● Qui sont les passeurs à Nouakchott et quel est leur mode opératoire ?

Les passeurs à Nouakchott sont peu nombreux, environ cinq à six individus bien connus.

Leur activité frôle la légalité, bénéficiant souvent de la complicité de certains éléments de sécurité.

Originellement liés à la pêche, ils ont trouvé dans le trafic de migrants une activité bien plus lucrative.
Un exemple notable est celui d’un célèbre exportateur de poisson frais qui s’est récemment reconverti en passeur.

Les passeurs opèrent de manière clandestine mais très organisée. Ils recrutent des migrants via des réseaux d’intermédiaires, les transportant secrètement vers des points de rassemblement près des côtes.

Les migrants sont souvent logés dans des maisons abandonnées, des entrepôts ou des camps de fortune, situés à proximité des plages pour faciliter l’embarquement. Le quartier de Kouva à Nouakchott est devenu un véritable bastion de l’immigration clandestine.

𝐏𝐚𝐢𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭

Les passeurs exigent un paiement avant le départ.

Le montant était initialement de quatre cent mille MRO, mais avec l’afflux de migrants pakistanais et bangladais, le prix a grimpé jusqu’à 700 mille ouguiya.

𝐂𝐨𝐨𝐫𝐝𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐝𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐭𝐬

Les passeurs coordonnent les départs avec des équipes à terre et en mer, utilisant des téléphones portables pour éviter la détection. Les migrants accèdent aux pirogues de nuit, minimisant ainsi le risque de détection par les autorités. Les bateaux partent souvent de plages isolées ou de points moins surveillés. Les départs sont échelonnés pour réduire les risques d’interception.

𝐂𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐨𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧

Les capitaines des pirogues sont souvent des pêcheurs sénégalais expérimentés en navigation. Ils restent rarement connus publiquement pour éviter les arrestations. Pour éviter d’être interceptés en pleine mer, ils préfèrent naviguer de nuit et changent fréquemment de routes maritimes pour déjouer les patrouilles des garde-côtes.

𝐄́𝐯𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐞𝐦𝐛𝐚𝐫𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬

Il y a quelques années, les pirogues transportaient souvent de petits groupes pour éviter d’attirer l’attention. Cependant, face à une demande croissante, on voit de plus en plus d’embarcations transportant des dizaines de personnes à bord.

Souleymane Hountou Djigo

Journaliste, blogueur

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● Mauritanie : au moins 25 morts dans le naufrage d’une pirogue de migrants

La Provence – Au moins 25 personnes sont mortes dans le naufrage lundi 22 juillet d’une pirogue de migrants au large de la capitale mauritanienne, a annoncé mercredi 24 juillet l’Agence mauritanienne d’information.

Les garde-côtes mauritaniens ont « sauvé la vie de 103 clandestins et récupéré 25 corps, suite au naufrage de leur bateau au large de la capitale Nouakchott », rapporte l’AMI, citant un commandant dans la zone, le Colonel Cheikh Maa El Ainine Sidi Haiba.

Un précédant bilan établi par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) faisait état d’au moins 15 morts dans ce naufrage.

Les personnes recensées par les garde-côtes mauritaniens, décédées et secourues, comprennent 65 Sénégalais dont six femmes et trois enfants, 52 Gambiens dont trois femmes et trois enfants et un Ivoirien, a ajouté l’officier mauritanien sans donner davantage de précisions. Un autre responsable des garde-côtes mauritanien a dit à l’AFP que la pirogue transportait entre 140 et 180 personnes, en majorité des Sénégalais et des Gambiens. Elle s’est disloquée en pleine mer et le commandant du bateau a pris la fuite, a-t-il ajouté.

Selon l’OIM, environ 300 personnes sont montées à bord d’une pirogue en Gambie et ont passé sept jours en mer avant que le bateau ne chavire près de Nouakchott le 22 juillet 2024. 120 personnes ont été secourues par les garde-côtes mauritaniens, a ajouté l’OIM dans un communiqué.

Parmi les survivants, dix personnes ont été hospitalisées d’urgence et quatre enfants non accompagnés et séparés de leurs familles pendant le naufrage ont été identifiés, souligne l’OIM, qui a fourni une assistance aux survivants. C’est le dernier drame en date sur la route migratoire de l’Atlantique, qui a pour principale destination les Canaries, archipel espagnol et porte d’entrée de l’Europe.

