Notre visite pleine d’enseignements dans cet endroit qui abrite des reliques « témoins » vivaces d’un passé horrible (la traite transatlantique), a été fructueuse grâce à l’accompagnement ce frère sénégalais M. Abdou Diop. Guide touristique travaillant pour la municipalité de Gorée, il propose également en toute transparence ses services d’accompagnement personnalisé sur différents sites. Un professionnel consciencieux et connaisseur de la substance historique de cette île très chargée en symboles sur la traite esclavagiste ayant saigné nos zones ouest-africaines, M. Diop est d’une correspondance fiable sur place de par mon expérience avec lui lors cette journée du 22 janvier 2025. Il m’a remis ses coordonnées téléphoniques et je lui avais promis de faire écho de son activité très utile aux visites studieuses. À recommander…bien sûr !
L’expérience est un savoir sûr.
Quelques éléments médias vus sus à Gorée et au monument de la Renaissance Africaine:
Nous avions souvent abordé, la question de l’esclavage en milieu Soninké, avec beaucoup de sérieux et de passion. On ne pouvait faire autrement ! C’est un impératif moral, et une compassion pour les victimes, tant le sujet est loin d’être léger ou drôle. Cependant, trop de sérieux, n’est pas sérieux. Et si l’on y mettait un peu d’humour.
La noblesse « horaxo » devrait être un idéal Soninké, soit une personnalité Soninké achevée et parfaite, l’incarnation de la sagesse de « l’homme Soninké » : un idéal à éteindre.
La Noblesse, sous ce rapport, est une attitude, un comportement, une exemplarité morale et éthique, spirituelle voire existentielle.
Tous les membres de la communauté peuvent, en théorie, accéder à la Noblesse, mais à condition d’être éligible. Ainsi, elle cessera d’être héréditaire, transmise par la naissance, une classe fermée et cloisonnée, qui croient être supérieure aux autres; en faisant de la noblesse sa » propriété privée » . Un titre donc contestable par son mode d’acquisition, de transmission ; tel un seigneur sans honneur, arrivé au trône par usurpation et sans en avoir le charisme et la prestance.
Ainsi, la Noblesse devient le combat de chaque Soninké (hommes, femmes, jeunes et vieux ) pour y accéder. La recherche d’une échelle sociale, jamais acquise définitivement et à vie, conduira certainement à la promotion d’une société plus saine, plus juste où l’excellence est une valeur, un défi de tous les jours.
Dans cette nouvelle architecture, la noblesse sera ouverte à tous. Mais attention, on peut la perdre comme un permis à points . En effet, on y prévoit, la déchéance du titre de la Noblesse pour ceux qui poseront des actes répréhensibles et blâmables : elle repose sur l’exemplarité, la probité, mais surtout votre apport à la communauté, à la société.
Dans cette vision, l’Esclave n’est pas un nom de famille, un statut social, un héritage social, soit une étiquette à vie et pour toujours. L’esclave est celui qui est nuisible, celui qui est ignorant et fait montre de bassesse par son comportement etc. On est donc loin du déterminisme social. Rien n’est acquis d’avance et rien n’est perdu d’avance.
Les belles âmes et vertueuses seront les gardiennes du temple de cette nouvelle noblesse ; une espèce de Panthéon. Si bien qu’on sera loin du schéma actuel, où certains sont » déclarés » appartenir à la noblesse, alors même qu’ ils ne savent même pas comment s’y prendre. D’autres sont classés « esclaves » pendant qu’ils excellent en toute chose, et n’ont jamais compris pourquoi la société leur réserve une place aussi déshonorante et abjecte.
Le meilleur modèle social, c’est celui qui accorde une place de choix à l’humain. Or, l’humain est indissociable de la dignité. Ainsi, la dignité est un trait intrinsèquement humain, par delà les origines sociales, géographiques, raciales, tribales, ethniques et linguistiques etc., elle ne peut être la propriété de quelques « privilégiés ».
Un travail de déconstruction est nécessaire pour expliquer que l’honneur revient à cet homme qui a été abusé, déshonoré, déshumanisé, vendu et traité comme un bien meuble par son semblable. Quel honneur, quelle royauté, quelle éminence pour celui qui a esclavagisé son propre « frère » ? Même les puissances impérialistes, ont aujourd’hui honte des actes barbares qu’elles ont posés autrefois en Afrique et ailleurs.
Si la grandeur d’une puissance colonisatrice se mesurait au nombre de colonies dont elle disposait, donc de populations indigènes et de territoires; de nos jours la puissance est avant tout économique, culturelle, démocratique, politique, militaire et diplomatique etc.
La grille de lecture a bien changé. La noblesse est du côté de la victime, qui n’a rien fait de mal si ce n’est être faible, pauvre ou vulnérable. Une situation qui peut arriver à chacun; si l’on admet que la vie est faite de haut et de bas.
Or, l’indignité caractérise bien les agissements de celui qui profite de la faiblesse de son » frère » pour l’exploiter psychologiquement, culturellement, économiquement, politiquement, socialement etc. Et plus grave encore, sans aucun remords, il entend perpétuer sa domination par la transmission des « codes » à sa « lignée » pour que le mal perdure. Comment s’enorgueillir d’un passé où ses aieux avaient des esclaves ? Quandon sait que l’esclavage, même pratiqué sous le manteau de la culture (tradition) n’est pas sans rappeler: abomination, crime. En effet, il rime avec criauté, brutalité, violence, viol et toutes sortes de tragédies humaines.
Ce livre paru en l’an 2000, est un témoignage clé. Une décennie seulement après les événements, M. Sy victime et rescapé très chanceux nous fait visiter et vivre à travers son récit, une machine haineuse à tortures qui a broyé l’existence de nombreux compatriotes valeureux.
L’auteur confesse avec hauteur : « Mon souhait est de voir une Mauritanie unie dans la confiance où le Maure est libre de rester maure, le Haratine de rester haratine, le Peulh de rester peulh, le Soninké de rester soninké, le Wolof de rester wolof et le Bambara de rester bambara, mais tous des mauritaniens.» P 186
L’ouvrage de M. Mahamadou SY (ancien lieutenant de l’armée 🇲🇷) est une source-ressource essentielle pour disposer d’éléments de compréhension d’une période troublante de la vie politique de notre pays. Le puzzle de ce qu’on peut appeler une purge systémique dans les années 1986…1990 au sein de la grande muette, présente des données lisibles et circonstanciées. Contenu lourd qui sidère le bon sens et fend tout cœur humaniste nous interpelle en pensant à un seul mot : POURQUOI ?
