratie ne peut pas y naître.

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De la nécessité d’une « dictature douce » pour extirper nos niaiseries socioculturelles qui sapent l’émergence d’une véritable culture citoyenne | Par Souleymane SIDIBE

La démocratie à l’image de la Liberté exige des sacrifices et des bases saines. Il faut déconstruire le statu quo au besoin par l’usage de ce que je pourrais qualifier de « dictature douce ». C’est dire par là, une forme de contrainte sociale qui détruit les lapalissades de nos cultures et coutumes pour l’avènement d’une culture citoyenne et démocratique. Son « excellence » Sadio Daffa me disait « s’il y a une autre forme de gouvernance meilleure que la démocratie que l’on nous le dise ». Je ne crois pas qu’il y ait une chose meilleure que la démocratie en matière de gouvernance. Ce sont les réflexes démocratiques qui sont rares par le manque d’institutions véritables. Cette démocratie qui appellera à la « dictature douce » dans nos contrées ne se limitera pas à parler de séparation de pouvoir mais de la quête d’une citoyenneté sans être lésé(e) en son for intérieur ou relégué(e) au second plan dans les sphères politiques ou sociales.
En ce sens, la culture doit évoluer : autrement ; une forme de « dictature douce » qui ne va pas à l’encontre du droit international mais des droits coutumiers, que j’appelle niaiseries socioculturelles, doit s’imposer. Ainsi, la méritocratie ne devrait-elle pas s’appliquer partout sur tout ? Bien évidemment, on doit faire abstraction du genre pour développer la conscience. Il y’a, en revanche, des domaines cultuels qui répondent à des exigences loin des iconoclastes. Ceux-là ne doivent en aucun nourrir le patriarcat car ce n’est pas dans leur quête. Ce sont les représentations culturelles qui sont les « agents » de la pérennisation.

Quand on doit faire la prière dans la ville, le village, la région, c’est aussi l’affaire de l’État en cas de conflit, même si les champs doivent être séparés, car la vie du citoyen rentre en jeu. Il faut exiger le plus méritant par la compétence et le meilleur apprentissage. Il est vital d’en finir avec les autorités coutumières ou les idées d’incarnations d’un quelconque pouvoir pour poser les jalons de légalité citoyenne. Par exemple, le maire est responsable du village selon un suffrage universel. C’est à lui que revient la gestion politique du village. Il doit rendre compte au conseil municipal et répondre aux demandes des habitants de la municipalité. Le chef de village ne devrait plus exister. Les nominations ne doivent pas être simplement par lignage ou proximité mais par mérite, compétence, responsabilité et éthique.
En ce qui concerne l’État, ne faudrait-il pas qu’il soit le changement au lieu d’être une continuité par des moyens légendaires de coercition en Mauritanie ? L’État ne doit pas seulement reprendre les anciennes pratiques mais redynamiser à travers plus de justice sociale à moins que cet État n’ait pas encore vu jour pour aller à la consolidation des devenirs de l’ensemble nouveau mauritanien : la Nation. On y arrivera avec la volonté politique ; en tout cas. Il faut donc définir des tableaux de bord avec des indicateurs qui permettent de mesurer les objectifs escomptés. Beaucoup d’enfants ne sont pas enregistrés dans les registres. Comment seront-ils scolarisés ou dans les données recensées à l’ère du numérique ? Il faut créer ce qui manque. Il y a jusque-là peu de réalisations dans un océan de tache. Et la question qui taraude est comment se nourrir, se soigner, se vêtir et s’éduquer en ayant ses secteurs industrialisés ou renforcés pour que la « dictature douce » qui va enfreindre les prénotions puisse être édifiante pour la naissance d’une démocratie dans une société qui méconnaît ses sens de priorité, et où la culture citoyenne est loin d’être acquise ; où l’on existe dans une entité hétéroclite mais pas en tant qu’individu : citoyen.
Le travail est énorme pour celles et ceux qui pensent progrès et citoyenneté. Je vous demande par où commencer après une bonne dose de « dictature douce » à la Bourguiba (sans s’éterniser au pouvoir) loin des identités étriquées pour un ensemble citoyen. Il faudra alors l’intelligence pour le travail et la culture du travail dans nos sociétés.

L’acharnement sur une compatriote mauritanienne, récemment sur les réseaux, montre que quand on se morfond dans l’hypocrisie collective pour avoir une quelconque légitimité, et vouloir s’en défaire facilement après, c’est une pluie de critique que l’on reçoit. C’est pourquoi, il est important d’agir selon sa conscience et ne pas chercher à plaire à un individu ou une entité. Nul ne doit prétendre imposer à qui que ce soit un comportement vestimentaire. Nous ne sommes pas arabes. Nous avons nos habits traditionnels que nous modernisons ; également. Nous avons nos cultures à façonner. Dans tout cela, chacun est responsable de soi-même. C’est cela la liberté. La « dictature douce » est nécessaire pour le processus de « dé-confinement » des mentalités. L’arabe et/ou le français, en Mauritanie, ne sont aucunement nos langues mais par le besoin de communication, indépendamment de notre volonté et par la facilité qui nous est donnée par la deuxième langue, nous extériorisons l’ensemble de nos contenus culturels et cultuels par la première langue, pour certains, et d’autres par nos langues nationales que sont le hassanya, puular , sooninké , le wolof et même le bambara. Il est alors important, au-delà de la petite carte mauritanienne, qu’elle « weltanschauung » (conception ou vision du monde) adoptée pour toujours (für ewig).
Nous sommes des êtres sociaux vivant dans ce monde régit par des lois et des normes. De notre pays (la Mauritanie) au monde, nous pouvons apporter. L’inverse est vivement souhaité compte tenu de notre conscience collective. Ne faudrait-il pas apprendre, le respect, la tolérance et le vivre-ensemble à tous.tes les mauritaniens.ennes ?

L’autre « fait divers macaque » marque les violences et les crimes (viols) devenant banales en Mauritanie. Il faut comprendre les violences liées aux agressions nocturnes sont les conséquences de la mal gouvernance. La justice sociale est absente dans notre pays. Le manque d’éducation fait que les jeunes dans les quartiers défavorisés sont des laissés-pour-compte, à majorité. Le banditisme est présent. Les jeunes s’adonnent à la consommation de stupéfiants et de l’Eau-de-Roche. Ces pratiques, qui ne sont pas sans danger pour le corps, leurs laissent inconscients de tous les maux qu’ils pourraient commettre.
L’éducation de masse et de qualité est la condition sine qua none pour mettre un terme au banditisme de quartier. Ces jeunes sans formation et éducation sont arrêtés pour la plupart du temps. En prison, ils ne bénéficient d’aucune assistance en purgeant leur peine et espérer leur mea culpa. Au sortir des centres carcéraux, ils s’adonnent à nouveau à d’autres formes d’agressions ; de pire en pis.

La banalisation du viol est phénomène récurrent dans nos sociétés. Très souvent dans le carcan familial, le crime (puisque qu’il s’agit de cela) est caché pour, dit-on, l’honneur familial. Quand il s’agit de viols par des éléments extérieures (à la famille), on s’acharne sur le comportement vestimentaire de la demoiselle ou dame en oubliant la lourde peine que devrait recevoir les malfrats (ces monstres sociaux). La « dictature douce » pourra alors éliminer la phallocratie pour faire voter des lois contre les violences basées sur le genre (VBG). Le cas de la dame « abusée » devant ses enfants, à Nouakchott, sans sortie étatique ou solidarité avec la victime montre l’absence d’empathie et l’indifférence de certains citoyens y compris de nos autorités. Tant que c’est loin de nous, et que c’est l’autre, que Dieu nous épargne. Telle est la manière de voir dans l’imaginaire collectif. L’indifférence dans le discours officiel, chez une partie de la population et également envers les victimes de la barbarie est frappante. Est-ce que l’État prend soin des victimes ? Cela m’étonne fort. Comment créer une cohésion sociale sur la base de l’indifférence ? Le poids mort de l’histoire !

