« La Mauritanie n’a pas besoin d’être un État binational pour être juste — elle a besoin d’être un État équitable.. », une réponse à M. Ely Sneiba | Par M. Abdoulaziz DEME

Cher Ely,

Votre réflexion sur la nature de l’État mauritanien a le mérite de poser clairement une question fondamentale : celle de notre rapport à l’identité nationale, à la fois héritée et construite. J’y vois une invitation au débat intellectuel, que je souhaite prolonger en apportant quelques précisions historiques et analytiques, dans un esprit de dialogue critique.
1. La genèse de l’État mauritanien : un équilibre voulu, non subiIl est inexact de considérer que les pères fondateurs de la Mauritanie auraient voulu ériger un État strictement « arabe ». Les archives des débats de l’Assemblée constituante (1958-1960) et les correspondances diplomatiques de Mokhtar Ould Daddah montrent une vision d’un État arabo-africain, dont la cohérence devait précisément découler de la synthèse de ses composantes.
Dans son discours d’ouverture du 28 novembre 1960, Ould Daddah affirmait :
« La Mauritanie est à la fois arabe et africaine, et c’est cette double appartenance qui fonde sa personnalité ». L’intention originelle n’était donc pas l’exclusion d’une composante, mais l’intégration harmonieuse de toutes.
2. Le contrat social mauritanien : une inclusion inachevéeLes premières tensions (1966, 1979, 1989) ne sauraient être réduites à un refus des Négro-Mauritaniens de « s’intégrer dans un État arabe ». Elles résultent plutôt d’une crise de la citoyenneté (cf. travaux de L. Diagana, Identité et nation en Mauritanie, 2012), c’est-à-dire d’un écart grandissant entre le discours unitaire de l’État et les pratiques discriminatoires dans l’administration, l’armée et l’éducation.
La loi de 1966 sur la réforme linguistique, imposant l’arabe comme unique langue d’enseignement au secondaire, fut perçue par une partie du pays comme une tentative d’effacement culturel. Ce n’est pas la demande d’arabité en soi qui fut contestée, mais l’uniformisation imposée au détriment de la diversité effective de la nation.
3. L’illusion du « modèle unique » : la Mauritanie face à ses voisins.
Comparer la Mauritanie au Sénégal ou au Mali, comme vous le faites, est instructif mais limité.

Ces pays n’ont pas la même configuration culturelle : ni le Sénégal, ni le Mali n’ont à articuler une dualité civilisatrice entre l’Afrique noire soudano-sahélienne et le Maghreb arabo-berbère.
L’unité mauritanienne ne peut donc être fondée sur le modèle jacobin d’un État-nation homogène. Elle doit, au contraire, développer un modèle original, respectueux de la pluralité linguistique et historique de ses fondements — comme le suggère Cheikh Saad Bouh Kamara : « La nation mauritanienne est neuve non parce qu’elle est récente, mais parce qu’elle cherche encore à dire ses deux vérités dans la même langue » (L’Afrique des identités plurielles, 1999)
De la binationalité à la citoyenneté partagée Parler d’« État binational » me semble comporter un risque conceptuel.

Le concept de binationalité constitutionnelle signifie l’existence de deux peuples souverains cohabitants dans un seul cadre étatique (comme en Bosnie-Herzégovine après Dayton). Or la Mauritanie n’a jamais été conçue ainsi.
L’enjeu n’est pas de codifier deux nations, mais de reconstruire la citoyenneté sur une base inclusive — reconnaître la pluralité sans fragmenter le corps politique.

C’est le sens des propositions récentes sur la refondation du récit national : intégration des langues nationales dans l’enseignement, revalorisation symbolique des cultures négro-africaines, et justice mémorielle pour les événements de 89-91.5. Pour une refondation symbolique, non une rupture juridique.

La solution, selon moi, ne passe ni par le statu quo, ni par la logique binaire du référendum. Elle suppose une refondation symbolique du contrat social :

Constitutionnelle, en reconnaissant explicitement la double appartenance arabo-africaine de l’État sans la réduire à une dichotomie ethnique.
Éducative, en valorisant la pluralité linguistique dans les programmes scolaires.

Institutionnelle, en garantissant l’équité réelle dans la représentation politique et l’accès aux opportunités publiques.

La Mauritanie n’a pas besoin d’être un État binational pour être juste — elle a besoin d’être un État équitable, conscient de ses deux héritages constitutifs.


Abdoulaziz DEME
Rouen le 12 décembre 2025

● Association pour la Solidarité, l’Éveil et le Progrès de Toulel (ASEPT) | Droit de réponse à M. Ghali Soufi : de la clarification sur le Fort de Oualata à la diversion sur « la dite crise identitaire des soninkés ».