Drames récurrents

Début juillet, près de 90 migrants ont péri lors du naufrage de leur embarcation au large des côtes du sud-ouest de la Mauritanie sur la route de l’Europe et des dizaines d’autres n’ont jamais été retrouvés. Une multitude d’Africains fuyant la pauvreté, le chômage ou l’absence de perspectives d’avenir empruntent cette route périlleuse en s’embarquant clandestinement contre de l’argent sur des pirogues ou des embarcations précaires qui peuvent transporter des dizaines de passagers.

Il faut des jours de navigation pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres jusqu’aux Canaries dans des conditions décrites comme terribles par des survivants, à la merci de la faim et la soif, de la météo et des avaries. Plus de 19.700 migrants sont arrivés irrégulièrement aux îles Canaries en empruntant cette route du 1er janvier au 15 juillet 2024, soit une augmentation de 160% par rapport à 2023 lorsque 7.590 migrants avaient été recensés, selon l’OIM.

D’autres routes d’Afrique subsaharienne vers l’Europe passent par les terres et la traversée du désert en direction des côtes méditerranéennes. Plus de 5.000 migrants ont péri au cours des cinq premiers mois de 2024 en tentant de rallier les côtes espagnoles, la plupart sur la route des Canaries, selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras.

Et les tragédies se succèdent. Au moins 26 migrants partis de Guinée ont perdu la vie au large du Sénégal en mai. Au moins 26 autres migrants ont connu le même sort en février, également au large du Sénégal.

Les chiffres sont généralement loin de restituer la dimension de ces évènements. Le nombre des passagers au départ et donc des disparus est difficile à établir.

Par La Provence

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● Tewassoul : démission du vice-président du parti

Sahara Médias – Le vice-président du parti d’opposition Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tewassoul) Mohamed Ould Mohamed M’Bareck, a annoncé sa démission du parti.

Il proteste pour contre ce qu’il a décrit comme « le blocage des institutions et des textes du parti, et la non-application de ceux-ci à ceux qui se sont rebellés contre ses décisions et ses institutions ».

Dans sa démission, Ould Mohamed M’Bareck a souligné son « adhésion à la ligne politique de l’opposition et du rejet du régime corrompu et corrupteur » accusant sa formation politique d’avoir « reconnu les résultats de l’élection présidentielle, objet de fraude généralisée par le biais du vote par procuration dans la capitale et à l’intérieur du pays. »

Il a estimé inacceptable et dangereux « la violation des textes et des institutions qui constituent une menace pour le présent du parti avant son avenir, ajoutant que la reconnaissance des résultats des élections frauduleuses ne sert ni la démocratie ni la paix sociale en Mauritanie.

Le vice-président de Tewassoul a encore dit que toute élection frauduleuse doit être rejetée de manière civile et pacifique, loin des émeutes et des sabotages condamnés et rejetés ».

Il a ajouté que « tout le monde doit appréhender la situation catastrophique et dangereuse que vivent les citoyens à cause des politiques de ce régime et de ce que cela exige en termes de positions fortes contre la corruption et les corrompus et pour la défense du pays et des citoyens ».

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● Coupure des données mobiles d’Internet : une République si fragile ?

Nouakchott Times – Les usagers mauritaniens sont privés des données mobiles d’Internet depuis près de 3 semaines, dans la foulée de la crise post électorale liée au déroulement du scrutin présidentiel du 29 juin 2024. Une mesure dont les conséquences économiques et sociales catastrophiques.

Ainsi, la démarche sécuritaire des autorités pèse de plus en plus sur l’activité économique. Notre République serait elle aussi fragile au point de courir des risques d’effondrement avec le rétablissement des données mobiles d’Internet ?

Difficile de croire à une telle hypothèse, dans un pays du Sahel, région confrontée à une violence terroriste récurrente, dont le territoire échappe aux attentats des barbus depuis le 11 décembre 2011, grâce à la vigilance des services spéciaux.

Pourquoi alors nos autorités craignent-t-elle le retour des données mobiles de l’Internet, envoyant ainsi un mauvais signal aux investisseurs potentiels et même aux simples visiteurs ?

Il est temps que le gouvernement donne des explications face à cette situation qui perdure fait descendre le moral des usagers dans les chaussettes.

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● JO 2024 : Camil Ould Doua veut rendre fière la Mauritanie et apprendre à ses compatriotes à nager

RFI Afrique – Camil Ould Doua, nageur de 22 ans, va représenter la Mauritanie sur le 50 mètres nage libre. Ce natif du nord de la France, qui a grandi à Talence, près de Bordeaux, sera également le porte-drapeau du pays lors de la cérémonie d’ouverture.

