● Le Grand Entretien du Blog | Avec monsieur N’djim Boubacar (MSDH – Mali)

La rubrique Grand Entretien du Blog (Le GEB) vous propose l’interview accordée par monsieur Boubacar N’djim. Le coordinateur national du Mouvement pour la Sauvegarde des Droits de l’Homme est un dynamique activiste dans l’arène droit-de-l’hommiste au Mali notamment l’engagement anti-esclavagiste. Il nous brosse quelques données de son militantisme et aborde l’actualité dans la sous-région ouest-africaine. Monsieur N’Djim, expert en gestion des conflits, est affilié à plusieurs structures dédiées à la défense des droits humains au Mali, comme la Coalition nationale des défenseurs des droits de l’Homme du Mali.

~ Ci-dessous ses réponses à nos questions :

Question 1 : Bonjour monsieur N’Djim Boubacar, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

BN : Je suis un jeune activiste de la societé civile et militant des droits de l’homme au Mali, je suis très connu dans la lutte contre l’esclavage par ascendance au Mali surtout dans le milieu soninké.

Question 2 : Vous êtes une voix publique droit-de-l’hommiste au Mali depuis quelques années à travers le Mouvement pour la sauvegarde des droits humains (MSDH), actuellement quelle est la situation générale en matière de droits humains dans votre pays?

BN : La situation des droits de l’homme au Mali demeure préoccupante malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, qui parle de droits de l’homme parle de justice sociale selon un rapport publié le 06 Janvier 2023 par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
L’accès des personnes déplacées à l’emploi formel peut les empêcher d’être victimes des formes contemporaines d’esclavage.
Malgré les efforts déployés pour faire avancer la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, de nouvelles difficultés sont apparues après que les mouvements signataires ont décidé de suspendre leur participation au mécanisme de suivi de l’Accord jusqu’à la tenue d’une réunion avec l’équipe de médiation internationale, destinée à discuter de l’avenir du processus de paix. Alors que l’insécurité continue de compromettre le rétablissement de l’autorité de l’État, la mise en œuvre de la stratégie de stabilisation des régions du Centre reste essentielle pour remédier à la situation actuelle.
En dépit des défis complexes et multiformes il existe quelques éclaircies dans le domaine du processus de transition, dans le renforcement des capacités des Forces de Défense et de Sécurité Maliennes, la coopération face à la lutte contre le terrorisme. Tout cela semble être dissimulé par les effets d’une fracture géopolitique mondiale dont le Mali semble être l’épicentre en Afrique de l’Ouest, une situation qui génère tensions, polarisation, défiance généralisée et malsaine entre le Mali et une certaine partie de la communauté internationale et notamment la MINUSMA.

Question 3 : la lutte contre l’esclavage par ascendance fait partie de votre champ d’engagement, quelle analyse-bilan faites-vous sur cette problématique et son traitement par les autorités maliennes ?

BN : Oui effectivement la lutte contre l’esclavage fait partie de nos objectifs, Certaines personnes naissent en esclavage au Mali parce que leurs ancêtres ont été capturés comme esclaves et que leurs familles « appartiennent » aux familles propriétaires d’esclaves – appelées « nobles » – depuis des générations. Les « esclaves » sont contraints de travailler sans rémunération, peuvent être hérités et sont privés des droits humains fondamentaux.
De nos jours ce phénomène a engendré plusieurs morts et plusieurs centaines de déplacés dans la seule région de Kayes.
On se rappelle attaques à Lani dans le Gadiaga, dans le Guidhimaka, du massacre de Diandjoumé , des attaques répétitives à bafoulabé,Nioro,Diema pour ne citer qu’eux.
A la suite de ces différentes violations des droits de l’homme, une fissure s’est installée dans ces communautés qui ont vécu des siècles sans tensions et il faut aussi reconnaitre que ces faits ne sont pas nouveaux ce sont des faits très contemporains.
Il existe une couche qui se dit noble la plus part vient des chefferies et entretient ces coutumes et us légués de façon très rigoureuse.
Apres toutes ces atrocités toutes les organisations qui lutte contre l’esclavage réunies au sein de la Coalition nationale du lutte contre l’esclavage au Mali dirigé par la commission nationale de droits de l’homme ont mené plusieurs actions de sensibilisation et de plaidoyer en vue d’aider les victimes et d’alerter les autorités de transition pour que justice soit faite.
C’est en ce sens que le Ministre de la Justice a instruit aux procureurs généraux du Mali en vue de mettre fin à cette question qui tyrannise notre société.
Une session spéciale de La cour d’Assises de Kayes qui avait pour objectif de juger les infractions en lien avec la question de l’esclavage a été faite et le verdict a été sans appel pour le bonheur qui ne réclamait que justice
Sur 3 Affaires, 100 accusés, 56 détenus.
– 8 personnes condamnées à la peine de mort
-1 condamnation par contumace
-10 condamnations d’emprisonnement avec sursis
-6 condamnations à la réclusion de 5 à 10 ans d’emprisonnement
-11 condamnations allant de 2 à 5 ans d’emprisonnent
-32 acquittements
-2 arrêts civils
Ces personnes sont accusées de crimes liées à la pratique de l’esclavage par ascendance dans les régions de Kayes, Kita et Nioro.
Ceci est un effort louable de la part des autorités pour les victimes de l’esclavage par ascendance au Mali, nous félicitons également la Commission Nationale des Droits de l’Homme du Mali (CNDH) à travers son Président Mr Aguibou Bouaré et toutes les organisations de la Coalition Nationale de Lutte contre l’Esclavage au Mali (CONALEM) qui ont œuvré pour que justice soit rendue.
Par ailleurs toujours dans le cadre de la protection des victimes nous sollicitons de la part du gouvernement ;
Le retour rapide des victimes déplacées internes et de l’esclavage par ascendance ;
Et l’adoption d’une loi réprimant l’esclavage et les pratiques assimilées.
L’État est le seul garant de l’effectivité de cette justice sociale, et le Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme Mr Mamadou Kassogué se sont personnellement investis pour une bonne redistribution de la justice.

