● Dialogue politique, Ghazouani invite Birame pour un tête-à-tête | Par Cheikh Aidara [lauthentic.info]

Birame rencontrera Ghazouani dans le cadre du dialogue futur entre les acteurs politiques

Le président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani a adressé une invitation à son double dauphin aux présidentielles de 2019 et 2024, le député Birame Dah Abeid, pour une audience à deux. C’était le jeudi 20 février 2025, alors que les sirènes d’un éventuel dialogue déchirent déjà l’arène politique. Quid de cette audience qui a pris tout le monde au dépourvu ?

Personne ne s’y attendait ! Pourtant, c’est arrivé ! Le président Ghazouani a convié le député Birame Dah Abeid, actuellement en déplacement à Dakar, pour une rencontre au sommet.

L’invitation lancée le jeudi 20 février 2025 a aussitôt entrainé une réunion d’urgence des présidents de la coalition antisystème que préside Birame Dah Abeid pour examiner cette main tendue du président Ghazouani. Après délibérations, le conseil a décidé à l’unanimité de répondre favorablement à cette invitation, tout en réaffirmant son attachement au dialogue constructif et à la défense de l’intérêt général.

Quelques jours auparavant, aux termes d’un débat entre les partis de l’opposition pour échanger sur le dialogue en perspective, Birame Dah Abeid avait déclaré qu’il ne prendrait pas part à ce dialogue sauf sous certaines conditions.

Auparavant, le chef de file de l’opposition démocratique, Hamadi Sidi Mokhtar, président du parti Tawassoul avait fait le tour des leaders, dont en particulier Birame Dah Abeid et Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Forces du Progrès (UFP).

Cette effervescence de la scène politique en léthargie depuis la dernière campagne présidentielle de 2024, résultait de l’appel au dialogue qu’avait lancé le Premier Ministre, Mokhtar Ould Djay durant sa Déclaration de Politique Général (DPG) de janvier 2025 devant les députés de l’Assemblée Nationale. Il reprenait l’idée qu’il avait lancée déjà en novembre 2024 suite au discours de Ghazouani qui avait appelé déjà en 2023 à un dialogue politique nationale, idée reprise et confirmée plus récemment par le ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement, Houssein Meddou.

Enfin, réhabilité ?

Faisant fi du déni de reconnaissance dans son entourage de la dimension politique de Birame Dah Abeid sur la scène nationale, le président Ghazouani se serait sans nul doute rendu à l’évidence que la politique de l’autruche ne saurait perdurer et qu’il fallait donner à César ce qui appartient à César.

La volonté évidente de son ministre de l’Intérieur d’écarter Birame Dah Abeid d’un dialogue qu’il comptait mener en solitaire sans devoir rendre des comptes, se serait enfin brisé sur la clairvoyance de Ghazouani qui pesait tout le ridicule qu’un tel scénario pouvait entraîner.

En effet, les acteurs nationaux, même les plus proches du pouvoir, mais surtout les partenaires extérieurs, voyaient très mal cette fuite en avant dans le déni de reconnaissance de la dimension politique de Birame et le refus entêté de lui délivrer les moyens légaux d’une participation politique, à travers la reconnaissance de son part, RAG.

L’invitation officielle que le président Ghazouani vient d’adresser à Birame Dah Abeid ne serait ainsi que la manifestation d’une reconnaissance explicite de sa dimension d’homme d’Etat.

Les termes éventuels d’un deal

Il est attendu, selon plusieurs observateurs, que l’entrevue entre Ghazouani et Birame porte essentiellement sur des questions politiques, en tête desquelles la reconnaissance de son parti, RAG, ainsi que celle des FPC de Samba Thiam, entre autres formations politiques en gestation.

Les échanges porteront de manière plus large sur le dialogue envisagé entre les acteurs politiques. Birame réitérera sans nul doute les exigences qu’il avait posées durant sa dernière rencontre avec le pool de l’opposition. A savoir, des garanties formelles sur la transparence du dialogue et de ses résultats, le choix des acteurs, la désignation d’un organe de supervision qui ne serait pas le ministère de l’Intérieur, et le caractère décisionnel des conclusions auxquelles les acteurs parviendront, exit toutes formes de recommandations.

Birame pourrait aussi poser le cas des jeunes assassinés à Kaédi et dans d’autres villes de la Vallée, à Boghé en particulier, lors des manifestations qui ont suivi la proclamation des résultats de la présidentielle de 2024. Aucune enquête n’a été menée depuis lors pour déterminer les circonstances du drame et désigner les auteurs.

En retour, le président Ghazouani, sous réserves des exigences déjà citées et d’autres que pourraient avancer Birame Dah Abeid au cours de l’audience, pourrait demander la participation de Birame au dialogue, la reconnaissance des résultats de l’élection présidentielle de 2024 qu’il continue de refuser.

En perspective de 2026            

Il faut dire que la Mauritanie se dirige vers une succession démocratique en 2026 à laquelle l’actuel président, Mohamed Cheikh Ghazouani, sera écarté. Déjà, beaucoup de sources parlent d’officiers supérieurs qui prendront le relais, des noms circulent, comme si le pays est condamné à être dirigé par l’Armée. Le recyclage des militaires en costume durent depuis 47 ans. Et le peuple en a assez. Le changement vers un régime civil est le souhait actuel de tous les Mauritaniens, eu égard aux grands tords que les régimes militaires successifs ont créé. Retard de développement, mauvaise gouvernance, gabegie, émergence de tous les « ismes » destructeurs (tribalisme, clientélisme, despotisme, régionalisme, éthnicisme, etc.). La Mauritanie s’enfonce de plus en plus dans un gouffre sans fond, avec la recrudescence des injustices, du favoritisme, des passe-droits, de la compartimentation sociale, de la déliquescence du service public, pour ne citer que ceux-là.

