Aujourd’hui, même si les pratiques ne sont plus les mêmes, l’esclavage reste dans les esprits de certaines personnes, car ses séquelles peuvent être un vecteur de trouble à l’ordre social, à l’instar de ce qu’il s’est passé à Kaédi ce lundi 5 avril 2021 lors d’une querelle opposant les anciens esclaves aux familles qui, traditionnellement, dirigeaient les prières à la chapelle de Mpali Kaba. Cette querelle s’est tristement soldée par un bilan de dix blessés, dont deux graves.
En Mauritanie, le combat du militant Biram Dah Abeid s’est uniquement articulé autour de l’esclavage chez les maures-haratines, passant sous le silence les pratiques aussi esclavagistes qu’anti-républicaine, qui sévissent dans la société des négros-mauritaniens. Cependant que les attitudes esclavagistes, bien que cachées par le déni et l’indifférence, demeurent une monnaie courante au sein de la communauté négro-mauritanienne, d’aucuns n’hésitent d’évoquer la notion des séquelles de l’esclavage en adoptant la posture des négationnistes dans le milieu maure. Tout acte esclavagiste est mauvais et à bannir. Par contre, l’esprit esclavagiste dans les négros-mauritaniennes est autant violent qu’avilissant .
En effet, il est observable chez les maures qu’un Hartani qui sait lire le Coran peut présider une prière; ensuite quand un Hartani meurt, il est enterré avec les maures. Aussi les maures et les hartanis se président-ils la prière, se partagent le même cimetière, contrairement aux négros-mauritaniens.
Un intellectuel issu d’une famille anciennement esclave, n’a même pas le droit de porter un brassard dans une équipe au Fouta, présider une prière ou diriger une association du village. Si une personne issue d’une famille d’anciens esclaves se marie avec une soi-disant noble, ce n’est pas parce qu’elle soit considérée comme un homme vivant dans une république qui fonctionne selon des lois qui ne font aucune différence entre les citoyens, mais c’est parce que cette personne-là a beaucoup d’argent. Ces pratiques esclavagistes et féodales sont courantes chez les négros-mauritaniens, mais la conscience collective n’est pas encore prête d’en parler en prenant cette question à bras-le-corps. Or, les soit-disants militants progressistes négro-mauritaniens, quoiqu’ils n’abordent jamais la question de l’esclavage sévissant dans leur propre société, ils sont promptes à sauter sur les cas de l’esclavage que l’on découvre dans la société maure pour en faire un tapage médiatique. Cette hypocrisie doit cesser.
J’accuse ! Oui, J’ACCUSE l’État mauritanien de profiter de ce différend au sein de la communauté négro-mauritanienne pour s’asseoir son pouvoir. Il est à noter que l’élite négro-mauritanienne au POUVOIR est issue d’une seule caste, celle des soi-disants nobles. Il faut regarder les ministres négro-mauritaniens, les élus et les ambassadeurs pour s’en rendre compte, alors que nous avons des jeunes si brillants, mais également d’intellectuels issus des castes qui sont reléguées au bas le l’échelle sociale, à savoir les castés et les jeunes issus d’anciens familles serviles. Dans ces conditions, l’État est complice de ces pratiques esclavagistes, féodales dans ce pays, Ce qui, à coup sûr, va compromettre le développement de notre pays en retardant le processus de mise en place d’un ÉTAT de DROIT.
Un pays ne saurait être si bien posé sur la rampe de l’évolution si une partie de ses enfants jouie des priviléges fondées sur la place que chaque individu occupe dans la stratification sociale. Cette situation qui ressemble à l’organisation de la société française pendant l’ancien régime doit cesser pour laisser la place à une société fondée sur la rationalité sociale, base essentielle du républicanisme. Nous réitérons que cela doit cesser pour le grand bonheur de notre communauté, pour le bien de la société, pour le bien de notre cher pays. Plus jamais un Mauritanien, quelle que soit sa classe sociale, n’acceptera de se faire humilier. Le conflit de Kaedi n’est qu’un avertissement. Il est temps encore, de bâtir une société saine, un État fort, solide, loin de ses pratiques moyenâgeux.
“Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais.” dixit AbrahamLincoln. Mettons nos complexes d’à côté, parlons, discutons des choses sérieuses pour le bien de notre cohésion sociale et nationale.
Houssein Thiam alias Grand Thiam Nouadhibou, Mauritanie
Ce lundi 5 Avril 2021, des violents affrontements ont été signalés avec plusieurs blessés à déplorer autour d’une Zawiya dans un quartier de la ville de Kaedi, la capitale du Gorgol (région Sud mauritanien). Selon nos informations recueillies auprès de sources dignes de foi, une affaire pendante déclenchée le vendredi 2 octobre 2020 après un office de prière dirigé par un membre de la communauté en l’absence du titulaire, est à l’origine de ce débordement violent. Ainsi l’imamat de l’occasion assuré par Cheikhna Coulibaly n’avait pas été apprécié par certains éléments de la communauté soufie. Par la suite, les partisans du camp encarté nobiliaire faisaient savoir que sans autorisation, ce lettré Coulibaly appartenant à la couche sociale assignée statutairement esclave , n’avait pas droit à officier comme imam. Le camp de CheikhnaCoulibaly en a conclu une discrimination manifeste avec des penchants féodalo-esclavagistes à son encontre. Au final il y a eu scission de fait dans l’office de prières au sein de l’enceinte de dévotion. Les rapports devenaient tendus de plus en plus jusqu’à cet éclatement regrettable de violences en début de soirée de ce 5 Avril.
Ainsi nous , Ganbanaaxun Fedde – Armepes et partenaires, fidèles à nos principes pacifistes, dénonçons toutes les violences quelle qu’en soit l’origine. Nous souhaitons un prompt rétablissement aux blessés.
Appelons à l’apaisement et à une concorde retrouvée au sein de cette communauté à la lumière de valeurs d’égalité et de fraternité promues par notre religion.
Réitérons notre appel à l’endroit du monde soninké pour une nécessaire réforme intérieure en extirpant certaines coutumes qui humilient humainement et discriminent socialement. Les fuites en avant et le déni des réalités ne servent aucunement l’espoir d’un avenir serein de la communauté dans son ensemble.
Demandons l’implication sérieuse de nos autorités étatiques sur les cas litigieux touchant le respect des droits humains notamment les vestiges tenaces de l’esclavage sous toutes ses manifestations. Que la Loi et le Droit s’imposent rigoureusement en recours quand la dignité de certains citoyens est bafouée.
Exprimons notre entière solidarité avec les personnes victimes d’un mépris culturel lié à leur ascendance sociale, qui militent pour plus d’équité sociale et d’égalité citoyenne.
Le 7 avril 2021
• Pour la communication GANBANAAXUN FEDDE et Partenaires.
Le Conseil exécutif s’est réuni ce mardi 06 avril 2021 dans les locaux du siège de l’organisation à Riyadh et a décidé après une large concertation la désignation à l’unanimité de madame Kadiata Bâ vice présidente d’IRA – Mauritanie. La nouvelle vice – présidente était présidente de IRA Canada. Le Conseil a aussi désigné madame Zeinabou Wade dite Chebiba présidente adjointe de la Coordination. IRA – Mauritanie félicite mesdames Bâ et Wade et leur souhaite beaucoup de réussite dans leur nouvelle mission.
Nouakchott le 06/04/2021 La commission de communication
Le président de SOS Esclaves, Boubacar Ould Messaoud, a répondu mardi 6 avril, à la déclaration de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).
« Il n’a pas été établi, après investigations, d’une quelconque preuve d’allégations de SOS Esclaves relatives à l’apologie de l’esclavage » lors d’une cérémonie de mariage à Oudane, dans le nord du pays, avait déclaré dimanche 4 avril, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH).
