● L’Éditorial OndeInfo | Les Lumières étaient tout sauf des Complexés.

J’entends parfois autour de moi, et souvent sur les réseaux sociaux, notamment lorsque je fustige certains aspects de nos traditions, certaines personnes, me traiter de complexé ou de ne pas être fier d’être Soninke.

Dans quelle mesure, critiquer l’esclavage par ascendance, basé sur le système de castes qui catégorise des individus dès leur naissance, en leur conférant des étiquettes qu’ils n’ont pas choisies; lesquelles déterminent et conditionnent positivement ou négativement tout leur vécu dans l’espace public communautaire et privé peut être considéré comme source d’un complexe ?

Une tradition qui insulte la citoyenneté et la république, et qui empêche la fraternité véritable entre les hommes d’une même communauté ne mériterait respect que pour ce qu’elle fut, et assurément dans un livre d’histoire ou dans un musée pour traduire, exprimer une certaine manière de penser, une certaine organisation sociale à une époque qui est derrière nous.

En revanche, cette tradition à laquelle d’aucuns restent fermement attachés devient problématique dès lors qu’elle n’entend plus mourir bien qu’elle soit devenue caduque, rétrograde et même source de discorde et de conflits.

Le complexé, c’est ce malheureux qui ne peut exister, et être homme véritablement sans « l’autre » qu’il exploite, dont la présence lui confère, une identité faite de vanité.

Refuser l’infériorité au nom du principe que tous les « hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit » peut être source d’un complexe ?
Et cela ne veut point dire qu’on veuille devenir Blanc ou Occidental. La dignité est le propre du genre humain.
Le complexé c’est bien celui qui pense être supérieur aux autres, à « son frère » par ce qu’ il est soi-disant bien né, issu d’une « Khaima kbir ».

Le complexé, c’est également, ce pauvre homme ou femme chosifié par la tradition jusqu’à la déshumanisation, décérébré au point d’accepter qu’ il est né pour servir par ce qu’ il est différent des autres.

Comment être fier et se vanter d’une tradition déshumanisante et dégradante ?

Ceux qui défendent ad vitam æternam l’esclavage par ascendance en le diluant dans la tradition pour cacher ses grossièretés et absurdités chantent à longueur de journée :  « je suis fier d’être… « .

Mais curieusement, ceux-là se permettent de marier des femmes issues d’autres communautés parfois au mépris de la logique des castes. N’est-ce pas de l’hypocrisie.
Une telle fierté doit d’abord être orientée vers ses propres frères de la même communauté culturelle et linguistique.

Elle s’exprimera en termes d’amour, empathie et de respect et non d’une folie de grandeur qui consiste à traiter une partie de « soi-même » comme des êtres tarés de naissance.

La même stratégie est utilisée chez nous au nom de l’arabité. On vante la langue et la culture arabes et on nous les impose comme identité. Et paradoxalement, les mêmes personnes envoient leurs enfants au Lycée Français ou dans les meilleures écoles françaises du monde.

Le complexé, c’est bien toi qui veut enfermer les autres dans une tradition à laquelle tu tiens seulement par orgueil et dont la musique est jouée par un troubadour qui chante les exploits de ton grand-père, occultant avec malhonnêteté les frasques de celui-ci.

En effet, dans la Grande Histoire, il y a toujours la petite histoire. Cette dernière est souvent trop gênante, par pudeur le griot ou le conteur préfère ne pas donner cette version. Et les sages astreints à l’obligation de discrétion de la parole donnée ne vendaient jamais la mèche. C’est dire que tout n’est pas mauvais dans la tradition.Tout n’y est pas rose aussi.
Seul un esprit décomplexé et impartial peut saisir cette assertion.

Complexés !

Ceux dont les idéaux ont permis de libérer la Bastille en 1789 en mettant fin aux privilégies et à cette espèce « d’apartheid des castes » étaient aussi des complexés ?
En tout cas, ils ont réussi à décomplexer plus d’un. Et depuis la république est née, l’égalité et la justice ont été promulguées pour asseoir les fondements de l’Etat-nation.

Seyré SIDIBE

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● Vous avez dit enjeu ? Une présidentielle courue d’avance [Lecalame.info]

Les Mauritaniens retourneront aux urnes, le 29 juin prochain pour (ré)élire leur président de la République. C’est le sens même de tous les États démocratiques, avec chacun, ses spécificités et ses desideratas constitutionnellement codifiés et règlementés. Ici, on joue la transparence, avec, au bout, l’alternance par les urnes ; ailleurs, on organise les élections pour gagner et satisfaire les partenaires techniques et financiers. La Mauritanie, comme tous les autres pays du continent noir, s’y plie. Celui-ci a vécu plusieurs de ces élections en 2023… avec très peu d’alternance (Liberia et Sénégal). Ces deux peuples ont su prouver leur capacité à dégager un régime par leur vote. Maturité politique, diront certains.