C’est l’histoire d’un apprenti nageur de neuf ans qui griffonne un jour sur un post-it son objectif d’aller aux Jeux olympiques. D’une intention naïve d’enfant, Camil Ould Doua a fait un projet, qui a failli aboutir dès Tokyo, avant la désillusion.

« Tout commence à se faire et, coup de théâtre, ça ne peut pas se faire. La Mauritanie n’acceptait pas la double nationalité. Mon club qui ferme et, en plus de ça, le Covid, se rappelle le nageur, je passe de deux entraînements, des rêves plein les yeux, à plus rien, dans ma chambre, comme ça. »

Le moral à zéro, plus d’entraînement pendant un an, avant de refaire surface et de reprendre l’aventure, motivé par le changement de loi en Mauritanie, mais aussi par l’arrivée à ses côtés d’un grand nom de la natation française : Grégory Mallet, double vice-champion olympique en relais. Il s’est déjà occupé de Camil à l’adolescence et l’a repris sous son aile depuis septembre dernier, séduit par l’idéal et le sérieux de son protégé : « C’est quelqu’un qui est très investi, très travailleur », valorise le champion olympique.

Il poursuit : « [Camil] n’a peut-être pas le bagage qu’ont beaucoup de nageurs en termes de kilométrage, mais il a cette envie qui fait qu’à chaque fois qu’il se met dans l’eau, il améliore ses meilleures perfs. Mentalement, ça met en confiance et je trouve que c’est génial de se dire que tu vas arriver à Paris et que, potentiellement, tu vas battre les records de ton pays. »

Être gentil avec l’eau… pour avancer plus vite

L’ex-Tricolore ne ménage pas Camil, et très vite, ce dernier l’a constaté : « Premier entraînement, j’ai vomi, et ça m’a directement mis dans l’ambiance. Greg, c’est quelqu’un qui me dit la vérité et c’était important pour moi d’avoir un coach, mais aussi un exemple et un mentor. Quelqu’un que j’idéalise un peu. » Et qui le fait travailler à raison de cinq séances par semaine.

L’objectif de Camil Ould Doua : 50 mètres, sa seule épreuve aux JO. Pour lui qui a démarré sur le 400 mètres, il n’est pas simple de performer sur l’aller simple. Camil n’a pas le gabarit et la puissance d’un pur sprinter, mais Grégory Mallet lui a décelé des qualités : « C’est quelqu’un qui a énormément d’endurance, explique le coach, il est quand même très explosif et on essaie de mixer tout ça pour que ça fasse un bon 50. Maintenant, la natation, ce n’est pas un sport où il faut s’énerver dans l’eau. Donc, je lui apprends plus à être gentil avec l’eau pour qu’elle lui rende bien et qu’il soit efficace, plutôt que de venir s’énerver dans l’eau. »

Le 50 mètres, le nageur ne l’a tout de même pas choisi par hasard : « Je veux donner une belle image à la Mauritanie, je vais donner du spectacle. Du coup, directement, je me suis dirigé vers le 50. Eh oui, ça a été une adaptation folle parce qu’il a fallu manger et manger. Pour moi, c’est très dur, alors je me gave, je transpire, c’est dur la musculation, je n’ai pas l’habitude de me sentir lourd. »

Camil Ould Doua veut faire honneur au pays de son père, où la natation n’émerge pas. Le Mauritanien espère bientôt le contraire à travers sa démarche : « Grâce à ce projet, on va construire la première piscine en Mauritanie. Il faut savoir qu’on est au bord d’une côte à Nouakchott et il y a beaucoup de noyés, les gens ne savent pas nager.

Donc, ils auront un exemple, des records à battre, une piscine. » Il résume, motivé : « Donc voilà, moi, mon objectif, c’est de donner mon meilleur, porter fièrement le drapeau, leur montrer que la Mauritanie est là et tout donner. » Et se dire que l’histoire que se racontait le gamin de Talence sur un bout de papier n’avait vraiment rien d’un conte de fées.

Par : Christophe Diremszian

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● La déconnexion internet : une nouvelle forme de dictature | Par Seyré SIDIBE [OndeInfo]

En Mauritanie, plus de deux semaines après la présidentielle du 29 juin, le pays est coupé du monde. En effet, les autorités ont trouvé la formule propre aux régimes à poigne ( c’est un euphémisme ) pour isoler le pays du reste du monde.

