
“Lorsque vous avez l’occasion de vous exprimer, dites du bien de votre pays !”
Cette phrase de l’ancien président Américain, Jimmy Carter, sied bien à la situation actuelle entre le Mali et l’Algérie. La récente brouille diplomatique fait suite à l’affaire du drone malien abattu par l’Algérie. Dans cet article, nous revenons sur l’origine de cette tension diplomatique ; la communication interposée des gouvernements maliens et algériens ; la réplique de l’Alliance des Etats du Sahel et enfin un plaidoyer pour la défense de la patrie.
• De la dénonciation des accords d’Alger à la brouille diplomatique
Depuis son indépendance en 1960, le Mali a été secoué par plusieurs rébellions qui menacent sa stabilité politique et institutionnelle. Toutes ces rébellions sont issues du septentrion malien, faisant frontière avec l’Algérie. Ainsi, ce pays a toujours été impliqué dans la recherche des solutions face à ces crises. Pour preuve, le dernier accord entre le gouvernement du Mali et les groupes armés a été négocié sur le sol algérein en 2015. Cependant, peut-on être la solution d’un problème dont on est au moins en partie la source? Absolument pas ! C’est le cas de l’Algérie. En effet, il n’est un secret pour personne que ce pays n’a jamais joué franc jeu avec le Mali. Comment comprendre que les chefs terroristes et rebelles qui sèment la terreur au Mali trouvent toujours refuge sur le sol algérien? Quelle hypocrisie !
Après la reprise de la Ville de Kidal par l’armée malienne en novembre 2023, le gouvernement de transition a opté pour un changement de paradigme tant sur le plan sémantique que diplomatique. En effet, les anciens rebelles de la Coordination des Mouvements de l’AZAWAD (CMA) ont été requalifiés en “terroristes”. Ainsi, le président de la transition, le Général Assimi Goita, dénonce l’accord de paix et de réconciliation issu du processus d’Alger. Dans la foulée, le Dialogue inter-Maliens est initié et se tiendra en avril et mai 2024. Dès lors, l’Algérie semble perdre la main dans un dossier dont elle pensait avoir le monopole. La question que l’on se pose est la suivante : peut-on objectivement s’opposer qu’un pays puisse s’approprier la gestion d’une crise interne? De quoi l’Algérie se mêle finalement? Cet état de fait conduit à une escalade diplomatique. L’épilogue de ces tensions intervient avec l’attaque du drone malien par l’Algérie début avril 2025.
• La communication interposée des gouvernements malien et algérien
Après l’attaque du drone malien à la frontière avec l’Algérie, le gouvernement algérien a été le premier à communiquer, affirmant que le drone était entré sur son territoire. On pouvait dès lors croire à une légitime défense. Il a fallu quelques jours, le temps de mener des enquêtes approfondies, pour que le gouvernement malien affirme que l’Algérie a bel et bien abattu le drone mais avec un détail important : sur le sol malien! En effet, coordonnées géographiques à l’appuie, le gouvernement de transition au Mali a démontré que le drone se trouvait à près d’une dizaine de kilomètres à la frontière de l’Algérie. Autre constat qui soutient cette thèse, l’épave du drone a été retrouvée sur le territoire malien. Il apparaît dès lors que ce pays voisin, ou pour ainsi dire cette voisine hypocrite, a délibérément abattu le drone
• La réplique de l’AES
La réplique du Mali et plus globalement des pays de l’AES ne s’est pas faite attendre. En effet, dans un communiqué conjoint, le Mali, le Burkina et le Niger rappellent leurs ambassadeurs pour consultations. Et l’ambassadeur d’Algérie à Bamako sera convoqué au ministère des affaires étrangères. C’était là une application concrète de l’article 6 de la charte du Liptako-Gourma qui stipule que toute attaque contre un pays membre est considérée comme une attaque contre l’ensemble des pays. Aussi, faut-il rappeler que les territoires des trois pays sont désormais considérés comme un seul théâtre d’opérations. Si l’Algérie voulait tester la solidarité des pays de l’AES, elle a sa réponse. Au-delà du niveau institutionnel, les populations ne sont pas restées en marge de cette affaire.
• Plaidoyer pour la défense de la patrie
Lorsque la Nation fait face à l’adversité venue de l’extérieur, il convient que chacun se range derrière le drapeau national, pas nécessairement derrière les autorités. Il faut dire que la quasi-totalité des partis politiques et des organisations de la société civile ont condamné cet acte d’agression contre notre pays. Néanmoins, nous sommes peinés de constater que certaines personnalités politiques et publiques participent à la cabale médiatique de l’Algérie contre le Mali, oubliant ainsi le principe même de l’action politique hélas…
Retrouvons-nous autour de l’essentiel, le Mali. C’est le seul combat qui vaille!
Brehima SIDIBE, Doctorant à CY Cergy Paris Université










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