La Mauritanie a l’honneur de célébrer la mémoire de Thierno Souleymane Ball, dans le cadre de la lutte contre l’esclavage, le racisme et les discriminations. C’est une initiative de la Fédération nationale de la Maison des potes à l’occasion de la célébration du 21 Mars, journée internationale de la lutte contre le racisme. La Fédération Nationale des Maisons des potes célèbre annuellement cet évènement, à travers ses différentes antennes, dans toute la France. Par l’universalité des luttes anti-racistes et anti-esclavagistes, elle mène une lutte acharnée qui la met en lien avec tous les pays du monde qui sont touchés par le racisme, l’esclavage et la ségrégation. C’est dans ce cadre que, pour cette édition, il a été décidé de se tourner vers la Mauritanie pour évoquer les luttes anti-racistes et anti-esclavagiste dans le pays, en choisissant une figure historique et emblématique qui a lutté contre l’esclavage, le racisme et les inégalités. Ce choix s’est porté naturellement sur la personne de Thierno Souleymane Ball, père de la révolution du Futaa. Il lutta, sa vie durant, contre les pratiques esclavagistes de l’époque, les injustices et les inégalités qui sévissaient dans le Fouta. C’est pour connaître l’apport de Thierno Souleymane Ball sur les questions relatives à l’esclavage que la Maison des potes s’est tournée vers son œuvre.
Lors de cette journée, il est prévu d’organiser une visioconférence à 20h00 (Paris) 21h00 (Nouakchott) avec de brillants intervenants mauritaniens dont Ba Bocar qui va aborder la thématique des luttes anti-racistes en Mauritanie et le professeur Sow Abdoulaye qui va se pencher sur l’universalité de la pensée de Thierno Souleymane Ball. Cette conférence sera diffusée en direct sur RMI-info.com
DIA Abdoulaye Médiateur à la Fédération Nationale des Maisons des Potes 16 Square Dunois 75013 PARIS Téléphone: 0753891514
Une interview accordée par cheikh Muhammad Diakho Tandjigora à la chaîne YouTube Mizane TV. Penseur, professeur et écrivain, ce conférencier sénégalais d’ethnie soninké aborde ici la problématique de l’esclavage en islam. Il y expose ses réflexions avec pertinence.
Meilleurs voeux au pères spirituels qui ont eu le courage et le génie de créer le 5 Mars 1978 le Mouvement ElHor, que la terre soit fragile pour ceux qui ont rendu l’âme et longue vie à ceux qui vivent encore. A tout ce beau monde d’alors ( hommes et femmes ) qui ont battu macadam clandestinement bravant dangers et menaces dans les kebba, les adwabas , ports, cités minière, villes et villages, je dis grand merci. Ces précurseurs du mouvement d’émancipation de la communauté des martyrs doivent s’estimer heureux car la génération montante et consciente assure la relève et porte haut l’étendard qu’ils leur avaient transmis avec fierté et bravoure. Oui, la relève est assurée avec ces nouvelles associations et organisations élevées de près ou de loin à la sève idéologique des pères fondateurs. Qu’il me soit permis ici de citer le mouvement dont nous avons l’honneur d’être l’un.de ses sept membres fondateurs : Ira Mauritanie , cette initiative créée en 2008, et qui avec son président Biram Dah Abeid avait révolutionné la lutte pacifique en gagnant la confiance des masses populaires qui aspirent à la justice mais aussi l’esprit des hommes justes issus du segment dominant actif. Ce mouvement de lumière a tué la peur dans les coeurs des braves. Oui l’espoir est permis et la lutte pacifique continue.
Trois formes d’esclavage (qu’il faut distinguer en Afrique) :
A-Esclavage intérieur africain (à l’intérieur de l’Afrique noire, ou esclavage des sociétés domestiques agraires) datation difficile sur l’ensemble du continent. Si l’esclavage existait avant les contacts avec le monde arabo-musulman, personne n’a su lui donner une consistance historique scientifique. En tout état de cause, l’esclavage en Afrique noire s’est cristallisé au contact des Arabo-musulmans à partir du VIIe siècle, dans ses formes actuellement connues.