Ghazouani serait ainsi bien inspiré, en tant qu’acteur principal des futurs enjeux politiques, de veiller à ce que l’élection présidentielle de 2026 soit l’une des plus transparente possible. De combattre ce qui devra être son ex-camp contre les magouilles et les tripatouillages dont il détient les secrets. Faire tout pour que la volonté populaire puisse s’exprimer en toute liberté et que le plus fort gagne. Laisser enfin un pays réconcilié avec lui-même et d’être l’artisan de la deuxième transition démocratique du pays, après celle qui avait amené Sidi Cheikh Abdallahi au pouvoir en 2006.

Cheikh Aïdara

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● Éléments de visite en Mauritanie Janvier  – Février 2025 | Faits et Vus du Blog

Toute expérience écrite et circonstanciée fera bonnement source-ressource d’une référence exploitable dans le temps et dans l’espace. Ainsi dire, notre Blog vous retrace quelques photos de notre dernier séjour de vacancier en Mauritanie. De Dafort, notre cité natale à Nouakchott, la capitale politique et administrative du pays.

Notre photo-reportage :

Visite chez les bergers (bovins et caprins)
Journée cueillette Haricots (Dafort)
Ici après une réunion de consultations sur les affaires sociales de la communauté Dafort Ganbanaaxu
Capture 📸 vue partielle de la grande mosquée de Dafort.
Capture 📸 lever de soleil à Dafort
Capture 📸 devant le marché Capitale de Nouakchott
La tribune d’accueil dans la place publique de Dafort
Capture 📸 du bâtiment de la Mairie de Dafort
Capture 📸 partielle dans l’école fondamentale de la ville de Dafort.
Avec la Team organisatrice du tournoi foot UVDS Ganbanaaxu à Nouakchott.
Avec l’équipe foot de Dafort Ganbanaaxu au tournoi UVDS édition 2025
Ici M. Mohamed Gassama,militant droit-de-l’hommiste et coordinateur général de l’association UVDS-Ganbanaxu
Capture 📸 pépinières de Nouakchott Jardins de Sebkha
Fraternellement avec l’ami, Dr Zakaria Demba Soumare, professeur à l’Institut Supérieur Professionnel de Langues, de Traduction et d »Interpretariat (à Nouadhibou)
Avec un cousin à la gentillesse proverbiale et 3ème adjoint maire de Dafort, M. Bakary Aly Sidibe (opticien à Nouakchott)
Avec l’inspirant frère M. Cheikhou Gandéga, ingénieur en performance industrielle et entrepreneur aux idées innovantes.
Avec une équipe de l’instance exécutive de l’association Ganbanaaxu fedde mauritanie présidée par M. Aboulaye Sidi Traore (à gauche)
Avec les valeureux frères Gueye
Avec l’universitaire mauritanien M. Ndiaye Kane Sarr
Avec le généreux cousin M. Boubou Ndiaye dit Thalès, professionnel dans l’éducation
Avec le neveu M. Salihina Moussa, un grand inspiré dans la substance poétique .
Avec un frère et camarade militant droit-de-l’hommiste M. Oumar Cheikh (un grand soutien du président Biram Dah Abeid)
Avec les frères Gueye (Mohamed et Aliou) de Kaedi et Dr Zakaria Soumare
Ici le professeur Zakaria Soumare lors de la rencontre consacrée à son œuvre littéraire à l’IFM – Nouakchott. À côté de l’universitaire M Ndiaye Kane Sarr (modérateur)

• KS pour le BLOG

● Ndieo, dans le Guidimakha : un patrimoine culturel à l’abandon. | Par M. Seyré SIDIBE

Jamais un désintérêt pour le patrimoine n’a atteint un tel niveau. Un paradoxe qui mérite d’être souligné. Un deux poids, deux mesures. Autant, les autorités sont engagées pour la réhabilitation du patrimoine historique et culturel des cités anciennes (Chinguitti, Ouadane, Tichitt et Oualata) à travers l’institutionnalisation du festival annuel des Cités du patrimoine, autant elles ne font rien pour la promotion d’autres patrimoines culturels et historiques non moins importants.

Le patrimoine de Ndiéo, concentré autour de la montagne mythique de ce village Soninké, dans la moughtaa de Ould Yengé, est justement victime de cette politique, qui peine à traiter de manière juste et équitable toutes nos cultures. Alors que le caractère multi-ethnique et multi-raciale de la Mauritanie est bien inscrit dans le marbre de la Constitution de la République Islamique de Mauritanie. 

La montagne de Ndiéo et ses peintures rupestres, ces pierres taillées, ses sépultures qui selon certaines sources, sont les témoignages d’un village appelé autrefois, GANGARA. Tous ces vestiges qu’on ne trouve nulle part, sont des trésors qui surprennent et fascinent plus d’un visiteur.

La source de Ndiéo est également un autre miracle. Elle est révélatrice du poème de Beaudelaire,  » *Correspondance*  » où il dit : _ »La Nature est un temple où de vivants piliers. Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L’homme y passe à travers des forêts de symboles_ ». Le site est féerique, extraordinaire : tout y est symbole, ésotérisme et signification.

Des animaux rares dans cette partie du pays, parmi lesquels des primates, une végétation en voie de disparition cohabitent dans ce lieu de grande curiosité patrimoniale.

Lorsque vous êtes sur le site, vous êtes apostrophé, hélé, interpellé de toute part, par des voix profondes et mystérieuses, suscitant curiosité et admiration. Ce sont des cris de détresse d’un pan de notre patrimoine historique et culturel délaissé, assurément se plaignant de sa condition et du sort qu’on lui a réservé. 

Et pourtant, ce site est une mine de secrets, de vérités et d’histoires inépuisables. Il suffit que les autorités s’y intéressent, décident de le promouvoir pour qu’il nous livre tous ses trésors cachés.

Il n’est jamais trop tard. Les autorités peuvent se ressaisir pour faire connaître le patrimoine de Ndiéo et l’inscrire au patrimoine culturel national. Une reconnaissance symbolique, qui constitue une étape importante dans la réconciliation avec une partie de notre histoire. 