La naissance d’idéaux féministes est plus que nécessaire. Je rappelle que « le féministe ne tue pas mais le machisme », si. Nous sommes dans des société où les violences sur les femmes sont la résultante du patriarcat qui est comme « l’épée de Damoclès » sur les femmes. Elles doivent à la naissance se soumettre à la volonté d’un père ou frère (si le premier n’est pas là), ensuite d’un mari… Toute l’éducation de la femme se limite à une forme de soumission qui n’est autre que de la dévotion maritale. Voilà que dans les rues ce sentiment de domination enfouie, en chaque homme qui n’a pas fini de vomir la domination masculine, ressort par les harcèlements, les propos déplacés ; pire les agressions comme il est devenu monnaie courante en l’absence de punition de taille. Ce sont les hommes et femmes (contribuant au patriarcat) qui détiennent l’idéologie de ce mal ; vraisemblablement. D’où la nécessité d’une nouvelle vision du monde en faisant des assises avec des programmes citoyens à soumettre aux politiques qui pensent aux prochaines générations plutôt que les prochaines élections. Déconstruire le « mythe de l’homme fort » dans les maisons, les structures sociales, politiques voire à la tête du pays est aussi crucial.. Les réflexes que la société inculque ne sont pas bénins, ni anodins. Il y a par ailleurs des personnes qui se nourrissent de la vulnérabilité des autres, en recherche de proie ; la « dictature douce » serait encore un plus pour cadrer les comportements.

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur.

Quel « intellectuel » voudriez-vous ? le tangentiel ou l’orthogonal ? | Par Sy Mouhamadou



Il convient de noter la différence importante entre ces deux types d’intellectuels que je vais nommer « l’intellectuel d’intégration » et « l’intellectuel de révolution », pour simplifier.
Le premier, comme son nom l’indique, base son action de pensée sur le système établi, il peut avoir des divergences avec ce dernier mais jamais au point de vouloir le renverser ; il croit, au contraire, qu’il peut le rendre meilleur et déploie, en conséquence, son idéologie avec un certain niveau de soumission aux institutions.
Le second, lui, veut refaire le système de fond en comble à cause, non pas de simples désaccords, mais de conflits profonds au niveau idéologique.

Ainsi, la différence des deux semble être de caractère ; tandis que le premier s’emploie à embellir la montagne du système tout en y trouvant un équilibre d’ordre moral, le second a tendance à essayer de déplacer celle-ci, car c’est son for intérieur qui le lui dicte.
Je ne crois donc pas que la différence entre l’intellectuel que j’ai appelé d’intégration et celui de révolution soit de degré, mais je pense plutôt qu’elle est de nature car finalement liée à la différence de leurs tempéraments et de leurs approches globales des questions fondamentales de justice, de liberté, de paix, de dignité, et surtout de l’ordre qu’ils établissent entre celles-ci quand elles entrent en conflit – ce qui est souvent le cas.

Mon objectif n’est pas de blâmer l’un et de couronner l’autre de façon absolue. En effet, selon la situation sociale, l’un peut être plus efficace que l’autre pour permettre des avancées affectant sensiblement et positivement le bien-être global.
Dans le cas concret des pays africains, à ce stade de leur évolution, je crois que c’est l’intellectuel de révolution qui est le plus indiqué pour faire une véritable avancée dans les mentalités, qui, au passage, ont besoin d’une véritable rupture idéologique d’avec un système qui est encore largement basé sur des principes défavorables à l’épanouissement du continent – ou, pour le moins, a un rendement minimal. Dans ce contexte, un intellectuel d’intégration ne peut avoir d’effets positifs que de façon très limitée à cause des tares inhérentes au système dont il n’a pas la force de dépasser ; il peut même, dans certains cas, avoir des effets purement négatifs dans son refus de principe de transgresser le système au moment où celui-ci traverse ses phases sombres.

Note : Remarquez que des termes « d’origine mathématique » sont très adaptés pour qualifier les deux intellectuels cités. Le premier serait un intellectuel tangentiel (au système) et l’autre un intellectuel orthogonal (au système). Cela reflèterait directement leurs rapports respectifs au système et surtout la nature de leur différence.

Mouhamadou Sy

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Peut-on transiger sur des faits d’esclavage punis par la loi pénale en Mauritanie ? | Par BA Boubou , Juriste chercheur.


Le mouvement Alternative Dispute Resolution (ADR), l’équivalent français à la notion américaine, les modes alternatifs de règlement des conflits (MARC), est né aux Etats dans les années 70 pour répondre deux objectifs contradictoires : pour certains, le coût, la lenteur, l’inadaptation du système judiciaire et de la logique juridique aux besoins de la paix sociale. Pour d’autres, le but du mouvement est de gérer la surcharge de tribunaux, embouteillés par l’inflation de contentieux, en transférant une partie des affaires contentieuses vers la justice alternative. Les MARC, comme la médiation se distingue des modes juridictionnels par la recherche d’un compromis grâce à un processus amiable conduit par un tiers neutre, indépendant et impartial. C’est dans ce contexte de justice alternative ou amiable que le législateur mauritanien a voté en 2019 la loi n° 2019-008 modifiant et complétant certaines dispositions du Code de procédure civile, commerciale et administrative sur la médiation judiciaire et la loi n° 2019-020 créant un Titre II : La médiation conventionnelle, dans le Code de procédure civile, commerciale et administrative. Il s’agit de procédures de résolution des conflits impliquant les citoyens sans recourir au juge institué par l’institution étatique. Mais sur quels conflits peut – on solliciter la médiation ?

La médiation a toujours été pratiquée dans la société mauritanienne avec une absence totale de formalisme permettant de conserver l’équilibre de la société et la paix sociale. Existant sous une forme traditionnelle, non formalisée, non encadrée, elle s’est développée et institutionnalisée sous une forme nouvelle ; la forme contemporaine de règlement des conflits. La question à laquelle nous voudrions répondre se résumerait ainsi : Peut-on faire recours à la médiation sur les faits d’esclavage ?, à laquelle nous répondons résolument par l’objection avec des nuances que cela comporte. Ainsi, l’article 2 de la loi n° 2015-031 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes prévoit que, « l’esclavage constitue un crime contre l’humanité. Il est imprescriptible… ». Par conséquent seule la Cour d’assise est habilitée à juger les faits criminels portant à atteinte à l’ordre public. L’article 166.1 du CPCCA issu de la loi du 19 février 2019 précise qu’on, « peut recourir à la médiation en toutes matières exception faite des litiges relevant du Code du statut personnel, des question susceptibles de porter atteinte à l’ordre public… ». Dans ce sens on ne peut solliciter la médiation sur des faits qui relèvent de la matière pénale (par exemple l’esclavage), et qui portent atteindre à l’ordre public. Il s’agit des droits indisponibles que la loi interdit aux parties de transiger. En revanche, il peut y avoir une conciliation pénale selon l’article 41 du Code de procédure pénale, avant l’exercice de l’action publique, et lorsqu’il s’agit d’infraction susceptible d’un emprisonnement de deux ans ou moins ou d’une amende ne dépassant 200.000UM.

Le juge, s’il a la faculté pour clore un litige, d’admettre et même de proposer la conclusion d’un accord qui méconnaisse les dispositions de la loi, ne peut cependant permettre que les parties violent les règles d’ordre public. Le processus de résolution amiable des conflits résulte d’un accord de volontés, et sa validité n’est que l’expression du principe de la liberté contractuelle. Pour tenter malgré tout une approche de cette notion de l’ordre public, nous dirons qu’il y a dans le corps social des règles qui, bénéficiant d’une protection particulière, expriment l’existence d’intérêts considérés comme essentiels par l’Etat. Lorsque la règle est d’ordre public, on peut légitimement s’interroger sur la licéité du règlement amiable. Plus encore, lorsque la matière est celle dans laquelle les parties n’ont pas la libre disposition de leurs droits, on ne conçoit même pas que les parties puissent contractualiser leur litige. Le champ d’application des modes alternatifs, en particulier la médiation et la conciliation est limité aux droits dont les parties ont la libre disposition. La médiation et la conciliation ne s’appliquent qu’aux droits disponibles. Une procédure de médiation pouvant terminer par un accord des parties qui peut échapper au juge (si celles-ci ne le lui soumettent pas pour homologation), on imagine mal le juge laissant aux parties la possibilité de se mettre d’accord sur des questions pour lesquelles la loi leur ôte la libre disposition de leurs droits.