Une mesure unilatérale qui a un coup économique, un aspect dont se soucient peu les autorités. Plongé le pays dans une telle situation, notamment au-delà d’une semaine devrait être justifié par une situation exceptionnelle : l’état de siège, par exemple.

La première expérience dans cette pratique, consistant à  » la déconnexion internet » remonte au régime de Ould Abdel Aziz, c’était encore dans un contexte post-électorale, pour permettre à l’actuel président, Ould Ghazouani d’accéder au fauteuil présidentiel.

Depuis, comme les mauvaises habitudes ressemblent aux mauvaises herbes, elles se ramifient, se développent, se propagent et s’installent vite, cinq ans après on assiste à un remake du contexte post-électorale de 2019, cette fois-ci avec plus de zèle.

Ce « sevrage internet » devient étouffant, absurde, incompréhensible, et relève d’une schizophrénie sécuritaire et autoritaire alors que le contexte national est loin d’être explosif.

Elles ( autorités ) décideront de rétablir la connexion mobile, quand elles voudront, sans explication et sans présenter des excuses au peuple.

Et comme le consommateur n’a aucun droit, comme en 2019, aucune mesure ne sera prise pour dédommager, les usagers d’Internet mobile qui avaient payer à perte des services, à cause de la coupure d’internet imposée par les autorités. Une situation qui va particulièrement affecter les plus indigents, qui végètent pour exiger, à côté d’une minorité richissime, et dont l’origine de la fortune reste un mystère.

Seyré SIDIBE

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● Sur les évènements de Kaédi | Par Dr Mouhamadou Sy

Suite aux résultats de la présidentielle, Kaédi a été endeuillé, sévèrement frappé par les foudres de la répression policière. Je renouvelle mes condoléances aux proches des victimes et au peuple mauritanien qui essuie une fois de plus les violences du système odieux qui le gouverne.

Compte tenu de la fréquence de tels crimes, des meurtres récents de 2023 dans un contexte bien différent de celui d’une élection, il est raisonnable d’imputer la responsabilité de ces pertes à un système dans lequel sévit l’impunité qui, d’une certaine façon, sonne comme un mot d’ordre. Il n’y a pas encore eu, à ma connaissance, de mesures sérieuses prises à la suite de Lamine Mangane, ou d’Abass Diallo, ou de Souvi, de Oumar Diop, de Ould Samba, etc. Nous avons été à chaque fois confrontés à des justifications les plus ahurissantes: tir de semonce, conditions respiratoires défaillantes, etc. Il y a lieu ici d’exprimer aussi fortement et résolument que possible notre dénonciation de tous ces actes barbares et d’appeler à la justice. 

En deuxième lieu, il convient, si nous voulons être justes, d’aller au-delà du système décrit qui de toute évidence est coupable. Nous devons également situer les circonstances spécifiques.

Il y a quelque chose d’extrêmement contestable qui s’est passé dans le camp de l’opposition, le cercle de la coalition Biram pour nommer directement les choses, tout au long du dépouillement. Mesurant le danger que cela représentait, nous avons eu à appeler à la rigueur dans une « note méthodologique » parce que, précisément, nous craignions que cette dynamique n’aboutisse à une tragédie qui pouvait être évitable.

Dès le soir du 29 juin, des résultats partiels, purement sélectifs, ont commencé à submerger les réseaux sociaux montrant des écarts importants favorables au candidat Biram Dah Abeid. Ce qui a induit chez beaucoup une confiance et un espoir, voire une euphorie, quant à une victoire incontestable. Seulement le biais ici est flagrant, car au même moment d’autres circonscriptions affichaient également, peut-être à l’insu de la bulle pro-biramienne, des écarts tout aussi notables, si ce n’est largement plus, en sa défaveur. Un discours de contestation extrêmement peu documenté, comme si cela était voulu ainsi, commença à s’installer, réconfortant les espoirs des uns, transformant l’euphorie des autres en une conviction quant à un vol caractérisé. Tout cela sans un sérieux travail de documentation et de confrontation des données. Bref, le moins que l’on puisse dire est que la coalition Biram, principale contestataire, n’a pas basé ses revendications sur des données palpables, là où la CENI offrait une possibilité d’être contredite en affichant tous les détails et supports de ses chiffres en accès libre. Quelques PVs semblant entrer en contradiction avec les données de la CENI ont circulé, mais rien de tel à changer significativement les résultats. Au contraire, on retrouve bel et bien sur le site, telles quelles, les quelques données favorables à la coalition Biram qui avaient circulé la veille. 

