Mauritanie/Politique : 《À propos de rumeurs》 par Boydiel Houmeid

A propos de rumeurs

Beaucoup de personnes m’ont contacté pour me demander, de bonne foi, ce qu’il en est des rumeurs faisant état de mon éviction du poste de 1er vice-président de l’Assemblée nationale. Certains prétendent que je suis sorti fâché du bureau du président de l’UPR, parce que le président Ghazwani a donné instruction pour qu’on m’enlève de la vice-présidence de l’Assemblée.
Je rappelle que le bureau de l’Assemblée nationale, à l’exception du président, est renouvelable annuellement, conformément aux textes. En plus, l’UPR a pris la décision de changer cette année tout son quota, qui comprend les vices-pŕésidents, les présidents de commissions, le groupe parlementaire, les secrétaires, etc. Ce n’est pas la première fois que cela se passe ainsi, mais cette fois-ci cela a suscité des débats et des rumeurs dans une certaine presse et dans certains milieux politiques.
D’abord, je signale aux personnes qui ont évoqué cette question, visiblement avec de mauvaises intentions, que le dîner organisé par l’UPR n’est pas habilité à relever le vice-président, seule la plénière prévue pour lundi prochain a le pouvoir de changer les structures élues de l’Assemblée nationale.
En outre, depuis la dernière réunion du Comité provisoire de l’UPR dont je suis membre, je ne suis jamais venu au siège du parti, pas plus que je ne suis passé au bureau du président. La raison toute simple en est que je ne suis revenu du village que ce mardi. Le même jour, je fus reçu par le président Ghazwani avec qui j’ai discuté librement de toutes les problèmes nationaux, y compris bien sûr celui du bureau de l’Assemblée nationale. L’accord a été parfait sur toutes les questions abordées.
Je rappelle aux pêcheurs en eau trouble que Boydiel n’a jamais demandé une quelconque fonction, qu’il est élu député et maire de N’Diago. Çà les envieux n’y peuvent rien. Je serai plus libre à partir du lundi et j’aurai alors toute latitude pour parler de la situation politique et donner mon opinion sur tout ce qui se passe, n’étant plus ligoté par l’obligation de réserve et les responsabilités que m’avaient confiées mes collègues de l’Assemblée, Majorité et Opposition confondues.
En conclusion, Boydiel ould Houmeid reste député et maire, président du Comité du bassin du fleuve. La vice- présidence m’a été confiée sans que je ne la demande ; je crois avoir fait de mon mieux pour assurer la continuité quand le président était malade ou empêché. En tant que démocrate, j’accepte avec plaisir le principe de l’alternance, même si chez nous celle-ci se fait annuellement, alors qu’ailleurs elle est quinquennale ou décennale.
J’informe par la même occasion la TV du Sahel, qui demande depuis un mois à avoir un entretien avec moi, qu’à partir du lundi soir je serai à leur disposition pour une émission qui ne dépasse pas une heure de temps.

©️Crédit source : Post Facebook de l’auteur (Du 18/10/19)

Mauritanie/Politique : (Tentative d’implosion de la CVE) par RMI-INFO

💼 Tentative d’implosion de la CVE 🐄

Des activistes relaient largement des enregistrements vocaux sur les réseaux sociaux dans lesquels le président du parti l’Arc-en-Ciel, Ba Mamadou Soma dit BALAS et Dia Mocktar Malal tentent de provoquer l’implosion la Coalition du Vivre Ensemble (CVE). Les deux personnalités politiques s’engagent dans une discussion où ils étalent leur stratégie d’infiltration de la CVE et de leur stratégie de barrer la route à certains leaders. Il apparaît également dans leurs échanges que l’objectif est l’instrumentalisation de la CVE afin de se repositionner dans l’échiquier politique. Balas et Mocktar Dia ne ménagent pas Ibrahima Mocktar Sarr, le président de l’Alliance pour la justice et la démocratie (AJD/Mr ) et Samba Thiam du président des Forces Progressistes pour le changement. Selon Dia, il réussi d’infiltrer plusieurs formations politiques notamment le Mouvement pour la Refondation (MPR) présidé Kane Hamidou Baba, le candidat de la CVE à l’élection présidentielle du 22 juin 2019.

Tout au long de cette polémique sur la structuration, RMI publiera toutes les réactions pertinentes à son sujet.

***Publication Rectifiée
📺 RMI-info.com La #Mauritanie 🇲🇷 et ses actualités

©️Crédit source : Post Facebook – Page RMI-INFO (du 18/10/19)

Portrait | Moussa Khairy : Opticien de renom, promoteur sportif et mécène

Horizons – Il a tracé très tôt sa voie et a fini par percer dans le haut de gamme. Il, c’est Moussa Ould Khairy, un opticien mauritanien au parcours atypique et étonnant qui, à force de travail et de sérieux, rivalise aujourd’hui avec les comptoirs optiques étrangers les plus huppés.

Il a réussi, sans nul doute, à s’imposer dans le cercle très serré des opticiens de Nouakchott, un secteur resté longtemps une chasse gardée de l’étranger où, dans l’esprit de la plupart des Mauritaniens, nos compatriotes ne pouvaient être que sages employés subalternes et anonymes.

Pourtant, le pari de patron opticien, toute proportion gardée, Moussa optical dans le jargon du métier- beaucoup de gens confondent le patron et la boite et vice-versa-, l’a incontestablement gagné.

Et pour preuve, son comptoir flamboyant situé sur le tronçon Monotel-Stade olympique où l’on peut trouver des lunettes de tout genre et faire toutes sortes de montages. L’homme est incontestablement ambitieux et a déjà fait du chemin dans l’art comme l’atteste le matériel de pointe qu’il possède.

Dans une pièce contiguë, à l’arrière de sa boutique, il nous a donné les détails les plus précis sur un appareil de prise de mesure numérique multifonctionnel, des appareils électroniques de montage ou d’assemblage semi-finis de lunettes dotés d’une pompe à immersion, des perceuses électroniques, des raineuses pour tracer des sillons, des chaufferettes pour dilater les montures….tout cela pour dire que l’homme est tête d’affiche dans les vitrines optiques de notre capitale.

Professionnel jusqu’au bout des ongles, il opte sans hésiter en matière d’ingénierie et de machinerie pour les Américains, même si ses produits proviennent de France, d’Italie et de Tunisie, un pays dont il admire les performances dans le domaine.

Dans les vitrines de « Moussa Optical » – son établissement – l’offre est au top et transcende le temps et la mode : on peut y voir impeccablement exposées scintillantes, des lunettes de soleil, des lunettes pour hommes et femmes tendance pour ne pas dire à la mode tout comme des classiques. Tout cela est vérifiable dans son site web: http://www.moussaoptical.com. En matière de qualité, son label est irréprochable car il est certifié ISO 9002.

Pourtant, quand il a eu à 19 ans seulement, son premier job de simple technicien formé sur le tas dans un grand comptoir étranger de la place, Moussa ne soupçonnait pas un jour gagner à ce point des galons dans le métier et diriger un jour sa propre société. Mais comme, il le dit « seules la persévérance et la droiture payent »… « J’ai presque grandi dans une vitrine optique qui a été, pour moi, une bonne école ».

Né en 1966 à Aioun El Atrouss, bon père de famille -qui place sa famille au dessus de tout – témoignent ses proches- Moussa qui parait plus jeune que son âge, frappe d’abord par sa modestie et sa facilité à communiquer dans la langue de Molière. De l’avis de beaucoup de gens, c’est un patron opticien d’un commerce facile.

Toutefois derrière son regard timide et fuyant se cache un entrepreneur dynamique impliqué dans beaucoup d’action de mécénat.

Méga sport : une académie de football estampillé moussa

Teint clair, regard jovial, costume impeccable, l’homme semble habitué au rythme trépidant de la vie en France où il a séjourné plusieurs fois, à l’occasion de stages de perfectionnement à l’EFOP (Etudes et Formations en Optique) de Toulon.

Debout tout le temps, il n’a pas encore perdu ses habitudes de manager général de l’entreprise où il s’est façonné et blanchi les harnais: il sait encore séduire et servir ces clients. Ces qualités se sont aussi confirmées en matière de sport : il pilote une équipe d’élite FC Tevragh Zeina, la preuve qui atteste une fois de plus qu’il est un vrai meneur d’homme rompu au maniement et la mise au pas des jeunes.

Ex vice-président de la FEDE (Fédération Nationale de Football), on lui attribue, dans le milieu sportif, une grande contribution dans l’essor qu’a connu, ces derniers temps, notre football national. Il continue à militer pour la promotion du sport en général : dans cette dynamique, il dispose à Nouakchott d’une boutique de prêt-à-porter vendant toute sorte d’équipements de sport, d’une académie de foot et d’hébergement dénommé Méga sport comprenant deux terrains de 1000 m et d’une capacité d’accueil de 47 lits.

Cette académie est un vivier incontestable d’où sont sortis beaucoup de joueurs de l’équipe national et nombre de stars qui évoluent dans des clubs au niveau mondiale et font aujourd’hui la fierté de notre pays.