On peut y lire à la page 160 : «L’histoire de tous les prisonniers est presque identique à la nôtre : arrestations sous prétexte de convocation, tortures et aveux arrachés.» , un bref narratif pouvant illustrer le « COMMENT » d’un régime d’horribles exactions extrajudiciaires.
Un civil exerçant le métier de pêcheur s’est retrouvé dans un camp d’emprisonnement militaire à Jreïda. Son cas est l’incarnation fantaisiste de ce qui a motivé en sourdine cette épuration aux relents ethno-raciaux : «Du statut de pêcheur, il passe à celui de comploteur contre la sûreté de l’Etat. Il faut admettre que ça aussi, c’est très fort.» pouvons lire à la page 164.
Page 167, après la terreur pratiquée avec zèle sur d’innocentes personnes, le dénommé capitaine Moctar vient informer les rescapés du changement imposé aux hautes autorités étatiques par l’éclatement médiatico-diplomatique de l’affaire des camps : « … Le Président de la République vous a pardonné. Le chef d’état-major me charge de vous dire d’oublier ce qui s’est passé et qu’en bons musulmans, vous devez mettre tout cela sur le compte de la fatalité.»
Contexte et ambiance :
1 – C’est sous la gouvernance militaire d’un certain CMSN (Conseil Militaire de Salut National) dirigé par un colonel moustachu répondant au nom de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya (natif d’Atar dans l’Adrar mauritanien).
2 – Dans un régime militaire, l’alternance politique au sommet ne passe pas par une élection, donc, la campagne perpétuelle qui prévaut en interne, se fait par des complots, faux complots, trahisons, fausses trahisons, intrigues et manipulations…
3 – Saddam Hussein, l’ex dictateur irakien est parrain idéologique d’une certaine élite militaire (et civile) parmi l’ensemble communautaire maure, notamment à travers l’hydre politique du baathisme. Le colonel Taya se lie stratégiquement à l’international au leader irakien qui avait gazé les kurdes de son pays…ces années là. Une leçon d’une velléité génocidaire… qui a inspiré sans doute…
4 – La parution d’un manifeste d’alerte (sur la marginalisation croissante dans la structure étatique du pays) par les FLAM (Forces de Libération Africaines de Mauritanie)
5 – Le coup d’État capoté ou trahi d’octobre 1987 est dans l’arrière-fond psychologique des limiers du régime en place. Un coup fomenté par des éléments issus du groupe sociolinguistique poularophone.
6 – Les vives tensions entre la Mauritanie et le Sénégal au cours de l’année 1989 avec plusieurs négro-mauritaniens injustement déportés vers le Sénégal et le Mali.
Ces quelques points cités font partie d’un environnement politique et militaire de l’époque à mettre en perspective avec le recul pour se faire un relatif habillage de l’atmosphère qui sévit objectivement…
Ces passages dans les pages 177 – 178 sonnant comme une conclusion-plainte qui court toujours : « Deux cent cinquante prisonniers ont fait le trajet pour Inal au mois de novembre 90 mais seulement 96 d’entre eux feront le voyage retour. Le reste repose autour du fameux terrain de sport.» «Les victimes, nous savons ce qu’elles sont devenus. Mais les tortionnaires, qu’en est-il advenu ? J’ai entendu dire qu’ils ont été amnistiés.» « Qui peut se prévaloir du droit de pardonner, à ma place, mon caporal étrangleur ? »
En photo illustrative en plus de la couverture du livre, la photographie du visage angélique du jeune Lieutenant Anne Dahirou (paix à son âme). Les circonstances de sa mort symbolisent tristement l’engrenage cruel et criminel qui faucha injustement plusieurs belles âmes.
La communauté soninké, principalement localisée en Mauritanie, au Mali, au Sénégal et en Gambie, est longtemps restée associée à des pratiques esclavagistes profondément enracinées. Loin d’être une simple réminiscence du passé, ces dynamiques sociales et hiérarchiques continuent de façonner la vie de nombreux individus au sein de cette société, perpétuant des discriminations systémiques. Cet article propose une analyse factuelle de l’esclavage au sein de la communauté soninké, en examinant les mécanismes d’oppression et les luttes menées pour la justice sociale, tout en tenant compte du contexte historique et juridique de la Mauritanie.
• Histoire et hiérarchies sociales L’histoire des Soninké, peuple ancien ayant joué un rôle clé dans l’empire du Ghana, a également été marquée par leur participation aux grandes traites négrières, saharienne et atlantique. Cette implication dans l’esclavage a laissé des traces profondes dans l’organisation sociale, avec une hiérarchisation rigide entre les nobles dits “Horo” (Horé au singulier) et les esclaves, dits “Komo” (Komé au singulier). Ces pratiques, qui se sont poursuivies au fil des siècles, sont encore visibles dans la société contemporaine, où l’appartenance sociale est souvent déterminée par le statut d’esclave ou de noble.
En plus de cette hiérarchisation, les terres fertiles sont traditionnellement aux mains des féodaux. Ces terres, issues de partages coutumiers, sont souvent travaillées par les descendants d’esclaves, qui ne possèdent en général ni droits de propriété, ni sécurité foncière. Les familles féodales, riches de ces exploitations agricoles, continuent à exercer leur influence en refusant la redistribution des terres selon les dispositions légales contemporaines du code foncier mauritanien, notamment les articles 36 à 41 du décret n° 2000-089.
La région Guidimakha en est un exemple comme l’a évoqué Koundou Soumaré : “[Dans le milieu soninké, ces articles qui régissent le domaine foncier mauritanien s’appliquent plus ou moins. Les terres prises par un citoyen lambda pour en faire une maison ne pose pas de problème généralement mais celles occupées pour des cultures sont revendiquées par les anciens propriétaires sous le modèle coutumier dans bien des cas].”[1]
• Défis moraux et religieux L’esclavage, en particulier dans le contexte des sociétés musulmanes comme celle des Soninké en Mauritanie, pose un défi moral et religieux. Bien que certaines lectures historiques de l’Islam aient toléré l’esclavage, les textes coraniques insistent sur l’importance de libérer les esclaves, faisant de cet acte une forme d’accomplissement spirituel et moral.
Dans le Coran, plusieurs sourates mettent en avant la nécessité de libérer les esclaves, faisant de cet acte une action méritoire et une preuve de piété.