Dans ces conditions, comment peut-on prétendre à une victoire? Comment peut-on appeler à manifester – ou tout au moins  y préparer – sachant les risques réels encourus? Soyons clairs: loin de moi l’idée d’accepter que l’on puisse arrêter, torturer et assassiner un manifestant. Cet état des choses est plus que révoltant. Mais, il s’agit d’un fait constaté en Mauritanie, et on doit le prendre en compte pour toute raison pratique. Je ne dis pas non plus qu’il faille être apeuré à tel point que l’on renonce au droit de manifester. Je dis cependant, sachant tout l’historique de la répression, qu’il est irresponsable de mettre des jeunes dans une telle situation sans aucune raison concrète derrière.

La vérité est qu’autant il nous a été difficile de prouver notre victoire, autant il est facile d’expliquer notre défaite.

Pouvons-nous contester par exemple les résultats de Bababé? Pouvons-nous comprendre quelles en sont les raisons? Ne connaissons-nous pas de véritables piliers du pouvoir, bien implantés ici et là, qui, à l’aide d’un clientélisme, raflent la grande part de la population votante? Et nous parlons de lieux qui étaient censés nous être favorables ! Mais, hélas on y perd assez largement. Et dans les quelques lieux où on l’emporte, on le fait avec des écarts facilement remontables. Les mécanismes de notre défaite sont, je le regrette, bien compris. Elle était prédictible et a bien été prédite.

Je pense que la conduite responsable ne consistait pas à crier au vol avec la manière que l’on connaît, qui a participé à disposer certains jeunes, de bonne foi, à s’engager dans la rue pour défendre une prétendue victoire au contact de la violence policière. Alors que l’on n’est même pas prêt à faire la démarche administrative consistant à un simple dépôt d’un recours auprès de l’autorité compétente. Cela relève d’une totale irresponsabilité a priori; et d’une indignité manifeste a posteriori.

Pour les besoins politiques de mobilisation bien compréhensibles, ce camp de l’opposition pouvait bien opter pour la critique des règles du jeu électoral bien critiquables, s’y confiner à défaut de pouvoir démanteler les données de la CENI. Ce sujet serait moins sensible, peu enclin à exposer la population, et serait plus conforme à la réalité.

En conclusion, nous devons dénoncer de toutes nos forces la violence et l’impunité qui régissent ce système. Nous devons aussi appeler les leaders à la responsabilité; à mesurer la portée de leurs postures et discours. Les risques étant si grands, il est nécessaire de s’assurer du bien fondé de la revendication avant de décréter des positions aussi incitatives.

11 Juillet 2024
Dr Mouhamadou Sy

● Au-delà de l’assassinat de trois jeunes manifestants à Kaédi | Par Seyré SIDIBE

Depuis, le magistère d’Ould Abdel Aziz et dans la continuité, Ould El Ghazouani, il est évident que l’assassinat de manifestants Noirs dans la vallée est devenu un fait divers, qui ne semble outre mesure offusquer personne (les Autorités), se cachant derrière une prétendue sécurité et maintien de l’ordre, accordent le permis de tuer aux forces de sécurité.

Tuer froidement des manifestants désarmés n’est pas acceptable. Le jeu démocratique ne s’accommode pas avec la violence du pouvoir exercée de manière implacable sur le peuple, et de surcroît les plus vulnérables. Ceux qui n’ont pas encore fini de panser les plaies et les traumatismes des événements des années 90.

Le débat n’est plus de savoir si, le scrutin s’est déroulé dans la transparence, si la CENI a été au rendez-vous de l’indépendance, de la neutralité absolue… Désormais ce que l’histoire retiendra : la réélection de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est entachée de sang des jeunes de Kaédi.

Or, en Afrique, la répression des manifestants dans le sang, revêt une symbolique dans l’exercice du pouvoir politique, et n’est pas sans rappeler de souvenirs macabres, (sorcellerie, fétichisme, animisme et magie noire), qui s’invitent au cœur du pouvoir, une réalité qui a fini par inspirer de nombreux écrivains.

Cependant, gardez-vous de verser le sang de certaines personnes. Cela ne vous servira point. Au contraire, vous serez frappé de malédiction. J’entends déjà, quelqu’un dire, « nous ne croyons pas à ces pratiques, nous sommes musulmans à cent pour cent ». Je réponds non sans être gêné, qu’un musulman ne peut ôter la vie à son frère, surtout dans une situation où ce dernier ne constitue pas une menace. 