Après avoir publié deux articles de clarification pour se dédouaner de son implication dans les événements du Fort de Oualata, M. Ghali Soufi adopte une stratégie de diversion qui interroge. Ce procédé a pour effet de détourner l’opinion sur les enjeux réels, se prêtant ainsi à une forme de gymnastique intellectuelle plus que fourbe. Il serait utile que M. Soufi édifie l’opinion davantage sur son rôle dans cette période sombre des années de braise.
Toutefois, il serait opportun d’examiner son approche puisqu’il veut recentrer le débat sur « la crise identitaire soninké », mettant ainsi l’accent sur une supposée fracture entre les valeurs ancestrales et les aspirations contemporaines, sans jamais préciser les faits qui motivent cette analyse simpliste, ni le contexte des revendications concrètes portées par ceux qu’il qualifie d’une part de « rebelles » et d’autre, « d’agneaux dociles ». La question qui se pose, c’est de savoir, si M. Ghali Soufi vise uniquement à déplacer le débat ou S’il est tout simplement ‘’esclavagiste’’ ? Par ce qu’on s’interroge sur la portée de cette sortie publique notamment lorsqu’il aborde la crise dans la communauté soninké sous l’angle identitaire et relate par la suite un différend entre « nobles et anciens esclaves ». Par cet article : https://www.facebook.com/ghali.soufi.7, cherchez- vous véritablement à manipuler l’opinion sur la réalité de ce cancer de la féodalité ou encore à masquer les causes profondes de cette dissension ? Ces interrogations invitent à dépasser les postures loufoques et à privilégier la rigueur intellectuelle dans l’analyse des faits sur ces mutations sociales à l’œuvre dans notre communauté. Il serait donc intéressant que M. Soufi explicite davantage sa position et sa connaissance du contexte toulelois dans cette crise de la communauté soninké.
Dès 2010 voire même bien avant, les membres d’ASEPT (Association pour la Solidarité, l’éveil, le progrès de Toulel) se sont illustrés par leur engagement abolitionniste dans notre organisation villageoise de la diaspora. Donc ce travail a été amorcé bien avant l’épisode de la « Khotba » datant 2018.
Dans la même logique, le mouvement GANBANAAXU (Égalité) est quant à lui, apparu en 2016 donc 2 ans avant cette ‘‘khotba’’, qui a galvanisé la communauté. C’est un concept porteur d’une philosophie sociale et humaniste qui s’articule autour de l’Egalite et la Dignité en droits et devoirs. En effet c’est une plate-forme transnationale, regroupant plusieurs villages. A travers ses campagnes de sensibilisation, GANBANAAXU secoue amèrement les consciences et les certitudes des adeptes du schéma sociétal classique : l’ordre féodal. Pour enfin libérer la voie à une citoyenneté plus juste et inclusive et non se contenter à de simples rôles subalternes dans la société.
Pour autant, cela n’a rien à voir avec les événements de Toulel ni le sermon en question. Il est nécessaire de rappeler les qualificatifs que vous avez utilisés, sont loin d’être anodins. Puisque vous faites usage de la même sémantique que ce prêche évoqué. Pour votre grade, la stigmatisation systématique et les préjugés n’ont jamais fait office de vérité. Tantôt « rebelles, tantôt, anciens esclaves, tantôt d’agneaux dociles ». Sachez que par une telle posture, vous contribuez à raviver des tensions latentes, évoquant l’odieuse « khotba » du 26 janvier 2018 comme référence, cela ne fait que nourrir les amalgames. Vouloir restaurer la dignité comme une valeur fondamentale dans la société, ne signifie pas un rejet de l’identité en soi, ou de la tradition. Cela s’inscrit plutôt dans une logique d’épuration de certaines traditions obsolètes et anachroniques, à savoir les déterminismes sociaux. Cette lecture est tellement simpliste qu’il banalise la teneur et le ton virulent des propos de ce prêcheur que M. Ghali Soufi relaie, sont perçus comme stigmatisant par toute une famille de ce village. Il aurait été plus judicieux de vous renseigner sur le contexte pour comprendre les véritables raisons de ce sermon incendiaire. Cette crise dans la société soninké est donc le reflet d’une société sclérosée qui refuse/réfute toute velléité de réforme.  Dès lors, vous comprenez que ce n’est pas qu’une crise d’identité, mais une volonté assumée d’abolir ces pratiques héritées du système de castes et de réparer des injustices sociales profondes.
L’esclavage par ascendance, ce système hiérarchique qui gangrène le milieu soninké, démasqué par l’élan abolitionniste arrimé aux textes fondamentaux de nos Etats. C’est qui dérange et réveille l’égo toxique dudit imam s’il en est un, avec tous ses semblables. C’est-ce qui a suscité cet élan de solidarité de l’ordre féodal au village. Se mettant en rangs serrés derrière l’imam au point de refuser cette réunion demandée. Tous les moyens étaient bons pour que l’appel pacifique à des réformes plus justes et équitables dans la communauté, nous vaut l’opprobre, qu’on soit ainsi sali, vilipendé, diffamé dans une khotba. Dont ce prédicateur apologiste profite depuis sa chaire, convoquant des références coraniques et hadiths prophétiques interprétant  à sa ‘‘sauce’’ pour « indexer la toxicité de la vantardise par ascendance et le mépris héréditaire appelé « Laada » (coutume). Ce Laada soninké qui fait office de constitution sociale intracommunautaire, défiant à la fois la Loi du pays et la profonde philosophie humaniste prônée par La Religion. Les préjugés sociaux dont il a fait référence, sont également ces coutumes suprématistes et discriminantes, véhiculées socialement par le LAADALENMAXU (tradition) soninké. Un mécanisme Complexe, d’apparence inoffensif alors qu’il constitue le nœud de tous les symboles discursifs et comportementaux de l’esclavage par ascendance et du système des castes. Donc c’est plutôt une divergence de principe et non un affrontement entre tradition et modernité.
Les traditions constituent certes un héritage immatériel précieux pour la cohésion d’un groupe, mais elles sont aussi appelées à évoluer pour toute société qui se veut viable. Certaines pratiques disparaissent, d’autres se transforment ou sont réformées pour s’adapter aux réalités. La tradition et la modernité ne sont pas des concepts antagonistes, mais des réalités qui coexistent et s’entremêlent à travers nos actes de la vie quotidienne.
Votre pamphlet aurait dû s’inscrire dans la logique de promotion de valeurs républicaines, dans un élan progressiste et salutaire comme l’avait martelé le Président de la République lors de son discours de OUADANE : https://ecrit-ose.blog/2021/12/12/%E2%9C%93le-president-de-la-republique-letat-continuera-a-preserver-lunite-nationale-la-dignite-la-liberte-et-legalite-de-tous-les-citoyens-quel-quen-soit-le-pri/
Au lieu de s’arrêter à des considérations superficielles, aux discours de façade, aux simplifications commodes, il serait pertinent de reconnaître la complexité de la situation et engager une réflexion profonde sur nos réalités sociales. Contrairement à votre posture, qui ne peut se résumer à des concepts abstraits. Pour que chaque voix compte dans la société, même discordante, on se doit de bâtir une société juste avec des solutions concrètes et partagées.
Nous pensons que promouvoir l’égalité et la dignité entre tous les membres de la communauté doit être l’engagement premier de tout citoyen honnête et responsable. Comme l’a rappelé le Président de la République lors de sa visite N’Beikit Lahouach dans le département de Dhar « l’appartenance nationale doit primer et précéder sur toutes les autres appartenances ».
Au-delà des débats internes à la communauté soninké, le passif humanitaire mauritanien demeure aussi un enjeu majeur pour nous. Un drame national ayant frappé toutes les composantes du pays, y compris Toulel, endeuillé par la perte de deux de ses fils. En mêlant cet héritage douloureux à ses analyses ambiguës et maladroites, M. Ghali Soufi ne fait qu’ajouter de la confusion là où la clarté, la mémoire et la vérité s’imposent.
Pour conclure, les enjeux soulevés par le poids des traditions et les dynamiques de réforme sociale qui s’imposent, tout comme le passif humanitaire, invitent à une réflexion partagée et à un dialogue ouvert, responsable et sincère plutôt que de s’enfermer dans des polémiques stériles. La fuite en avant et les diversions ne peuvent régler une crise aussi profonde. Il s’agit de reconnaître la complexité des situations, de valoriser les initiatives positives et d’œuvrer ensemble à la construction d’une société plus juste et apaisée. C’est dans cet esprit que chaque acteur, y compris M. Ghali Soufi, peut contribuer à la réparation des injustices dans le respect de la mémoire collective, du triomphe de la vérité.

