Toute expérience écrite et circonstanciée fera bonnement source-ressource d’une référence exploitable dans le temps et dans l’espace. Ainsi dire, notre Blog vous retrace quelques photos de notre dernier séjour de vacancier en Mauritanie. De Dafort, notre cité natale à Nouakchott, la capitale politique et administrative du pays.
Notre photo-reportage :
Visite chez les bergers (bovins et caprins)Journée cueillette Haricots (Dafort)Ici après une réunion de consultations sur les affaires sociales de la communauté Dafort Ganbanaaxu Capture 📸 vue partielle de la grande mosquée de Dafort. Capture 📸 lever de soleil à Dafort Capture 📸 devant le marché Capitale de Nouakchott La tribune d’accueil dans la place publique de Dafort Capture 📸 du bâtiment de la Mairie de Dafort Capture 📸 partielle dans l’école fondamentale de la ville de Dafort. Avec la Team organisatrice du tournoi foot UVDS Ganbanaaxu à Nouakchott. Avec l’équipe foot de Dafort Ganbanaaxu au tournoi UVDS édition 2025Ici M. Mohamed Gassama,militant droit-de-l’hommiste et coordinateur général de l’association UVDS-Ganbanaxu Capture 📸 pépinières de Nouakchott Jardins de Sebkha Fraternellement avec l’ami, Dr Zakaria DembaSoumare, professeur à l’Institut Supérieur Professionnel de Langues, de Traduction et d »Interpretariat (à Nouadhibou)Avec un cousin à la gentillesse proverbiale et 3ème adjoint maire de Dafort, M. Bakary Aly Sidibe (opticien à Nouakchott)Avec l’inspirant frère M. Cheikhou Gandéga, ingénieur en performance industrielle et entrepreneur aux idées innovantes. Avec une équipe de l’instance exécutive de l’association Ganbanaaxu fedde mauritanie présidée par M. Aboulaye Sidi Traore (à gauche)Avec les valeureux frères GueyeAvec l’universitaire mauritanien M. Ndiaye Kane Sarr Avec le généreux cousin M. Boubou Ndiaye dit Thalès, professionnel dans l’éducationAvec le neveu M. Salihina Moussa, un grand inspiré dans la substance poétique .Avec un frère et camarade militant droit-de-l’hommiste M. OumarCheikh (un grand soutien du président Biram Dah Abeid)Avec les frères Gueye (Mohamed et Aliou) de Kaedi et Dr Zakaria SoumareIci le professeur Zakaria Soumare lors de la rencontre consacrée à son œuvre littéraire à l’IFM – Nouakchott. À côté de l’universitaire M Ndiaye Kane Sarr (modérateur)
Notre visite pleine d’enseignements dans cet endroit qui abrite des reliques « témoins » vivaces d’un passé horrible (la traite transatlantique), a été fructueuse grâce à l’accompagnement ce frère sénégalais M. Abdou Diop. Guide touristique travaillant pour la municipalité de Gorée, il propose également en toute transparence ses services d’accompagnement personnalisé sur différents sites. Un professionnel consciencieux et connaisseur de la substance historique de cette île très chargée en symboles sur la traite esclavagiste ayant saigné nos zones ouest-africaines, M. Diop est d’une correspondance fiable sur place de par mon expérience avec lui lors cette journée du 22 janvier 2025. Il m’a remis ses coordonnées téléphoniques et je lui avais promis de faire écho de son activité très utile aux visites studieuses. À recommander…bien sûr !
L’expérience est un savoir sûr.
Quelques éléments médias vus sus à Gorée et au monument de la Renaissance Africaine:
Jamais un désintérêt pour le patrimoine n’a atteint un tel niveau. Un paradoxe qui mérite d’être souligné. Un deux poids, deux mesures. Autant, les autorités sont engagées pour la réhabilitation du patrimoine historique et culturel des cités anciennes (Chinguitti, Ouadane, Tichitt et Oualata) à travers l’institutionnalisation du festival annuel des Cités du patrimoine, autant elles ne font rien pour la promotion d’autres patrimoines culturels et historiques non moins importants.
Le patrimoine de Ndiéo, concentré autour de la montagne mythique de ce village Soninké, dans la moughtaa de Ould Yengé, est justement victime de cette politique, qui peine à traiter de manière juste et équitable toutes nos cultures. Alors que le caractère multi-ethnique et multi-raciale de la Mauritanie est bien inscrit dans le marbre de la Constitution de la République Islamique de Mauritanie.
La montagne de Ndiéo et ses peintures rupestres, ces pierres taillées, ses sépultures qui selon certaines sources, sont les témoignages d’un village appelé autrefois, GANGARA. Tous ces vestiges qu’on ne trouve nulle part, sont des trésors qui surprennent et fascinent plus d’un visiteur.
La source de Ndiéo est également un autre miracle. Elle est révélatrice du poème de Beaudelaire, » *Correspondance* » où il dit : _ »La Nature est un temple où de vivants piliers. Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L’homme y passe à travers des forêts de symboles_ ». Le site est féerique, extraordinaire : tout y est symbole, ésotérisme et signification.
Des animaux rares dans cette partie du pays, parmi lesquels des primates, une végétation en voie de disparition cohabitent dans ce lieu de grande curiosité patrimoniale.
Lorsque vous êtes sur le site, vous êtes apostrophé, hélé, interpellé de toute part, par des voix profondes et mystérieuses, suscitant curiosité et admiration. Ce sont des cris de détresse d’un pan de notre patrimoine historique et culturel délaissé, assurément se plaignant de sa condition et du sort qu’on lui a réservé.
Et pourtant, ce site est une mine de secrets, de vérités et d’histoires inépuisables. Il suffit que les autorités s’y intéressent, décident de le promouvoir pour qu’il nous livre tous ses trésors cachés.
Il n’est jamais trop tard. Les autorités peuvent se ressaisir pour faire connaître le patrimoine de Ndiéo et l’inscrire au patrimoine culturel national. Une reconnaissance symbolique, qui constitue une étape importante dans la réconciliation avec une partie de notre histoire.
Elles doivent également faire de sorte que historiens, archéologues, chercheurs et universitaires nationaux et étrangers s’intéressent à cette partie de patrimoine ; en accordant des facilités de toutes natures à tous ceux qui s’intéressent à la culture, et en particulier à ce site patrimonial.
