● Quand le refus d’écouter radicalise | Par M. Seyré SIDIBE

Tout commence souvent par une revendication simple : meilleure représentation, justice sociale, emploi, droits culturels ou politiques. Des doléances légitimes que des citoyens, se sentant lésés, portent au grand jour. Mais trop souvent, ces revendications sont ignorées, jugées fantaisistes, inappropriées, voire contraires à l’ordre établi. Les porteurs d’idées nouvelles sont diabolisés. Ils deviennent des conspirateurs, des traîtres, des agents de déstabilisation ou des porteurs d’idéaux “révolutionnaires” dangereux.

Ce prétexte permet de camoufler des injustices séculaires. Ceux qui osent demander changement sont réprimés, humiliés, pourchassés ou poussés à l’exil. Et là où l’injustice persiste, la radicalisation devient inévitable.

Mauritanie : quand l’alerte devient crime

Le 11 février 1966, le Manifeste des 19 contre l’arabisation forcée dénonçait l’introduction improvisée et forcée de la langue arabe dans le système éducatif national mauritanien. Les auteurs ont été arrêtés et sanctionnés.

En 1986, le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé dénonçait les dérives du pouvoir et les discriminations envers les Négro-mauritaniens. La réaction fut disproportionnée : arrestations, pressions et silence forcé. Ces exemples montrent que le refus d’écoute, parfois sur des questions pourtant légitimes, nourrit le ressentiment et l’opposition radicale.

Quand l’histoire se répète

En 1789, la Révolution française éclate : le peuple réclame justice sociale et fin des privilèges. La monarchie reste sourde.

Résultat : insurrection, prise de la Bastille et effondrement du régime.

Plus près de nous, le Printemps arabe de 2011 en Tunisie et en Libye a commencé par des revendications simples : emploi, justice sociale, libertés politiques. Ignorées, elles ont dégénéré en chaos, parfois amplifié par des ingérences extérieures.

Le mouvement GANBANAXU FEEDE : une révolution silencieuse

Depuis près d’une décennie, des jeunes Soninké de la diaspora et des territoires ont initié une révision du contrat socio-communautaire Soninké, posée sur la discussion et la réflexion.

L’idée a été diabolisée, déformée, ridiculisée. Des pressions ont été exercées pour créer peur et découragement. Pourtant, la révolution intellectuelle continue : les mots “maître” et “esclave” sont désormais prononcés avec hésitation, preuve d’un changement dans les esprits.

Ces exemples, à travers les continents et les époques, montrent une vérité universelle : le refus d’écouter engendre la résistance et la radicalisation. La force peut réduire les conséquences visibles, mais elle n’éteint jamais le problème de fond.

La gouvernance durable passe par le dialogue, l’écoute et la reconnaissance des revendications légitimes. Ignorer cette vérité, c’est courir droit vers le conflit et la rupture sociale.

Seyré SIDIBE

● Mauritanie – Guidimagha politique | Ce grand théâtre soninké à scène ouverte ! Par KS

À une époque de notre jeune conscientisation politique, il était d’usage d’entendre comme référence de positionnements politiques dans le camp du pouvoir principalement 2 noms. Il s’agissait de M. Yaya KANE et M. Diéremouna SOUMARE (paix éternelle à leurs âmes). Ces personnalités étaient identifiées dans une certaine littérature politique régionale sous les appellations « tendance Yaya KANE » et « tendance Diéremouna SOUMARE« . Ainsi la vie politique du giron pouvoir-état était animée par les clivages, les influences et les commerces politiques entre ces 2 camps auprès des autorités centrales de Nouakchott. Les 2 courants plutôt clanico-politiques que tenants d’idéologies programmatiques, étaient (sont) arrimés aux anciens régimes dans les différentes communautés en termes d’appartenance sociale et de représentativité. D’affichage transcommunauraires, mais selon les précisions d’un doyen consulté récemment, me donnent schématiquement comme suit : la tendance Diéremouna SOUMARE regroupait principalement les soninkés et la tendance Yaya KANE était mixte peulhs, maures et quelques soninkés. Ce parallélisme en terme d’ancrage politique par ces identités socio-claniques prendrait ses origines du temps du premier Président mauritanien M. Moctar Ould Daddah et son parti unique (Parti du peuple mauritanien) . Ainsi, c’est dans le sillage historique de cette réalité politique régionale qu’il faut observer et décortiquer les diverses déclinaisons évolutives dans le champ politique pro toutes-majorités-présidentielles (de Daddah à Ghazouani) du Guidimagha. Les régimes se succèdent au palais ocre à Nouakchott et ces tendances mettent à jour leurs commerces politiques en lobbying du terrain régional pour être toujours dans « les petits papiers » du pouvoir en place. Le principe est simple : fidéliser une clientèle électorale en résultats localement et revenir à Nouakchott pour réclamer la récompense en termes de placements et de nominations à des postes au sein de l’administration. Ainsi fonctionnait (fonctionne) ce commerce politique qui intègrait (intègre) dans ses clauses secrètes du côté soninké, la prise en compte ségrégationniste des patronymes de personnes à nommer par exemple comme ministres. Les compétences et les qualités morales passent en rang moindre par rapport au nom de famille porté lié à l’extraction sociale.

Et c’est ainsi de nombreuses années durant au détriment d’une véritable et exigeante vie citoyenne auprès des populations notamment pour leurs besoins en terme de développement multidimensionnel. Du « cheptel » votant… sollicité électoralement période à période… et ça continuait… ça continue !

