● La présentation de l’association humanitaire Aziza Cœur Saint.

Présentation de l’association Aziza Cœur Saint
● Qui sommes-nous ?
Aziza Cœur Saint est une association humanitaire internationale engagée dans la protection et le soutien des femmes et enfants abandonnés à travers le monde.

● Notre mission :

Offrir des centres d’hébergement sécurisés pour accueillir les femmes en détresse et leurs enfants.

Mettre en place des programmes de formation professionnelle pour permettre aux mères abandonnées de retrouver une autonomie financière.

Créer des petits commerces de proximité afin de favoriser l’entrepreneuriat local et durable chez les femmes.

Lutter contre la pauvreté, la prostitution forcée et les migrations dangereuses, notamment la traversée de la Méditerranée par les jeunes en Afrique.

À travers nos actions, nous souhaitons offrir une seconde chance, restaurer la dignité humaine et construire un avenir plus juste pour les plus vulnérables.

● Lien de la cagnotte pour les contributions https://tribee.fr/participations/4APFYXPZZX97PB4K33H1Y1900F

● Contribution ~ Société | Un bref commentaire à propos de l’interview de notre grand frère M. Seydi Moussa Camara | Par KS

Nous avons visionné et écouté avec un grand intérêt l’échange (daté du 8 juin 2025) entre l’animateur de la chaîne YouTube Radio zam-zam et le journaliste mauritanien M. Camara Seydi Moussa. Une riche et instructive causerie en langue soninké au cours de laquelle le fondateur et éditorialiste du journal la Nouvelle Expression a exposé, clarifié, interpellé, conseillé et rappellé à l’endroit de l’opinion publique soninké d’une manière générale et en particulier aux milieux soninké du Guidimagha, sa région d’origine. Il est revenu sommairement sur son cheminement d’intellectuel-acteur sur différents chantiers socio-politiques en Mauritanie. Anti-esclavagiste et humaniste connu et reconnu pour son engagement droit-de-l’hommiste constant notamment par sa plume qui inspire et alerte dans l’arène médiatique notamment francophone dans notre pays. Dans l’interview citée, face aux questions incisives de l’animateur, il a su aborder les thématiques avec profondeur et pertinentes nuances sur la nature de son engagement politique, ses relations avec certains leaders politiques (le président Biram Dah Abeid ou le professeur Outma Soumare) et ses initiatives liées aux contextes de l’écosystème politique de nombreuses années durant. L’homme de presse originaire de Dafort se définit comme un accompagnant et compagnon des principes et valeurs portés par de leaders et réfute implicitement le statut d’un suiveur obtus de qui que ce soit. Son mot d’ordre militant invite le personnel politique du Guidimagha à plus d’engagement sérieux sur du concret et sans manipulations des populations pour répondre à leurs aspirations diverses en termes de développement multidimensionnel.

J’ai beaucoup apprécié sa dialectique servie d’une belle dose d’empathie concernant la problématique de l’esclavage dans la communauté soninké. Faisant référence à quelques anecdotes, il se distingue valeureusement de beaucoup d’autres personnes (n’étant pas issues d’une extraction sociale servile) en indexant objectivement le Mal que constitue le statut d’esclave accablant amèrement certains membres de la communauté. Son approche est très différente de celle chez certains qu’on peut entendre ici et là consistant à ne pas admettre d’emblée le mal intrinsèque de l’appellation « esclave » et ses dérivés sociétaux. Ces gens peuvent s’exprimer sur la problématique en laissant entendre qu’on devrait arrêter l’usage du langage esclavagiste parce que les personnes visées ne veulent plus et non pour le caractère nuisible et avilissant de la tare en question. Ils se disent en eux-mêmes « on va laisser l’affaire malgré nous » et à la moindre occasion dans les enclos sociaux, ils n’hésiterons pas à raviver leurs mentalités et rassurer leurs subordonnés statutaires dans un brumeux parasitisme coutumier et féodalo-esclavagiste. Ainsi à propos, l’approche discursive de M. Camara Seydi Moussa dégage une nette sincérité qu’on peut y adjoindre son appel à une nécessaire conscientisation auprès des populations sur l’arsenal juridique consacré à la lutte contre l’esclavage et son apologie.