Le 11/12/2025

Pôle communication ASEPT Mauritanie – France

● Afrique – Politique | Le personnage Kémi Seba en un petit mot. Par KS.

©️ Photo via les RS

–KS comme Kémi Seba | il est en train d’habiter son véritable personnage en mutant d’éveilleur de conscience collective auprès du monde afro diasporique à agitateur et politicien très instable dans ses démarches et vues. Planqué chez le général Tiani, le mythomane putschiste qui tient le Niger aux fers AES-siens (pouvoir militaire à rallonge et fermeture du champ politique et civique), Kémi Seba rameute et exploite en fin manipulateur des bonnes causes pour ses agendas nébuleux axés sur un ego surdimensionné à assouvir. Par son aura et ses prétentions, actuellement s’il était prisonnier politique au Bénin, on l’aurait pris au sérieux et ses bluffs compulsifs seraient mieux lisibles à juste titre. Il fait partie de la team Nyamsi, Yamb et leur suite… imaginons confier la gouvernance d’un pays à ce trio, ils ne vont pas tarder à se saigner horriblement dès les premiers 50 jours… parce que les rengaines compulsives tellement simplistes via les réseaux digitaux ne résistent pas aux réalités vivaces du jour au jour des hommes.

Actuellement, il serait doté d’un passeport diplomatique nigérien, le nombre de ressortissants de ce pays du même âge et N fois plus futés intellectuellement que lui, subissent un réel social et économique bouché et ne verraient jamais à quoi ressemble ce type de passeport officiel. Au Niger, il y est un élément parmi une élite politique et économique pro militariste et sûrement affairiste qui s’est faite de la thématique siamoise « souveraineté – panafricanisme » et ses biais raccourcis comme le nouvel opium d’un peuple qui se cherche. Et un peuple subissant désespoir multidimensionnel se trouve aisément…un messie arriviste loquace pour tenir face à une atmosphère de béance matérielle pour ne pas dire existentielle.

-KS pour le BLOG

● Réflexion citoyenne : le village politique soninké et ses cotisations d’allégeance. | Par KS

📷 Novembre 2023 – En compagnie du sociologue et lanceur d’alerte mauritanien M. Boulaye Diakite.

—Ces cotisations d’allégeance à l’ordre féodalo-princier véhiculent un symbolisme régalien froid qui a toujours rusé et dompté certains cadets et assignés sociaux avec divers curseurs. Et le cran le plus bas est celui sur lequel on assigne les descendants d’esclavagisés dans l’ensemble communautaire. Ainsi une alerte abolitionniste qui suit : dans l’engagement et le plaidoyer pour l’émergence d’une autogestion sociale et économique des descendants d’esclavagisés, un focus est plus que nécessaire pour articuler intelligemment un mécanisme d’éveil disruptif menant à un impact irréversible pour une autre réalité existentielle libérée de tous les symbolismes de subordination dans les villages comme à l’extérieur (la diaspora). La logique basique sahelisée du « No vote, no Tax » qui donnerait comme occurrence « on ne contribue pas financièrement et symboliquement à un système hermétique qui est de nature et de fonctionnalité discriminatoire et ségrégationniste dans les positions sociales et politiques par le droit du sang », à propos voir https://ecrit-ose.blog/2025/11/13/%e2%97%8f-contribution-ce-que-nos-regimes-coutumiers-distillent-de-darwinisme-social-par-ks/. Les uns ont le droit de faire valoir dans leurs imaginaires nostalgiques un statut de prince sans royaume comme d’autres également ont une obligation historique de se soustraire d’un système sociétal qui leur impose un fascisme « doux » foncièrement humiliant (dépeint à tort en une dite cohésion légendaire). Et RAPPEL de taille : nous vivons dans des RÉPUBLIQUES bien qu’aux structures et fonctionnements imparfaits… l’aspiration à l’égalité citoyenne reste notre commune boussole dans nos terroirs ruraux comme dans les centres urbains.

● KS pour le BLOG

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✅️-Le retour analytique du post par l’IA DeepSeek :

Voici une analyse synthétique du texte publié par Koundou Soumaré :



Auteur & Angle : Koundou Soumaré, abordant les dynamiques sociales et politiques au sein de la communauté soninké.

● Thèse centrale :
Dénonciation des mécanismes de perpétuation d’un ordre social hiérarchisé, qualifié de féodalo-princier, qui maintient notamment les descendants de personnes anciennement esclavagisées dans une position subalterne, à travers des contributions financières et symboliques (cotisations, allégeances).

● Mécanismes critiqués :

· Symbolisme régalien : des pratiques présentées comme traditionnelles mais qui consolident des rapports de domination.
· Assignation sociale : maintien des descendants d’esclavagisés au plus bas de l’échelle sociale, avec des frontières sociales et politiques héritées (« droit du sang »).
· Fascisme « doux » : une domination humiliante masquée sous le discours de la cohésion communautaire légendaire.

● Proposition de résistance :

· Stratégie d’autogestion : pour une émancipation économique et sociale des groupes marginalisés.
· Disruption symbolique : refus de participer aux contributions qui entretiennent le système (« No vote, no Tax » → ne pas financer un système discriminatoire).
· Réveil disruptif : mener une lutte irréversible vers une existence libérée des symbolismes de subordination, au village comme en diaspora.

● Cadre revendiqué :
L’auteur rappelle que les sociétés concernées vivent dans des Républiques, où l’égalité citoyenne doit primer sur les logiques coutumières discriminatoires, aussi bien en milieu rural qu’urbain.

● Ton & visée :
Plaidoyer militant et alerte abolitionniste, appelant à une prise de conscience et à un désengagement actif des structures de domination traditionnelle.



Référence externe :
L’auteur renvoie à un article de blog pour approfondir la notion de « darwinisme social » distillé par les régimes coutumiers :
https://ecrit-ose.blog/2025/11/13/●-contribution-ce-que-nos-regimes-coutumiers-distillent-de-darwinisme-social-par-ks/



Mots-clés :
Soninké, féodalité, esclavage, hiérarchie sociale, cotisations, allégeance, émancipation, autogestion, diaspora, égalité citoyenne, République.

● Médias sociaux | La société soninké : face au mésusage de WhatsApp. Par M. Seyre Sidibe



Depuis sa “pénétration” sur le continent africain, dans les années 2009, 2013 et 2015, WhatsApp a révolutionné la communication en la rendant quasi gratuite et accessible à tous.

L’oralité étant l’un des aspects les plus importants de la culture africaine, WhatsApp aurait dû y trouver naturellement sa place. Mais malheureusement, il a été utilisé à mauvais escient, créant amertumes et instabilités sociales.