En Mauritanie, on vote depuis 1992… avec zéro alternance et un seul second tour (2007). Si les vicissitudes des régimes organisateurs des scrutins en sont la plus lourde cause, le peuple n’en est pas pour autant dénué de toute responsabilité. Le peuple ? Quel peuple ? « En existe-t-il même un en Mauritanie ? », se demandent nombre d’intellectuels et de politiques. Mais qu’ont-fait ceux-ci pour changer les choses ? Un fatalisme propre à pousser les citoyens à la résignation : « rien ne sert de voter », entend-on trop souvent dire, « les résultats sont connus d’avance ». Cela dit et quelle que soit la pertinence de cet avis, la Mauritanie est bel et bien considérée comme un pays démocratique, elle en joue le jeu, en en respectant ou non les règles…

Une présidentielle y est ainsi fixée pour le 29 Juin prochain. Les acteurs politiques s’y préparent, le pays s’apprête à entrer dans un semblant d’ébullition : quelques candidats se sont déclarés, diverses chapelles ont déjà investi le leur mais les uns et les autres semblent aller à la manœuvre sans aucune illusion, conscients de ce que les dés sont déjà jetés. Nul n’aurait ainsi la moindre chance de battre le président du Makhzen, en l’occurrence, Mohamed Cheikh Ghazwani dont la candidature ne fait l’ombre d’aucun doute. Toute la République se prépare au déplacement à Nouadhibou pour assister à l’annonce officielle de sa candidature. Aucun laudateur, voleur ou opportuniste ne saurait rater ces retrouvailles. Ainsi va la Mauritanie nouvelle ! Hélas…

Dernier quinquennat, peut-être…

Le président Mohamed Cheikh Ghazwani sera donc réélu au soir du 29 Juin. Cela ne fait l’ombre d’aucun doute. Ceux qui s’agitent depuis quelque temps pour lui demander de briguer un second mandat jouent dans l’hypocrisie. Tandis que ceux qui rêvent de la leçon du Sénégal se trompent lourdement : la Mauritanie est loin de réaliser une alternance au sommet. Car les Mauritaniens ne choisissent ni n’élisent leurs dirigeants, on les leur impose depuis 1992, c’est la règle de la démocratie mauritanienne. On n’y vote pas en son âme et conscience mais appâté par divers intérêts. Affinités tribales ou régionales, ici ; suivant, là, les instructions de généraux, colonels ou commandants ; ailleurs encore, au gré des attaches à quelque nouvelle notabilité, ministre ou autre haut fonctionnaire devenu très riche en trempant dans la soupe. Tout ce beau monde vote naturellement pour le président en place.

Avec des moyens ordinairement tirés de l’État dont il faut nécessairement user pour la victoire du chef suprême. Intimidation, chantage, corruption, tout est bon à cette fin. Rares sont les cadres qui vendent correctement le bilan de leur mentor. Le parti INSAF s’y est essayé à travers des séminaires et ateliers mais tandis que ses responsables et cadres y peignent un tableau des plus magnifiques, le peuple ne cesse de grogner et bon nombre de ceux-là avouent, en privé, que la situation n’est pas des plus belles. L’hypocrisie mauritanienne dans toute sa laideur…

Des cadres de la Vallée descendent sur le terrain pour « sensibiliser » les citoyens : « Vous devez voter pour le pouvoir, sinon vous n’aurez rien ». Tiens donc… Le devoir de l’État n’est-il pas de protéger le peuple, tout le peuple dans son intégralité ? Pas exactement, susurrent ces stratèges : dans cette partie du territoire, il faut tabler sur un score supérieur à 70% pour espérer un retour substantiel d’ascenseur. Bref, tous influent sur l’Administration, les démembrements de la CENI et, au terme du voyage, le résultat du vote.  Le cas de la circonscription d’Arafat, lors des dernières élections locales, fut plus que révélateur de la détermination du pouvoir à écraser toute opposition, quoiqu’il en coûte. Il a arraché, sans gêne, la seule marie dont disposait celle-ci. On a déplacé des milliers de personnes apparemment aux frais de l’État et de ses responsables ; c’est-à-dire au final : sur le dos du citoyen lambda.

Face à cette armada, quel candidat de l’opposition peut-il rivaliser avec celui du pouvoir ? Aucun, dans la mesure où le peuple ne veut ou n’ose pas changer, divisé qu’il est en tribus, couleurs et castes. On vit à l’ordinaire côte-à-côte mais sans conscience d’appartenir à une seule nation. On n’hésite pas à dire que la République appartient à quelques-uns et qu’il n’y a donc rien de mieux à faire qu’à vendre sa carte au plus offrant. Ignorance et pauvreté conjuguées au défaitisme et à la résignation ! Avec, au final, un vivre ensemble de plus en plus moribond…

Des préjugés électoraux sont aussi tangibles. On ne vote pas pour le programme d’un candidat mais trop souvent à cause de sa couleur de peau. Les acteurs politiques ne font rien pour démystifier ces tares et ancrer les valeurs citoyennes et démocratiques. Les recommandations de l’islam ne sont pas plus convoquées ; les acteurs politiques, de la majorité comme de l’opposition, ne vont à la rencontre des citoyens qu’en périodes d’élections ou d’implantation de leur chapelle respective. Combien de partis entretiennent-ils de lieux d’instruction citoyenne ? Dans ces conditions, comment ancrer une culture politique ?