Cette banalisation de la mort des jeunes négro-mauritaniens pendant les manifestations est quasi similaire au sort que subissent les jeunes Palestiniens désarmés, lançant des pierres aux soldats Israéliens lourdement armés.

Et s’ensuit, une course-poursuite meurtrière ; une réplique disproportionnée des forces israéliennes. Des méthodes que tous les gouvernements mauritaniens ont condamnées, au point que la question palestinienne est devenue l’une des constantes de la politique étrangère de notre pays. Eux ont droit de manifester, d’exprimer leur ras-le -bol face à la politique de colonisation, et lorsqu’ils trouvent la mort, ce sont des martyrs. L’Etat israélien est accablé et accusé de tous les noms d’oiseaux.

En revanche, les négro-mauritaniens lorsqu’ils battent le pavé, – c’est souvent rare-, tellement, nous sommes terrorisés, et pour les rares fois qu’on occupe la rue, nous sommes accusés de planifier des projets insurrectionnels ou conspiratifs. Un paradoxe n’est-ce pas quand on voit, ces mêmes autorités commettre les mêmes crimes, chez elles contre leurs compatriotes Noirs du Sud.

En vérité, les forces de défense et de sécurité ne sont que des boucs émissaires d’un système raciste, pensé et planifié pour tuer, traumatiser et circonscrire toute velléité de contestation, de révolte des populations, surtout lorsqu’elle a pour cadre le sud du pays.

Cela est d’autant plus vrai, que les mêmes forces de l’ordre agissent d’une autre manière pour disperser des manifestants devant le palais présidentiel à Nouakchott sans jamais qu’il n’y ait mort d’homme. Sans exagérer, il semble qu’il existe des pratiques de maintien de l’ordre pour les uns, plus coercitives et pour les autres, plus « soft » selon qu’on soit au nord ou au sud du pays. Comme les meurtriers et les bouchers d’Inal, de Waalata, de Sorimalé…, les tueurs de Kaédi rendront certainement compte devant Dieu, mais jamais, ils ne seront inquiétés, poursuivis par la justice des hommes.

Contestations post-électorales : quelles en sont les causes ?

Vous remarquerez que dans tous les pays où l’opposition crie à la fraude électorale, avec une déferlante de citoyens dans les rues pour contester, au lendemain de la proclamation des résultats, ce qu’il existe une crise de confiance entre le citoyen et les institutions. Cette crise se manifeste par un manque de confiance, une certaine incrédulité voire une méfiance des citoyens vis-à- vis des institutions et ceux qui les incarnent. Or, dans les pays où la neutralité quasi absolue de l’Etat est une conduite, une règle, les citoyens vont accomplir leur devoir citoyen et attendre sans stress la proclamation des résultats.

Chez nous, l’Etat est défaillant, tribal, militaro-ploutocratique et ceux qui gouvernent sont toujours préoccupés par le souci de se pérenniser au pouvoir. Ils sont disposés à faire usage de toutes sortes de méthodes déloyales pour préserver leurs intérêts.

Nous sommes souvent hypocrites.

Mais le temps reste le meilleur juge. Il y a aujourd’hui, parmi ceux qui contestent les résultats de la CENI (présidentielle du 29 juin 2024), des personnalités qui étaient aux affaires sous le régime du prédécesseur de Ould Ghazouani.

En 2019, ceux-là étaient du « bon côté », et clamaient la transparence de la présidentielle et l’indépendance de la CENI, et condamnaient les manifestations post-électorales des partisans du même Biram Dah Abeid. Tombés en disgrâce, ils s’opposent aujourd’hui au régime de Ould Ghazouani et n’hésitent pas à dénoncer sans retenue la gestion du pays, et les institutions qu’ils ont qualifiées hier dignes d’un Etat de droit.

Pour éviter de telles contestations, il va falloir réinventer un nouveau pacte de confiance entre le citoyen et les institutions, choisir des hommes de grandes probités morales : la moralisation de la politique. Pour cela, l’Etat doit lui-même, changer en profondeur en rompant avec ses méthodes et pratiques qui sapent le projet de construction d’une véritable république. Il doit mettre fin au racisme d’Etat, au favoritisme, au népotisme, au tribalisme, à l’esclavage, la féodalité, le clientélisme, au détournement des deniers publics et à l’impunité, les injustices et les discriminations etc.

