Cet ouvrage paru en octobre 2024, essaie succinctement de donner une source-ressource historique et sociologique sur l’arrivée timide et l’évolution plus ou moins mouvementée de la dernière Révélation Divine parmi les peuples ouest-africains. L’auteur y effectue un traçage narratif avec une prudence intellectuelle soutenue en remontant sur plus de mille ans dans la frise chronologique du calendrier chrétien. L’histoire de la géopolitique sahara-sahélienne de son pan occidental, y est revisitée en trame de fond. Peuples berbères, berbères arabisés, arabes, soninkés, peulhs, mandingues, sossos, songhaïs, haoussas et bien d’autres ont vu et vécu diverses expressions et transformations sociales, politiques, religieuses et économiques par et autour de l’élément « Islam » arrivé conséquemment du Nord (l’actuel grand maghreb) aux environs courant 8ème…9ème siècle. Au départ, introduite en milieux élitistes chez certains dignitaires regnants du Wagadou (le célèbre empire soninké du Ghana ancien) ou (et) chez des dirigeants Tekrouriens, la religion musulmane constitue aujoud’hui une facette essentielle de l’identité confessionnelle de plusieurs millions d’individus ouest-africains. Par le passé, selon un instructif décryptage de cet ouvrage, différents cheminements de prosélytisme ont alterné d’une zone à une autre selon des réalités socio-politiques en vigueur. Certains empereurs mandingues, songhaïs et d’autres rois ou princes de différentes communautés l’ont adopté comme référent juridique de leur gouvernance politique d’une période à une autre. Une mention fournie a été faite concernant l’arrivée et le développement des ordres confrériques soufis (Qadriyya, Tijaniyya et Sanûsiya) dans un environnement social déjà nominalement ou profondément islamisé. L’activisme réformateur voire révolutionnaire a été enclenché courant 18ème – 19ème siècle, avec comme carburant idéologique, l’islam à revivifier ou l’imposition pour certains d’un hégémonisme politique aux relents clairement ethnicistes et communautaires.
Il y est rapporté que lors de l’apogée de l’empire songhaï, un neveu du chérif al-‘Abbâs (de la Mecque) s’est installé à Toumbouctou et y épousa des femmes noires. Et, un clan de descendants noirs du Prophète (psl) y était institué. Ce qui peut expliquer peut-être aujourd’hui certaines prétentions d’ascendance chérifiennes dans la sous-région.
L’ouvrage n’oublie pas en filigrane de noter le froissement intellectuel et culturel occasionné par un vif attrait pour l’activité éducative et instructive de haut niveau autour des sciences islamiques.
Lors de la colonisation européenne, les rapports peuvent se résumer plus ou moins entre conflictualités, compositions et exploitations mutuelles des uns et des autres en fonction des circonstances et des intérêts politico-confessionnels en jeu.
Un livre peu volumineux mais très utile pour acquérir et affiner quelques données historiques essentielles d’une longue et dense période de l’avènement de l’islam et son évolution dans notre zone.
Traversées Mauritanides – Écrire, c’est se mettre à nu. Laisser parler son encre, loin de ses horizons. S’exposer aux jugements aussi. Mais peu importe, si nous en avons fait le choix. Et cette édition des Traversées Mauritanides tient le fanal.
En 15 ans, de rendez-vous littéraires, nous avons libéré et reconstruit des paroles. Des auteurs ont partagé nos complicités, des lieux accueilli nos récits et confessions. Au nom de la littérature !
Nous avons appris de nos publics, contradicteurs et passionnés. Leurs interpellations sont, pour l’écrivain, une invitation à la profanation d’une pensée. Et une pensée qu’on profane s’enrichit : tout le mal qu’on peut offrir à son auteur.
C’est là le réconfort des Traversées, créant des cadres sans cesse renouvelés. La liberté de nos auteurs est notre signature.
Les exclu.e.s, victimes du racisme et des discriminations raciales, ont toujours rendu compte avec acuité de leurs expériences vécues. Malgré la détermination dont ils ont toujours fait preuve dans le dévoilement des formes visibles et souterraines de leur exclusion, ils sont restés inaudibles. Accusés d’affabuler, de se complaire dans un statut de victime radicalisée, d’en « faire toujours trop », leurs nombreux témoignages ont été invisibilisés par une ignorance volontairement produite et entretenue par les dominants avec la complicité passive ou active d’une communauté qui sait et pourtant ne parle pas. Nous sommes bien ici dans ce que le philosophe Charles Mills a appelé l’ « ignorance blanche », autrement dit un « système politique non nommé en tant que tel, régi par un contrat racial implicite ». Shannon Sullivan et Nancy Tuana ont expliqué dans un ouvrage essentiel que l’ignorance n’est pas uniquement une lacune dans les connaissances.. Dans le cas de l’oppression raciale, le manque de connaissances ou le fait de désapprendre une chose connue est souvent activement produit à des fins de domination et d’exploitation ».