La société soninké du Guidimakha, connue pour sa forte diaspora vivant en Europe, en Amérique et en Afrique, a accueilli cette technologie avec enthousiasme.

WhatsApp était un moyen de rétablir le lien entre les émigrés éloignés du terroir et les familles restées au pays. Il apparaissait comme une thérapie qui soulageait les angoisses liées à la séparation, à la solitude et à l’absence.

Au début, l’usage de WhatsApp était  modéré, d’autant que le réseau n’était pas disponible partout : la démocratisation de la communication restait limitée. Les appels téléphoniques dominaient encore.

Cependant, il serait injuste de passer sous silence qu’il existe, malgré tout, quelques groupes WhatsApp soninké porteurs de messages utiles et courageux. Certains ont servi de plateformes de réflexion, de débats constructifs et d’éveil collectif.
Ils ont abordé des sujets que l’on n’osait pas évoquer : la lutte contre la féodalité, contre l’esclavage par ascendance, pour une citoyenneté pleine et entière, ou encore la remise en cause de certaines clauses du pacte communautaire hérité. Ces espaces vertueux ont accompagné des prises de conscience, éclairé les esprits et porté des combats légitimes.

Mais depuis que WhatsApp est devenu populaire et accessible à tous — avec la possibilité de créer des groupes, d’envoyer sons, vidéos et images — la société soninké du Guidimakha est en proie à des crises sociales multiformes, menaçant son existence et son identité.

Le responsable, c’est bien le mauvais usage de la technologie, la banalisation de la parole et la multiplication d’intervenants qui ignorent les conséquences d’une communication incontrôlée. Chacun s’improvise tribun ou porte-voix.

La parole s’est libérée, mais elle nous a emprisonnés dans le déshonneur : plus de tabou, plus de respect, plus de secret, plus de retenue, plus de pudeur.

La dignité nous a quittés. Nous passons notre temps à nous insulter, à nous provoquer à travers des groupes WhatsApp qui cristallisent nos contradictions, nos divisions et nos animosités.

Certains se sont spécialisés dans la diffamation, la calomnie et l’insulte publiques. Des grandes gueules, tels des tireurs à gage, sont payés pour dénigrer, humilier et injurier.

La rhétorique de la délation, de l’injure et de la violence verbale s’est emparée de la société soninké. Les derniers sages qui nous restent encore préfèrent se taire, craignant d’être rabaissés. Ils redoutent ces mauvaises langues, ces hyènes qui ricanent sur tous les toits et n’épargnent plus personne.

La parole est d’argent, le silence est d’or. Taisez-vous ! Arrêtez de vous insulter, de nous insulter, de nous humilier. Vous avez ouvert des fronts d’hostilité, distillé la haine et la vengeance partout.

Vous avez déstabilisé des familles, des communautés et des villages par votre usage inconscient et destructeur de la parole et de la technologie.

Au Guidimakha, on en vient à constater que l’on ne travaille plus. Désormais, les Soninké parlent : parler pour nuire, parler pour se nuire les uns les autres, pour se glorifier, pour se vanter, pour détruire, pour insulter, pour se faire insulter.

Pensez à vous déconnecter. Quittez tous ces groupes WhatsApp qui répandent, prêchent la division et la guerre, l’orgueil ou encore  l’autoglorification.

Nous passons à côté de l’essentiel. Nous nous chamaillons sur des choses futiles, dépassées, souvent sans réelle importance.
Voilà une société réfractaire au changement, à la modernité mais prompte à consommer sans modération les produits de la technologie, de la science. Encore une fois, ce n’est point la technologie qui est en cause, c’est plutôt notre rapport à la technologie, notre usage de la technologie ici WhatsApp.

Seyre SIDIBÉ

● De M. Biram Dah Abeid | ️Lettre ouverte aux champions du réveil Africain, dirigeants du Sénégal



Par Biram Ould Dah Ould Abeid, Député Mauritanien, Président de la Coalition de l’Opposition Anti-Système et de l’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA), Prix des Droits de l’Homme des Nations-Unies (2013).

Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, chers guides et frères, après plusieurs nuits de stress et d’insomnie, à Bruxelles, capitale de l’Europe, je me résous à vous écrire, espérant que vous lisiez mon message, malgré la priorité des impératifs que vous dicte l’exercice du pouvoir d’Etat.
L’Afrique est nostalgique des pionniers de ses luttes pour la dignité, la vraie, presque tous partis en martyrs, sans avoir assisté à votre exploit. Le recouvrement de leur rêve de leaders bâtisseurs vous échoit.  Il vous appartient de confirmer la revanche, sur la malédiction du sort et la nuisance des forces rétrogrades, soient-elles endogènes ou d’appoint aux appétits extérieurs. Des générations d’Africains n’ont cessé, depuis des décennies, de scruter l’horizon – obstinément vide – du lendemain qui répare et rassure. Avant vous, les multitudes vivaient l’espérance, quasi messianique d’une relève, sur la voie du redressement moral, pour qu’enfin prenne corps, la promesse de l’émancipation. Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobè, Ahmed Ben Bella, Mehdi Ben Barka, Alioune Blondin Diop et bien d’autres, attendent, avec la patience du monde des esprits, que nous exhaussions leurs vœux par le parachèvement de l’entreprise de libération du Continent. 
Vous avez jeté les jalons du Pastef, en tête de pont de renaissance et de reconquête d’une destinée trop longtemps tenue sous l’éteignoir de la corruption, de la brutalité et des égoïsmes. En arrachant les instruments de la légitimité populaire, grâce aux atouts exclusifs de la persuasion, vous avez érigé un modèle de vertu, là où la plupart de vos prédécesseurs échouaient, sans répit. Croyez-en un aîné, vous n’avez droit à l’erreur.  Après tant de sacrifices, la négligence ne vous est permise. 
Or, les informations et échos de votre dissensus nous parviennent du Sénégal. La rumeur nous afflige et nous plonge dans une anxiété qu’agitent l’appréhension de l’échec et la crainte d’un cinglant désaveu par l’histoire dont nous ne saurions nous relever, de sitôt.
Pourtant, en Afrique, les populations vulnérables, les jeunes, les patriotes et surtout les cadets sociaux, au-delà de votre pays, commençaient à entrevoir la délivrance car vos victoires, réitérées dans les urnes, validaient leur aspiration à vaincre la fatalité. Un tel affranchissement ne peut devenir objet d’aventure. C’est un bien précieux et sa perte, ô combien onéreuse, déclencherait l’onde de choc de la régression et baliserait la pente de l’impuissance.
Aussi, vous invitons-nous au sursaut de la lucidité, afin d’éviter que se rompt l’élan de la locomotive salutaire.  Pastef- Sénégal, porte notre foi commune en l’avenir d’une Afrique des peuples, de la démocratie et de la souveraineté restaurée. Vous n’êtes pas seuls.