Parlant de son itinéraire peu commun, il dit : « Aujourd’hui, je suis devenu opticien qualifié et pourtant, ma rencontre avec cet art et ses secrets esthétiques, est une longue histoire. Mais, quoi qu’il en soit, c’est pour avoir osé commencer quelque part que la passion est née chez-moi »…

« C’est aussi à force de ténacité et d’abnégation que j’ai pu tenir, non sans errements, le bon bout du métier ». Mais fort de l’expérience acquise au fil des années, Ould Khairy sentit le besoin de s’éclater en faisant cavalier seul. En décembre 2007, il décida d’être son propre employeur en s’installant pour son compte.

« C’était un peu un saut dans l’inconnu mais je me sentais à la hauteur car je connaissais le métier pour l’avoir pratiqué 22 ans durant ». Et pour mettre sur pied son projet qui ne démarrera effectivement qu’en mars 2008, il dut vendre sa maison et sa voiture et courir le risque de mettre « tous ses œufs » dans un seul panier dénommé « Moussa Optical », une boite où il s’érige aussi lunettier conseil. Mais à cause de sa réputation de compétence et ses qualités en marketing dans le domaine, les commandes ne tardèrent pas à pleuvoir et Moussa put démarrer son projet sur des chapeaux de roue.

Pour lui, tout bon citoyen doit privilégier le consommé local car, même les chancelleries étrangères n’hésitent pas à vendre leur pays là où elles se trouvent. « Nous n’avons pas encore atteint ce niveau mais je vois des prémices… Il faut oser entreprendre ».

Au sujet d’un appui éventuel de l’Etat, il dit n’avoir jamais essayé mais qu’il est du rôle de l’Etat de favoriser l’initiative privée ; tout comme il est du devoir des entreprises de payer leurs impôts et de s’acquitter de toutes leurs obligations vis-à-vis de l’Etat.

Parlant des banques, Moussa qui dit n’avoir jamais bénéficié de leurs services, avertit que tant que les crédits et les découverts ne se feront pas sur des bases objectives, tout prêt équivaudrait à jeter de l’argent par la fenêtre. Moussa aime aussi toujours rappeler que « le capital n’est rien, des hommes compétents créent leur capital ».

Sidi Moustapha Ould BELLAL

©️ Crédit source : repris via cridem.org (du 15/10/2019)

Communiqué de presse : Notre Soutien aux artistes (griots) (Mauritanie) par GANBANAAXU FEDDE

Ces derniers jours, nous avons eu écho d’une polémique abjecte autour de la composante sociale dite griote dans la communauté Beidane en Mauritanie. D’après les renseignements recueillis, c’est suite au décès Mr Siddaty Ould Abbe, un symbole légendaire et historique de la communauté d’artistes (Griots), qu’un discours nauséabond émanant d’un certain milieu religieux s’était distillé. Ainsi un audio attribué à un mystérieux faqih (jurisconsulte) non identifié, vise particulièrement cette communauté de Griots par des propos abjects et racistes tombant sous le coup de la Loi notamment celle portant sur les discriminations 2018 – 023.

– Nos condoléances à toute la communauté nationale et particulièrement à celle des artistes suite au décès de Mr Siddaty.

– Nous tenons à exprimer notre entière solidarité à la communauté des artistes (Griots).

– Nous estimons que les autorités publiques doivent tout faire pour identifier le faqih l’auteur des propos injurieux afin qu’il soit puni selon la loi dans toute sa rigueur.

16/10/2019

©️Pour la communication GANBANAAXU AILE MAURITANIE (Armepes et partenaires)

Langues nationales: 5 arguments pour en finir avec l’idéologie d’Ely Mustapha

Ceci est une note qu’il m’a semblé nécessaire d’écrire à la suite d’une lecture de l’article tout récent du Pr Ely Mustapha à propos de la transcription des langues mauritaniennes non arabes, à savoir le Bambara, le Pulaar, le Soninké et le Wolof. Pour être exact, je préciserais que le Bambara n’a pas été discuté par l’auteur; mais je crois que si inclure cette langue avait traversé l’esprit de ce dernier, elle subirait certainement le même sort que celui infligé à ses sœurs.Je vais tenter de souscrire à la brièveté minimale permise par l’argumentation que je m’apprête à dérouler, et proposer donc au lecteur quelques points à l’intérieur desquels je ne manquerai pas de reprendre et discuter certaines idées véhiculées par l’auteur; dans certains cas je quantifierai la teneur en erreur de celles-ci.
Voici donc des arguments qui montrent, avec le plus de clarté qu’il m’a été possible de donner, combien le contenu de l’article de Ely Mustapha va à l’encontre des faits et combien absurde est son idée de transcrire les dites langues en caractères arabes plutôt que de continuer à utiliser le système latin qui, pour lui, est un échec total.

1– Argument utilitaire:
Tout d’abord, j’ai besoin que Ely Mustapha soit d’accord que les lettres, comme éléments de base d’une langue, existent indépendamment du système alphabétique utilisé pour transcrire cette langue. Ainsi, même si on avait pas d’écriture pour le Français, rien qu’en ralentissant son expression orale en disant « MOUTON », on arrivera à distinguer les syllabes, et enfin à isolé les éléments incassables que sont les lettres. Et pour cela, on n’a pas utiliser une représentation écrite, mais juste une expression orale naturelle. Ce qui justifie bien le caractère indépendant des lettres vis à vis du système alphabétique. Si aujourd’hui le Français adopte un autre système alphabétique, cela ne changerait en rien l’existence de la lettre « A » bien qu’elle sera écrite différemment suivant le goût du nouveau système, tout comme si Ely Mustapha décide de changer de prénom, ce ne sera pas pour autant qu’il en perdra une jambe ou poussera un troisième œil: la nature du professeur ne dépend pas du choix du prénom qu’il porte, il sera d’accord du même rapport d’indépendance chez les langues et leurs transcriptions.
Ayant compris ce fait, la question devient donc quelle transcription pour telle langue. Prenons le cas du Pulaar; une langue que je connais bien (je crois qu’un bon connaisseur des autres langues visées pourra faire une même analyse). Le Pulaar compte 31 sons primordiaux correspondant à l’idée qu’on a construite de la lettre. Si on veut voir, du point de vue utilitaire, lequel des systèmes arabe ou latin est plus indiqué pour servir de base à sa transcription, la meilleure façon de le faire est de déterminer la masse des lettres Pulaar dont les sons sont déjà représentés dans chacun des systèmes choisi. Dans l’alphabet latin de base, on trouve 22 sons fondamentaux du Pulaar (lettres) (a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, r, s, t, u, w, y). Cela fait 70.97% des lettres du Pulaar. Dans l’alphabet arabe, on en trouve 16 (a, b, t, j, h, d, r, s, dh, f, k, l, m, n, w, y); ce qui fait 51.61% des sons fondamentaux du Pulaar. Rien qu’à ce niveau, l’intérêt du Pulaar est assez clair: de l’arabe et du latin, le choix est vite fait.
Mais revenons un peu à l’analyse, car ce n’est pas tout! Imaginez un instant une langue qu’on va appeler A ayant juste 5 lettres (ou sons fondamentaux) et les partagent toutes avec avec le Pulaar, et une autre appelée B ayant 25 lettres mais en partagent seulement 5 avec le Pulaar. Laquelle des deux partage le plus avec le Pulaar? Certains pourront imaginer qu’elles sont à égalité vis à vis du Pulaar, mais il n’en est pas ainsi. En effet, c’est la langue A, bien que partageant le même nombre de lettres avec le Pulaar que la B, qui partage le plus! On s’en rend compte quand on se met former des mots dans les deux langues A et B. Dans A, on aura que des mots dont le son est Pulaar-compatible, et ce par la constitution au niveau fondamental de A, tandis que dans B les 5 lettres partagées ont toutes les chances d’être diluées dans les 20 autres, et donc la formation des mots tendra à affaiblir le rapport initial entre B et Pulaar. Ce qui fait que dans la comparaison, ce ne sera pas seulement les quantités partagées qui doivent intervenir mais aussi les masses initiales des langues de comparaison doivent entrer en jeu, tel que expliqué ci-dessus. En concret, il faut un coefficient qui modélise cela, et il n’y a pas mieux que le rapport entre ces deux masses initiales pour former ce coefficient. Ainsi, vu que les lettres arabes sont au nombre de 28 et celles latines au nombre de 26, pour mettre l’équité dans l’étude il faut multiplier la ‘parenté’ Pulaar-Latin par 28/26 (environ 1.0769) et obtenir un taux de 76.429% pour Pulaar-Latin contre les 51.61% pour Pulaar-Arabe. Donc, environ 25% de différence effective en faveur du Latin. Ceci est évidemment appelé à s’amplifier dans la formation des mots.