Le ministère de la Culture, doit encourager la presse à aller à la découverte du site, en y consacrant toutes sortes de productions journalistiques ; à travers (reportages, interviews, émissions etc.), avec des personnes ressources locales et nationales.
A long terme, il s’agira de sortir Ndiéo de son enclavement pour le relier aux capitales régionales Selibaby et Kiffa par une route goudronnée. Ensuite, œuvrer pour que le tourisme y soit développé en raison de son potentiel touristique extraordinaire. Ce qui ne peut se faire qu’avec une volonté politique réelle des autorités : en effet l’industrie touristique exige de moyens énormes, de la planification et de l’investissement notamment pour réaliser des infrastructures touristiques et hôtelières.
Nous avions souvent abordé, la question de l’esclavage en milieu Soninké, avec beaucoup de sérieux et de passion. On ne pouvait faire autrement ! C’est un impératif moral, et une compassion pour les victimes, tant le sujet est loin d’être léger ou drôle. Cependant, trop de sérieux, n’est pas sérieux. Et si l’on y mettait un peu d’humour.
La noblesse « horaxo » devrait être un idéal Soninké, soit une personnalité Soninké achevée et parfaite, l’incarnation de la sagesse de « l’homme Soninké » : un idéal à éteindre.
La Noblesse, sous ce rapport, est une attitude, un comportement, une exemplarité morale et éthique, spirituelle voire existentielle.
Tous les membres de la communauté peuvent, en théorie, accéder à la Noblesse, mais à condition d’être éligible. Ainsi, elle cessera d’être héréditaire, transmise par la naissance, une classe fermée et cloisonnée, qui croient être supérieure aux autres; en faisant de la noblesse sa » propriété privée » . Un titre donc contestable par son mode d’acquisition, de transmission ; tel un seigneur sans honneur, arrivé au trône par usurpation et sans en avoir le charisme et la prestance.
Ainsi, la Noblesse devient le combat de chaque Soninké (hommes, femmes, jeunes et vieux ) pour y accéder. La recherche d’une échelle sociale, jamais acquise définitivement et à vie, conduira certainement à la promotion d’une société plus saine, plus juste où l’excellence est une valeur, un défi de tous les jours.
Dans cette nouvelle architecture, la noblesse sera ouverte à tous. Mais attention, on peut la perdre comme un permis à points . En effet, on y prévoit, la déchéance du titre de la Noblesse pour ceux qui poseront des actes répréhensibles et blâmables : elle repose sur l’exemplarité, la probité, mais surtout votre apport à la communauté, à la société.
Dans cette vision, l’Esclave n’est pas un nom de famille, un statut social, un héritage social, soit une étiquette à vie et pour toujours. L’esclave est celui qui est nuisible, celui qui est ignorant et fait montre de bassesse par son comportement etc. On est donc loin du déterminisme social. Rien n’est acquis d’avance et rien n’est perdu d’avance.
Les belles âmes et vertueuses seront les gardiennes du temple de cette nouvelle noblesse ; une espèce de Panthéon. Si bien qu’on sera loin du schéma actuel, où certains sont » déclarés » appartenir à la noblesse, alors même qu’ ils ne savent même pas comment s’y prendre. D’autres sont classés « esclaves » pendant qu’ils excellent en toute chose, et n’ont jamais compris pourquoi la société leur réserve une place aussi déshonorante et abjecte.
Le meilleur modèle social, c’est celui qui accorde une place de choix à l’humain. Or, l’humain est indissociable de la dignité. Ainsi, la dignité est un trait intrinsèquement humain, par delà les origines sociales, géographiques, raciales, tribales, ethniques et linguistiques etc., elle ne peut être la propriété de quelques « privilégiés ».
Un travail de déconstruction est nécessaire pour expliquer que l’honneur revient à cet homme qui a été abusé, déshonoré, déshumanisé, vendu et traité comme un bien meuble par son semblable. Quel honneur, quelle royauté, quelle éminence pour celui qui a esclavagisé son propre « frère » ? Même les puissances impérialistes, ont aujourd’hui honte des actes barbares qu’elles ont posés autrefois en Afrique et ailleurs.
Si la grandeur d’une puissance colonisatrice se mesurait au nombre de colonies dont elle disposait, donc de populations indigènes et de territoires; de nos jours la puissance est avant tout économique, culturelle, démocratique, politique, militaire et diplomatique etc.
La grille de lecture a bien changé. La noblesse est du côté de la victime, qui n’a rien fait de mal si ce n’est être faible, pauvre ou vulnérable. Une situation qui peut arriver à chacun; si l’on admet que la vie est faite de haut et de bas.
Or, l’indignité caractérise bien les agissements de celui qui profite de la faiblesse de son » frère » pour l’exploiter psychologiquement, culturellement, économiquement, politiquement, socialement etc. Et plus grave encore, sans aucun remords, il entend perpétuer sa domination par la transmission des « codes » à sa « lignée » pour que le mal perdure. Comment s’enorgueillir d’un passé où ses aieux avaient des esclaves ? Quandon sait que l’esclavage, même pratiqué sous le manteau de la culture (tradition) n’est pas sans rappeler: abomination, crime. En effet, il rime avec criauté, brutalité, violence, viol et toutes sortes de tragédies humaines.
LE GEB | La rubrique Grand Entretien du BLOG vous revient avec l’interview accordée par le nouveau président de l’association Armepes-France, M. Aboulaye Traoré. Il dirige l’Ong qui a été l’association «mère» du mouvement abolitionniste transnational Ganbanaaxun Fedde. Une dynamique populaire qui milite pour l’égalité sociale et citoyenne au sein des communautés soninké à travers plusieurs pays en Afrique de l’Ouest et dans la diaspora. Nos vifs remerciements à lui pour la disponibilité.
Ci-après l’intégration de l’entretien :
✅️-Question 1 : Bonjour M. Traoré Abdoulaye, pouvez-vous en quelques lignes vousprésenter à nos lecteurs ?
