● Déclaration à la presse : L’avertissement | Par l’honorable député BDA

Le 04 décembre, à Nouakchott, le Tribunal (ad hoc) de répression des crimes économiques, rend son verdict de première instance, au terme de 11 mois de procès contradictoire et public. L’ex-président, le général Mohamed ould Abdel Aziz écope de 5 années de réclusion ferme, de la perte des droits civiques, d’une amende de 50 millions d’ouguiyas nouvelles (1 250 000 euros) et de la confiscation de ses biens mal acquis, selon les infractions retenues, à savoir « blanchiment » et « enrichissement illicite ». La Cour s’est abstenue de suivre les réquisitions de 20 années d’emprisonnement, telles que formulées par le ministère public, avant les plaidoiries ultimes de la défense. Ould Abdel Aziz est lavé de 8 motifs d’inculpation, tous relevant de la délinquance de droit commun, notamment les malversations financières et l’impéritie.

A l’exception de son gendre Mohamed Ould Msaboue qui subit le même registre de sanction, les autres coaccusés – 2 anciens chefs de gouvernement, des hauts fonctionnaires et une poignée de comparses, commerçants et trafiquants d’influence – recouvrent la liberté. De l’acquittement au sursis, ils sortent indemnes de la dynamique de réparation. Dieu merci, nulle peine d’affliction ou d’infamie ne fut prononcée, malgré les prescriptions de la Charia en matière d’infraction relatives à la violation de la propriété.

Comme s’y attendait l’opinion avisée, les magistrats privilégient, ici, une décision politique, pour ravaler la façade du bloc dominant, à la veille de l’élection de 2024. Le jugement met, hors-compétition, Mohamed Ould Abdel Aziz, le fameux « président des pauvres », hier adulé comme un messie, aujourd’hui renié, maudit et en proie à l’accablement. Il tient de l’évidence que les députés à l’initiative de la Commission d’enquête parlementaire sous la précédente législature, encourageaient la dépendance prévisible du juge envers l’Exécutif. A titre d’exemple guère exhaustif, ils exceptèrent, du champ de l’investigation, les marchés forts douteux de l’instance en charge de l’état-civil, un potentiel d’escroquerie qui remonte à 2012. A équidistance de l’impunité et des apparences de la vertu, le tribunal vient de conforter la raison du plus fort.

Depuis 1978, les régimes militaires et leurs avatars civils prospèrent et se reproduisent sur le mode de l’inceste, grâce à cet équilibre artificiel où les faux semblants se substituent à l’Etat de droit. La structure ethno-tribale du pouvoir consacre la conjugaison de la fraude, de l’affichage indu et de l’occultation. Un pillard n’y craint que le revers de fortune inhérent à l’instabilité des alliances et aux accès de délire putschiste. En revanche, les milliers de concitoyens d’ascendance subsaharienne, surtout des descendants d’esclaves, hantent l’univers carcéral, souvent oubliés de la loi. Anonymes, privés de la protection des clans détenteurs d’influence, certains enfantent et meurent, là, sans avoir comparu. La justice de la République islamique de Mauritanie dysfonctionne ainsi, entre préférences subjectives, cécité et habitude du fait accompli. Sa main lourde frappe inégalement.
Les rescapés de l’épuration ethnique de 1986 à 1991 et les et ayant-droit des victimes l’expérimentent, chaque jour, à leurs dépens.

Cependant, il y a lieu de le souligner et de s’en féliciter, nos dirigeant ne se sentiront plus jamais au-dessus de l’obligation morale de rendre. Oui, rendre des comptes devient, à présent, un impératif au centre de la dynamique de l’alternance. Maintenant, l’immunité cesse quand le prince du moment n’exerce plus l’autorité que lui confère le suffrage universel, certes sous réserve des baïonnettes. En comparaison de l’espace afro-arabe, la Mauritanie s’offre, en dépit des insuffisances précitées, une avancée de taille sur la voie de la transparence et de l’équité. Nous nous en félicitons. L’occasion impose, au Président de la République, d’agir avec davantage de vigueur, contre la poursuite du recyclage des prédateurs nationaux. Ils continuent de sévir, au cœur de l’appareil d’Etat et à l’étranger, tant et si bien que le pays traîne, désormais, une réputation de laboratoire de la criminalité en col blanc.