Elles doivent également faire de sorte que historiens, archéologues, chercheurs et universitaires nationaux et étrangers s’intéressent à cette partie de patrimoine ; en accordant des facilités de toutes natures à tous ceux qui s’intéressent à la culture, et en particulier à ce site patrimonial.

Le ministère de la Culture, doit encourager la presse à aller à la découverte du site, en y consacrant toutes sortes de productions journalistiques ; à travers (reportages, interviews, émissions etc.), avec des personnes ressources locales et nationales.

A long terme, il s’agira de sortir Ndiéo de son enclavement pour le relier aux capitales régionales Selibaby et Kiffa par une route goudronnée. Ensuite, œuvrer pour que le tourisme y soit développé en raison de son potentiel touristique extraordinaire. Ce qui ne peut se faire qu’avec une volonté politique réelle des autorités : en effet l’industrie touristique exige de moyens énormes, de la planification et de l’investissement notamment pour réaliser des  infrastructures touristiques et hôtelières.

Par M. Seyré SIDIBE

● Contribution | ️Changer de grille de lecture : de quel côté se trouve la dignité ? | Par M. Seyré SIDIBE


Nous avions souvent abordé, la question de l’esclavage en milieu Soninké, avec beaucoup de sérieux et de passion. On ne pouvait faire autrement !  C’est un impératif moral, et une compassion pour les victimes, tant le sujet est loin d’être léger ou drôle. Cependant, trop de sérieux, n’est pas sérieux.  Et si l’on y mettait un peu d’humour. 

La noblesse « horaxo » devrait être un idéal Soninké, soit une personnalité Soninké achevée et parfaite, l’incarnation de la sagesse de « l’homme Soninké » : un idéal à  éteindre.

La Noblesse, sous ce rapport, est une attitude, un comportement, une exemplarité morale et éthique, spirituelle voire existentielle.

Tous les membres de la communauté peuvent, en théorie, accéder à  la Noblesse, mais à condition d’être éligible. Ainsi, elle cessera d’être héréditaire, transmise par la naissance, une classe fermée et cloisonnée, qui croient être supérieure aux autres; en faisant de la noblesse sa  » propriété privée » .
Un titre donc contestable par son mode d’acquisition, de transmission ; tel un seigneur sans honneur, arrivé au trône par usurpation et sans en avoir le charisme et la prestance.

Ainsi, la Noblesse devient le combat de chaque Soninké (hommes, femmes, jeunes et vieux ) pour y accéder.
La recherche d’une  échelle sociale, jamais acquise définitivement et à vie, conduira certainement à la promotion d’une société plus saine, plus juste où l’excellence est une valeur, un défi de tous les jours.

Dans cette nouvelle architecture, la noblesse sera ouverte à  tous. Mais attention, on peut la perdre comme un permis à points .
En effet, on y prévoit, la déchéance du titre de la Noblesse pour ceux qui poseront des actes répréhensibles et blâmables : elle repose sur l’exemplarité, la probité, mais surtout votre apport à la communauté, à la société.

Dans cette vision, l’Esclave n’est pas un nom de famille, un statut social, un héritage social, soit  une étiquette à  vie et pour toujours. L’esclave est celui qui est nuisible, celui qui est ignorant et  fait montre de bassesse par son comportement etc. On est donc loin du déterminisme social. Rien n’est acquis d’avance et rien n’est perdu d’avance.

Les belles âmes et vertueuses seront les gardiennes du temple de cette nouvelle  noblesse ; une espèce de Panthéon.
Si bien qu’on sera loin du schéma actuel, où certains sont  » déclarés  » appartenir  à la noblesse, alors même qu’ ils ne savent même pas comment s’y prendre. D’autres sont classés  « esclaves » pendant qu’ils excellent en toute chose, et n’ont jamais compris pourquoi la société leur réserve une place aussi déshonorante et abjecte. 

Le meilleur modèle social, c’est celui qui accorde une place de choix à  l’humain. Or, l’humain est indissociable de la dignité. Ainsi, la dignité est un trait intrinsèquement humain, par delà  les origines sociales, géographiques, raciales, tribales, ethniques et linguistiques  etc., elle ne peut être la propriété de quelques « privilégiés ».

Un travail de déconstruction est nécessaire pour expliquer que l’honneur revient à  cet homme qui a été abusé, déshonoré, déshumanisé, vendu et traité comme un bien meuble par son semblable.
Quel honneur, quelle royauté, quelle éminence pour celui qui a esclavagisé son propre « frère » ?  Même les puissances impérialistes, ont aujourd’hui honte des actes  barbares qu’elles ont posés autrefois en Afrique et ailleurs. 

Si la grandeur d’une puissance colonisatrice se mesurait au  nombre de colonies dont elle disposait, donc de populations indigènes et de territoires; de nos jours la puissance est avant tout économique, culturelle,  démocratique, politique, militaire et diplomatique etc.

La grille de lecture a bien changé. La noblesse est du côté de la victime, qui n’a rien fait de mal si ce n’est être faible, pauvre ou vulnérable.
Une situation qui peut arriver à  chacun; si l’on admet que la vie est faite de haut et de bas.

Or, l’indignité caractérise bien les agissements de  celui qui profite de la faiblesse de son » frère » pour l’exploiter psychologiquement, culturellement, économiquement, politiquement, socialement etc. Et plus grave encore, sans aucun remords, il entend perpétuer sa domination par la transmission des « codes »  à  sa « lignée  »  pour que le mal perdure.
Comment s’enorgueillir d’un passé où ses aieux  avaient des esclaves ?
Quandon sait que l’esclavage, même pratiqué sous le manteau de la culture (tradition) n’est pas sans rappeler:  abomination, crime. En effet, il rime avec criauté, brutalité, violence, viol et toutes sortes de tragédies humaines.  

Seyré SIDIBE

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec le président de l’association Armepes-France, M. Aboulaye Traoré.