En d’autres termes, les parties peuvent compromettre sur toutes les matières sauf celles qui relèvent du domaine de l’ordre public. Il est fondamentalement interdit par la loi de contractualiser les droits indisponibles. Donc, on ne peut évoquer ni la médiation, ni la conciliation pour des faits relevant de la matière pénale.

©️ Crédit source : Post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10218897000512261&id=1119985342 (16/06/2021)

TRIBUNE: La société soninké peut-elle s’affranchir des pesanteurs féodales pour réaliser une communauté de destin ? | Par Seyré Sidibé

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Les mutations et remous que connait la société Soninké, de nos jours est une situation naturelle et normale. Il n’y a pas à se lamenter : c’est dans l’ordre normal des choses. Dans son fondement, la société soninké traditionnelle a longtemps séduit par son mode d’organisation et sa stratification sociale. Ces valeurs vertueuses dans leur esprit étaient perceptibles à travers le comportement de l’individu au sein du groupe et au-delà. Le consensus y était presque acquis notamment autour de la charte qui régissait le vivre-ensemble. Les LAADA (la charte) en cause aujourd‘hui étaient l’expression de la volonté populaire caractéristique d’une société dont le moteur était la solidarité et la complémentarité à travers des rôles sociaux stratifiés, comme des maillons d’une même chaîne où chaque élément est essentiel pour l’harmonie du groupe.

Ces valeurs témoignent du génie d’une société traditionnelle, celui des hommes et des femmes d’une époque et d’un contexte sociopolitique et historique bien déterminé.

Ces éléments historiques ne sont ni reproductibles ni transférables. Dès lors la crise que traverse la société soninké contemporaine exprime l’incapacité des Soninkés à s’adapter, à prendre la mesure du temps pour créer des lois en adéquation avec les nouvelles réalités.

C’est en cela que les ancêtres étaient des références, du fait de leur capacité à avoir réalisé un cadre et des conditions socio-culturel, juridico-institutionnel leur permettant de vivre en s’affranchissant des menaces d’alors dans une société viable.

A l’inverse, les contemporains pêchent par leur manque de lucidité, par ce que obnubilés par la nostalgie et le culte d’un passé glorieux mais dépassé et démodé.

La crise actuelle est le résultat d’un refus et/ou d’une inaptitude à inventer une nouvelle échelle des valeurs consensuelles en conformité avec les réalités du présent.

En effet, la recomposition et la nouvelle reconfiguration qu’impose désormais notre époque se moque parfois de l’ancien ordre dont certains aspects doivent inspirer pour servir de référentiels. Cependant les composantes sources de discorde et de division sont à bannir.

Il reste que les intérêts égoïstes empêchent certains à placer l’intérêt du groupe et de la communauté au-dessus de celui de la famille.

Quel sens peut-on donner à un contenu culturel, religieux ou cultuel qui ne permet pas de mieux-vivre et changer qualitativement le niveau de vie de la communauté ?

Pour quoi doit-on s’accrocher obstinément à des traditions qui fragmentent, délitent notre cohésion et compromettent, notre passé jusque-là glorieux ?

Quelle est la grandeur et la pertinence d’une tradition dès lors qu’elle cesse d’être valorisante, en passant par anachronisme de valeur à anti valeur ?

Autant de questions que doivent se poser les Soninkés pour connaître leur situation dans ce monde et avancer résolument.

Qu’on soit nostalgique, progressiste ou révolutionnaire, une chose est certaine : l’humanité avance dans le sens de l’histoire.

Rien ne sera plus comme avant. On continuera toujours à regretter un certain passé et à fustiger un présent qui nous déclasse et donc peu valorisant.

Telle est la nature humaine.

Mais l’histoire nous enseigne que les grands peuples sont ceux-là qui ont réussi à transformer leur guerre, leur adversité et leur haine en amitié, en acceptant de coopérer avec l’ennemi d’hier pour faire face aux nouveaux défis.

C’est la résilience.

La France et l’Allemagne, les Tutsi et les Hutu au Rwanda sont des exemples patents. Dans ces deux cas, il s’agit de peuples différents alors que chez les soninkés, la brouille concerne la même entité. Ici, la famille se désunit, incapable de s’entendre sur l’essentiel par ce que traversée par des intérêts divergents.

Au finish qu’est-ce que l’esclavage coutumier ou par ascendance objet de la discorde au sein de wagadu remu ?

Qu’en est-il de la noblesse ?

Le contexte sociohistorique d’antan qui légitime et explique la genèse de ces deux composantes de la société féodale étant non reproductible, il ne peut dès lors avoir d’esclaves aujourd’hui dans la société soninké.

Là encore, pour quel intérêt doit-on continuer à stigmatiser un groupe pour un passé dont il n’est pas responsable ? Ce serait injuste.

Chez les Soninkés la noblesse est dans les patronymes et dit-on dans le sang : une référence à la naissance.

Or expliqué de manière scientifique, on peut observer que les membres d’une même famille déplacés dans des territoires différents n’ont plus le même statut. Le changement d’espace de vie a-t-il affecté leur d’ADN ou leur paternité ?

Allez savoir !

Il s’agit d’une déchéance pour certains et une ascension sociale pour d’autres au gré des pérégrinations tant qu’on a la chance de ne pas rencontrer un « vassal » aux ambitions impérialistes.

Ainsi les mêmes noms de familles sont assimilés ici à la noblesse alors que là-bas, sous d’autres cieux, ils sont dits esclaves.

Ce caractère mouvant, versatile voire impertinent est suffisant pour montrer que ces étiquettes ont quelque chose d’arbitraire et sont d’une absurdité insondable. C’est donc une échelle des valeurs caduque, inappropriée et controversée dans une nouvelle société qui redistribue les rôles et les chances.

De nos jours, la société soninké est menacée de déflagration : ses fondements se désagrègent de son corps meurtri alors que sa tête est déchirée, fragmentée par un manque de réalisme qui l’empêche de concilier philosophiquement son passé et son présent dans une approche dialectique et non conflictuelle.

Si gouverner c’est prévoir, c’est également anticiper.

La chefferie traditionnelle n’est-elle pas dépassée ?

S’est-elle posée la question de savoir pourquoi sa parole ne fait plus autorité ?

N’a-t-elle pas entendu ces désirs de changement et de déconnexion d’un passé emprunt de manichéisme et devenu dès lors déshumanisant ?

Le pouvoir temporel a intérêt à comprendre que les relations de servilité ont fait leur temps. Sans vouloir faire le procès de l’histoire. Force est de reconnaître que la féodalité n’a plus de place dans le monde capitaliste où « le chacun pour soi » reste la règle d’or et un leitmotiv pour trouver une place au soleil.

Dès lors l’héritage n’est plus perçu comme un viatique inépuisable et vénérable à tous égard. La valeur a connu une dynamique et un changement de sémantique.

Elle a cessé d’être un legs, transmissible de manière héréditaire : elle signifie désormais rendement et ce que vaut l’individu dans la société.

Ces réalités sont aux antipodes de la société féodale basée sur le « communautarisme » avec le primat du groupe sur l’individu porteur d’une valeur synonyme de rang social acquis souvent de manière contingente.

Chers Messieurs, l’esclave d’hier, c’était un contenu culturel correspondant à un rôle social. Un homme façonné pour servir, se soumettre, incapable de raisonner mais prompt à faire des bouffonneries.

L’esclave, c’était plus qu’un nom de famille. C’était un statut, une « éducation » et des valeurs inculquées par le biais de la société féodale.

Avec le temps, les vents de démocraties et des droits humains ces stratifications sociales sont perçues, à juste titre, comme des inégalités.