« Il y’a des gens qui ont pour objectif premier de tout faire pour démontrer que SOS Escalves est une organisation de mensonges [et] qui cherche à créer des problèmes à la Mauritanie. C’est vraiment dommage les propos du président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). Il [Maitre Bouhoubeyni] s’est bien distingué », a déclaré Boubacar Ould Messaoud, lors d’une conférence de presse.
« Maître Bouhoubeyni cherche à se faire un nom sur notre dos. Ce ne sont pas eux qui vont nous détruire. Nous n’avons jamais triché avec la question de l’esclavage », a encore ajouté le président de SOS Esclaves.
Celle par qui cette affaire de femme donnée en dot a éclaté était présente à cette conférence de presse. Aziza Brahim, point focal de SOS Esclaves, dans la wilaya de l’Adrar, est campée sur ses positions, affirmant avoir été saisie par un membre de la famille de l’esclave offerte en dot.
« L’esclavage, il faut le combattre. Sinon, il nous combattra. Beaucoup de choses vont revenir et nous allons continuer à nous battre pour que l’esclavage disparaisse et nous lutterons avec sérieux et honnêteté. Nous n’avons jamais fait quelque chose sans jamais avoir de preuves », a dit Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves.
Les malheureux événements de Kaedi nous interpellent tous et doivent nous inciter à réfléchir sur la réalité des contradictions qui affectent nos communautés comme héritage d’un passé socio-économique dépassé (nous sommes dans un monde dominé par le capitalisme) mais qui continuent à produire des effets pervers à tous les niveaux et bloquent notre développement et notre modernisation. Ces contradictions là ne pourront jamais être réglées par la surenchère verbale ou la violence. Ce sont des contradictions au sein du peuple. » Les esclaves » et » les maîtres d’esclaves » d’aujourd’hui ne sont plus des ennemis qui doivent régler leur s differends par la guerre civile (verbale ou réelle) mais par le dialogue, les compromis dynamiques, dans le cadre des lois de la Republique. Ne poussons pas les uns et les autres à adopter des positions extrêmes. Nous ne sommes plus dans des émirats ou des almamiyas d’autrefois. Nous sommes en République. Ce dont il doit donc s’agir c’est de citoyenneté et d’égalité. Il y’ a de bonnes et de mauvaises traditions. Le rôle de l’Etat est d’aligner tout le monde dans le respect des normes. Et celui des démocrates et des progressistes est de combattre pour unir le peuple dans toutes ses compositions, en refusant d’opposer les uns aux autres, tout en restant fermes quant au respect des droits humains dont le premier d’entre eux : celui de chacun d’être traité en égalité avec tous les autres, sans exception ni privileges de quelque nature que ce soit.
Plusieurs blessés ont été signalés, l’un d’eux a été grièvement blessé, à la suite des affrontements qui ont eu lieu ce soir entre un groupe d’anciens esclaves et un groupe d’anciens maîtres dans un quartier de la ville de Kaédi , la capitale de la wilaya du Gorgol.
Les services de sécurité sont intervenus, arrêtant les personnes des deux groupes et bouclant le quartier «Guetaga » dans lequel les affrontements avaient lieu, tandis que les blessés étaient transportés à l’hôpital pour y être soignés.
Des sources locales ont estimé à neuf le nombre de blessés des deux côtés. Des sources à Al-Madina ont déclaré à Al-Akhbar que les affrontements ont commencé après une dispute au sujet de qui sera l’imam de la mosquée entre d’anciens esclaves et d’anciens maîtres, qui s’est transformée en affrontements qui ont fait plusieurs victimes.
Les bureaux de la wilaya ont abrité une réunion administrative et de sécurité pour discuter des moyens de contenir l’incident et d’y mettre un terme, afin qu’il ne se développe pas davantage.