LE GEB | La rubrique Grand Entretien du BLOG vous revient avec l’interview accordée par le nouveau président de l’association Armepes-France, M. Aboulaye Traoré. Il dirige l’Ong qui a été l’association «mère» du mouvement abolitionniste transnational Ganbanaaxun Fedde. Une dynamique populaire qui milite pour l’égalité sociale et citoyenne au sein des communautés soninké à travers plusieurs pays en Afrique de l’Ouest et dans la diaspora. Nos vifs remerciements à lui pour la disponibilité.

Ci-après l’intégration de l’entretien :

✅️-Question 1 : Bonjour M. Traoré Abdoulaye, pouvez-vous en quelques lignes vous présenter à nos lecteurs ?

M. Aboulaye Traoré : Bonjour M. Koundou SOUMARE. Mes salutations à vos lectrices et lecteurs.
Je m’appelle Traore Boulaye dit Abdoulaye né en 1979 à Ajar, Mauritanie. Mon parcours académique et professionnel est sommairement comme suit : Études littéraires à l’université de Nouakchott. Professeur de français après l’E N S à Nouakchott. Master1 en sciences de l’éducation à l’université de Paris 12 Créteil en France. Actuellement je suis travailleur social en France. Du côté de mon engagement militant, je suis l’actuel président de l’association Armepes-France après y avoir été secrétaire général.

✅️-Question 2 : Le 8 décembre 2024, vous a été élu président de l’Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Éradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles (ARMEPES-France), pouvez-vous nous exposer un bref historique de cette association (son champ militantisme et ses objectifs) ?

AT : L’association ARMEPES-France a été créée une année avant mon arrivée en France. Mais j’avais déjà entendu parler de son existence.
Et d’ailleurs mon oncle, qui m’avait hébergé à l’époque était déjà adhérent.
Malheureusement mon ami et moi avions raté notre train et du coup n’avions pas pu assister à la conférence organisée par l’association et animée par Oustaz Abdoulaye Traore dit cheikh Abdoulaye Ibnou Kayman. Il a fallu alors attendre jusqu’à en 2016 pour que je puisse enfin faire mon adhésion avec la dynamique inédite enclenchée par le forum whatsapp de sensibilisation créé (le 5 octobre 2016) par l’ancien président, mon frère M. Gaye Traoré. Je fus un des premiers animateurs sur les groupes WhatsApp pour le mouvement de Ganbanaaxun Fedde.
En effet, j’ai toujours été un militant, inscrit dans plusieurs organisations mauritaniennes pour la défense des droits humains avant de rentrer dans l’association ARMEPES-France notamment AMEES, UVDS, IRA-Mauritanie et bien d’autres associations de mon village. Pour parler un peu de son historique, c’est une association qui à été créée par des Ressortissants mauritaniens victimes de l’esclavage par ascendance vivant en France.
Elle était surtout un moyen et un outil pour sensibiliser et alerter sur les discriminations sociales liées aux coutumes féodalo-esclavagistes. Cela nous permet d’attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur les problématiques de l’esclavage pratiqué entre membres venant de mêmes pays et originaires de la même communauté « Soninké » et ayant la même couleur de peau, Noire. Et de la même religion partagée dans un le groupe sociolinguistique.

Ainsi, nécessairement, il va falloir lutter, dénoncer, cet esclavagisme pratiqué, ce système des castes, qui enfreint la construction des liens sociaux entre les Soninkés avec toutes ces conséquences graves, qui menacent la cohésion sociale et la promotion du développement.
À constater que ce phénomène sévit et poursuit les gens même dans l’immigration notamment dans les diasporas soninké à travers le monde.

✅️-Question 3 : À l’entame de cette nouvelle année 2025, quels vœux souhaiteriez-vous adresser à l’ensemble de la communauté militante du mouvement abolitionniste transnational Ganbanaaxun-Fedde ?

AT : D’abord, je souhaite une bonne et heureuse année 2025 à toutes et à tous. Mes meilleurs vœux de santé, de bonheur et un succès pour les abolitionnistes dans la lutte contre toutes les formes d’injustices en particulier aux militantes et aux militants du réseau-Ganbanaaxun. La lutte contre l’esclavage est un combat rude du coup, elle demande de la patience, de la solidarité entre tous. De la discipline dans le combat, une stratégie réfléchie et une certaine constance. Il faut de plus des personnes ressources ainsi que des moyens techniques et financiers, l’implication de personnes éveillées, surtout le soutien d’anciens maîtres d’esclaves pour réussir dans ce combat.
Multiplier les actions, continuer la sensibilisation dans la non-violence d’une part mais aussi d’autre part soutenir avec le minimum des moyens de secours aux victimes dans l’impasse de la misère sociale parfois. Car la précarité est une autre forme de contrainte pour accéder à son autonomie, souffler la liberté.
Enfin l’éducation est un moyen parmi tant d’autres leviers clés à encourager pour libérer un peuple dominé. À cet effet, qu’importe la situation, il faut rester constant et aller jusqu’au bout dans la lutte car la liberté n’a pas de prix.
Par ailleurs, il faut pousser rigoureusement nos États en Afrique à voter et appliquer des lois contre l’esclavage par ascendance très souvent méconnu ou peu pris en compte dans les violations des droits humains.

✅️-Question 4 : Quel discours de plaidoyer comptez-vous réitérer à l’endroit de la communauté soninké sur les frictions sociales liées à l’esclavage par ascendance et ses diverses manifestations ?