2– Argument pragmatique:
La diaspora issue des communautés locutrices des langues visées par Mustapha est plus nombreuse dans des pays utilisateurs du système latin (Pays francophones ou anglophones africains, France, Angleterre, Espagne, Italie, USA, Belgique, Canada) pour des raisons qu’on sait tous. Leurs descendants utilisent ce système. Donc il sera beaucoup plus simple pour eux d’aller à la recherche des 23.6% restants, en lisant Pulaar en lettres latines, que le contexte leur fournit souvent gratuitement. Tandis que le peu d’enfants de la diaspora des dites communautés présente dans les pays utilisateurs du système arabe, quand bien même auront la maîtrise de l’arabe, auront bien du mal à combler les 48.4% manquantes, trop importantes pour que le contexte suffise à les leurs suggérer. Et de toute façon, ceux-ci sont minoritaires et risquent bien de savoir déjà s’exprimer en Français pour des raisons que l’on connait.
Ensuite, être transcrite en caractères latins, pour une langue, c’est tisser une parenté avec les langues les plus puissantes du monde telles que l’Anglais, l’Espagnol, le Français etc… et partager 76% de ses fondements avec celles-ci est un avantage dans leur apprentissage, et pour rien une langue telle que le Pulaar (et ses sœurs visées) ne renoncera à une telle position. Elle va plutôt l’exploiter jusqu’à la dernière graine d’énergie.

3– Argument culturel:
Contrairement à ce que prétend Ely Mustapha, le système latin n’a pas été un échec, au contraire! Il faut tout ignorer du processus de la transcription de ces langues et l’histoire des combats culturels menés, pour tenir ces propos. La littérature en Pulaar s’est beaucoup développée dans cette transcription. Une production de qualité s’est mise en place, les éditions Binndi e Jande, les éditions ARED, les éditions Papyrus Afrique sont des exemples de plateformes qui ont servi de trait d’union entre les écrivains et penseurs comme Yero Doro Diallo, Murtudo Diop, Aboubacry Moussa Lam pour ne citer qu’eux et les locuteurs qui ne se lassent pas de s’abreuver de toute cette production littéraire. Des livres de tout genre, Histoire, art, littérature, Sciences foisonnent aujourd’hui, et dans les coins de rue de Dakar, de Bamako, de Conakry ou de Nouakchott, il suffirait d’ouvrir les yeux pour observer des transactions dont l’objet à troquer est un livre écrit dans une de ces langues. Je ne citerai pas ces mensuelles qui sortent en Pulaar à Nouakchott, ni les nombreuses classes qui utilisent cette transcription pour apprendre et maîtriser ces langues, ni l’entrée depuis deux décennies presque des lettres pulaar (‘extra-latines’) dans le numérique. On peut se procurer des claviers en Pulaar, on peut écrire le Pulaar sur toutes les plateformes numériques.

4– Argument géographique
Il faut savoir que ces langues, en particulier le Pulaar, sont transfrontalières. Elles sont présentes dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest et pour certaines, dans quelques pays de l’Afrique centrale; cohabitant avec d’autres langues. Ces pays peuvent se servir du même argument pour vouloir transcrire les langues présentes sur leurs territoires dans un seul système, cela risque fort de ne pas être le système arabe, alors Pr Ely Mustapha, irez-vous jusqu’à vouloir que le Pulaar soit écrite à la rive gauche du Sénégal différemment qu’à la rive droite? D’ailleurs, proposerez-vous aux maures Sénégalais d’écrire en caractères latins pour les mêmes soucis de standardisation?

5– Argument administratif:
Toute la littérature citée plus haut et qui est disponible dans ces langues, devra donc disparaître ou être traduite (ce qui nous retarderait beaucoup) alors que beaucoup de nouvelles œuvres sont à faire. Ceci n’est pas envisageable.
L’ACALAN (Académie africaine des langues) est une institution de l’OUA qui reconnait et adopte ces caractères.

Dr Mouhamadou Sy
University of Virginia

©️ Crédit source : Post Facebook de l’auteur : https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=403731920551068&id=100027427912973

IRA-Mauritanie au chevet des prisonniers de Lexeiba

IRA Mauritanie – Le 08/10/2019, IRA – Mauritanie a envoyé une délégation à Kaédi pour s’enquérir de la situation des détenus Iraouis et autres, arrêtés arbitrairement depuis la crise postélectorale des dernières élections présidentielles de 2019.Les prisonniers avaient entamé une grève de la faim les 06/07 et 08/ Octobre 2019 après plus de trois mois de détention illégale.

La délégation était composée de :

–Abdullah Abu Diop

– Cheikhani Ould Cheikh

– Samba Diagana

– Cheikh Babi

– Omar Diarra

Elle est arrivée à Kaedi à 11 heures le même jour afin de s’enquérir des conditions de détention des prisonniers qui sont dans leur troisième jour de grève de la faim pour exiger le règlement de leur situation qui entre dans son quatrième mois.Après leur arrivée, la délégation s’est rendue directement au Palais de Justice afin d’obtenir l’autorisation de rendre visite aux détenus.Ensuite elle s’est rendue à la prison civile pour rencontrer les détenus afin de leurs transmettre le message de salutations et soutien du président Biram Dah Abeid, ainsi que celui de tous les militants et militantes de IRA – Mauritanie et leurs manifester leur engagement à les soutenir et rester à leurs côtés et ne jamais les abandonner jusqu’a ce qu’ils recouvrent leur liberté.Par ailleurs, leur état de santé était très fragile, avec une fatigue notoire remarquable sur leurs états physiques. Cet état de fait a entraîné l’évacuation de certains d’entre eux à l’hôpital pour y être pris en charge (Demba kane) ; le deuxième jour de la grève, un autre prisonnier perd ses forces et a été évacué à l’hôpital ( Ismail Amadou).La grève de la faim des détenus de la prison civile de Kaedi constitue un grave danger pour la vie des prisonniers accentuée par l’état déplorable de la prison. La chambre carcérale a dépassé sa capacité d’accueil, trente mètres carrés pour plus de trente à quarante prisonniers, mais surtout aggravée par une forte chaleur.Suite à la détérioration de leur état de santé, au troisième jour de leur grève, le 08/10/2019 ils reçurent la visite du Procureur du tribunal du Gorgol dans l’objectif de les amener à suspendre leur grève de la faim.Des promesses vaines et des mensonges éhontés leurs ont été servi par ce représentant du ministère public, il leur a dit entre autre gros mensonges, que le retard du traitement du dossier est dû au manque de suivi et, à la négligence des avocats qui se disent chargés du dossier et que le 15 octobre 2019 leur dossier sera traité.Ces engagements pris par le Procureur ont conduit les détenus à suspendre leur grève de la faim à partir du 08 octobre 2019.

Liste des détenus :

1/Professeur Ghali Sall

2/ Youssef Abou

3 / Abdelkader Bokoum

4 / Demba Kane

5 / Sidi Ould Ibrahim

6 / Aibeu Ould Mohamed

7/Ismail Amadou Thiaw

8 / Amadou Dia

9 / Abou Modi Dione.

Après la visite des prisonniers, la délégation de IRA – Mauritanie s’est rendue au centre administratif de Lexeiba pour rendre visite aux familles des prisonniers en guise de solidarité avec elles.C’était une agréable surprise mêlée d’un sentiment de tristesse en même temps. Les femmes de deux des détenus avaient donné naissance chacune à une fille il y a de cela seulement quelques jours,( Ghali Sall, Abou Mody Dione ).Le matin du 09/10/2019, la délégation, les militants et militantes de IRA – Mauritanie ont organisé un sit in à Kaedi pour marquer leur solidarité avec les prisonniers détenus d’opinion de Lexeiba.Cette arrestation illégale est fabriquée par les services renseignements, leurs acolytes et leurs indicateurs après les élections frauduleuses qui ont confisqué la volonté populaire.Le sit in a enregistré la participation de la délégation de IRA – Mauritanie mandatée par le Président et député Biram Dah Abied, les membres du bureau de IRA Kaedi, de IRA Lexeiba et les parents des victimes.

Nouakchott le 14 Octobre 2019

La commission de communication

©️ Réseaux IRA-MAURITANIE

Communiqué du réseau  G5 SAHEL Contre l’Esclavage et pour la défense des droits humains