Par les temps qui courent, depuis quelques années d’ailleurs, les logiques de tendances se sont décentrées de l’ancien schéma « héritage Yaya vs héritage Diéremouna » vers une affaire des dissenssions intestines intra tendance « Diéremouna SOUMARE » dite des soninkés. L’avènement des réseaux digitaux notamment whatsapp et l’accès massif et sans filtres aux discours politiques, un certain éveil s’est amorcé auprès de l’électorat. Les élections législatives, régionales et municipales de 2023 au Guidimagha ont provoqué un certain chamboulement avec les performances électorales du parti Udp (encarté majorité présidentielle) qui rafla 4 députés sur les 8 de la region, plusieurs mairies et la vice-présidence du Conseil régional dans la foulée. Le principal parti au pouvoir Insaf a été mis en grande difficulté et par conséquent ses ambassadeurs historiques en légitimité dans la région au nom de la tendance ont vu leurs certitudes bousculées sèchement. Ces ambassadeurs mi-politiciens mi-représentants des ordres féodo-traditionalistes voient comme une menace existentielle l’émergence d’une jeune garde (qui leur est apparentée en partie par ailleurs) très ambitieuse à leur goût. On peut citer dans ce registre, l’activisme terrain de M. Waly Diawara (dynamique vice-président du CR) et ses partenaires. Les pôles constitués selon diverses opinions intra-communautaires dans cet affrontement frôlant l’amusement parfois, sont les suivants : le camp de M. Sidney Sokhna (vice-président de l’assemblée nationale) et ses ouailles et le giron mené par le duo dirigeant le Conseil régional , M. Issa Coulibaly (président) et M. Waly Diawara qui en est le premier vice-président.
Nombre de relais sociaux dans la communauté et dans la région sont en mouvements pour soutenir ici et-ou commercer politiquement pas que dans l’avenir là-bas. Certains élus (députés et maires) subissent ou participent à cet engrenage clanico-politique et social et sont rattrapés par ces réalités politiciennes de basse classe. Dans laquelle on y ourdit diverses manipulations et intrigues, sourde délation et sabotages mutuels. C’est sur ce terrain étrange de lutte d’influence et de commerce politique et social qu’on trouvera des illettrés notoires et des personnages d’une médiocre tenue intellectuelle s’accaparer du gouvernail organisationnel et missionnaire et des diplômés bien instruits avec une certaine aération intellectuelle réduits dans la loge de suiveurs lambda. À propos, un adage soninké volontairement caricatural peut être convoqué : « les bovins buveraient par leurs queue désormais »

Il y a quelques temps, nous avons constaté l’activisme douteux d’un regroupement d’une certaine configuration s’auto-proclamant représentatif du Guidimagha, s’incruster dans cette arène de lutte de positionnements légitimistes pour sauvegarder (héritage Diéremouna SOUMARE) chez les uns ou pour remplacer (asseoir une nouvelle légitimité) chez les autres auprès du pouvoir central de Nouakchott. À noter que ce regroupement espérant faire sa mue en une coordination politicienne viendrait de l’émanation des tenants réactionnaires qui se sont opposés et s’opposent par différents canaux au militantisme antiesclavagiste et anti-féodal porté par le mouvement citoyen, social et droit-de-l’hommiste Ganbanaaxu Fedde amorcé dans les milieux soninkés il y a 9 ans. L’illustration à point pour démontrer qu’il y a beaucoup d’ingrédients malaxés sous l’angle analytique purement soninké dans cette lutte clanico-politique intra tendance.

Et les masses populaires sont diversement et discriminatoirement traitées et concernées dans les enjeux globaux de ce fourre-tout très variable selon de quelle extraction sociale que l’on en vient. Les couches socialement privilégiées par les anciens régimes coutumiers vont essayer d’influencer les politiciens pour garder leurs positions intactes mêmes anti-républicaines dans les localités et les politiciens en retour vont les instrumentaliser à chaud en clientèle électorale avec des faux espoirs peu jouables à long terme. Les autres couches sociales faites d’un grand mixte entre « cadets sociaux » relégués, éléments intermédiaires subordonnés statutairement parlant et forces indépendantes progressistes, doivent se trouver une voi(e)x en positionnements politiques et en stratégies d’approche en parallèle dans l’arène sociale et politique.

J’ose croire que l’une des clés de déverrouillage de ce système clanico-politique imposé d’en haut et alimenté d’en bas, passe par l’émergence d’une dynamique citoyenne de sensibilisation auprès des opinions sociales et de créer une synergie pragmatique avec un langage de vérité. Une nécessité de politiser valablement les couches historiquement reléguées dans la société et qu’elles s’autorisent des voi(es)x et moyens en accédant en lobbying direct aux hautes autorités politiques du pays (oppositions ou le camp du pouvoir selon les choix des uns et des autres).

27 août 2025

–Koundou SOUMARE pour le BLOG

● Mali Politique ~ Contribution | Mali : L’inéluctable recomposition du paysage politique. Par M. Brehima Sidibe


Cela fait cinq bonnes années que le Mali vit sous un régime de transition. En effet, depuis le renversement du régime d’Ibrahim Boubacar KEÏTA en août 2020, le pays est dirigé par un collège de militaires. Longtemps associés à la gestion de la chose publique, notamment depuis mars 1991 avec la chute du Général Moussa Traoré, les acteurs politiques semblent désormais être dans une longue traversée du désert. Cet état de fait changera inéluctablement le paysage politique. Ce que nous tenterons de démontrer dans cet article à travers trois facteurs.