• Textes coraniques sur la libération des esclaves
Sourate Al-Balad (90:12-13) : “Et qu’est-ce qui te fait comprendre ce qu’est la voie difficile ? C’est de libérer un esclave.” Ici, la libération de l’esclave est mentionnée comme une action vertueuse, définissant le chemin difficile vers la piété et la justice.
Sourate An-Nour (24:33) : “Et ceux de vos esclaves qui désirent un contrat d’affranchissement, concluez-le avec eux, si vous reconnaissez quelque bien en eux. Et donnez-leur des biens d’Allah qu’Il vous a accordés.” Ce verset souligne le droit des esclaves à solliciter leur libération par le biais d’un contrat de mukataba. Ce mécanisme permet à l’esclave de négocier avec son maître pour obtenir sa liberté en échange d’une compensation financière ou en remplissant certaines conditions définies dans le contrat. En encourageant les maîtres à affranchir leurs esclaves, surtout ceux qui ont démontré leur valeur ou leur bonne conduite, le Coran établit ainsi une voie vers l’affranchissement.
Sourate Al-Baqara (2:177) : “La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. Mais la bonté pieuse est celle de ceux qui… donnent de leurs biens, malgré l’amour qu’ils en ont, à leurs proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs, et pour libérer les esclaves…” Ce passage insiste sur le fait que la vraie piété ne réside pas uniquement dans les rituels, mais dans la bienfaisance envers les opprimés, y compris la libération des esclaves. Il souligne ainsi l’importance de l’action sociale en faveur des plus vulnérables.
Dans l’islam, on distingue donc deux formes d’affranchissement. La première est l’affranchissement unilatéral et gracieux, où l’esclave est libéré sans aucune compensation. Or, ces cas sont rares.
La seconde forme est l’affranchissement contractuel ou onéreux, dans lequel l’esclave rachète sa liberté, comme dans le cadre de la mukataba. Il semblerait que, dans la communauté soninké, seule cette dernière forme d’affranchissement soit pratiquée.
• Discriminations systémiques au sein de la communauté soninké Bien que certains Komo puissent acheter leur liberté, devenant ainsi affranchis, ce nouveau statut ne remet pas en cause la hiérarchie sociale profondément ancrée dans le système des castes de la société soninké.
Les descendants d’esclaves soninké demeurent donc marginalisés. Cet immobilisme social constitue un défi majeur pour les droits de l’homme et l’égalité des chances, et se confronte directement aux principes de dignité humaine prônés par l’Islam et de justice par les conventions internationales relatives aux droits humains, telles que celles de 1948 signées et ratifiées par la Mauritanie.
Malgré les pressions internationales et l’engagement de la Mauritanie, qui a signé et ratifié plusieurs conventions contre l’esclavage — notamment la convention relative à l’esclavage du 25 septembre 1926, entrée en vigueur le 9 juillet 1927, et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et des pratiques analogues à l’esclavage du 7 septembre 1956, en vigueur depuis le 30 avril 1957 [2] — les pratiques discriminatoires persistent au sein des communautés soninké. En ratifiant ces conventions, la Mauritanie s’est engagée à les intégrer dans son droit interne et à en assurer l’application. Pourtant, leur non-respect pourrait théoriquement exposer le pays à des sanctions des Nations Unies. Cependant, bien que celles-ci publient des rapports annuels sur l’esclavage et le racisme, aucune sanction n’a été imposée. Ces discriminations, profondément enracinées dans les structures sociales et culturelles, continuent d’affecter la vie des descendants d’esclaves.
Sur le plan juridique, l’ordonnance 83-127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale stipule dans son article 6 : “Les droits collectifs légitimement acquis sous le régime antérieur, préalablement cantonnés aux terres de culture, bénéficient à tous ceux qui ont, soit participé à la mise en valeur initiale, soit contribué à la pérennité de l’exploitation.” [3] Or, ces textes juridiques sont rarement appliqués dans les villages soninké, où les descendants d’esclaves ne détiennent que très rarement des terres, contrairement aux familles féodales.
Sur le plan économique, l’agriculture est une activité essentielle dans les zones rurales du Guidimakha. Or, les terres arables sont en général possédées par les Horo, renforçant ainsi la dépendance économique des descendants d’esclaves. De plus, ces derniers sont souvent relégués à des tâches subalternes, ce qui les maintient dans un cycle de pauvreté générationnelle.
Sur le plan social, les descendants d’esclaves subissent une marginalisation systémique. Ils sont exclus des mariages mixtes avec les Horo, une pratique qui perpétue la hiérarchie sociale en rendant impossible toute ascension par alliance : “Le pire qui puisse arriver aux gens féodaux, c’est qu’un de leurs se lie par le mariage avec un ancien esclave.” [4] Les contrevenants peuvent s’exposer à des représailles, tant du côté de l’époux ou de l’épouse.
Il en va de même pour les fonctions religieuses où celle d’imam ne peut être occupée par un Komé que s’il est autorisé par l’ordre religieux communautaire. Cela suppose deux conditions. La première, une connaissance plus ou moins approfondie de l’Islam et la seconde, une acceptation de l’ordre social établi au profit des Horo. Ces critères, en maintenant les Komo dans une position subordonnée, perpétuent leur marginalisation dans la hiérarchie sociale et constituent un frein à leur affranchissement réel.
Sur le plan politique, les descendants d’esclaves sont tenus à l’écart des instances de pouvoir. Depuis l’indépendance de la Mauritanie en 1960, aucun n’a accédé à des postes décisionnels ou à des fonctions ministérielles. Par exemple, Boubou Timera a été nommé ministre sous le régime de Ould Taya (entre 1984 et 2005). Toutefois, sous la pression de la féodalité soninké en Mauritanie, il a été rapidement démis de ses fonctions.
En ce qui concerne les structures politiques (partis) et législatives, un Komé peut se porter candidat. Son élection dépend du vote des électeurs. Ainsi, en 2018, M. Coulibaly a été élu député de Diaguilly dans le Guidimakha.
S’agissant de la chefferie des villages, aucun descendant d’esclave (Komé) ne peut accéder à cette fonction.
Sur le plan psychologique, l’esclavage ne se limite pas aux conditions physiques de servitude ; il engendre également un complexe d’infériorité qui pousse les victimes à accepter leur asservissement : “[Certains membres du groupe sont marqués psychologiquement et n’osent même pas réfléchir sur le système qui les déprécie dans leur dignité humaine.]”. [5]
Certaines de ces victimes se complaisent dans l’asservissement, cherchent à en tirer un profit financier auprès des Horo, et parfois, s’opposent au combat que mènent les associations abolitionnistes.