Né en marge du Colloque International sur le thème «Droit et esclavage en Afrique de l’Ouest » tenu à Bamako du 16 au 18 octobre 2017, au Campus Universitaire de Badalabougou-nouveau bloc de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako, le Réseau G5 Sahel anti-esclavage est un mouvement anti-esclavagiste actif dans les 5 pays du Sahel et composé des associations engagées dans la lutte contre l’esclavage dans l’espace sahélien qui abrite malheureusement les derniers bastions d’une pratique abjecte d’un autre âge. De sa création à aujourd’hui le réseau G5 Sahel anti-esclavage a tissé des relations avec des activistes et mouvement abolitionnistes, des chercheurs et organisations progressistes à travers le monde notamment au Sénégal, en Ile Maurice, en France, en Grande Bretagne.
Le raffermissement de ces relations a été concrétisé par l’appel lancé à Niamey, à la communauté internationale en marge du colloque international tenu du 18 au 20 Décembre 2018. A travers une déclaration dit Appel de Niamey, les associations Timidria du Niger, IRA-Mauritanie, TEMEDT du Mali, FESTICHAMS du Burkina Faso, Enfant ARED du Tchad et Gran Lekol Filozofi de l’Ile Maurice après une analyse peu reluisante de la problématique de l’esclavage dans les pays du Sahel ont exigé plus de rigueur de la communauté internationales en prenant des mesures contre ceux de ces pays qui sont inertes dans la lutte contre ce phénomène parmi lesquels la Mauritanie.
Au moment où la communauté internationale semble adopté une telle stratégie comme moyen de pression contre des pays récalcitrants comme la Mauritanie, nous sommes surpris et outrés, qu’en notre nom, un président d’une organisation mauritanienne (Fondation Sahel) s’exprime et sur la base d’une appréciation étriquée de la situation en Mauritanie demande la levée d’une mesure que les autorités américaines avaient prises contre l’Etat mauritanien qui perpétue l’esclavage et la discrimination, protège les esclavagistes et tortionnaires, réprime les abolitionnistes et militants des droits humains.
Nous sommes donc indignés que les efforts que nous avons consentis des décennies durant, avec l’aide des défenseurs de droits humains, dont beaucoup d’ONGs, d’organismes et de gouvernements, soient réduits à un bradage par des personnes prétendant appartenir à nos réseaux.
Aussi tenons-nous à rappeler que la déclaration faite par le responsable de cette association, après une visite au département d’Etat américain le 2 octobre 2019, affirmant l’inefficacité des sanctions par la suppression des privilèges de l’AGOA et sur l’urgence de soutenir le nouveau chef de l’Etat mauritanien par la levée de cette mesure, n’engagent pas les abolitionnistes mauritaniens et leurs collègues des ONGs anti-esclavagistes et des droits humains, au Sahel, en Afrique et de par le monde.
En tout état de cause, cette approche n’ayant pas l’adhésion du réseau G5 Sahel et des défenseurs des droits humains, nous, structures membres du réseau G5 Sahel anti-esclavage :
plaidons pour le maintien de ces sanctions , car c’est grâce à la pression internationale que des avancées significatives ont été notées dans la lutte contre les pratiques d’esclavage et ses séquelles en Mauritanie : la promulgation des lois criminalisant l’esclavage, la mise en place des tribunaux spécialisés dans la poursuite des esclavagistes ainsi que l’institutionnalisation de la journée du 06 Mars de chaque année comme journée nationale de lutte contre l’esclavage sur tout le territoire mauritanien ;
constatons et fustigeons ces dernières années une recrudescence d’un régime féodalo-esclavagiste soninké qui sévit impunément contre les abolitionnistes issus de cette communauté notamment dans une région du Sud Mauritanien, le Guidimagha ;
dénonçons la création et le financement des structures parallèles, favorables au système esclavagiste construit et entretenu par certains gouvernements dans le seul but d’infiltrer certains milieux associatifs et réseau des partenaires en vue de déstabiliser le combat mené par les vrais militants de lutte contre l’esclavage ;
estimons que c’est au nouveau président mauritanien , Mohamed Cheikh Ould GHAZOUANI de mériter la levée des sanctions liées à l’AGOA par une application totale et effective des lois en vigueur en Mauritanie portant sur la lutte contre les pratiques de l’esclavage et ses séquelles ainsi que par la déconstruction et la destruction du racisme domestique et d’Etat dont souffre des franges importantes du peuple Mauritanien ;
tenons à réaffirmer notre disponibilité à tout dialogue et échanges avec les autorités de nos pays respectifs, visant à améliorer notre lutte contre les pratiques de l’esclavage et séquelles en Mauritanie, et dans toute la sous-région.

✅Les signataires :

🔹️Timidria du Niger

🔹️Temedt du Mali

🔹️ARED du Tchad

🔹️FESTICHAMS du Burkina

🔹️IRA Mauritanie

🔹️GRAN LEKOL FILOZOFI de l’Ile Maurice

🔹️L’association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E )

🔹️ARMEPES FRANCE

🔹️Collectif des associations de lutter contre l’esclavage en milieu Soninké

Communiqué de presse – GANBANAAXU FEDDE : le cas des détenus de Lixeiba

Nous , mouvement d’éveil citoyen et humaniste, GANBANAAXU FEDDE (Aile – Mauritanie), tenons à attirer l’attention des autorités mauritaniennes et l’opinion nationale et internationale sur le cas des détenus de Lixeiba dans la région du Gorgol. Arrestations survenues au cours des événements post-électoraux suite au scrutin présidentiel du 22 juin 2019. Depuis monsieur Sall Ghaly et ses camarades, annoncés membres de l’alliance politique ayant porté Mr Hamidou Baba Kane comme candidat , la CVE (Coalition Vivre Ensemble), croupissent derrière les barreaux dans des circonstances troublantes.

Ainsi, nous exprimons notre soutien fraternel et citoyen aux détenus et à leur entourage familial et militant.

Nous demandons aux autorités, à prendre toutes les mesures nécessaires afin de mettre fin au calvaire carcéral de ces compatriotes.
Avec le timide souffle de décrispation politique constaté et porteur d’espoir ces derniers temps avec les entrevues entre le président Ghazouani et certaines personnalités politiques, le cas en suspens de ces détenus nous paraît anormal et injuste.

9/10/2019

🔹️Pour la Communication GANBANAAXU FEDDE – Armepes (Aile – Mauritanie)

Mauritanie : Et, si le nouveau Ministre de la justice adopte la justice du XXIème siècle comme principe pour améliorer le quotidien des justiciables mauritaniens ?