1. Un narratif défavorable

S’il y a un élément qui participe à la recomposition du paysage politique, c’est bien le narratif utilisé pour qualifier le bilan de trente ans de démocratie. A tort ou à raison, dans les hautes sphères du pouvoir, nombreux sont ceux qui estiment que la déliquescence de l’armée, de l’école plus globalement de l’Etat est liée à la gestion faite par les acteurs politiques au cours des trentes dernières années. D’où l’apparition du vocable “Mali Kura” qui signifie “le Nouveau Mali”. Entendre par là que le temps de ces acteurs politiques est désormais révolu. Et le hic est que ce narratif a surtout été vehiculé par un certain Choguel Maiga, alors premier ministre et responsable politique de premier plan. S’il est vrai que ce dernier n’est pas de la même obédience politique que les acteurs du mouvement démocratique—en ce sens qu’il se réclame de Moussa Traoré—il faut dire qu’il fut ministre dans les gouvernements des présidents Amadou Toumani Touré et d’IBK. Il aura donc contribué, peut-être sans le savoir, à sa propre mort politique ainsi que celle de ses camarades. En effet, Choguel qualifie les militaires ayant pris le pouvoir comme étant des “monai bo denw” en d’autres termes “les dignes fils ou encore ceux qui agissent véritablement pour le pays”. En appliquant le principe de présupposition en analyse du discours, cela contraste avec les acteurs politiques. Au-delà des hauts responsables, ce narratif défavorable est repris par bon nombre des maliens qui pensent que les politiciens ont une grande responsabilité dans la tragédie que le Mali a connue. Plus qu’un narratif, cela aura des conséquences politiques.

● L’abrogation de la charte des partis politiques de 2005

Fort du narratif défavorable aux hommes politiques, les autorités de transition vont engager le processus de refondation de l’Etat. Cela commence par les “Assises Nationales de la Refondation de l’Etat” (ANR) en décembre 2021. Une des recommandations phare sera de réduire le nombre de partis politiques,de durcir les conditions de création d’une formation politique et de couper le financement public. Il est important de souligner que bon nombre d’acteurs politiques étaient en phase avec cette recommandation. Mais la rupture entre les autorités de transition et la classe politique interviendra à l’issue de nouvelles consultations en avril et mai 2025. A l’issue de ces consultations–boycottées par par la classe qui s’était réuni au sein de “l’Initiative des partis politiques pour la charte” et dirigée par Me Mountaga TALL, le décret sur la dissolution des partis politiques sera signé par le Général d’armée Assimi Goita après son adoption par le Conseil National de la Transition, l’organe législatif. Au moment où nous rédigeons cet article, ce décret d’abrogation est attaqué en justice par un pool d’avocats avec à sa tête Me Mountaga TALL. Il appartient désormais à la cour constitutionnelle de trancher. Mais le temps de la justice n’est pas forcément le temps politique.

● L’usure du temps

Le dernier facteur qui explique la recomposition à venir du paysage politique malien est l’usure du temps. En effet, comme nous l’avons évoqué plus haut, depuis la chute du régime de Moussa Traoré en 1991, une nouvelle génération est apparue sur la scène politique.Cette génération est appelée le mouvement démocratique. Pendant trente ans de démocratie pluraliste, ces acteurs ont partagé le pouvoir. Ce serait de la malhonnêteté intellectuelle d’affirmer que ce bilan est totalement négatif. Comme tous les pouvoirs, il y a eu des hauts et des bas mais le mouvement démovcratique a un bilan qui est tout à fait défendable à bien des égards. Cependant, l’usure du temps s’accompagne de l’usure du pouvoir. Les populations ont souvent eul’impression de devoir choisir à chaque consultation électorale entre les mêmes acteurs. En effet, certains noms ont marqué cette période, que l’on songe à Soumaïla Cissé, IBK, Soumeylou Boubèye Maiga, Mountaga Tall, Tiébilé Dramé… On remarquera d’ailleurs que parmi les noms cités, seul Mountaga Tall est en vie. C’est également cela l’usure du temps.

En définitive, nous affirmons que les cinq dernières années auront été le temps de la recomposition du paysage politique malien à travers les trois facteurs que nous venons de développer. Toutefois, il serait naïf de penser qu’on peut diriger un pays sans acteurs politiques. D’ailleurs les autorités de transition ont elles même souligné qu’une nouvelle charte des partis politiques sera mise en place conformément au texte et à l’esprit de la constitution du 22 juillet 2023 qui, comme celle de 1992, garantit le multipartisme. Nous allons donc assister à une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques qui pour réussir devra tenir compte des erreurs commises par le passé. Pour finir, en paraphrasant Frantz Fanon : “Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.”

Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique

● Mauritanie politique | l’engagement vaut avant tout par son périmètre prioritaire. Par KS

● Rétro 📷 Avril 2025 | Avec le doyen et compatriote Dr Mohamed Cire. De notre causerie instructive adjointe à d’autres observations et échanges avec certaines source-ressources sociales et politiques sur notre Mauritanie politique, ma conviction s’est affermie sur la stratégie de périmètre prioritaire en politique. Une sorte de relativisme alerte en fonction de qui dénonce quoi et dans quel contexte. Également à être attentif sur le traitement thématique : ici ça marginalise une donnée et là bas ça en fait une centralité selon des frontières sociales et territoriales.

Ainsi, en militant ou sympathisant, je peux me retrouver dans le même camp politique de diverses compositions sociales et idéologiques mais mon top focus ne doit jamais dévier de mon périmètre prioritaire dans les enjeux politiques et sociaux en question.

Un cas plausible pour ne pas dire certain, tu peux te retrouver soutenir un candidat à la présidence de la république avec un groupe d’individus et ce même groupe ne voterait jamais pour toi dans votre commune d’origine si tu étais candidat à la mairie.