M. Aboulaye Traoré : Bonjour M. Koundou SOUMARE. Mes salutations à vos lectrices et lecteurs. Je m’appelle Traore Boulaye dit Abdoulaye né en 1979 à Ajar, Mauritanie. Mon parcours académique et professionnel est sommairement comme suit : Études littéraires à l’université de Nouakchott. Professeur de français après l’E N S à Nouakchott. Master1 en sciences de l’éducation à l’université de Paris 12 Créteil en France. Actuellement je suis travailleur social en France. Du côté de mon engagement militant, je suis l’actuel président de l’association Armepes-France après y avoir été secrétaire général.
✅️-Question 2 : Le 8 décembre 2024, vous a été élu président de l’Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Éradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles (ARMEPES-France), pouvez-vous nous exposer un bref historique de cette association (son champ militantisme et ses objectifs) ?
AT : L’association ARMEPES-France a été créée une année avant mon arrivée en France. Mais j’avais déjà entendu parler de son existence. Et d’ailleurs mon oncle, qui m’avait hébergé à l’époque était déjà adhérent. Malheureusement mon ami et moi avions raté notre train et du coup n’avions pas pu assister à la conférence organisée par l’association et animée par Oustaz Abdoulaye Traore dit cheikh Abdoulaye Ibnou Kayman. Il a fallu alors attendre jusqu’à en 2016 pour que je puisse enfin faire mon adhésion avec la dynamique inédite enclenchée par le forum whatsapp de sensibilisation créé (le 5 octobre 2016) par l’ancien président, mon frère M. Gaye Traoré. Je fus un des premiers animateurs sur les groupes WhatsApp pour le mouvement de Ganbanaaxun Fedde. En effet, j’ai toujours été un militant, inscrit dans plusieurs organisations mauritaniennes pour la défense des droits humains avant de rentrer dans l’association ARMEPES-France notamment AMEES, UVDS, IRA-Mauritanie et bien d’autres associations de mon village. Pour parler un peu de son historique, c’est une association qui à été créée par des Ressortissants mauritaniens victimes de l’esclavage par ascendance vivant en France. Elle était surtout un moyen et un outil pour sensibiliser et alerter sur les discriminations sociales liées aux coutumes féodalo-esclavagistes. Cela nous permet d’attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur les problématiques de l’esclavage pratiqué entre membres venant de mêmes pays et originaires de la même communauté « Soninké » et ayant la même couleur de peau, Noire. Et de la même religion partagée dans un le groupe sociolinguistique.
Ainsi, nécessairement, il va falloir lutter, dénoncer, cet esclavagisme pratiqué, ce système des castes, qui enfreint la construction des liens sociaux entre les Soninkés avec toutes ces conséquences graves, qui menacent la cohésion sociale et la promotion du développement. À constater que ce phénomène sévit et poursuit les gens même dans l’immigration notamment dans les diasporas soninké à travers le monde.
✅️-Question 3 : À l’entame de cette nouvelle année 2025, quels vœux souhaiteriez-vous adresser à l’ensemble de la communauté militante du mouvement abolitionniste transnational Ganbanaaxun-Fedde ?
AT : D’abord, je souhaite une bonne et heureuse année 2025 à toutes et à tous. Mes meilleurs vœux de santé, de bonheur et un succès pour les abolitionnistes dans la lutte contre toutes les formes d’injustices en particulier aux militantes et aux militants du réseau-Ganbanaaxun. La lutte contre l’esclavage est un combat rude du coup, elle demande de la patience, de la solidarité entre tous. De la discipline dans le combat, une stratégie réfléchie et une certaine constance. Il faut de plus des personnes ressources ainsi que des moyens techniques et financiers, l’implication de personnes éveillées, surtout le soutien d’anciens maîtres d’esclaves pour réussir dans ce combat. Multiplier les actions, continuer la sensibilisation dans la non-violence d’une part mais aussi d’autre part soutenir avec le minimum des moyens de secours aux victimes dans l’impasse de la misère sociale parfois. Car la précarité est une autre forme de contrainte pour accéder à son autonomie, souffler la liberté. Enfin l’éducation est un moyen parmi tant d’autres leviers clés à encourager pour libérer un peuple dominé. À cet effet, qu’importe la situation, il faut rester constant et aller jusqu’au bout dans la lutte car la liberté n’a pas de prix. Par ailleurs, il faut pousser rigoureusement nos États en Afrique à voter et appliquer des lois contre l’esclavage par ascendance très souvent méconnu ou peu pris en compte dans les violations des droits humains.
✅️-Question 4 : Quel discours de plaidoyer comptez-vous réitérer à l’endroit de lacommunauté soninké sur les frictions sociales liées à l’esclavage par ascendance et sesdiverses manifestations ?
AT : L’esclavagisme est un phénomène historique dont beaucoup des sociétés à travers le monde ont connu et lutté. Pour autant, il est cependant inadmissible. Il est à combattre quelle qu’en soit la force de la résistance à la confrontation. Ainsi, prenons exemple sur « la traite Negrière », afin qu’elle nous serve de leçon historique par laquelle chacun de nous doit réfléchir, se rappeler et de faire attention pour ne pas heurter injustement la sensibilité des autres. Combattre l’injustice de l’esclavage, doit être le combat de tous, victimes comme les personnes ayant hérité malgré elles de l’ordre social oppresseur. Cet esclavage par ascendance fait partie malgré tout de notre histoire, de l’histoire de la communauté soninké, que ça nous plaise ou pas. C’est une réalité, qu’on ne doit pas mépriser au contraire, on doit faire face et assumer notre part de responsabilité dans le temps et dans l’espace pour trouver des solutions communes pour son éradication définitive et les problèmes qui lui sont liés afin de vivre ensemble dans l’égalité en droits et en dignité dans sérénité communautaire.
✅️-Question 5 : Après plusieurs années d’activisme intense enclenché par la mouvance antiesclavagiste Ganbanaaxu (la création du forum WhatsApp de sensibilisation en octobre 2016), quelles analyses faites-vous de positions de nos autorités étatiques par rapport au phénomène de l’esclavage par ascendance dans nos communautés,notamment soninké ?