Généralement dans le département du Ministère de la justice, ceux qui réussissent ce ne sont pas les praticiens du droit encore moins les techniciens du droit mais plutôt les théoriciens du droit. Tel est le cas de Mme la ministre de la justice française, garde des sceaux (Nicole Belloubet), professeure de droit constitutionnel. Comparaison n’est pas raison, le Ministre mauritanien de la justice est également un théoricien du droit (qui a enseigné le droit depuis plus de 20 ans sur la planète terrestre), et qui connait particulièrement le département du Ministère de la justice et ces rouages. Car avant d’être nommé ministre de la justice, il fut chargé de mission dans ce même département depuis fort longtemps. Nous pensons qu’il est en mesure de reformer le droit mauritanien dans son ensemble afin d’adopter la justice « postmoderne », pouvant contribuer à améliorer le quotidien des justiciables mauritaniens. Car, que l’on soit riche ou pauvre, la justice d’une manière générale demande une économie : Une économie humaine, une économie financière, une économie de temps, une économie relationnelle, et une économie de paix sociale.
En effet, toute société a besoin d’une justice garante des libertés, efficace et impartiale : efficace pour garantir la sécurité des gens, impartiale pour que vive le système de valeurs commun. Quand le doute s’installe, la société tout entière peu à peu se déchire (B. Deffains, 2015). Cette insatisfaction à l’égard de la justice est au cœur de nombreux débats partout dans le monde, particulièrement en Mauritanie. Les justiciables expriment, en effet, un sentiment de défiance envers une justice qu’ils qualifient plus souvent de « lente, partiale, onéreuse, complexe, formaliste et peu accessible » tandis que les professionnels du droit, en particulier les magistrats, se plaignent fréquemment de la surabondance des affaires à traiter.
Qu’est-ce que la justice du XXIème siècle ?
La crise de la justice partout dans le monde invite à une gestion plus rationnelle de l’institution judiciaire en même temps qu’elle dissuade les justiciables d’y recourir afin d’échapper aux coûts financiers et aux délais du traitement juridictionnel de leurs conflits (L. Cadiet et TH. Clay, 2018). C’est dans ce sens que les grandes démocraties sont en train de basculer vers un modèle de justice plus « soft », moins couteux, plus humain et calqué sur la paix sociale. La justice du XXIème, c’est les modes alternatifs de règlement des conflits (MARC) ; c’est la préservation de la paix. La justice sans la paix est-elle encore la justice ? Le rapport à l’autre, c’est-à-dire la justice (Levinas).
Avec le développement des MARC, la justice alternative est devenue un « droit postmoderne » et un « droit pragmatique » sous-tendu par une volonté d’action sur le réel. Les MARC, s’inscrivent dans une volonté de négocier ses propres solutions aux conflits, de passer de l’imposé au négocié, de maitriser le traitement du conflit et d’arriver à une solution amiable. C’est une justice plus rapide, moins couteuse et qui prend en compte le lien social. L’expression justice alternative désigne, « l’ensemble des pratiques ou procédures, le plus souvent informelles, de résolution des conflits, impliquant habituellement l’intervention d’un tiers qui, à l’aide de techniques non juridictionnelles, permet de parvenir au règlement d’un conflit opposant deux ou plusieurs parties ». Il s’agit donc une forme de justice qui, dans le contexte d’un droit étatique, entend réagir contre le formalisme de la justice publique ou, hors de ce contexte, permet la résolution des conflits par des voies plus ou moins spontanées qui privilégient le retour à la paix (S. Kerneis, 2012).
Les vertus de la justice du XXIème siècle dans une société en crise
L’idéologie de la modernité soutient essentiellement que le droit est uniquement rattaché à l’Etat politique (centralisme) ; qu’il ne peut y avoir qu’un seul ordre juridique correspondant à un seul espace géographique (monisme) ; et que le droit est toujours le produit d’une activité explicite d’institutions telles que le législateur (positivisme) (R-A. Macdonald, 2002). Ni l’une ni l’autre de ces trois perspectives idéologiques n’est soutenable aujourd’hui comme hypothèse pour penser le droit dans une société pluriethnique, comme celle de la Mauritanie. A ce titre le droit n’existe comme phénomène normatif que dans la mesure où il est reconnu par les citoyens. Le droit est une construction sociale basée sur les interactions humaines.
Pour les anthropologues du droit, le droit est une composante des activités humaines marquée, comme toutes les activités humaines, par la culture et par les formes d’organisation de chaque société. C’est une réalité sociale. En effet, la justice n’est plus incarnée exclusivement par les tribunaux. Il existe aujourd’hui une autre manière de rendre la justice : C’est la justice alternative. Cette justice est à la fois humaine et humaniste qui prend en compte le cordon familial, social et sociétal dans un pays qui, depuis toujours cherche un modèle de justice bien adapté à son tissu social multiethnique. Les modes alternatifs de résolution des différends s’entendent d’un nombre non limité de procédés qui ont pour objet de régler un conflit en recourant à une solution non juridictionnelle voulue par les parties. Les parties décident de leur accord, seules ou avec l’aide d’un tiers indépendant, neutre et impartial.
La pratique de la justice alternative en Mauritanie, permet d’éviter la surcharge des tribunaux, qui entraîne leur paralysie. Ce fardeau excessif accentue également sur le plan qualitatif, la décadence de la qualité des procédures et des décisions judiciaires. A l’heure du numérique, l’image du juge « technicien du droit » est dépassé. Les MARC, s’engagent à réduire les inégalités sociales générées par la pauvreté, l’ignorance, l’analphabétisme, les injustices et le sous-développement et participer activement à la construction de la cohésion sociale. La justice « postmoderne » permet au pays l’accession à un certain niveau de développement et contribuer à garantir la cohésion du tissu social et la quiétude entre les communautés. Un pays qui n’est pas sur les rails de la paix sociale demeure fragile et expose à toutes les secousses politiques, sociales, économiques et judiciaires.
Les MARC correspondent à un changement profond des mentalités face à l’absence de réponse judiciaire adaptée et au développement massif de certains contentieux, à la pénurie des effectifs et au désert judiciaire. En Mauritanie, on dénombre en moyenne, un magistrat pour 50.000 habitants et un auxiliaire de justice pour 70. 000 habitants. Pour remédier cette situation, la Mauritanie a tout intérêt de faire appel aux MARC. L’engorgement des juridictions face à un contentieux de masse rencontre l’insatisfaction des justiciables de voir l’affaire de leur vie traduite en termes uniquement juridiques et dépouillée de sa substance, de son origine même. Humaniser le traitement des conflits, trouver des solutions pérennes et adaptées, procurant un bénéfice mutuel devient primordial pour les grandes démocraties du XXIème siècle.
Toutes les études déjà réalisées dans ce sens par les chercheurs et les anthropologues nous précisent en effet que les MARC répondent à des objectifs variés : Rétablir le dialogue entre les protagonistes, maintenir les relations, garantir la paix sociale, etc. Les MARC contribuent également à réduire le coût social du fonctionnement de la justice (réduction de l’encombrement, des délais et des coûts de la justice).
Approche juridique et anthropologique des MARC
Les Modes Alternatifs de Règlement des Conflits (MARC) ou Modes Amiables de Résolution des Litiges (MARL), qui prend l’acronyme, Alternative Dispute Resolution (ADR), dans les pays Common Law. L’Alternative Dispute Resolution, qui prend son essor aux Etats Unis et dans les pays de Common Law, plaide pour une justice informelle, débarrassée des contingences de l’Etat : il faut rapprocher la justice des citoyens et favoriser leur participation au règlement des litiges (S. Kerneis, 2015). Les MARC sont d’origine contractuelle pour les juristes. Comme le souligne Professeur Cadiet, « la contractualisation du procès » ou « la processualisation du contrat » (L. Cadiet, 1999). Depuis longtemps le contrat a été un mode de solution du litige, qui n’a rien d’extraordinaire. Il s’agit de la justice dans le contrat et la justice par le contrat. C’est dans ce sens que le Doyen Carbonnier, souligne que « toutes les relations juridiques se nouent, se déroulent et se dénouent à l’amiable ».
Pour les anthropologues du droit, le droit ne vient pas principalement de l’Etat, ni des acteurs savants, ni des tribunaux, mais de la société elle-même (N. Rouland, 1991). Comme le souligne Etienne Le Roy, « dis-moi comment tu traites tes conflits, je te dirai quelle société tu es en train de bâtir pour tes enfants ». Les MARC impliquent de prendre actes des attentes de l’autre partie, de son regard porté sur le conflit, sans renoncer à ses propres attentes, à son propre regard. L’approche de la justice, tant à travers ses formes cardinales que ses alternatives plus ou moins institutionnalisées, est déterminée par le type de société qu’on entend promouvoir. La justice alternative, associée à la maitrise des individus, la relation homme –homme permet à la société de se perpétuer et de faire face aux conflits et aux tensions, soit en restaurant l’équilibre initial, soit en trouvant un nouveau : c’est la « justice participative ou restaurative ». Le droit trouve sa source non pas dans la coercition qu’impose le pouvoir politique mais plutôt dans les interactions humaines.
La Mauritanie et les MARC : une réalité très ancienne
Les modes amiables de règlement des conflits ont toujours été pratiqués dans la société africaine avec une absence totale de formalisme. Dans le souci primordial de préserver et de maintenir l’équilibre social, la Mauritanie, a longtemps préféré l’harmonie à la notion d’ordre tirée du principe technique de la règle générale et abstraite qui prévaut dans les pays occidentaux. La structure précoloniale de la Mauritanie ne la prédestinait pas à l’organisation d’un système judiciaire centralisé de type moderne. Composée de tribus et d’ethnies connues pour leurs sédentarismes et leurs migrations chroniques, elle avait institué un modèle de justice simplifié. Les litiges étaient réglés dans le cadre d’une justice coutumière. La justice coutumière est générée par une société essentiellement communautaire, dans laquelle le groupe est la référence première, où l’individu est très fortement intégré dans les structures familiales ou claniques (H. Ramdan, 2009). La règle de droit émane du groupe par consensus pour y être intériorisée et pratique ; le droit a pour fonction de maintenir la paix sociale.
La Mauritanie, avait privilégié la justice amiable avant même son accession à l’indépendance. Comme le souligne Robert Arnaud, « En Mauritanie, se trouvait auprès de chaque émir un cadi chargé en principe de régler toutes les affaires litigieuses ou criminelles. Chaque tribu de marabouts avait elle-même son cadi investi de véritables fonctions d’arbitrage » (R. Arnaud, 1906). De surcroit, les MARC trouvent un fondement religieux dans le Coran (Sourate, An-nisa-Les femmes, verset :35, 58 et 65). Car le droit musulman a énoncé des règles prévoyant différents modes amiables de résolution des conflits issus de la Sunna du Prophète Muhamed (PSL) et du Coran. Il connait ainsi de l’arbitrage « tahkim », de la conciliation « solh » et de la médiation « wassata ». Si l’on en croit les historiens du droit musulman, la justice négociée est une institution qui remonte à la Jahiliyya ou période de l’ignorance antérieure à l’islam. Contrairement aux Empires romains et perses, fondés sur la notion d’Etat. Le succès de cette justice négociée s’explique par sa vocation pacificatrice des relations sociales et familiales.
Le retour des MARC dans le système judiciaire mauritanien :
Les signes évidents du manque de confiance des justiciables en une justice étatique en déliquescence sont nettement perceptibles dans une enquête d’opinion effectuée par Afro-Baromètre en mars 2017. Cette enquête a concerné 53.935 personnes, ressortissants de 36 pays africains dont la Mauritanie fait partie. L’étude indique qu’au nombre de ces personnes, près de la moitié, soit 43%, n’ont pas confiance en la justice. Ces chiffres inquiétants ne pouvaient laisser les pouvoirs publics sans réactions. En Mauritanie, des nombreuses actions ont été entreprises depuis la première organisation judiciaire issue de la loi n° 61. 123 du 27 juin 1961, pour réformer la justice étatique, en changeant de système judiciaire, totalement ou partiellement, il apparait que ces actions ont été inefficaces, voire insignifiantes. Il fallait imaginer d’autres modes de règlement des litiges
Le Code de procédure civile, commerciale et administrative de 1962, avait consacré un chapitre au droit d’arbitrage, mais l’ordonnance n° 84. 164 du 9 juillet 1984 avait ignoré cette institution. Il a fallu attendre janvier 2000 pour que la Mauritanie, légifère une loi portant code de l’arbitrage. Depuis 2000, à travers la loi n° 2000-06 du 18 janvier 2000 portant Code de l’arbitrage, le législateur mauritanien a intégré le modèle alternatif dans la judiciaire mauritanienne, car il y voit une opportunité pour la résurgence ou le retour en arrière sous une forme moderne de la justice amiable. La loi de 2000 a été abrogée et remplacée par une nouvelle loi n° 2019-019 du 29 avril 2019 portant code de l’arbitrage. Cette disposition a posé le cadre législatif du droit mauritanien de l’arbitrage interne et international. Ainsi, nous assistons une série des législations dans le domaine de la justice alternative : la loi n° 2019. 008 sur la « médiation judiciaire » et la loi n° 2019-020 dont son titre II porte sur la « médiation conventionnelle ». La loi 2000/04 du 17 janvier 2000 portant Statut de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Mauritanie, a permis en 2018, la création d’une institution permanente dénommée le Centre International de Médiation et d’Arbitrage de Mauritanie (CIMAM). Le développement des MARC en Mauritanie révèle, en réalité, une mutation profonde du système juridique contemporain. Cette mutation recouvre le passage d’un droit imposé à un droit négocié. L’ère de l’Etat tout puissant est révolue, nous vivons à l’heure actuelle dans une société qui fait plus de place au contrat. La justice alternative permet un pluralisme juridique et facilite l’accès à la justice pour tous les mauritaniens.