Beaucoup d’afro mauritaniens politisés sont dans cette gymnastique entre les élections présidentielles et les élections locales parce que les priorités sont chancelantes en fonction de certains objectifs variables peu avouables sur la place publique. On épingle le racialisme politique ailleurs (dit étatique) tout en cautionnant insidieusement le féodalisme politique dans nos enclos communautaires.
D’ailleurs une certaine actualité pourrait se résumer à un constat Cri Osé comme suit : En Mauritanie politique, si vos « cadets sociaux » fêtent toujours leur subordination socio-folklorique dans le fatalisme, votre intelligentsia a failli à l’essentiel.

Nombre de « Che Guevara » captant bruyamment des espaces politico-médiatiques et militants circonscrits à certaines thématiques, le font avec d’angles évités sciemment… notamment ceux liés aux problématiques féodalo-esclavagistes qui minent toutes nos communautés nationales à divers degrés. Une ambiance spectaculaire y préside via les espaces digitaux 2.0 pour écumer et conditionner les opinions publiques surtout celles peu averties, afin d’espérer cueillir les retombées électoralement à l’avenir. Une forme d’imposture par l’arrière-fond sélectif dans le champ des problématiques à dénoncer et à traiter publiquement.

En un mot : l’éveil politique résolument citoyen et égalitaire doit émerger d’en bas (dans nos communautés), ce qui nécessite une mise à jour dans nos relations inter classes , sociaux et statutaires. Autrement…nous faisons semblant avec quelques leurres risibles qui ne peuvent tenir d’échappatoire continuellement.

23 août 2025

–Koundou SOUMARE pour le BLOG

● Mauritanie | Houwiyeti et son système « Big Brother » par ce parrainage des partis politiques.

1 – Je me demande s’il existe un système similaire ailleurs dans le monde, pour le processus de reconnaissance d’un parti politique par les autorités ?

2 – Accès aux données biométriques des citoyens et les croisant avec leurs camps politiques sous le contrôle du ministère de l’intérieur (par ailleurs véritable gestionnaire politisé du système électoral)… même le KGB d’antan hésiterait comme pratique…
Qui va garantir quoi dans ça… en termes de protection de ces données et le droit à l’anonymat pour les choix politiques… notamment les fonctionnaires et autres citoyens professionnellement ou socialement dépendants…?

3 – Le député mauritanien 🇲🇷 M. Biram Dah Abeid avait relevé cette problématique à juste titre dans une intervention audio il y a quelques temps…

4 – Ce système insidieusement policier et intrusif mis dans le filtrage de l’espace politico organisationnel est une grave atteinte aux libertés politiques, et seuls les partis politiquement compatibles à une certaine idéologie « tronc commun » avec l’Etat profond vont s’y soumettre en toute confiance.

5 – Ce E-contrôle de haute intensité n’est pas démocratiquement potable et les autorités doivent le bannir et permettre à toutes les expressions politiques d’occuper leurs espaces fonctionnels et militants en toute légalité. Les droits politiques librement tenus par les citoyens font partie intégrante naturellement du champ droit-de-l’hommiste

20 août 2025

KS pour le BLOG

● Esclavage en Afrique: La participation des féodalités africaines est incontestable ! | Par l’anthropologue sénégalais Yaya SY

« Bonsoir Diko. En Afrique, pour de multiples raisons, les gens ne lisent pas beaucoup ou disposent de peu de documents scientifiques sérieux. Je t’envoie des documents que je vais brièvement commenter. Ceux qui disent que les féodalités africaines n’étaient pas impliquées dans l’esclavage (arabo-musulman) depuis le VIIe siècle jusqu’au XXe, font du négationnisme ou du révisionnisme. De même, à des degrés divers, concernant les déportations européennes, l’écrasante majorité des chefferies ont été corrompues par les cadeaux offerts par les Européens, soit pour s’installer sur les côtes, soit pour prendre les voies fluviales et s’introduire dans le pays profond à travers leurs alliés… Les Portugais arrivés les premiers dès la moitié du XVe siècle, ont commencé à donner des cadeaux aux rois pour les corrompre et des armes pour déstabiliser leurs adversaires et en faire de futurs vassaux et esclaves… Les Français installés à Saint-Louis en 1659, ont aussitôt commencé le commerce des esclaves sur la côte sénégambienne… A partir de 1666 ils commencèrent à remonter le fleuve et à payer des redevances et des cadeaux aux souverains et chefs locaux… Mais dès qu’ils s’installent durablement (comme à Bakel), ils cherchent querelle aux chefs en s’imposant par la force. Mais à partir du Second Empire ils ne veulent même « plus payer les coutumes aux sauvages » (droits de passage et cadeaux). On trouvera des détails dans mon ouvrage  » Mouhamadou Lamine Darame ».

Il y a des passages au début de mon ouvrage où les Français achetaient l’amitié des chefs en payant des droits de passage sur le fleuve… À la fin de l’ouvrage tu verras comment ils intimidaient, enlevaient les enfants des fils de chefs pour les envoyer à leur école (chefs soumis ou vaincus). Il faut comprendre que les Européens sont venus s’installer sur les côtes à partir de 1444. Dès lors, on avait deux espaces de prélèvement d’esclaves : la moitié Nord du Continent (du Sahel jusqu’en Somalie) et sur les côtes (des côtes mauritaniennes jusqu’à la mer Rouge). Le Congo a la spécificité d’être la première à être démantelé et la dernière à continuer à être massivement attaqué au XIXe siècle par les esclavagistes.