La violence de l’opposition vs la violence du pouvoir

Quel que soit le système démocratique, l’opposition ou toutes forces politiques constituées légalement, cherchant à conquérir le pouvoir n’ont d’autres choix que la contestation, les manifestations et même l’usage d’un langage parfois excessif pour discréditer ceux qui gouvernent. C’est souvent un droit reconnu par la Constitution. Dans cette confrontation, les deux parties, deux clivages qui prend la forme – pouvoir vs opposition, et ailleurs Gauche vs Droite- etc. se renvoient des insanités et s’accusent mutuellement.

En Mauritanie aussi, on assiste en apparence à la même configuration, avec une opposition en lambeau minée par des querelles intestines et de personnes, qui profitent au pouvoir. Cependant, depuis plus d’une décennie maintenant, l’opposant Biram Dah Abeid s’est imposé comme le véritable opposant non seulement du pouvoir mais mieux du système. Son discours est jugé virulent, destructeur de l’unité nationale, en plus appelle à l’insurrection etc.  Les propos qu’il tient contre les Bydhane, restent quand-même d’une rare violence.

Cependant, la poussée extrémiste en Mauritanie est le résultat des politiques injustes, ségrégationnistes et discriminatoires conduites par les différents régimes pour renforcer l’hégémonie d’une partie des Mauritaniens contre une autre. C’est l’impunité et la supra-citoyenneté accordées aux uns contre la misère, la vassalité et la citoyenneté de seconde zone réservée aux autres qui font les lits des discours haineux.

La violence du discours reste certes, une violence, mais que dire alors de celle qui opprime, qui détruit l’avenir des générations présentes et futures, qui paupérise en mettant sur les routes du Nicaragua des milliers de jeunes mauritaniens, de toutes les communautés nationales ! Que dire de cette violence qui tue, qui endeuille les familles du sud, en arrachant à leur affection un des leurs à la fleur de l’âge, sans aucune forme de procès.

La violence, c’est être considéré comme un moins que rien dans son propre pays ; devenir du jour au lendemain apatride dans son pays, sur la base d’un enrôlement aux critères à géométrie variable. C’est voir l’un de ses parents se faire tabasser, humilier par des forces de sécurité sans pouvoir porter plainte.

Tant que les Autorités ne changent pas de politique et se décident enfin de construire un Etat mauritanien juste et égalitaire pour tous, des extrémistes de tous bords existeront et se nourriront de ce terreau fertile pour créer le chaos. L’Etat est comptable de toutes ces formes de déviance citoyenne qui compromettent l’édification d’un Etat mauritanien viable, qui s’assume sur la base de son histoire, de sa religion (islam) et de sa Constitution.

Seyré SIDIBE

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● CAMARA Saloum Mohamed : la modestie dans le costume du ministre | Par Seyré SIDIBE

CAMARA Saloum  Mohamed, ancien ministre de la fonction publique, du travail et de la modernisation de l’administration a tiré sa révérence à 66 ans, ce dimanche 07 juillet 2024, à  Nouakchott.

Docteur en Sciences Politiques (Université Paris I – Panthéon Sorbonne,  France),  ce natif de Selibaby  fait partie d’une liste de cadres de cette ville, qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main, qui ont eu le privilège d’occuper le fauteuil ministériel depuis l’indépendance (1960).

Saloum, était modeste, humble et ouvert d’esprit.
Il n’a jamais renié ses amis . Il était fidèle à son « petit monde » en toute circonstances, en temps de vaches maigres comme en temps de prospérité ou de bombonce. 

Ses amis sont unanimes, l’homme était brillant et studieux depuis l’école primaire.  Il était frêle, fragile, même maladif depuis l’enfance. Cependant, il etait robuste de  l’intérieur : toute sa force était dans sa tête.

Très jeune déjà, la lecture était une passion chez lui. Sans doute, une vocation intellectuelle transmise par le bais de son frère aîné, l’ancien ministre de la santé, sous l’ère Ould Taya, Mody Mohamed CAMARA. Un homme de culture exceptionnelle. Professeur de philosophie  et pédagogue émérite dans une autre vie professionnelle,  où il enseignait l’amour de la sagesse aux lycéens.

Le costume ministériel, il l’a enfilé pendant une courte période,  en servant l’Etat avec patriotisme et humilité, jusqu’au jour où, il a été remercié pour des raisons et logiques politiciennes, sans être blâmé.