Ce faisant, qualifiée de « softl Law », la justice du XXIème siècle est aujourd’hui en train de prendre la place de la justice étatique, au point que l’on se demande si le juge étatique n’est pas devenu le mode alternatif du règlement des litiges. Le développement des MARC répond à un nouveau besoin de régulation sociale, qui dépasse très largement le champ ordinaire de l’activité juridictionnelle. Les mécanismes traditionnels des modes amiables de règlement des conflits, dans la société traditionnelle mauritanienne sont alors envisagés comme piste de solution et source de paix. La légitimité de principe de ces processus amiables ne saurait être contestée. Il est au moins un argument, valable pour résoudre les conflits et défendre l’unité du groupe. Dans la mesure où la justice amiable remplit une fonction de pacification des conflits, elle contribue également à l’harmonie de la société et à la fraternité. Il est toujours possible en Mauritanie, de repenser le lien social afin qu’il puisse être l’expression de la reconnaissance solidaire entre les mauritaniens.
Le législateur mauritanien a renforcé le soutien du droit au règlement alternatif pour les litiges internes comme pour les litiges internationaux. En combinant les avancées du droit international avec celles du droit interne mauritanien ayant été récemment réformé, même s’il reste encore beaucoup des choses à améliorer, notamment dans le domaine de l’homologation de décisions contractuelles par le juge étatique. A ce titre, nous nous plaidons pour une réforme judiciaire plus efficace et garante des libertés contractuelles, qui donnera plus des garanties aux parties et renforcera l’homologation des décisions amiables. Il faudrait renforcer également les principes directeurs de la justice alternative (indépendance, impartialité, neutralité, confidentialité et loyauté), mais aussi donner une formation de qualité aux médiateurs et aux arbitres afin d’éviter le soupçon de dépendance et de partiale.
B. Deffains, « Les modes alternatifs de règlement des litiges – analyse économique », in P. CECCHI-DIMEGLIO et B. BRENNEUR, Manuel interdisciplinaire des modes amiables de résolution des conflits, LARCIER, 2015 ;
E. LE ROY, « Le jeu des lois. Une anthropologie dynamique du droit », Lgdj, 1999,
H. Ramdan, « Le fonctionnement de la justice dans les pays en voie de développement : le cas de la Mauritanie », L’Harmattan, 2009 ;
J. Carbonnier, « Flexible droit. Pour une sociologie du droit sans rigueur », 10eme édition, Lgdj, 2014
J. Chevalier, « Vers un droit postmoderne », in J. CLAM et G. MARTIN (dir), Les transformations de la régulation juridique, Lgdj, 1998 ;
L. Cadiet et TH. Clay, « Les modes alternatifs de règlement des conflits », Puf, 2018
L. Cadiet, « Les jeux du contrat et du procès », Mélanges offerts à G. FARJAT, édition, Frison-Roche, 1999
N. Rouland, « Aux confins du droit », éditions, Odile Jacob, 1991
R. Arnaud, Pays maures de la rive droite du Sénégal, Précis de politique musulmane, Tome I, 1906
R-A. Macdonald, « Normativité, pluralisme et sociétés démocratique avancées. L’hypothèse du pluralisme pour penser le droit », in C. YOUNES et E. LE ROY (dir), Médiation et diversité culturelle Pour quelle société ?, Karthala, 2002.
S. Kerneis, « Aspects anthropologiques des MARC », in P. CECCHI-DIMEGLIO et B. BRENNEUR, (dir), Manuel interdisciplinaire des modes amiables de résolution des conflits, Larcier, 2015
S. Kerneis, « Les modes alternatifs de résolution des conflits. Droit pénal, histoire et anthropologie », 2012, disponible : http://www.academia.edu.

M. Boubou BA
Doctorant-Chercheur en Droit à Paris
Membre du Centre de recherches en Histoire et en Anthropologie du Droit (CHAD)
A l’Université de Paris 10-Nanterre

En exclusivité/ interview : Mr Moulaye El Hassen BABE nous édifie sur le mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque

Un militantisme pro-Laïcité rime à quoi aujourd’hui en Mauritanie qui est officiellement une République Islamique. Ici dans l’interview à lire ci-après, Mr BABE Moulaye El Hassen, un activiste engagé dans le mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque nous livre sa vision.

🔹️LE BLOG SONINKIDÉES – JOSE : Bonjour Mr Moulaye Elhassen, pouvez-vous faire une brève présentation de vous à nos lecteurs ?

🔹️BABE Moulaye El Hassene : Je m’appelle Moulaye El Hassene BABE, originaire de la commune de Maaden El Irvane près d’Aoujeft en Adrar. J’y ai passé ma petite enfance, élevé par ma grand-mère et mon grand oncle l’érudit tidjani très connu dans la région, feu Mohamed Lemine Ould Sidina.
Après le décès de ma grand-mère, ma mère m’a emmèné à Nouakchott. J’ai grandi dans les quartiers populaires Médina 3 et medina R. J’ai commencé le primaire à l’école 5 près de la mosquée Marocaine, et après un bref passage à l’école Al Quds à Toujinine, j’ai rejoint l’école « Le Petit Centre » à l’îlot K.
J’y suis resté du CP2 à la 3ème, avant de rejoindre le Lycée Français Théodore Monod, où j’ai fait les trois années du Lycée.
Après un Baccalauréat S (Scientifique) spécialité Physique-Chimie, je suis allé en France pour faire une Licence en Géologie, puis un BTS en Informatique.
Je suis militant pour les droits de l’Homme, notamment le droit au respect de l’intégrité morale et physique de l’humain. D’où mon engagement dans le mouvement: #Pour_une_Mauritanie_laïque.

🔹️Le BLOG S-J : Aujourd’hui, en cette fin d’année 2019, que pensez- vous de la situation de l’engagement Droit de l’hommiste en Mauritanie, acquis positifs et manquements ?

🔹️B. Moulaye : Il y a Aujourd’hui une floraison assez remarquable d’associations de la société civile qui militent pour différents aspects des droits de L’Homme dans le pays, reflétant un éveil ascendant de la conscience collective. La jeunesse se mobilise de plus en plus en ce sens, diversifiant les fronts de lutte: anti-esclavage, égalité hommes/femmes , laïcité, rejet de toutes les formes de stratifications sociales, protection des enfants, protection contre les violences conjugales, etc. Mais cette dynamique est très peu accompagnée par les décideurs, voire complètement entravée parfois par ces derniers, comme ça a été le cas pour le projet de loi concernant les violences fondées sur le genre. Loi protégeant pourtant les femmes, mais avortée, il y a deux ans, par des députés dont, paradoxalement, des femmes, sous prétexte de non conformité à la charia islamique.
Le pouvoir en place n’hésite pas à renforcer le système « religio-tribaliste » pour s’en servir dans des intérêts politiques. Visites à la veille de chaque élection, de délégations ministérielles, à des chefs tribaux n’occupant pourtant aucun poste formel. Ce qui compromet tous les efforts entrepris par les militants pour l’égalité des citoyens, et souffle sur les braises du communautarisme tribunal.
Mais il est à noter qu’une nouvelle forme de politique droitsdelhommiste est entrain de voir le jour; poussée en avant par des mouvances telles: l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste IRA, présidée par le Député Biram Dah Abeid; le courant laïque naissant #Pour_une_Mauritanie_laïque; l’Association des Femmes Chefs de Familles AFCF, présidée par la militante prix des droits de l’Homme de la République Française, Aminetou mint El Mokhtar; et d’autres associations et acteurs de la société civile qui commencent à peser sur les directives politiques.
Cependant depuis l’introduction en Avril 2018, par le conseil des ministres, du projet de loi abrogeant le fameux article 306 du code pénal, je considère personnellement qu’il ne s’agit pas seulement d’un manquement de nos dirigeants à leur devoirs de protection des droits humains, mais plutôt d’une totale irresponsabilité, une immaturité, et une inconscience cruelle de ces derniers. Ce qui laisse très peu d’espoir de les voirs dans un avenir proche prendre en considération les aspirations de la jeunesse en matière de droits de l’Homme. Seul un changement politique des figures du pouvoir en place, pourrait faire retrouver cet espoir.

🔹️Le BLOG S-J : Vous vous dites engagé dans le mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque, sachant que la Mauritanie est une République Islamique, vous nous en dites quoi concrètement ?

