● Mauritanie : la justice, le chantier de toutes les priorités, depuis l’indépendance.

Rien n’est immuable. Tout est écoulement, tout change . Le plus puissant ne peut rester indéfiniment sur son petit nuage, regardant sans état d’âme, souvent les autres avec dédain et condescendance.

Le plus puissant peut du jour au lendemain tomber « en disgrâce », cherchant protection et défense .Telle est la condition humaine. Cette dynamique dont les manettes et l’horloge sont la propriété d’un être supérieur ( juste et parfait) rappelle à chacun et aux plus consciencieux que
la vie des hommes et de nos sociétés est précaire. Rien n’est éternel.
Tout est finitude. Tout est périssable au point que le philosophe s’est interrogé avec pertinence si vraiment, cette vie vaut la peine d’être vécue ?

Nous sommes tous faibles

A quelques heures de l’investiture du président Ould Ghazouani pour un second mandat, à l’issue de la présidentielle du 29 juin 2024, marquée par une crise post-électorale, tuée dans l’oeuf, emportant la vie d’au moins cinq jeunes à Kaedi, chacun mesure la force du pouvoir et sa capacité à faire accepter ou même imposer sa volonté.

Le président Ould Ghazouani est réélu, les morts sont morts pour rien. Il n’ y aura ni enquêtes ni coupables et encore moins un procès. On ne saura pas tout sur ces assassinats qui en rappellent d’autres.

La légitimité et la légalité, celui qui est porté au pouvoir dans nos États, peut s’en procurer à tout bout de champ, en actionnant plus d’un levier à sa disposition. La seule vérité qui vaille est celle du pouvoir, de celui qui est au pouvoir. Il devient l’incarnation de la loi et même l’esprit de la loi, la référence pour interpréter chaque mot, chaque paragraphe de la loi. Ce tableau quelque peu caricatural montre à merveille le malaise de notre système judiciaire.

Ould Abdel Aziz : rattrapé par sa propre justice

Sans vouloir, innocenter l’ancien président, Ould Abdel Aziz ou refaire son procès, qui n’a pas été choqué par la descendante aux enfers de l’homme ?

Un tout-puissant que même les mouches craignaient, réduit  » à quémander » un extrait d’acte de naissance, pendant deux semaines dans son projet ubuesque de candidature à la présidentielle, se plaignant ou pleurnichant auprès du président du Conseil Constitutionnel.

Cette image était bouleversante.
Peu importe comment, il est arrivé au pouvoir, Mohamed Ould Abdel Aziz a eu l’opportunité de réformer, formater voire réinventer notre système judiciaire. Il n’ y a jamais pensé parce qu’il était « du bon côté », le côté des puissants et de l’impunité. Or, cette justice à deux grandes vitesse ne protège pas pour longtemps.
L’ancien président s’en était servi pour éliminer, écraser, envoyer en prison ou sur le chemin de l’exil certains opposants ou contradicteurs.

Le président Ould Ghazouani va-t-il oser libérer la justice du joug de l’exécutif ?

Le président Ould Ghazouani va être installé, ce 02 août 2024, pour un second mandat. Il est interpellé pour faire de la justice, le premier chantier de son dernier quinquennat.
Cela commence par la promotion de l’excellence, de l’éthique, de la vertu; en mettant courageusement fin aux nominations politiques, jusqu’ ici, seul critère pour accéder à de nombreux postes clés de la haute administration.
Les nominations à coloration purement politique ( par recommandation) créent un sentiment de redevabilité et d’allégeance vis-à-vis d’un vassal politique, qui tire toujours les ficelles.

Voilà le mécanisme par lequel se nourrissent jusqu’à satiété : clientélisme, népotisme, corruption etc. La politique ne doit pas se mêler de tout, et tout n’est pas politique dans une république. En effet, le politique et le technocrate n’ont pas les mêmes grilles de lecture. Si le premier ne peut se laver de tout opportunisme, de la démagogie, de la séduction sur fond de flagornerie, le second est intègre, une qualité que lui impose la science qui se veut universelle et tient un discours intelligible.
La politisation tous azimuts de nos institutions publiques est source de léthargie, de déroute et de faillite: la compétence est sacrifiée sur l’autel de la complaisance et de toutes sortes de logiques qui ne servent pas le mérite et la compétence.

S’il vous plait, épargnez , la haute administration, et tout ce qui a trait à la recherche scientifique, au monde universitaire, à l’expertise, à la justice, à la santé … de la politique politicienne.

Entourez-vous de politiques pour diriger mais pour gouverner, il faut donner plus de place aux technocrates et experts. Ceux-là vous diront que l’eau boue à cent degrés, que le prophète Mahomet PSL est musulman, que le fer est un métal …

Les hommes politiques, chez nous excellent dans le mensonge, la manipulation et la compromission.

La justice est l’alpha et l’oméga

Tous les maux de notre société se résument en une expression : le manque de justice.
Le racisme, l’esclavage, la féodalité, le tribalisme les discriminations de tous ordres, le népotisme, le clientélisme, la corruption, l’impunité, l’extrémisme, la haine et le même la violence dans une certaine mesure, la médiocrité, le manque de patriotisme, l’incivisme, les coups d’État militaire, constitutionnels, tous ces péchés sont la manifestation de l’absence de justice.
Cette crise de la justice, de notre justice commence par l’irrespect de nos propres lois par les autorités, comme elles étaient votées pour être appliquées exclusivement aux plus fragiles ou à certaines personnes.