AT : Oui, Lutter contre l’esclavage par ascendance en milieu Soninké n’est pas une chose aisée à mener, voir même très complexe, parce que d’une part, le déni existe et d’autre part, elle était incomprise au début par certaines autorités étatiques de nos pays. Ils confondent cet esclavagisme avec des discriminations tout court où résumer à des Séquelles pour certains. Il va falloir continuer à plaider pour démêler les concepts : l’esclavage traditionnel, l’esclavage moderne à l’esclavage héréditaire ou par ascendance. Mais quelle que soit la situation ce sont des autorités de nos pays qui doivent prendre en charge ce problème afin de trouver des solutions pour son abolition très rapidement. Engager des moyens, mener des recherches pour savoir le fond du problème et puis prendre des mesures idoines pour régler ce phénomène social très ignoble persistant à notre ère à travers le monde Soninké. Malgré la non-assistance de nos autorités étatiques aux victimes, les militants abolitionnistes continuent quand même à sensibiliser en masse sur le réseau de Ganbanaaxun dans les quatre pays (Mauritanie, Sénégal, Mali, Gambie), et dans d’autres contrées où habitent les Soninkés notamment les diasporas. Pour finir, nous demandons et exigeons l’application des lois en vigueur contre les criminels esclavagistes, leurs discours extrémistes et ceux qui les protègent.
Enfin le divorce ! Ce mercredi 29 janvier 2025, le divorce est enfin acté entre l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Dans une annonce fracassante le 28 janvier 2024, les trois pays de l’AES : Mali, Burkina Faso et Niger ont affirmé leur volonté de quitter l’organisation sous régionale. Mais il a fallu un an pour que ce retrait soit effectif conformément aux textes de la CEDEAO. Au cours de ces douze derniers mois, on l’a assisté à une série d’actions de part et d’autre. On pourrait ainsi qualifier la relation entre l’AES et la CEDEAO de Je t’aime, moi non plus ! Sans revenir sur les faits qui ont conduit à la rupture entre l’AES et la CEDEAO, sur lesquels nous nous sommes exprimés dans des écrits par le passé, nous nous focalisons sur les conséquences de cette rupture en mettant en exergue les perspectives sur les plans politique et économique.
● Sur le plan politique
Force est de constater que la création de l’AES en septembre 2023 a permis de rééquilibrer les rapports de force avec la CEDEAO. En effet, avant la création de cette entité, la CEDEAO avait une posture très hostile envers les pays en transition. Les sanctions contre le Mali et le Niger et surtout la menace d’intervention militaire dans ce pays en sont des parfaites illustrations. Depuis la création de l’AES, il faut dire que le ton a changé. Les discours au ton belliqueux ont laissé place au langage diplomatique. Les dirigeants de l’AES, s’appuyant sur une volonté souverainiste, ont su avoir l’adhésion d’une bonne partie de l’opinion publique ouest africaine. Cette posture souverainiste contraste avec celle de la CEDEAO jugée à tort ou à raison d’être un syndicat des chefs d’Etat. Il y a donc là une véritable différence sur le plan politique et surtout idéologique. D’un côté, les dirigeants de la CEDEAO, du moins dans les textes, estiment que la « démocratie » doit être la seule mode de gouvernance et que toute prise de pouvoir hors cadre constitutionnel est illégale. De l’autre côté, les dirigeants de l’AES pensent que la défense de la « souveraineté » doit être la boussole dans la conduite des affaires publiques. A terme, cette situation pourrait conduire à une redéfinition de nos grilles d’évaluation en matière de gouvernance. Néanmoins, il faudrait observer la situation politique dans l’espace AES. La défense de la « souveraineté » sera-t-elle une manière de se maintenir au pouvoir ? L’autre question sur laquelle les deux entités seront jugées est la suivante : le développement précède-t-il la démocratie ? Ce qui nous conduit au volet économique.
● Sur le plan économique
Sur le plan économique, il faut dire que l’incertitude demeure. Si la confédération de l’AES a annoncé dans un communiqué début décembre qu’il n’y aura pas de visas avec la CEDEAO, cette dernière reste pour l’instant silencieuse sur ses intentions. En effet, les conséquences économiques ne peuvent être évaluées que lorsque la CEDEAO affichera sa position. Il y a donc lieu de s’interroger sur ce silence diplomatique. Est-ce le signe que le sujet ne fait pas consensus parmi les pays membres ? Le prochain sommet ordinaire de l’organisation sous régionale est prévu en juillet prochain lors duquel la décision des chefs d’Etat pourrait être connue. Mais il n’est pas exclu qu’un sommet extraordinaire soit convoqué d’ici là. En tout état de cause, en prenant la décision d’assurer la libre circulation des personnes et des biens, l’AES espère la réciprocité. De notre point de vue, c’est l’hypothèse la plus probable. Cela pour deux raisons. Primo, il n’est pas assuré que les dirigeants de la CDEAO puissent décider à l’unanimité d’imposer le visa aux ressortissants de l’AES et d’augmenter les tarifs douaniers sur les marchandises. Il suffit de constater la posture du Togo et celle toute récente du Ghana pour s’en convaincre. Secundo, une telle décision aura inévitablement des répercussions sur l’économie dans différents pays de la CEDEAO eu égard aux volumes d’échanges entre ces deux entités. C’est ainsi que certains reprochent à l’AES de vouloir une CEDEAO à la carte, en se débarrassant des contraintes politiques tout en maintenant les avantages économiques. En somme, nous pouvons dire que cette rupture entre l’AES et la CEDEAO est avant tout idéologique.
Brehima SIDIBE Doctorant à CY Cergy Paris Université.
À Bamako, des mesures récentes, fortes et nombreuses, semblent annoncer des décisions plus graves touchant bien sûr le Mali, mais aussi les hommes qui le dirigent. Quel avenir ceux-ci se préparent-ils alors que la Confédération des États du Sahel se construit peu à peu ? Les institutions de cet édifice original vont se retrouver entre les mains de certains officiers. Malgré de piteux résultats (I), ils ont anticipé les temps à venir en se promouvant dans la carrière militaire en vue de la répartition des postes au sein de la Confédération (II) ; et, sur le plan interne, ils cherchent à pérenniser le statu quo (III).