Question 4 : Quelle lecture faites-vous de sa situation politico-sécuritaire globale dans notre sous-région, nombreux coups d’État (Guinée Conakry, Burkina Faso, Mali et Niger..) ?

BN : Les coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest suscitent des préoccupations majeures en termes de stabilité politique, de démocratie, de droits de l’homme et de développement. En renversant brusquement des gouvernements élus, les coups d’État créent souvent une instabilité politique, perturbent les institutions démocratiques et génèrent un climat d’incertitude.
Ces événements contredisent les progrès démocratiques accomplis dans la région. Les principes démocratiques sont violés lorsque l’ordre constitutionnel est renversé par la force. Les impacts économiques sont également notables, avec des investissements et des échanges perturbés, entraînant des répercussions négatives sur le développement économique.
En parallèle, les coups d’État peuvent occasionner des violations des droits de l’homme, allant de la répression des libertés civiles à la censure médiatique et à l’usage excessif de la force. Les groupes marginalisés sont souvent davantage vulnérables dans ces périodes de troubles.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et d’autres acteurs internationaux jouent un rôle crucial dans la prévention et la réaction aux coups d’État. Des pressions régionales et internationales sont exercées pour rétablir rapidement l’ordre constitutionnel.
Les raisons des coups d’État sont complexes, allant de la corruption à la mauvaise gouvernance, des inégalités sociales aux tensions ethniques. Le contexte politique et social joue un rôle central, tout comme la prolifération des armes dans certaines régions.
Chaque coup d’État est unique, mais la stabilité politique, la démocratie et le respect des droits de l’homme restent des défis constants. Des efforts soutenus sont nécessaires pour promouvoir des transitions pacifiques du pouvoir et renforcer la gouvernance démocratique dans la région.

Une partie de la population de ces pays veut de nouveaux alliés en ont marre de partenaires comme la France ou les Etats-Unis » Une partie veut de nouveaux alliés et même les Sénégalais en ont marre de partenaires comme la France ou les Etats-Unis » mais on ne peut ignorer que l’appel à une ‘voie panafricaine’ se fait de plus en plus sentir. Attendons de voir ce que cela va donner. Cependant, les crises politiques ne se résolvent pas par les armes mais par le dialogue. Des organisations comme la Cédéao et l’Union africaine, elles devraient prévenir les conflits, au lieu de cela, ils ont un pouvoir limité, étant dirigés par ces dirigeants contre lesquels les populations protestent ». Comme le président Macky Sall, qui au Sénégal est accusé de vouloir se présenter pour la troisième fois aux prochaines élections, alors même que la Constitution l’interdit. Pour mettre un terme aux coups d’État en Afrique de l’Ouest, il est essentiel d’adopter une approche globale impliquant des actions nationales, régionales et internationales.

Tout d’abord, le renforcement de la démocratie demeure une priorité majeure. Les nations doivent consolider leurs institutions démocratiques, garantir la primauté du droit et assurer des processus électoraux transparents. En promouvant des voies légales pour les changements de leadership, on réduit la tentation de recourir à des méthodes non démocratiques telles que les coups d’État.
Les dirigeants politiques jouent un rôle crucial dans la prévention des coups d’État. En adoptant un leadership éthique, en luttant contre la corruption et en protégeant les droits de l’homme, ils renforcent la confiance des citoyens dans le système politique et dissuadent les actions illégales.
Réduire les inégalités sociales et économiques est également essentiel. Une société plus inclusive, avec des opportunités équitables, diminue les frustrations qui pourraient conduire à des soulèvements et à des troubles politiques.
Une réforme des forces de sécurité est impérative. Les armées doivent être professionnelles, apolitiques et soumises à un contrôle civil rigoureux. Former les forces armées à la responsabilité, aux droits de l’homme et au respect de la constitution renforce leur rôle en tant que gardiennes de la stabilité.
Le dialogue politique est une arme puissante pour résoudre les différends politiques. Encourager les négociations et la médiation entre les différentes parties prévient les conflits qui pourraient dégénérer en coups d’État.
La médiation régionale et internationale est un pilier essentiel. Les organisations régionales comme la CEDEAO doivent jouer un rôle actif dans la prévention et la résolution des conflits. Les pressions diplomatiques et les sanctions économiques peuvent décourager les acteurs impliqués dans les coups d’État.
L’éducation civique est un investissement vital dans la prévention des coups d’État. Sensibiliser la population aux valeurs démocratiques, aux droits de l’homme et aux méthodes pacifiques de résolution des conflits favorise une culture de la paix.
Le renforcement économique est un rempart contre l’instabilité politique. Promouvoir un développement durable et la création d’emplois réduit les tensions socio-économiques qui peuvent alimenter les troubles politiques.
Le soutien aux médias indépendants est crucial. Les médias libres jouent un rôle crucial en surveillant le pouvoir et en informant les citoyens. Protéger leur liberté est une garantie contre les abus de pouvoir.
Enfin, la promotion de la stabilité régionale est essentielle. La coopération entre les pays pour résoudre les conflits transfrontaliers et promouvoir la paix est un élément clé dans la prévention des coups d’État.
En somme, mettre un terme aux coups d’État en Afrique de l’Ouest nécessite une approche à long terme, impliquant un engagement résolu en faveur de la démocratie, des droits de l’homme et de la stabilité économique, à la fois aux niveaux national, régional et international.