En ce qui concerne le vocable Ganbanaaxu, il y insère en substance une notion d’entente et de faire-bien ensemble dans la communauté et pas forcément une structure « khabila » (composante d’identité sociale). Je lui concède à la marge cette définition et j’essaierai de m’expliquer en conséquence. En effet, ces dernières années l’engagement d’éveil abolitionniste en milieux soninkés à travers le monde est porté et connu sous le mouvement Ganbanaxu (être égaux en dignité et en droits). Dans nos communautés qui fonctionnent avec une charpente sociale faite d’hiérarchies hermétiques et d’un suprémacisme structurel, les éléments sociaux (familles et membres militants Ganbanaaxu) qui ont rejeté les coutumes féodalo-esclavagistes et de subordination ont subi systématiquement beaucoup de brimades et de graves atteintes à leurs droits légitimes. Par exemple dans notre propre village Dafort, nous avons connu des expropriations des terres et diverses autres représailles décidées en comité villageois dans le but de contraindre les familles antiesclavagistes à renoncer à leur émancipation sociale. Les velléités de museler et de bannir les militants Ganbanaaxu se sont transformées en une opportunité idoine pour eux afin de s’organiser socialement et se prendre en charge par une relative autogestion restant à consolider. Les anciennes entités clanico-politiques ne peuvent plus être de références d’identification statutaire pour les familles Ganbanaaxu mises en une sorte de quarantaine, elles se sont choisi logiquement un référent traditionnel. À propos, on pourrait convoquer valablement la citation de T. Sankara : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère… »

Mon grand frère Camara Seydi Moussa est bien au fait plus que moi en la matière, les entités clanico-politiques en pays soninké ne peuvent intégrer dignement les personnes anciennement esclavagisées que si elles acceptent un éternel héritage de subordonnés statutaires dans le temps et dans l’espace. Ainsi, là où on parle de subordination sociétale et coutumière liée à une ascendance servile dans nos communautés, on subit moults discriminations dans l’échelle de valorisation sociale dans le matériel et dans l’immatériel. Les symboles liés au droit d’aînesse, à la chefferie coutumière et à l’imamat, on n’y aspire qu’en rêve parce que le régime est intrinsèquement verrouillé sans codes ni clés de déverrouillage, par conséquent sans vision concrète de s’auto réformer utilement. Je mets ici une récente contribution en support de mon présent avis https://ecrit-ose.blog/2025/04/13/%e2%97%8f-reflexion-et-societe-la-relation-esclave-maitre-ne-se-reforme-pas-elle-doit-etre-separee-pour-une-commune-utilite-publique-par-ks/ .

Ganbanaaxu comme une assise sociale d’une certaine manière « khabila », on ne l’entend pas comme une entité clanico-politique fermée et sectaire, mais plutôt une communauté d’appartenance et d’ouverture au sein de laquelle certaines valeurs sont en application et alignées aux textes fondamentaux de notre pays. C’est une aspiration à une pleine émancipation sociale et citoyenne arrimée au credo suivant : Ni maîtres ni esclaves de qui que ce soit.

• L’élément de l’interview YouTube de la plateforme Zam-zam https://youtu.be/UN8iNR_Mr0Q?si=WyTMXvU5sOeES1TK

10 juin 2025

Koundou SOUMARE

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec l’entrepreneure et fondatrice de l’ONG Sah’Elles, Mme COULIBALY Mariam.

La rubrique Le Grand Entretien du BLOG publie l’interview de Madame Coulibaly Mariam. L’entrepreneure et fondatrice de l’ONG Sah’Elles répond à nos questions ci-après. Nos vifs remerciements à elle pour la disponibilité.

● Question 1 : Bonjour madame Coulibaly Mariam, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Mariam Coulibaly : Bonjour, je vous remercie pour cette invitation.
Je suis Coulibaly Mariam. J’ai eu la chance de faire mes études en France, où j’ai poursuivi un parcours académique atypique mais enrichissant. Après plusieurs expériences professionnelles, j’ai décidé de me réorienter vers l’entrepreneuriat, un domaine qui me passionne profondément.
Dans cette perspective, j’ai repris une formation professionnalisante et obtenu un Diplôme Universitaire en Entreprises, un cursus équivalent à un niveau cadre, qui m’a permis de consolider mes compétences en gestion, en leadership et en stratégie entrepreneuriale.