AT : L’esclavagisme est un phénomène historique dont beaucoup des sociétés à travers le monde ont connu et lutté. Pour autant, il est cependant inadmissible. Il est à combattre quelle qu’en soit la force de la résistance à la confrontation.
Ainsi, prenons exemple sur « la traite Negrière », afin qu’elle nous serve de leçon historique par laquelle chacun de nous doit réfléchir, se rappeler et de faire attention pour ne pas heurter injustement la sensibilité des autres. Combattre l’injustice de l’esclavage, doit être le combat de tous, victimes comme les personnes ayant hérité malgré elles de l’ordre social oppresseur. Cet esclavage par ascendance fait partie malgré tout de notre histoire, de l’histoire de la communauté soninké, que ça nous plaise ou pas.
C’est une réalité, qu’on ne doit pas mépriser au contraire, on doit faire face et assumer notre part de responsabilité dans le temps et dans l’espace pour trouver des solutions communes pour son éradication définitive et les problèmes qui lui sont liés afin de vivre ensemble dans l’égalité en droits et en dignité dans sérénité communautaire.

✅️-Question 5 : Après plusieurs années d’activisme intense enclenché par la mouvance antiesclavagiste Ganbanaaxu (la création du forum WhatsApp de sensibilisation en octobre 2016), quelles analyses faites-vous de positions de nos autorités étatiques par rapport au phénomène de l’esclavage par ascendance dans nos communautés, notamment soninké ?

AT : Oui, Lutter contre l’esclavage par ascendance en milieu Soninké n’est pas une chose aisée à mener, voir même très complexe, parce que d’une part, le déni existe et d’autre part, elle était incomprise au début par certaines autorités étatiques de nos pays.
Ils confondent cet esclavagisme avec des discriminations tout court où résumer à des Séquelles pour certains.
Il va falloir continuer à plaider pour démêler les concepts : l’esclavage traditionnel, l’esclavage moderne à l’esclavage héréditaire ou par ascendance.
Mais quelle que soit la situation ce sont des autorités de nos pays qui doivent prendre en charge ce problème afin de trouver des solutions pour son abolition très rapidement.
Engager des moyens, mener des recherches pour savoir le fond du problème et puis prendre des mesures idoines pour régler ce phénomène social très ignoble persistant à notre ère à travers le monde Soninké.
Malgré la non-assistance de nos autorités étatiques aux victimes, les militants abolitionnistes continuent quand même à sensibiliser en masse sur le réseau de Ganbanaaxun dans les quatre pays (Mauritanie, Sénégal, Mali, Gambie), et dans d’autres contrées où habitent les Soninkés notamment les diasporas. Pour finir, nous demandons et exigeons l’application des lois en vigueur contre les criminels esclavagistes, leurs discours extrémistes et ceux qui les protègent.

La lutte continue.

Je vous remercie. Merci pour la disponibilité.

Réalisé par KS pour le BLOG https://ecrit-ose.blog/

16 janvier 2025

● Affaire Coallia : Arrestation en France d’un franco mauritanien pour détournement – [Le Quotidien de Nouakchott]

LE QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT – L’arrestation récente de Gaye Camara, ancien directeur d’unité territoriale de l’association française Coallia, et de son épouse dès son retour de Mauritanie, relance le débat sur l’opacité de cette organisation financée par des fonds publics français.

Derrière les discours humanitaires et l’aide aux migrants, des soupçons de détournements de fonds et des connexions douteuses jettent une ombre sur cette institution pourtant largement soutenue par l’État français.

Créée en 1962 et bénéficiant de subventions publiques atteignant 148 millions d’euros en 2022, Coallia se présente comme un acteur essentiel dans l’accompagnement des populations vulnérables.

Pourtant, des enquêtes récentes, notamment celle menée par Valeurs actuelles, révèlent des pratiques internes suspectes et des conflits d’intérêts au sein de sa gouvernance.

À la tête de l’association, Jean-François Carenco, ancien ministre délégué chargé des Outre-mer, et Arnaud Richard, ancien député, incarnent une gestion controversée, marquée par des relations personnelles et professionnelles étroites. L’épouse de Richard, Raphaëlle Epstein-Richard, a également occupé des postes influents sous la direction de Carenco, renforçant le sentiment d’une structure fermée et peu transparente.

Les révélations autour de Gaye Camara, figure clé dans cette affaire, ajoutent une dimension internationale au scandale. Camara, dont plusieurs entreprises personnelles auraient bénéficié de contrats douteux avec Coallia, est accusé d’avoir utilisé des plateformes financières comme Treezor et Qonto pour effectuer des transactions difficiles à tracer.

C’est dans ce contexte que l’arrestation de son épouse à son retour de Mauritanie, où elle était soupçonnée d’avoir bénéficié des fonds détournés, soulève des questions sur ses éventuels investissements en Mauritanie.

La Cour des comptes française a récemment dénoncé la gestion financière de Coallia, pointant des dépenses excessives pour des services de conseil facturés à des tarifs exorbitants, parfois jusqu’à 1 600 euros par jour. Ces dépenses interrogent sur l’utilisation réelle des fonds destinés à soutenir les migrants.

En outre, des entreprises créées par des résidents de Coallia, comme Sidikor et Savexotic, ont été identifiées comme ayant des connexions directes avec Camara, partageant adresses et comptes bancaires. Ces arrangements soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la légitimité.

Pour la Mauritanie, pays en quête de transparence dans sa gestion publique, cette affaire pourrait servir de rappel sur l’importance d’un contrôle rigoureux des fonds et des partenariats internationaux. Alors que le pays aspire à moderniser ses structures administratives et à lutter contre la corruption, le cas de Coallia démontre comment des institutions bien financées peuvent sombrer dans l’opacité en l’absence de mécanismes de surveillance efficaces.

Le parquet de Paris poursuit son enquête sur les détournements présumés et les conflits d’intérêts entourant Coallia. Si cette affaire dévoile une crise de gouvernance au sein des associations françaises, elle met également en lumière les enjeux globaux de transparence et d’éthique dans la gestion de fonds publics, enjeux auxquels la Mauritanie ne peut rester indifférente.

L’arrestation de l’épouse de Gaye Camara et les révélations entourant Coallia illustrent l’ampleur d’un scandale qui dépasse les frontières. Pour la Mauritanie, ces événements appellent à une vigilance accrue face aux implications internationales et aux opportunités de tirer des leçons en matière de gestion publique. Entre responsabilités locales et retombées internationales, l’affaire Coallia met en lumière les défis persistants d’une gouvernance transparente et éthique.