✍️🏿 Réalisé par KS pour le BLOG

● Communiqué de l’État-major général des forces armées nationales | recrutement d’élèves-officiers

L’Etat-Major général des Armées annonce aux jeunes mauritaniens dont l’âge n’est pas inférieure à 18 et ne dépasse pas 25, au 31 décembre 2023, et désireux de rejoindre les rangs de l’armée nationale, le lancement d’un concours de recrutement direct d’élèves-officiers ‘active le 20 août 2023 à Nouakchott. Le concours se déroulera de la façon suivante :

– Un test écrit, en mathématiques, pour les filières scientifiques, et en littérature, pour les filières littéraires.

– En français, pour l’ensemble des candidats ;

Les conditions de participation au concours sont :

Les candidats doivent satisfaire aux conditions suivantes :

– Etre détenteur du baccalauréat ;

– Etre apte physiquement ;

Le dossier de candidature comprend les pièces suivantes :

– Un extrait de l’acte de naissance ;

– Un extrait de nationalité ;

– Un certificat judiciaire valable pour trois mois ;

– Le diplôme de baccalauréat ou un relevé de notes ;

– 4 photos d’identité.

©️ Source en lien https://ami.mr/fr/index.php/2023/08/11/communique-de-letat-major-general-des-forces-armees-nationales-recrutement-deleves-officiers/

● Le « cas Afrique » dans les données géopolitiques du moment | « Synthèse stratégique » par l’anthropologue Yaya SY

L’Afrique est devenue subrepticement un enjeu stratégique « de haute importance » depuis que la Russie est intervenue en République Centrafricaine. En effet, pour les Africains, il est désormais clair que l’Occident veut endiguer l’influence russe qui va à l’encontre de ses intérêts immédiats et futurs.
Dés lors, la Centrafrique est devenue un terrain de jeux politiques et militaires complexes. Les groupes « islamiques » s’opposent aux groupes « chrétiens », les pro-occidentaux contre les pro-Russes, les autres prédateurs se montrent discrets, voire invisibles ; cependant, ils agissent tous sans se préoccuper de la vie et des intérêts des populations africaines.
L’histoire de la période esclavagiste risque de se répéter et se transformer cette fois-ci en guerre de religion et guerre politico-économique où chaque camp de prédateurs organisera ses alliances sur le dos des Africains, mais tous utiliseront les peuples africains comme chair à canon comme ils l’ont déjà fait de par le passé pour dominer l’Afrique et déporter ses meilleurs fils et filles.
La guerre en Ukraine n’est que le prélude à une guerre qui se déroulera en Afrique. En effet, dès le début de cette guerre, les USA ont clairement affirmé sans s’embarrasser de circonlocutions « qu’il faut briser les reins de la Russie pour qu’elle ne recommence plus jamais ». On peut ajouter : pour qu’elle échoue en Afrique où elle menace directement leurs intérêts stratégiques.
La guerre en Ukraine c’est l’arbre qui cache la forêt de la guerre en Afrique, une vaste confrontation qui sera autrement plus décisive au plan mondial que la guerre en Ukraine. Un conflit dont les Africains risquent d’être les spectateurs et les premières victimes, s’ils n’y prennent garde.
Pour répandre leur influence culturelle (de domination des têtes) les pays arabes préparent le terrain depuis longtemps à travers les Conférences islamiques jusqu’aux prêts soi-disant sans intérêts, etc. Ils ont opté pour la domination culturelle en agissant par la religion et l’argent et non par la domination politique directe ou indirecte comme le font les Occidentaux…
Les forces extérieures (les prédateurs) sont déjà en place, mais elles ont toutes besoin de chair à canon et de « guides » africains sur le terrain… Les Africains n’ayant pas collectivement esquissé leurs propres projets existentiels, risquent d’être « LES JOUETS SOMBRES AU CARNAVAL DES AUTRES ». Ce sera pire que durant les treize siècles et demi d’esclavage continu.
Nous avons une chance inouïe de nous en sortir face aux guerres politico-religieuses et culturelles encore fomentées de l’extérieur qui s’annoncent. Unissons nos intelligences et nous vaincrons ! Dénonçons toutes les interventions extérieures et tous les facteurs intérieurs de guerre et de troubles, il est encore temps ! Cessons d’être les tirailleurs des uns et des autres ! Cessons d’être les acteurs de notre propre malheur.
L’Afrique ne sera plus jamais le terrain du « jeu de la mort et de la déportation » mais de la vie, de l’espoir et de l’avenir de l’humanité.



le 05/08/2023

Par Yaya SY Anthropologue

● Coup d’État au Niger | le général Tchiani officialise sa prise du pouvoir

Le chef de la garde présidentielle a annoncé vendredi 28 juillet à la télévision nationale avoir pris la tête du Conseil national de sauvegarde de la patrie (CNSP), qui a renversé le président Mohamed Bazoum deux jours plus tôt.