B-Esclavage dans les pays arabo-musulmans (vers l’Inde et la Chine pour usage dans le travail agricole) à partir de l’an 652 où le bakht fut signé entre les deux royaumes issus de Méroé vaincu ayant comme capitale Dongola et le Khalife des musulmans pour lui livrer « 360 têtes d’esclaves de moyenne valeur et dépourvus d’infirmités. » (F. Renault et Serge Daget, éd. Karthala, 1985 p.19)
En 666-667, les troupes musulmanes atteignent le Fezzan et s’emparent de Jarma, ils imposent le prélèvement de 360 esclaves pour le Khalife.
En 667, les Arabes atteignent le royaume de Kawar au Nord du Tchad et imposent au roi le prélèvement 360 esclaves. En 682, une expédition partie de Marrakech, attaque les Mesufa au Sud. Le commerce de l’or, l’or produit par les esclaves sur la boucle du Niger est à l’origine des empires almoravide et almohade. Il permit la frappe de pièces d’or par les Almohades en particulier et l’éclosion de la pré-Renaissance et de la Renaissance par la croissance des célèbres ports et Etats-cités du Sud de l’Europe en particulier en Italie et en Espagne grâce au commerce de l’or. C’est la naissance du système bancaire des cités italiennes qui va financer les premières constructions navales de l’Europe ibérique et plus tard de la Hollande, de l’Angleterre et de la France.
C-Esclavage en Amérique et en Occident (sociétés marchandes où le fruit du travail de l’esclave dans les mines et dans l’agriculture est commercialisé, c’est la genèse du capitalisme) : Elle débute en 1444 dès l’arrivée des Portugais dans l’embouchure du fleuve Sénégal un demi-siècle avant le voyage de Colomb en Amérique. – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –
● Qu’est-ce qu’un esclave ?
-Définition juridique (est-elle suffisante ?)
L’esclave est un homme ou une femme qui est la propriété d’un autre homme (ou femme) auquel (à laquelle) il est soumis, de même qu’il est sous la juridiction du pays où l’esclavage est pratiqué. Il travaille pour le maître sans contrepartie de salaire.
-La définition juridique est loin de cerner tous les aspects de l’esclavage dans le temps et dans l’espace, encore moins l’évolution des agressions individuelles et sociales liées à l’esclavage qui se perpétuent dans le monde entier jusqu’à nos jours.
-Elargissement de la définition juridique de l’esclavage par les autres sciences sociales et humaines :
L’esclavage entraîne des conséquences très importantes tant sur l’individu esclave que sur le maître (naissance d’une classe des esclaves et d’une classe des maîtres), et sur l’ensemble de la société esclavagiste. Ces transformations sociales, physiques et psychologiques sont si profondes chez l’esclave et le maître (ainsi que chez les autres membres de la société) que l’histoire ou le droit ne peuvent seuls les épuiser. Les problématiques de l’esclavage dans une société donnée constituent au sens maussien un phénomène social total.
Selon l’anthropologie (cf. C. Meillassoux) 1 : il faut faire la distinction entre l’état et la condition de l’esclave ; par ailleurs, il soutient que l’esclave n’a pas de parenté, il n’a pas de relations sociales libres car il ne peut pas voyager librement, voire ne peut même pas se déplacer comme il le veut dans son environnement proche. En anthropologie, on dit aussi que l’esclave est l’étranger absolu, celui qu’on ne doit pas introduire dans le système de parenté franche. C’est ce processus de mise à l’écart volontaire, de marginalisation exogamique qui permet le contrôle social de la classe des esclaves dans la durée. C’est qui fait dire à Meillassoux que non seulement l’esclave n’a pas de parenté, mais qu’il est de surcroît en dehors de celle-ci. Mais l’esclave est plus largement désocialisé, dépersonnalisé, désexualisé (simple géniteur) et hors de la civilisation. L’état de l’esclave c’est la traduction sociale de sa situation juridique de propriété d’un autre homme auquel il est soumis et pour qui il travaille sans salaire. L’état est l’invariant de tout esclavage, il est le propre de tous les esclavages de l’histoire de l’humanité. La condition de l’esclave c’est la situation concrète qu’il vit au quotidien chez le un maître particulier. La condition de chaque esclave dépend de plusieurs facteurs chez chaque maître. L’esclave n’a pas de parenté, donc il ne peut invoquer que des aïeuls, pas des ancêtres n’étant pas introduit dans la parenté des hommes libres. Il est mis en marge de la société qui le reçoit. Il vit pour travailler pour les hommes libres en dehors de leur système de parenté. L’esclave vit en ménage ou en concubinage car lui-même et sa « femme » sont considérés par le maître comme de simples géniteurs de petits esclaves (pratiquement dans tous les systèmes d’esclavage). Dans les sociétés esclavagistes marchandes on peut séparer les membres de la « famille » esclave à tout moment pour raison de vente ou de location.