En Mauritanie, c’est à cette ignorance que se heurtent les exclus. Comment comprendre autrement l’indifférence voire le déni de la grande majorité de la composante maure et du pouvoir face aux situations évidentes de racisme et de discriminations? S’il y a bien quelques objecteurs de conscience, il n’en demeure pas moins qu’ils restent peu nombreux, celles et ceux qui, aujourd’hui, exposent au grand jour le racisme, les discriminations raciales et leurs cortèges de monstruosités.
Pour nettement identifier l’architecture des rejets et des exclusions, il faut s’en remettre aux expériences et points de vue des exclus. Une « épistémologie des points de vue » cette fois-ci, qui, sans rien essentialiser, fait de la vie des Noirs et leurs expériences quotidiennes, le commencement de toute compréhension de ce qu’ils vivent, la possibilité de toute production de connaissances sur leur condition. En ce sens, il faut entièrement souscrire à l’analyse de Sandra Harding qui expliquait l’importance de prendre au sérieux les subjectivités pour arriver à une objectivité forte, l’objectivité clinique n’étant que pure illusion. La subjectivité du sujet-témoin est la condition de possibilité d’une connaissance de la vie des gens.
Nous étions en hiver 2009-2010, j’étais nouvellement arrivé en France. Je m’étais fait un passe-temps d’errer dans les quelques magasins favoris du grand centre commercial, utilisant leurs rayons en guise de plongeoir dans le monde perdu des souvenirs. Je passais d’un rayon à un autre, tâtais les objets sans avoir le moins du monde l’intention de les embarquer dans un caddie – à supposer que j’en eusses les moyens!
D’un magasin à l’autre, mes pensées, tel un chapelet à perles insensées, déroulaient, pas toujours en toute conscience, des sujets aussi variés que ce qui clochait avec la démo de la prof de chimie, ou ce que feraient de nous les extraterrestres s’ils arrivaient à envahir notre planète, ou encore la raison qui fait que les chips sont hyperboliques… Avant que le vent de mauvais augure de mon esprit me rappelle subitement que le froid m’attendait dehors et que je ferais mieux de penser à regagner mes pénates si je ne voulais pas geler comme le fit la démo de ma prof au cours de la matinée ! Mais ce jour-là, le rituel n’en était pas encore arrivé à sa fin. Il fallait, quoique cela puisse être serré, passer par la Fnac. Ce lieu, par l’odeur de ses livres, m’a toujours prodigué des pensées de qualité, même les plus futiles d’entre elles. Elle m’enivrait, et je m’adonnais alors à un envol au gré du parfum du jour. Je m’y dirigeai donc. Dans Fnac, mon chemin est tout tracé ; je passe devant la machinerie électronique les yeux rivés au sol, je traverse sans saluer les cd, films et consorts. Et enfin me voilà dans les bras accueillants de ces lumineuses étagères… Je tourne, fouille, feuillette, range en boucle. Mais ce soir d’hiver, une chose particulière a attiré mon regard et absorbé mon attention. Je m’approchai délicatement comme pour ne pas la faire fuir… Oui, c’était bien les mots que j’ai cru lire de loin. Je me livrai donc à épier l’intérieur de ses pages… C’était bien l’idée que j’en avais intuitée : l’idée selon laquelle j’allais adorer ce qu’elle renfermait. Allez, vite… à la quatrième de couverture! Le prix ? 39,90 euros. Quoi ?! Il n’était nul besoin de me faire un topo sur mes finances que je connaissais par cœur, que j’avais d’ailleurs toujours sur moi comme un code de lancement nucléaire. Comment se séparer de son capital financier censé être le recours devant tous ces besoins qui assaillent de partout notre précaire condition ? Pour mon cas, ça tombe bien, il n’était pas non plus si lourd à porter. Il s’élevait en tout et pour tout à 40 euros !
Que faire donc ? Acheter le bouquin et ne se retrouver plus qu’avec 10 centimes, soit exactement le prix de rien du tout, même pas d’une chips plane ? Ou bien ne pas acheter le bouquin et passer la nuit à feuilleter les pages blanches de mes pensées amères sur lesquelles aucune spéculation ne dessinera la moindre curiosité géométrique qui puisse me consoler, mais quand même garder une meilleure ‘sécurité’ financière ? Le choix était vite fait : je devais feuilleter cette nuit-là les pages de ce joyau fait d’êtres mathématiques, des plus étonnants aux plus envoûtants.
Je n’avais pas senti le froid sur le chemin de retour à la résidence et encore moins le temps que traversait la lune dans cette nuit à longueur digne d’un plein hiver. Mes dix centimes n’étaient pas les seuls dédaignés de la pièce. À vrai dire je ne sais toujours pas si je m’étais acquitté de l’obligation sociale de saluer ceux avec qui je vivais ! Le livre m’accompagnera fidèlement jusqu’à plus de trois hivers plus tard.[…]
Nous sommes en 2013, je finissais un repas dans l’un de ces restaurants de bons mets à l’entour de la gare de Lyon. On peut déjà deviner que je ne payais pas avec mes fameux 10 centimes. C’était une sorte de tradition qu’avait instaurée Florence, ma si sympathique et généreuse mentoresse de l’époque.