L’alternance attendra Godot

C’est dans un tel indigent contexte que l’opposition démocratique va à la présidentielle, face à un candidat doté pour sa part de tous les moyens. Elle en porte une grande part de responsabilité. Les leçons de la présidentielle de 2019 n’ont apparemment pas été tirées. On aura attendu les tout derniers mois avant que les acteurs de l’opposition ne commencent à se chercher une candidature unique et le pari est évidemment loin d’être gagné : les candidats se multiplient, conduisant inéluctablement à un énième échec de l’opposition. Le pouvoir ne peut que s’en réjouir, certain de trouver, comme toujours, un ou deux candidats qui « crédibiliseront » un tant soit peu le scrutin.

Certains acteurs de l’opposition croient pouvoir s’accrocher à l’éventualité d’un second tour pour se rassembler. Autre illusion ! On est loin de 2007 : comment peut-on même imaginer contraindre l’actuelle puissance du Makhzen à une telle conjecture ? C’est tout simplement impensable : le peuple n’y est pas prêt, il peut bien grogner comme un chameau mais il finira toujours par transporter sa charge. Certains diront que l’opposition avait réussi un bon coup lors des élections locales. Ce fut tout au plus un succès très relatif : si quelques partis y avaient pu tirer leur épingle du jeu – on se demande d’ailleurs comment, en divers cas – ce fut surtout au détriment de ses plus vieux partis pourtant pourvus de bases ancrées. La dernière initiative de la CVE tente de mettre en place quelque chose pour donner une nouvelle chance à l’opposition. Celle peut-être de sauver la face ?

Mais tout semble cependant converger vers un inéluctable verdict. Les Mauritaniens vont se rendre aux urnes le 29 Juin pour remplir une simple formalité : conduire Ould Ghazwani à son second quinquennat. Les observateurs de la Communauté internationale applaudiront avec leur verbiage habituel et l’on se réveillera comme si de rien n’était. Reste une seule inconnue : que fera de nous le président réélu ?

Dalay Lam

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● Diplôme d’entraîneur UEFA B : Mohamed Lemine Moussa Khairy passe avec brio

Rim Sport – Mohamed Lemine Moussa Ould Khairy vient de passer avec brio son diplôme d’entraîneur UEFA B, en Allemagne. Il vient de recevoir officiellement sa licence de la Fédération allemande de football (DFB).

« Après deux semaines de travail intense, tant sur le terrain qu’en dehors, j’ai officiellement terminé mon cours de licence UEFA B. Un petit pas de plus avant de recevoir officiellement ma licence de la Fédération allemande de football (DFB) », a-t-il annoncé.

« Durant ces deux semaines, j’ai eu le plaisir de rencontrer de grands entraîneurs du monde entier avec des perspectives et des philosophies différentes. J’ai reçu des conseils précieux de la part d’entraîneurs expérimentés et j’ai établi de bonnes relations avec mes collègues », indique-t-il.

« Je remercie mes instructeurs Claudio Mu Bler, Marcus Urban et Chris Griebsch de m’avoir aidé à devenir un meilleur entraîneur en si peu de temps. Des leçons précieuses ont été tirées et des connaissances précieuses ont été acquises. Merci à tous d’avoir fait de cette expérience une expérience incroyable ! », a-t-il conclu.

Coach assistant au FC Tevragh Zeïna depuis son retour des Etats Unis où il a décroché un diplôme à Northern Kentucky University, Mohamed Lemine frappe déjà à la grande porte des jeunes entraîneurs diplômés.

Apres une courte carrière de gardien de but, Mohamed Lemine, sur les conseils avisés de son père, Moussa Khaïri, président de FC Tevragh Zeïna va désormais mettre les connaissances acquises au service du football local, sans doute chez les Galactiques, en attendant une ouverture sur le reste du monde.

Une façon de mieux acquérir une forte expérience et prétendre à une échelle supérieure. Polyglotte, Mohamed Lemine (qui parle Chinois, turque, français, arabe et anglais) dispose d’atouts supplémentaires. Bon vent !!!

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● Note médiatique sur la parution de notre nouvel ouvrage

La parution de notre nouvel ouvrage sous le titre « Brève initiation à la géopolitique pour un jeune Soninké: Repères et évènements historiques »

● Liens :

https://amzn.eu/d/cfKLmI0

ISBN 979-8321640418



● Note de présentation

Cet ouvrage est un manuel de vulgarisation destiné prioritairement à un lectorat « observateur » souvent dépassé par des notions géopolitiques brutes. Nous vivons dans un univers informationnel dense et volatile à la fois, un flux d’informations et d’opinions entremêlées qui nécessite des dispositions alertes pour savoir trier, relier, dissocier et associer valablement afin de se faire une juste opinion. Le livre donne une temporalité des références historiques et des évènements marquants sous une forme de frise chronologique allant du 26 février 1885 (Fin de la Conférence de Berlin sur le partage colonial de l’Afrique) à l’émergence d’un ensemble géopolitique mondial à tendance multipolaire de nos jours. Un jeune soninké, sahélien, africain ou afro-européen lettré peut y puiser divers matériaux intellectuels « sourcés » et fiables pouvant l’édifier sur les tendances globales du cheminement de notre univers des relations internationales. Une partie est consacrée à une analyse descriptive condensée d’un pays africain, la Mauritanie dont l’auteur est originaire. En annexe y sont repris quelques Grands Entretiens du Blog https://ecrit-ose.blog/.