La jungle est encore préférable à une société humaine où l’injustice règne en maître . En effet, les animaux s’affrontent de manière sauvage et grégaire, et cela loin de tout projet génocidaire et de stigmatisation. La force, comme loi est toujours valable et en toute circonstance au royaume des bêtes où il n’ y a ni médisance, ni manipulation, ni hypocrisie…

Chez les hommes, et particulièrement en Mauritanie, c’est notre hypocrisie qui a atteint des proportions inquiétantes. On vote des lois qu’ on applique jamais. On criminalise des pratiques qu’on soutient en silence.
On essaie même de justifier l’impie par la religion pour plaire au chef, par une interprétation tendancieuse du texte etc.

Ces écarts à la morale sociale et religieuse, aux lois de la république n’ont été possible qu’ en l’absence de justice . La justice doit être la boussole, et seulement la crainte de la justice qui peut canaliser notre façon de vivre, de parler et même notre rapport avec les autres, et même la chose publique.

La justice aurait permis d’assainir notre société, donner à chacun et à tous l’opportunité de se réaliser dans le respect de l’intérêt général. Même notre foi, notre pratique religieuse aurait beaucoup gagné si véritablement, la justice était une préoccupation de nos gouvernants.

Le président Ould Ghazouani a tout intérêt à ce que la justice soit indépendante. En effet, une justice politisée est comme un monstre qu’ on a nourri, élevé sachant qu’ il finira toujours par dévorer son maître.

Seyré SIDIBE

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● Au-delà de l’assassinat de trois jeunes manifestants à Kaédi | Par Seyré SIDIBE

Depuis, le magistère d’Ould Abdel Aziz et dans la continuité, Ould El Ghazouani, il est évident que l’assassinat de manifestants Noirs dans la vallée est devenu un fait divers, qui ne semble outre mesure offusquer personne (les Autorités), se cachant derrière une prétendue sécurité et maintien de l’ordre, accordent le permis de tuer aux forces de sécurité.

Tuer froidement des manifestants désarmés n’est pas acceptable. Le jeu démocratique ne s’accommode pas avec la violence du pouvoir exercée de manière implacable sur le peuple, et de surcroît les plus vulnérables. Ceux qui n’ont pas encore fini de panser les plaies et les traumatismes des événements des années 90.

Le débat n’est plus de savoir si, le scrutin s’est déroulé dans la transparence, si la CENI a été au rendez-vous de l’indépendance, de la neutralité absolue… Désormais ce que l’histoire retiendra : la réélection de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est entachée de sang des jeunes de Kaédi.

Or, en Afrique, la répression des manifestants dans le sang, revêt une symbolique dans l’exercice du pouvoir politique, et n’est pas sans rappeler de souvenirs macabres, (sorcellerie, fétichisme, animisme et magie noire), qui s’invitent au cœur du pouvoir, une réalité qui a fini par inspirer de nombreux écrivains.

Cependant, gardez-vous de verser le sang de certaines personnes. Cela ne vous servira point. Au contraire, vous serez frappé de malédiction. J’entends déjà, quelqu’un dire, « nous ne croyons pas à ces pratiques, nous sommes musulmans à cent pour cent ». Je réponds non sans être gêné, qu’un musulman ne peut ôter la vie à son frère, surtout dans une situation où ce dernier ne constitue pas une menace. 

Cette banalisation de la mort des jeunes négro-mauritaniens pendant les manifestations est quasi similaire au sort que subissent les jeunes Palestiniens désarmés, lançant des pierres aux soldats Israéliens lourdement armés.

Et s’ensuit, une course-poursuite meurtrière ; une réplique disproportionnée des forces israéliennes. Des méthodes que tous les gouvernements mauritaniens ont condamnées, au point que la question palestinienne est devenue l’une des constantes de la politique étrangère de notre pays. Eux ont droit de manifester, d’exprimer leur ras-le -bol face à la politique de colonisation, et lorsqu’ils trouvent la mort, ce sont des martyrs. L’Etat israélien est accablé et accusé de tous les noms d’oiseaux.

En revanche, les négro-mauritaniens lorsqu’ils battent le pavé, – c’est souvent rare-, tellement, nous sommes terrorisés, et pour les rares fois qu’on occupe la rue, nous sommes accusés de planifier des projets insurrectionnels ou conspiratifs. Un paradoxe n’est-ce pas quand on voit, ces mêmes autorités commettre les mêmes crimes, chez elles contre leurs compatriotes Noirs du Sud.

En vérité, les forces de défense et de sécurité ne sont que des boucs émissaires d’un système raciste, pensé et planifié pour tuer, traumatiser et circonscrire toute velléité de contestation, de révolte des populations, surtout lorsqu’elle a pour cadre le sud du pays.

Cela est d’autant plus vrai, que les mêmes forces de l’ordre agissent d’une autre manière pour disperser des manifestants devant le palais présidentiel à Nouakchott sans jamais qu’il n’y ait mort d’homme. Sans exagérer, il semble qu’il existe des pratiques de maintien de l’ordre pour les uns, plus coercitives et pour les autres, plus « soft » selon qu’on soit au nord ou au sud du pays. Comme les meurtriers et les bouchers d’Inal, de Waalata, de Sorimalé…, les tueurs de Kaédi rendront certainement compte devant Dieu, mais jamais, ils ne seront inquiétés, poursuivis par la justice des hommes.

Contestations post-électorales : quelles en sont les causes ?

Vous remarquerez que dans tous les pays où l’opposition crie à la fraude électorale, avec une déferlante de citoyens dans les rues pour contester, au lendemain de la proclamation des résultats, ce qu’il existe une crise de confiance entre le citoyen et les institutions. Cette crise se manifeste par un manque de confiance, une certaine incrédulité voire une méfiance des citoyens vis-à- vis des institutions et ceux qui les incarnent. Or, dans les pays où la neutralité quasi absolue de l’Etat est une conduite, une règle, les citoyens vont accomplir leur devoir citoyen et attendre sans stress la proclamation des résultats.