Cet après-midi du printemps crépusculaire de l’an 2013, après ce repas dont j’ai oublié la constitution mais dont j’ai toujours gardé le souvenir de la bonne saveur, Florence me demanda de l’accompagner à son bureau, situé dans les environs, m’annonçant qu’il y avait une surprise ! Je ne cache pas que, sur le chemin, j’ai passé en revue toutes les possibilités. Je déteste me laisser surprendre ! Mais vais-je réussir à anticiper ce coup-ci ? On arriva, on entra dans le bâtiment. Un Monsieur âgé était debout, en train d’arranger son cartable posé sur un bureau. On se regarda brièvement comme un échange d’un début de salutation. Je sus qu’il savait qui j’étais, voire qu’il m’attendait. Florence me demanda : Alors Mouhamadou, connais-tu ce Monsieur ? Je répondis : non, mais c’est un matheux ! Ceci déclencha un rire simultané chez les trois. J’ai dû expliquer les préjugés ayant mené à mon affirmation. Et là, Florence me dit : je te présente le recteur Bouvier !
Alain Bouvier est un mathématicien et l’un des auteurs du dictionnaire qui m’avait fait chavirer plus de trois ans auparavant. J’avais raconté l’histoire à Florence qui, en fait, collaborait avec Alain ; ce qui n’avait pas été porté à ma connaissance. C’était la meilleure surprise qu’on pouvait me faire. Et, elle ne m’avait laissé aucune chance pour pouvoir l’anticiper. Autant le dictionnaire m’avait émerveillé, autant ma discussion avec Alain m’a captivé. J’ai découvert une personne passionnante et inspirante, du genre de ceux qui savent communiquer avec notre part apte à s’émerveiller. À la fin de notre entretien, il sortit un sac en plastique de son cartable et me le tendit. Il s’y trouvait la toute nouvelle édition du dictionnaire des mathématiques qu’il m’avait dédicacé. Ce 7 juin 2013 restera une date mémorable dans ma vie tant par l’agréable surprise que par la qualité de la rencontre. Cette ruine financière pour laquelle j’avais opté dans le dilemme fnacquien ne m’aura ainsi procuré qu’enrichissement humain de toutes sortes du début à la fin !
L’Appel est une voie de recours ordinance comme les autres voies de recours ordinaires et extraordinaires permettant de critiquer une décision judiciaire. Hier, la Cour d’appel de kiffa ( CAF) a rendu sa sentence après une longue plaidoirie des avocats et le procureur sur une affaire qui n’a pas toujours fini de surprendre l’opinion publique et les magistrats eux mêmes. La Cour a cassé la décision rendue par la première instance. Par la suite elle a abrogé la peine de mort et condamné les 4 mis en cause à 10 ans de reclusion criminelle avec de dommages et intérêts…
A- Pourquoi la CAF a supprimé la peine capitale prise par la première instance ?
Les éléments constitutifs :
Pour rappel la cour criminelle a condamné un des mis en cause à la peine capitale en avril 2024 après 2 jrs d’audience sans que l’accusation n’arrive à apporter les preuves matérielles et morales. A l’issue de ces 2 jrs d’audience la cour a fait recours au serment en demandant aux frères de la victime de venir prêter 50 serments sur le Coran.
Les frères de la victime se sont portés comme les héritiers masculins potentiels pour prêter serment à la place des héritiers majeurs potentiels de la victime en induisant la Cour en erreur et en disant à celle-ci que la victime n’a pas des fils ou encore ses fils ne sont pas majeurs pour prêter serment. Or, c’est faux ! Ce qui relève de la manipulation et du parjure. C’est à travers ces manoeuvres dolosives des frères et l’entourage de Balla G que la cour a proclamé la peine capitale.
En effet, la victime a deux garçons qui étaient majeurs et saints d’esprit au moment du verdict de la Cour criminelle. L’un est né le 12 sept 1998 à Ghabou et l’autre le 12 mars 2000 à Ghabou. Sauf que ces deux garçons sur leur etat civil (acte de naissance) apparait un faux père immigré résidant en Espagne (demi frère de la victime) prenommé Fousseynou dit Tidjani G. Ce qui constitue un crime à l’etat civil biometrique mauritanien punit par les textes en vigueur. On trouve sur l’acte de naissance de ces garçons le faux père Fousseynou et leur mère Meima S (l’epouse et veuve de la victime ). Seul le faux père le sait pourquoi cette fraude à l’état civil ? Et à quelle fin ? Et pour quel dessein ?
Après l’enquête menée par les avocats depuis l’Espagne, Nouakchott jusqu’à Diogountouro, ils ont constitué un dossier avec tous les actes de naissance des enfants de la victime et actes de mariage mais aussi ceux du faux père et sa famille pour demontrer à la CAF que la peine capitale a été obtenue sur la base des manipulations et des manoeuvres frauduleuses alléguées par les frères de la victime. C’est en ce sens que la Cour d’appel a annulé la peine capitale. Elle a par la suite condamné les mis en cause à 10 ans de reclusion avec un dommage et intérêt de 2millions MRU.
Sur ce point les avocats ont déposé une plainte contre les frères de la victime et tous ceux qui ont contribué à manipuler la cour criminelle de près ou de loin pour fraude à l etat civil et faux et usage de faux. Ils comptent aussi saisir les autorités espagnoles sur les agissements du faux père des enfants biologiques de la victime car cela revele de leur profession de foi.