Nos contributeurs par leurs entretiens accordés au blog repris dans la partie IV par ordre chronologique : M. Marega Muhamad , M. Mohamed Boubakar Cissé , M. Boubacar Demba N’Djim , M. Yahaya Soukouna et M. Aleyda Traore . Mes chaleureux remerciements renouvelés à eux.

13 avril 2024

Koundou SOUMARE, blogueur et militant des droits humains.

● Note de lecture | Quand des repentis de Boko Haram confessent

Cet ouvrage peu volumineux est un trésor pour ceux qui s’interrogent sur les ressorts profonds de l’extrémisme violent. Ici sur le cas d’un groupe armé politico-religieux connu pour sa cruauté en Afrique subsaharienne (Zones Ouest et Centre), Boko Haram. Le très averti journaliste nigérien Seidik Abba et son co-auteur nous livrent dans ce livre paru en 2019, les témoignages d’anciens partisans du mouvement terroriste. Ces repentis ayant décidé avec gros risques de s’enfuir et se sont portés volontaires pour suivre le programme Repentir contre pardon mis en place par le gouvernement nigérien à partir 2016. Le QG de ce programme se trouve à Goudoumaria, une ville située à plus d’un millier de kilomètres de Niamey (la capitale nigérienne). Ce qui ressort souvent dans les récits reccueillis auprès des repentis aux profils très divers, on y comprend que beaucoup se sont engagés entre autres par désespoir ambiant, par rencontre fortuite, par intérêts matériels…

Des motivations liées à la religion sont assez marginales et à l’intérieur du mouvement, il y a beaucoup d’intérêt au business (partage du butin) et à l’exploitation sexuelle des jeunes filles capturées. Également il y apparaît qu’ils sont organisés comme une véritable entité étatique où divers départements de services la composent (les combattants formés et disposés en groupes d’action, l’ordre judiciaire chariatique, les tenants financiers, agriculteurs-pêcheurs et les relais extérieurs complices pour d’approvisionnement du matériel et de la nourriture).
L’ouvrage nous rappelle que Boko Haram a été créé en 2002 et qu’il a basculé dans la violence armée à partir de 2009. Et son aire géographique de planque se situe dans la zone du Lac Tchad. Les repentis interrogés espèrent tous retrouver une vie normale (formés à une activité professionnelle) auprès de leurs proches et oublier cette aventure du mal-Agir terrifiant.

Notre conclusion : Dans ces groupes du genre, ils sont brigands de terreur, violeurs et voleurs sans foi digne ni loi respectable.

À recommander.

Paisible vendredi à TOUS 🤲🏾.

🖋KS pour le BLOG

● Les enfants naturels : la négation du droit de l’enfant | Par le journaliste Seyré SIDIBE

Et pourtant, les enfants naturels, appelés vulgairement en Soninké  « Dianga lèmu » qui veut dire « bâtards » sont nés comme tous les autres enfants du monde, la rencontre d’un spermatozoïde et d’une ovule.

Mais seulement, on leur reproche d’être venus au monde alors que leurs parents n’étaient pas unis selon les usages religieux et traditionnels.

Durant toute leur existence, ces enfants, même devenus adultes sont rappelés constamment à leur naissance quels que soient leurs mérites.

A la moindre occasion, ils sont rabaissés, humiliés tantôt avec des messages voilés tantôt explicites pour leur faire comprendre qu’ils sont «illégitimes» .

Ils sont considérés injustement comme impurs et malpropres par ce qu’ils seraient porteurs de souillure et même de malédiction dans de nombreuses sociétés traditionnelles africaines et en particulier chez les Soninké.

Même les damnés de la société, les esclaves pourtant stigmatisés eux-mêmes et traités comme des sous-hommes se moquent de ces malheureux enfants, condamnés à payer pour la forfaiture de leurs parents.

Dans nos sociétés, ces enfants sont sources de honte pour la famille qui n’hésite pas à s’en débarrasser à la moindre occasion pour préserver son image.

Enfanter en dehors du lien de mariage est un crime imprescriptible. La femme qui a eu le malheur de donner naissance dans ces conditions était frappée d’ostracisme, aujourd’hui encore dans une moindre mesure.

Pendant longtemps, ces pauvres enfants étaient clandestinement assassinés dès la naissance, par ce que nos sociétés redoutent plus la honte que la culpabilité.
En d’autres termes la responsabilité qui voudrait que chacun réponde de ses actes est une contre valeur. L’honneur de la famille, de la lignée n’a pas de prix même s’il faut commettre un assassinat.

La religion qu’on prétend défendre et qui interdit toutes relations entre un homme et une femme en dehors du lien sacré du mariage ne peut autoriser le meurtre fut-il celui d’un nouveau-né.

Ceux qui avaient (les nouveaux-nés) la chance d’échapper à une strangulation mortelle devaient apprendre à vivre avec leur malédiction, un handicap qui les rend différents des autres enfants de leur âge.

Une fois devenus adultes, ils sont confrontés à d’autres épreuves : celle du mariage.
Les hommes et les femmes «enfants illégitimes» rencontrent souvent des difficultés lorsqu’ils doivent choisir un partenaire ou une partenaire. Leur demande de mariage fait beaucoup jaser du fait que selon les croyances, ils sont nés d’une union maudite.