Aujourd’hui, je mets cette double expertise académique et entrepreneuriale au service de projets porteurs de sens, notamment en faveur du leadership féminin en Afrique. Mon engagement est d’accompagner les femmes à prendre leur place, à révéler leur potentiel et à devenir des actrices du changement dans leurs communautés.

● Question 2 : il y a quelques semaines, notre Blog a repris et diffusé un document de presse concernant l’ONG Sah’Elles que vous avez fondée, voir https://ecrit-ose.blog/2025/05/03/%e2%97%8f-note-de-presentation-de-long-sahelles-une-vision-puissante-pour-le-sahel/, pouvez-vous nous la présenter sommairement (sa genèse, ses objectifs, son actualité, ses partenariats et ses perspectives) ?

MC :  Merci beaucoup pour cette mise en lumière et pour l’intérêt que vous portez à Sah’Elles. Sah’Elles est une ONG que j’ai fondée avec la volonté de contribuer activement à la transformation sociale du Sahel en plaçant les femmes au cœur du changement. L’idée est née d’un constat personnel et partagé : malgré leur potentiel immense, les femmes de la région sahélienne restent encore trop souvent en marge des dynamiques de développement. C’est ce qui m’a poussée à créer une structure capable de les accompagner, de les former et de valoriser leurs initiatives.

L’ONG Sah’Elles œuvre principalement pour le leadership féminin, l’autonomisation économique des femmes et la valorisation des savoir-faire locaux. Nos actions se déclinent à travers des formations, des accompagnements personnalisés, des événements communautaires (communautés des femmes leaders), mais aussi des plaidoyers en faveur des droits des femmes et de l’équité sociale.

Nous intervenons actuellement dans plusieurs pays du Sahel, notamment le Mali, le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée. Sah’Elles collabore avec différents partenaires institutionnels privés et  associatifs  qui partagent notre vision d’un Sahel plus inclusif, plus résilient et porté par ses femmes.
Parmi nos actualités récentes, j’ai effectué un déplacement au mois d’avril 2025 à Bamako et à Nouakchott pour la rencontre des femmes leadership, la société civile et les associations.
Cette visite de terrain m’a permise d’écrire un guide sur le leadership féminin en Afrique sahélienne, à destination des jeunes femmes engagées dans leur projet entrepreneurial qui sortira sous peu inchallah.
Nous développons également des partenariats avec des acteurs locaux et internationaux pour étendre notre impact sur le terrain. Quant à nos perspectives, elles sont claires : renforcer notre présence dans la sous-région, multiplier les synergies et accompagner toujours plus de femmes dans leur parcours d’émancipation et de leadership.

● Question 3 : ne craignez-vous pas que votre initiative Sah’Elles puisse être perçue comme un activisme féministe à tendance clivante auprès des populations cibles?

MC : C’est une question légitime, et je vous remercie de la poser. Non, je ne crains pas que l’initiative Sah’Elles soit perçue comme un activisme féministe clivant, car dès sa création, nous avons fait le choix d’un féminisme enraciné dans le contexte sahélien, respectueux des réalités culturelles, sociales et religieuses des femmes avec lesquelles nous travaillons.

Sah’Elles ne cherche pas à opposer les femmes aux hommes, ni à importer des modèles extérieurs qui pourraient être mal compris. Notre démarche repose au contraire sur le dialogue, l’inclusion et la co-construction. Nous travaillons avec les ONG locales, en impliquant aussi bien les femmes que les hommes, les leaders traditionnels, les jeunes, les associations et les décideurs.

Notre objectif n’est pas de créer une rupture, mais d’ouvrir des espaces d’opportunité pour les femmes, de renforcer leurs capacités, et de valoriser leur rôle essentiel dans le développement du Sahel. Il s’agit de permettre à chacune d’entre elles de trouver sa place, de faire entendre sa voix et de contribuer pleinement au progrès collectif.

En résumé, Sah’Elles porte un féminisme de terrain, humaniste de cœur et pragmatique d’actions, qui rassemble au lieu de diviser.

● Question 4 : La communauté soninké est diversement traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles recommandations pourriez-vous émettre à l’endroit de la communauté pour régler les frictions sociales liées à certaines mentalités ?