Chez nous, l’Etat est défaillant, tribal, militaro-ploutocratique et ceux qui gouvernent sont toujours préoccupés par le souci de se pérenniser au pouvoir. Ils sont disposés à faire usage de toutes sortes de méthodes déloyales pour préserver leurs intérêts.

Nous sommes souvent hypocrites.

Mais le temps reste le meilleur juge. Il y a aujourd’hui, parmi ceux qui contestent les résultats de la CENI (présidentielle du 29 juin 2024), des personnalités qui étaient aux affaires sous le régime du prédécesseur de Ould Ghazouani.

En 2019, ceux-là étaient du « bon côté », et clamaient la transparence de la présidentielle et l’indépendance de la CENI, et condamnaient les manifestations post-électorales des partisans du même Biram Dah Abeid. Tombés en disgrâce, ils s’opposent aujourd’hui au régime de Ould Ghazouani et n’hésitent pas à dénoncer sans retenue la gestion du pays, et les institutions qu’ils ont qualifiées hier dignes d’un Etat de droit.

Pour éviter de telles contestations, il va falloir réinventer un nouveau pacte de confiance entre le citoyen et les institutions, choisir des hommes de grandes probités morales : la moralisation de la politique. Pour cela, l’Etat doit lui-même, changer en profondeur en rompant avec ses méthodes et pratiques qui sapent le projet de construction d’une véritable république. Il doit mettre fin au racisme d’Etat, au favoritisme, au népotisme, au tribalisme, à l’esclavage, la féodalité, le clientélisme, au détournement des deniers publics et à l’impunité, les injustices et les discriminations etc.

La violence de l’opposition vs la violence du pouvoir

Quel que soit le système démocratique, l’opposition ou toutes forces politiques constituées légalement, cherchant à conquérir le pouvoir n’ont d’autres choix que la contestation, les manifestations et même l’usage d’un langage parfois excessif pour discréditer ceux qui gouvernent. C’est souvent un droit reconnu par la Constitution. Dans cette confrontation, les deux parties, deux clivages qui prend la forme – pouvoir vs opposition, et ailleurs Gauche vs Droite- etc. se renvoient des insanités et s’accusent mutuellement.

En Mauritanie aussi, on assiste en apparence à la même configuration, avec une opposition en lambeau minée par des querelles intestines et de personnes, qui profitent au pouvoir. Cependant, depuis plus d’une décennie maintenant, l’opposant Biram Dah Abeid s’est imposé comme le véritable opposant non seulement du pouvoir mais mieux du système. Son discours est jugé virulent, destructeur de l’unité nationale, en plus appelle à l’insurrection etc.  Les propos qu’il tient contre les Bydhane, restent quand-même d’une rare violence.

Cependant, la poussée extrémiste en Mauritanie est le résultat des politiques injustes, ségrégationnistes et discriminatoires conduites par les différents régimes pour renforcer l’hégémonie d’une partie des Mauritaniens contre une autre. C’est l’impunité et la supra-citoyenneté accordées aux uns contre la misère, la vassalité et la citoyenneté de seconde zone réservée aux autres qui font les lits des discours haineux.

La violence du discours reste certes, une violence, mais que dire alors de celle qui opprime, qui détruit l’avenir des générations présentes et futures, qui paupérise en mettant sur les routes du Nicaragua des milliers de jeunes mauritaniens, de toutes les communautés nationales ! Que dire de cette violence qui tue, qui endeuille les familles du sud, en arrachant à leur affection un des leurs à la fleur de l’âge, sans aucune forme de procès.

La violence, c’est être considéré comme un moins que rien dans son propre pays ; devenir du jour au lendemain apatride dans son pays, sur la base d’un enrôlement aux critères à géométrie variable. C’est voir l’un de ses parents se faire tabasser, humilier par des forces de sécurité sans pouvoir porter plainte.

Tant que les Autorités ne changent pas de politique et se décident enfin de construire un Etat mauritanien juste et égalitaire pour tous, des extrémistes de tous bords existeront et se nourriront de ce terreau fertile pour créer le chaos. L’Etat est comptable de toutes ces formes de déviance citoyenne qui compromettent l’édification d’un Etat mauritanien viable, qui s’assume sur la base de son histoire, de sa religion (islam) et de sa Constitution.

Seyré SIDIBE

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● Wikileaks : Julian Assange est libre [France Info]

Julian Assange, le fondateur de Wikileaks qui était poursuivi par les autorités américaines pour avoir divulgué des centaines de milliers de documents confidentiels, a retrouvé la liberté, mardi 25 juin.
D’un pas déterminé, Julian Assange gravit les quelques marches qui le séparent de sa liberté. Un avion le mène vers le territoire américain, où il sera jugé. Le fondateur de Wikileaks est relâché après 1 901 jours de prison et 14 ans d’une saga judiciaire hors normes. C’est l’épilogue d’une longue bataille pour sa famille et ses proches.

Une liberté acquise grâce à un accord de plaider coupable avec la justice américaine. L’Australien encourrait 175 ans de prison aux États-Unis pour avoir rendu publics plus de 700 000 documents confidentiels sur les activités militaires et diplomatiques américaines. Réfugié dans l’ambassade d’Équateur à Londres pendant sept ans, puis incarcéré au Royaume-Uni en 2019, il avait obtenu des soutiens dans le monde entier.

Une peine déjà purgée ?
Son pays se félicite aujourd’hui de sa libération. Il doit comparaître mercredi 26 juin devant un tribunal fédéral des îles Mariannes, un territoire américain du Pacifique. Il devrait être condamné à 62 mois de prison, peine déjà purgée en détention provisoire.