1 – Claude Meillassoux : «Anthropologie de l’esclavage (le ventre de fer et d’argent) », puf, 1986)
D’ailleurs la concubine de l’esclave peut être réduite à n’importe quel moment en objet de satisfaction des désirs sexuels les plus pervers du maître, y compris le viol s’il en décide ainsi. Les filles de l’esclave aussi sont soumises aux mêmes violences sexuelles effectives ou potentielles de la part du maître.
En Afrique noire, dès le VIIe siècle, on a créé des marchés d’esclaves au Nord-est, au Nord-ouest et au centre Nord pour pénétrer jusque dans la savane, voire dans la forêt (surtout par le Nord-est dès le VIIe siècle de la part des hordes arabo-musulmanes).
Avec l’arrivée des Européens, la Côte africaine est attaquée dès 1444 et est transformée en vaste champ de captures violentes pour faire des captifs qui seront transformés en esclaves localement, vers l’Europe et ensuite vers les Amérique dès l’année 1503.
A partir de 1444, des fortifications sont édifiées par les Européens sur les côtes africaines de Saint-Louis au Cap où se répandra comme un traînée de poudre la Grande déportation des Nègres d’Afrique sous le couvert du doux euphémisme de « commerce triangulaire » ou « traite des négrière » (cf. Yaya SY : Les légitimations de l’esclavage et de la colonisation des Nègres » (Paris, l’Harmattan, 2009, 452 p.)
● Les institutions esclavagistes :
Selon les pays et les périodes de l’histoire, les institutions esclavagistes ont toujours été et sont encore très complexes parce qu’elles concernent la société dans l’ensemble de son système de production et de reproduction politique, juridique, économique et social, etc.
-Le système juridique (oral ou écrit) instituant l’esclavage dans une aire nationale ou culturelle donnée. C’est le droit qui fonde la propriété esclavagiste (pour la quasi totalité des Etats, des Cités-Etats et des sociétés du Moyen Âge.
-L’institution guerrière liée au système politico-juridique de l’Etat esclavagiste, parfois même à des hordes hors-la-loi. C’est l’institution guerrière qui organise, souvent sous la houlette ou avec l’aval du pouvoir politique, les prélèvements de captifs par la violence (guerre, razzia ciblée ou pas, dans les pays lointains, etc.)
-Les marchands et les marchés d’esclaves où les guerriers des rois ou autres déversent leurs butins humains de captifs. Les marchands y achètent ou revendent des captifs (voire même y échangent des esclaves).
-Les acheteurs ou propriétaires d’esclaves sont les destinataires finaux de la « marchandise humaine ». Ils utilisent les esclaves selon leur propre statut social et les répartissent ainsi : esclaves des mines, esclaves des champs, esclaves domestiques, esclaves à métiers, esclaves ostentatoires d’apparat et de prestige des grands rois (comme les eunuques de palais en Egypte, etc.)
NB// Un captif (de razzia ou même un prisonnier de guerre) ne fait pas un esclave tans qu’il n’est pas vendu et acheté par un tiers et soumis à un travail gratuit pour le maître qui l’a ainsi acquis.
En Afrique, sont souvent classifiés dans le groupe des esclaves : des réfugiés, des endettés, des voyageurs étrangers, etc. Ils sont classifiés en tant qu’étrangers hors de la parenté des libres mais ce ne sont pas des esclaves au sens anthropologique du terme, même si certains d’entre eux travaillaient pour les maîtres et pour eux-mêmes sur des terres appartenant à ceux qui se disaient leurs maîtres. Nous y reviendrons avec des exemples précis.