La dénonciation de l’esclavage et du système de castes par les personnes issues des castes inférieures reste un sujet délicat, tant sur le continent africain qu’en Europe. Les stigmates laissés par des siècles d’oppression et de discrimination créent une atmosphère de peur et de réticence à aborder ces questions. Les séquelles de l’esclavage se manifestent dans les histoires familiales, où les traumatismes et les humiliations vécus par les ancêtres continuent d’affecter les générations suivantes. Cet héritage psychologique engendre un sentiment d’invisibilité et de honte, entravant la capacité à parler ouvertement des injustices passées. De nombreux descendants d’esclaves éprouvent des difficultés à revendiquer leurs droits et à dénoncer les inégalités, craignant des répercussions sociales ou même des violences. Par ailleurs, dans les sociétés où le système de castes demeure profondément enraciné, remettre en question ces structures est souvent perçu comme une menace à l’ordre établi. Cela crée un environnement où le silence et la conformité sont privilégiés, empêchant ainsi toute forme de changement véritable. Les conséquences de cet esclavage psychologique sont multiples : elles alimentent la discrimination, renforcent les stéréotypes et perpétuent les divisions sociales.
Un appel à la solidarité et à la justice La condamnation de Hanoune OULD OUMAR dit Dicko, bien qu’issue d’une décision judiciaire sur des faits spécifiques que nous ne contestons pas, soulève une question plus profonde : celle de la liberté d’expression et du droit de dénoncer les pratiques d’esclavage et de discrimination. Son engagement et sa tenacité contre l’esclavage trouve ses racines dans l’histoire de sa famille. Sa mère a été victime de l’esclavage haalpular, tandis que son père a subi l’esclavage maure.
La dénonciation des pratiques discriminatoires, comme celles que subissent les descendants d’esclaves soninké, est un acte essentiel dans toute société soucieuse de justice et d’égalité. Le silence imposé autour de ces violations ne fait que prolonger l’injustice.
L’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.), tout en se concentrant sur la lutte contre l’esclavage maure, reconnaît que la libération des esclaves ne peut être segmentée. Pour qu’un véritable changement systémique s’opère, il est crucial de prendre en compte toutes les formes d’esclavage, y compris celles qui subsistent au sein de la communauté soninké. La libération des Haratine et des Komo est indissociable, car nous formons une seule nation. Les discriminations qui perdurent entre ces communautés sont un obstacle à la cohésion nationale.
Une nation ne peut avancer vers la justice et la liberté tant qu’une partie de sa population reste opprimée. Il est primordial de défendre le droit de dénoncer les violations des droits humains car ce droit constitue le socle d’une société équitable et respectueuse de la dignité de tous ses citoyens.
La lutte pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie incombe à l’Etat mauritanien. Bien que le cadre juridique soit relativement complet, l’Etat refuse d’en appliquer les dispositions. Si ces textes étaient effectivement appliqués, l’abolition de l’esclavage deviendrait une réalité tant dans la communauté maure que la communauté négro-mauritanienne. Toutefois, l’Etat mauritanien continue de servir les intérêts de la principale structure féodale, celle des Maures, qui tire avantage de la perpétuation de l’esclavage. Les féodalités secondaires haalpular, soninké, wolof profitent de cette politique pour maintenir leur domination sur les castes inférieures.
Ainsi, les féodalités négro-mauritaniennes sont à la fois dominatrices de leurs castes inférieures, mais victimes elles-mêmes du racisme de l’Etat mauritanien.
La transgression du droit interne et international par la Mauritanie sert essentiellement les intérêts de l’Etat et de la féodalité maure.
L’espoir demeure car sur le plan national, l’Armepes continue de mener le combat contre l’esclavage et le racisme, tandis que sur le plan régional (Mauritanie, Mali, Sénégal, Gambie), il est porté par Ganbanaaxun Fedde.
Le 31 décembre 2024
Mohamed Yahya OULD CIRE Président de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.) Site internet : http://www.haratine.com
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– Notes de références :
[1] Koundou Soumaré. 2024. Un bref aperçu sur la question foncière en pays soninke ; le cas du guidimagha mauritanien. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=20974.
Par ces temps qui courent où l’on parle de héros : les Tirailleurs Sénégalais héros ou traîtres à la nation africaine, il me plaît de désigner les précurseurs du mouvement Soninké de lutte contre l’esclavage statutaire ou par ascendance de héros.
En effet, un héros est un sauveur, un libérateur qui défend une cause juste pour faire triompher la vérité, pour rétablir la justice en préservant les plus faibles de la cruauté et l’arrogance des plus forts. Cela dit, le héros est porteur d’un projet qui est souvent contraire aux intérêts des tenants de l’ordre établi, celui de l’establishment. Il est conscient des dangers, des complots, des cabales, des risques et des embûches à contourner, à surmonter, et auxquels il s’expose au péril de sa vie mais déterminé à mettre tout en œuvre pour défendre son projet, pour que triomphe ses idées.
Bien évidemment, il s’expose à la furie de tous ceux qui s’opposent au changement, aux forces visibles et invisibles. Mais il reste de marbre, intrépide, courageux et droit dans ses bottes.
C’est en cela, qu’en cette année 2024 finissant, je désigne les initiateurs du Ganbanaxu fedde, le mouvement d’émancipation Soninké né, il y a 8 ans, de héros d’une nouvelle société Soninké en gestation. Le mouvement est révolutionnaire par les idées qu’il développe, et par son courage à remettre en cause des acquis sociaux et statutaires.
Jamais, un mouvement Soninké n’a porté et élevé la critique, la satire sociale jusqu’à ce niveau. Que reproche-t-on à ce mouvement ? Qui ne demande qu’une chose, la fin des privilèges liés à la naissance. Il défend une fraternité Soninké qui ne se limite plus à être locuteur natif d’une même langue mais fondée sur la fin des classes sociales synonymes de barrières et source d’inégalités.
Le mouvement Ganbanaxu fedde, -j’ose affirmer- que certains considèrent de groupe séditieux, contestataire, déstabilisateur voire rebelle parce qu’il a créé un remous social jamais vécu dans l’histoire Soninké. Une société où on ne tolère pas toujours le grand déballage par souci de soigner le paraître, de camoufler, de dissimuler les dissensions, les tares pour servir une pudeur gênante qui fait des victimes en silence.