Sans jamais renier les siens,  tomber comme certains dans la condescendance de la fonction ministérielle, de son parcours académique ou de ses origines sociales, Saloum n’a jamais voulu faire des mus, en se mettant  dans la peau d’une autre personne, d’un autre personnage. Il est resté lui-même et toujours égal à lui-même. 

Une posture difficile, surtout quand on sait que dans notre société mauritaniennes, le paraître d’un jour peut effacer « l’être naissance » pour servir des  desseins opportunistes nourrissant d’une mégalomanie empruntée. 

Jamais, vous ne trouverez son nom mentionné dans une affaire sulfureuse. Jamais, Saloum n’a pris une position incongrue dans un débat de société, politique etc.

Il a vite su faire la part des choses entre le ministre, l’intellectuel et le natif de Selibaby.
Ainsi, il a pu réussir là où beaucoup ont échoué.  Ces derniers, une fois promus, par manque d’humilité, ils ont tourné le dos honteusement et ingratement,  à tous ceux qui  les ont aidés, soutenus et entretenus pendant les moments de galère.

Son passage, si éphémère soit-il au ministère de la fonction publique,  restera marquée, entre autres, par la réforme de l’âge de la retraite  de 60 à  63 ans.

Nos condoléances à la famille éplorée.
Que son âme repose en paix !


Seyré SIDIBE

● Post-électorale en Mauritanie : les manoeuvres du pouvoir pour isoler Biram Dah Abeid | Par Thomas Magassa.


L’histoire retiendra que, Outouma SOUMARÉ est le premier qui a semé la cacophonie au sein des candidats ayant participé à la présidentielle du 29 juin 2024. En effet, il sera le premier à soutenir à la face du monde que ses PV « correspondent parfaitement » aux résultats de la CENI. Cette sortie inattendue du Pr Outoumou Soumaré a été mal appréciée par certains de ses soutiens, parmi lesquels, la député Kadiata Malick Diallo, qui a parlé de trahison. 

Alors que, les autres candidats notamment Biram Dah Abeid, arrivé deuxième, accuse la Commission Électorale Nationale Indépendante d’avoir orchestré un hold-up électoral.

C’est donc au coeur de la contestation post-électorale, au moment où la police a assassiné, au moins trois jeunes à  Kaedi, que le candidat Soumaré a fait cette sortie: une manière de discréditer l’argumentaire de fraude évoqué et développé  par Biram Dah Abeid.

Plus tard, c’est autour du candidat de Tawassoul, parti islamiste, Hamadi Sid’El Mokhtar Mohamed Abdy qui avait pourtant vertement contesté ses résultats à la suite de la proclamation des résultats provisoires de la CENI,  en parlant de mascarade électorale, de faire volte-face, en  reconnaissant  la victoire du président Ould Ghazouani.

Les autorités travaillent dans une logique de mettre Biram Dah Abeid dans une espèce d’isolement, en amenant les autres protagonistes à  accepter par des déclarations publiques leurs résultats ( ceux proclamés par la CENI). Une manoeuvre de dédouaner la CENI de toute fraude et partant de crédibiliser le scrutin du 29 juin.

Ainsi, Biram sera isolé et prêchera  dans le désert comme un homme politique atteint de  schizophrénie.

Ces conciliabules avec le pouvoir, contre la personne de Biram,  montrent que même ceux qui s’auto proclament  opposants politiques, ici et là, ne sont pas prêts au  changement de système. Tous ont peur des idées du leader Biram qui entend s’attaquer aux tares de la société mauritanienne de tous ordres : sociétal, social,  religieux, politique et même historique etc.

Le pouvoir continue en douce de démarcher les candidats malheureux à la présidentielle et même certaines personnalités politiques indépendantes, en perspective de la validation des résultats par le Conseil Constitutionnel.

Une manière sournoise d’accabler Biram, de montrer l’absurdité de la fraude de la CENI, et des contestestations post- electorales ayant fait au moins trois morts. Comme pour dire, ils sont morts pour rien, en jetant la faute sur le candidat, Biram.

Thomas Magassa

• Lien média source https://ondeinfo.com/post-electorale-en-mauritanie-les-manoeuvres-du-pouvoir-pour-isoler-biram-dah-abeid/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR3SEXrZBy31e8UsUUplAfJAGtblIJh45D7ghQh0r_WwioxnrO2YlhQyrMI_aem_MhrRid6-wp2GjjjZm4gPPQ