B- Sur la condamnation de 10 ans de reclusion
Faisons un syllogisme judiciaire: majeur, mineur et conclusion.
Si le majeur tombe, il n y peut avoir pas lieu de condamnation du mineur. Par conclusion le verdict est la relaxe ou l’acquittement…Mais hélas !
A mon sens cette décision est une décision politique qui n’engage que la CAF rendue sur la base d’aucun élément de preuve probante. La Cour a tout simplement partagé la poire en deux entre les parties à l’instance. En l’absence d’aucune preuve materielle et morale elle rend quand même sa propre décision ; et dire que si vous n’êtes pas contents vous vous rendez devant l’instance suprême (la cour suprême de Nouakchott) pour qu’elle vous departage. La Cour suprême est le dernier recours qui constitue le juge de droit et non des faits. Les parties disposent un delai de 15 jours pour former leur pourvoi en cassation et 30 jours à partir de la notification de l’arrêt pour déposer leur memoire selon les dispositions de l’article 460 et suivants du code de procédure penale mauritanien.
En espérant que le droit sera respecté et dit par la Cour suprême ( la plus haute instance judiciaire du pays)
La justice repose sur la notion de paix. Malheureusement cette notion de paix est soumise à un dualisme judiciaire dans certains systèmes juridictionnels africains : un monde sensible d’un côté et de l’autre un monde intelligible incorruptible…
L’audience de la Cour d’appel de Kiffa aura lieu demain le 13 novembre 2024 dans les locaux du tribunal judiciaire de Sélibaby pour une affaire des coups et blessures ayant entrainé la mort. La Cour d’Appel de Kiffa va se déplacer demain de Kiffa vers Sélibaby pour y tenir son audience d’appel, une première dans l’histoire à ma connaissance…
I-Rappel des faits et procédures
Une affaire des coups et blessures a eu lieu dans la nuit à Diogountouro…Après une enquête préliminaire confiée à la gendarmerie locale…Le juge d’instruction ( JI) est saisi… Le JI est le magistrat du siège désigné dans le cas d’affaires pénales graves ou complexes pour instruire. Il est doté de larges pouvoirs lui permettant d’œuvrer à la manifestation de la vérité…jusqu’ici rien d’étonnant…
Au cours de l’instruction la victime (Balla G) est décédée…Le juge a requalifié les faits des coups et blessures ayant entrainé la mort et délivré une commission rogatoire à la brigade de la gendarmerie chargée des infractions électroniques (commission d’expertise à Nouakchott) afin de procéder à une expertise sur le téléphone de la victime et ceux de présumés innocents saisis et mis sous scellés par les enquêteurs lors de l’enquête préliminaire…jusqu’ici rien d’étonnant…
Dans son rapport d’expertise, la commission, a précisé en application de l’article 106 de la loi du 15 juillet 2013 qu’elle n’a reçu que les téléphones des mis en cause ; celui de la victime a disparu dans la nature ; qui d’ailleurs constitue un élément essentiel pour la manifestation de la vérité judiciaire…fait grave et gravissime…Ainsi les experts concluent qu’ils n’ont trouvé aucun fait dans les téléphones des mis en cause de près ou de loin qui laisse supposer qu’ils ont participé à la commission de ladite infraction…
Surprise, à l’issue du rapport de la commission d’expertise téléphonique, le juge d’instruction à rendu deux ordonnances : une ordonnance de non-lieu pour la personne à qui on l’a accusé d’être le commanditaire (cette personne est blanchie de tout fait lui concernant) et une autre ordonnance de renvoi devant la Cour criminelle de Selibaby pour les autres personnes accusées d’être les complices pour y être jugé…
Les parties ont fait appel de l’ordonnance de non-lieu et celle de renvoi du JI devant la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Kiffa…La Cour d’appel a confirmé les ordonnances rendues par le juge d’instruction…Par la suite le procureur a fait un pourvoi en cassation devant la Cour suprême de Nouakchott…La Cour suprême a confirmé l’arrêt de la Cour d’appel de kiffa…
II- L’arrêt controversé rendu par la Cour criminelle de Selibaby en avril 2024
A l’issue d’une audience de 48 heures la cour criminelle de Selibaby composée des magistrats professionnels et des jurés (citoyens) tirés au sort a rendu sa sentence tard dans la nuit du 23 au 24 avril en faisant recours aux 50 serments sur le SAINT CORAN. En l’absence des preuves matérielles et morales, la Cour a fait recours à la justice divine en demandant les 3 frères de la victime (Balla G) de prêter serments sur LE SAINT CORAN s’ils le souhaitent pour désigner un des détenus comme le meurtrier de leur frère. La Cour après avoir expliqué la procédure et insisté sur les conséquences de cette justice divine, les 3 frères de la victime ont prêté serment avec âme et conscience et désigné un des détenus comme le meurtrier de Balla G. Or, aucun de ses frères n’a assisté la commission des faits pour désigner un quelconque individu comme meurtrier de son frère…
En droit mauritanien à partir du moment où il y a recours de prêter 50 serments sur le Coran, le juge reconnaît l’absence d’éléments de preuves matérielle et morales…
Ainsi à l’issue du verdict de la Cour criminelle les parties ont interjeté appel de l’arrêt rendu par la Cour criminelle de Selibaby. L’audience de la Cour d’Appel de Kiffa se tiendra demain dans les locaux du tribunal judiciaire de Sélibaby…
En espérant que la Cour d’appel de Kiffa dira le droit et que la justice sera rendue pour la mémoire de Balla G mais aussi pour les mis en cause détenus arbitrairement…
J’y reviendrais largement à l’issue du verdict !!!