La Commission Nationale des Droits de l’Homme a tenu une réunion d’urgence à la suite de la déclaration du bureau exécutif de l’organisation S.O.S Esclaves datée du 28 mars 2021, déclarant et condamnant des actes de glorification de l’esclavage et de non-respect de la dignité humaine lors d’un mariage entre deux familles à Ouadane où les mots de la déclaration de mariage étaient ainsi libellés à titre de dote : une esclave, un troupeau de chameaux, la somme d’un million d’ouguiyas et un cheval, pratiques considérées par eux comme une partie essentielle du patrimoine local.
La Commission Nationale des Droits de l’Homme( CNDH ) a pris l’initiative d’effectuer une mission sur le terrain, à la moughtaa de Ouadane, afin d’enquêter sur les faits présumés.
A l’invitation de la Commission, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’homme s’est joint à la mission en tant qu’observateur et conseil technique.
L’approche de la CNDH consiste à ce que, loin des discussions stériles, le débat au sujet de l’esclavage se transforme en travail de terrain qui mènera à l’éradication du phénomène par l’enquête impartiale et indépendante sur chaque cas signalé et le traitement des cas avérés en vertu de l’arsenal juridique complet, particulièrement la loi de 2015.
Suite à la décision prise lors de la réunion, une mission fut dépêchée à Ouadane, elle comprenait :
deux staff de la CNDH dont un membre du bureau permanent et un conseiller
-Un staff du Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
Dans un souci de transparence et d’ouverture la CNDH a adressé un courrier officiel en date du 30 mars 2021 à l’organisation de SOS Esclave l’informant de la mission dépêchée à Ouadane et transmettant les coordonnées de ses membres tout en l’invitant à mettre à la disposition de la mission et du siège l’ensemble des informations, témoins et preuves qu’ils souhaitent mettre à leur disposition pour éclairer les investigations. La commission n’a pas reçu de réaction de la part de SOS Esclave.
Lors de son séjour à Ouadane, les membres de la mission ont rencontré, interviewé et enregistré les témoignages des personnalités suivantes qui étaient directement concernées et présentes au moment de la cérémonie de mariage, il s’agit de :
L’Imam de la Mosquée du Prophète qui a dirigé la cérémonie de mariage et a rédigé le document coutumier.
le « Tuteur de l’épouse »
le « Tuteur de l’époux »
la mère de l’épouse
l’un des témoins.
une présidente d’organisation de la société civile présente
A l’issue des investigations menées par la mission de la CNDH et le bureau du Haut Commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme ( conseiller technique) à ouadane et Atar du 29 mars 2021 au 01 avril 2021 il n’a pas été établi une quelconque preuve des allégations de SOS esclaves relatives à l’apologie de l’esclavage lors de ce mariage.
L’ensemble des témoins interviewés ont catégoriquement confirmé que les propos contenus dans le communiqué de SOS Esclave notamment le terme « esclave » n’ont pas été prononcé lors de cette cérémonie.
En conséquence, et sur la base de ce qui précède, la CNDH restera fidèle a ses principes et s’engagera inlassablement de manière positive avec les organisations de la société civile et les militants des droits de l’homme sur toutes les questions relatives aux droits de l’homme, en particulier la question de l’esclavage tout en espérant que les activistes et militants des droits de l’homme soient vigilants quant aux informations publiée à leur initiative pour plus de crédibilité.
La CNDH renouvelle également sa condamnation et son rejet de toute pratique portant atteinte à la dignité humaine et en particulier toute pratique ou apologie de l’esclavage.
La CNDH note enfin l’importance de renforcer la capacité de la société civile concernant la documentation des violations des DH.
La Commission Nationale des Droits de l’Homme ( CNDH).
OCVIDH: Bonjour Docteur Koné Makan Djibril, pouvez-vous vous présenter aux mauritaniens, et partenaires intéressés par la vie sociale et politique de notre pays ?