Le général Abdourahamane Tchiani, le commandant de la garde présidentielle, s’est exprimé à la télévision nationale ce vendredi 28 juillet à la mi-journée. Il s’est présenté comme le président du Conseil national de sauvegarde de la patrie (CNSP), la junte qui a destitué le président Mohamed Bazoum deux jours plus tôt, et a justifié le coup d’État par « la dégradation de la situation sécuritaire » dans le pays.

Dans la foulée de son allocution, un autre communiqué du CNSP a annoncé la suspension de la Constitution, la dissolution des institutions et la proclamation du général Tchiani comme nouveau chef de l’État. Le texte précise que le CNSP exerce « l’ensemble des pouvoirs législatifs et exécutifs » en attendant « le retour à l’ordre constitutionnel normal »

« Mes chers compatriotes, de toute évidence, les autorités déchues se sont engagées à mettre en place une sorte de milice pour leur seul intérêt », a déclaré le nouvel homme fort du pays. Leader des putschistes, le général Tchiani n’avait pas encore pris la parole publiquement.

Appelant à la « sérénité », au « calme », à la « vigilance » et à un « sursaut patriotique » pour « relever les défis sécuritaires, économiques et sociaux », le tombeur de Mohamed Bazoum a tenu à réaffirmer la volonté du CNSP de « respecter tous les engagements internationaux souscrits par le Niger ».

« Le gouvernement déchu a montré ses limites »
Pour justifier sa prise de pouvoir par la force, le général Tchiani a expliqué vouloir lutter contre « le détournement des deniers publics, contre l’impunité, la corruption sous toutes ses formes et le népotisme, « face auxquels, selon le commandant de la garde présidentielle, « le gouvernement déchu a montré ses limites ».

« Enfin, le CNSP, par ma voix, demande aux partenaires et amis du Niger, dans cette étape cruciale de la vie de notre pays, de faire confiance à nos Forces de défense et de sécurité, garantes de l’unité nationale, de l’intégrité du territoire et des intérêts supérieurs de notre Nation », a conclu le général Abdourahamane Tchiani.

Après l’intervention du président du CNSP, un autre de ses communiqués a mis en garde contre « toute intervention militaire étrangère ». « Certains anciens dignitaires terrés dans des chancelleries, en collaboration avec ces dernières, sont dans une logique de confrontation », a estimé la junte, évoquant une « attitude belliqueuse, dangereuse et périlleuse » qui « n’aura d’autre résultat que le massacre de la population nigérienne et le chaos ». Le CNSP « prend à témoin l’opinion nationale et internationale sur les conséquences qui découleront de toute intervention militaire étrangère », ont prévenu les militaires.

De son côté, le président Mohamed Bazoum, toujours séquestré par les militaires putschistes à Niamey, n’a pas formellement démissionné.

©️ Source en lien https://www.jeuneafrique.com/1468349/politique/coup-detat-au-niger-le-general-abdourahmane-tchiani-officialise-sa-prise-du-pouvoir/?fbclid=IwAR1nBjLA0ryirsdpG9C4nNZxEblOXArJ2LHl8ztsSbMa0s5Rxwy5B1KQs0A

● Difficultés d’enrôlement : le bout du tunnel ?

Le Calame – Lancée début Juillet, la décision de reconsidérer le cas de ceux qui n’avaient pas réussi à se faire enrôler à ce jour fait renaître l’espoir chez les citoyens en attente de papiers d’état-civil ; pour certains, depuis le début de l’enregistrement biométrique (2010-2011), soit plus de deux décennies. Si l’opération de rattrapage se passe bien, ces citoyens « apatrides » pourraient enfin recouvrer leur «mauritanité ».

Selon le ministère de l’Intérieur, ses démembrements et le commissaire aux droits de l’Homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la Société civile, il s’agit là de « fermes instructions » du président de la République. Comme jadis celles de l’ex-président Ould Abdel Aziz… ce qui n’avait pas empêché bon nombre de citoyens de continuer à courir derrière leurs pièces d’identité. Un véritable calvaire…

Toujours est-il que l’actuel Raïs semble accorder une grande importance à cette opération. Aussi le ministre de l’Intérieur a-t-il demandé aux citoyens concernés de se mobiliser et aux autorités administratives de s’impliquer pour sa réussite.

De son côté, le commissaire aux droits de l’Homme a lancé une caravane de sensibilisation, rappelant que « l’état-civil est un droit et offre des droits ». Des droits dont beaucoup de familles ont été délestées depuis le démarrage du recensement qui suscita et suscite encore des controverses et des protestations. Plusieurs partis politiques et organisations de défense des droits des victimes, notamment « Touche pas à ma nationalité » (TPMN), ne cessait de dénoncer un « génocide biométrique ».

De déportations aveugles…

Une qualification en référence à la déportation de milliers de citoyens négro-mauritaniens vers le Sénégal et le Mali à partir d’Avril 1989, sous le magistère d’Ould Taya dont le régime était phagocyté par des nationalistes arabes partisans de la « dénégrification de la Mauritanie ». Tous ces bannis avaient perdu leurs papiers d’état-civil parfois déchirés ou brûlés sous leurs yeux. Depuis, TPMN aura mené plusieurs manifestations à Nouakchott et à l’intérieur du pays dont l’une – en 2013 à Maghama – se solda dramatiquement par la mort du jeune Lamine Mangane, suite à un coup de feu tiré par un gendarme.