Nos vives et fraternelles félicitations à notre frère et compatriote Dr HamadySidibé qui a soutenu sa Thèse de doctorat en médecine dans la spécialité chirurgie cardiaque, ce vendredi 25 octobre 2024. Cet événement a eu lieu dans la salle des thèses de la faculté de médecine de Sorbonne Université, au 91 Boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris.
Les travaux du natif de Tachott (Guidimagha, Mauritanie) ont porté sur la “COMPARAISON DU REMPLACEMENT VALVULAIRE AORTIQUE REDUX ET DU TAVI VALVE-IN-VALVE DANS LES DÉGÉNÉRESCENCES DE BIOPROTHÈSES AORTIQUES”. Le Professeur Guillaume LEBRETON était son directeur de Thèse.
L’ex interne d’Île-de-France a réussi son exercice de présentation devant un jury présidé par le Professeur Pascal LEPRINCE. Une belle consécration bien méritée pour un jeune homme travailleur, connu pour sa simplicité et son respect envers autrui. Nous lui souhaitons une carrière pleine de réussite comme patricien et citoyen investi auprès de la communauté dans son ensemble.
Kassataya – Notre jeune République en quête de stabilité fait face à des défis majeurs qui mettent à l’épreuve le fonctionnement démocratique de ses institutions. Au cœur de ces tensions se trouve la dynamique complexe entre les oppositions et le gouvernement. L’absence d’un véritable contre-pouvoir parlementaire soulève des inquiétudes quant à la transparence, la responsabilité et la représentation des intérêts des citoyens.
Dans un cadre où le Parlement devrait jouer un rôle fondamental de contrôle et de délibération, la prédominance d’une majorité alignée sur l’exécutif questionne la capacité de cette institution à exercer une surveillance efficace des actions gouvernementales.
Les enjeux liés à la gouvernance, en particulier dans des secteurs stratégiques tels que la gestion des ressources naturelles, les infrastructures ou encore l’éducation, requièrent une attention soutenue et un débat public constructif.
Toutefois, la tendance à marginaliser les voix dissidentes souligne les risques d’une démocratie affaiblie. Les tensions autour des mécanismes de contrôle parlementaire révèlent une nécessité pressante de renforcer les institutions démocratiques afin d’assurer une représentation équitable et une transparence dans le processus décisionnel.
Une Assemblée nationale à l’épreuve
Le pouvoir législatif, censé être le garant des intérêts du peuple, se trouve aujourd’hui au cœur d’une tension significative entre les oppositions et le gouvernement, notamment concernant la création de commissions d’enquêtes parlementaires.
Cette initiative, soutenu par certains groupes parlementaires de l’opposition, vise à examiner des questions cruciales liées à la gestion des ressources et de l’avenir en commun, mais il fait face à des résistances politiques notables.
Le rejet de ces initiatives par le président de l’Assemblée nationale lui-même, membre du même parti que le gouvernement, illustre les difficultés rencontrées par une assemblée soumise à l’emprise d’une majorité favorable à l’exécutif. Ce type de majorité, plutôt que de jouer son rôle de contre-pouvoir, devient souvent une simple chambre d’enregistrement, entérinant les décisions du gouvernement sans véritable débat.
Cela révèle une limite structurelle des systèmes démocratiques actuels que nous allons développer à la fin de cette contribution.
Parallèlement, ce même Parlement est parfois en décalage, pour ne pas dire en opposition, avec les aspirations populaires. Des événements récents, comme les manifestations contre l’adoption de la loi d’orientation dans les écoles privées, mettent en évidence un fossé entre les revendications de la population et les prises de position des élus ou du moins leur temporalité.
Une telle dissonance affaiblit l’efficacité de l’institution législative et compromet sa capacité à représenter véritablement les intérêts de la société.
Le Rôle crucial des oppositions
Les oppositions, composées d’une pluralité de partis politiques et de mouvements sociaux, jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement démocratique. Elles incarnent la diversité des idées et des aspirations de la population.
Dans un régime démocratique, les oppositions sont appelées à apprécier les décisions du gouvernement et à formuler des alternatives concrètes. L’absence d’une opposition efficace peut conduire à des dérives autoritaires, où le gouvernement exerce un contrôle total sur les institutions.
Le refus du président de l’Assemblée de donner suite à la requête de création d’une commission d’enquête, justifié par la prétendue prérogative du bureau institutionnel à déterminer les priorités, constitue une entrave au bon fonctionnement du travail parlementaire. Cette posture alimente la perception que les initiatives des oppositions sont systématiquement étouffées. En matière de droit parlementaire, il est essentiel de rappeler que le principe d’accessibilité aux procédures parlementaires est fondamental.