En effet, elles relèguent certaines catégories humaines au second plan en les stigmatisant et les confinant dans des rôles mineurs peu enviables, en faisant fi de leurs compétences imposées par le nouvel ordre social auquel, le monde féodal reste sourd.

Ce qui se déroule sous nos yeux aujourd’hui n’est pas une spécificité de la société Soninké. C’est un mouvement inhérent à toutes les sociétés inégalitaires.

Les conséquences de ces remous sociaux vont dépendre de la capacité de l’ordre traditionnel à entendre la volonté de changements exprimée par des composantes issues historiquement, d’entités placées au bas de l’échelle de la pyramide sociale.

Comme des damnés, la société ne prévoit pour elles aucune perspective heureuse : tout les ramène à l’histoire de leur famille.

Cette guéguerre risque d’emporter la société soninké déjà assaillie, fragilisée par l’émigration, l’ignorance et les interactions culturelles multiples parmi lesquelles la mondialisation.

Au regard de ce drame soninké qui est en train de se jouer, un message apparait : l’appartenance à une même langue et à une même communauté n’est plus une raison suffisante pour former un groupe culturellement homogène.

Désormais, la condition sociale est un référentiel et un élément fédérateur de revendications qui crée des passerelles entre des groupes historiquement, géographiquement et linguistiquement différents : la guerre des classes a peut-être commencé.

Sous ce rapport, avec la fragilisation des pays du sahel ayant pour corollaire la négation de certains Etats, nous assisterons à un terrorisme d’un autre paradigme qui plongera nos communautés dans une débandade, un chaos qui profitera à d’autres entités déjà à l’affût.

S. Sidibé

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Le Grand Entretien du Blog | En exclusivité avec le mathématicien Sy Mouhamadou

La rubrique Le Grand Entretien du Blog est honorée par la disponibilité d’une grande pointure mathématicienne et intellectuelle, en la personne de Monsieur Sy Mouhamadou . Chercheur natif de Bélinabé dans le Gorgol (Sud mauritanien) , Monsieur Sy vient être recruté auprès d’une figure célèbre dans les milieux de Mathématiques, le professeur Martin Hairer à Imperial College de Londres en Grande-Bretagne.

✓Nos vifs remerciements amicaux et fraternels à lui pour cette disponibilité avec l’interview qui suit :





• Question 1 : Bonjour Monsieur Sy, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

MS : Je suis Mouhamadou Sy, né à Bélinabé dans le Fuuta Mauritanien. Je suis chercheur en mathématiques, travaillant à Imperial College London dans le domaine des équations aux dérivées partielles stochastiques. Je consacre une partie de mon temps libre aux langues africaines qui, je pense, doivent prendre une place prépondérante dans les systèmes éducatifs en Afrique. Rares sont, en effet, les pays africains qui intègrent leurs langues dans leur éducation au moment où celles-ci devraient être le socle de l’ensemble du système, y compris et surtout, l’apprentissage des sciences.


Question 2 : Vous êtes chercheur reconnu en mathématiques, que pouvez-vous nous dire sur votre parcours écolier et étudiant depuis votre village dans le Gorgol jusqu’à votre position actuelle ? Et quels conseils pour notre jeunesse concernant les études ?

MS : J’ai suivi le parcours qui était proposé à l’époque par l’école publique mauritanienne jusqu’en terminale. J’ai fait un bac C (Mathématiques). J’ai toutefois toujours été intéressé par les matières littéraires aussi. À l’école primaire du village de Bélinabé, nous étions à une époque où nous manquions de salle de classe ; il y avait des années où on était une classe itinérante passant d’un endroit du village à un autre pour trouver un toit pour abriter nos cours. Nous avions fini par nous stabiliser sous un grand arbre non loin de l’école. Ce sont des moments inoubliables. L’école pour moi c’est donc tout cela ; c’est le contexte particulier dans lequel je l’ai pratiquée. Le collège-lycée a été le prolongement de cet univers. C’était naturel que je m’inscrive en Mathématiques à l’université ; ce qui l’était moins était le fait que cette université soit française. Je n’avais en effet aucune justification financière évidente. C’est grâce au dévouement d’un ami de ma famille que j’ai pu m’inscrire et m’envoler pour la France. Une fois sur place, on fait face à plus d’une difficulté ; mais sachant le sacrifice derrière, l’échec était non envisageable, il fallait réussir et le faire le mieux possible. Mais je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas la motivation seule qui permet d’y arriver ; cela nécessite un ensemble d’ingrédients impossible à faire une liste exhaustive mais dans lesquels les circonstances jouent beaucoup. Mes études en France ont pu bénéficier de beaucoup de bourses françaises (Bourse RATP, Bourse d’excellence du master Recherche de Cergy-Pontoise, Bourse Domaine d’Intérêt majeur, Prix au mérite en sciences de l’Académie de Paris). J’ai aussi eu la chance de faire un master recherche à Cergy où la taille humaine des groupes facilitait l’accès des étudiants aux chercheurs de premier plan dans leurs domaines respectifs. Je me souviens de mes multiples interactions avec Pr. Vladimir Georgescu, Directeur de recherche CNRS qui m’a enseigné la topologie et la théorie spectrale, et avec qui j’ai approfondi ma découverte de l’univers de la recherche en Mathématiques. Pr. Georgescu est un grand nom de la physique mathématique et passer autant de temps dans son bureau à discuter des maths et de la culture mathématique a été une chance inestimable pour moi. C’est d’ailleurs Vladimir qui m’a présenté mes futurs directeurs de thèse qui deviendront mes parents scientifiques et m’ouvriront la porte d’entrée dans la communauté. Après ma thèse, je fus recruté à University of Virginia (UVA) où j’ai fait plus ample connaissance avec le système américain. UVA a été une étape importante ; on sort de son université mère (Cergy-Pontoise pour mon cas) et on met à l’épreuve ses capacités d’indépendance scientifique déjà développées lors du doctorat ; d’un autre côté on se lance dans des collaborations. UVA a été, en plus de sa valeur intrinsèque, un avantage considérable de par sa proximité avec les autres universités de la côte est ; j’ai pu ainsi séjourner notamment au MIT et à Brown University, invité par des collègues. Imperial College London est la toute nouvelle étape que je viens d’entamer, elle s’inscrit dans la continuité des autres avec de nouveaux défis scientifiques à relever.
Je conseille aux jeunes africains de ne pas se décourager dans la poursuite de leurs rêves, et de s’investir en sciences. Cela pourrait significativement améliorer la condition de leurs sociétés et de désenclaver scientifiquement et technologiquement le continent. Beaucoup de jeunes issus de pays, sous-développés il y a quelques décennies, que cela soit d’Amérique du Sud ou d’Asie sont impliqués aujourd’hui dans beaucoup de découvertes scientifiques. Le chemin le plus court vers le développement auquel nous aspirons tant est certainement celui de la pratique scientifique.

• Question 3 : Il y a quelques années vous aviez publié un ouvrage de maths traduit en langue Peul, quelle a été sa portée académique par la suite ?

MS : L’ouvrage de Mathématiques écrit en Pulaar s’incrit dans une démarche que j’ai mentionnée ci-haut. Il s’agissait de faire avancer, sur le plan scientifique, la question de l’utilisation des langues africaines à l’école en Afrique. Je pense en effet que l’acquisition des connaissances scientifiques, que cela soit en nombre d’individus qu’en profondeur, sera bien améliorée avec un système basé sur les langues usitées par les populations dans toutes leurs affaires quotidiennes et sur lesquelles reposent leurs cultures.


• Question 4 : Récemment une communication médiatique annonçait votre recrutement auprès du Pr Sir Martin Hairer (médaille Fields 2014) à Londres, nos vives félicitations, pouvez-vous nous présenter brièvement vos nouvelles activités de recherches ?