Cette étape franchie, vient ensuite un autre obstacle, disposer d’un lopin de terre pour construire un toit notamment pour les hommes. Or ne peut hériter du père que les enfants bien nés dit-on.

Si l’enfant n’a pas été reconnu par son géniteur, généralement il porte le nom de famille de sa mère et aura grandi à la charge de ses oncles qui lui auront offert Amour et hospitalité en essayant de combler l’absence du père.

Et puis, un jour c’est le summum de la crise, l’enfant découvrira la vérité.
Certains se suicident alors que d’autres sont meurtris à vie et acceptent le sort implacable.

Il y a en a qui choisissent de partir, de disparaître dans la nature surtout lorsqu’ ils sont issus d’une double illégitimité : enfant nés hors mariage et issus de parents de castes différentes (noble et esclave). Au cas où le père a accepté de baptiser l’enfant, il lui confère une paternité et une personnalité sociale.

Cependant dans les deux cas, l’enfant est stigmatisé et souffre d’une manière ou d’une autre de reconnaissance et de légitimité : il ne peut hériter de son père.
Alors que les autres enfants issus cette fois-ci d’un mariage peuvent prétendre à l’héritage et à occuper une partie de la concession paternelle.

Esclave et enfant naturel, deux destins quasi identiques

Tous les deux sont stigmatisés chez les Soninké.
Cependant, l’esclave jouit d’une reconnaissance sociale, communautaire et familiale liée à son statut précaire, servile et de misère conférée par la société.

En revanche, l’enfant naturel le plus souvent est considéré comme un « enfant sans père », on lui reconnaît juste une mère.
L’impureté qu’on lui reproche est différente de celle de l’esclave du fait que le premier est frappé de malédiction, de souillure congénitale, le résultat d’une transgression alors que le second est réduit aux sales besognes qui lui sont réservées dans la société.

En Mauritanie, au plan administratif, l’esclave dispose d’un état civil, ce qui n’est pas forcément le cas de l’enfant naturel à condition de contourner les règles établies en faisant établir un faux certificat de mariage.
En effet, le fondement du droit mauritanien étant musulman, il n’ y a point de naissance en dehors du mariage, tel est l’esprit de la loi.

Dans certains cas, l’enfant naturel a un avantage certain sur l’esclave, son statut social est celui de sa mère, dans le cas où le père a refusé de le reconnaître.
Ainsi avec le temps, on finira toujours par oublier les conditions de sa naissance.
Les enfants issus d’un père «enfant naturel» par exemple peuvent échapper à la stigmatisation sociale. On aura tourné la page, le père fautif aura purgé sa peine, sa progéniture n’en souffrira point le temps aura effacé la souillure.

Cependant pour le pauvre esclave, il est marqué au fer. Il est esclave et le demeurera ad vitam æternam, lui ainsi que ses ascendants et descendants de toutes les générations.

La stigmatisation de naissance hors mariage serait plus cruelle si elle était l’apanage des castes déjà socialement discriminées.
C’est une réalité qui concerne toutes les classes sociales même si elle est différemment regardée selon les cas de figures; par exemple l’union hors mariage d’un homme et la femme de caste – « esclave et noble » – donne naissance à un enfant, la sanction sociale est plus grave du fait que le couple aura transgressé la logique des castes en plus du lien en dehors du mariage.

La justice dans nos sociétés africaines à la lumière du procès fait à l’esclave et à l’enfant naturel.

Combien d’enfants dans nos sociétés ont été traumatisés et n’ont pas eu droit à une enfance heureuse à cause de cette perception du monde?

Impossible pour ces enfants d’échapper au regard moqueur, inquisiteur et blâmable de toute une communauté. Ont-ils choisi de venir au monde ? Pour quoi sont-ils victimes d’un procès inique pour une faute qu’ ils n’ont pas commise ? Le crime serait-il héréditaire ? L’enfant a-t-il des droits dans nos sociétés ?

Et pourtant dans la plupart de nos pays, il est officiellement reconnu que l’enfant a des droits et qu’il mérite d’être protégé en raison de sa fragilité. En Mauritanie par exemple, il existe un
ministère des Affaires Sociales, de I’Enfance et de la Famille qui a signé toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’enfant.
Mais, la tradition, cette loi non écrite qui privilégie toujours les classes dominantes et féodales prime toujours en silence sur la Loi (les textes juridiques, les conventions internationales relatives) produite et signée pour tromper les partenaires extérieurs.

Le viol accepté et l’amour chahuté

Et pourtant, souvent les enfants naturels sont nés d’une union consentie et d’un amour franc entre un homme et une femme.
Alors que ceux qu’on appelle très affectueusement, «enfants bien nés» ou « légitimes » sont parfois nés d’un viol : un mariage forcé organisé avec la complicité de la société pour perpétuer une tradition en déphasage avec les nouvelles réalités.

Deux absurdités sur lesquelles, on ferme les yeux : le premier concerne cet enfant qui paie pour être né d’une union hors mariage, et le second, c’est un descendant d’esclave qui doit s’appeler esclave pour toute son existence parce que son père a eu le malheur de croiser le chemin d’hommes plus forts qui l’ont réduit à la servilité.