SUITE ……
La prochaine fois j’introduirai l’esclavage dans la société domestique africaine agraire avec des exemples précis pris dans les pays à la lisière du Sahara.
Par Yaya SY Anthropologue et Professeur d’histoire à la retraite
« La tradition, c’est le progrès dans le passé; dans l’avenir, ce sera la tradition ». Edouard HERRIOT
« La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu’elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition, comme la tradition a surgi du progrès ». Jean D’ORMESSON
La stratification actuelle du groupe peul de Mauritanie, plus communément appelé Haalpulaar, est le résultat de la dernière glaciation des rapports de forces sociaux issus des derniers régimes politiques du Fuuta précolonial, notamment Deeniyankoo6e et Tooro66e.
• Quels termes précis pour définir ce système social ?
Système féodal ? Classes sociales ? Système des castes? A dire vrai, il serait difficile de le classer en toute rigueur dans l’une ou l’autre des dénominations. Le système que je tente ici d’analyser pourrait se retrouver à l’intersection de tous. Je fais, quant à moi, le choix de retenir l’appellation « système des castes » avec, en arrière-plan, le référentiel indien dont il n’épouse pas cependant toute la rigueur. Il en reproduit néanmoins la logique d’essentialisation, et partant, de stigmatisation.
Je ne referai pas ici la nomenclature des différentes castes en pays Pulaar dont on peut retrouver aisément une foultitude de travaux d’autorité (Oumar BA, Amadou Hampathé BA, Yaya WANE, Oumar KANE, etc.) Ce qui m’importe en définitive, c’est comment un système de division du travail, à la base fonctionnel, sans doute horizontal au départ, s’est mué en un rapport de verticalité interdépendante. Et comment, encore au 21ème siècle, alors même que nous vivons dans un état « moderne », et que les rapports sociaux sont de plus en plus des rapports économiques, perdurent encore des souffrances que nous avons parfois du mal à entendre dans notre société ? Quelle est la nature de ces souffrances ? Comment la société dans son ensemble s’arrange encore aujourd’hui avec l’humiliation de l’autre (et quelque fois de soi-même…), au prétexte de la sacro-sainte tradition ? Comment reposer les termes d’un débat de société avec le seul souci du nécessaire dépassement d’un anachronisme handicapant ? Il me semble que le système que nous connaissions, où le fils du Baylo (forgeron) était destiné à reprendre la forge de papa, est en voie de disparition dans sa logique de reproduction sociale. Nombre de mes amis Subal6e (pêcheurs) ayant grandi à Nouakchott nagent moins bien que moi, et trembleraient à la seule idée de monter dans une pirogue. L’un comme l’autre, tout comme le fils du Toorodo (caste en charge du spirituel) qui ne maitrise pas le premier verset du coran, contiendraient difficilement les soubresauts de leurs torses à l’évocation du Mbaylaagu, du Cubalaagu ou du Toorodaagu…
Soyons clairs ! Il ne me vient pas un seul instant à l’esprit de dénier aux uns et aux autres le droit d’être fiers de ce qu’ils « sont ». J’essaie juste de comprendre de quelle façon notre société arrive encore à leur faire intégrer l’idée qu’ils seraient dépositaires du Mbaylaagu, du Cuballagu et du Toorodaagu, en dépit de leur incompétence manifeste en la matière…
C’est bien l’essentialisation des castes qui forge l’hérédité ontologique que nous lui reconnaissons. Et on est là en plein cœur du problème. C’est à la seconde même où nous avons commencé à penser que l’on pouvait être imam, cordonnier ou tisserand, non par compétence mais par essence, que nous avons définitivement dévoyé le caractère fonctionnel de nos castes. Celles-ci se seraient sans doute plus facilement adaptées au monde moderne, n’eut été ce détournement de sens. Cette essentialisation de l’appartenance à la caste met en œuvre tout un système de représentations qui est hélas à