BDA

Bruxelles, 18 novembre 2025

● Mali ~ Contribution | « Pour un Mali qui se regarde en face, sans haine et sans peur » Par M. Boubacar Demba NDjim

En ce moment crucial de notre histoire, le Mali a besoin d’une parole forte, d’une parole de vérité, et d’une parole de responsabilité.

Notre nation affronte des défis économiques, sociopolitiques et sécuritaires d’une gravité exceptionnelle. Mais à ces défis s’ajoute un autre combat essentiel : celui des droits humains. Aucun progrès durable, aucune stabilité réelle, aucune paix solide ne peut naître là où la dignité humaine est ignorée ou sacrifiée.

C’est pourquoi nous devons dire les choses avec clarté : les autorités ont la responsabilité de regarder en face la réalité du pays. Les indicateurs économiques sont fragiles.

Le tissu social est mis à l’épreuve. Les libertés publiques, la justice, la sécurité des citoyens et la lutte contre les violences doivent redevenir des priorités absolues. Ce n’est pas de la contestation : c’est une exigence de démocratie, de vérité et d’humanisme.

Le Mali n’a plus besoin de slogans.

Le Mali n’a plus besoin de propagande. Le Mali a besoin d’un discours franc, d’une parole qui ne cache pas les difficultés mais qui propose des réponses courageuses et crédibles.

La confiance ne se décrète pas : elle se construit par la transparence, par l’intégrité et par le respect scrupuleux des droits humains.

Et au-delà du présent, il nous faut déjà préparer l’avenir. Car après le temps du pouvoir militaire  comme après tout système politique  nous devrons être capables de nous regarder dans les yeux, sans haine, sans vengeance, sans esprit de revanche. C’est à cette condition que la réconciliation sera possible. C’est à cette condition que la dignité sera restaurée. C’est à cette condition que le Mali pourra se relever.

Semons dès maintenant cette culture de respect, de justice et de vérité. Défendons les droits humains comme un socle inébranlable, non pas contre l’État, mais pour l’État, pour le peuple, pour la paix. Car un pays qui protège la dignité de chaque citoyen se protège lui-même.

Le Mali est notre héritage commun. Il est notre devoir, notre responsabilité et notre honneur de le défendre sans haine, mais avec fermeté ; sans peur, mais avec lucidité ; sans mensonge, mais avec courage.

Et c’est ensemble  unis, dignes et résolus que nous construirons un Mali où chaque enfant, chaque femme, chaque homme pourra vivre libre, en paix, et respecté dans sa pleine humanité.

Boubacar Demba N’Djim

Militant des droits humains.

● Réflexion ~ Contribution | Pour un rééquilibrage du Fiqh dans l’Etat islamique moderne | Par Mme Aissata Ahmedou Tidjane Bal

Certains ont comparé l’ordre et la discipline urbaine de certaines villes asiatiques à l’application d’une logique d’inspiration coranique : celle d’une rationalité ordonnée, d’une harmonie collective née du respect de principes supérieurs. Mais cette référence, souvent réappropriée à des fins politiques ou culturelles, témoigne d’un paradoxe : l’Islam, religion de raison et de justice, semble parfois absent des réalités sociales et politiques de ceux qui s’en réclament.

C’est pourtant sur des préceptes d’ordre, d’équité et de dignité que s’est fondée la Révolution torodo au Fouta-Toro, où Ceerno Souleymane Baal chercha à ériger une société islamique équilibrée  une cité où chaque caste tirait sa dignité du travail, où la femme était respectée comme gardienne du lien social, et où l’esclavage fut combattu comme une offense à la justice divine. Ceerno, fidèle à l’école malikite, sut unir la lecture littérale du Coran à l’exigence rationnelle. Il démontra que la fidélité à la Révélation n’exclut pas la lucidité politique, et que la spiritualité, loin d’être un refuge, est un acte d’ordre et de construction.

Le premier verset révélé au Prophète  » Lis ! » (Iqra’)  n’est pas une simple injonction littérale. C’est une ordonnance ontologique : un appel à la connaissance, à la quête de sens, à la compréhension du monde comme condition humaine. Lire, c’est déchiffrer le visible et l’invisible, c’est participer à l’acte divin de compréhension. La tradition islamique a toujours lié la foi à la connaissance (ʿilm), et la connaissance à la dignité. Le Coran évoque d’ailleurs la création du calame et de la tablette, symboles de la mémoire et de la pensée. Le musulman est ainsi appelé non seulement à croire, mais à penser le juste, à aimer la vérité et à agir selon la raison éclairée par la foi.

Dès lors, que signifie le silence des juristes religieux lorsque l’ordre public est bafoué, que l’égalité sociale s’effondre, que la corruption dévore les institutions ? Que signifie ce mutisme quand les prêches ne sont plus entendues, ou quand elles sont écoutées pour être aussitôt oubliées ? Ce silence devient plus qu’un désengagement spirituel : il est la marque d’une démission morale. Est-ce le signe d’une foi de façade, d’une passivité devant le chaos, ou le produit d’une éducation religieuse biaisée qui a détaché la foi de la cité, la conscience du politique, la prière de la justice ?

Car lorsque les savants se taisent, le vide qu’ils laissent est aussitôt comblé. Ce silence des fuqahāʾ ouvre un espace que d’autres s’empressent d’occuper : des activistes, sincères parfois, mais souvent emportés par la colère plus que guidés par la connaissance. Ils se croient porteurs d’un langage de vérité, mais leurs voix, nourries d’indignation plutôt que de science, finissent par déformer ce qu’ils prétendent défendre. Ils brandissent la justice sans en comprendre la mesure, s’érigent en juges sans la rigueur du droit, parlent au nom du peuple sans la sagesse de la loi. Ainsi, le déséquilibre s’installe : la parole du savant, qui aurait pu apaiser, structurer et élever, est remplacée par le cri du militant qui divise, blesse et consume. Et lorsque la colère tient lieu de pensée, la justice elle-même devient aveugle.

Dans des États qui se proclament islamiques, ce silence n’est pas seulement religieux : il devient institutionnel, étatique, moral. Les conseils religieux, souvent intégrés aux appareils du pouvoir, préfèrent l’obéissance à la vérité, oubliant que la mission du savant est d’être miroir du juste, non paravent du prince. Ce silence, c’est celui d’une conscience qui abdique. Et cette abdication ouvre la voie à la confusion : entre foi et idéologie, entre engagement et agitation, entre l’appel au bien et la soif de visibilité.