MS : Merci pour les félicitations. C’est vrai qu’il y a eu cette communication dans certains de nos médias nationaux (vous en faites partie). Dans notre contexte national, cela prend une dimension de plus et je suis ravi que celui ait pu générer tant d’enthousiasme notamment auprès des jeunes. Pr. Hairer est un mathématicien de renom qui a réussi un tour de force monumental quand il a développé sa théorie des structures de régularité permettant de donner un sens à une classe d’équations de la physique mathématique. Mes travaux, en collaboration avec lui, porteront précisément sur cette théorie et sur quelques unes des équations en question. Il y a, en physique, des hypothèses que les mathématiciens appellent conjectures qui formulent des intuitions non encore prouvées ou qui ne le « sont » seulement que de façon formelle. Une de nos missions est de fournir des résultats mathématiquement rigoureux concernant ces conjectures.


Question 5 : Souvent vos publications sur les réseaux sociaux notamment Facebook , sont marquées d’une grande pertinence , par exemple sur les affaires politiques et sociales en Mauritanie, que faudrait-il faire aujourd’hui pour régler définitivement certaines problématiques liées au racisme et aux différentes manifestations de l’esclavage chez nous ?

MS : Merci pour le compliment ! La Mauritanie, à l’image de beaucoup de pays de la sous-région, connait des problèmes sociaux qui ne peuvent qu’interpeller quiconque intéressé par son bien-être : la condition de la femme, la condition des descendants d’esclavagisés ou dans certains cas celle de personnes encore esclavigisées, la phobie liée à la préférence sexuelle, l’extrêmisme religieux. Pour ce qui est de la Mauritanie, le système de gouvernance basé sur une préférence ethnique, et aussi le génocide militaire et civile non encore réglé qu’a subi sa population noire, peule notamment, sont autant d’urgences nationales. Il y a donc là un concours de plusieurs facteurs qui contribuent à enliser et à miner le pays sur bien de plans. La diversité de ces injustices fait que les coupables sont un peu partout : parmi les militants contre le système de gouvernance, il y a de profonds féodaux qui n’ont aucune volonté à faire changer le système social injuste qui permet l’esclavage actif ou passif. Parmi eux et aussi les militants anti-esclavagistes, on trouve des individus qui ont acté et intégré une prétendue infériorité de la femme. Et au milieu de tous ceux-là, on trouve une flopée d’homophobes. Certains militants éclairés sur ces questions sont encore timides et réticents à l’idée d’exprimer clairement leur position, par peur de la réaction de la masse. Au final peu sont résolument clairs et prêts à mettre, avec sincérité et pratique, tous ces combats sur le même pied d’égalité. Je crois qu’une des clés du problème mauritanien est qu’il y ait un front capable d’incorporer, sans hiérarchie, les luttes contre les injustices citées. Les tâches peuvent cependant être partagées, mais ce dont on ne peut pas se permettre, si toutefois l’on décidait de lutter contre l’injustice en tant que telle, c’est la sensibilité sélective face à la diversité de nos souffrances. Il est urgent que les leaders politiques et d’opinion clarifient leurs positions et qu’ils dénoncent, avec la même énergie, toute atteinte à la dignité de la femme, tout manquement à l’égalité des droits, tout acte homophobe, tout acte teinté d’esclavagisme. L’autre clé que je crois fondamentale est le passage à la laïcité. C’est, à mon sens, la seule capable de supporter de telles réformes sociales.

• Question 6 : le système éducatif est indexé pour une baisse généralisée de niveau, quels conseils pouvez-vous donner pouvant enrayer cet échec systémique qui affecte d’innombrables jeunes gens et leurs familles dans nos terroirs ruraux surtout ?

MS : Le problème de l’échec scolaire est un problème mondial. En Afrique, toutefois, il y a des facteurs propres qui y participent. Cela nous ramène à la question des langues africaines et à leur utilisation à l’école. Il est quand même inimaginable pour la France, par exemple, de placer désormais les enfants français de 5 ans, n’ayant acquis que les bases de la langue française, dans une école basée désormais sur le chinois, par exemple. Et tout cela avec interdiction d’utiliser le français. Ces enfants recommenceront donc leur apprentissage de l’environnement (dont les prémices sont déjà acquises) pendant quelques années dans une nouvelle langue ; le peu qui a pu survivre pourra apprendre les sciences et l’histoire dans cette langue ; et la sélection continue. À la fin du processus, la France perdrait énormément, son système deviendrait vite comparable à tous ces systèmes qui sévissent en Afrique. Le fait que nos systèmes utilisent le Français, l’Anglais, le Portugais ou l’Espagnol ne vient que du fait qu’ils ont été mis en place durant la colonisation. À l’époque, il fallait former surtout des interprètes ! Et donc c’était bien justifié, vu les objectifs. Aujourd’hui, les objectifs ne sont absolument pas les mêmes. Il faut former des générations pour relever des défis, beaucoup de fois, techniques. Un système qui est entièrement bâti sur une langue étrangère ne fait qu’imposer une sélection rude et inutile aux enfants en bas âge, et affecter ainsi négativement la réussite globale. L’effet sur une période longue est celui que nous constatons aujourd’hui. Donc, déjà en reconsidérant cette question des langues, ne serait-ce qu’à l’école primaire et au collège, on pourrait améliorer nettement l’efficacité de l’école. Ensuite, des mesures plus techniques viendront s’adresser aux facteurs d’échec que l’on partage avec le reste du monde.

13 juin 2021

• Entretien réalisé par KS pour le BLOG

COMBAT POUR LA LIBERTÉ « LES LÉGITIMATIONS DE L’ESCLAVAGE ET DE LA COLONISATION DES NEGRES » | Par Yaya SY (Anthropologue et Historien)


(Lire l’ouvrage de Yaya SY pour mieux saisir les origines lointaines du racisme persistant dans tous les pays, racisme lié à l’esclavage et à la colonisation).


Dans cet ouvrage, j’ai pris soin de mettre le lecteur en garde contre
tout parti-pris, philosophique, idéologique, religieux, économique,
juridique, social, culturel… face à la mise en esclavage d’un homme
par un autre.
Face à l’esclavage il y a tout d’abord la condamnation sans appel,
sans compromis ni compromission, c’est un système contraire à la
justice au droit, à la morale et à l’éthique.
Face à l’esclavage, il faut que les gens comprennent qu’un peuple qui
ne s’oppose pas à l’esclavage, à l’idée de voir ses enfants réduits en
esclavage, acceptera toujours toute autre idée de soumission par la
force et la violence. Ce peuple ne se battra jamais pour demeurer
libre.
Face à l’esclavage cinq attitudes essentielles peuvent être observées :


1°) La défense du système esclavagiste :


Les défenseurs de l’ordre esclavagiste s’appuient sur des supports tenaces : le préjugé et le stéréotype fondés sur l’altérité sont les socles historiques de la perpétuation de l’esclavage depuis des millénaires. Ensuite, nous avons le bénéfice économique, les
richesses matérielles, le prestige social, la puissance symbolique
qu’en tirent la classe des maîtres ; puis l’attachement des
gouvernants et des gouvernés à la «tranquillité de la société» ou aux 2
« traditions millénaires » (y compris de certains esclaves ou descendants d’esclaves eux-mêmes…) C’est le rejet ou le refus de la violence et du désordre, alors que l’esclavage et l’ordre ancien qu’il incarne est basé sur la violence physique et symbolique, la domination perpétuelle des uns sur les autres, la négation de l’humanité de l’esclave… Tous ces obstacles à la libération des esclaves ou des descendants d’esclaves doivent être surmontés pour faire disparaître l’esclavage et ses séquelles dans toutes les sociétés humaines. L’égalité de tous les êtres humains et la solidarité citoyenne annoncent le devenir de l’humanité, elles sont indépassables, n’en déplaise aux esclavagistes d’hier et d’aujourd’hui.
En Afrique à ces difficultés intrinsèques à tous les esclavages,
s’ajoute l’idée que nous devons renforcer l’unité nationale et l’unité continentale ; les Africains sans esprit de revanche ni amertume,
doivent ériger et renforcer la conscience historique d’appartenir à un peuple indivisible (dominé depuis plus de treize siècles) qui n’a désormais de références et de référents que les valeurs et les héros venus d’ailleurs… L’Afrique s’est oubliée, elle ne réfléchit et ne parle qu’en étrangère à elle-même.
Nous devons labourer nos propres champs de la liberté pour y récolter les fruits de la prospérité spirituelle et matérielle.
A tous ceux qui ne veulent pas se débarrasser de l’esclavage et /ou
de ses séquelles, il faut ajouter d’autres attitudes et comportements humains face à ce fléau :


2°) L’indifférence :


l’indifférent se dit : tant qu’on n’est pas directement concerné, la terre tourne rond, on a rien vu, rien entendu, tout va bien dans le
meilleur des mondes… C’est une attitude très répandue, elle est souvent liée à la peur de se mouiller, à l’égoïsme, ou au manque de discernement.