Dans l’attente de l’évolution du dossier vers une décision d’ultime ressort puis de cassation éventuelle, les militants et élus que je représente s’en tiennent à un commentaire de prudence et de retenue. Par sens de l’honneur et devoir d’empathie à l’endroit de puissants soudain évincés, aucun d’entre nous ne souhaite accabler le prévenu, dont la hargne, faut-il le rappeler, nous aura valu tant de souffrances, de tortures, de mépris et d’humiliation.

Député Biram Dah Abeid
Paris, le 05 décembre 2023

● Dossier Souvi Ould Cheïne : la défense se désengage [Le calameInfo]

« Le Collectif de défense de la famille de feu Souvi Ould Cheïne renonce à son engagement dans le dossier, sur la base de la procuration délivrée par Khattar ould Cheïne, le frère du défunt », ont annoncé les conseils dans un communiqué. Cette décision fait suite, expliquent ceux-ci, à la « constatation de dérives de la part de la personne mandatée du processus procédural et de son manquement aux actes menant vers le but souhaité ». Irrité par l’attitude de Khattar, le Collectif de défense de feu Souvi dit rester néanmoins à la disposition des héritiers du défunt pour leur assurer la protection juridique nécessaire « contre toutes les formes de pression exercées pour étouffer cette affaire et pour les aider à recouvrer tous leurs droits », précise le communiqué.

Les avocats entendent user de tous les recours nécessaires pour révéler la vérité, soulignant que le dernier était « l’achèvement des procédures du pourvoi en cassation contre la récente décision de la chambre d’accusation ». En Septembre dernier, la deuxième Chambre d’instruction du tribunal de la wilaya de Nouakchott-Nord avait renvoyé onze prévenus dans l’affaire du meurtre de l’activiste Souvi ould Cheïne, devant le tribunal pénal de la wilaya, « pour être jugés conformément à la Chari’a et à la loi ». Le bureau d’enquête a approuvé les charges retenues contre plusieurs accusés dans cette affaire, en particulier quatre : Mokhtar ould Isselmou, chef dudit commissariat, ainsi que trois agents de celui-ci ou de la police judiciaire : El Hassan Hamada Soueïdi, Lahbib Ahmedou, et Limam Hamed ; accusés de « meurtre délibéré, tortures entraînant la mort, comportement agressif portant atteinte à la liberté personnelle, utilisation de la violence sans motif légitime et dissimulation de preuves du crime ». La chambre d’accusation avait décidé de libérer trois autres accusés (Hamza, Bedy et Mahmoud) après leur inclusion dans le dossier par le juge d’instruction.

C’est une grande avancée dans ce dossier. Des craintes étaient nourries quant à sa conclusion, suite à l’affectation du procureur de Nouakchott-Nord et du juge d’instruction chargés initialement de le traiter. Le défenseur des droits humains Souvi ould Jibril ould Cheïne était décédé le 10 Février 2023, suite à des mauvais traitements en détention au sein du commissariat de police de Dar Naïm 2. Son corps avait été retrouvé à la morgue de l’hôpital Cheikh Zayed quelques heures après son interpellation. Les résultats de l’autopsie avaient révélé qu’il avait été victime de violences ayant entraîné son décès

• Lien média http://www.lecalame.info/?q=node/15269

● Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage: le Secrétaire général appelle à réparer les erreurs de l’histoire et à bâtir un monde débarrassé de cette « abomination »

On trouvera ci-après le message du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, célébrée le 2 décembre:

L’esclavage est à la fois une horreur historique et un scandale contemporain.

À l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, nous nous souvenons des victimes du passé, en particulier des millions d’Africaines et d’Africains qui ont été arrachés à leur terre, exploités, brutalisés ou tués pendant la traite transatlantique des esclaves. Nos pensées vont également aux 50 millions de personnes qui sont aujourd’hui prises au piège de l’esclavage moderne.