Dans l’ouvrage de Claude Meillassoux, beaucoup de sociétés africaines font face aux deux systèmes esclavagistes… Les meilleurs spécialistes sont dans la bibliographie. En particulier Denise Bouche qui a écrit sur les « villages de liberté « . Elle montre comment les Français tout en ayant voté des lois d’abolition en 1848, ne veulent pas les appliquer ou faire voter de nouvelles lois pour l’Afrique noire (lois 1901-1903 et 1905 non appliquées). Ils louvoient avec les esclavagistes qui envoient des caravanes en Afrique du nord ; ils veulent seulement en empêcher ces flux de caravanes d’esclaves ; ils essaient d’attirer les esclaves dans leur « enclaves » (escales) tout en ne voulant pas mécontenter les féodaux (mais ils avaient besoin de main d’œuvre). Ainsi, les rois ou chefs de village qui acceptent de collaborer avec eux sont promus à des postes de chefs de cantons (début du XXe jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale). Les féodaux mécontents ont mobilisé leurs marabouts pour propager l’idée que tout esclave qui se rend dans les refuges du Blanc ira en enfer car il n’est pas libéré selon les lois de l’islam… (Denise Bouche  » 1968 « Les villages de liberté en Afrique noir française, Paris, Mouton). Les Français ont continué eux-mêmes à pratiquer les travaux forcés jusqu’en 1946 (Loi Houphouet  Boigny) malgré les nombreuses injonctions de la Société des Nations (SDN).

L’ouvrage de Renault et Daget est l’un des meilleurs qui montre les parts de responsabilité des féodalités africaines et des marchands esclavagistes européens sur les côtes (et la pénétration de leur « commerce » par les cours d’eau du Golfe de Guinée). On achète les places des comptoirs, on couvre le roi de cadeaux (toujours ces marchandises européennes comme leurres). On lui vend des armes et il se lance à la recherche de ses congénères d’autres sociétés, voisines ou lointaines…

Dans cet ouvrage les Portugais débarquent en 1444 sur les côtes de l’actuel Mauritanie. Mais à la fin du XVe siècle, ils ont déjà démoli le Grand Congo d’ Alfonse 1er malgré sa conversion et son attitude, conciliante. Ils remontent vers la Sénégambie pour démolir le Grand Jolof en détachant ses royaumes vassaux à qui ils offrent des cadeaux et vendent des armes… C’est l’explosion du Grand Jolof sous la pression des esclavagistes portugais. Diviser pour mieux régner, car la résistance des grands ensembles pourrait coûter cher à l’envahisseur. Mieux vaut diviser d’abord avant de s’attaquer à ceux qui résistent, mais qui sont déjà isolés…

La participation des féodalités africaines est incontestable ! Par exemple, que ceux qui disent que les rois du Fouta n’ont pas collaboré avec les colons m’expliquent pourquoi et comment le lieutenant colonel Henri Frey a pu avoir 2000 cavaliers d’Abdoul Boubacar roi du Fouta pour aller l’aider à brûler les villages du Gidimaxa qui ont aidé Mouhamadou Lamine lors du siège de Bakel en avril 1886 ? Partout il y a eu des résistances farouches certes, mais aussi des alliances coupables, des vassalisations et des soumissions honteuses. C’est à nous de lire toutes ces pages sombres et claires  de notre histoire en toute objectivité selon les contextes et les périodes.

Dogo Diawara, l’un des plus grands traditionalistes des Soinkés du Gajaaga décrit un exemple de collaboration et de soumission sournoises des féodaux : « Le roi de Tiyabou s’est déplacé en personne pour aller dire au commandant de cercle à Bakel : « Tu es mon camarade, je viens t’informer qu’un marabout du nom de Mamadou Lamine Darame du village de Gounjourou s’apprête à soulever le peuple et à provoquer des troubles dans le pays. Mais le Commandant du fort, le Capitaine Lefranc, était déjà au courant… car son chef hiérarchique le lieutenant Colonel Henri Frey avait reçu des garanties à Gounjourou auprès du marabout qui lui avait déjà promis qu’il ne s’attaquerait pas aux Français). On était en août 1885… Juste au retour de la Mecque du marabout soninké en juillet. Dogo Diawara précise : Le « Tunka » (roi) de Tiyabou disait à qui voulait l’entendre : « Nous avons essuyé un premier problème de Sikhou (maraboput) nous ne voulons plus d’un second Sikhou ». Il avait été échaudé par le soulèvement généré par un premier marabout, en l’occurrence El-Hadj Omar, qui avait ébranlé les pouvoirs locaux des Soninkés et des Bambaras… » On comprend pourqupoi pratiquement, tous les souverains du fleuve avaient déjà en juillet 1885, signé un pacte de protectorat avec les colons français…(…..) »

Docteur Yaya SY Anthropologue et Professeur d’Histoire.

©️ lien média https://guidumakha.com/2025/08/19/esclavage-en-afrique-la-participation-des-feodalites-africaines-est-incontestable/?fbclid=IwdGRleAMSaQVjbGNrAxJn0mV4dG4DYWVtAjExAAEe13HkiM51vTi0LpGCi6gOke1MQSjW2Bk6SKcwewNo0Yz8oBtwwuszEl5Nao0_aem_YdIuKOMq7S-ICj3S5nEVsA

● En Soninkara, les répétiteurs stériles reprennent du service encore. | Par Koundou SOUMARE

©️ 📸 via internet.



📸 Lui, il s’appelle M. Mohammed Diakho Tanjigora. Lire un élément biographique publié dans notre BLOG il y a quelques temps https://ecrit-ose.blog/2023/01/06/%e2%97%8f-elements-biographiques-de-cheikh-madiakho-tandjigora/ .