🔹️B. Moulaye : Concrètement cela signifie que nous rejetons fermement l’islamisation politique de L’Etat.
Un humain peut adopter une religion, c’est un droit inaliénable que nous comptons préserver et renforcer, mais l’adoption d’une religion par un État, ça n’a aucun sens, quelle que soit cette religion.
Le Sénégal voisin n’a aucune religion d’Etat, le Burkina Faso non plus, le Mali, etc. Et leurs citoyens musulmans ne s’y portent que mieux.
Aussi nous savons, à la lumière de l’Histoire de notre pays, que ce mot « Islamique » n’est en réalité qu’un décor, qui n’a pas empêché L’Etat de fermer les yeux face à des décennies d’esclavage d’une bonne partie de ses citoyens musulmans, de fermer les yeux face au génocide et à la déportation d’autres concitoyens musulmans lors des événements 1989, et d’appliquer parfois « la Charia » seulement sur les plus faibles et d’en épargner les plus forts, avec un deux poids deux mesures qui suit un code d’hyerarchie tribaliste et raciste contraire même aux recommandations de l’Islam. Et ces contradictions flagrantes continuent jusqu’à aujourd’hui, sans aucune gêne, compromettant l’instauration de L’Etat de droit.
Nous pensons aussi que le terme « République Islamique » est incompatible avec la diversité religieuse des citoyens du pays, et constitue une discrimination idéologique et une grave atteinte au droit de conscience des citoyens. Il n’existe aucun pays sur terre où tous les citoyens sans exception sont de la même religion, à moins qu’ils nevsoient tous menacés de mort en cas d’adoption d’une religion différente de celle imposée par L’Etat, comme c’est le cas en Mauritanie avec l’article de loi 306 qui interdit aux citoyens sous peine d’être pendus ou exécutés par pelotons, d’adopter une autre religion que celle qu’il leur impose, l’Islam. Les citoyens non musulmans ayant peur pour leurs vies, n’ont ainsi d’autres choix que d’acquiesser dans le silence, et confirmer le chiffre100% de citoyens musulmans, MACHAALLAH.

🔹️Le BLOG S-J : Ne pensez- vous pas que l’islam qui est un référentiel social et spirituel de l’ensemble des populations mauritaniennes, puisse être une donnée fédératrice une fois dépoussiéré d’une certaine instrumentalisation, alors que la notion de laïcité très « étrangère » serait plus perturbatrice aujourd’hui ?

🔹️B. Moulaye : l’Islam n’est pas du tout un référentiel, ni social ni spirituel, qu’on peut généraliser à tous les citoyens. les minorités mauritaniennes non musulmanes ont elles leurs propres référentiels respectifs différents du référentiel « Islam » et qu’il faut savoir leur respecter autant qu’il faut savoir respecter aux musulmans le leur. Il est impossible de fédérer des humains dans un pays sur une base religieuse non commune à tous, et dont l’évolution est aussi aléatoire que le sont les opinions de chaque humain tout au long de son parcours de vie. Les convictions religieuses sont mobiles, elles meuves tout au long de la vie, et vouloir en faire un référentiel figé et l’imposer même aux citoyens qui ne sont pas encore nés, est une bêtise.
Le depoussierage de l’islam, nécessite déjà de se mettre d’accord sur les paramètres où critères ou outils permettant de distinguer ce qui ne serait que poussière et ce qui serait authentique?
À mon avis, il s’agit d’une utopie insensée, impossible à réaliser par manque déjà parfois de traçabilite dans les sources islamiques qui servent de matrice à la jurisprudence Malekite que notre pays a adoptée depuis son indépendance. Jurisprudence qu’il a renforcée par une loi de juin 2017 menaçant d’un à cinq ans de prison ferme tout citoyen qui oserait la contredire. Comment dépoussiérer quelque chose dont la simple contradiction peut vous coûter de la prison ferme ?
Le plus fort imposera toujours son interprétation de l’islam sur les autres. En Mauritanie les musulmans sunnites imposent le rite Malekite par la force, et interdisent par exemple tout prosélytisme islamique chiite dans le pays, le tout sur fond parfois de bras de fer geopolitique ou mendicité diplomatique auprès de certains pays du golf. C’est la jungle, la loi du plus fort.
Une simple volonté du président de la République peut changer l’interprétation par les « Oulémas » des commandements de Dieu, comme on a vu se passer dans l’affaire Dreyfus à la Mauritanienne (Mkheytir), où certains « clowns » de la chariaa, n’avaient même pas honte d’émettre des fatwas meurtrières et de les contredire quelques temps après sur simple volonté du président du Pays. La volonté de Dieu, elle, a tout à coup été mise sur le banc de touche.
Ces mêmes Oulémas, seuls capables éventuellement de déceler le vrai du faux dans les différentes exegeses coraniques, ont eux même prouvé leur malhonnêteté, à plusieurs reprises, et leur totale insouciance de la justice et de l’égalité des citoyens devant la loi. Nous sommes tous témoins de leur instrumentalisation de l’affaire Mkheytir, de leur silence et inertie face à l’esclavage, face aux événements 89, de leur mendicité constante auprès des dirigeants du pays, de leur instrumentalisation de la religion à des fins électoralistes etc.
Alors, si ni les dirigeants, ni les chefs religieux, n’ont la volonté de dépoussiérer l’Islam, ce n’est pas le citoyen lambda qui se mettra à l’œuvre, et même s’il tente de le faire, il se heurtera très rapidement à un manque d’authenticité des outils mis à sa disposition pour faire cette tâche. Il lui faudra dépoussiérer d’abord les outils: références historiques assez approximatives, archives de textes anciens islamiques dont la subjectivité des auteurs pose beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résout, etc. Ce qui le fera entrer dans un « machin » sans queue ni tête dont il ne sortira rien de concrètement prouvable ni objectivement acceptable ou adoptable unanimement par tous. En tout cas depuis le décès du prophète Mohamed (PSL) il y a 1400 ans, on n’a jamais entendu dire qu’une nation a déjà réussi à trouver et adopter le vrai Islam sous sa forme « gouvernance », et aucun Etat islamique contemporain, ne peut nous servir d’exemple; ni l’Arabie saoudite où sont concentrés les plus grands Oulémas, mais où sévit l’injustice, ni la tentative d’Etat Islamique en Irak et au levant, Daech, qui vient de coûter à l’humanité des millions de victimes entre morts et blessés.
Donc, ce fameux État Islamique juste et prospère, qu’on nous miroite depuis notre naissance, n’est rien d’autre qu’un rêve d’enfant candide et naïf.
Il est vrai que la notion de « Laïcité » est encore assez étrangère dans l’oreille d’une bonne partie de la population, mais ils s’y habitueront assez rapidement et l’assimileront à coups d’explications, de débats, et de rassurances. Les résultats des campagnes de sensibilisons sur la Laïcité ont été assez probants ces deux dernières années, puisque beaucoup de personnes réticentes au début à l’idée, ont finit par la rejoindre et militer pour.

🔹️ Le BLOG S-J : À la lumière d’une partie de votre réponse précédente, vous ne risquez pas de créer un amalgame entre laïcité comme cadre institutionnel neutre par rapport l’exercice du culte et des relents suspect d’un athéisme militant ?

🔹️B. Moulaye : Si par amalgame on entend, donner aux citoyens athées les mêmes droits qu’aux citoyens croyants, là nous pouvons déjà confirmer dès le départ, que telle est bien notre intention. Nous ne la cachons pas, au contraire nous en sommes très fiers et la crions haut et fort. Donc inutile de nous suspecter puisque notre démarche est on ne peut plus claire et transparente.
Nous savons qu’il existe des citoyens athées, nous savons qu’il existe des citoyens chrétiens, chiites, et même, mais certes dans une moindre mesure, des citoyens juifs. Et tout ce que nous savons, L’Etat Mauritanien et ses services de renseignements en savent certainement davantage. Nous refusons la politique de l’autruche suivie par nos dirigeants, et qui consiste à fuir ces questions sensibles aux détriment des droits des citoyens concernés. C’est irresponsable. C’est honteux. C’est lâche.
Dans un État de droit, chaque humain compte, et aucune loi qui prive un seul humain de son droit de conscience n’est admissible.
Suspecter quelqu’un d’athéisme, c’est aussi ridicule que de le suspecter d’être un peul ou un maure ou un végétarien. Être athée c’est comme être musulman, c’est à dire un choix personnel à respecter, et qui n’engage que son sujet. Ce n’est en aucun cas un crime ni un vice.
Par contre je comprends bien la crainte que pourraient avoir certains, de se retrouver dans un système qui restreint leurs droits dans leurs pratiques cultuelles. Ceux là doivent comprendre qu’au sein de notre mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque nous militons et militerons toujours avec exactement la même force et le même engagement contre toute tentative d’instrumentalisation de la laïcité à des fins qui puissent porter atteinte à leurs droits. La laïcité est le meilleur garant de ce type de droits.
Mais en réalité dans notre société, le culte est souvent pratiqué avec un sentiment de supériorité vis-à-vis des autres cultes ou orientations idéologiques. Une suprématie implicite, et même très souvent explicite, qui fait que certains citoyens sont tout simplement allergiques à toute éventuelle cohabitation avec d’autres concitoyens qui différent par leurs choix religieux. Là ce n’est par crainte de rien du tout, c’est juste une forme de racisme, d’incivisme et de mauvaise éducation. À ceux là, nous ne pouvons proposer que d’aller se faire soigner, ou prendre des cours d’éducation civique, car la discrimination sur base religieuse n’est pas acceptable dans notre pensée laïque.