Les appels lancés pour s’attaquer aux effets persistants de l’esclavage et du colonialisme s’amplifient. Le monde doit y répondre. Quand il y a lieu, les pays doivent reconnaître la vérité, éduquer, présenter des excuses, verser des réparations. Les entreprises et autres acteurs devraient faire de même, en interrogeant leurs propres liens avec l’esclavage et en envisageant des réparations.

Il nous faut également agir beaucoup plus rapidement pour mettre fin à ce terrible crime aujourd’hui. Les pays doivent légiférer, protéger les droits des victimes, éliminer les pratiques et les conditions qui permettent à l’esclavage moderne de prospérer, qu’il s’agisse de la traite, de la servitude pour dettes ou de la marginalisation économique. Les entreprises doivent là aussi jouer leur rôle, en veillant à ce que leurs pratiques commerciales respectent les droits humains de toutes et tous.

Ensemble, réparons les erreurs de l’histoire et bâtissons un monde débarrassé de cette abomination qu’est l’esclavage.

●Lien média https://press.un.org/fr/2023/sgsm22059.doc.htm

● Communiqué de remerciement de l’ARDJE

Paris le 27 novembre 2023

L’association des ressortissants de diogountouro pour la justice et l’égalité (ARDJE), domiciliée à Epinay-sur-Seine en France, remercie les militantes et militants des droits de l’Homme d’être venus massivement ce dimanche 26 novembre 2023 à la Place de République pour dénoncer l’immixtion du député mauritanien Sidiney Sokhana (le féodal et l’esclavagiste soninké) dans l’arrestation et la détention arbitraire de nos frères et amis à la maison d’arrêt de Selibaby. Monsieur le député Sidiney Sokhana, a été cité nommément par Issa Komé Dramé de Diogountouro dans un audio accidentel ; le contenu de cet audio est entre les mains de la justice.
Nous remercions également le député français de la Seine-Saint-Denis, Eric COQUEREL et sa coordinatrice d’être venus joindre à nous à ce sit-in à la place de la République. L’ARDJE a exposé le cas de Sidiney Sokhana aux députés français de l’opposition. Comme en témoigne la présence de Monsieur COQUEREL, député de la France-insoumise lors de notre sit-in du 26 novembre 2023.
Par ailleurs, l’ARDJE réaffirme son attachement au principe de la séparation des pouvoirs en République islamique de Mauritanie et au respect de l’indépendance de la justice, à l’impartialité des magistrats et à la présomption d’innocence. La présomption d’innocence est un principe directeur de la procédure pénale en droit mauritanien. Enfin, l’ARDJE remercie tous les militants et sympathisants de GAMBANAXU d’être venus massivement à ce sit-in du 26 novembre 2023. Le combat pour la justice et l’égalité continue pour toujours.

Bureau exécutif de l’ARDJE

● Allocution du député Biram Dah Abeid, président d’IRA, à la commémoration des martyrs de l’armée mauritanienne, le 27-28 novembre à Bruxelles.