l’origine des souffrances évoquées plus haut, et fonde par la même occasion des discriminations réelles. Ces discriminations sont à la fois d’ordre symbolique, politique et économique. La direction des prières et la chefferie du village qu’on dénie souvent aux anciens esclaves est sans doute la manifestation la plus paradigmatique de cette discrimination. L’autre source de discrimination étant l’inégal accès au foncier. C’est que la révolution Toorodo de 1776 a réussi à certains endroits du Fuuta, le tour de force de concentrer ces trois pôles entre les mains d’un seul groupe : le savoir, le pouvoir et l’avoir. Là aussi au nom du détournement de la révolution théocratique pensée par Sileymaani BAAL ; détournement qui permit l’émergence d’une nouvelle aristocratie. Le feccere Fuuta (partage foncier du Fuuta) en 1790 permit à la nouvelle caste Tooroodo à bien des endroits, d’accéder aux privilèges fonciers que lui octroie sa prise de pouvoir. Il y a lieu de noter cependant que les aristocraties plus anciennes, mis à part quelques familles deeniyanke victimes de leur fidélité réelle ou supposée à l’ancien régime, conservèrent de larges domaines fonciers. C’est notamment le cas des castes se66e et subal6e. En somme, les castes dites d’autorité (Tooro6e, ful6e se66e et cubal6e) ; c’est-dire celles qui dirigent nos villages, sont les principales bénéficiaires de notre tenure foncière traditionnelle actuelle. Les autres castes dites de métiers, ainsi que les esclaves statutaires, sont les grands oubliés du feccere fuuta ; alors même que les esclaves par exemple, sont ceux qui travaillent principalement la terre sans en être les propriétaires. Ils sont souvent réduits, dans le meilleur scénario, à faire du « rem peccen » (cultive, nous partageons ! »). Il s’agit d’un procédé par lequel le propriétaire terrien reçoit une partie de la récolte d’une terre que sa famille n’exploite plus depuis des générations quelque fois. L’exploitant étant souvent l’esclave statuaire qui, de fait, ne bénéficie pas de tous les fruits de son labeur… Et c’est ce système aujourd’hui qui est décrié assez souvent dans la vallée du fleuve Sénégal par les victimes de ce système inique, sous la thématique de l’esclavage foncier. Il fait partie de ce qui fonde la récurrence des conflits autour de la question de l’esclavage en milieu négro-africain de Mauritanie.
L’autre point important de la dénonciation à laquelle s’adonnent les militants égalitaristes en milieu Haalpulaar, se situe au niveau des clichés humiliants dont les personnes dites de castes inférieures peuvent souffrir au sein de notre société. Bien sûr, et il faut oser le dire, ces clichés sont entretenus y compris par des personnes dites « castées ». Nos rituels de familles (mariage, « baptêmes », etc.) sont souvent l’occasion de recréer ses rapports dominants/dominés. Et c’est à travers ces dons symboliques que les personnes dites nobles accordent, qu’elles reçoivent de la part des autres la reconnaissance de leur statut de dominants. Il a pu être dit que c’est un rapport de dépendance financier dont profitent également les personnes « castées ». A vrai dire, rien n’est moins sûr… Comment penser de nos jours, que des personnes vivent encore de ce qu’elles perçoivent à ses occasions ? Si les profits matériels sont réels, je crois néanmoins davantage à un attachement affectif à une coutume, dont on sait qu’elle permet de conserver sa place dans la société, qu’à une dépendance financière réelle. Il y aurait de mon point de vue, plus une peur d’un changement qui perturberait l’ordre établi, peur qui existe dans toutes les sociétés conservatrices, qu’un réel besoin de survie économique. Conserver la tradition semble être pour les Haalpulaar une forme de repli identitaire face à un monde moderne violent et insécurisant, où la moindre concession pourrait soulever le fantasme d’une cosmogonie qui s’écroule.