KONE MAKAN: Bonjour et merci pour l’occasion que vous m’offrez. Cependant, il est difficile de parler de soi. Bon ! Je suis natif de Sélibaby -Guidimaka, où j’ai fait l’école primaire et le collège de cette ville, puis le lycée de Kaédi, le baccalauréat au lycée national de Nouakchott et mes études universitaires en Algérie. Dans ce pays frère, j’étais le correspond et « le référent » de la génération des étudiants mauritaniens de la fin des années 1980 à 2002. Certains compatriotes se reconnaîtront et leurs faits un petit signe de la main.
En France depuis 2002, j’ai milité dans le parti AC puis APP et dans des associations comme l’AVOMM, ARSEF, etc…
OCVIDH : Comment évaluez-vous la persistance de l’esclavage en Mauritanie ?
KONE MAKAN: Je l’évalue par un seul critère qui, à mes yeux paraît fondamental à savoir un manque de volonté politique allié à la culture de nos différentes communautés mauritaniennes. Le premier s’accommodant parfaitement de ces dernières parce qu’elles constituent souvent des ressorts hégémoniques dans le cadre de la domination politique et économique à la fois…voilà pour les faits. Face à cela, il me semble que le problème de l’Esclavage en Mauritanie a été jusqu’à une date récente circonscrit, et dénoncé uniquement en milieu maure et occulté dans les autres milieux négro-africains. En cela, le combat a été mené partiellement même si en milieu maure, l’Esclavage est plus visible en quelque sorte.
Dans la communauté Négro-africaine, on ne trouve évidemment pas les mêmes formes d’esclavage originel que chez les Maures, ni les mêmes logiques historiques spécifiques.
Ainsi, le dépassement de l’organisation sociale communautaire de type segmentaire et lignagère va se traduire par le passage au système esclavagiste. Ce système a été d’un « apport » non négligeable dans la constitution de l’identité négro-africaine dans la mesure ou, sans compter l’enrichissement proprement ethnique, on doit aux esclaves d’avoir permis un développement considérable de l’agriculture, par le défrichement de plaines entières et de l’expansion de la métallurgie du fer.
Chez les Soninké, qui forment en Afrique de l’Ouest une communauté connue par son dynamisme, l’attachement à la tradition et le sens de ses valeurs fondamentales dont la plus importante est sans doute la solidarité. Ils ont bâti, où contribué à fonder, les ensembles territoriaux les plus vastes et les plus prestigieux qu’ait connu la sous région sahélienne. Tous ces ensembles souvent admirablement dirigés et administrés ne le furent cependant que dans le cadre d’un système esclavagiste totalitaire et rigoureux dans le respect des traditions et, sous l’égide, de siècles durant de leurs seigneurs (Tunka Lemmu), avant tout grands propriétaires d’esclaves.
C’est grâce à cette maîtrise d’une grande quantité d’esclaves que les Tunka Lemmu ont pu défricher de grandes étendues de terres de cultures, s’octroyant ainsi un droit de la hache leur donnant pour longtemps une primauté foncière incontestable reconduite de génération en génération.
OCVIDH. Vous venez de créer l’A.R.M.E.P.E.S. Pourquoi ce besoin ?
KONE MAKAN: Contre les forces centrifuges en Mauritanie, les moyens pour les abattre ne sont pas de trop et je pense qu’il faut les diversifier. Ce cadre a pour vocation de combler un vide dans ce combat contre l’esclavage qu’une majorité de mauritaniens mène. Notre association pense apporter sa pierre à l’édifice à travers cette initiative en la formalisant par la constitution de l’A.R.M.E.P.E.S pour lutter contre l’esclavage sous toutes ses formes, promouvoir les droits humains, lutter contre les inégalités sociales, vulgariser les thèmes d’intérêts communs et promouvoir des œuvres socioculturelles.
OCVIDH: Comment jugez-vous la persistance de l’esclavage chez les Hratines qui font parler beaucoup d’eux en ce moment à travers leur leader Biram Dah Abeid?