27,28 : Deuil et faillite économique et morale

Hier, le 27 novembre 2023, lors d’une audience de son procès, l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, fait usage du droit à la contradiction. A sa propre initiative, devant l’assistance, il reconnaît avoir reçu, de son successeur, en août 2019, des millions de dollars et d’euros en liquide et 50 véhicules neufs soulignant qu’il s’agit d’une partie du reliquat de la campagne électorale de la même année, au terme de laquelle Mohamed Ould Cheikh Ghazouani accédait à la magistrature suprême.
D’emblée, les déclarations du susdit comportent quelques enseignements et suscitent des observations, à la fois d’ordre empirique et moral :
1. L’opacité du financement du parti Upr, devenu Insaf est désormais établie, hors de la moindre ambiguïté.
2. Les faits allégués relèvent du crime économique et appellent une enquête, distincte de la procédure en cours. Après 45 ans de règne de la concussion et de la prévarication, l’occasion s’offre ainsi, à la justice, de redorer son blason, ô combien terni.
3. Le caractère tardif des révélations laisse transparaître une volonté manifeste de règlement de comptes, dans le cadre de la lutte de préséance entre l’ex-Chef de l’Etat et l’actuel.
4. Longuement, à la faveur d’un monologue interminable, l’ex-chef de l’Etat Mauritanien s’est livré au décompte de ses « réalisations » avec une insistance sur la réorganisation et la modernisation des forces armées, comme s’il cherchait à stimuler-entretenir la tentation d’un nouveau putsch.
5. La gouvernance militaire de la République islamique de Mauritanie correspond, loin de l’exagération et de la surenchère, à une entreprise de prédation, relevant du modèle classique de privatisation du profit et de socialisation des pertes. Les tribus et les clans restent les acteurs et bénéficiaires exclusifs du pillage.
6. A la veille de la commémoration de la fête de l’Indépendance, au demeurant endeuillée par la tuerie raciste d’Inal (27 novembre 1990), il ressort que la restauration de la concorde entre nos compatriotes requiert un débat ouvert et inclusif quant à l’urgence de refonder le vivre-ensemble, sur des bases de transparence de la gestion publique, de vérité et de réparation. Derrière les violations massives de la dignité de la personne, prospère, en réalité, une industrie du détournement et de la fraude ; les Mauritaniens en ont été constamment distraits.
7. Les Mauritaniens vont devoir donner raison à une certaine opposition et lui demander pardon, elle qui dénonce de tels agissements, depuis des décennies, sans parvenir à en produire la preuve. L’aveu de Mohamed Ould Abdel Aziz vient combler la faille, enfin. Il appartient, à l’opinion, de se livrer à l’examen rétrospectif : qui a volé, torturé, déporté, tué et s’en trouve toujours récompensé ?
8. La corruption au sein de l’appareil d’Etat constitue un pilier structurant de l’exercice du pouvoir politique en Mauritanie. La pratique atteint un niveau de banalisation tel qu’une épuration s’impose, sous peine de voir le pays se disloquer, à l’image de la Somalie de Siad Barre.
9. Compte tenu de ce qui précède, il serait extrêmement préjudiciable, à l’avenir de l’Etat de droit, que les actes délictuels de l’ancien Président et ses complices inclus ou en dehors de la procédure judiciaire actuelle, ainsi que de grands escrocs, habillés en hommes d’affaire, arnaquants l’Etat et corrompants les hauts fonctionnaires, soient couverts, un jour, par leurs soustraction à la loi, l’impunité ou autre mesure d’amnistie ou de grâce. Le moment d’en finir avec l’impunité multidimensionnelle n’a que trop tardé.

Biram Dah Abeid
Bruxelles, 28 novembre 2023.

● Jemal Ould Yessa « Boubacar Messaoud, La réhabilitation tardive d’un symbole »

Crédit photo Radio Mauritanie

Le 28 novembre 2023, la cérémonie de remise des décorations par le Président de la République vient clore un long cycle de mépris et de violence à l’endroit des militants de la lutte contre l’impunité et les discriminations en Mauritanie.

Boubacar Ould Messaoud, longtemps persécuté, condamné en 1998 à 16 mois de prison, affamé, marginalisé et désigné à la vindicte publique durant les années de dictature de Ould Taya, est enfin reconnu, distingué, honoré et ce n’est pas trop tôt. Même vieux et malade, Boubacar sort aujourd’hui de l’épreuve, la tête haute, en digne précurseur de l’autre Mauritanie, celle de demain, définitivement émancipée des inégalités de naissance. SOS Esclaves, son associations pionnière mène désormais ses activités, en collaboration avec le Commissariat aux droits de l’Homme, une évolution que nul n’aurait pressentie, quelques années avant.

Hier accusé de servir l’agenda d’un imaginaire complot des juifs et des chrétiens, le voici savourant, non sans dignité, sa douce et tranquille revanche sur les cuistres et les tartuffes de l’ère Prds. D’autres compatriotes, injustement marginalisés, méritent un traitement similaire, en hommage à leur courage, quand il fallait applaudir et ramper pour manger et grapiller les menues faveurs du tyran.