Lettré soninké en sciences islamiques, originaire du Sénégal, il est auteur de plusieurs ouvrages dont la traduction en soninké du Coran https://ecrit-ose.blog/2021/04/28/la-parution-dun-ouvrage-dune-portee-intellectuelle-monumentale-en-milieux-soninkes-le-saint-coran-traduit-en-langue-soninke-par-le-professeur-muhammad-diakho-tandjigora/.

Dans ses enseignements (cours audios, interviews…), il est d’une pertinence qui ne laisse pas indifférent. Analyste, observateur et intéressé aux données globales (sciences humaines, sciences islamiques, géopolitiques…), il se démarque bonnement par cette aération intellectuelle de beaucoup de lettrés soninkés dits religieux. En Soninkara, il existe quelques répétiteurs stériles et limités intellectuellement qui  sont dans une obsession quasiment maladive à l’encontre de sa personne et de ses enseignements https://ecrit-ose.blog/2022/09/04/%f0%9f%94%b4-ces-hableurs-apprentis-lettres-qui-sattaquent-injustement-a-cheikh-mohamed-diakho-tandjigora/. On peut constater qu’ils lui reprochent ses positions intellectuelles ou plutôt ses facultés d’un certain niveau savant dans ses enseignements.

Ces milieux lettrés soninkés qui ne sont bons qu’à la répétition des textes ou autres idéologies sectaires et confuses, se donnent une étrange prétention d’être de dépositaires de la voi(e)x de la guidance valide.

Pour ceux qui suivent assidûment ou périodiquement les enseignements de cheikh Mohammed Diakho Tanjigora, il est aisé de savoir qu’il ne s’est jamais déclaré l’alpha et l’oméga de savoirs islamiques dispensés auprès de l’audience écosystèmique soninké. Il est d’un courage intellectuel respectable, déploie ses réflexions sur différentes thématiques et appelle souvent aux lettrés soninkés en particulier les jeunes à plus de recherches et d’approfondissement dans leur cheminement étudiant.
Il n’hésite pas à revenir sur ses lectures concernant une donnée ou une position qu’il juge nécessaire après une mise à jour de compréhension dans ses recherches.

Certains répétiteurs stériles qui le tiennent dans leur orbite inquisitrice coincée avec un troublant acharnement, se comptent parmi les lettrés soninkés issus du clergé communautaire qui plaident la validité de l’esclavage coutumier intra-communautaire par leurs lectures apologistes du phénomène relevé comme un crime contre l’humanité aujourd’hui dans différents pays du monde. Également, d’autres lui reprochent tout simplement son intelligence et son érudition à travers ses audacieuses réflexions et d’autres thématiques qu’il aborde dans un esprit de débats ouverts sans dogmatisme. Il n’est pas dans la facilité par la diffusion des audios comme d’autres petits prêcheurs intellectuellement de très basse gamme et d’une arrogance éhontée. Il est connu auteur- écrivain qui réclame naturellement une capacité à produire des enseignements islamiquement solides comme d’autres savants le font dans les milieux arabo musulmans ou dans d’autres univers.

Certains de nos répétiteurs soninkés végètent dans une lourde confusion à mélanger l’arabisme ethnique à tendance sectaire avec la validité ou non d’une production savante d’un penseur. Pour eux, un négre africain qui ose penser et produire sans un patronage validé par un certain type de savant de l’environnement arabo-arabe, est forcément dans l’égarement. Ainsi dire, ils veulent la promotion d’un mimétisme sec et les voix réfléchies qui stimulent la sagesse contributive et l’élévation intellectuelle sont foncièrement gênantes pour eux. Et le cas de M. Tanjigora dans leurs visions étriquées est symptomatique de cette chapelle des répétiteurs coincés et limités intellectuellement.

Longue vie à ce monsieur et bonne continuation dans ses activités intellectuelles qui servent les sciences islamiques et même les sciences humaines.

4 août 2025

-KS pour le BLOG

● Mauritanie ~ Contribution | Ce que nous attendons d’un ministre de l’Économie, en Mauritanie | Par M. Souleymane Sidibé

On aurait sans doute gagné, en Mauritanie, à avoir un ministre de l’Économie véritablement utile au pays : un homme ou une femme qui allie rigueur technique, sens de la responsabilité, vision économique souveraine… Bref, quelqu’un capable de transformer une économie encore largement extractive en moteur de transformation, de justice et de développement inclusif.

Celui qui nous sert de ministre semble-t-il être dans une logique de m’as-tu-vu politique ? Hélas, il est coutume de voir souvent des responsables politiques cacher leurs limites derrière le verbiage ou des idéologies usées, pour plaire à une frange de la population en décalage total avec les réalités contemporaines. Ce que nous méritons : des propositions solides, pas des postures.

Le ministère de l’Économie ne devrait pas être une vitrine idéologique. Il devrait y avoir des compétences techniques reconnues. Celui-là qui choisit la posture au lieu de la consistance devrait s’inspirer de ses prédécesseurs. Le pays a besoin d’un fin stratège, économiquement parlant.

S’il choisit de s’adresser à nous exclusivement en arabe, qu’il nous parle donc du PIB réel, de l’inflation, du taux de pauvreté, du chômage, des inégalités régionales. Qu’il nous explique, chiffres à l’appui, où va notre économie, quels mécanismes sont à notre disposition pour en sortir, et comment les citoyens peuvent en bénéficier. En arabe, avec les indicateurs socioéconomiques et financiers. Qu’il nous parle de l’impact des marchés marchés gré à gré (over-the-counter)…

Qu’en est-il de nos secteurs productifs ? De la pêche, du gaz, de l’agriculture ? Comment travaille-t-il avec les autres ministères pour bâtir des structures solides ? Comment pense-t-il la redistribution, l’équité budgétaire, l’accès aux marchés pour les plus marginalisés ? Que fait-il pour briser le centralisme nouakchottois ? Que propose-t-il en matière de justice fiscale ? Que propose-t-il à ses pairs ?