D’où la vitalité de l’endogamie qui permet de conserver deux choses importantes aux yeux du haalpulaar : le sang et le rang. De tout temps la logique matrimoniale a été fondée sur le mariage préférentiel qui ne trouve sa limite que dans l’inceste. Le mariage entre cousins étant celui qui est privilégié, il a alors forcément pour conséquence de rigidifier la cloison caste. Si on se marie préférentiellement dans sa lignée, on se marie forcément préférentiellement dans sa caste aussi. Ici la notion de pureté du sang qui irrigue la logique des castes est sacralisée ; car il s’agit d’assurer la descendance. Les mariages entre castes (ou tout au moins entre castes non équivalentes) sont donc proscrits en raison du risque de confusion qu’ils induisent. L’adage pulaar « Yoo gundo res gundo, elo resa elo » (que le lézard se marie avec le lézard, et le varan avec le varan), est une illustration de cette volonté de cloisonner. En vérité, à y réfléchir, cet adage est bien plus terrifiant qu’on y croit. En effet, il est du même ordre que la logique qui a fait appeler les métis « mulâtres ». Le mot mulâtre a la même racine que le mot mulet : animal issu du croisement entre le cheval et l’âne et qui a la particularité d’arrêter à elle la descendance par son incapacité à se reproduire. Cette terminologie animalière appliquée à l’humain en dit long sur le mépris qu’elle ne s’embarrasse même pas de cacher.
L’adage pulaar ne dit pas forcément la crainte d’une non-reproduction physique, mais symboliquement, l’enfant issu d’un mariage exogamique inter-castes souffrirait d’un déficit de reconnaissance sociale. Son géniteur fait courir le risque que la pureté de la lignée, et par conséquent la lignée elle-même, s’arrête à lui. Du moins dans sa pureté… La crainte d’une discontinuité étant toujours ce qui semble opérer ici. (Suite)
Le comité ministériel chargé des droits de l’homme a tenu une réunion, aujourd’hui lundi, sous la présidence du Premier ministre M. Mohamed Bilal Messaoud. Au cours de la réunion, le commissaire aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile, M. Mohamed El Hacene Ould Boukhreiss, a présenté au comité un rapport détaillé sur l’avancement de la mise en application des traités et engagements internationaux signés par la Mauritanie, des mesures qui ont été effectivement prises et celles qui doivent être prises pour compléter le l’arsenal nécessaire pour assurer le respect des droits des individus, en particulier, les enfants et les femmes, pour les protéger contre l’exploitation et le travail forcé; ainsi que le soutien aux tribunaux spécialisés dans les affaires d’esclavage, par le renforcement de leurs capacités humaines et la spécialisation de leurs membres. Le comité a félicité la commission pour le travail qu’elle a accompli au cours de l’année écoulée, en vue d’assurer la mise à jour des textes, l’application des traités et le suivi des rapports périodiques afin qu’ils restent cohérents avec les engagements pris dans ce domaine, étant donné que près de 96% de ces traités ont été mis en application et que le plan national de lutte contre le travail forcé a été mis en route.
Certains militants afro-panafricanistes sont tellement obsédés par le fait « Homme Blanc », qu’ils perdent toute lucidité militante et intellectuelle jusqu’à vouloir dédouaner nos dirigeants Noirs tortionnaires et également nos propres tares abjectes. Genre, on était au paradis dans Mama Africa avant l’arrivée du Blanc (oriental ou occidental), et l’esclavage intra-africain serait importé… ou il n’existe pas du tout. Sauf qu’en parlant d’Afrique, je me demandais pourquoi parmi les Noirs, les tenants des traites (orientales et occidentales) trouvèrent facilement un marché d’hommes Noirs en masse sur plusieurs siècles alors que d’autres populations non Noires furent épargnées…!
Dans l’Histoire, d’autres peuples non Noirs ont subi l’esclavage, mais si le Noir a été essentialisé comme le « marqueur universel et originel » de l’esclave, revient à nous réapprendre profondément en matière civilisationnelle.
Pire, on devrait se poser certaines questions, pourquoi ça se passait à sens unique ce trafic d’êtres humains ?
Pourquoi ne trouve t- on pas aujourd’hui des populations blanches d’ascendance esclave dans des zones majoritairement Noires ?
Les diasporas afros d’outremer et en milieux orientaux d’aujourd’hui ne suffisent pas comme matière à questionnements perpétuels pour nous…?