3°) La déploration :


on sait que l’esclavage existe, on en fait le constat, mais on se dit que
la réalité étant ce qu’elle est… on ne peut rien y faire, ni rien y changer, les choses ne peuvent évoluer par quelque moyen que ce soit. C’est l’attitude des défaitistes, des fatalistes et des paresseux (c’était l’attitude de beaucoup de philosophes et de savants du
« Siècle des lumières » comme Helvétius, Montesquieu, Voltaire, A.
Smith, voire Diderot). Celui qui adopte une telle attitude ne veut
souvent pas regarder l’ensemble du problème, il se contente généralement d’une analyse molle, parcellaire ou morale. Ce qui compte à ses yeux c’est sa tranquillité d’esprit.


4°) La critique :


c’est le point vue de celui qui a bien analysé et bien réfléchi à tous les
aspects de l’esclavage. Il pose comme postulat une dé-légitimation morale (souvent basée sur le religieux), ou éthique basée sur une condamnation rationnelle de l’institution. L’esclavage est pour lui contraire à la vraie justice, au bien être et à l’intérêt de l’humanité.
L’esclavage doit être détruit. Mais pour cette catégorie de penseurs
l’esclavage est abstrait ; on ne cible pas par exemple l’esclavage des Nègres comme système contemporain des « Lumières » qu’il faut détruire immédiatement dans la réalité. On s’en tient à des principes généraux aristotéliciens ou platoniciens alors qu’au XVIIIe siècle plus de 6 millions de Nègres enchaînés à fond de cale traversent
l’Atlantique sous les yeux des plus grands esprits d’Occident : dans
cette catégorie on a des hommes comme le Chevalier de Jaucourt, Rousseau, Locke, Hutcheson, etc. Ils ont fouillé tous les aspects
philosophiques, économiques, juridiques, sociaux, psychologiques, etc. du problème pour finir par reconnaître : qu’un homme libre ne peut ni se vendre, ni vendre ou acheter un autre homme.
Qu’esclavage, justice et droit sont antithétiques ; qu’esclavage,
morale et éthique sont incompatibles.
Cette catégorie d’hommes ont beaucoup critiqué l’esclavage en
général, ils en ont cerné les contours théoriques et pratiques sans pour autant les dénoncer tous, sans pour autant se lever pour agir concrètement contre la mise aux fers des Nègres d’Afrique, la plus
grande déportation humaine de l’histoire qui se déroule sous leurs
yeux au XVIIIe siècle.


5°) Le combat


contre l’institution esclavagiste :


L’esclavage est une infamie, un scandale en lui-même dont la
disparition est une exigence absolue et incontournable. Il relève du
vieux monde dont la disparition inévitable est annoncée.
Aux esclaves combattants en première ligne de tous les champs de bataille nous disons Honneur et respect. Honneur et respect pour les
Africains déportés dans les quatre coins du monde et qui sont les
premiers guerriers tombés dans l’action quotidienne, qui ont donné
leur vie dans un combat silencieux, sourd, enfoui dans l’oubli et le
déni, invisible des historiens surgis des rangs des vainqueurs, invisible
de l’histoire orale d’une Afrique à la mémoire dominée ; morts sans
visage sur les routes intérieures de la déportation, sur les routes
désertiques, sur celles des forêts, sur celles invisibles mais bien plus
cruelles des Océans et des Mers ; routes-cimetières aux vagues incandescentes, aux caveaux invisibles mais insatiables de chair humaine. Gloire à vos éclaireurs, à vos martyrs, à nos lumières
éternelles, à la Reine Nzinga coupe-coupe des forêts impénétrables du Kongo, à Harriet Tubman transporteuse d’espoir, à Frédéric Douglas, à Toussaint-l’Ouvreur des mille voies de la liberté, à Louis Delgrès et à sa reine Solitude morts au champ d’honneur à Matouba dont le cri de guerre, résonnera dans nos oreilles pour l’éternité : « Vivre libres ou mourir ». A tous ceux que je n’ai pu citer mais qui sont au coeur de ce texte restreint.
Honneur et gloire à tous les Africains morts dans les quilombo et les mocambo du Brésil, les palenque de Cuba, les cumbe du Venezuela tous ces villages créés par des Nègres assoiffés de liberté, dans les marécages, les montagnes escarpées et les forêts primaires loin des plantations esclavagistes mortifères, au prix de leurs vies. Gloire à vos leaders courageux, intrépides et éclairés qui ont défriché les chemins de la liberté pour tous les Africains et toute l’humanité.
Gloire et honneur pour les millions d’esclaves africains à travers le
monde qui ont décidé de passer à l’action sous quelque forme qu’elle soit pour faire cesser cette pratique abjecte et déshumanisante qu’est l’esclavage. Ils sont passés de la critique en roue libre à la
lutte et au combat quotidien sur tous les plans, sur tous les fronts,
pour mettre fin à l’institution esclavagiste : action guerrière,
politique, juridique, économique, sociale, action visible, action
invisible mais toujours réelle, etc.
Ils refusèrent tous la mort physique et sociale de l’être humain à
travers le crime d’esclavage. En Occident on peut ajouter quelques noms célèbres qui ont rejoint
le combat des Nègres et l’ont prolongé en Europe et dans les
colonies ; cependant, ces noms et institutions ne peuvent et ne
doivent occulter le centre du brasier occupé par les esclaves en lutte
quotidienne contre l’ignominie de l’esclavage.
Citons pêle-mêle Wilberforce 1888 en Angleterre, l’Abbé Grégoire en
France (au combat de 1789 à1731 soit 42 ans de lutte contre
l’esclavage), Polverel, Sonthonax, Robespierre, Danton, la Convention nationale et tous les acteurs de la première abolition de février 1794 ; les Quakers ou la « Société religieuse des Amis » fondée par George Fox au milieu du XVIIe siècle en Angleterre qui a poursuivi son combat anti-esclavagiste aux USA, Condorcet, Turgot (dcd en 1781), Necker, Malesherbes ; le Girondin Brissot (Société des Amis des Noirs fondée en 1889, ils sont plutôt pour la libération des esclaves par paliers… ce sont des « gradualistes » qui sont pour la plupart partisans de la conservation des colonies avec des Nègres libérés et « civilisés » par étape…).
Parmi les acteurs de la Révolution de février à mai 1848 qui ont
procédé à la seconde abolition, certains dont le Sous Secrétaire d’Etat de la Marine et des colonies, Victor Schoelcher (sont pour la
libération des esclaves mais pour la conservation des colonies…), sont
actuellement contestés comme seuls libérateurs des esclaves des
colonies. La lutte des esclaves doit être selon eux, prise en considération, Saint-Domingue s’est libérée, partout dans la Caraïbe
les luttes de libération s’exacerbent, en Martinique et en Guadeloupe
le décret du 27 avril 1848 est arrivé après la libération des esclaves
suite à la révolte des esclaves du Nord de la Martinique. Plus généralement, la fin des déportations et de l’esclavage est un combat de longue haleine qui commence dès l’attaque d’un village africain, se poursuit dans les chemins tortueux de la captivité, ensuite dans la mise en esclavage et jusqu’à nos jours.
En effet, après toutes les libérations, réelles, formelles et institutionnelles, il faut aujourd’hui libérer les esprits des descendants d’esclaves et ceux des maîtres. Il faut déconstruire et traiter l’esclavage et la colonisation dans les têtes et dans les « signes » visibles ou ténus de la société réelle…
Bien que l’hydre a pris de nouvelles formes, aucun pays, aucune
institution ne peut plus se prévaloir de pratiquer ou de défendre
ouvertement l’esclavage sauf en Afrique chez quelques groupes
relégués en marge de l’évolution du monde moderne, en marge de
l’éducation, de l’instruction, de l’égalité citoyenne, de la liberté, du droit national et international (comme au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Guinée, au Nigeria et dans certains autres pays d’Afrique de l’Ouest…).
L’Afrique ne pourra pas faire l’économie de l’éradication de
l’esclavage et de l’idée de réduire son prochain en bête de somme.
Pour faire peuple, les Africains doivent cheminer vers l’égalité
citoyenne, le respect de chaque être humain en Afrique.
Tant qu’un seul coin d’Afrique acceptera encore de faire de ses
enfants des esclaves intérieurs, il acceptera volontiers de les vendre
aux puissances étrangères d’une manière ou d’une autre.
L’Afrique doit se battre pour sa liberté, elle doit rapidement
apprendre à « faire peuple » pour défendre ses intérêts vitaux.
Alors, dès aujourd’hui cessons de «danser au Carnaval des autres »,
comme l’a si bien dit A. Césaire.