Quelle est la faute de l’un et de l’autre ?
D’être venu au monde, ce qui relève de la puissance de dieu, de la contingence.
Notre appréhension de la justice ne manque- t- elle pas de justesse et de bon sens ?

Je suis fasciné par la justice des autres qui protège les enfants et stipule que la responsabilité pénale est individuelle.

Idem en Islam, notre référénce.
Dieu n’ a-t-il pas dit que le jour du jugement dernier, chacun répondra de ses actes .
Le père ne paiera point pour le fils ou la fille, la mère répondra, elle-même de ses actes…

Dès lors pour être en harmonie avec notre spiritualité (l’islam) ne faut-il pas oser rompre avec certaines de nos pratiques héritées d’un passé paganiste sources d’humiliation pour une partie de la communauté, même si elles ont encore la dent dure.

Seyré SIDIBE

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● Le Conseil de la langue arabe organise un séminaire sur le projet du dictionnaire arabo-africain

Le Conseil de la langue arabe de Mauritanie a organisé, jeudi soir à son siège à Nouakchott, un séminaire préparatoire au projet de dictionnaire arabo-africain que le conseil compte publier.

Dans une allocution prononcée à cette occasion, le président du Conseil, M. El Khalil Ennahwi, a indiqué que le Conseil cherche à travers ce dictionnaire à faciliter l’apprentissage des langues locales récemment introduites dans le système éducatif national, car il leur permettra d’utiliser la langue de communication quotidienne pour faciliter la communication des étudiants entre eux.

Il a ajouté que l’idée de ce dictionnaire est venue pour préserver la relation historique entre la langue arabe et les langues locales, ainsi que pour bénéficier de leur histoire écrite, que ce soit en arabe ou dans les langues africaines qui ont toujours eu de larges interactions avec la langue arabe.

Le séminaire s’est déroulé en présence du doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines et de plusieurs professeurs linguistes et hommes de culture.

• Lien source média https://ami.mr/fr/archives/242134

● Le PRIX littéraire LES AFRIQUES 2023 a été attribué à BEYROUK pour son roman SAARA [La CENE littéraire]

Le PRIX LITTERAIRE LES AFRIQUES 2023 :

Le PRIX littéraire LES AFRIQUES 2023 a été attribué à BEYROUK pour son roman SAARA paru en 2022 aux éditions ELYZAD.

Saara est un roman choral dans lequel s’élèvent trois voix.
Trois destins complexes qui s’entremêlent, s’entrelacent au rythme de l’écriture en poésie de l’excellent BEYROUK.

A travers cette polyphonie, on entend la dénonciation des inégalités sociales et raciales, les dangers des intégrismes religieux, les défis du respect de la nature et de la préservation du territoire et enfin les méfaits de la mondialisation.

Pour autant, la splendeur et la justesse des mots de BEYROUK mettent le lecteur en face d’un récit engagé, engageant et méditatif sur les conséquences de la folie des Hommes.

EXTRAITS :

« Là, au fond de moi je sens un vide qui crie, un désir de bras qui serrent, de cœurs qui embrassent, d’étreintes qui durent plus qu’un instant ».

« Mais j’ai saisi, en côtoyant les grands espaces et les esprits simples, ce qu’avaient voulu m’expliquer nos ascètes : que chaque personne possède sa propre réponse et qu’elle ne peut qu’être en elle, et qu’elle ne vient qu’à son heure. ».

LE LAUREAT :

BEYROUK est né à Atar dans le Nord mauritanien. Journaliste pendant de nombreuses années, il a fondé le premier journal indépendant de Mauritanie et présidé la première association de presse indépendante.

Il vit à Nouakchott, en Mauritanie, où il est reconnu comme l’une des voix essentielles de la littérature. Ses nouvelles et ses romans sont lus et traduits à l’étranger, notamment :

– Et le ciel a oublié de pleuvoir (roman, Dapper, 2006) ;
– Nouvelles du désert (nouvelles, Présence Africaine, 2009) ;
– Le griot de l’émir (roman, Elyzad, 2013) ;
– Le Tambour des larmes (roman, Elyzad, 2015) ;
– Je suis seul (roman, Elyzad, 2018) ;
– Parias (roman, Sabine Wespieser, 2021) ;
– Le silence des horizons (roman, Elyzad, 2021) ;
– Saara (roman, Elyzad, 2022).

LE JURY :

Cette année 2023, le jury présidé par le professeur Ambroise KOM était, par ordre alphabétique des prénoms, constitué de :

– Adélaïde FASSINOU (écrivaine) ;
– Alphoncine BOUYA (écrivaine) ;
– Boubacar Boris DIOP (écrivain) ;
– Hortense SIME (médecin) ;
– Josias SEMUJANGA (professeur de littérature) ;
– Philippe BONVIN (écrivain et bibliothécaire) ;
– Sada KANE (journaliste).