Nous attendons alors :

• La publication trimestrielle d’un bulletin économique grand public, en arabe (les francophones vont se démerder alors !), incluant les données-clés de l’économie nationale ;
• La mise en place d’un tableau de bord numérique en accès libre, recensant les principaux indicateurs socioéconomiques ;
• L’organisation d’assises régionales de l’économie avec les acteurs économiques locaux (PME, jeunes, agriculteurs, pêcheurs, femmes cheffes d’entreprise) ;
• Une stratégie nationale de soutien aux PME et à la filière agroalimentaire locale, avec des lignes budgétaires identifiables dans la loi de finances ;
• Un plan de décentralisation économique, visant à sortir du modèle hyper-centralisé de Nouakchott/ Nouadibou ;
• Un rapport annuel indépendant sur les politiques économiques, présenté au Parlement, en arabe, sinon dans la langue de sa formation (le français !) avec recommandations à la clé.

La fracture économique en Mauritanie est aussi sociale et communautaire : entre Noirs et non-Noirs, entre urbains et ruraux, entre fonctionnaires et non-fonctionnaires. Un ministre utile ne peut l’ignorer. Il doit avoir un plan de transformation économique clair et réaliste, penser diversification, en plus du soutien  aux PME locales, penser les filières agroalimentaires, les retombées du numérique, l’industrialisation.

Et surtout,  sortir du mimétisme : ne pas suivre aveuglément les injonctions des bailleurs, mais proposer des perspectives souveraines, ancrées dans les besoins du pays.

En observant les plans économiques de la sous-région, le constat est amer. Mais espérons que le ministre soit assez moderne dans sa gestion et sache nous parler de FinTech, de la digitalisation de ses services au lieu d’une correspondance sans traçabilité, de transparence budgétaire, de permette un Doing Business, d’Open Budget Index, et surtout : savoir communiquer des outils au peuple, la relation avec la monnaie, la Banque Centrale, entre son ministère et les autres. Et qu’il puisse nous inviter à la réflexion et comprendre les rapports de force géopolitiques, économiques et stratégiques avec la Chine, les États-Unis, la France, la Turquie, le FMI, l’UE, etc., et en tirer profit. Bien évidemment, sans que nous n’ayons à les subir.

Plus que jamais, la Mauritanie (notre grand « petit pays ! ») a besoin d’un leadership économique fort, qui fait une analyse SWOT (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces) de la situation actuelle. Une femme ou un homme qui porte un leadership qui ose parler de transition écologique, de capital humain, de valeurs républicaines. Pas d’un gestionnaire de façade. Pas d’un idéologue de repli.

Voilà ce que nous attendons. Voilà ce que mérite ce pays.

Souleymane Sidibé

● Mauritanie | L’Appel Pressant à la Communauté Maure pour Briser les Chaînes de l’Injustice | Par M. Mamoudou Baidy Gaye (Alia Gaye)

–Paris 1er Août 2025

Une question lancinante hante les sables et les rues de Mauritanie pourquoi l’injustice persiste-t-elle, génération après génération, et semble-t-elle s’enraciner davantage ? Ce constat amer, partagé par de nombreux Mauritaniens, ne peut plus être étouffé par le silence ou les dénégations commodes. Il est temps de regarder en face une réalité complexe et douloureuse.
Il est indéniable, comme le soulignent de nombreux observateurs, qu’une part significative de la communauté maure (Bidhân) occupe historiquement une position sociale, économique et politique dominante. Cette position, héritée de structures séculaires, confère des privilèges tangibles. Pourtant, un silence assourdissant, ou trop souvent des paroles timides, émanent des sphères d’influence traditionnelles au sein même de cette communauté les chefs de tribus, les imams écoutés, les notables influents. Où est la solidarité active, tangible, sans ambiguïté, envers les autres communautés – Haratines, Négro-Mauritaniens – qui subissent de plein fouet les injustices sociales les plus criantes : l’esclavage sous ses formes contemporaines, la discrimination foncière, l’exclusion politique, l’accès inéquitable à la justice et à l’éducation ?
L’histoire récente nous enseigne une leçon cruciale les changements positifs, aussi timides soient-ils, n’ont jamais été l’initiative exclusive des opprimés. Ils sont survenus lorsque des consciences se sont éveillées au sein même des cercles privilégiés. Lorsque des hommes et des femmes, bénéficiant de cette position « confortable », ont eu le courage de regarder l’injustice en face, de remettre en question l’ordre établi qui les avantageait, et d’agir. Ils ont choisi la justice au détriment de leurs privilèges immédiats, assumant les conséquences parfois lourdes de ce choix courageux. C’est leur voix, leur refus de la complicité passive, qui a permis les rares avancées vers une société plus équitable.
À la communauté maure, avec qui nous avons tissé le destin commun de cette terre depuis des siècles, cet appel solennel est lancé
Le temps de l’attentisme, des excuses et des demi-mesures est révolu. L’heure est à l’action décisive et courageuse.Nous partageons le même sol, le même avenir, la même destinée éternelle. L’héritage que nous laisserons aux générations futures est en jeu aujourd’hui. Voulons-nous leur léguer une Mauritanie fracturée, gangrénée par l’injustice et la méfiance, ou une nation unie, fondée sur le droit et le respect égal de la dignité de chaque citoyen ?
La responsabilité historique vous incombe, en grande partie, chers frères et sœurs de la communauté maure. Vous détenez souvent les leviers du pouvoir, de l’influence sociale et religieuse, de l’économie. Utilisez-les non pour perpétuer un système inique, mais pour le démanteler. Interpellez vos chefs tribaux pour qu’ils dénoncent les discriminations au lieu de les perpétuer. Exigez de vos imams qu’ils prêchent une véritable justice islamique, une solidarité sans frontières ethniques ou sociales, qui soit le cœur du message divin. Poussez les élites économiques et politiques à mettre en œuvre des politiques concrètes d’équité réforme foncière juste, accès égal à l’éducation et à la santé, lutte implacable contre l’esclavage et ses séquelles, justice indépendante pour tous.
Dieu, comme le rappelle à juste titre la sagesse, n’est pas avec les injustes (wa mā Allāhu biẓ-ẓālimīn). Cette vérité transcendante doit guider nos pas. La passivité face à l’injustice est complicité. Le silence est une arme de l’oppresseur.
La Mauritanie ne connaîtra la paix et la prospérité véritables que lorsque la justice sera le socle commun de toutes ses composantes. Il est temps, chers compatriotes de la communauté maure, de faire le choix courageux. Le choix de la Mauritanie juste. Le choix de l’héritage lumineux. Le choix de Dieu et de l’Histoire. Agissons, maintenant, ensemble, pour briser enfin les chaînes du passé et bâtir l’avenir commun. L’éternité nous regarde