Yaya SY (Anthropologue et Professeur d’histoire, 08-06-2021).

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur – 9 juin 2021

Une Mauritanie hypocondriaque : J’ai mal à ma Mauritanie | Par Salihina Moussa Konaté



C’est avec une profonde tristesse que j’évoque ce fléau qui gangrène le cœur d’une société dont le troisième pilier de sa religion est la « Zakat » qui signifie « l’aumône obligatoire purificatrice». Cela éclaire, sans doute, davantage mes lanternes sur l’hypocrisie d’un grand nombre de mes coreligionnaires qui prétendent aimer Allah et pourtant ne prennent pas graine de ses injonctions. Des hommes dont les actes sont en permanence aux antipodes d’une religion qu’ils feignent d’aimer avec ferveur.
Il est presqu’impossible de rester de marbre face à la situation du 3/4 de la population qui vivent en loque dans la précarité sans subvention. Qui grelottent de faim, de froid et de l’effroi ; dont certains s’éteignent silencieusement d’inanition. J’ai mal à ce pays qui m’a vu naître et grandir comme j’ai mal au cœur quand j’observe avec un œil contemplatif ces pauvres gens qui font flèche de tout bois en vain, chaque jour, pour mettre du beurre dans les épinards. Ils ont beau remuer ciel et terre, ils ne s’en sortiront pas. Parce qu’ils sont condamnés par des politiques à tirer sans trêve ni repos le diable par la queue.

J’ai vu un homme au regard piteux dont je vais taire le nom de sa communauté, fixer le ciel comme pour lui reprocher quelque chose. J’ai eu envie de lui dire que le ciel n’est point responsable, n’y est pour rien de son misérable train de vie. Il travaillait comme un bagnard cependant, il ne gagnait que 3000 MRU (équivalent de 68€) par mois.
Je le voyais toujours à Kouva car il habitait là-bas. Kouva : un bidonville méconnu de nos responsables politiques. Oui, méconnu, car je ne connais pas un seul président qui a mis le pied dans cet endroit.

Dans ce bidonville, j’ai vu également un couple avec leurs 4 enfants partageaient une baraque de 4 m sur 3,5. Un homme gueux comme un rat d’église. Il se réveille aux premières lueurs d’un potron-minet pour aller à la quête de sa pitance journalière. Quelquefois, il fait la manœuvre pour avoir de quoi sustenter sa famille.
Des misérables, des damnés de la terre, j’en rencontre presque partout dans cette ville séparée par une invincible cloison invisible ; avec des opulents d’un côté et des indigents de l’autre.

La misère est sans nom au sein de ce pays. Alors je souffre de cet espace géographique hypocondriaque où les humains sont traités comme je ne sais quoi au nom d’on ne sait quoi. À défaut des qualificatifs adéquats, je dirais, comme des immondes.
Je me meurs de la souffrance de ce corps affecté que l’on refuse de soigner les balafres, que l’on observe passivement l’éclat de son âtre tirer à petit feu sa révérence.
Que restera-t-il de ma Mauritanie dans dix, vingt ans ? Plus d’humanisme ? Un taudis où croupissent des hommes sous la férule d’une fatale injustice ?

J’ai mal à ce pays où une myriade de jeunes gens traînent, déambulent sur les trottoirs pour recourir la générosité des passants. Ces enfants qui n’ont pas choisi de n’être des enfants de personne. Ils marchent nu-pieds. Souvent lapidés par les frimas, ils tremblent de froid. Ce sont des abandonnés, sans doute, des laissés-pour-compte, somme toute. On les fait tourner en bourrique. Quelques abrutis leur demandent de chanter avant de jeter un jeton dans leurs sébiles. Amère, la vie de ces condamnés aux enfers telluriques !
Où sont ces sans-cœurs qui les ont mis au monde ? Sont-ils sereins en sachant que leurs enfants dorment à la belle étoile souvent dans la rue ?
On ne peut au moins du monde l’être, à moins qu’on soit une victime des textes fallacieux qui nous promettent le paradis dans l’autre monde en échange de l’abandon de nos progénitures. Dieu n’aime pas les parents qui abandonnent leurs mômes. Et pourtant nous prétendons les faire en Son nom.
Abandonner les anges, laisser mourir les pauvres, si c’est cela ta religion chère Mère donc je suis un renégat.
Heureusement, la paix est la seule religion de Dieu. Elle, seule, mérite égard.

L’insoutenable, c’est aussi, le sort de ces enfants que je rencontre chaque jour à Neteuk comme un peu partout dans la ville ; ces enfants éboueurs qui méritent une place sur les bancs des écoles. Cependant, à cause du non-respect de la Charte de l’article 26 de la déclaration onusienne qui stipule que : « toute personne a droit à l’éducation. » Et aussi de l’article 11 de la Charte Africaine et les droits de l’enfant qui encourage la fréquentation des établissements scolaires et invite les États à assumer cette responsabilité.
Sommes-nous dignes d’appartenir à la communauté mahométane ; quand Mohammed(PSL) lui-même affirme que : l’acquisition de la science est une obligation qui incombe à tout musulman et à toute musulmane ? Ou bien, de notre islam, il ne reste que le nom ? La forme ? Hélas, tous les matins, ils grimpent des charrettes pour aller chercher de quoi mettre sous la dent au lieu d’être dans des temples du savoir pour faire leurs humanités.

Les conditions de vie de ces hommes et femmes de Mendez, de Melaha, de Toujinine et tutti quanti, pour ne citer que ceux-ci me laissent coi et me portent à croire que l’âme de ce pays est entachée. Car il est plus qu’absurde de voir dans une république islamique des hommes qui souffrent de la famine pendant que d’autres roulent sur l’or et regardent insensiblement leurs frères et sœurs tenaillés par la faim. A-t-il la foi, celui ou celle qui dort le ventre plein sachant que ses voisins n’ont pas de quoi à tromper leur faim ?

J’abhorre cette maladie mortelle qui consume l’âme de cette patrie dont je me donnerais avec autant de persévérance comme un sacerdoce ministériel pour soigner ses blessures.

Une humanité se dégage des oripeaux de cette morale qui s’effrite, c’est pourquoi il m’est interdit le généralisme. Quelques Abû bakr Saddiq sont encore vivants, et donnent de leur bien à ceux qui vivent d’expédients, aux indigents.


J’ai appris récemment via un blog que le Président de la République avait donné des assurances maladie aux pauvres. Certes, un acte qui mérite d’être salué.
En effet, si la voix d’un jeune pauvre et désarmé peut avoir une considération, fût-elle infime, Mr le Président de la République, j’aimerais que vous sachiez que donner les assurances maladie aux pauvres, c’est bien, mais les nourrir, c’est mieux, car les pauvres de ce pays ne sont pas malades, ils crèvent de faim. Une myriade des pauvres qui languissent sur les lits des hôpitaux souffrent de la cadence des vitamines.