🔹️Le BLOG S-J : Quelle est aujourd’hui l’ampleur de ce militantisme pro laïcité en Mauritanie? Et quelle est l’attitude des pouvoirs publics face à votre mouvement #Pour_une_Mauritanie_laïque ?

🔹️B. Moulaye : L’ampleur de ce militantisme est mesurable, dans un premier temps, par la qualité des porteurs de ses revendications.
Depuis le lancement du mouvement laïque, à la date du 17 février 2017, plusieurs personnalités, des politiques, des journalistes, des artistes, des acteurs de la société civile, des professeurs, des écrivains, des féministes, des présidents de syndicats estudiantins, et des hommes d’affaires, ont fait appel publiquement à la laïcisation de L’Etat.
Le mouvement a une page Facebook officielle suivie actuellement par un peu plus de 8000 personnes, et une chaîne YouTube sur laquelle sont publiées régulièrement ses activités.
Le premier jour du lancement du mouvement, une dizaine de journaux internationaux dont CNN, Alarabiya, et d’autres, ont dit avoir constaté des vagues sans précédents de revendications de la Laïcité en Mauritanie sur Facebook. Les journaux locaux ont fait le même constat. Deux ans et demi plus tard ces vagues se sont agrandies et se sont interconnectées.
Et tout ceci n’est que la partie émergente de l’iceberg, car la majorité des pros Laïcité n’osent pas encore l’exprimer, par peur d’être soupçonnés d’athétisme, de subir des pressions familiales, professionnelles, sociales, ou en ce qui concerne les politiques, peur de perdre une parti de leur électorat ou de leur popularité. Nous recevons tout de même beaucoup de messages de la part de ces laïques de l’ombre nous disant qu’ils nous soutiennent et qu’ils s’annonceront dès que leurs circonstances le leur permettront.
Il est à noter aussi que dans ce mouvement laïque il y a une diversité assez représentative du spectre des composantes éthniques du pays. On y retrouve parmi les plus actifs, des peuls, des soninkes, des Haratines, des Maures, des Maalmines (Forgerons) et des Wolofs.
Depuis deux ans et demi, les pouvoirs publics ne font que nous observer, pour le moment aucune attaque de leur part, ni soutien, n’ont encore été enregistrés.
Nous avions improvisé une première petite manifestation à Nouakchott, le 02 Juillet 2018, jour du sommet G5 Sahel et visite du Président français Emmanuel Macron à Nouakchott, et la police ne nous a pas inquiété, ou plutôt devrais-je dire, n’a pas eu le temps de nous inquiéter, car nous n’avions ni demandé une autorisation de rassemblement, sachant à l’avance qu’elle nous sera refusée, ni duré assez longtemps, afin éviter tout accrochage éventuel avec les autorités.
Par contre nous avons été beaucoup attaqué par les milieux islamistes, par les chefs religieux, par des espions infiltrés dans notre mouvement, et par certains politiciens aux calculs lâches. Mais face à notre persistance et notre consistance, l’impact de ces attaques est resté négligeable.

🔹️Le BLOG S-J : Quelles perspectives pour ce mouvement à court terme et à long terme ? Investir le champ politique comme parti ou s’inscrire davantage dans la mouvance Droit de l’hommiste d’éveil pour les uns ou de subversion pour les autres ?

🔹️B. Moulaye : La création d’un parti politique laïque n’est pas envisageable ni à court terme ni à moyen terme. Les pouvoirs responsables de l’instauration de lois complètement terroristes telles l’article 306 et ses semblables, ne vont certainement pas nous accorder une licence pour un parti laïque. Déjà que les Partis RAG et FPC, respectivement présidés par Biram Dah Abeid et Samba Thiam, sont injustement et inexplicablement non autorisés ce n’est pas le notre qui le sera.
Cependant les militants laïques au sein des partis politiques et des associations de la société civile, pèsent de plus en plus dans les directives de ces derniers. Certains partis autorisés et reconnus ont des bureaux exécutifs composés presque à moitié de laïques. Et des politiciens assez ouverts d’esprits rejoignent progressivement l’idée de la Laïcisation de L’Etat.
Mais notre concentration se porte surtout sur la sensibilisation des populations afin de créer une base sociale solide, pesante électoralement, qui puissent encourager les décideurs laïques à agir sans crainte pour leurs postes ou leurs intérêts politiques. Et cette base sociale grandit chaque jour, à travers des débats quotidiens sur plusieurs plate-formes, notamment des groupes WhatsApp pilotés par des laïques, des groupes et des lives Facebook, des réunions de cafés, des débats dans les taxis, etc.

🔹️ Le BLOG S-J : Les visées pour une laïcisation de l’État nécessite forcément une réforme constitutionnelle, n’êtes vous pas dans une utopie eu égard des réalités sociales et politiques d’aujourd’hui ?

🔹️B. Moulaye : Beaucoup de ce qu’on appelle « réalités sociales » en Mauritanie, n’est que façades, hypocrisies, et schizophrénies. Nous connaissons parfaitement les vraies réalités de notre société, celles toujours voilées et non avouées.
Pour nous, la laïcité est une question de vie et de mort. Il en va de manaces qui pesent directement sur le droit à la vie de certains citoyens. Il n’est pas logique de défendre le citoyen lorsqu’il est menacé par une simple discrimination raciale ou basée sur le genre, et de baisser les bras lorsque sa vie et son existence même servent de balle de ping-pong entre quelques barbus fous, et quelques dirigeants politiques irresponsables et inconscients.
Nous sommes filles et fils de ce pays, c’est notre terre, celle de nos ancêtres, nous avons notre mot à dire, et nous ne comptons pas laisser libre champs à quelques obscurantistes incultes qui minent notre constitution et notre code pénal d’absurdites moyenâgeuses qui n’ont rien à enviers à l’idéologie nazie. Préconiser par exemple la pendaison d’un être humain, sur simple choix d’orientation religieuse est inacceptable et inadmissible.
Nous avançons méthodiquement, nous maîtrisons les mécanismes de notre société, nous disposons de tout un arsenal de moyens de pression qui finira certainement par faire effet sur nos dirigeants; peut-être un peu lentement, mais très efficament.
Ces deux années et demi de combat pour la Laïcité, nous ont permis, d’une part, de faire une évaluation empirique très précise de nos capacités de persuasion vis-à-vis des populations, et d’autre part de pouvoir bien mesurer l’interaction de ces dernières avec cette revendication. Nos constatations en ce sens, nous encouragent à continuer.
Nous misons également sur un concours, qui se profile de plus en plus, entre différentes forces progressistes dans la société civile; et sur une étroite collaboration avec certains acteurs politiques honorables et courageux, pour parvenir à faire triompher les droits de l’Homme et notemment le droit à la liberté de conscience, dans le pays.
La vérité et la justice finissent toujours par triompher.

🔹️Le BLOG S-J : votre dernier Mot à l’endroit de nos lecteurs, et nous vous remercions vivement d’avoir accepté notre interview.

🔹️B. Moulaye : J’appelle vos lecteurs à rejoindre ce mouvement, en brandissant son drapeau sur leurs photo de couvertures Facebook en, faisant des publications accompagnées du hashtag #Pour_une_Mauritanie_Laïque, ou en arabe #نريد_موريتانيا_علمانية.
C’est à travers ce mot-clic qu’on arrive à se coordonner entre militants, car un clic sur ce mot-dièse permet de ressortir par Facebook, par exemple, une liste de personnes l’ayant utilisé. Ainsi, nous prenons contact les uns avec les autres, buvons un verre de thé à l’occasion, et débattons des démarches et activités de sensibilisons qu’on peut mettre en place pour rendre au citoyen Mauritanien toute sa dignité.
Je les invite également à interagir avec nos plate-formes, page Facebook officielle et chaîne YouTube, dont les liens sont ci-joints ( https://www.facebook.com/Pour.une.Mauritanie.laique/, https://www.youtube.com/channel/UCQOZ7ZFDUYNu91w5DuWpPaQ ) , s’ils veulent se renseigner davantage sur le mouvement.
Enfin, je tiens à rassurer vos lecteurs, que nous les laïques n’avons aucunes intentions autres que la justice et l’égalité de tous les citoyens. Nous aimons notre pays, nous ne combattons pas l’Islam, nous ne sommes téléguidés par aucune force étrangère, et nous n’importons pas aveuglement des idées reçues de l’Occident. Nous combattons uniquement les instrumentations de l’Islam par certains mal intentionnés qui en font une source de lois qui portent atteinte à la dignité humaine. Et nous puisons nos pensées laïques de notre propre sens de la justice.
Merci beaucoup à Vous pour m’avoir invité à cette interview sur votre plate-forme médiatique Soninkidees-Jose.

✅Propos recueillis par K.S pour le BLOG