I ~ La promotion de l’inefficacité et de la dangerosité
La dernière duperie de l’armée date du 16 octobre 2024 : les cinq colonels putschistes et leur compère Abdoulaye Maïga ont joui d’une promotion exceptionnelle – tant par son importance que par son caractère injuste. Les nouveaux généraux n’ont pourtant rien fait qui mérite telle récompense : au ministère de la Défense et des Anciens Combattants, Sadio Camara n’a pas endigué les violences terroristes ; en matière d’organisation des élections, chacun vérifie sans effort l’inefficacité du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Abdoulaye Maïga. Seul Ismaël Wagué, chargé de la Réconciliation nationale, pourrait se vanter d’avoir atteint quelques objectifs, mais tout Malien sait que les Assemblées nationales de la réconciliation nationale (ANR) et le Dialogue inter-Maliens (DIM) ont produit des recommandations écrites par la junte elle-même, une fois ses opposants écartés. De plus, les exigences à cette réconciliation imposées par Amadou Kouffa, à la tête du mouvement islamiste Katiba Macina, comme le respect de la charia, sont un camouflet, sinon une terrible humiliation. Quant à Malick Diaw, il n’a pas cherché à motiver les membres du Conseil national de la Transition (CNT), qu’il préside, pour légiférer contre le prix élevé de l’énergie. Le 1er novembre, il a même contribué, avec eux, à abîmer, encore, les règles de droit constitutionnel en votant la loi ratifiant le Traité de Confédération des États du Sahel. Enfin, concernant l’ordonnateur du désordre et de l’inefficacité érigée en programme politique, le général d’armée Goïta, il a organisé la perte de la souveraineté du Mali, partiellement confisquée par la Russie, par la Chine, et par la si puissante association interétatique en train de se constituer avec le Niger et le Burkina Faso. Un tel bilan ne les préoccupe pas, tant leur intérêt est ailleurs.
II ~ La répartition des fonctions au sein de la Confédération des États du Sahel
L’élévation des colonels au grade de général de division pour l’un, de corps d’armée pour quatre d’entre eux, et d’armée pour le premier de tous signale une ambition égotique. Elle signale aussi la nécessité pour ce quarteron de se hisser au rang le plus élevé de la hiérarchie militaire pour peser, au moins de façon symbolique, face au capitaine Ibrahim Traoré et, surtout, face au général de brigade Abdourahamane Tiani, leurs alliés et leurs complices depuis la signature du Traité portant création de la Confédération des États du Sahel le 6 juillet 2024. En effet, si ces hommes ont des intérêts communs, l’article 7 de leur Traité dispose que « le collège des chefs d’États est l’instance suprême de la Confédération » et que, selon l’article 8, leurs « décisions sont prises à l’unanimité ». Paraître le plus fort n’est donc pas un détail pour faire adopter son point de vue : les discussions entre les trois dirigeants seront inévitablement parfois tendues. Comme il faut régler les problèmes avant qu’ils n’arrivent, la nomination des hommes forts de la junte malienne s’explique aussi au cas où Assimi Goïta devait être temporairement remplacé par l’un d’eux : « En cas de changement à la présidence de l’État assurant la présidence de la Confédération, le nouveau Président de cet État continue le mandat de son prédécesseur jusqu’à son terme. » Ainsi le précise le cinquième alinéa de l’article 8. Elle s’explique aussi au vu de la deuxième instance de la Confédération que constituent les Sessions confédérales du Conseil des ministres. D’après l’article 12, celles-ci comptent les ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de la Sécurité et de ceux qui coordonnent le Développement. Là aussi, prendre part aux discussions en uniforme de général offrira à ces serviteurs de l’État un avantage certain. La reconnaissance, même théorique, par les autorités militaires suprêmes du Mali, de leur estimable parcours, leur offrira une stature considérable, utile lors des rencontres avec les autres dirigeants africains, et qui les légitimera un peu à leurs yeux, tant la culture du chef est encore vive dans cette partie du monde. L’actuel président du CNT sera sûrement désigné député confédéral et présidera la première session du Parlement de la Confédération, puisque c’est au Mali qu’a échu la première Présidence tournante de la Confédération. Il ne reste qu’à transposer, à l’échelon confédéral, la répartition des postes telle qu’elle est actuellement à l’échelon national.
III ~ Le statu quo au plan intérieur
La mise en place des institutions confédérales va continuer d’influencer l’ajournement des élections législatives et de la présidentielle : si elle organisait ces scrutins avant l’achèvement de l’édifice supra-étatique, la junte courrait le risque de perdre sa mainmise sur le Parlement national, donc sur le Parlement confédéral, d’autant plus que la Constitution de la IVe République prévoit l’existence de deux chambres législatives, ce qui augmente le danger de perdre la majorité, sinon l’unanimité. De ce point de vue, la situation présente des nouveaux généraux qui commandent le Mali est assurée de rester telle qu’elle est tant qu’ils empêcheront les citoyens d’élire leurs représentants. Mais même quand cela arriverait, il faut mesurer le péril qu’encourraient les putschistes de déchoir, car c’est au Conseil des chefs d’États que le Traité de Confédération donne un pouvoir gigantesque : ce sont eux qui actionneront les mécanismes de cette machine singulière ; eux qui convoqueront les Sessions du Parlement et les Sessions du Conseil des ministres. Quoi qu’il en soit, il est presque certain qu’Assimi Goïta conservera le fauteuil présidentiel, l’une des recommandations du DIM entendant « susciter la candidature du colonel Assimi Goïta à la prochaine élection présidentielle ». Une fois suivie, cette suggestion écartera la disposition de la loi électorale du 24 juin 2022, qui gêne le chef de la junte, puisqu’elle interdit à un membre de l’armée de se présenter à l’élection présidentielle, sauf s’il démissionne ou demande sa mise à la retraite. D’autres expédients sont possibles, comme imiter le moyen employé par le capitaine Traoré, qui, le 25 mai 2024, a fait modifier la Charte de la Transition pour prolonger de soixante mois (article 22) le régime exceptionnel et ainsi demeurer au palais présidentiel.