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● Barrons la route aux fossoyeurs de notre passé et de notre existence | Par M. Kebe Alhousseynou Diadie

Commençons solennellement par réaffirmer que chaque être vivant est issu d’ »un peuple,un territoire,une culture »qui constituent les points de repère par lesquels il mène sa vie de citoyen.

Cette triptyque qui sonne telle une Vérité générale doit être la source de sentiments qui irrigue nos coeurs de joie et de fierté, car elle nous situe dans le temps et dans l’espace.
Elle est, au demeurant la carte d’identité culturelle voire existentielle qui détermine notre existence sur cette terre ronde, la nôtre.

Le vivre ensemble, caractéristique de la sociabilité nous enseigne que l’être humain, quelque soit son appartenance ethnique et la couleur de sa peau doit ipso-facto s’approprier cette vérité historique,la vivre pleinement,la respecter scrupuleusement.

Ce faisant, nous allons vivre dignement dans la paix, dans l’unité dans la diversité
Cependant chez nous, en Mauritanie,la perception de la réalité est totalement différente.

En effet, l’autorité qui règne sur nous tel un monarque aveuglé par ses instincts grégaires, son népotisme et son égocentrisme s’ingénie non seulement à assoir sa conquête d’expropriation des terres des citoyens paisibles et laborieux mais également à faire table rase de notre passé, de notre culture.
Cette tabula rasa des temps modernes s’articule autour des points suivants :

1– Changer dans tout le pays : (ce n’est pas seulement au Guidimakha) la toponymie originelle voire originale des villages,des sources d’eau,des montagnes et des forêts appartenant aux Noirs du sud en la remplaçant par une nouvelle intruse,tranchant avec les us et coutumes des autochtones (voir l’article de M. Seyré SIDIBE) qui s’intitule « Guidimakha: préservons les noms de nos village de la prédation culturelle « .

2-La falsification à outrance de l’histoire du pays qui consiste à effacer définitivement l’apport séculaire et le rôle joué par les ethnies negro-mauritaniennes dans la construction du pays.
3-Une bataille linguistique :amener les populations du sud(qui ne perçoivent pas malheureusement l’ampleur du danger d’une telle entreprise-assimilation) à oublier leur toponymie originelle au profit de la nouvelle.

« Pauvre de nous » comme le disait Toundi Ondoua, le personnage emblématique d‘une vie de boy » de Ferdinand Oyono.Pourquoi laissons se produire sous nos yeux cette destruction de notre âme,de notre culture et de notre histoire?
Nous devons ensemble contrecarrer cette pratique odieuse qui n’a de but que de nous éteindre linguistiquement.

Je rappelle que lors des événements douloureux de 1989-1990-1991certains mauritaniens chauvins, partisans de la rupture diplomatique entre la Mauritanie et le Sénégal se plaisaient sadiquement à effacer une page importante de notre histoire en rebaptisant le fleuve Sénégal par le nom du fleuve Sanhaja. Mais quelle cécité historique ! Quelle bêtise !

Ô mon peuple,ô peuple de la vallée épris de justice et de l’équité, unissons nos efforts »transcendons nos différences et disons en choeur; »barrons la route aux fossoyeurs de notre passé et de notre existence ».

Kebe Alhousseynou Diadie (Lexeiba Gorgol)

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● Mauritanie : pour une citoyenneté égalitaire pour tous | Par Seyré SIDIBE

La société que nous voulons pour les générations présentes et futures doit reposer sur un certain nombre de piliers inamovibles : la justice sociale, la citoyenneté pleine et totale pour toutes les communautés nationales, la méritocratie.

Un modèle démocratique qui promeut la cohésion nationale loin de toutes les formes de discriminations : d’exclusions linguistique, culturelle, géographique, régionale,
tribale ou raciale etc.

Dans ce projet, l’école occupe une place centrale et stratégique. Elle s’évertuera d’être l’école de la république d’abord, au sens stricto sensu avant d’être républicaine.

Elle gagnera en se débarrassant triomphalement des dogmes et idéologies importés et inappropriés qui inhibent jusqu’ici toutes perspectives de la rendre performante pour que cette institution ( l’école) soit le reflet de notre diversité sociale.

Le choix des langues d’enseignement, de la langue officielle, de la langue de l’administration ou encore le statut des langues nationales doit être clairement défini dans une approche pragmatique et non hégémonique. Un choix qui tient compte des réalités sociologiques et historiques du pays, de sa personnalité propre ( multi-ethniques et multi-culturel), en plus des mutations de tous ordres que connaît l’humanité en ce 21 siècle.

Ces efforts ne peuvent se concrétiser que lorsque nos gouvernants et une partie du peuple acceptent, qu’aujourd’hui l’usage quasi généralisé de la langue Arabe exclut une bonne partie des Mauritaniens du droit à l’information. Or, il s’agit d’une composante essentielle de la démocratie et de l’Etat de droit.

Il faut également réinventer les rapports entre les citoyens et les forces de défenses et de sécurité notamment avec la police.
En effet, les bavures policières banalisées, et ayant atteint le pic sous le magistère du président sortant, qu’aucun mauritanien épris de justice ne peut oublier ont exacerbé le désamour entre une partie des citoyens et les institutions de défense et de sécurité.
L’assassinat de l’activiste, Souvi Ould Cheine au commissariat de Dar Naim 2, la mort mystérieuse du jeune Oumar Diop en février 2023 après son interpellation au commissariat de police de la Sebkha, pour ne citer que ces deux exemples macabres restent de mauvais souvenirs, qui continuent de traumatiser chacun d’entre nous.

C’est pour quoi, la citoyenneté ne doit plus être à géométrie variable . Elle doit être la chose la mieux partagée entre tous les Mauritaniens de quelques origines qu’ils soient. Ce qui implique la fin de l’impunité pour tous, et en particulier pour ceux qui se croient des citoyens au-dessus de la mêlée sur la base de considérations fantaisistes et contraires à l’esprit des lois de la république.