Conformément au règlement intérieur de l’Assemblée nationale, chaque député a le droit de demander la création de commissions d’enquête par l’intermédiaire de son groupe, et le rejet de ces demandes sans justification valable soulève des interrogations sur le respect des droits des parlementaires.
Les Défis à relever
Dans ce contexte, les oppositions se trouvent confrontées à plusieurs défis Mauritanie – Parlement INSAF : Et si on choisissait nos élus par tirage au sort ?. La nécessité de forger des alliances politiques solides devient impérieuse. Face à une majorité consolidée, la formation d’un front commun est essentielle, impliquant la collaboration de partis divers, malgré leurs divergences idéologiques. À cet égard, les coalitions d’opposition observées dans d’autres pays de la sous-région pourraient servir de modèle inspirant pour la Mauritanie.
Un autre défi majeur réside dans la capacité à mobiliser l’opinion publique. En s’associant à des organisations de la société civile, à des syndicats et à des mouvements citoyens, les oppositions peuvent renforcer leur légitimité et exercer une pression significative sur le gouvernement. Une communication efficace, par des campagnes de sensibilisation et des plateformes médiatiques, est essentielle pour faire entendre les préoccupations et les attentes des citoyens.
L’exploitation des outils institutionnels disponibles représente également un levier important. Même dans un Parlement dominé par le parti au pouvoir, des mécanismes tels que les interpellations, les motions et les demandes de commissions d’enquête peuvent être utilisés pour mettre en lumière les carences de la gestion gouvernementale.
En s’inspirant des pratiques de démocraties consolidées, l’opposition peut recourir à des séances de questions au gouvernement pour obtenir des clarifications sur des sujets d’actualité.
Garantir un cadre démocratique
Les gouvernants, partout à travers le monde, cherchent presque toujours à s’assurer une majorité parlementaire qui leur est acquise, rendant difficile l’émergence d’un contrôle institutionnel fort. Cette dynamique freine le bon fonctionnement du pouvoir législatif, en neutralisant les débats nécessaires à une gestion transparente et équilibrée.
Par ailleurs, il est peu probable qu’un exécutif et une majorité de couleurs politiques différentes soient élus simultanément, ce qui aurait pourtant l’avantage d’imposer une cohabitation productive.
Dans l’idéal, un peuple exercé à la démocratie pourrait choisir un exécutif d’une couleur politique différente de celle de l’Assemblée, favorisant ainsi un parlement fort et indépendant, capable de servir de contrepoids.
Mais cet équilibre est difficilement réalisable dans la pratique. En pratique, les dynamiques partisanes, l’obsession pour le maintien au pouvoir et les intérêts électoraux empêchent souvent une telle cohabitation.
Cette réflexion pousse à se demander si le système démocratique tel qu’il existe aujourd’hui ne devrait pas être réformé, afin de corriger ces déséquilibres structurels. L’introduction d’une plus forte dose de proportionnelle pourrait constituer une piste pour mieux représenter les minorités et favoriser le pluralisme au sein du Parlement. Une autre alternative, plus audacieuse, serait d’envisager des mécanismes de tirage au sort pour sélectionner une partie des représentants.
Cette méthode, inspirée de pratiques antiques et d’expériences contemporaines, garantirait une diversité des opinions et limiterait l’influence des partis dominants sur les décisions parlementaires. Il s’agit d’une pratique largement documentée qui a déjà cours dans certains pays occidentaux.
Il devient donc indispensable de repenser certains aspects du modèle représentatif, en introduisant volontairement des correctifs au système majoritaire afin de réduire l’emprise de l’exécutif sur le législatif.
Pour assurer l’existence d’un cadre démocratique sain, il est impératif de disposer d’institutions fortes et indépendantes. Cela passe par une justice impartiale, capable de protéger les élus de l’opposition contre toute forme de répression ou d’intimidation. La protection des droits des parlementaires, en vertu du droit international, notamment la résolution 54/182 des Nations Unies, souligne l’importance de garantir l’intégrité des élus dans l’exercice de leurs fonctions.
Enfin, le soutien de partenaires internationaux comme les groupes d’amitié parlementaires avec des pays partenaires, vigilants face aux dérives politiques, peut jouer un rôle clé dans la consolidation de l’État de droit en Mauritanie. Des organisations régionales pourraient apporter une aide précieuse pour surveiller le respect des engagements démocratiques par le gouvernement, contribuant ainsi à renforcer la légitimité des institutions mauritaniennes.
Le débat actuel sur la promotion des langues nationales oublie un aspect essentiel, qui ne nécessite pas de sit-in, marche, manifestation, en bravant les grenades lacrymogènes, et s’exposant à la violence policière.
Promouvoir, les langues nationales, ce n’est pas seulement se battre pour leur officialisation, pour qu’ elles intègrent le système éducatif, qu’ elles soient utilisées dans l’administration au même titre que l’Arabe et le Français.