M. Balla CISSÉ, docteur en droit public Avocat au Barreau de Paris Diplômé en Administration électorale
Le 20 novembre 2024, le secrétaire général de la présidence de la République, Alfousseyni Diawarra, annonce à la télévision lors d’un flash spécial que « le président de la Transition, chef de l’État, vu la Constitution, vu la Charte de la Transition, vu la loi […] du 25 février 2022 portant révision de la Charte de la Transition décrète : […] il est mis fin aux fonctions de Premier ministre et des membres du gouvernement ». Choguel Kokalla Maïga quitte donc la Primature, qu’il occupait depuis le 7 juin 2021. Le nouveau général de division Abdoulaye Maïga lui succède. Il avait déjà porté le titre de Premier ministre, mais de façon éphémère, entre le 21 août et le 5 décembre 2022, pour assurer l’intérim d’une fonction laissée vacante à la suite de problèmes de santé de l’ex-président du M5-RFP. Si la mise à l’écart de cette figure marquante de la junte au moyen d’arguments juridiques discutables profite à la junte en affaiblissant les lois constitutionnelles (I), elle alourdit surtout le poids de la confédération des États du Sahel, augmentant son influence dans la politique malienne (II).
● I. L’affaiblissement des lois constitutionnelles maliennes
Les textes cités par le messager du Président Goïta motivent-ils un changement légal de Premier ministre ? L’utilisation de trois articles issus de trois documents constitutionnels entraîne telle question, car aucun n’est valable sur le plan du droit. En effet, si l’article 57 de la Constitution de la IVe République dispose bien que le « président de la République nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions », celle-ci n’est pas encore applicable, comme l’indique son article 190 : « Jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions, les institutions établies continuent d’exercer leurs fonctions et attributions. » Or, le président de la République n’a toujours pas été élu ! De même, faire appel à l’article 11 de la Charte de Transition (selon lequel « le gouvernement de la Transition est dirigé par un Premier ministre nommé par le président de la Transition ») est tout aussi irrégulier, puisque le régime exceptionnel a théoriquement pris fin le 26 mars 2024, date à laquelle s’est achevée sa prolongation prévue par la loi du 27 février 2022 ! Par parenthèse, ajoutons que nul ne peut imaginer sérieusement que la junte exploite l’article 38 de la Constitution de la IIIe République, cette Constitution à laquelle la Charte se réfère, mais qui a disparu du préambule de la loi fondamentale de 2023 ; elle dispose, certes, que « le président de la République nomme le Premier ministre », mais précise qu’« il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du gouvernement », et Choguel Maïga n’a pas pris congé de lui-même ! Ce raisonnement, les généraux putschistes l’ont sans doute eu, mais il n’est pour eux que détail, car c’est désormais une autre institution qu’ils cherchent à consolider : la Confédération des États du Sahel, dont le Traité a été signé en juillet 2024. Les critiques de Choguel Maïga ont finalement été une heureuse occasion de se débarrasser de lui et de le remplacer par un des leurs, complice de leurs moyens aussi astucieux que peu scrupuleux pour atteindre leur but de rester à la tête du pays. Avec Abdoulaye Maïga, le Premier ministre du Mali n’assure plus le lien entre la population civile et l’armée au pouvoir, mais entre celle-ci et les juntes nigérienne et burkinabè.
● II. La consolidation de la Confédération militaire des États du Sahel
Nommer Premier ministre le général de division Abdoulaye Maïga renforce bien sûr la militarisation du régime malien, mais aussi celle de la Confédération unissant le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Dans cette association d’États souverains qui ont délégué certaines compétences à des organes communs, notamment la sécurité et la défense, la désignation d’un officier supérieur confirme l’orientation d’une politique forte qui devrait bientôt être expliquée dans un discours de politique générale et justifier que les chefs des principaux partis d’opposition restent incarcérés, ou que l’universitaire Étienne Fakaba Sissoko demeure emprisonné pour avoir écrit contre les prétendus restaurateurs de la liberté. Aucun civil ne peut plus ménager les ambitions des chefs arrogants et orgueilleux d’une armée pourtant très faible et qui cherchent du soutien non plus auprès peuple, mais dans les régimes militaires et autoritaires du général Tiani et du capitaine Traoré qui les aideront si les civils cherchaient à se retourner contre eux. Dans un article du 24 novembre 2024, Jeune Afrique explique que « les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) veulent « harmoniser » leurs documents de voyage et d’identité, pour une « libre circulation des personnes et des biens » ». N’est-ce pas une façon de soumettre les citoyens maliens à la justice nigérienne et à la justice burkinabè, donc un moyen original de faire taire les voix de l’opposition ? Les ressortissants des trois pays, pour être unis dans une sorte d’identité sahélienne, pourraient avoir à rendre des comptes devant des juridictions étrangères de prétendus manquements à des lois extérieures et commis dans les frontières de leur propre État : l’arrestation d’Issa Kaou N’Djim, puni pour avoir critiqué, au Mali, le pouvoir du capitaine Traoré, marquerait alors la première application d’une règle en passe d’être officialisée et généralisée, car la politique d’Abdoulaye Maïga sera bien plus pénétrée des idées du Traité de Confédération des États du Sahel que celle de son prédécesseur, puisqu’il en est l’un des fondateurs.
En écartant Choguel Maïga, et au mépris des lois constitutionnelles, le Président Goïta transforme peu à peu la nature du régime politique : le gouvernement ne sera plus chargé d’appliquer une politique pour le Mali, mais une politique pour le bien de la Confédération, donc le bien de ses chefs. Abdoulaye Maïga est l’homme pour cela. Reconnaissant pour les trois étoiles que le général Goïta a fait coudre sur ses épaulettes, il saura montrer la ferveur nécessaire à l’accomplissement de sa mission.
Balla CISSÉ, docteur en droit public Avocat au Barreau de Paris Diplômé en Administration électorale
Dans les six pays qui ont subi des coups d’État militaires ces quatre dernières années, le Mali (août 2020, mai 2021, mars 2024), le Tchad (avril 2021), la Guinée (septembre 2021), le Burkina Faso (janvier et septembre 2022), le Niger (juillet 2023), et le Gabon (août 2023), les putschistes ont imposé une période exceptionnelle en matière institutionnelle et juridique, une période de « transition », réglée par un document, une « charte », qui complète officiellement la Constitution, mais lui est supérieure lorsque les deux textes s’opposent. Seul le général Tiani, au Niger, a abrogé la loi fondamentale. Chaque junte s’est engagée à organiser une élection présidentielle, gage de ses bonnes intentions démocratiques, censée marquer la fin de cette parenthèse aux confins de la légalité, mais, à part au Tchad, le scrutin est régulièrement reporté. S’intéresser au devenir du chef des officiers à la tête de l’État apparaît ainsi pertinent, en particulier à la lumière des nouvelles Constitutions qu’ils ont ratifiées, des chartes, des propositions émises par les assemblées composées des « forces vives de la nation » et des lois électorales. Aussi, tantôt la possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle est-elle incertaine (I), tantôt elle est rendue ambiguë (II), tantôt elle a été le fruit de revirements (III).