Le célèbre kankan Musa dans son voyage en Orient, il avait beaucoup d’or dit – on mais également beaucoup d’esclaves sous son joug apparemment qui ne seraient autre chose que du Noir en masse. A t – il pu ramener tous ces esclaves à leurs terres originelles…?
Les souverains orientaux lui avaient-ils donné comme présents d’esclaves blancs issus de leurs sociétés orientales…?
En Occident d’aujourd’hui, quand un mauritanien Noir rencontre un africain black acquis idéologiquement à certaines thèses afrocentrées et anti-blancs, et lui parle d’esclavage, il sautille en indexant des méchants arabes qui seraient venus d’Orient pour nous réduire en esclavage. En répliquant que Non, ce sont des Noirs qui considèrent d’autres Noirs d’esclaves dans leurs propres communautés dites autochtones, et là il va se sentir perturbé amèrement…. et il peut même te suspecter d’être un vendu à la cause du monde Blanc…!
Et c’est Vrai pourtant !
La lutte anti-esclavagiste engagée dans les communautés soninkés en Afrique de l’ouest, symbolise les tristes et acerbes réalités de cet esclavage par ascendance . Voir et lire ces liens médiatiques :
Tout est dans l’intitulé (TOUNKA LEEMOU KAFFO) de leur association foncièrement exclusiviste , ils s’arrogent du titre (suprême) de royauté, pour chapoter et défier tout, y compris les autorités comme s’il s’agirait d’un état d’exception ou l’instauration d’une principauté autonome calquée sur la volonté de nos capricieux féodaux aigris et nostalgiques. Dans certains cas, plusieurs municipalités de ces régions concernées, sont infeodées, acquises à la cause féodale et vouant une allégeance totale à ces autarcies qui discriminent les citoyens à travers les missions de solidarité de l’Etat, des collectivités territoriales ou des ONG humanitaires destinées aux populations des communes. Il peut s’agir de fonds de solidarité ou de prestations sociales destinés aux populations nécessiteuses. Ces aides sociales sont souvent accaparées par les agents locaux souvent complices qui induisent en erreur les prestataires ou les destinataires au profit de gens qui adhérent à leur idéologie en fournissant des listes biaisée et tronquées de nécessiteux ayant-droits droits. Sur le seul critère douteux de suiveurs féodaux et en excluant les insoumis à l’ordre féodal.
Donc ils n’ont que faire de tout le reste des composantes du corps social qui ne sont à leurs yeux que des citoyens de seconde zone du simple fait de ne pas épouser leur idéologie d’ascendance filiale nobiliaire. Ils sont donc perçus comme des vulgaires suiveurs à la merci et en marge de la gestion des affaires sociales des villages et de simples exécutants du »contrat social » hérité dont les féodaux sont les seuls privilègiés d’une telle structure sociale. Ils veulent ériger en règle absolue ce mode de gestion archaïque et anachronique pour réguler nos rapports sociaux (code social) avec toutes les iniquités qui vont avec.
Toute leur idéologie se drape autour de leur égo mal placé s’articulant foncièrement autour d’une prétendue »noblesse » héritée à laquelle était soumise passivement et sans condition ni discussion possible de ceux issus des autres couches de la société. Comme il s’agit d’un ordre filial hérité, il n’y a pas de réforme qui soit possible. Cette obsession de vouloir se mettre sur un piédestal et soumettre son prochain à ses caprices de nostalgiques légendaires les rend schizophrénes. Nous, on ne s’est jamais caché qu’on souhaite en finir avec ces pratiques archaïques qui inhibent. Ce »machin » d’association (TOUNKA lemou kafo) n’est qu’un outil de résistance à ce qu’on combat. Avouez-le comme on le crie partout, vos principes ne s’imposent à personne ou du moins à nous en tout cas. Par contre la citoyenneté et l’égalité qu’on promeut dans la société va être respecté de gré ou de force par la seule force de la loi. Sans quoi, la défiance que vous incarnez ce n’est pas nous que vous défiez mais l’Etat.