Ce combat est certes légitime, cependant il est loin d’être à portée de main dans le contexte actuel. En effet, la volonté politique déterminera toujours l’avenir des langues nationales, en Mauritanie où personne ne peut se douter que le cœur des décideurs politiques bat fort pour une arabisation à outrance : un impérialisme linguistique. Il y a ce que veut l’Etat, ce que peut l’Etat, ce qu’ envisage l’Etat pour l’avenir des langues nationales.
Or, il est évident que ce qui relève des autorités, de l’Etat qui n’est pas facile à conquérir ; le chemin est fastidieux et semé d’embûches.
Il y a maintenant quelque chose de simple, qui ne demande rien, si nous avions une vision globale, systémique, et nourrissons un projet holistique pour la promotion des langues nationales.
Cet aspect de la promotion des langues nationales consistera à travailler pour enrichir le lexique du Pulaar, du Soninké et du Wolof, en intégrant de nouveaux concepts qui traduisent et expriment le respect de la dignité humaine.
Ce qui implique, la suppression progressive des termes stigmatisants, dégradants voire insultants dans l’usage quotidien de nos langues. Ce qui nous amènera à corriger, à changer une bonne partie du vocabulaire pour parler des enfants, des femmes, des franges vulnérables, des démunis, des personnes vivant avec un handicap, ou d’origine servile etc. Voilà quelques pistes à explorer pour aller dans le sens de ma réflexion.
En clair, il s’agit d’adapter notre façon de désigner, de nommer les choses avec des concepts nouveaux, en phase avec notre époque et en harmonie avec les problématiques du genre, des droits humains, etc. C’est une question de dignité et une volonté de « réhabilitation sociale », de tordre le cou aux idées reçues, héritées d’un ordre social révolu.
Cet aspect de la promotion des langues nationales ne semble intéresser personne. Or, c’est par là que tout doit commencer pour débarrasser nos langues des dogmes porteurs d’inégalités. Ce travail doit être porté par les associations et organisations pour la promotion des langues nationales, les linguistes et les intellectuels.
« L’essentiel de l’action des politiques passe par le discours […] le discours politique, loin d’être un épiphénomène de la politique, pourrait donc, à l’inverse, être finalement le tout de l’activité politique des hommes politiques. » Cette assertion d’Elderman sied bien à la transition en cours en République du Mali. En effet, au cours de ces trois dernières années, nous assistons à l’usage, et cela de manière harmonieuse telle une chorale, des certains mots ou expressions par les autorités de transition. Loin d’être que du verbe, ces mots permettent en réalité au gouvernement de diriger le pays en ayant l’adhésion d’une bonne partie de la population jusqu’ici. Cet article vise à édifier l’opinion publique sur comment des mots ou expressions comme : rectification ; abandon en plein vol ; souveraineté retrouvée ; l’art de se dribler tout en gardant le ballon ; A bon entendeur tant pis ! ; clarification ont permis à la transition de diriger le pays en ayant une relative popularité. Aussi, posons-nous la question des limites de ce qu’on pourrait appeler une gouvernance rhétorique. Pour mieux édifier le lecteur, chaque mot ou expression sera placé dans son contexte spatio-temporel. Cela permet de mobiliser les circonstances de production ainsi que les effets politiques subséquents.
~ Rectification Nous sommes en mai 2021, après un séjour à Paris, hasard de calendrier ou non, le président de la transition d’alors, Bah N’DAW a procédé à un remaniement du gouvernement. Deux poids lourds du CNSP à savoir Sadio CAMARA et Modibo KONE sont éjectés. Il n’aura fallu que quelques heures pour que le colonel Assimi Goita, à l’époque vice-président, ne fasse arrêter Bah N’Daw et son premier ministre. Désormais seul maitre à bord, il prête serment le 07 juin 2021 et nomme dans la foulée Choguel Maiga, président du comité stratégique du M5-RFP, comme premier ministre. Débute alors la rectification de la trajectoire de la transition (pour être plus complet). Ce mot sera employé dans tous les discours officiels pour expliquer voire justifier les événements de mai 2021. Mais en regardant de près, on constate que ce mot relève de ce qu’on appelle la présupposition en analyse du discours. En effet, on rectifie une erreur, une faute. C’est donc une manière subtile de dire que la première partie de la transition—qui va d’aout 2020 à mai 2021—a été marquée par la mauvaise gouvernance. Il faut également souligner que le M5-RFP, considéré comme le mouvement à l’origine du soulèvement contre le régime IBK, a été écarté des sphères du pouvoir sur cette période. Le mot rectification pourrait également signifier que cette « erreur » est corrigée. En tout état de cause, l’opinion publique malienne a semblé bien accueillir cette rectification puisque des décisions majeures seront prises sur plusieurs plans notamment sécuritaires.