Tout le mérite revient au Chef de l’Etat, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Aucun de ses prédécesseurs ne s’était risqué, jusqu’ici, à admettre l’évidence de la faute ni l’urgence de la devoir corriger. A présent, c’est fait et tant mieux, n’en déplaise aux chauvins !

Jemal Ould Yessa

● Lien média https://www.chezvlane.com/Jemal-Ould-Yessa-Boubacar-Messaoud-La-rehabilitation-tardive-d-un-symbole_a32524.html

● Des députés mauritaniens refusent de se lever pour la prière des soldats tués le 28 novembre 1990

Senalioune – Dans une scène chargée d’émotion à l’Assemblée nationale de Mauritanie ce 25 novembre 2023, le député Ibrahim Moctar Sarr a pris la parole pour évoquer les années sombres passé de la nation et en particulier la date du 28 novembre.

Cette date rappelle un événement tragique où 28 soldats negro-mauritaniens ont été pendus sous le régime de l’ancien président Maouiya Ould Sid Ahmed Taya. Le discours du député Sarr a été marqué par un appel à la prière et au respect envers les défunts, mais malheureusement, les députés de la majorité ont refusé de se lever, suscitant ainsi une vive controverse dans un pays qui se revendique musulman.

Cette scène à l’Assemblée nationale a rapidement fait le tour des médias et des réseaux sociaux, suscitant une vague d’indignation parmi les citoyens mauritaniens.

De nombreux internautes ont exprimé leur déception et leur colère face à cette attitude des députés de la majorité. Certains ont souligné que cet événement mettait en évidence l’importance de l’éducation et de la sensibilisation pour construire une société plus juste et respectueuse de tous.

Les réactions à l’intervention du député Sarr et au refus des députés de la majorité de se lever ont ouvert un débat crucial sur la nécessité de faire face au passé douloureux de la Mauritanie et d’œuvrer pour la réconciliation et la justice.

Beaucoup estiment que reconnaître les erreurs commises par le passé et rendre hommage aux victimes est essentiel pour guérir les plaies encore ouvertes de la nation.

Par Moudo Dieng

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=770209&fbclid=IwAR0sP6UiwMfFdqnQhsdZDpFgsO9JTWEQAWc60R5nROGMP_o139133DZpQY4

● L’impunité juridique perpétue l’esclavage en Mauritanie – [IRA-Mauritanie]