KONE MAKAN: Biram Ould Abeid s’inscrit dans une filiation de l’élite Hratine qui a pris à bras le corps le combat contre l’esclavage. Je voudrais saluer ici son combat et dénoncer en même temps le verdict de la parodie de procès dont lui et ses camarades sont victimes. Sa condamnation ne fait que justifier si besoin est, l’engagement de tout un chacun contre la violation des droits élémentaires de l’homme et elle fera que notre mobilisation soit de plus en plus importante contre l’esclavage en Mauritanie. Nous disons aux hautes autorités qu’on ne peut bâillonner les militants des droits de l’homme par des mises en scènes où l’impunité et la protection des tortionnaires de la police sont la règle! Notre association demande sa libération sans condition et la reconnaissance officielle de l’IRA, comme structure d’utilité publique.
OCVIDH: Est-ce vous ciblez en priorité une communauté particulière, en l’occurrence Soninké ?
KONE MAKAN: Je n’aime pas ce terme « en priorité » ! Tout combat juste a vocation à être universel. Pour ce, on ne doit pas hiérarchiser le mal en général et les victimes en particulier. En même temps l’environnement militant en Mauritanie donne un sens à votre question en cela que l’esclavage en milieu Soninké n’a pas suscité une mobilisation officielle à l’image du Mouvement El Hor, de SOS Esclaves, de l’IRA et d’autres organisations de Défense de Droits Humains ou partis politiques. En milieu Soninké, l’esclavage est encore plus vicieux et les membres de cette communauté s’en sont bien accommodés à commencer par certains « intellectuels organiques » pour reprendre un concept de GRAMSCI. Cette situation m’interpelle et retient mon attention dans le cadre de l’initiative d’A.R.M.E.P.E.S, je vous l’avoue !
OCVIDH : Quels sont les objectifs à court et long terme de l’ARMPES ?
KONE MAKAN: A court et long terme, l’objectif est la promotion des Droits Humains. De ce fait la lutte contre les inégalités sociales qui s’incarnent de façon insidieuse dans la pratique de l’Esclavage en est la pierre angulaire, comme définit précédemment.
OCVIDH: Comment se caractérise la persistance de l’esclavage chez les Soninkés, les peulhs, les wolofs, dont on entend moins parler par rapport aux Hratines ?
KONE MAKAN: La pratique dans son essence est la même quelque soit la communauté retenue. Cependant, dans la société Soninké que je connais mieux l’esclavage n’a pas «connu d’abolition»! L’esclavage participe du fonctionnement, de la structure même de la société Soninké, quand bien même que sa cosmogonie n’appréhende pas son existence sans « ses esclaves ». Comme la plupart des sociétés africaines ici l’Avoir n’affecte pas l’Etre ; en d’autres termes on nait avec un statut social et on le demeure à vie.
Le statut détermine la place, le rôle et la fonction de l’homme. Il y a peu de temps encore dans certains villages de la région du Guidimakha, l’occupation de l’espace géographique procédait du statut des individus. Les conflits fonciers récurrents dans cette région procèdent de cette situation. Je rappelle, ici, les litiges fonciers récents de Diaguily et de Coumba NDaw qui ne sont pas des cas isolés en Mauritanie. En effet, dans plusieurs localités soninkés du Guidimakha et du Gorgol (Bouanze, Diaguily, Diadjibiné, etc.), le statut social et la question foncière se posent avec beaucoup d’acuité, sans une réponse politique et sociale juste.
Malgré l’évolution trompeuse des villages et l’urbanisation, la société soninké dans cette région reste arc-boutée à ce fonctionnement d’un autre âge qui est même transposé en Europe, et en particulier en France dans les foyers des travailleurs immigrés d’origine ouest africaine. Ce qui caractérise l’esclavage dans la société Soninké c’est l’idéologie du silence qui l’entoure et son intériorisation par tous les acteurs de la société !
OCVIDH: Que répondez-vous aux esclavagistes maures qui comparent le phénomène avec le système de castes dans les communautés noires ?