~ Abandon en plein vol Lors de la 76è session de l’assemblée générale des Nations Unies, la voix du Mali sera portée par le premier ministre Choguel Kokalla MAIGA. Dans un discours qui restera l’un des moments forts de la transition, Choguel accusera la France d’abandon en plein vol. Il faut dire que les relations entre les deux pays n’étaient plus au beau fixe depuis l’avènement de la rectification. Quelques mois plus tard, les troupes françaises, qui interviennent au Mali depuis 2013, ont été contraintes de quitter le pays. Ce pays ayant décidé de coopérer avec la Russie. Voilà le contexte spatio-temporel. Sur le plan rhétorique, nous avons là un exemple de « petite phrase » construit à l’aide de métaphore aéronautique. L’efficacité rhétorique des petites phrases réside dans le fait qu’elles sont reprises assez facilement par les médias, ce qui permet de faire une large diffusion. Conséquence, un discours de près d’une heure est résumé à une seule expression. Cependant, la portée n’en demeure pas moins importante. En effet, c’était l’une des rares fois qu’un responsable malien de haut niveau s’exprime ainsi sur la France et de surcroit à la tribune de l’ONU, haut lieu de la diplomatie mondiale. Certains salueront le « courage politique » du premier ministre. Cette petite phrase sonnera le glas de la courtoisie diplomatique entre le Mali et la France. Mais ce ne sera pas la seule brouille diplomatique.
~ Souveraineté retrouvée Après la rectification, le gouvernement de transition a initié les assises nationales de la refondation de l’Etat. A l’issue de ces travaux, le chronogramme préalablement établi en accord avec la CEDEAO (qui fixait la durée de la transition à 18 mois) a été abandonné. En lieu et place, le gouvernement proposera une transition de cinq ans. Dès lors, commence un véritable bras de fer avec la CEDEAO. Lors d’un sommet ordinaire le 09 janvier 2022, des sanctions d’une rare gravité ont été prises contre le Mali. Le vendredi 14 janvier, une grande manifestation était organisée à Bamako et dans les capitales régionales à l’appel des autorités. Les sanctions dureront huit mois. Ainsi, pour saluer cette mobilisation du peuple malien, la date du 14 janvier fut retenue comme journée de la souveraineté retrouvée. Voilà le contexte. Dans un article publié en janvier 2023, nous soulignions le caractère contradictoire entre le 14 janvier (journée de souveraineté retrouvée) et le 22 septembre (fête de l’indépendance). Nous évoquions alors une confusion sémantique aux conséquences politiques floues. En effet, souveraineté retrouvée suppose que le Mali avait perdu sa souveraineté. Si tel est le cas, doit-on toujours célébrer la date du 22 septembre ? Mais au fond, l’usage de cette expression permet aux autorités de transition de s’afficher comme les « véritables » défenseurs contre la soumission ou la domination. Il faut dire que ce narratif a un écho favorable au sein de l’opinion publique.
~ L’art de se dribler tout en gardant le ballon On retourne à la tribune des Nations Unies. A la faveur de la 77e session de l’assemblée générale, le colonel Abdoulaye, premier ministre par intérim, connu pour sa rhétorique provocatrice, portera la voix de notre pays. Cette intervention se passe en pleine crise avec la Cote d’Ivoire suite à l’arrestation de 49 « mercenaires » ou « missionnaires » ivoiriens à l’aéroport de Bamako. Auparavant, la Côte d’Ivoire était en première ligne lors de l’adoption des sanctions contre le Mali. Ces circonstances aggravantes n’étaient pas de nature à apaiser la situation. Faisant fi de tout protocole diplomatique, le colonel Abdoulaye Maiga, en référence au 3e mandat d’Alassane Ouattara, dira que c’est l’art de se dribler tout en gardant le ballon.
Là encore nous avons affaire à une petite phrase construite par la métaphore footballistique. Comme on pouvait s’y attendre, elle sera reprise par les médias mais aussi par des internautes. Si la Côte d’Ivoire ne réagit pas officiellement, nul doute que cette petite phrase a contribué à dégrader les relations entre les deux pays voisins. Le même Abdoulaye MAIGA revient à la charge à la 79e session de l’ONU mais cette voici contre l’Algérie. En effet, depuis la reprise de la ville de Kidal par le Mali en novembre 2023, les ex rebelles de la CMA ont élu domicile en Algérie. Cette situation a conduit notamment à la dénonciation de l’accord d’Alger signé en 2015 et dont l’Algérie était en quelque sorte le parrain. Autant de facteurs qui ont contribué refroidir les relations entre les deux pays. Ainsi, à la tribune de l’ONU, le Colonel MAIGA rappellera que l’accord d’Alger est bien mort qu’en bon entendeur tant pis ! Ici il y a la transposition d’une expression commune, avec une connotation positive, « en bon entendeur salut !» qui exprime un conseil, par une expression pour le moins sarcastique.
~ Les limites de la gouvernance rhétorique Comme nous l’avons vu tout au long de l’article, le gouvernement de transition s’appuie sur un certain nombre de mots ou expressions pour diriger. Et il faut dire que cela leur a réussi plus au moins jusqu’ici (ici nous parlons d’opinion favorable). Mais à mesure que la transition se prolonge, on assiste à une certaine fatigue de la gouvernance rhétorique. En effet, bien que l’essentiel de l’activité politique passe par le discours, ces discours doivent être suivis d’effet d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’énoncés performatifs dans les exemples que nous avons cités dans cet article. La particularité des énoncés performatifs et que leur seule énonciation suffit pour accomplir l’acte. Mais tel n’est pas le cas ici. C’est peut-être pourquoi le premier ministre Choguel MAIGA parle de clarification…
Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique
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