Les recalés n’ont donc cessé de protester et le gouvernement de tenter, bon an mal an, de « gérer » la situation à travers l’ANRPTS. Une première tentative en 2017 mit en place une commission présidée par l’ex-ministre des Finances, Thiam Diombar, conseiller à la Présidence. Elle fit long feu, faute de rapports cordiaux avec l’agence de tutelle : obstructions et lenteurs en ont eu raison.

Second acte en 2022, lors de la visite à Kaédi du président Mohamed Cheikh El Ghazwani : en réunion avec les cadres locaux de son administration, il les engageait « à régler rapidement les problèmes d’accès à l’état-civil, en se mettant tout de suite au travail ». On attendait depuis la traduction en actes de cette instruction sans équivoque.

… en CAC vraiment accueillants ?

Et voilà que les Centres d’Accueil des Citoyens (CAC) « nouvelle mouture » sont depuis début-Juillet à pied d’œuvre ! Les populations intéressées se mobilisent, rassemblent leurs fonds de dossier et ceux qui n’en disposent pas peuvent à bon droit s’interroger. Car il y a bel et bien du nouveau : même ceux-ci pourraient se faire enrôler grâce au simple témoignage de notables de leur village. Chaque CAC comporte un chef de village, deux membres de chaque localité, deux membres du conseil municipal et un membre de l’administration locale.

Les obstacles sont quelque peu aplanis :au début de l’enrôlement, on exigeait tout un tas de paperasses et qui n’en disposait pas devait présenter un groupe de « notables » de son village d’origine pouvant certifier son identité ainsi que celle de ses parents et leur situation matrimoniale. On comprend ici les difficultés des citoyens ne vivant pas en leur lieu natal dont la CAC était souvent fermée ou très éloignée…

Outre cet obstacle, les fréquentes absences du personnel des CAC en commune rurale, le doute sur la citoyenneté de certains requérants, la jeunesse des chefs de CAC, leur manque d’expérience et de courtoisie, le rejet parfois de dossiers bien ficelés avec des jugements de cadis absents eux aussi de leur lieu d’affectation, le tout couronné par le peu ou prou d’implication des maires et députés sur le terrain pour accompagner les opérations… Conséquences, de très nombreux mauritaniens devenus des « apatrides » en leur propre pays, d’autres dans l’impossibilité de voyager, des enfants interdits d’aller ou poursuivre leurs études à l’école…

Avec cette nouvelle opération, l’Administration se rapproche des citoyens, on exige moins de documents. Un simple témoignage suffirait à se faire recenser, alors qu’un chef de CAC pouvait naguère décider du sort de toute une famille, privant ainsi tous ses membres des plus élémentaires droits à l’enseignement, la libre circulation, la santé et autres services sociaux.

Comme on le sait, l’état-civil était encore très peu ancré en certaines contrées au début de ce troisième millénaire. Exiger de leurs habitants des documents inconnus ou indisponibles à leurs parents : actes de naissance, certificat de mariage, recensement de 1998,etc. ;relève pour eux de la quadrature du cercle et ils peinent à obtenir des jugements établis par des cadis trop souvent absents de leur lieu d’affectation ou que les responsables des CAC pouvaient ignorer.

Aujourd’hui, les équipes de recensement peuvent se déplacer dans les villages, suivant un calendrier tournant établi avec la mairie, à la condition toutefois que ces localités disposent d’électricité. Dans le cas contraire, ce sont les citoyens qui se déplacent. Ils n’hésiteront pas, eux qui ont déjà passé des semaines – voire des mois – à se rendre dans les chefs-lieux de département pour tenter de se faire enrôler. Longtemps en vain. Avec enfin une chance aujourd’hui d’obtenir gain de juste cause ?

À nouveau tous ensemble ?

Question non moins pertinente : quand le gouvernement mauritanien se décidera-t-il à rapatrier les milliers de réfugiés mauritaniens encore au Mali et au Sénégal qui attendent leur retour au pays depuis 2007 ? Ils avaient cru à la volonté de feu le président Sidioca de rapatrier ceux du Sénégal avant ceux du Mali. Ould Abdel Aziz étouffa leur espoir par son coup de force d’Août 2008. Et ils attendent depuis.

À en croire diverses sources, la détérioration de la situation au Mali pousseraient certains à se rapprocher de la frontière avec la Mauritanie. Rien n’est simple en notre environnement saharo-sahélien contemporain, tout se complique… Mais, bon, retenons simplement ici qu’une réelle volonté de simplifier le recensement de nos concitoyens est en cours d’ouvrage en Mauritanie. N’aurait-elle qu’une seule chance de s’imposer, soutenons-la ! Tous ensemble enfin !

Dalay Lam

©️ Source en lien https://cridem.org/C_Info.php?article=767070

● Niger | Le président Bazoum face à une tentative de coup d’état

Au pouvoir depuis son élection au mois de février 2021, Mohamed Bazoum risque de tomber selon plusieurs sources médiatiques de ce jour 26 juillet 2023. Issu de la minorité arabe du Niger, le président Bazoum avait succédé à l’ancien président Issoufou qui s’était limité à ses 2 mandats présidentiels. Encarté proche de la vision française concernant les affaires politico sécuritaires dans le sahel, il a connu quelques clashs verbaux avec la junte militaire au pouvoir au Mali, pays limitrophe du sien.

À l’heure actuelle, son régime est sous menace, et la garde présidentielle serait instigatrice de remous en coulisses. Le président et d’autres personnalités sont retenus. La CEDEAO, l’organisation sous-régionale publie un communiqué de soutien au président et demande sa libération. Ci-dessous l’élément médias :

La situation reste confuse et les prochaines heures nous édifieront davantage.