En vue de traduire en acte le caractère multiethnique et racial de notre pays tel que stipulé dans la Constitution, des efforts doivent être faits pour que les nominations aux postes ministériels, au sein de la haute administration, les forces de défenses et de sécurité, les directeurs des établissements publics etc. , répondent à la configuration sociale du pays.

Le problème de l’état civil, et la nationalité Mauritanienne doivent être réglé une bonne fois pour toute.
En effet, une bonne partie de nos compatriotes n’arrivent toujours pas à disposer de leur document d’état civil (vivant en Mauritanie ou dans la diaspora). Les fameuses commissions mises en place pour enrôler les rebuts de l’état civil péchent par leur approche trop administrative et verticale, du fait qu’elle part du préjugé que des étrangers chercheraient à passer entre les mailles du filet. Conséquence, beaucoup de citoyens sont pris pour des  » fraudeurs » alors qu’il n’en est rien.

Selon une expérience empirique, certains types de Mauritaniens notamment ceux de la vallée sont beaucoup plus exposés à être apatrides que d’autres.

Par ailleurs, il est temps de solder le passif humanitaire à travers des mesures courageuses ouvrant la voie à une réconciliation nationale véritable, sur fond de retour dans la dignité et le dédommagement des familles déportées. S’y ajoute l’indemnisation des veuves et orphelins des années de braise.

La justice doit être le socle et la boussole de ce projet de société. Pour cela faudrait-il qu’ elle s’affranchisse du poids de l’exécutif, de la tribu, de l’oligarchie et des pouvoirs féodaux locaux.
Le prochain président élu, le 29 juin 2024 doit renforcer le pouvoir de la justice, choisir des hommes de grande probité morale et éthique pour la réformer afin qu’il suscite la confiance du citoyen, qu’elle cesse d’être la justice des plus puissants. Une justice de règlement de comptes.
Un rouleau compresseur qui broie les plus fragiles pour satisfaire les ambitions de quelques privilégiés.

Le prochain président élu gouvernera mieux, s’il arrive à prendre ses distances des différents groupes ( lobbies) qui empêchent la réalisation d’un projet de société plus juste et égalitaire pour tous les Mauritaniens.

Seyré SIDIBE

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● Mauritanie : une députée anti-esclavagiste en prison | Notice d’alerte

1. Le 12 mai 2024 en fin d’après-midi, Mariem Cheikh Samba Dieng, députée de la coalition d’opposition Rag-Sawab, est mise aux arrêts sous la contrainte d’agents de l’autorité publique et conduite dans un cachot de la direction régionale de la police à Nouakchott-Sud.

Mariem est une militante anti-esclavagiste de la première heure dont l’engagement remonte à la naissance de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (ira). Son parcours de blogueuse puis d’élue témoigne d’une certaine familiarité avec les privations de liberté, la maltraitance corporelle et les procès en dissidence.

Déjà, le 24 janvier 2024, à l’intérieur du Parlement, elle avait été molestée, avant son expulsion de l’hémicycle par la sécurité du Président de l’Assemblée nationale, un général à la retraite qu’une loi d’amnistie soustrait aux griefs de torture et d’assassinat en relation avec une entreprise de purification ethnique, de 1986 à 1991.

2. L’arrestation de Mariem Cheikh fait suite à la plainte d’une dignitaire de l’Insaf, la formation au pouvoir, en l’occurrence madame Rabi Aidara. A l’instar de la plupart des notables affiliés à l’Etat profond et en prévision du scrutin présidentiel du 29 juin 2024, la susdite, supervisait une opération d’achat de conscience à l’endroit de compatriotes que leur vulnérabilité expose aux pièges du clientélisme alimentaire.

Ainsi, elle s’acharnait, depuis plusieurs jours, à enrôler des citoyens, dans un bureau de la Commission nationale électorale indépendante (Céni), à Arafat, l’une des communes en périphérie de la capitale. A cette fin, Madame Aidara, ex-maire, épouse d’un général à la retraite et parlementaire du parti de l’Etat, distribuait, ouvertement, des bons de nourriture délivrés par la Délégation générale à la solidarité nationale et à la lutte contre l’exclusion (Taazour, en Arabe). En contrepartie, elle récupérait les reçus d’inscription, préalable au retrait de la carte d’électeur.

3. Les voies de fait contre Mariem Cheikh n’ont épargné, non plus, son frère présent à l’altercation les ayant opposés aux militants zélés de l’Insaf et des membres de la Céni, d’ailleurs complices de la fraude que l’élue dénonçait, en direct, lors d’une diffusion sur sa page Facebook. Les deux se retrouvent en détention préventive, au même titre que deux femmes et un homme, du groupe des agresseurs. Rabi Aidara – il fallait s’y attendre dans la république islamique de l’impunité – continue à jouir d’une entière liberté d’agir auprès de la Céni.

4. Mariem Cheikh ne dispose du minimum de commodité, d’habits de rechange ni d’une nourriture convenable. Comme d’accoutumée tragique (Affaires Soufi Soumaré et Oumar Diop), la police en charge de l’enquête s’apprête à lui imputer, par des témoignages frauduleux et une attestation de médecine légale, la responsabilité de l’incident. L’immunité d’un édile du peuple est ici violée au motif d’un délit d’opinion lié à l’exercice de son devoir civique. De la pression exercée aux dépens de la prisonnière, résulte un risque crédible d’atteinte à son intégrité, d’où la présente alerte.