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=780639

● Habibatou Thiam : Une Pionnière dans l’Histoire de la Mauritanie – [kassataya]

Habibatou Thiam est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à atteindre le grade de colonel en Mauritanie. Médecin colonel de profession, elle incarne un modèle de détermination, de compétence et de leadership pour les jeunes femmes du pays.

Son parcours est un témoignage de résilience et de mérite, dans un domaine souvent dominé par les hommes. En plus de ses responsabilités militaires, Habibatou Thiam a contribué de manière significative à la médecine et à la santé publique au pays mettant ses compétences au service de la nation.

Ce grade, jamais attribué à une femme en Mauritanie, représente une avancée majeure pour l’inclusion des femmes dans les hautes sphères des institutions militaires.

Habibatou Thiam devient ainsi un symbole d’émancipation et une source d’inspiration pour les générations futures.

En brisant ce plafond de verre, elle ouvre la voie à davantage de femmes pour qu’elles s’affirment dans des rôles de leadership, que ce soit dans l’armée ou dans d’autres secteurs clés du pays.

Souleymane Hountou Djigo
Journaliste, blogueur

• Lien média https://kassataya.com/2025/01/23/habibatou-thiam-une-pionniere-dans-lhistoire-de-la-mauritanie/?fbclid=IwY2xjawH-8rVleHRuA2FlbQIxMAABHSnTUBMjxV8LNI79UkDmZZdOKKCp0xNTE4yBeuyTILP-_hS9CLq6n21XSw_aem_cINqjMLDcuqprodIYLRdDA

● La candidature du chef militaire de transition à l’élection présidentielle | Par Maître Balla Cissé

Dans les six pays qui ont subi des coups d’État militaires ces quatre dernières années, le Mali (août 2020, mai 2021, mars 2024), le Tchad (avril 2021), la Guinée (septembre 2021), le Burkina Faso (janvier et septembre 2022), le Niger (juillet 2023), et le Gabon (août 2023), les putschistes ont imposé une période exceptionnelle en matière institutionnelle et juridique, une période de « transition », réglée par un document, une « charte », qui complète officiellement la Constitution, mais lui est supérieure lorsque les deux textes s’opposent. Seul le général Tiani, au Niger, a abrogé la loi fondamentale. Chaque junte s’est engagée à organiser une élection présidentielle, gage de ses bonnes intentions démocratiques, censée marquer la fin de cette parenthèse aux confins de la légalité, mais, à part au Tchad, le scrutin est régulièrement reporté. S’intéresser au devenir du chef des officiers à la tête de l’État apparaît ainsi pertinent, en particulier à la lumière des nouvelles Constitutions qu’ils ont ratifiées, des chartes, des propositions émises par les assemblées composées des « forces vives de la nation » et des lois électorales. Aussi, tantôt la possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle est-elle incertaine (I), tantôt elle est rendue ambiguë (II), tantôt elle a été le fruit de revirements (III).

● I. L’incertitude d’une possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle

Au Niger, le général Abdourahamane Tiani a abrogé la Constitution de 2010 dès le 26 juillet 2023, jour il a fait emprisonner Mohamed Bazoum, le Président élu de façon démocratique. Depuis, aucun texte ne l’a remplacé. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie administre le pays comme il veut. L’homme fort du pays a annoncé, fin 2023, que se tiendrait un « Forum national inclusif » devant donner lieu à des propositions de réformes et suggérerait un délai quant à la durée de la période de transition ; il a aussi promis « un cadre stratégique de gouvernance pour la transition » : une future Charte de Transition ?
En Guinée, selon l’article 46 de la Charte de la Transition du 27 septembre 2021, « le Président et les membres du Comité National du Rassemblement pour le Développement ne peuvent faire acte de candidature ni aux élections nationales ni aux élections locales qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition », et « cette disposition n’est susceptible d’aucune révision ».
Au Burkina Faso, conformément à l’article 4 de la Charte de Transition du 14 octobre 2022, « le président de la Transition n’est pas éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales, qui seront organisées pour mettre fin à la Transition. » Cependant, en mai 2024, la proposition des « Assises nationales » de prolonger la situation institutionnelle a été retenue, de sorte que le capitaine Traoré doit rester à son poste cinq ans encore.
Si l’incertitude est de mise, si personne, à part la junte elle-même, ne connaît la place des dirigeants actuels dans les institutions établies après la présidentielle, la militarisation de ces trois pays rend vraisemblable, sinon probable, une distorsion des chartes guinéenne et burkinabè et l’introduction d’un article dans la prochaine Constitution nigérienne autorisant les membres de l’armée à se présenter à l’élection. En effet, en Guinée, le Président Doumbouya a été nommé général en 2024, ce qui renforce son prestige, donc l’idée qu’il ne tient pas à quitter le palais présidentiel, et le Niger et le Burkina Faso (avec le Mali) se sont alliés en juillet 2024 dans une confédération fondée en particulier sur la sécurité et sur la défense, c’est-à-dire sur l’armée. Le capitaine Traoré et le général Tiani ne devraient alors pas accepter de renoncer à leurs prérogatives en agréant une Constitution, une loi électorale ou tout autre document les empêchant de se présenter aux électeurs. Dans ce cas, ils auront le loisir de suivre la voie empruntée par le Gabon et le Mali.