Le représentant d’IRA à Boghé (Localité dépendant de la région du Brakna, située à 150 km au sud-ouest d’Aleg, la capitale régionale), Mr Khoumeyni Laghdaf, informa la mission d’IRA le samedi 14 octobre 2023 qu’il a trouvé un enfant, Mahmoud Abdallahi (10 ans), dans un piteux état après avoir marché 18 km à pied et qu’il l’a emmené au commissariat de police en attendant de trouver quelqu’un de sa famille ou de la famille qui l’exploitait. L’enfant Mahmoud Abdallahi est de la localité de Mayguoum, située dans département de Bababé (à 80 km de Boghé, dans la Vallée du fleuve Sénégal) et travaillait à Dourweit entre les municipalités de Boghé et Bouhdida à 90 km de sa famille à Mayguoum. Il gardait les troupeaux pour son exploiteur Bah Abdelwehab mais quand ce dernier a appris que des activistes d’IRA, réputés rigoureux et entreprenants, à travers les plaintes qu’ils portent devant les tribunaux contre les esclavagistes et trafiquants d’enfants en faveur des victimes, sont dans la région, ils se sont empressés de chasser l’enfant pour éviter d’être découvert en flagrant délit d’esclavage et d’exploitation de mineur.
La délégation d’IRA est arrivée à la brigade de Boghé le 14 octobre 2023 à 10h30 et a trouvé le commissaire de police de la ville, sur le point de libérer le bourreau Bah Abdelwehab. L’enfant a été signalé et son exploiteur dénoncé par les militants locaux (section IRA de Boghé) qui avaient intercepté le garçon Mahmoud Abdallahi en détresse et en errance. La délégation d’IRA a demandé les raisons de cette libération prématurée ; l’officier de police judiciaire leur répondit que la mère de la présumée victime Mahmoud Abdallahi a dit qu’il est né en 2003 et qu’il est majeur donc le procureur d’Aleg Cheikh Baye nous a dit de le libérer. La délégation a demandé des preuves car de l’enfant ne leur parait pas avoir plus de 10 ans. Quelques minutes après le commissaire est revenu leur dire : « nous, on ne travaille pas avec les organisations, on travaille seulement avec le procureur et il nous a dit de le libérer ». La délégation lui a expliqué que s’il le libère, il devra les mettre à sa place. Le commissaire comprit le message et après quelques échanges entre la délégation d’IRA et le procureur, le commissaire revient quelques instants après pour le mettre sous contrôle judiciaire. La délégation lui demanda de leur confier la garde de l’enfant, il a répondit qu’il faut l’autorisation du procureur mais poursuit-il : « il est avec sa mère et ne trouvera pas mieux qu’elle pour le garder » la délégation répliqua que sa mère est complice de son exploitation et qu’elle doit être mise aux arrêts elle aussi. Ainsi le procureur refusa de l’éloigner du commissariat et de ses exploiteurs le commissaire a pris le soin de violer la procédure en s’entêtant à garder l’enfant dans le lieu de détention de la police avec le présumé exploiteur de l’enfant Bah Abdelwahab et la mère de l’enfant Vatimetou Mamadi qui est elle aussi esclave de l’exploiteur et à laquelle l’exploiteur a fait appel pour témoigner à sa décharge contre les allégations de l’enfant.
Le 17 octobre le procureur Cheikh Baye ordonne le transfert du dossier de la police vers la gendarmerie et le 18 octobre 2023, ils sont déférés devant le procureur de Aleg qui les a accusé d’exploitation de mineur et les a renvoyé vers le juge d’instruction Moctar Mohamed Hacen avec une demande de contrôle judiciaire justifiant cette clémence qu’il s’agit d’une femme, et d’un homme âgé et souffrant de diabète. Le juge d’instruction s’est contenté d’une garantie de présence.


Nouakchott 20/11/2023
La commission de communication

● La banalisation des crimes d’esclavage accentue ses pratiques en Mauritanie – [IRA-Mauritanie]

Protagonistes :
Présumés coupables : Hamoud Elvil
Prétendus parents de la victime : Vatimetou Mamadou et Mohamed Habib M’Bareck et son épouse Kebada
Victimes : Hacen Mohamed Mahmoud alias Jibril Mohamed (11ans)
Plaignante : Roughaya Chedad
Procureur : Cheikh Baye
Commandant de la brigade de gendarmerie : Leylily Mohamed Hacen
Juge d’instruction : Moctar Mohamed