Nouakchott, le 17 mai 2024

Lien connexe : https://www.frontlinedefenders.org/fr/case/judicial-harassment-woman-human-rights-defender-mariem-cheikh

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=774941

● Visite de Diomaye en Mauritanie : Me Ciré Clédor Ly plaide pour la libération de l’ancien PR Mohamed Abdel Aziz

Dakaractu – Avocat de l’ancien chef de l’État mauritanien, Me Ciré Clédor Ly a sorti un communiqué pour alerter l’opinion sur la situation difficile que vit Mohamed Abdel Aziz.

Une tribune qui coïncide avec le premier déplacement à l’étranger du Président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye qu’il a réservé à la République islamique de Mauritanie. Certainement une manière pour Me Ciré Clédor Ly, membre du collectif des avocats du Président Abdel Aziz de faire un clin d’œil à l’actuel chef de l’État, Mohamed Ould Ghazouani

Selon l’avocat, « l’ancien Président de la République Islamique de la Mauritanie vit une situation très difficile qui constitue un précédent très dangereux pour tous les présidents Africains.

Il a été jugé et condamné pour des faits supposés avoir été commis dans l’exercice de ses fonctions présidentielles, par une juridiction qui n’avait aucune compétence pour connaître de ses actes à la place de la Haute Cour de Justice, et après que le Conseil Constitutionnel ait jugé que les autorités d’enquête, de poursuite et de jugement ne pouvaient remplir le critère d’impartialité, un corollaire du droit à un procès équitable, parce que la disposition légale qui intéressait ces autorités à hauteur de 10/100 du montant des saisies et confiscations des biens des personnes poursuivies, n’était pas conforme à la Constitution », informe la robe noire.

Me Ly révèle que  » l’ancien Président n’a donc pas bénéficié d’un procès équitable et ce précédent contre un ancien chef d’État est une fracture qui hantera tous les gouvernants actuels et à venir. »

« Le Président Mohamed Abdel Aziz est très malade et tous les mauritaniens le savent. Il est privé de liberté et du droit à la santé, corollaire du droit à la vie.

Il est privé du droit au soleil et des règles minima sur la détention en Afrique, ce qui est constitutif de mauvais traitements et, toutes les requêtes des Avocats tendant à faire respecter sa dignité humaine sont restées sans suite », renseigne le membre du collectif des avocats de l’ancien Président mauritanien Abdel Aziz dans un communiqué exploité par Dakaractu.

Enfin, dira-t-il, « la libération du Président Mohamed Abdel Aziz est devenue une exigence sociale. Avec sa détention, l’état de droit continue d’être malmené, et lorsque l’État de droit est malmené, c’est le crépuscule de la sécurité juridique pour tous « , a conclu Me Ly.

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● Lettre interpellative à l’adresse du président de la république, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouni

A son excellence Mohamed Ould Ghazaouni, Président de la République islamique de Mauritanie en votre qualité de garant de l’indépendance de la justice.

Rendre la justice est une fonction cardinale et essentielle dans un Etat de droit et dans une démocratie libérale. Les magistrats ont entre leurs mains la vie, la liberté, l’honneur et les intérêts moraux, financiers et matériels de ceux qui vivent sur le territoire de la République. Le rôle de la justice est de préserver la tranquillité, la paix et la vie en société. A ce titre, elle protège les plus vulnérables, juge les litiges et sanctionne les comportements prohibés.

Cependant, la session de la Cour criminelle de Selibaby s’ouvrira le 22 avril 2024 pour juger les affaires criminelles y compris celle que j’appelle «affaire du siècle de Diogountouro» sous le n° 46/RP/2022 pour de faits de «coups et blessures volontaire ayant entraîné la mort» autrement dit meurtre dans le jargon pénal commis dans mon village natal (Diogountouro).

Monsieur le Président de la République, en votre qualité de « garant de l’indépendance de la justice » (article 89 de la Constitution), je voudrais attirer votre attention sur cette affaire judiciaire truffée des irrégularités procédurales, des violations graves de droits de la défense et des dispositions du code de procédure pénale et de la détention abusive.

Monsieur le Président de la République, j’en appelle à votre sagesse et à votre sens de responsabilités au sens des articles 23 et 24 de la constitution afin que vous agissiez le plus vite possible pour que la justice fasse son travail dans l’art du respect d’un procès équitable.
A défaut d’annulation des actes de procédure, des actes d’enquête et instruction du début de cette affaire jusqu’à le rapport de la commission d’expertise (qui a constaté la disparition du téléphone de la victime après avoir été mis sous scellés par le juge d’instruction de Selibaby). Ledit téléphone constitue bien évidement un élément capital pour la manifestation de la vérité judiciaire pour toutes les parties au procès. Il est extrement important dans un procès pénal que les droits de la défense soient respectés. Enfin, que la justice soit rendue au nom de la mémoire de la victime et au nom des présumés innocents détenus arbitrairement.

Ce faisant, tout mauritanien a droit à ce que sa cause soit entendue devant un tribunal impartial et indépendant. L’indépendance de la justice est un droit constitutionnel, reconnu aux citoyens, qui garantit l’égalité de tous devant la loi par l’accès à une magistrature impartiale. Elle est la condition première d’un procès équitable pour une société civilisée et moderne.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de ma haute considération.

Dr Boubou BA
Membre associé au centre de recherche (CHAD), Université Paris10-Nanterre
Juriste au Palais de justice de Pontoise-France

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● Écho du Rwanda à la Mauritanie | Par M. Bakary Tandia

Le 7 avril 2024, j’ai écouté le discours émouvant prononcé par Président Paul Kagame lors de la commémoration du 30e anniversaire du génocide au Rwanda. En écoutant, mes pensées ne pouvaient que se tourner que vers les nombreux Mauritaniens qui ont été injustement assassines ainsi que leurs veuves et orphelins qui souffrent actuellement de traumatismes similaires. Nous espérons que l’écho retentissant de ce message se répercutera á la Mauritanie et au-delà.