● II. L’ambiguïté d’une possible candidature d’un militaire à l’élection présidentielle

Au Gabon, l’article 44 de la Charte de la Transition du 4 septembre 2023, adoptée par le « Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions » (C.T.R.I.) impose une mesure claire a priori : « Les membres du Gouvernement de la Transition ne sont pas éligibles à l’élection présidentielle qui sera organisée pour marquer la fin de la Transition. Les officiers supérieurs des Forces de Défense et de Sécurité, nommés membres du Gouvernement, réintègrent leurs corps d’origine à la cessation de leurs fonctions ministérielles. » Toutefois, étant donné que le général Brice Clotaire Oligui Nguema cumule les fonctions de chef de l’État et de membre du gouvernement, comme ministre de la Défense et de la Sécurité (d’après l’article 35), nul ne sait s’il aura le droit de se soumettre au suffrage des électeurs. Quoi qu’il en soit, selon le Monde, « parmi le millier de propositions [du « Dialogue national inclusif »], aucune ne revient sur l’éligibilité de l’actuel chef de la transition ».
Au Mali, trois mesures sont concurrentes et rendent incertaine la candidature d’Assimi Goïta, ou de l’un de ses amis putschistes. La Charte de la Transition modifiée du 25 février 2022, d’abord, est restrictive : d’après l’article 9 , « le Président de la Transition n’est pas éligible aux élections présidentielle et législatives, qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition », d’autant que « la présente disposition n’est pas susceptible de révision » ; la loi électorale du 24 juin 2022, ensuite, nuance cependant l’interdiction : « tout membre des Forces armées ou de sécurité qui désire être candidat aux fonctions de président de la République doit démissionner ou demander sa mise à la retraite au moins six mois avant la fin du mandat en cours du président de la République » ; et « pour les élections pendant la Transition, les membres des Forces armées ou de sécurité qui désirent être candidats aux fonctions de président de la République doivent démissionner ou demander leur mise à la retraite au moins quatre mois avant la date de l’élection présidentielle marquant la fin de la Transition » ;  les neuvième et onzième recommandations de la deuxième thématique, « Questions politiques et institutionnelles », du Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale (DIM), enfin, qui s’est terminé le 10 mai 2024, proposent de « réviser la Charte de la Transition » et de « susciter la candidature du colonel Assimi Goïta à la prochaine élection présidentielle ».
Au Tchad, des points de vue tranchés et contraires ont été employés en matière de candidature d’un militaire à l’élection présidentielle.

● III. De l’interdiction à l’acceptation de la candidature d’un militaire à l’élection présidentielle

Au Tchad, après le décès de son père, Idriss Déby, Mahamat Idriss Déby a pris le pouvoir sans que la Constitution ne l’y autorise. Il a instauré un régime de transition le jour même, le 20 avril 2021, et, le mois suivant, a signé une Charte de Transition, modifiée le 8 octobre 2022. Son article 54 est le suivant : « Le Président du Conseil National de Transition assurant les fonctions de Président de Transition ne peut ni démettre le Gouvernement, ni procéder à la révision de la Charte de Transition, ni se porter candidat à l’élection présidentielle. » Pour contourner cet obstacle juridique, le jeune officier a fait procéder à un « Dialogue national inclusif et souverain » et a suivi  ses recommandations, comme l’élaboration d’une Constitution – adoptée en 2023 – lui permettant de concourir à l’élection suprême, l’article 68 indiquant en effet que « si le candidat est membre des forces de défense et de sécurité, il se met au préalable en position de disponibilité ».
Cet arrangement séduit manifestement les juntes qui cherchent lentement, au moyen de réunions populaires, à légitimer leur pérennité au pouvoir. Mais celles-ci sont plus prudentes, craignant peut-être une révolte populaire ou respectant la feuille de route que leurs alliés russes leur ont fournie. Il n’est pas d’une hardiesse excessive d’avancer que l’objectif atteint par le Président Mahamat Idriss Déby fait des envieux.

L’apparence du constitutionnalisme est le point commun de ces putschistes. Les Présidents n’ont plus l’audace ni la totale impunité de naguère. Même si les garde-fous sont faibles, contestés et contestables, telle la Cédéao, dont certains membres ont à leur tête des dictateurs, ils promeuvent de nobles valeurs. Pour les contrer, la Confédération des États du Sahel prétend défendre des valeurs africaines : c’est une idée forte et peut-être plus subtile pour maintenir le pouvoir des militaires et négliger ainsi certaines règles de droit international et constitutionnel.

M. Balla CISSÉ, docteur en droit public
Avocat au Barreau de Paris 
Diplômé en Administration électorale

● Une israélienne à Nouakchott: Tempête sur Tanit! [La Dépêche]

LA DEPECHE – Une nouvelle polémique enfle encore. On aurait pu s’en passer si l’intruse concernée n’était pas israélienne (de double nationalité) et si son hôte n’était pas une structure publique: le Port de Tanit.

Comment des structures publiques peuvent-elles être si poreuses et si perméables ? Tout n’est sans doute pas un hasard d’agenda peu regardant ou de rencontre fortuite car apparemment notre hôte gênante ne se comportait pas presque comme chez elle. Ce ne serait pas son premier voyage en Mauritanie. Elle s’y pavane à son aise même si elle y séjourne sous le sceau du passeport marocain.

Qui l’a invitée? Pour quelle raison. Silence officiel. Selon nos confrères de Alakhbar, Irit Ovadia, patron d’une entreprise en Israël qui s’appellerait IMS (International Médical Services), est spécialisée dans le secteur de la santé.

C’est en tout cas ce qu’en révèle son siteweb : « IMS est spécialisé dans la réalisation de projets de santé à grande échelle en Afrique et fournit à ses clients des solutions clés, de la planification initiale à la construction en passant par la gestion globale de la qualité des hôpitaux ».

Elle serait pourtant venue en novembre 2024 à Nouakchott, « sur la base d’une invitation qu’elle a reçue en octobre du directeur du port, Ahmed Ould Khatri (…) pour explorer les opportunités d’investissement en Mauritanie” ?

Le DG du port de Tanit soutiendrait encore qu’il aurait jeté son dévolu sur cette femme, à moitié israélienne, sur conseil d’une autre femme marocaine. Fatal. La confusion de genres laisse donc les supputations prendre le dessus pour expliquer les motivations d’une présence «étrange» en dépit de son passeport marocain. Comment expliquer la signature séance tenante d’un accord avec une entité qui vient d’être introduite? Assurément, le DG de Tanit est allé vite en besogne.