Mamoudou Baidy Gaye dit Alia journaliste militant membre de MDJ

● LES CENT ANS DE LA NAISSANCE DE FRANTZ FANON | Par Professeur Yaya SY


Le numéro spécial du Journal Antilla réalisé en 1991, entièrement par YAYA SY Anthropologue et Professeur d’histoire à la  retraite.

● (Les inquiétudes d‘un Fanonien ordinaire)


J’observe avec un peu de réserve l’anthousiasme contagieux suscité par les commémorations du centenaire de F. Fanon autour de ses idées (« Les damnés de la Terre »). Il est certes très important de sensibiliser la jeunesse du monde à ses idées, mais il faut surtout le faire pour ses actes.
Cependant, je dois partager cette petite inquiétude, qui je l’espère, est fondée sur une observation et une lecture correctes du monde d’aujourd’hui.
1°) A mon humble avis, tout authentique Fanonien ou toute institution qui se réclame des idées de Fanon et sa « praxis », doit se préserver de l’« appropriation exclusive» de l’héritage fanonien. Fanon s’est battu pour tous les « damnés de la terre », pour tous les peuples du monde, pour tous les hommes et toutes les femmes opprimés où qu’ils soient dans l’espace et dans le temps. 
2°) Par conséquent, son pays natal la Martinique et son pays d’adoption l’Algérie, doivent être conscients du poids historique de l’héritage fanonien : ils doivent être ouverts à toutes souffrances du monde, rester sensibles et vigilants à toutes les injustices et à toutes les agressions menées à l’endroit des peuples et des individus. De ce point de vue, ce qui se passe à Gaza, au Soudan, au Congo, etc., avec leurs cortèges de morts et de violences insoutenables, doit être dénoncé et condamné avec la dernière énergie.
3°) L’Algérie jadis en lutte pour sa libération,  qui avait fait de Fanon son Ministre des Affaires Etrangères, doit actuellement, de mon point de vue, revoir sa position vis-à-vis du racisme envers les Noirs, en particulier à l’endroit  des  Africains et les peuples africains. En effet, récemment, des femmes algériennes ont  manifesté contre ce racisme ambiant afin d’épouser librement un Africain noir comme tout autre homme de leur choix.
Par ailleurs,  l’Algérie doit également se rappeler que  le Mali était une base arrière sûre du FLN et un nid accueillant pour les dirigeants de l’Algérie combattante pendant la guerre de libération ; alors qu’aujourd’hui, le Mali en lutte pour sa pleine souveraineté, est dans le viseur et le collimateur du gouvernement algérien… On ne parle même pas Africains refoulés dans le désert sans moyens de se nourrir correctement…
Enfin, les membres du cercle Fanon doivent associer pour toujours le nom de Frantz Fanon  à celui Me Marcel Manville en particulier. Ils ont vécu en duo en partageant joies et peines dans leur plus jeune âge, dans la « dissidence », dans la Seconde Guerre mondiale, puis ont épousé ensemble le combat du peuple algérien jusqu’à ce que la maladie et la mort prématurée de Fanon les séparent. Marcel Manville, Joby Fanon, Me Ménil et son épouse Geneviève ; une pensée émue pour les fondateurs du Cercle Fanon dont les noms ne doivent jamais disparaître de nos mémoires…
Enfin, n’oublions pas non plus que l’initiateur de Fanon à la lecture anticoloniale du monde fut Aimé Césaire, son Professeur au Lycée Victor Schoelcher.  Même s’il arrive souvent que le disciple s’envole librement de ses propres ailes, voire se reconstruit autrement.
Je souhaite vivement que ceux qui se réclament de l’héritage de Fanon aujourd’hui, évitent l’exclusivisme, les modes passagères et les exhibitions voyeuristes de la toile, qu’ils se rappellent les deux qualités cardinales au cœur du réacteur de la pensée fanonnienne : la congruence et le rejet de l’injustice.


Par Yaya SY,  Anthropologue et Professeur d’Histoire à la Retraite.


Le 20 Juillet 2025.