Réfléchissez-y-en profondeur ! En libérant la raison des dogmes qui l’enlisent, le mouvement a poussé la réflexion jusqu’à niveau jamais égalé en termes de revendications, de propositions et de mise à nu de sujets jusqu’ici tabou.
A ce titre, le mouvement Ganbanaxu fedde peut être considéré comme philosophique, politique et social du fait qu’il interpelle chaque Soninké à réfléchir sur les codes de notre société, le contrat communautaire hérité ainsi que sa viabilité même de nos jours des survivances de traditions esclavagistes et féodales dans le rapport intra-social et communautaire Soninké.
La contestation n’est que la partie visible du combat, qui semble hélas cristalliser l’attention de la grande masse qui s’en sert, non sans maladresse et avec peu d’objectivité comme prétexte de rejet, de condamnation et même de diabolisation du mouvement.
Le temps est le meilleur allié des faibles. Il exige de la patience.
La vérité sera rétablie un jour, les « incompris » seront compris, hommage leur sera rendu. La postérité réhabilitera, je suis certain, un jour sous un soleil nouveau, un soninkara rassemblé et affranchi, les initiateurs du mouvement Ganbanaxu fedde, dans une approche littéraire et philosophique pour écrire et enseigner l’histoire politique et sociale de la société Soninké post-wagadu.
Ce jour-là, le mouvement Ganbanaxu fedde retrouvera ses lettres de noblesse ; et sera considéré à juste titre, mouvement social, politique, intellectuel, mais surtout philosophique Soninké, dont le combat est de donner à chaque Soninké la plénitude de sa dignité, en le considérant comme un membre à part entière, débarrassé de tout étiquetage social.
En somme, le mouvement nous commande de revoir notre façon de juger, de raisonner, de penser, de reconsidérer nos préjugés, notre perception des rapports interpersonnels et intra personnels et nos appréhensions : telle est la portée philosophique des idées du mouvement ; au-delà de la lutte contre l’esclavage par ascendance.
Le bilan du mouvement Ganbanaxu fedde, depuis ses premiers audios dans certains milieux Soninké, est perçu comme une catastrophe, un mouvement de renégats et d’anarchistes. Loin sans faux !
Le bilan quantitatif ou du moins qualificatif s’oppose au bilan qualitatif. Le dernier est moins bavard, moins visible mais pourtant plus utile. Les plus subtils et futés, forts de leur esprit de discernement, n’ont pas de peine à mesurer l’impact positif du débat soulevé par le mouvement en termes de liberté, d’égalité et de dignité.
Et grâce à ce mouvement, les Soninké ont appris à s’interroger de manière critique, à remettre en cause et à chercher à comprendre la portée, la signification profonde, la vérité cachée voire la symbolique des traditions qu’ils perpétuent de génération en génération, et souvent de manière mécanique lorsqu’elles déshonorent et humilient une partie de cette même société.
Le débat sur l’égalité à la naissance, la gestion du pouvoir politique, la remise en cause de certains « accords sociaux » en contradiction avec la république et la citoyenneté, toute chose qui visent à changer la perception sociale de la dignité et des valeurs sociales : une nouvelle hiérarchie des valeurs basée sur ce que vaut l’individu par lui-même, pour lui-même et non par ce que prétend être son père ou sa famille.
[« Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’Homme, aux droits de l’humanité, à ses devoirs …Inégalité et domination sont inséparables comme égalité et liberté »] Bruno Bernardi « Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais » Abraham Lincoln « Mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux » Emiliano Zapata (1910).
Je ne sais pas laquelle de ces citations choisir pour aborder le sujet des inégalités sociales. Avant tout propos prières aux âmes des personnes décédées, victimes de l’obscurantisme. Les inégalités existent sous différentes formes parmi lesquelles l’esclavage par ascendance qui est le thème du livre dont je m’en vais commenter. Le titre est : Les restes féodalo-esclavagistes intra- africains : ce qu’il faut comprendre pour s’en débarrasser ! Le cas soninké. L’auteur, Koundou SOUMARE, que j’ai connu il y’a plusieurs années déjà sur la toile et rencontré physiquement pour la première fois le 29 juin 2024, jour des élections présidentielles, devant le consulat de la Mauritanie à Paris. Koundou, militant de première heure pour les causes nobles depuis de nombreuses années. Un combattant contre les inégalités sociales qui gangrènent nos sociétés de façon générale et la société soninké en particulier. Il a toutes les vertus dont tout chaque homme rêverait d’avoir. Humble, courageux, à l’écoute et au service de sa communauté, Koundou est une perle rare. Il mérite tous les hommages. Concernant son livre, de prime à bord, l’aisance avec lequel il aborde son ouvrage nous montre qu’il n’est ni amateur ni capricieux sur le sujet. En effet, dès la première phrase on se rend compte que l’auteur est non seulement profondément attaché à la cause qu’il défend mais aussi et surtout qu’il maitrise tous les rouages et subterfuges utilisables par la communauté pour asseoir une domination des uns sur les autres. Dans son livre, il décortique point par point tous les prétextes utilisés aujourd’hui pour légitimer religieusement ou au nom d’un passé révolu cette pratique ignoble et inhumaine qui est l’esclavage. Je pense que le caractère statutaire, c’est-à-dire la transmission de génération en génération rend encore plus caduque cette organisation sociale. En effet, rien dans ce monde n’est figé, même pas le monde lui-même. De ce fait, que la société impose un statut immuable relève d’une très grande injustice. Nous conviendrons tous qu’un prisonnier doit au préalable commettre un acte repréhensible qui lui fait perdre sa liberté. Pouvons-nous concevoir qu’un homme ou une femme puisse perdre sa liberté à la naissance sans avoir commis aucun crime ou acte qui conduit à la privation de liberté ? La réponse est très certainement non. De ce fait, on se rend compte assez facilement du caractère ridicule de nos pratiques d’aujourd’hui. Comment concevoir que d’autres personnes puissent décider, à ta place, la vie que tu dois vivre avant même ta naissance ? On peut évoquer ici les pratiques dégradantes telles que les injustices à l’égard des femmes dans les sociétés conservatrices, les mutilations génitales, le mariage précoce/forcé et l’esclavage par héritage.
Pour revenir au livre, J’ai été frappé par l’ouverture d’esprit de l’auteur, à travers les questions soulevées et sa capacité à susciter la curiosité du lecteur pour le pousser à la réflexion. Il dénonce avec fermeté et rigueur tout en donnant un aperçu sur la société dont il rêve, pour ne pas dire la société dont tout homme sensé rêve. En somme, dans ce livre Koundou ne soulève pas seulement des problèmes mais ils proposent également des solutions.