D’ailleurs la supposée »noblesse » que vous revendiquez, cela ne se reflète nullement dans vos faits et gestes. Puisque, ça ment, tronque et maquille les faits aussi bien dans les médias et devant les instances publiques (tribunaux, commissariats…). Ca veut relater la réalité tout en jouant aux fossoyeurs ou gymnastes »intellos ». Mais les faits sont têtus ainsi que vos motivations réelles sont malveillantes et ça n’échappe à aucun citoyen averti. Vous prétendez relater les violences tout en omettant sciemment d’écrire une ligne sur les événements de Djandjoume qui est le paroxysme de la violence lié à la cause que vous défendez. C’est-à-dire leur seul crime est dû au fait du refus de se soumettre à ce même ordre féodalo-esclavagiste.
Admettons même, que le problème de fond ne soit pas sur l’esclavage ou la servitude comme vous le dites , il faut expliquer aux bonnes consciences auprès de qui vous voulez vous faire du crédit, en défendant votre idéologie féodale méprisante que vous pronez n’est en aucun cas un modèle social qui régule la société qu’aucune société nous envie.
Sachez que vous n’êtes pas les seuls promoteurs de belles valeurs de soninkara. Il y a les valeurs et les privilèges. Et Ce que vous défendez c’est plutôt vos privilèges quand à nos valeurs, les vraies on les connaît. Que dire du principe de citoyenneté qui ne vous flaire même pas au nez, tant vous voyez vos concitoyens en »sous-hommes » et que tout doit tourner autour de vous (TOUNKA lemou) « XAR NOLAB SIRI ? ».
Vous voulez nous faire croire que vous véhiculez des valeurs républicaines en créant un groupuscule faisant la promotion de vos seules familles régnantes ( XAR XA HAXILO LO MINE): avez-vous perdu toute votre lucidité ?
Quand vous écrivez, êtes êtes-vous conscients que vous vous adressez à des esprits consciencieux ?
Je ne vois aucune noblesse sur le fait d’affirmer une chose le matin et infirmer le contraire l’après midi sur convocation d’une quelconque brigande ou devant une audience au tribunal.
La capitale régionale du Guidimagha reçoit en visite officielle le président mauritanien Mohamed Cheikh El-Ghazouani. C’est une première dans cette région Sud mauritanien depuis son élection à la tête du pays en juin 2019.
Selon certaines sources médiatiques, il y passera la nuit et s’attelera dans la journée du vendredi à l’inauguration des infrastructures publiques, comme le nouveau bâtiment du tribunal régional et certains logements sociaux nouvellement bâtis.
Dans le public accueillant le cortège présidentiel, nous y constatons la présence des banderoles d’AMEES (Association Mauritanienne pour L’Éradication de l’Esclavage et ses Séquelles) dénonçant les problématiques liées à l’esclavage par ascendance dans la région notamment au sein de la communauté soninké. Les militants abolitionnistes soninkés de la région interpellent régulièrement les autorités publiques sur les agissements discriminatoires et les harcèlements récurrents venant des cercles féodaux s’accrochant aux mentalités esclavagistes d’antan.
Depuis quelques années, ces citoyens parmi la communauté soninké sont mobilisés pacifiquement pour se défaire des coutumes féodalo-esclavagistes et discriminatoires dans les localités villageoises et demandent l’application effective des lois.
Lancement ce matin lundi 16 novembre 2020 de notre formation de para-juristes sur les droits humains, l’esclavage par ascendance et l’esclavage contemporain, sous la présidence du Ministre de l’enseignenent supérieur et de la recherche scientifique, Pr Amadou KEITA, à la Faculté de droit public de Bamako.
La cohorte de 28 parajuristes, 14 hommes et 14 femmes des 7 cercles de la région de Kayes sera formée pendant deux semaines au LERDDL sous le parrainage Mr Aguibou Bouaré, Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).
Ces parajuristes seront déployés ensuite dans les 7 cercles de Kayes pour sensibiliser les populations à la question de l’esclavage.
Bon vent à eux et surtout du courage à la tâche pour que cette noble cause de la lutte contre l’esclavage au Mali et à Kayes en particulier puisse enfin faire un grand bond en avant grâce à notre programme et au soutien de nos partenaires locaux et internationaux.
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