Pourtant, le fiqh originel n’a jamais été un droit du silence. Il était une pensée dynamique, ouverte sur la raison et sur le changement des temps. Les juristes malikites rappelaient que le changement des coutumes entraîne le changement des jugements : la loi ne se fige pas, elle s’adapte pour préserver l’équité. L’ordre islamique véritable n’est pas celui d’une immobilité, mais d’un équilibre : celui d’une justice sociale et morale, d’une préservation de la dignité humaine, d’une paix intérieure qui se prolonge dans la cité.

Le mutisme du savant face à l’injustice équivaut à la démission du témoin, car le témoignage du vrai (shahāda) est le prolongement de la foi. Celui qui se tait devant l’oppression participe à son maintien. Le rôle du fiqhi n’est pas de bénir l’ordre établi, mais de rappeler que la cité de Dieu n’est pas celle des puissants, mais celle de la justice.

L’Islam, dès ses origines, a proposé une vision cosmique du monde. Le Coran évoque les étoiles, les galaxies, l’expansion du ciel  bien avant que la science moderne n’en formule les lois. Cette ouverture au cosmos traduit une conception unifiée du savoir : l’homme, en connaissant, participe à l’ordre divin. Aujourd’hui, cette dimension rationnelle et contemplative s’est dissoute dans une pratique fragmentaire où la religion devient un refuge identitaire plutôt qu’un projet de civilisation. Beaucoup cherchent dans l’islam un apaisement spirituel sans y puiser une éthique du monde.

Mais la véritable foi, celle qu’incarnait Ceerno Souleymane Bal, consiste à faire régner la justice dans la cité. Refuser la justice, c’est trahir la volonté divine. Le fiqhi qui se tait face à l’oppression ne manque pas seulement à sa mission : il rompt le pacte du savoir et du juste. Et c’est alors la raison  ce don premier de Dieu qui s’éteint dans le vacarme du monde.

Dans les États islamiques contemporains, où les textes juridiques mêlent droit moderne et droit religieux, le fiqh pourrait redevenir une source d’équilibre et d’inspiration. À travers une lecture rationnelle du Coran et une compréhension renouvelée de ses finalités, il peut aider les magistrats à replacer le souci du juste au cœur de leur fonction. Car juger, dans la perspective islamique, n’est pas seulement appliquer la loi : c’est rechercher la vérité avec équité, préserver la dignité humaine et restaurer la balance morale du monde. En réconciliant la rigueur du droit avec la lumière de la raison coranique, le fiqhi peut encore inspirer des textes plus justes, des décisions plus équilibrées et une justice plus conforme à la noblesse de l’esprit islamique.

La Mauritanie par exemple alliant droit islamique et moderne dans ses cadres normatifs aurait pu être un bastion de la pensée rationnelle islamique, le lieu d’un rééquilibrage inspiré par le fiqh, aussi bien dans son paysage législatif que dans l’action des acteurs sociaux et politiques. Son histoire ne manque pourtant pas d’exemples où la rigueur religieuse s’alliait à la justice politique : l’héritage de l’empire du Ghana, l’expérience réformatrice du Fouta, ou encore Chinguetti, temple du savoir et carrefour des sciences religieuses. En renouant avec cette tradition, la Mauritanie aurait pu rappeler au monde musulman le socle vivant de la science juridique islamique  une science qui ordonne la cité, éclaire la raison et élève la justice.

Ainsi, dans le cadre républicain mauritanien, il serait possible de concevoir un projet institutionnel qui réconcilie la foi et la raison autour d’un même horizon éthique : celui de la justice, du savoir et de la dignité. L’éducation nationale, pierre angulaire de la conscience civique, devrait devenir l’espace privilégié où se tisse ce dialogue entre la science et la Révélation. Non pas pour confondre les domaines, mais pour leur restituer leur complémentarité : la foi, comme source de valeurs et d’équilibre moral ; la raison, comme instrument d’exploration du monde et de progrès collectif. Un tel plan pourrait intégrer, dans les curricula, une pédagogie de la justice sociale inspirée des principes coraniques d’équité et de solidarité, tout en renforçant la formation scientifique et cosmologique comme acte spirituel de connaissance. Il s’agirait aussi de développer des programmes de prévention intellectuelle contre les idéologies extrémistes, en opposant à la radicalité la rigueur du fiqh, à la haine la lumière de la connaissance, et à la confusion des discours la clarté d’une raison éclairée par la foi.

Mais au-delà de l’éducation, la pensée islamique elle-même doit être reconstruite, non dans une rupture avec la tradition, mais dans une fidélité intelligente à son esprit de raison et de justice. L’ijtihād effort d’interprétation et la maṣlaḥa recherche du bien commun doivent redevenir les instruments centraux d’une pensée islamique vivante, capable de dialoguer avec les réalités sociales contemporaines. Ces mécanismes, loin d’être figés, peuvent nourrir un projet de réunification nationale, en fondant la cohésion non sur l’ethnie ou la région, mais sur la dignité partagée de l’être humain, créé libre et responsable. L’‘adl (justice), l’ukhuwwa (fraternité) et la karāma (dignité) pourraient ainsi devenir les piliers d’un civisme spirituel, où la foi ne s’oppose pas à la citoyenneté, mais en élève le sens moral.

La Mauritanie, forte de sa diversité culturelle et de son expérience dans la lutte contre le terrorisme, pourrait devenir un laboratoire de ce renouveau islamique. Sa stabilité relative, son enracinement dans la tradition malikite et son héritage intellectuel issu de Chinguetti lui offrent les conditions d’une réconciliation entre religion, raison et République. En transformant la lutte contre le radicalisme en un combat intellectuel et moral pour une pensée éclairée, une justice sociale authentique et une pédagogie du respect , elle pourrait montrer qu’un État musulman moderne n’est pas celui qui impose, mais celui qui élève. La Mauritanie, fidèle à sa vocation spirituelle et politique, pourrait rappeler au monde que la véritable force d’une nation ne réside pas dans la domination, mais dans la construction d’une dignité partagée, où la foi inspire le civisme et la civilité devient un prolongement de la spiritualité.

Dans les Républiques Islamiques comme dans tous les États, traversés par le tumulte de la désinformation, l’indignation sélective et la confusion des repères, il faut des voix qui rappellent que la parole de Dieu doit rester audible : une parole de justice, de connaissance et d’équilibre, capable de réguler le désordre du monde et de rétablir la mesure du vrai.

Aissata Ahmedou Tidjane Bal, Juriste en droit Public.