✍️🏿KS pour le BLOG

● Mauritanie: comment l’interdiction des tuks-tuks au cœur de Nouakchott est vécue [RFI]

~Avec notre correspondante à Nouakchott, Léa Breuil

Depuis le 12 juillet 2023, les tuks-tuks, véhicules à trois roues populaires et bon marché, sont interdits au cœur de la capitale mauritanienne. Une mesure diversement appréciée à Nouakchott. Les autorités assurent qu’il s’agit notamment d’une question de sécurité.

C’est un changement radical dans les rues du centre-ville de Nouakchott : les tuk-tuks, ces véhicules à trois roues populaires, sont désormais interdits à la circulation dans l’hypercentre de la capitale depuis le 12 juillet.

Cette décision fait suite à une réorganisation des modes de transports, une réforme mise en place par le ministère de l’Équipement et des transports. Officiellement, ces véhicules, qualifiés de complémentaires, « ne remplissent pas les conditions de sécurité ».

« Une décision qui met au chômage des milliers de jeunes »
Dans une rue très commerçante de Tevragh Zeïna, un quartier central de Nouakchott, l’agitation a ainsi laissé place à un calme peu habituel. Avec l’interdiction des tuk-tuks, il s’agit pour le ministère de l’Équipement et des transports de désengorger les routes, limiter les accidents et la conduite sans permis. Une mesure discriminante selon Chérif Mahmoud, propriétaire d’une douzaine de tuk-tuks depuis trois ans. « C’est une décision qui met au chômage des milliers de jeunes et qui pose des problèmes à des milliers d’investisseurs, lance-t-il. D’un coup, sans nous prévenir, on nous interdit le centre-ville, le centre névralgique de Nouakchott où il y a tous les grands marchés, où il y a tous les ministères, tous les hôpitaux. »

Un changement d’habitude aussi pour les usagers du centre-ville. Désormais, pour se rendre au travail, Ramata doit prendre le bus. « Le tuk-tuk, c’est plus rapide que le bus, affirme-t-elle. Le tuktuk, ça goûte 100 ouguiyas, le taxi c’est 200. Nous, on n’a pas cet argent ».

Le gouvernement veut donner un cadre juridique à ce type de transport
La décision du ministère ne signifie pas que les tuk-tuks ne circuleront plus à Nouakchott. Le gouvernement veut donner un cadre juridique à ce type de transport en immatriculant ces véhicules mais aussi attribuer des licences pour leur permettre de circuler dans trois grandes zones bien définies en dehors de l’hypercentre. Les tuk-tuks devront même avoir une couleur spécifique selon leur zone.

En 2022, selon les statistiques communiquées par le ministère des transports, 89% des accidents matériels impliquaient un tuk-tuk.

• Source médiatique : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20230724-mauritanie-comment-l-interdiction-des-tuks-tuks-au-c%C5%93ur-de-nouakchott-est-v%C3%A9cue

● Oumar Diop « a été bel et bien torturé » : en conférence de presse, les avocats de la famille signent et persistent



EN BREF | Cridem – Les avocats de la famille d’Oumar Diop se sont dits « surpris » par le rapport final de l’autopsie qui a été entouré d’ « une bulle nébuleuse ».

Les avocats de la famille d’Oumar Diop faisaient face à la presse ce lundi 12 juin, dans l’après-midi. Lors de cette conférence de presse, les avocats ont signé et persisté en affirmant qu’Oumar Diop « a été bel et bien torturé », indiquant qu’il a été transporté à l’hôpital de Nouakchott, après sa mort.

Ils ont également dénoncé l’interpellation de Fousseynou Soumaré, « le témoin oculaire qui a tout a filmé et raconté ».

Selon les avocats de la famille d’Oumar Diop, Fousseynou Soumaré est actuellement détenu à la prison de Dar-Naim.

L’un des avocats, maître Fatimata Mbaye, a déclaré : « Le médecin légiste, lui, marocain, il a agi sur une demande du parquet [de Nouakchott-Ouest] qui l’a orienté vers une expertise toxicologique. Que ce soit clair. Pas une autopsie pour savoir de quoi il est mort. Le médecin légiste mauritanien avait retenu que le corps était sain. Par contre, il y’avait des contusions au niveau du cerveau et une congestion au niveau du thorax. Ce qui veut dire qu’il a été bel et bien torturé. Oumar Diop était bien conscient au moment de son interpellation et de son arrestation».

Dans la foulée, l’avocate maitre Fatimata Mbaye a rappelé qu’il était interdit à la police mauritanienne de sévir dans l’utilisation de la torture.

Par la rédaction de Cridem

©️ Source crédit https://cridem.org/C_Info.php?article=766031

● 𝐋’𝐨𝐝𝐞𝐮𝐫 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐞𝐬𝐭𝐢𝐟é𝐫é𝐞 | Par Cheikh Tijani Gueye

Elle a envahi nos rues et elle a étouffé nos vies. Elle a versé notre sang et celui de tous nos frères innocents.Elle a blessé nos âmes et elle a donné la mort. Une mort empeste! Celle orchestrée par la police. Une police qui tue. Oui la police tue en Mauritanie. La police tue parce qu’elle est autorisée à tuer. La police tue parce qu’elle se sent toute puissante. La police tue parce qu’elle n’a pas de compte à rendre. Elle est l’expression de la violence. Elle n’est que l’expression de la violence. Pas cette violence légitime dont parlait un certain Max Weber. Celle exercée pour dissuader et protéger, celle exercée pour apaiser et sécuriser. Elle est plutôt celle qui opprime et terrorise. Celle qui rackette et torture. Celle qui séquestre et martyrise. Celle qui ôte des âmes et fait des orphelins. Celle qui ôte des vies et fait des veuves. Elle est celle qui ronge et ruine. Elle est celle qui nuit et matraque. Elle est celle qui brise les rêves et évapore les espoirs. La police tue parce que notre Etat l’autorise et avalise. La police tue parce que notre Etat est autiste et complice.