Le jeudi 11 octobre 2023, une mission d’IRA conduite par le responsable de l’action de protection des droits de l’homme Abdallahi Abou Diop, accompagné de Mohamed Laghdaf Néma s’est rendue au Brakna (région située au sud-est de Nouakchott). Cette mission répond à l’appel au secours de madame Roughaya Chedad qui les informa que son fils disparu depuis 5 ans a été retrouvé avec le bourreau-esclavagiste du nom de Hamoud Elvil qui l’exploitait ; il s’agit de l’enfant mineur Hacen Mohamed Mahmoud âgé de 11 ans et qui s’appelle désormais Jibril Mohamed
La délégation est arrivée à la brigade de gendarmerie le 11 octobre 2023 à 22h. Ils ont pu échanger avec la dame Roghaya Chedad dite Vatimetou Mamadou et ses proches qui les ont informés qu’il y a une seconde famille qui réclame l’enfant et prétend que c’est leur fils et qui l’appellent Jibril Mohamed et qu’ils sont présentement à l’intérieur de la brigade de la gendarmerie avec le commandant. Ce dernier était au courant de l’arrivée de la mission d’IRA ; la mission informa le gendarme du but de leur mission et qu’ils sont venus assister, encadrer et accompagner l’enfant et sa famille. La gendarmerie avait déjà arrêté les présumés coupables Hamoud Vil et Mohamed Habib M’Bareck, la mère de la famille qui prétendait que c’est leur fils ainsi que l’enfant victime. La délégation d’IRA a beau expliquer au chef de brigade que l’enfant est mineur et victime et il n’a aucune raison de l’arrêter mais il a répondu que ce sont les ordres du procureur. Il prétend que l’enfant n’est pas formellement en garde à vue, mais il est retenu en compagnie des suspects mis aux arrêts selon les ordres du procureur du tribunal d’Aleg le juge Cheikh Baye Moustapha.
Le lendemain vendredi 13 octobre 2023 la mission d’IRA est revenue à la brigade dès 8h 30 le matin, ils ont constaté que l’enfant mineur et victime est placé avec ses bourreaux dans la même cellule. Ils ont dit au chef de brigade de la gendarmerie, l’officier de police judiciaire chargé d’instruire l’affaire, le nommé Leylily Mohamed Hacen, qu’il a biaisé toute l’enquête en mettant les bourreaux et la victime dans un même lieu où ils ont séjourné et passé la nuit ensemble. L’officier s’est empressé de séparer l’enfant de ses présumés bourreaux, mais le mal était déjà fait.
La délégation d’IRA a ensuite quitté la brigade de gendarmerie pour le tribunal d’Aleg ; ils ont attendu longtemps avant l’arrivée du procureur aux environs de 11h. Ils ont expliqué au procureur les manquements à la procédure très stricte sur la protection des mineurs face à leurs présumés bourreaux, fautes procédurales très graves commises par l’officier de police judiciaire notamment le fait d’arrêter la victime et de la mettre avec ses bourreaux. Bien sûr que les responsables d’IRA ont expliqué au procureur que l’officier gendarme a prétendu que c’est le procureur lui-même qui lui a ordonné de garder la victime dans la même cellule avec le suspect et dans le lieu de détention qui est la brigade de gendarmerie d’Aleg (Ville chef-lieu de la région du Brakna située à 300km au sud-est de la capitale mauritanienne Nouakchott). Le procureur convoqua séance tenante l’officier gendarme chef de brigade et lui fait part des griefs émis contre la procédure par les délégué d’IRA. Mais aucune sanction ou mesure n’a été prise contre l’officier de gendarmerie , ce qui prouve que le procureur comme tous les juges mauritaniens, n’est pas étranger à cette violation de la procédure qui fait partie des longues chaines de violations commises par les juges et les officiers de police judiciaire contre les victimes de l’esclavage en Mauritanie.
La mission d’ IRA sollicita auprès du procureur de lui donner la garde de l’enfant jusqu’à la fin de l’enquête, le procureur refusa prétextant qu’IRA est partie civile dans cette affaire et a demandé à l’enfant de choisir avec qui il veut partir. L’enfant choisira la femme qui le louait au bourreau qui l’exploitait, il s’agit de Kebada l’épouse de Mohamed Habib M’Bareck.


Le chef d’inculpation retenu contre les accusés est : Exploitation de mineurs.
Le Juge d’instruction met les présumés coupables sous contrôle judiciaire malgré la requête du procureur de leur délivrer un mandat de dépôt. Ce dernier a fait appel de cette décision inexplicable.


Nouakchott 20/11/2023
La commission de communication

● Fin de l’enrôlement au 31 décembre 2023 : Le ministre de l’Intérieur persiste et signe !

L’Eveil Hebdo – Dans une déclaration intervenue lors d’une réunion, dans la ville de Kaédi, avec les autorités administratives des wilayas du Gorgol, du Brakna et du Guidimakha, le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, a souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour contribuer à obtenir le plus grand résultat d’enrôlement des citoyens, «en respectant le délai spécifié pour terminer l’enregistrement dans les registres d’état-civil».

Avec cette dernière phrase, le ministre confirme à demi-mots, que la date du 31 décembre serait la date buttoir pour se faire enrôler.

Une phrase qui suscite des interrogations au moment où des candidats à l’enrôlement continuent d’être confrontés à de nombreuses difficultés et entraves de la part de chefs de centres zélés qui n’en font, apparemment, qu’à leurs têtes et en fonction de la tête du client.