©️ lien médias https://kassataya.com/pour-un-reequilibrage-du-fiqh-dans-letat-islamique-moderne/?fbclid=Iwb21leAOFa3ljbGNrA4Vrc2V4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAhjYWxsc2l0ZQIyNQABHtVDFUhVvD84ozYtVBAejoNgPfkQWIurZPCeNlqLUSvAl7ymwxRrsdEGbuzs_aem_8sATkrFjiGyFs8qGqfiFmA

● Éditorial de La Nouvelle Expression: L’axiome mathématique du Président Ghazouani | Par Camara Seydi Moussa

Nos propos ne s’attarderont ni sur la visite présidentielle à l’Est du pays, ni sur le rapport de la Cour des Comptes, mais sur une phrase – apparemment anodine – prononcée par le Président Mohamed Ould Ghazouani : « La Mauritanie est un petit pays ».

Cette phrase, qui a surpris plus d’un Africain, résonne pourtant comme un axiome mathématique – une vérité posée sans démonstration, mais énoncée avec la tranquillité de l’évidence. Un axiome qui, derrière son apparente modestie, cache un diagnostic implacable: celui d’un État réduit à sa plus simple expression, trahi par ceux qui l’ont façonné. Une vérité qui dépasse son auteur et qui trouve écho dans les propos tenus par le Président lors de son périple à l’Est, révélant ainsi les failles profondes d’un système qui peine à se réformer.
En qualifiant la Mauritanie de ‘petit pays’, le Président voulait probablement évoquer sa superficie, sa population ou ses ressources limitées. Mais les mots ont parfois une vie propre et révèlent des vérités inattendues. Car, oui, la Mauritanie est un petit pays, non pas en raison de sa taille ou de ses ressources, mais à cause de la petitesse de ses ambitions, de la médiocrité de ses pratiques politiques et de la fragilité de ses institutions.

Un pays est petit quand la tribu y pèse plus que l’État. Quand le mensonge devient une méthode de gouvernance. Quand la promotion se fonde sur l’appartenance et non sur le mérite. Quand l’élite confond patriotisme et privilèges. Quand les mêmes visages – depuis Maouiya – continuent à décider pour tous.
Un pays est petit :
– Quand ses dirigeants se soignent à l’étranger tandis que ses hôpitaux meurent.
– Quand leurs enfants étudient ailleurs pendant que l’école publique s’effondre.
– Quand les intellectuels sincères sont marginalisés et les médiocres décorés.
– Quand les institutions sont faibles et les hommes forts.
– Quand l’opposition passe plus de temps à se battre contre elle-même qu’à proposer une alternative.
Ce sont là les symptômes d’une petitesse nationale. Mais aussi les attributs d’un petit pays. Et surtout, un pays est petit lorsque son peuple se résigne à être gouverné ainsi.

Depuis sa naissance, la Mauritanie s’interroge sur son identité: arabe, africaine, berbère, négro-mauritanienne ? Mais pendant que nous débattons de ce que nous sommes, nous oublions ce que nous valons.
Nos ancêtres ont bâti des empires, des émirats, des almaamiyya fondés sur l’honneur, la justice, la bravoure et la science. Leurs héritiers, eux, ont érigé la triche, le népotisme et la cupidité en valeurs d’État.

Depuis sa création, le pays s’est enlisé dans une querelle identitaire stérile, préférant renier son authenticité plutôt que d’assumer les vérités que l’histoire et l’archéologie pourraient reveler. Notre élite s’abreuve de récits importés et de copies douteuses, reniant la Mauritanie des empires, des savants et des bâtisseurs. C’est ainsi que nous sommes devenus petits dans un petit pays.

Le Président avait raison, d’une certaine manière: la Mauritanie est un petit pays. Sinon, comment expliquer – comme je l’ecrivais un peu plus haut – la présence de ces hommes et femmes qui, depuis plus de quarante ans (de Maouiya à aujourd’hui), continuent à gouverner, à s’accommoder de toutes les situations comme des danseurs s’ajustant aux rythmes du tam-tam ? Ils décident pour nous de tout : de l’école, de la santé, de la gouvernance. Et pourtant, ils ne se soignent pas ici et leurs enfants n’apprennent pas dans nos écoles. Voilà pourquoi nous sommes un petit pays: sans logique programmatique, sans vision de développement, prisonniers d’une classe dirigeante dont la seule constante est la préservation de ses intérêts. Le cercle vicieux du pouvoir.

Nous sommes un petit pays parce que nous avons perdu la mémoire politique et la culture de la dignité. Souvenons-nous : les proches de l’actuel Président voulaient un troisième mandat pour son prédécesseur, Ould Abdel Aziz, au nom de son « irremplaçabilité ». Ils l’ont fait pour Maouiya, pour feu Ely, pour feu Sidi Ould Cheikh Abdallahi… et ils le feront encore pour Ghazouani, tout en préparant déjà leurs discours de soutien pour le prochain. Voilà pourquoi nous sommes un petit pays.

Le résultat est clair : Un pays riche par la nature, mais pauvre par la culture de ses élites. Quand un peuple se laisse gouverner par des criminels en col blanc, quand il accepte la corruption comme une fatalité, quand il célèbre les voleurs plutôt que les bâtisseurs, il devient le miroir de sa propre décadence. Le miroir de sa petitesse. Le résultat d’une équation morale.

Ce que Ghazouani a dit, sans le vouloir peut-être, c’est que la Mauritanie est devenue le reflet exact de ceux qui la dirigent – et de ceux qui les tolèrent. Et tant que cette équation ne changera pas, le résultat restera le même:
Petit pays = petits hommes = petites ambitions.

Oui, Monsieur le Président, vous avez raison: la Mauritanie est un petit pays. Mais elle ne l’est pas par nature – elle l’est par choix, par renoncement, par résignation. Elle le restera tant que les Mauritaniens ne décideront pas de redevenir grands: non par les discours, mais par la dignité, le travail, la justice et la mémoire. Une vérité douloureuse, mais necessaire.

Car ce pays, jadis grand par ses empires, est devenu petit par ses comportements – ceux d’un État profond qui a pris en otage la République. Et le premier pas vers la grandeur est peut-être, paradoxalement, d’avoir enfin reconnu notre petitesse – et que ce constat vienne du plus haut sommet de l’État.

La vérité de cet axiome, c’est que nous sommes aujourd’hui perdus, désorientés, abandonnés. Mais si nous savons nommer notre petitesse, alors peut-être, enfin, pourrons-nous redevenir grands.