Avant de parler de la forme, je voudrais faire un petit commentaire sur la fameuse phrase évoquée par l’auteur et source d’écueils : « Vos méthodes sont mauvaises mais la cause est juste ». Je voudrais juste souligner, en toute objectivité, que ces méthodes critiquées par les détracteurs n’appartiennent pas à Gambanaxu mais plutôt à la société dans laquelle cette organisation est née. Gambanaxu a peut-être permis l’expression et l’exposition au grand jour de certaines méthodes honteuses, témoins de certaines mauvaises valeurs inculquées par la société. De toute ma vie, je n’ai jamais imaginé un soninké éduqué dans le soninkaxu capable de commettre un meurtre, pourtant ce fut le cas à plusieurs reprises notamment les 4 martyrs de Diandiouné (Mali) le 01/09/2020 (Qu’Allah accueille tous les martyrs au paradis). Allons-nous continuer à faire porter la responsabilité à Gambannaxou ou plutôt sur le manque de valeurs morales dont font preuves très souvent certains réactionnaires ? Ne serait-ce pas une énième tentative de diabolisation ou de diversion de s’attarder sur les méthodes ? Alors que l’essentiel est ailleurs. Sur ce point, que ce soit les méthodes d’action ou de réaction, je pense que c’est d’abord une question individuelle liée aux valeurs, au moral, à la piété et à l’éducation reçue qui varient d’un individu à un autre. Ce serait lâche de dédouaner la société de sa responsabilité. En d’autres mots, ces méthodes se trouvent déjà sur place et ont l’air très ancrées chez certaines personnes indépendamment de son camp. D’ailleurs s’il y’a une chose que je reproche à Gambana ou plutôt certains militants c’est le manque criant de méthodes homogènes et d’actions globales et ciblées surtout en ce qui concerne certaines localités (cf. les sous-organisations locales). Comme s’il n’y avait pas de coordination centrale et que chaque membre serait libre de dire ou de faire comme bon lui semble. En tout cas, c’est mon impression. Pour conclure ce point, d’aucuns doivent comprendre que Renoncer au Soninkaxu (soninkara) n’est pas nécessairement un tribut à payer pour se sentir libre. On peut bien rester attaché aux bonnes valeurs du soninkaxu et tout en combattant les injustices et inégalités sociales imposées par la hiérarchisation à la naissance (système de castes) ou à l’égard des femmes, entre autres.
Revenons sur le livre, Dans la forme, pas besoin d’avoir bac+3 pour lire et comprendre ce livre qui est très facile à lire et à la portée de tous. Ce dont on a besoin pour lire ce livre est une infime dose de bonne foi et d’honnêteté et surtout une carence en « hypocrisine », l’hormone de l’hypocrisie (rire). Quant au style d’écriture, c’est décontracté avec une petite touche d’humour sur un sujet aussi sérieux. J’ai vraiment apprécié cela.
Si on me demande de faire une critique, je dirais d’abord le manque de distinction remarquable, c’est-à-dire parfois les obstacles peuvent se confondre avec les causes et ces derniers avec les conséquences. De plus, un chapitre plus étoffé sur les origines de ces pratiques aurait été la bienvenue. En effet, pour une personne peu ou pas avertie, on peut parfois perdre le fil conducteur.
Pour finir, mon message est : Dans un monde civilisé, tout combat doit être mené de façon civilisée ! Ne pas s’adonner à l’invective ni à la violence est l’un des plus grands secrets ! La dignité humaine n’a pas de prix ! Le combat continue !!!
Cet anniversaire marque une étape fondamentale dans l’histoire de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. Il est aussi l’occasion de rendre un hommage vibrant à une femme exceptionnelle : Madame Coumbeit Mint WERZEG, dont l’engagement silencieux mais déterminé a été essentiel dans la création du premier noyau de Libération des Haratines. Que son âme repose en paix.
Madame Coumbeit Mint WERZEG était la grande sœur de Bilal Ould Werzeg, aujourd’hui membre de la Commission électorale nationale de Mauritanie. Bilal et moi nous étions rencontrés le 10 octobre 1974 à l’ENA de Nouakchott, dans la section diplomatie, pour une formation de deux ans. Dès nos premiers échanges, je lui avais proposé de créer une structure visant à combattre l’esclavage maure. Conscients de la portée de cette idée, nous avions convenu de réfléchir en toute discrétion avant d’agir. Ce que j’ignorais alors, c’était l’influence bienveillante et décisive que sa sœur, Coumbeit, aurait sur notre chemin. Dans le salon familial de Madame Coumbeit et de son époux, où nous révisions souvent, une scène inoubliable s’est jouée le 2 décembre 1974, entre 16 heures et 17 heures. Ce jour-là, Coumbeit, avec une autorité douce mais ferme, est venue nous trouver. En hassania, elle a dit à son frère : « Ce que Mohamed Yahya Ould Ciré t’a demandé, tu dois l’accepter. » Puis elle s’est retirée, laissant derrière elle une décision historique et un engagement indélébile.
L’histoire de l’esclavage maure et la question haratine demeurent encore sous-étudiées. Bien que quelques mémoires universitaires aient abordé certains aspects, une analyse approfondie de cette injustice systémique reste à réaliser. Le travail des Kadihines a permis une sensibilisation initiale, mais il revient avant tout aux victimes de porter ce combat. C’est dans cet esprit que notre initiative a vu le jour, devenant la première à ambitionner l’abolition totale de l’esclavage maure sur l’ensemble du territoire mauritanien.
Madame Coumbeit Mint WERZEG a joué un rôle crucial à deux niveaux. Elle a non seulement inspiré son frère à s’engager, mais elle a aussi tenu à exprimer son soutien en ma présence, révélant ainsi une conviction profonde et courageuse. Son domicile a été un lieu d’accueil pour nos réunions, où thé, zrig (boisson traditionnelle) et pain beurré étaient toujours servis. Par cet engagement discret mais déterminant, elle incarne le rôle des femmes dans les luttes pour les droits humains. Pourtant, le patriarcat qui domine encore en Mauritanie persiste à minimiser leur contribution. Le blocage du projet de loi Al Karama sur les droits des femmes et des filles en est une illustration.