La présence du Président Mauritanien Mohamed Cheikh Ould Ghazouani à cette cérémonie hautement chargée d’émotions rappelle ostensiblement que « chickens come home to roost, » ce qui veut dire qu’on va toujours être rattrapé par nos erreurs.

Je ne peux m’empêcher de penser à ce qui pouvait se passer dans son esprit lorsque Président Kagame racontait et partageait ces histoires horribles qui mettaient en évidence l’ampleur de cette terreur.

Quelles leçons va-t-il tirées de ce moment propice à l’enseignement ? Voit-il un parallèle entre les deux tragédies ? Son silence doit-il être interprété comme une confirmation d’un déni de justice pour les victimes tout en protégeant les auteurs ?

Croit-il dans son cœur et dans son esprit que les crimes qui ont entrainé la mort de nombreux pères, fils et maris noirs mauritaniens et qui ont endeuillé leurs familles sont différents de ceux du Rwanda ?

Plus important encore, va-t-il appris quelque chose et si oui, comment compte-t-il appliquer ces leçons apprises afin que le pays puisse panser ses blessures ? J’espère sincèrement que cette commémoration du 7 avril incitera Président Ghazouani à répondre à l’appel persistant à la justice des victimes et de leurs familles en appliquant la justice transitionnelle conformément aux normes internationales et bonnes pratiques.

Comme cela a été clairement indiqué, ces crimes aussi odieux ne peuvent rester impunis. Sans aucun doute, ils résisteront à l’érosion du temps jusqu’à ce que la justice soit rendue. Le déni de justice n’est pas une option viable. En fait, la seule issue est de faire preuve de courage moral en s’attaquant véritablement à ce problème qui dure depuis trop longtemps.

La mort et la destruction laissent des cicatrices ouvertes qui ne peuvent être ignorées ou espérer qu’elles vont disparaitre d’elles- mêmes sans justice réparatrice. Comme au Rwanda, les blessures de la Mauritanie doivent être pansées. Nous devons repousser le «Start buttons» pour un nouveau départ.

En conclusion, nous adressons notre sincère expression de solidarité au peuple rwandais pour ce qu’il a enduré, et dénonçons la tragédie humaine en cours qui a coûté la vie à d’innombrables innocents Palestiniens dans leur patrie de Ghaza.

Le génocide, où qu’il soit commis, est une attaque contre notre humanité que nous ne pouvons en aucun cas tolérer. Des crises et des tragédies surviennent lorsque les dirigeants en charge manquent de sens moral. Il est de notre responsabilité collective de nous unir contre un tel mal afin que la paix et l’amour puissent s’épanouir.

Bakary Tandia, Human Rights Advocate
New York City, le 8, Avril 2024

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● Les enfants naturels : la négation du droit de l’enfant | Par le journaliste Seyré SIDIBE

Et pourtant, les enfants naturels, appelés vulgairement en Soninké  « Dianga lèmu » qui veut dire « bâtards » sont nés comme tous les autres enfants du monde, la rencontre d’un spermatozoïde et d’une ovule.

Mais seulement, on leur reproche d’être venus au monde alors que leurs parents n’étaient pas unis selon les usages religieux et traditionnels.

Durant toute leur existence, ces enfants, même devenus adultes sont rappelés constamment à leur naissance quels que soient leurs mérites.

A la moindre occasion, ils sont rabaissés, humiliés tantôt avec des messages voilés tantôt explicites pour leur faire comprendre qu’ils sont «illégitimes» .

Ils sont considérés injustement comme impurs et malpropres par ce qu’ils seraient porteurs de souillure et même de malédiction dans de nombreuses sociétés traditionnelles africaines et en particulier chez les Soninké.

Même les damnés de la société, les esclaves pourtant stigmatisés eux-mêmes et traités comme des sous-hommes se moquent de ces malheureux enfants, condamnés à payer pour la forfaiture de leurs parents.

Dans nos sociétés, ces enfants sont sources de honte pour la famille qui n’hésite pas à s’en débarrasser à la moindre occasion pour préserver son image.

Enfanter en dehors du lien de mariage est un crime imprescriptible. La femme qui a eu le malheur de donner naissance dans ces conditions était frappée d’ostracisme, aujourd’hui encore dans une moindre mesure.

Pendant longtemps, ces pauvres enfants étaient clandestinement assassinés dès la naissance, par ce que nos sociétés redoutent plus la honte que la culpabilité.
En d’autres termes la responsabilité qui voudrait que chacun réponde de ses actes est une contre valeur. L’honneur de la famille, de la lignée n’a pas de prix même s’il faut commettre un assassinat.

La religion qu’on prétend défendre et qui interdit toutes relations entre un homme et une femme en dehors du lien sacré du mariage ne peut autoriser le meurtre fut-il celui d’un nouveau-né.

Ceux qui avaient (les nouveaux-nés) la chance d’échapper à une strangulation mortelle devaient apprendre à vivre avec leur malédiction, un handicap qui les rend différents des autres enfants de leur âge.

Une fois devenus adultes, ils sont confrontés à d’autres épreuves : celle du mariage.
Les hommes et les femmes «enfants illégitimes» rencontrent souvent des difficultés lorsqu’ils doivent choisir un partenaire ou une partenaire. Leur demande de mariage fait beaucoup jaser du fait que selon les croyances, ils sont nés d’une union maudite.

Cette étape franchie, vient ensuite un autre obstacle, disposer d’un lopin de terre pour construire un toit notamment pour les hommes. Or ne peut hériter du père que les enfants bien nés dit-on.