KONE MAKAN: Les esclavagistes dont vous parlez veulent éviter d’avoir mauvaises consciences ! Mais poser ainsi le problème c’est le dénaturer en grande partie, c’est l’escamoter, c’est même rire de la misère morale et matérielle des millions d’être humains en Mauritanie. L’esclavage pour ce qu’il est, c’est-à-dire une institution sournoise et insidieuse, un anachronisme social, un complexe d’œdipe de toutes les sociétés, un crime qu’il faut combattre où qu’il se trouve et par tous les moyens. En Afrique en général, on naît toujours prince ou guerrier ou chasseur ou pêcheur ou paysan ou éleveur ou bûcheron ou sorcier ou forgeron ou guérisseur ou griot ou marabout ou vannier ou zenaga ou boisselier ou assimilé ou affranchi…ou esclave, de telle tribu, de telle lignée, de tel clan, de telle région, etc.
L’esprit communautaire, l’harmonie du groupe, sa tranquillité, sa solidarité, n’existent que dans le respect scrupuleux des limites imposées à chaque sous groupe. Transgresser cette règle c’est porter atteinte à la quiétude de la société, c’est offenser les dieux c’est déclarer la guerre…
A tous les niveaux, le particularisme et la différence sont entretenus depuis la tendre enfance; pour éviter toute confusion. Que cela s’appelle le système des castes ou esclavage tout court, ce qui importe c’est que c’est l’humain qui est dénié de son humanité, piétiné et réduit au rang de bête !
OCVIDH: Il y a des préconisations de l’IRA d’après lesquelles pour sortir décisivement de l’esclavage, les Hratines au moins, voire les autres communautés noires, doivent quitter l’armée. Qu’en pensez-vous ?
KONE MAKAN: Quitter l’armée ? Pour aller où et faire quoi ? Dans le combat contre l’esclavage et les inégalités de toutes sortes, on peut avoir le même diagnostic et avoir des divergences sur les prescriptions ! Je ne connais pas les détails de ces préconisations, mais il me semble que pour avoir une certaine crédibilité, il faudra éviter les propositions farfelues qui relèvent plus du populisme qu’autre chose. Il faut prendre de la hauteur quand on prétend œuvrer à changer les choses. S’agissant de l’armée, la question qui doit se poser doit être relative aux modalités de son intégration et son rôle. L’armée ne doit pas être le monopole d’un groupe, sa composition doit refléter le visage de la Mauritanie. Pour ce, l’institution d’un service militaire obligatoire peut contribuer à amortir les déséquilibres et renforcera son rôle républicain…
OCVIDH: Quelles sont, d’après vous, les questions urgentes qui doivent être réglées pour sortir la Mauritanie du tiraillement racial, d’esclavage et d’apartheid ?
KONE MAKAN: Il faudra se méfier du poids des mots si nous voulons être audibles et crédibles pour nos concitoyens et partenaires : Certains mots comme apartheid ont un poids et ne prennent pas un sens opératoire quand il s’agit de la Mauritanie. On peut décrire la réalité sans la référence à l’émotion ! Toujours est-il qu’il y a un dénominateur commun aux mots que vous employez : l’humanité bafouée, et cela m’est inacceptable au-delà des adjectifs.
Ceci étant pour sortir la Mauritanie de sa situation actuelle, la seule chose qui vaille est de s’armer d’un volontarisme politique aux risques de l’impopularité parmi les siens et le traduire en actes. La Mauritanie compte aujourd’hui beaucoup de compétences humaines inexplorées et inexploitées.
OCVIDH. Il y a le débat sur ce que certains appellent « passif humanitaire », d’autres « crime contre l’humanité » et qui créée une vraie dissension ente les Arabo-berbères et les Négro-africains, comment qualifiez-vous l’affaire et quel est le positionnement de l’ARMEPES ?
KONE MAKAN: Là aussi, il faudra dépasser le stade du débat et des dissensions ! Les faits et les témoins sont là, ce n’est pas une invention de l’esprit. Je pense aussi, qu’il faut sortir de cette opposition entre les Arabo-berbères et les négro-africains, même si cela contribue à donner des arguments aux partisans de cette bipolarisation.