LA DOTATION :

Le lauréat reçoit un montant d’Euros 6’000 et une œuvre d’art du peintre Momar Seck, d’une valeur d’Euros 3’000. Par ailleurs, La Maison d’édition Flore ZOA achète les droits de l’œuvre primée pour la zone « Afrique francophone » en cas d’accord avec l’éditeur. La réédition est ensuite imprimée à environ 10 000 exemplaires pour être principalement distribuée gratuitement dans des lycées, collèges, universités et lieux de culture en Afrique.

LES FINALISTES :

Les romans suivants avaient été sélectionnés par le comité de lecture :

– Saara, Beyrouk (Elyzad) ;
– Le feu du milieu, Touhfat Mouhtare (Le bruit du monde) ;
– La ligne de couleur, Igiaba Scego (Dalva) ;
– Si le soleil se dérobe, Nicole Dennis-Benn (L’aube) ;
– La maison en pierre, Novuyo Rose Tshuma (Actes Sud).

Source : Lien média Page Facebook La CENE littéraire https://www.facebook.com/share/p/7XAzagpD31nrRAoo/

● Dialogue politique ou monologue politique ? | Par le journaliste Seyré SIDIBÉ

En démocratie, le dialogue, est un exercice permanent. Une réalité de tous les jours en tant de crise comme en temps de paix.
Il est consubstantiel au pouvoir démocratique, dès lors que celui-ci est avant tout horizontalité.

Le malaise de la gouvernance dans les États africains est bien perceptible à travers « le concept de dialogue national » qui a supplanté celui de Conférence Nationale, en vogue sur le continent dans les années 90.

Conférence nationale, Dialogue national, assises nationales renvoient toujours au champ semantique de Concertrations, de recherche de compromis pour acter l’inclusivité, la participation etc. Autant de marqueur d’un pouvoir qui n’entend pas gouverner en solitaire, qui est à l’écoute du peuple, et soucieux de la sacralité du pluralisme.

Or, dans une démocratie normale de telles rencontres sont rarement convoquées, décrétées par la seule volonté du chef. En effet, elles sont souvent résultantes d’une crise née du manque d’ouverture en amont : une gouvernance trop verticale, autoritaire voire autocratique.

L’une des caractéristiques de ces grand-messes, le manque de sincérité du pouvoir, initiateur et commanditaire des Assises nationales.
Exactement comme le pompier pyromane qui met le feu aux poudres et s’empresse d’être le plus en vue pour l’éteindre : prouver sa bonne volonté ou encore son professionnalisme dans l’exercice.

Ce qu’il est advenu d’appeler Dialogue national n’est qu’un écran de fumée, une supercherie utilisée par le pouvoir pour réconforter sa position, pour reprendre la main, au moment où il est en mauvaise posture.

En réalité, ce n’est pas dialogue . C’est un monologue du pouvoir dont l’issue est connue d’avance.
À cette occasion, le pouvoir essaie de changer les règles du jeu politique, en agissant par la fourberie pour changer à son avantage la configuration du paysage politique : des partis fantoches sont promus au détriment des véritables challengers.

En Afrique, ces rencontres inutiles, sans lendemain, onéreuses pour le contribuable et dont les conclusions ne durent que l’instant de la lecture du communiqué final, sont une véritable mascarade qui viennent baliser le terrain, ouvrir la voie à des élections frauduleuses et truquées d’avance.

En vérité, en démocratie on n’a pas besoin de décréter le dialogue, elle est partie intégrante du pouvoir démocratique.

Les acteurs sociaux, la société civile, les syndicats, les organisations socioprofessionnels etc., sont constamment dans le dialogue et toujours disposer à dialoguer.

Aujourd’hui, le président Macky Sall en fin de mandat et dans un contexte où il a lui-même crée une situation de crise politique multidimensionnelle, appelle de ses voeux au Dialogue.
N’a-t-il pas eu assez de temps pour Dialoguer ?
Quelle est la légitimité de ce dialogue après gouverner le chao, à coup de marteau et de bulldozer contre les institutions ?

Je souhaite vivement que le peuple sénégalais sorte requinqué de cette crise dont les éclaboussures peuvent faire des victimes collatérales loin des frontières de leur pays.

En effet, les mauvais exemples sur le continent donnent toujours des idées à d’autres. Ils n’hésitent à calquer …

Au moment où les rideaux du Dialogue national sénégal s’apprêtent à être baissés, un autre pays africain, d’autres sont dans la programmation de leur énième Dialogue. Un cercle vicieux.

Si bien qu’on a tenté par extrapolation de dire que les Africains aiment parler, bavarder .
La démocratie ce n’est pas seulement des joutes verbales, de l’oralité pour rien.

Une chose est sûre, ce que les peuples africains en ont assez de ces Dialogues politiques illusoires et sans perspectives.

La démocratie repose sur des contrats, des engagements, des textes de lois et des concessions. C’est une culture du partage et des valeurs auxquelles on souscrit pour le meilleur et pour le pire.