Si l’enfant n’a pas été reconnu par son géniteur, généralement il porte le nom de famille de sa mère et aura grandi à la charge de ses oncles qui lui auront offert Amour et hospitalité en essayant de combler l’absence du père.

Et puis, un jour c’est le summum de la crise, l’enfant découvrira la vérité.
Certains se suicident alors que d’autres sont meurtris à vie et acceptent le sort implacable.

Il y a en a qui choisissent de partir, de disparaître dans la nature surtout lorsqu’ ils sont issus d’une double illégitimité : enfant nés hors mariage et issus de parents de castes différentes (noble et esclave). Au cas où le père a accepté de baptiser l’enfant, il lui confère une paternité et une personnalité sociale.

Cependant dans les deux cas, l’enfant est stigmatisé et souffre d’une manière ou d’une autre de reconnaissance et de légitimité : il ne peut hériter de son père.
Alors que les autres enfants issus cette fois-ci d’un mariage peuvent prétendre à l’héritage et à occuper une partie de la concession paternelle.

Esclave et enfant naturel, deux destins quasi identiques

Tous les deux sont stigmatisés chez les Soninké.
Cependant, l’esclave jouit d’une reconnaissance sociale, communautaire et familiale liée à son statut précaire, servile et de misère conférée par la société.

En revanche, l’enfant naturel le plus souvent est considéré comme un « enfant sans père », on lui reconnaît juste une mère.
L’impureté qu’on lui reproche est différente de celle de l’esclave du fait que le premier est frappé de malédiction, de souillure congénitale, le résultat d’une transgression alors que le second est réduit aux sales besognes qui lui sont réservées dans la société.

En Mauritanie, au plan administratif, l’esclave dispose d’un état civil, ce qui n’est pas forcément le cas de l’enfant naturel à condition de contourner les règles établies en faisant établir un faux certificat de mariage.
En effet, le fondement du droit mauritanien étant musulman, il n’ y a point de naissance en dehors du mariage, tel est l’esprit de la loi.

Dans certains cas, l’enfant naturel a un avantage certain sur l’esclave, son statut social est celui de sa mère, dans le cas où le père a refusé de le reconnaître.
Ainsi avec le temps, on finira toujours par oublier les conditions de sa naissance.
Les enfants issus d’un père «enfant naturel» par exemple peuvent échapper à la stigmatisation sociale. On aura tourné la page, le père fautif aura purgé sa peine, sa progéniture n’en souffrira point le temps aura effacé la souillure.

Cependant pour le pauvre esclave, il est marqué au fer. Il est esclave et le demeurera ad vitam æternam, lui ainsi que ses ascendants et descendants de toutes les générations.

La stigmatisation de naissance hors mariage serait plus cruelle si elle était l’apanage des castes déjà socialement discriminées.
C’est une réalité qui concerne toutes les classes sociales même si elle est différemment regardée selon les cas de figures; par exemple l’union hors mariage d’un homme et la femme de caste – « esclave et noble » – donne naissance à un enfant, la sanction sociale est plus grave du fait que le couple aura transgressé la logique des castes en plus du lien en dehors du mariage.

La justice dans nos sociétés africaines à la lumière du procès fait à l’esclave et à l’enfant naturel.

Combien d’enfants dans nos sociétés ont été traumatisés et n’ont pas eu droit à une enfance heureuse à cause de cette perception du monde?

Impossible pour ces enfants d’échapper au regard moqueur, inquisiteur et blâmable de toute une communauté. Ont-ils choisi de venir au monde ? Pour quoi sont-ils victimes d’un procès inique pour une faute qu’ ils n’ont pas commise ? Le crime serait-il héréditaire ? L’enfant a-t-il des droits dans nos sociétés ?

Et pourtant dans la plupart de nos pays, il est officiellement reconnu que l’enfant a des droits et qu’il mérite d’être protégé en raison de sa fragilité. En Mauritanie par exemple, il existe un
ministère des Affaires Sociales, de I’Enfance et de la Famille qui a signé toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’enfant.
Mais, la tradition, cette loi non écrite qui privilégie toujours les classes dominantes et féodales prime toujours en silence sur la Loi (les textes juridiques, les conventions internationales relatives) produite et signée pour tromper les partenaires extérieurs.

Le viol accepté et l’amour chahuté

Et pourtant, souvent les enfants naturels sont nés d’une union consentie et d’un amour franc entre un homme et une femme.
Alors que ceux qu’on appelle très affectueusement, «enfants bien nés» ou « légitimes » sont parfois nés d’un viol : un mariage forcé organisé avec la complicité de la société pour perpétuer une tradition en déphasage avec les nouvelles réalités.

Deux absurdités sur lesquelles, on ferme les yeux : le premier concerne cet enfant qui paie pour être né d’une union hors mariage, et le second, c’est un descendant d’esclave qui doit s’appeler esclave pour toute son existence parce que son père a eu le malheur de croiser le chemin d’hommes plus forts qui l’ont réduit à la servilité.

Quelle est la faute de l’un et de l’autre ?
D’être venu au monde, ce qui relève de la puissance de dieu, de la contingence.
Notre appréhension de la justice ne manque- t- elle pas de justesse et de bon sens ?

Je suis fasciné par la justice des autres qui protège les enfants et stipule que la responsabilité pénale est individuelle.

Idem en Islam, notre référénce.
Dieu n’ a-t-il pas dit que le jour du jugement dernier, chacun répondra de ses actes .
Le père ne paiera point pour le fils ou la fille, la mère répondra, elle-même de ses actes…

Dès lors pour être en harmonie avec notre spiritualité (l’islam) ne faut-il pas oser rompre avec certaines de nos pratiques héritées d’un passé paganiste sources d’humiliation pour une partie de la communauté, même si elles ont encore la dent dure.

Seyré SIDIBE

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