D’autant qu’en ces temps qui courent le gouvernement extrémiste israélien s’en donne à cœur joie dans le massacre de civils palestiniens. La présence d’un ressortissant d’Israel -il y a des israéliens qui sont contre le génocide commis en leur nom- en Mauritanie, quel que soit sa couverture, n’est pas la bienvenue.

Ne serait-ce que pour sa propre sécurité. Pire encore, cette affaire est récupérée par nos confrères algériens qui y brodent pour susciter la suspicion entre le gouvernement et le royaume chérifien. Et c’est encore lá une autre dimension de cette visite pour le moins inopinée.

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=780352

● Ousmane Sonko est arrivé à Nouakchott pour une visite de travail sur l’énergie, les transports, la sécurité et la migration

De l’envoyé spécial de l’APS, Souleymane Faye

Nouakchott, 12 jan (APS) – Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, est arrivé dimanche soir à Nouakchott pour une visite officielle de deux jours consacrée essentiellement à l’énergie, aux transports, à la sécurité et à la migration, lundi 13 et mardi 14 janvier, a constaté l’APS.

Pour cette visite également dite d’amitié et de travail, le chef du gouvernement est accompagné de plusieurs ministres, dont Yassine Fall, chargée de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, et Jean Baptiste Tine, celui de l’Intérieur et de la Sécurité publique.

Birame Souleye Diop, le ministre chargé de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Yankhoba Diémé, celui des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens, et Fatou Diouf, la ministre des Pêches, des Infrastructures maritimes et portuaires, y prennent part.

La délégation conduite par Ousmane Sonko comprend aussi les directeurs généraux de l’Agence nationale chargée de la promotion des investissements et des grands travaux, Bakary Séga Bathily, et de la Société des pétroles du Sénégal, Alioune Guèye.

Elle a été accueillie à l’aéroport international de Nouakchott par plusieurs personnalités mauritaniennes, dont le Premier ministre, Moctar Ould Diay.

« Saisir toutes les opportunités d’investissement »

Des Mauritaniens et des ressortissants sénégalais sont sortis en nombre pour accueillir Ousmane Sonko et les ministres qui l’accompagnent. Des militants de Pastef habillés aux couleurs du parti au pouvoir étaient également présents.

Au cours de sa visite, « le Premier ministre va rencontrer le patronat mauritanien, en présence des acteurs du privé sénégalais, pour les encourager à créer des joint-ventures et à saisir toutes les opportunités d’investissement », indiquent des documents des deux gouvernements.

Il va rencontrer le président mauritanien, Mohammed Ould Cheikh El Ghazouani, au second jour de sa visite, mardi 14 janvier, au palais présidentiel.

M. Sonko « compte aborder avec son homologue mauritanien certains dossiers stratégiques dans les domaines, entre autres, de l’énergie, des transports, de la sécurité et des conditions de séjour et d’établissement », précise la Primature du Sénégal.

Le programme de la visite comprend des réunions ministérielles bilatérales prévues lundi 13 janvier au matin, selon des documents reçus des deux parties.

Ces discussions porteront sur le projet de création d’un secrétariat sénégalo-mauritanien chargé de la coopération et du développement, la migration irrégulière, les conditions de séjour et d’établissement des ressortissants sénégalais et mauritaniens entre les deux pays, et la construction du pont de Rosso.

Des « échanges économiques et commerciaux très modestes »

Un entretien entre Ousmane Sonko et son homologue de la Mauritanie est prévu le même jour, de même qu’une réunion élargie aux ministres des deux pays.

Le programme national de développement « Sénégal 2050 » sera présenté à des investisseurs des deux pays. Seront évoqués aussi « les échanges économiques et commerciaux qui sont très modestes », entre les deux pays, « au regard de l’énorme potentiel de coopération existant de part et d’autre ».

« De 43,1 milliards de francs CFA en 2019, les flux commerciaux entre les deux pays se sont établis à 67,4 milliards en 2023 », indique la Primature du Sénégal.

Elle annonce une rencontre du Premier ministre avec la communauté sénégalaise vivant en Mauritanie.

Sont attendues de la visite d’Ousmane Sonko en Mauritanie « des retombées positives, qui contribueront au raffermissement des liens d’amitié et de solidarité unissant les peuples sénégalais et mauritanien ».

Un « partenariat stratégique »

« La coopération entre le Sénégal et la Mauritanie […] a connu un net regain de dynamisme depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye », affirme le gouvernement sénégalais.

Il rappelle que M. Faye, élu en mars dernier, a effectué trois visites officielles en Mauritanie, et son homologue mauritanien est allé deux fois au Sénégal au cours de la même période. « De nombreuses visites ministérielles ont également eu lieu durant cette période, parmi lesquelles celles des ministres de l’Agriculture et de l’Élevage, du Pétrole, de l’Energie et des Mines, des Pêches, ainsi que des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens », ajoute le gouvernement.

Le premier forum économique sénégalo-mauritanien s’est tenu les 30 septembre et 1er octobre 2024 à Dakar, une rencontre suivie de la 13e session de la grande commission mixte de coopération entre les deux pays, les 4 et 5 novembre 2024 à Nouakchott.

« Ces différentes visites et rencontres témoignent d’une intensification sans précédent de la coopération entre le Sénégal et la Mauritanie, sous l’impulsion des plus hautes autorités des deux pays », souligne la Primature du Sénégal.

Elle signale que « cette dynamique très positive s’opère dans le cadre du partenariat stratégique autour du gaz et du pétrole, symbolisé par le GTA (le gisement de gaz naturel situé sur la frontière maritime des deux pays), qui demeure un exemple de réussite d’un partenariat Sud-Sud, de surcroît porté par deux pays voisins ».

ESF/AB

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=780299