● I. L’incertitude d’une possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle
Au Niger, le général Abdourahamane Tiani a abrogé la Constitution de 2010 dès le 26 juillet 2023, jour il a fait emprisonner Mohamed Bazoum, le Président élu de façon démocratique. Depuis, aucun texte ne l’a remplacé. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie administre le pays comme il veut. L’homme fort du pays a annoncé, fin 2023, que se tiendrait un « Forum national inclusif » devant donner lieu à des propositions de réformes et suggérerait un délai quant à la durée de la période de transition ; il a aussi promis « un cadre stratégique de gouvernance pour la transition » : une future Charte de Transition ? En Guinée, selon l’article 46 de la Charte de la Transition du 27 septembre 2021, « le Président et les membres du Comité National du Rassemblement pour le Développement ne peuvent faire acte de candidature ni aux élections nationales ni aux élections locales qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition », et « cette disposition n’est susceptible d’aucune révision ». Au Burkina Faso, conformément à l’article 4 de la Charte de Transition du 14 octobre 2022, « le président de la Transition n’est pas éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales, qui seront organisées pour mettre fin à la Transition. » Cependant, en mai 2024, la proposition des « Assises nationales » de prolonger la situation institutionnelle a été retenue, de sorte que le capitaine Traoré doit rester à son poste cinq ans encore. Si l’incertitude est de mise, si personne, à part la junte elle-même, ne connaît la place des dirigeants actuels dans les institutions établies après la présidentielle, la militarisation de ces trois pays rend vraisemblable, sinon probable, une distorsion des chartes guinéenne et burkinabè et l’introduction d’un article dans la prochaine Constitution nigérienne autorisant les membres de l’armée à se présenter à l’élection. En effet, en Guinée, le Président Doumbouya a été nommé général en 2024, ce qui renforce son prestige, donc l’idée qu’il ne tient pas à quitter le palais présidentiel, et le Niger et le Burkina Faso (avec le Mali) se sont alliés en juillet 2024 dans une confédération fondée en particulier sur la sécurité et sur la défense, c’est-à-dire sur l’armée. Le capitaine Traoré et le général Tiani ne devraient alors pas accepter de renoncer à leurs prérogatives en agréant une Constitution, une loi électorale ou tout autre document les empêchant de se présenter aux électeurs. Dans ce cas, ils auront le loisir de suivre la voie empruntée par le Gabon et le Mali.
● II. L’ambiguïté d’une possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle
Au Gabon, l’article 44 de la Charte de la Transition du 4 septembre 2023, adoptée par le « Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions » (C.T.R.I.) impose une mesure claire a priori : « Les membres du Gouvernement de la Transition ne sont pas éligibles à l’élection présidentielle qui sera organisée pour marquer la fin de la Transition. Les officiers supérieurs des Forces de Défense et de Sécurité, nommés membres du Gouvernement, réintègrent leurs corps d’origine à la cessation de leurs fonctions ministérielles. » Toutefois, étant donné que le général Brice Clotaire Oligui Nguema cumule les fonctions de chef de l’État et de membre du gouvernement, comme ministre de la Défense et de la Sécurité (d’après l’article 35), nul ne sait s’il aura le droit de se soumettre au suffrage des électeurs. Quoi qu’il en soit, selon le Monde, « parmi le millier de propositions [du « Dialogue national inclusif »], aucune ne revient sur l’éligibilité de l’actuel chef de la transition ». Au Mali, trois mesures sont concurrentes et rendent incertaine la candidature d’Assimi Goïta, ou de l’un de ses amis putschistes. La Charte de la Transition modifiée du 25 février 2022, d’abord, est restrictive : d’après l’article 9 , « le Président de la Transition n’est pas éligible aux élections présidentielle et législatives, qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition », d’autant que « la présente disposition n’est pas susceptible de révision » ; la loi électorale du 24 juin 2022, ensuite, nuance cependant l’interdiction : « tout membre des Forces armées ou de sécurité qui désire être candidat aux fonctions de président de la République doit démissionner ou demander sa mise à la retraite au moins six mois avant la fin du mandat en cours du président de la République » ; et « pour les élections pendant la Transition, les membres des Forces armées ou de sécurité qui désirent être candidats aux fonctions de président de la République doivent démissionner ou demander leur mise à la retraite au moins quatre mois avant la date de l’élection présidentielle marquant la fin de la Transition » ; les neuvième et onzième recommandations de la deuxième thématique, « Questions politiques et institutionnelles », du Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale (DIM), enfin, qui s’est terminé le 10 mai 2024, proposent de « réviser la Charte de la Transition » et de « susciter la candidature du colonel Assimi Goïta à la prochaine élection présidentielle ». Au Tchad, des points de vue tranchés et contraires ont été employés en matière de candidature d’un militaire à l’élection présidentielle.
● III. De l’interdiction à l’acceptation de la candidature d’un militaire à l’élection présidentielle
Au Tchad, après le décès de son père, Idriss Déby, Mahamat Idriss Déby a pris le pouvoir sans que la Constitution ne l’y autorise. Il a instauré un régime de transition le jour même, le 20 avril 2021, et, le mois suivant, a signé une Charte de Transition, modifiée le 8 octobre 2022. Son article 54 est le suivant : « Le Président du Conseil National de Transition assurant les fonctions de Président de Transition ne peut ni démettre le Gouvernement, ni procéder à la révision de la Charte de Transition, ni se porter candidat à l’élection présidentielle. » Pour contourner cet obstacle juridique, le jeune officier a fait procéder à un « Dialogue national inclusif et souverain » et a suivi ses recommandations, comme l’élaboration d’une Constitution – adoptée en 2023 – lui permettant de concourir à l’élection suprême, l’article 68 indiquant en effet que « si le candidat est membre des forces de défense et de sécurité, il se met au préalable en position de disponibilité ». Cet arrangement séduit manifestement les juntes qui cherchent lentement, au moyen de réunions populaires, à légitimer leur pérennité au pouvoir. Mais celles-ci sont plus prudentes, craignant peut-être une révolte populaire ou respectant la feuille de route que leurs alliés russes leur ont fournie. Il n’est pas d’une hardiesse excessive d’avancer que l’objectif atteint par le Président Mahamat Idriss Déby fait des envieux.