Notre peuple est un peuple pacifique, du moins c’est l’image que l’on s’en fait tous. Nous sommes donc des citoyens non violents. Nous le sommes car nos croyances ont anesthésié cette partie de nous. Elle est pourtant inhérente à notre humaine nature; elle est pourtant nécessaire pour la grande Histoire.

Mais face à l’arbitraire, notre indignation s’est exprimée. Elle s’est exprimée à la hauteur de l’ineptie de nos dirigeants. Elle s’est exprimée puissamment, elle s’est exprimée sans trembler, elle s’est exprimée sans cligner des yeux.

Notre détermination est paroxystique. Nos jeunes sont descendus dans la rue. Ils ont battu le pavé,certains y sont morts, beaucoup ont pris des coups, ils en ont donné aussi!

La jeunesse mauritanienne s’est mobilisée. Désormais, personne ne peut plus lui reprocher d’être une jeunesse passive, une jeunesse insouciante, une jeunesse désarticulée. Elle a résisté, elle s’est battue. Elle s’est défendue, elle s’est surpassée. Elle utilise brillamment les nouveaux canaux de communication. La censure virtuelle à l’occasion des mobilisations sociales est une preuve évidente de leur efficacité.

En restreignant l’accès à l’information et en limitant la capacité des citoyens à s’organiser, le gouvernement tente demuseler les voix dissidentes et d’étouffer la mobilisation pour la justice.

Mais nous disons: « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». Tel est le pacte humain, que nos sociétés modernes ont établi…

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● CETTE VERITE QUE L’ON NE SAURAIT CACHER | Par BOUBACAR BORIS DIOP, FELWINE SARR ET MOHAMED MBOUGAR SARR

EXCLUSIF SENEPLUSLa situation en cours résulte de la dérive autoritaire du président. L’hubris d’un pouvoir qui emprisonne ou exile ses opposants les plus menaçants, réprime les libertés et tire sur son propre peuple avec une révoltante impunité

Il convient, tout d’abord, de nous incliner devant nos morts et d’avoir une pensée pour leurs proches endeuillés. Ils sont une vingtaine, à l’heure où nous écrivons cette tribune, à avoir déjà perdu la vie. Ce décompte lugubre pourrait croître dans les jours qui suivent.

Les événements en cours exigent de chacun qu’il prenne ses responsabilités. Nous affirmons que la situation que vit actuellement notre pays résulte de la dérive autoritaire du président Macky Sall. En 2012, notre confiance l’a placé à la tête de l’État sénégalais. Mais mû par son désir de se maintenir à tout prix au pouvoir, il s’est promis de « réduire l’opposition à sa plus simple expression ». Le président Macky Sall a ainsi semé les graines de la discorde et de la violence dans notre pays. Sa responsabilité devant le peuple sénégalais est sans appel. L’Histoire retiendra que c’est lui qui nous a entraînés dans cette crise politique sans précédent, fragilisé notre tissu social et affaissé nos Institutions. Il a de surcroît imprudemment libéré les monstres qui sommeillent en chaque groupe humain et qu’il convient de toujours brider par une pratique de la justice, de l’égalité des citoyen.ne. s et de la paix sociale.

Si nous en sommes arrivés là, c’est parce que nous, le peuple sénégalais, n’avons pas assez réagi quand le régime en place s’est mis à traquer les militants et les cadres de Pastef en plus bien évidemment de son leader, Ousmane Sonko. Il y a pourtant eu des signes avant-coureurs – que nous n’avons hélas pas su décrypter – de cette campagne de répression systématique et sans précédent au Sénégal.

Depuis quelque temps, en effet, tous ceux qui osent élever la voix contre une troisième candidature du président sortant en font immédiatement les frais. Peu à peu, les interdictions de marches pacifiques sont devenues la règle ; les arrestations et emprisonnements arbitraires se sont multipliés. Dans un tel contexte de brutale fermeture de l’espace politique, les procès aux verdicts ubuesques et la séquestration illégale d’un dirigeant de l’opposition en sont venus à paraître d’une inquiétante banalité.

La nature socratique du verdict du procès d’Ousmane Sonko a fini par convaincre que ce n’était pas la manifestation de la vérité qui était visée, mais bel et bien l’élimination d’un opposant politique dans la perspective des prochaines élections présidentielles. Elle pose surtout le problème de notre appareil judiciaire dont la fragilité et la fébrilité sont apparues au grand jour.

En vérité nous sommes tous témoins, depuis plusieurs mois, de l’hubris d’un pouvoir qui emprisonne ou exile ses opposants les plus menaçants, réprime les libertés (notamment celles de la presse) et tire sur son propre peuple avec une révoltante impunité. Nous sommes aussi tous témoins des errements d’un État désireux de rester fort à tout prix – ce prix fût-il celui du sang, de la dissimulation, du mensonge -, oubliant qu’un État fort est un État juste, et que l’ordre se maintient d’abord par l’équité.