Aujourd’hui, alors que le combat contre l’esclavage résonne de plus en plus dans le débat public, il est essentiel de se souvenir que toute lutte repose sur des figures emblématiques, parfois restées dans l’ombre ou oubliées, qui ont d’abord alimenté le débat d’idées et ouvert la voie à l’action et à la transformation sociale.
Mohamed Yahya OULD CIRE Président de l’Association des Haratine en Mauritanie en Europe (A.H.M.E.) Site internet : http://www.haratine.com
« Pensez-y ! Si un jour vous avez besoin d’une main secourable, vous en trouverez une à chaque bout de vos bras. En vieillissant vous vous rendrez compte que vous avez deux mains, l’une pour vous aider vous-même, l’autre pour aider les autres ». Audrey Hepburn (1929 – 1993).
Qui suis-je ? Que dois-je faire de ma vie ? Quel est le sens de ma vie ?
Les humains se posent ces questions depuis des temps immémoriaux. Chaque génération a besoin d’une nouvelle réponse sur ces questions parce que le monde évolue sans cesse et compte tenu de tout ce que nous savons et ne savons pas …. Quelle est la meilleure réponse que nous puissions donner aujourd’hui ? Quel genre de réponse attendent les gens ? presque toujours quand on les questionne sur le sens de la vie, ils attendent qu’on leur raconte une histoire. « Homo sapiens » est un « animal » qui aime raconter des histoires, qui pense en récits plutôt qu’en chiffres ou en graphiques, et croit que l’univers lui-même est un récit, avec ses héros, ses méchants, ses conflits et ses solutions, ses apogées et ses dénouements heureux ou malheureux. Quand nous recherchons le sens de la vie, nous voulons une histoire qui nous explique ce qu’il en est de la réalité de la vie et de notre rôle dans cette vie. Ce rôle fait de moi un élément de quelque chose qui me dépasse. Il donne sens à la totalité de mes expériences et de mes choix. Selon un récit populaire raconté depuis des millénaires à des milliards d’humains inquiets, nous faisons partie d’un cycle qui englobe et relie tous les êtres. Chaque être a une fonction distincte dans ce cycle, comprendre le sens de la vie signifie alors comprendre cette fonction unique. Tout le monde veut vivre une vie heureuse, et bien que la définition du succès et la mesure du bonheur soient différentes pour chacun, certaines qualités fondamentales d’une vie heureuse semblent universelles à la plupart des gens. Des études ont montré que le moment où vous avez commencé votre vie n’a pas d’importance car la manière consciente dont vous vivez votre vie en tant qu’adulte déterminera davantage votre bonheur global tout au long de votre vie que votre situation financière ou même votre bonheur à un âge précoce. Par conséquent, apprendre à vivre une vie meilleure et à se sentir plus positif à l’égard du monde qui vous entoure peut vous aider à vivre une vie heureuse et pleine de sens. Mener une vie heureuse, c’est remplir cette fonction d’être humain capable de rendre heureux tout en se disant que le bonheur est une quête profondément personnelle, complexe et universelle. Il représente une satisfaction générale face à la vie et à la direction que nous prenons, nourrie par la conviction que notre existence est bonne, significative et utile. Contrairement à l’idée d’un état permanent de plénitude exempt de toute souffrance ou défi, le bonheur est vu comme un équilibre dynamique entre les joies et les peines de la vie. Il s’agit d’une représentation globale de notre vie, influencée par notre capacité à apprécier les moments positifs, à gérer et réguler nos émotions désagréables, et à entretenir des relations saines. Il est essentiel de se rappeler que le véritable enrichissement d’une relation ne réside pas seulement dans l’apparence, mais dans la connexion des cœurs. Les personnes qui possèdent des qualités comme l’empathie, l’honnêteté et la profondeur émotionnelle apportent souvent le plus de joie et de soutien dans nos vies. En cherchant à connaître l’autre au-delà de son apparence, nous découvrons des trésors insoupçonnés qui nourrissent l’âme et favorisent des liens durables. Oui c’est ainsi que la vie continue de génération en génération, tout est lié, chacun dépend de tous les autres, qu’une infime partie de nous n’accomplisse pas sa vocation et c’est tout le cercle de vie qui risque de se défaire. « Se dire qu’un cercle ne l’est que lorsque le début de ce cercle et la fin de celui-ci coïncident ». Ce tracé (cercle) pour être perceptible par nos sens et reconnu par notre cerveau doit présenter un contraste de ton par rapport au plan. Ce cercle délimite un intérieur et un extérieur : l’intérieur est connaissable, l’extérieur est inconnaissable. Mais qu’est-ce donc que cette circonférence qui définit un cercle ? C’est un tracé déterminé en référence à un point central… et j’aurais tendance à penser que ce point n’est autre que le centre de moi-même, mon vrai moi… Il est vrai que la vérité se trouve au centre du cercle, l’endroit où toute raison doit se trouver, pour chercher la connaissance. Selon le récit musulman par exemple, « au commencement ALLAH Le Tout Puissant a créé l’univers et édicté ses lois. Puis, IL révèle celles-ci aux hommes dans le Coran. Hélas, des ignorants et des méchants se sont rebellés contre ses lois et ont essayé d’enfreindre et de cacher ces lois. Il appartient alors aux musulmans vertueux et loyaux, et de les défendre et de les faire connaitre. Finalement, au jour du jugement, ALLAH Le Tout Puissant jugera la conduite de chacun, IL récompensera les justes par une félicité éternelle au paradis et précipitera les méchants dans le feu de l’enfer ». Ce grand récit implique que mon rôle modeste, mais important dans la vie, est de suivre les recommandations de ALLAH, de faire connaitre ses lois et de les appliquer tant que possible et de m’assurer que ses vœux soient exaucés. Mais en vérité, tout au long de l’histoire, des milliards de gens ont cru que pour que leur vie eut un sens, il n’était pas nécessaire d’être absorbé dans une Nation ou un grand mouvement idéologique, il leur suffisait de laisser « quelque chose derrière eux », s’assurant ainsi que leur histoire personnelle se poursuivrait après leur mort. Dans l’Idéal, le quelque chose que je laisse est mon âme ou mon essence personnelle. Si après la mort de mon corps présent, je renais dans un nouveau corps, la mort n’est pas une fin. Elle est simplement l’espace entre deux mondes. Beaucoup ont au moins une vague foi dans une théorie de ce genre même s’ils ne la fondent pas sur une théologie spécifique. Ils n’ont que faire d’un dogme élaboré, ils ont juste besoin d’un