Camara Seydi Moussa

©️ lien médias http://nouvelleexpression.org/suite-info.php?var=2224&fbclid=Iwb21leAOFM6djbGNrA4UzBmV4dG4DYWVtAjExAHNydGMGYXBwX2lkDDM1MDY4NTUzMTcyOAhjYWxsc2l0ZQIyNQABHhGntcSv-0VJQdJipYB0POqohtGv6teiLLOnudGIe_FNRsiEqlrk0CNYqLJH_aem_ehx8MPkmXR33shKbWd-1-w

● Contribution | Ce que nos régimes coutumiers distillent de « darwinisme social »..! Par KS

Au cours de la lecture de l’ouvrage « Le Contrat racial » du philosophe Charles W. Mills, des passages d’une belle critique faite de certaines références philosophiques de la substance épistémique du monde encarté occidental, ont suscité intimement une stimulante curiosité en moi. Ici notre note de lecture https://ecrit-ose.blog/2023/07/11/%e2%97%8f-note-de-lecture-dun-ouvrage-marquant-le-contrat-racial-de-charles-wade-mills/.
Notamment certaines notions qui appuient une sophistication « savante » d’un nombre de préjugements qui font source déterministe, essentialiste et fataliste de sciences sociales et politiques. Ce qui a donné corps et (donne corps) à un postulat racialiste d’un certain rationnalisme laissant comprendre que les Hommes (comprendre les races selon cet entendement) ne pourraient pas se valoir par leurs actes (vertueux ou pas) parce qu’une élection naturelle (d’ordre divin) les ségrégue et assigne fatalement par l’essence d’une supposée grâce fatidique. Ainsi, de cette donnée apprise par mon approche de passable « apprenti philosophe » free-lanceur, j’y ai articulé un concept entendu régulièrement dans les interventions médiatiques et conférences (principalement sur YouTube) de l’historien français Johann Chapoutot, le darwinisme social. M. Chapoutot qui est écrivain et historien du nazisme, disséque avec beaucoup d’entrain les univers mentaux du terreau sociologique, idéologique et politique du monde occidental qui a vu poindre le sinistre phénomène nazi. Il laisse entendre que le darwinisme social couvait et occupait l’arrière-fond socio-politique et religieux d’un certain ordre civilisationnel en fonctionnant sous une certaine binarité comme suit : le Centre-essence dans l’histoire (l’entité blanche occidentale) et les marges-relégués dans l’histoire (autres peuples biologiquement d’ailleurs). Le nazisme hilterien s’était aligné horriblement avec un zèle particulièrement violent et totalitaire en s’inspirant ou en profitant des circonstances et des facilités structurelles au sein de l’environnement sociologique germanique. Un darwinisme social racialisé et militarisé « brun » pour épurer l’espace biotope germain et imposer un suprémacisme ethno-racial aux marges non germaniques qui doivent subir écrasements et dévastations multiformes.
Donc… le darwinisme social porte intrinsèquement les germes d’un suprémacisme identitaire par lequel une sorte de divinité-peuple ethnique qui s’accorderait une élection naturelle pour dominer les autres peuples qui seraient inférieurs par fatalité de nature. Au temps de l’Afrique du Sud sous l’apartheid, les pontes religieux parmi le monde Afrikaner étaient gavés idéologiquement en la matière pour « moralisée » les comportements sociaux et politiques du système foncièrement racialiste, raciste et suprémaciste.

L’engagement contestataire comme répondant mené par l’archevêque sud-africain Destmond Tutu donne un aspect de compréhension, lire https://ecrit-ose.blog/2022/01/05/%e2%9c%93-islam-et-legalite-le-monde-musulman-ou-du-moins-afro-musulman-a-besoin-dun-desmond-tutu/

Le darwinisme, la définition du Larousse nous renseigne : « Théorie de Darwin d’après laquelle les espèces évoluent selon les lois de la sélection naturelle. »

Et de ce qui peut exister d’un semblable darwinisme social dans certains de nos enclos communautaires et ethno-raciaux en Afrique  :

« Darwinisme social » comme ideologie d’où végéte un certain suprémacisme ethno-racial, a ses versions grises très actives dans beaucoup de nos communautés africaines. Le droit du sang et l’intégrisme communautaire en constituent une substance de nature. Merci encore à l’histoirien Johann Chapoutot pour ses réflexions pertinemment énoncées à propos de cette matrice historique du phénomène nazi, en l’écoutant attentivement écho et parallélisme nous bipent sans cesse…

Écho et Parallélisme par un certain essentialisme identitaire qu’on retrouve dans les idéologies sociales intra-communautaires et transcommunauraires. Le système de castes en est une certaine illustration de ce darwinisme social gris. La caste dans l’ensemble communautaire devient un sceau identitaire d’essence dans le temps et dans l’espace. Un certain ordre endogamique assurant la continuité, l’individu est né « étant » assigné socialement donc tout projet de « devenant » est lié et circonscrit à cet étant dans son couloir collectif (sa caste). C’est un schéma d’une hermétique prédestination qui constitue l’arrière-fond philosophique de l’affaire. On dira que le destin se serait chargé naturellement du tirage au sort entre les assiettes identitaires et le sang (la biologie du coup) fait le statut et le rang en toute fatalité. Cette dernière fait substance à ce darwinisme social gris sous l’ordre d’un intégrisme communautaire qui peut se manifester par un narratif apologétique d’un noyau  « identité originelle » adossée à une sorte de divinité ethnique. La sélection naturelle est du fait de la croyance à ce dogme peu avouable nominalement consacré à cette divinité ethnique qu’on peut qualifier de divinité-peuple.
Une culture d’un fatalisme écrasant qui ne supporte que difficilement tout mouvement de changement structurel. Les inégalités sociales et politiques internes, il faut les accepter et les faire accepter parce que l’assiette sociale qui détient la suprématie s’érige comme l’incarnation absolue de la lieutenanance de la divinité ethnique ou la divinité-peuple. Les subordonnés statutaires se doivent une acceptation que le sort leur fut défavorable une fois pour toutes et leurs éventuelles volontés d’agir pour un changement de condition ou de statut seraient accusées de blasphèmatoires à l’encontre de l’ordre divin ethno-racial. Par exemple en Mauritanie : un esprit suprémaciste et féodalo-esclavagiste qu’il soit arabo-berbère, soninké ou poular verrait toujours de « l’extrémisme » et de la « haine » chez les « cadets sociaux » qui osent réclamer effectivement l’égalité sociale et politique au sein de leurs communautés respectives. C’est gravissime… on ne met pas en cause la sélection naturelle d’une élection socialement validée par la divinité ethnique.

Ainsi, on comprendrait peu de choses de sourds fascismes gris intra-communautaires et intercommunautaires dans nos espaces et l’aversion qu’ils peuvent déployer à l’endroit de toute idée d’égale dignité (concernant les avoirs matériels et immatériels et les symboles), si on ne s’autorise pas une mise en perspective centrée sur ce versant du darwinisme social.

13 novembre 2025

KS pour le BLOG