A cette réalité brute, l’appareil idéologique du régime en place a répondu que rien ne se passait ; et que ceux qui se trouvaient en prison étaient des individus qui avaient contrevenu aux règles, violé la loi, ou mieux, n’avaient pas respecté les règles de l’État de droit. Par un étrange renversement de perspective, ceux qui ont affaibli et décrédibilisé les Institutions de la République – notamment la Justice, devenue partisane -, les mêmes qui ont rompu l’égalité des citoyens devant la loi, sont ceux qui s’en proclament les gardiens.

Aux citoyen.ne.s dénonçant cet état de fait, on oppose une batterie de chefs d’inculpation allant de la diffusion de fausses nouvelles au discrédit jeté contre les Institutions, en passant par l’appel à l’insurrection, pour justifier l’appareil répressif mis en place contre eux. Par ces actes, c’est toute la conscience démocratique de la société civile sénégalaise qui est réprimée, sommée de rentrer chez elle et de baisser pavillon. Ce désir d’instiller la peur chez les citoyens et d’inhiber ainsi toute velléité de protestation par le langage et le discours a cependant quelque chose de profondément anachronique : les Sénégalais.e.s sont attachés à leur liberté de parole et ils n’y renonceront pas.

Un autre déni majeur est celui de la demande de justice sociale et de justice contentieuse de la part d’une jeunesse qui représente 75 % de la population sénégalaise. Cette jeunesse, en plus de manquer de perspectives, n’a pas d’espace d’expression politique et voit ses rêves d’une société plus équitable hypothéqués. Nous voyons enfin des populations, déjà précaires et laissées à elles-mêmes, aux prises avec les problèmes élémentaires du quotidien le plus rude. Elles observent avec tristesse et impuissance la frénésie accumulatrice d’une caste qui s’enrichit illicitement, cultive un entre-soi indécent et répond, quand on l’interpelle ou lui demande des comptes, par le mépris, la force ou, pire, l’indifférence. Une caste que rien ne semble plus pouvoir affecter, ni la misère sociale, ni sa propre misère morale : voilà le drame.

Aujourd’hui, comme hier, le langage, lieu primal de la lutte de la vérité contre le mensonge, demeure fondamental. La première des compromissions consiste à ne pas nommer ce qui est, à l’esquiver, à l’euphémiser, à le diluer par des tours de passe-passe sémantiques, ou à tout bonnement travestir la réalité. La première des oppressions qui nous est faite est d’avoir tenté par moult opérations de nous obliger à prendre le mensonge pour la vérité. Pour cela, l’appareil idéologique de l’État a tourné à plein régime en produisant des discours ayant pour objectif de voiler le réel.

Nous tenons à alerter à travers cette tribune sur l’usage excessif de la force dans la répression du soulèvement populaire en cours. Symbole de la violence de l’État contre la société, cette répression prend aujourd’hui une forme nouvelle et particulièrement inquiétante. Il s’agit, ni plus ni moins, de la « dé-républicanisation » des forces de défense et de sécurité auxquelles ont été intégrées des milices armées opérant au vu et au su de tous. En agissant de la sorte, le régime actuel est en train de faillir à son devoir de protéger le peuple sénégalais.

Une autre dimension de l’oppression est le gouvernement par la violence et la peur que le régime actuel a méthodiquement mis en œuvre depuis un certain temps. L’intimidation des voix dissidentes, la violence physique, la privation de liberté ont été une étape importante du saccage de nos acquis démocratiques.

Nous n’ignorions pas, après 1963, 1968, 1988, 1993, 2011 et 2021, que l’histoire politique du Sénégal charriait sa part obscure de violence. Mais de toutes les convulsions qui ont agité l’histoire moderne de notre pays, celle qui se déroule sous nos yeux nous semble être la plus simple à résoudre et, par ce fait même, la plus tragique en ses conséquences actuelles. Il suffirait qu’un homme dise : Je renonce à briguer un troisième mandat qui déshonorerait ma parole d’homme, mon pays et sa Constitution, pour que la colère qui s’exprime dans les rues sénégalaises en ce moment même, sans disparaître tout à fait, s’atténue. Cet homme, c’est le président de la République. Qu’il annonce que les articles L29, L30 et L57 du Code électoral seront révisés, que le parrainage sera aboli afin de rendre les élections inclusives et que tous les prisonniers politiques et d’opinion seront libérés pour que la tension baisse, et que la paix ait une chance de revenir.

La vague de violence qui secoue le Sénégal depuis plusieurs jours n’est pas seulement liée à une conjoncture politique passagère : elle est aussi structurelle, profonde, ancienne. Elle traverse tous les pans de la société sénégalaise, et traduit une foi perdue dans l’État de droit ainsi que le désir d’une plus grande justice (sociale), que garantirait un pacte démocratique renouvelé. Toute la question est de savoir si le pouvoir actuel a encore le temps, la latitude, la volonté de mettre un terme à une spirale de violence dont il nous semble qu’il est, tout compte fait, le principal responsable. La voie royale vers une paix durable est cependant dans la réhabilitation de la Justice et dans l’édification, cette fois-ci, d’une société véritablement démocratique. Il s’agira après la tempête, de refonder le pacte Républicain, de construire d’authentiques contre-pouvoirs, de reformer en profondeur nos Institutions, de sortir de notre hyper-présidentialisme afin de ne plus conférer à un seul individu un pouvoir sans limites et sans contrôle.

©️ Crédit source : https://www.seneplus.com/opinions/cette-verite-que-lon-ne-saurait-cacher