L’apparence du constitutionnalisme est le point commun de ces putschistes. Les Présidents n’ont plus l’audace ni la totale impunité de naguère. Même si les garde-fous sont faibles, contestés et contestables, telle la Cédéao, dont certains membres ont à leur tête des dictateurs, ils promeuvent de nobles valeurs. Pour les contrer, la Confédération des États du Sahel prétend défendre des valeurs africaines : c’est une idée forte et peut-être plus subtile pour maintenir le pouvoir des militaires et négliger ainsi certaines règles de droit international et constitutionnel.
M. Balla CISSÉ, docteur en droit public Avocat au Barreau de Paris Diplômé en Administration électorale
Nouakchott, 12 jan (APS) – Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, est arrivé dimanche soir à Nouakchott pour une visite officielle de deux jours consacrée essentiellement à l’énergie, aux transports, à la sécurité et à la migration, lundi 13 et mardi 14 janvier, a constaté l’APS.
Pour cette visite également dite d’amitié et de travail, le chef du gouvernement est accompagné de plusieurs ministres, dont Yassine Fall, chargée de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, et Jean Baptiste Tine, celui de l’Intérieur et de la Sécurité publique.
Birame Souleye Diop, le ministre chargé de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Yankhoba Diémé, celui des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens, et Fatou Diouf, la ministre des Pêches, des Infrastructures maritimes et portuaires, y prennent part.
La délégation conduite par Ousmane Sonko comprend aussi les directeurs généraux de l’Agence nationale chargée de la promotion des investissements et des grands travaux, Bakary Séga Bathily, et de la Société des pétroles du Sénégal, Alioune Guèye.
Elle a été accueillie à l’aéroport international de Nouakchott par plusieurs personnalités mauritaniennes, dont le Premier ministre, Moctar Ould Diay.
« Saisir toutes les opportunités d’investissement »
Des Mauritaniens et des ressortissants sénégalais sont sortis en nombre pour accueillir Ousmane Sonko et les ministres qui l’accompagnent. Des militants de Pastef habillés aux couleurs du parti au pouvoir étaient également présents.
Au cours de sa visite, « le Premier ministre va rencontrer le patronat mauritanien, en présence des acteurs du privé sénégalais, pour les encourager à créer des joint-ventures et à saisir toutes les opportunités d’investissement », indiquent des documents des deux gouvernements.
Il va rencontrer le président mauritanien, Mohammed Ould Cheikh El Ghazouani, au second jour de sa visite, mardi 14 janvier, au palais présidentiel.
M. Sonko « compte aborder avec son homologue mauritanien certains dossiers stratégiques dans les domaines, entre autres, de l’énergie, des transports, de la sécurité et des conditions de séjour et d’établissement », précise la Primature du Sénégal.
Le programme de la visite comprend des réunions ministérielles bilatérales prévues lundi 13 janvier au matin, selon des documents reçus des deux parties.
Ces discussions porteront sur le projet de création d’un secrétariat sénégalo-mauritanien chargé de la coopération et du développement, la migration irrégulière, les conditions de séjour et d’établissement des ressortissants sénégalais et mauritaniens entre les deux pays, et la construction du pont de Rosso.
Des « échanges économiques et commerciaux très modestes »
Un entretien entre Ousmane Sonko et son homologue de la Mauritanie est prévu le même jour, de même qu’une réunion élargie aux ministres des deux pays.
Le programme national de développement « Sénégal 2050 » sera présenté à des investisseurs des deux pays. Seront évoqués aussi « les échanges économiques et commerciaux qui sont très modestes », entre les deux pays, « au regard de l’énorme potentiel de coopération existant de part et d’autre ».
« De 43,1 milliards de francs CFA en 2019, les flux commerciaux entre les deux pays se sont établis à 67,4 milliards en 2023 », indique la Primature du Sénégal.
Elle annonce une rencontre du Premier ministre avec la communauté sénégalaise vivant en Mauritanie.
Sont attendues de la visite d’Ousmane Sonko en Mauritanie « des retombées positives, qui contribueront au raffermissement des liens d’amitié et de solidarité unissant les peuples sénégalais et mauritanien ».
Un « partenariat stratégique »
« La coopération entre le Sénégal et la Mauritanie […] a connu un net regain de dynamisme depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye », affirme le gouvernement sénégalais.
Il rappelle que M. Faye, élu en mars dernier, a effectué trois visites officielles en Mauritanie, et son homologue mauritanien est allé deux fois au Sénégal au cours de la même période. « De nombreuses visites ministérielles ont également eu lieu durant cette période, parmi lesquelles celles des ministres de l’Agriculture et de l’Élevage, du Pétrole, de l’Energie et des Mines, des Pêches, ainsi que des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens », ajoute le gouvernement.
Le premier forum économique sénégalo-mauritanien s’est tenu les 30 septembre et 1er octobre 2024 à Dakar, une rencontre suivie de la 13e session de la grande commission mixte de coopération entre les deux pays, les 4 et 5 novembre 2024 à Nouakchott.
« Ces différentes visites et rencontres témoignent d’une intensification sans précédent de la coopération entre le Sénégal et la Mauritanie, sous l’impulsion des plus hautes autorités des deux pays », souligne la Primature du Sénégal.
Elle signale que « cette dynamique très positive s’opère dans le cadre du partenariat stratégique autour du gaz et du pétrole, symbolisé par le GTA (le gisement de gaz naturel situé sur la frontière maritime des deux pays), qui demeure un exemple de réussite d’un partenariat Sud-Sud, de surcroît porté par deux pays voisins ».
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