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/dialogue-politique-ou-monologue-politique/

● L’Alliance des États du Sahel : un petit monstre en gestation | Par Dr Balla Cissé [via RP Médias]

Balla CISSÉ
Docteur en droit public
Avocat au Barreau de Paris
Diplômé en Administration électorale

Rp médias – Les déclarations récentes des dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) quant à l’instauration d’une monnaie commune sont importantes. Bien sûr, si l’établissement du sahel – le nom de la nouvelle devise – se concrétisait en lieu et place du franc CFA, l’économie des trois États concernés serait bouleversée. Mais, avant tout, c’est l’existence même de leur souveraineté qui serait une fois encore altérée, sinon compromise. Un engagement financier à plusieurs suppose en effet un partage de compétences, donc la fragilisation, au moins, de ce pouvoir suprême reconnu à l’État. La souveraineté du Mali notamment est donc en question (I) et révèle une politique de décolonisation obsessionnelle (II), deux traits propres à une alliance tripartite véritable petit monstre en gestation.

I. La souveraineté du Mali en question

Il y a un an, le 14 janvier 2023, la junte malienne organisait la « journée de la souveraineté retrouvée » : idée malheureuse sur le plan tant de l’expression –  « recouvrée » eût été du meilleur français – que de la politique et du droit, la sacro-sainte souveraineté n’étant ni recouvrée ni effective, mais réduite à un symbole ou, pire, à un prétexte. Même si, d’après le décret du 22 juillet 2023, l’article 37 de la Constitution de la IVe République dispose que « la souveraineté nationale appartient au Peuple qui l’exerce par ses représentants élus au suffrage universel direct ou indirect ou par voie de référendum »et qu’« aucune fraction du Peuple, ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice », chacun sait combien ce texte est malmené ! Seul le petit cercle en uniforme décide d’engager le Mali dans les traités internationaux ou de s’en retirer : les colonels ont pris le parti de quitter la Cédéao sans demander l’avis des citoyens ou des parlementaires. Déjà, en février 2023, l’idée que le Mali et le Burkina Faso s’unissent en une fédération était rendue publique après simple concertation du Premier ministre burkinabè et du Président Goïta. Depuis le 15 février dernier, la souveraineté est un peu plus battue en brèche, des ministres de l’AES ayant annoncé leur intention de créer une confédération, au terme d’une réunion sise à Ouagadougou. Juridiquement, si cette volonté prenait corps, bien des problèmes se poseraient. Il faudrait en particulier modifier la nouvelle norme fondamentale, l’article 30 présentant autrement la forme de l’État : « Le Mali est une République indépendante, souveraine, unitaire, indivisible […] ». Cette difficulté serait vite surpassée dans un État bien administré, mais les dirigeants maliens ayant été incapables d’organiser, depuis 2020, les diverses élections dans les délais fixés, nul ne sait comment ils parviendraient à changer la Constitution selon les règles, c’est-à-dire en demandant l’avis des citoyens. Car, ces mesures très importantes prises à un rythme effréné révèlent non pas l’empressement à mettre en œuvre une politique adaptée aux réalités africaines, mais l’obsession de la décolonisation, de s’éloigner de toute influence de l’Occident.

II. L’obsession de la décolonisation

Depuis leur arrivée au pouvoir, les colonels ne cessent de critiquer la France. Leur politique repose en partie sur le parachèvement de la décolonisation, qu’ils confondent avec le recouvrement de la souveraineté du Mali. Cette façon de voir est cependant des plus simpliste, car il y a belle lurette que la Françafrique n’est plus qu’un souvenir. Mais, pour légitimer son maintien au palais de Koulouba, le régime doit trouver des boucs émissaires : les Français sont ses meilleures cibles. Tout ce qui rappelle de près ou de loin l’ancienne puissance est maudit, sans nuances. Le franc CFA, qui disparaîtra en 2027 au profit de l’« éco », est dénigré au profit du sahel, alors que « la France a déjà, depuis quatre ans, cessé de siéger dans les instances de la Banque centrale d’Afrique de l’Ouest », comme l’indique RFI. Mais la politique de rejet touche aussi les instances internationales organisées selon les idées occidentales ; ainsi s’expliquent les attaques contre la Cédéao.

Somme toute, les putschistes maliens et leurs comparses sahéliens tracent une voie nouvelle, déliée le plus possible des effets de l’Occident. Par exemple, dans son article 11, la Charte de l’AES écarte implicitement les États trop éloignés des trois parties contractantes, c’est-à-dire trop proches des valeurs occidentales : « La présente Charte peut être ouverte à tout autre État partageant les mêmes réalités géographiques, politiques, socio-culturelles qui accepte les objectifs de l’Alliance. ».

L’intention serait légitime si elle n’était pas un but en soi, si elle ne dégradait pas la vie quotidienne des citoyens : on sait combien les Maliens vivant en Côte d’Ivoire par exemple subiront les effets du retrait de la Cédéao dans un an.

Les militaires décidant aujourd’hui de l’avenir du Mali, du Burkina Faso et du Niger jouent désormais avec le feu. Ils créent les conditions d’une instabilité durable. Incapables d’assurer la stabilité politique et la sécurité à l’intérieur des frontières de leurs États respectifs, ils pensent s’entraider en s’éloignant des principes qui font la prospérité de l’Occident. Les catastrophes sont souvent une question d’orgueil mal placé.

• Lien média https://www.rpmedias.com/lalliance-des-etats-du-sahel-un-petit-monstre-en-gestation/?fbclid=IwAR0DQg0Nhf22xpx_94IHUOaB1jXvquKvm9bKm9Pzg0r3jU-TI-q_iZc8Luo