Ces invalides, lapidés par le vent et dont le soleil porte en ébullition leur cerveau ne méritent-ils pas une assistance ? L’État n’est pas censé les prendre en charge ? La réponse est obvie. Je suis envahi par une profonde contrition de constater qu’il ne demeure de la devise de ce pays que des mots sans signification réelle ou concrète dans le quotidien.
Aucun peuple ne peut prétendre avoir l’honneur quand ses faibles ne sont pas mis à l’abri et protégés puisque la grande d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses pauvres ; ni ne peut se prétendre juste quand ses biens communs sont dilapidés par un groupe de gens pendant d’autres vivre dans un dénuement sans nom. Et la fraternité est sans signification là où les hommes se regardent en chiens de faïence. Et se font des sourires sardoniques.


Nous avons beau rêver d’une Mauritanie juste et équitable, cependant, tant que nous ne nous réveillons pas de notre léthargie, ces rêves ne demeureront que des simples défilements d’images comme on regarde la télé. Beau, certes, mais cela n’a aucune incidence sur le progrès de notre pays. Réveillons-nous.

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur.

Kagamé/Macron: parallélisme des formes ou imitation de forme? | Par Mr Ba Bocar Oumar



Nous avons été nombreux à nous féliciter de l’accueil de Macron à sa descente d’avion à Kigali par un ministre envoyé par Paul KAGAME. Pour nombre d’africains, et dans le contexte d’un panafricanisme ragaillardi ces dernières années, ce geste constituerait un symbole de souveraineté et de fierté qui tranche avec les traditionnels youyous auxquels nous avaient habitués les autres présidents africains à l’occasion de l’arrivée de chefs d’états occidentaux en terre africaine.

Je ne résiste pourtant pas à l’envie d’aventurer une autre lecture de cet événement qui m’agite tous ces jours-ci. Sans rien enlever au courage de KAGAME et au style décomplexé qui fait à juste titre la fierté de nombre d’africains, gardons tout de même à l’esprit que, comme cela a pu être rappelé, dans le protocole français, tout chef d’état, quel qu’il soit, est accueilli sur le perron de l’Élysée, et non à sa descente sur le tarmac. Ce qui tranche naturellement, pour ceux qui connaissent les traditions africaines d’hospitalité, avec les formes d’accueils que l’on peut observer en terre kémite.
J’ai toujours en souvenir en disant cela, dans ma ville de Kaëdi, ces processions de femmes du quartier historique de Touldé, armées de bol et faisant tout un tintamarre pour accueillir à l’aérodrome un des leurs débarquant du DC4 d’Air Mauritanie. Il s’agit là d’une authentique tradition africaine d’accueil. Et il me semble que ce c’est cette tradition qui transpire dans le protocole d’accueil de la plus part des états africains. Bien sûr, restera à repenser comment l’hôte, notamment lorsqu’il s’agit de l’ancien colonisateur, pourrait interpréter cet enthousiasme populaire…

Mais il y a tout de même lieu de se demander, si au nom du parallélisme des formes, nous devons abandonner nos traditions d’accueils qui ne font que témoigner de ce qu’authentiquemrnt nous sommes.

Abandonner cette tradition pour nous caler au protocole français, n’est-il pas encore une fois une imitation (fut-elle au nom de la souveraineté), et donc un signe de dépendance?

N’avons-nous pas d’autres espaces de souveraineté à réaffirmer, autres que ceux qui nous font encore une fois imiter ceux qui nous méprisent justement pour cela?

Ce sont-là des questions que je pose. Mon opinion sur la question n’est pas encore vraiment faite.

©️ Crédit source : Post FB de l’auteur – https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10225676172149462&id=1184398165

Face au racisme et à l’exclusion : Existe-t-il un peuple politique mauritanien ? | Par Boulaye Diakité

Pas nécessaire d’être sociologue, juriste ou politologue, il suffit d’un simple regard : un arrêt sur une image des supporteurs d’un match de foot et une image de nos institutions (éducation, santé, etc.) dites de la république de Mauritanie. Rousseau disait ceci dans son contrat social « avant donc d’examiner l’acte par lequel un peuple élit un roi, il serait bien d’examiner l’acte par lequel un peuple est un peuple ». Un peuple n’est pas qu’une agrégation d’individus fascinée par un chef chauvin – un peuple n’est pas qu’aussi une population où un peuplement d’un territoire – le peuple enveloppe l’unité et la pluralité. Il est une association d’individus de s’accepter à vivre ensemble sur un territoire soumis aux mêmes lois et appartiennent aux mêmes institutions politiques.

On n’y trouve différentes catégories des peuples sur le territoire mauritanien, certains n’appartiennent pas aux institutions et tandis que d’autres oui. D’autres sont expropriées, privé de leurs identités juridiques, réduits en des étrangers sur leurs propres sols. Et enfin, une catégorie choisie et institutionnalisé. Les architectes de ce choix ne font rien au hasard ou par simple coïncidence, il s’agit bien d’une volonté, je dis bien une volonté politique.

L’urgence aujourd’hui est de dire à ses hommes qui ont pris ce pays un otage par les armes et trahis, qu’ils seront vaincus.
À l’heure où se trouve la dégradation de l’unité nationale, la question n’est plus à la négociation. L’urgence est la construction de l’unité nationale autour de nos valeurs communes et la reconnaissance de l’ensemble de nos communautés culturelles sans les « nous » et « eux ». La reconnaissance n’est pas négociable, me reconnaître, te reconnaître, je suis comme je suis tu es comme tu es.

Si nous ne voulons ou ne souhaitons pas vivre ensemble, il est aujourd’hui, urgent et temps de faire scission et prendre l’indépendance du sud de la Mauritanie.

Je constate sur ce territoire appelé la Mauritanie vive une population de tous contre tous pris un otage des intégristes nationalistes, des voyous, des bandits, des criminels. On assiste à un nomadisme politique sans précédent.

L’existence sociale mauritanienne est fragmenté au point qu’il n’y a plus d’espoir d’unité nationale. Des factions rivales qui s’échangent le pouvoir par des méthodes voyous.

Coexister ou vivre ensemble n’est pas limité les droits et les libertés uns et l’inverse pour une catégorie. Coexister et vivre ensemble, s’est reconnaître et garantir les libertés civiles aux mêmes titres en terme de culture, de langue et des droits.

La population mauritanienne qui lutte pour rétablir ses propres maux sociétales ailleurs tandis qu’elle attend la libération du divine chez elle. L’existence, ici ou ailleurs ne se donne pas, elle s’arrache par la lutte.

Le racisme d’état mauritanien n’est pas naturel mais construit socialement et volontairement. Le peuple mauritanien est tellement habitué et socialisé à vivre l’injustice, le racisme et l’exclusion et ne s’en rende même plus compte. La légalisation des conditions sociales est une exigence et non négociable.

Cette politique de spectacle, nous n’en voulons plus. Le mauritanien lambda se manifeste selon les nombres des nominations de sa famille, ses proches, sa communauté, ses amis et sa tribu. L’existence de soi n’a plus aucun sens, le citoyen a perdu le courage d’exister.

Les nationalistes (nasséristes et batthistes) et les lobbys religieux ont légitimé les inégalités sociales, politiques et économiques. Les nationalistes font appel à la pureté de la race. Les lobbys religieux se réfèrent à d’autres raisons extérieures à la société et à la vie humaine. Les religieux légitiment tout par des lois et des ordres surnaturelles et se donnent l’autorité d’être les gardiens des lois divines. Il faut avoir le courage et affronter pour exister, être hostile aux racistes, aux intégristes nationalistes, aux lobbys religieux. Il est temps que nous arrêtions de mendier les droits des noirs en Mauritanie. Le courage, pour une existence.

©️ Crédit source : Post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10208854831163816&id=1705378100