sentiment rassurant que leur histoire se prolonge par-delà l’horizon de la mort. Hélas, ce modeste espoir de simplement laisser « quelque chose derrière » est rarement comblé. Les efforts pour laisser un héritage culturel ont rarement plus de succès. Si nous ne pouvons rien laisser de tangible, ni gêne, ni poème, ni argent, ni, ni et j’en passe, peut-être suffit-il juste de rendre le monde un peu meilleur ? vous pouvez aider quelqu’un, lequel aidera un autre et ainsi contribuerez-vous à l’amélioration générale du monde et serez-vous un petit maillon dans la grande chaine de la bonté. Vous pouvez être le mentor d’un enfant difficile mais brillant qui devenu médecin sauvera des centaines vies, ou aider une vieille dame à traverser la rue et illuminer ainsi une heure de sa vie. Tout cela ne manque pas de mérite, mais la grande chaine de la bonté ressemble à des réalités qui explorent les profondeurs de la grande chaine d’expériences humaines : D’où lui vient son sens est loin d’être clair. Un vieil homme auquel on demandait ce qu’il avait appris du sens de la vie ? « Eh bien, j’ai appris que je suis né sur terre pour aider les autres ». Pour ceux qui ne font pas confiance aux grandes évolutions, aux héritages futurs ou aux épopées collectives en tout genre, l’amour est peut-être l’histoire la plus sûre et la plus parcimonieuse vers laquelle se tourner. Pour autant, si vous demandez le vrai sens de la vie et qu’on vous réponde par un récit, sachez que la réponse est mauvaise. Les détails exacts n’importent pas vraiment car si l’histoire est fausse, c’est tout le monde tel que nous le connaissons qui s’effondre. Les lois, les normes sociales, les institutions économiques et politiques pourraient bien s ’effondrer. La plupart des récits ne tiennent ensemble plutôt que par le poids des événements qui ont eu lieu à plusieurs reprises plutôt par la force de leur fondation. Des guerres ont été livrées parce qu’un seul mot de cette histoire avait été changé car tout au long de l’histoire, la quasi-totalité des hommes ont cru à plusieurs récits en même temps sans jamais être absolument convaincu de la vérité d’aucun d’entre eux. Cultivons la capacité de voir au-delà des façades. Engageons-nous à bâtir des relations fondées sur la profondeur, le respect et la connexion émotionnelle. En fin de compte, c’est dans le cœur que réside le véritable éclat des relations humaines.
يقولون أن الخير واللطف لا يقدر بثمن.. ….فماذا عن الدناءة والإقصاء للآخرين؟ Dit-on que la bonté et la gentillesse n’ont pas de prix… alors qu’en est-il de la bassesse et de l’exclusion de l’autre ? Nous y reviendrons bientôt….
Quelques précisions Max WEBER : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905) Peut-on modifier l’homme ? [Article] sem-link Henri Caillavet sem-link Emile Papiernik sem-link Pierre-André Taguieff sem-link Pr. Tchobroutsky sem-link J. P. Catonné Raison présente Année 1993 105 pp. 43-104 Le conflit entre les générations ? Un mythe dépassé : Par René Levy, sociologue, professeur honoraire de l’Université de Lausanne. Quel est le sens de ma vie ? Les Éditions du Net SCIENCES HUMAINES 2013
AMI – Lors de la 19e session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui s’est tenue au Paraguay du 2 au 7 décembre, l’épopée de Samba Guéladio Diégui a été inscrite, aujourd’hui, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, deuxième élément inscrit par notre pays en moins d’un an, après l’inscription de la Mahadra.
L’inscription de ces éléments du patrimoine s’inscrit dans le cadre de la politique de Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani, visant à protéger, préserver, valoriser et s’approprier le patrimoine national.
L’épopée de Samba Guéladio Diégui est un symbole important pour les Mauritaniens, ainsi qu’une manifestation de la cohésion sociale et culturelle mauritanienne dans sa dimension historique.
Notre pays était représenté à cette réunion par une importante délégation conduite par notre Ambassadeur auprès de l’UNESCO, Mme Moulati Mint El Mokhtar, le Conservateur National du Patrimoine au Ministère de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, un chef de département du Musée National du Patrimoine et quelques membres du personnel de notre Délégation auprès de l’UNESCO.
📸 Octobre 2021 – Bamako USJP | Par Amadou Niane de KayesInfos
Nos chemins se sont croisés furtivement dans les années 1990 durant nos années Collège-Lycée à Sélibaby, sa ville natale. Une décennie plus tard, nous avons eu quelques échanges par intermittence dans un foyer parisien (20ème arrondissement) où résidaient nos proches respectifs. Et par la suite en région parisienne et dans l’arène 2.0 notamment Facebook, le temps d’un cheminement militant et intellectuel s’ouvre à nous résolument avec respect et saines affinités. J’écrivais une fois, que nos relations sociales et notre large convergence de vues étaient comme inévitablement et naturellement attendues dans notre existence. L’ère fascinante et foncièrement riche en expérience multidimensionnelle d’Armepes-France (et par la suite avec le mouvement Ganbanaaxun Fedde en octobre 2016) (Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles), peut me permettre ce témoignage osé et émouvant à son égard. Initiateur de ce mouvement d’éveil transnational par la création du forum whatsapp GANBANAAXU FEDDE qui a stimulé et – ou boosté plusieurs entités associatives de lutte pour l’égalité sociale et citoyenne principalement en milieux soninkés, Gaye Tene et ses camarades (nous autres connu.es, moins connu.es et anonymes) ont porté vaillamment un militantisme inédit par son ampleur populaire et la vision avant-gardiste pour une vie communautaire à mettre à jour de nos réalités contemporaines. L’ex secrétaire général d’Armepes-France et président durant 8 ans de ladiite association, a su mener ses missions avec dynamisme et responsabilité. Cet engagement a certes subi comme toute initiative disruptive ayant attrait à la demande de changement des mentalités fossilisées (féodalo-esclavagisme) de nombreuses années durant, toutes sortes de procès tant farfelus que fourbes. Fraternellement, je te dis MERCI et BRAVO pour TOUT et paisible continuation dans tes projets futurs. Président un jour, président TOUJOURS !
Ce 8 décembre 2024, le président Gaye va passer la main à une nouvelle direction exécutive avec l’élection d’un nouveau président. À ce dernier et son équipe, mes vœux de réussite et de dynamisme militant et responsable pour porter encore plus haut nos valeurs et principes.
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