A un moment de l’histoire de notre pays, au-delà des mots, un génocide à été pensé mis en œuvre et exécuté. Certains de ses auteurs sont connus quand bien même ils figurent sur des listes détenues par des Organisations de Défense de Droits Humains comme la vôtre. Dans de pareilles circonstances la seule position qui vaille est que Justice soit rendue aux victimes sans frilosité aux risques de repousser à plus tard une confrontation. Mais en ce moment, je crains que les autorités qui dirigent la Mauritanie ne soient à la hauteur de cette nécessité.
OCVIDH: Qu’en est-il de la nostalgie du pays et la nécessité de confronter les réalités des injustices vécues par les Noirs en Mauritanie ? Vous vous rappelez de vos incursions en vélo avec le président de l’OCVIDH, Mamadou Youssouf Diagana ?
KONE MAKAN: Je pense qu’il faut éviter d’être nostalgique dans la vie, même si cela peut aider à s’indigner. Si la nostalgie peut aider à attiser en nous la flamme de la révolte qu’elle soit la bienvenue…Les moments que vous évoquez avec Mamadou Youssouf Diagana ont contribué à façonner nos parcours et trajectoires respectifs…. Rire. Je lui rappelle ses premiers coups de pédale sur mon vélo venant de France.
OCIVDH: Quel dernier message adressez-vous aux Mauritaniens ?
KONE MAKAN: Mon message aux Mauritaniens s’inspire de celui inscrit dans l’actualité par Stéphane HESSEL intitulé « indignez-vous ».
Entretien réalisé par, FALL Moctar, Porte parole ocvidh Président IRA France. http://www.ocvidh.org
La semaine dernière lors d’une cérémonie de mariage à Ouadane, il aurait été cité dans la composition de la dot « une esclave », un cheval et 100 chamelles.
Dans la tradition la plus répandue chez les maures, il y a une étape où l’on cite la dot qui sert de contrat : un quart de dinar. C’est une formule consacrée que récitent les hommes au moment du 3aqd mais jamais appliquée.
Juste après les formalités d’usage, la famille du marié ramène avec elle la vraie dot : bcq plus généralement… elle s’élève quelques fois à des millions, avec une voiture, IPhone, bijoux, Coran….
Chez cette famille d’Atar qui arrive chez ses cousins de Ouadane, et selon la tante du marié, il est de tradition de dire : la dot de votre fille est 1 cheval, une esclave, 100 chamelles….. au lieu du quart de dinar. Une formule consacrée qui continue d’être utilisée apparement et qui a été utilisée par les familles après la cérémonie officielle.
Ce scandale a éclaté à Ouadane 2 jours avant que SOS Esclaves ne publie son communiqué qui dénonce avec vigueur cette tradition – même si la formule n’a pas été suivi par un acte réel de remise d’une esclave !!
L’ apologie de l’esclavage est puni par la loi et SOS esclaves n’a fait que son travail !!
Au lieu de chercher des poux à notre association, demandez aux autorités d’aller faire la lumière sur cette affaire et d’appliquer la loi !
À la suite d’un mariage organisé à Ouadane , il a été tenu une formule selon laquelle la dot comprend le don d’une esclave. En réaction à cela, SOS Esclaves condamne fortement de tels propos qui constituent une apologie claire et nette de l’esclavage que les dispositions de la loi 031/2015 condamne . SOS Esclaves demande aux autorités mauritaniennes d’engager une démarche globale pour lutter contre ces pratiques réactionnaires qui mettent en cause tous les efforts nationaux pour l’instauration d’une société égalitaire et d’entreprendre les investigations nécessaires afin de s’assurer que ces déclarations rétrogrades n’ont pas été suivi de faits. Le cas échéant, SOS Esclaves demande l’application des dispositions de la loi 031/2015 à l’encontre des responsables de ces pratiques criminelles.
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