En effet, des milliers de ressortissants de la Vallée continuent à se faire balader pour des arguments parfois plus fallacieux les uns que les autres. Une situation particulièrement difficile pour les ressortissants des localités éloignées des centres d’enrôlement.

Imaginer des femmes avec des enfants parcourir des kilomètres, délaissant leurs activités quotidiennes de survie, passer toute une journée à faire la queue et se faire signifier en fin de journée qu’il n’y pas de réseau, par exemple, et qu’il faut revenir le lendemain.

Et c’est une scène qui peut se répéter plusieurs fois jusqu’au découragement des prétendants. Certains observateurs pensent qu’il y a quelque part une volonté de ralentir délibérément le processus pour enrôler le moins de personnes possibles – même ceux qui en ont le droit – sachant que la date limite va bientôt arriver.

Procédures toujours pas clarifiées… volontairement ?

En effet, il est difficile de comprendre qu’il n’y ait pas d’informations claires dans la conduite du processus. Il est doit pourtant être aisé d’afficher dans les Centres ou de communiquer par des canaux appropriés l’ensemble des critères et des conditions à remplir pour se faire enrôler. A ce niveau la responsabilité des élus locaux est engagée.

C’est à eux d’encadrer les populations dans ce processus pour que celui qui en a le droit se fasse enrôler et celui qui n’en a pas le droit reçoive des explications claires et convaincantes qui lui feront comprendre qu’il ne peut pas l’être.

Pourtant, il y a déjà quelques années, les autorités avaient mis en place une commission présidée par Thiam Diombar pour proposer des procédures simples et claires à tous ceux qui s’estimaient être lésés.

La première expérience en 2017 s’était terminée en queue de poisson. Un processus relancé en 2022 à l’occasion d’une visite à Kaédi du Président de la République au cours de laquelle il s’était engagé à «régler rapidement les problèmes d’accès à l’état-civil, en se mettant tout de suite au travail».

Cet engagement s’est rapidement traduit par la mise en place de nouvelles procédures qui devaient permettre même à ceux qui ne disposaient pas d’un dossier complet de se faire recenser sur simples témoignages.

En effet, dans chaque Centre, il est mis en place une commission composée d’un chef de village, de deux membres de chaque localité, deux membres du conseil municipal et un membre de l’administration locale.

Le Commissariat aux Droits de l’Homme avait même lancé, à cette occasion, en collaboration avec la Société Civile une grande campagne de sensibilisation pour inciter les citoyens à se rendre massivement dans les Centres d’enrôlement.

Volonté affichée en haut lieu, blocages et entraves au niveau des exécutants

Les obstacles devaient donc être aplanis. Mais en pratique, les choses sont toujours compliquées. Outre des «coupures» récurrentes – et opportunes ? – du réseau, il y a lieu de noter le doute quasi-permanent sur la citoyenneté de certains requérants entrainant le rejet parfois de dossiers bien ficelés, la jeunesse des chefs de Centre, leur manque d’expérience et surtout de courtoisie, le tout couronné par le peu – ou pas du tout – d’implication des maires et députés sur le terrain pour accompagner les opérations…

Conséquences, de très nombreux citoyens se trouvent dans la même situation qu’il y a quelques mois. Compte tenu de cette situation, on aurait pu s’attendre à ce que cette visite du ministre de l’Intérieur dans cette zone soit une occasion de donner des instructions allant dans le sens de faciliter les démarches pour les citoyens, dans le respect de la loi naturellement ; mais le ministre semble faire fi des nombreuses difficultés et entraves auxquelles sont confrontées les populations et se focalise plutôt sur le respect des délais.

Si le Président de la République semble accorder une grande importance à cette opération, comme il l’a d’ailleurs rappelé à l’occasion de sa récente rencontre avec la presse, on ne peut pas en dire autant pour ses principaux collaborateurs, encore moins les préposés aux Centres d’enrôlement. On peut donc affirmer, sans risque de se tromper, qu’à la date du 31 décembre 2023, les opérations d’enrôlement seront peut-être clôturées, mais que le dossier de l’enrôlement n’en sera pas pour autant clos.

Sikhousso

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