MC : Effectivement, la question de « l’esclavage par ascendance » dans certaines communautés, y compris chez les Soninké, est une réalité complexe, douloureuse, et souvent tue, mais qui mérite d’être abordée avec lucidité et courage. En tant qu’actrice engagée pour la justice sociale et l’égalité des chances, je crois profondément que toute communauté a la capacité de se remettre en question, d’évoluer, de guérir et de soigner collectivement le passé. Cette crise sociale et sociétale n’est pas simplement une affaire d’individus, mais une question de valeurs, de dignité humaine et de vivre-ensemble.

Pour ma part, voici quelques recommandations pour en ce qui concerne cette sociale et sociétale:

1. Encourager une justice étatique équitable.
Il faut aussi privilégier les mécanismes traditionnels de règlement de conflits, pour qu’ils soient en cohérence avec les lois nationales et les conventions universelles des droits humains.
LA DIGNITÉ HUMAINE NE SE NÉGOCIE PAS…

2. Travailler avec les femmes comme vectrices de transformation sociale et éducative :
Elles ont un rôle central dans la transmission des valeurs et dans la pacification des tensions. En leur donnant la parole, on accélère les prises de conscience.

En somme, il ne s’agit pas d’accuser ou de pointer du doigt, mais plutôt de privilégier la justice, l’égalité et la cohésion sociale. Le changement est fort possible, mais il viendra des hommes et des femmes qui composent la société. Si il est  accompagné avec bienveillance, respect et conviction.

Je vous remercie…

Mariam COULIBALY
Entrepreneur à Paris
Présidente de l’ONG Sah’Elles en France.

Le 3 mai 2025

● Réalisé par KS pour le BLOG

● France | Victoire pour Manssour Sow, cet ouvrier agricole mauritanien qui était menacé d’expulsion

FRANCE3 – La situation de Manssour Sow avait suscité une vague d’indignation et de soutien ces dernières semaines. Ouvrier agricole dans trois exploitations en Creuse, ce Mauritanien de 30 ans a été visé en avril par une assignation à résidence consécutive à une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Mais le dénouement est heureux : il vient d’obtenir son titre de séjour.

La pression retombe pour Manssour Sow. En situation irrégulière sur le territoire depuis plusieurs mois, un titre de séjour vient enfin de lui être délivré par la préfecture de Creuse, ce mardi 20 mai.

Cet ouvrier agricole de 30 ans, originaire de Mauritanie, n’aura plus à redouter les contrôles d’identité, ni à s’inquiéter de retourner de force dans ce pays qu’il a fui en 2018. « Je suis content depuis hier, je me sens libre », se réjouit-il.

En CDI sur trois fermes

Depuis la ferme de Sylvain Brunet, à Saint-Christophe, où il travaille lorsque nous le retrouvons, Manssour Sow savoure la nouvelle. Au début du mois d’avril, il avait reçu une assignation à résidence consécutive à une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) datant de 2022, au motif qu’il n’aurait pas assez travaillé. Une décision incompréhensible pour ce paysan exilé qui cumule les emplois en CDI sur trois fermes du département.

« On est dans un secteur en tension. Avant Manssour je ne trouvais personne », assure l’un de ses employeurs, Thierry Peronne, qui a rencontré le jeune Mauritanien en 2021 peu de temps après son arrivée au Centre d’accueil pour demandeur d’asile (Cada) de Peyrat-le-Château, dans le département voisin de la Haute-Vienne. « Je cherchais quelqu’un pour traire les vaches, c’est son métier. Il est venu une semaine ou deux sur l’exploitation, cela lui a plu », raconte l’agriculteur de Maisonnisses.

Dans un contexte de manque de main d’œuvre agricole sur le territoire, Manssour Sow avait en plus l’avantage d’être compétent et de bien connaître le milieu. Depuis son plus jeune âge, il cultive ce savoir-faire pour les animaux que lui a transmis son père, éleveur de bovins en Mauritanie. Ce pays où Manssour Sow était menacé, comme il l’explique, et qu’il a dû quitter pour sauver sa vie. Sa mère et sa sœur vivent toujours sur place, il ne les a pas revues depuis son départ en 2018.

« Cette nouvelle est un soulagement pour nous, ses employeurs, et pour Manssour encore plus. Il travaille, il est intégré, intelligent et courageux. Son obligation de quitter le territoire était totalement injuste », déclare Sylvain Brunet, Agriculteur en Creuse.

L’obtention de ce titre de séjour est une délivrance pour lui, pour ses trois employeurs et tous ceux qui l’ont soutenu ces dernières semaines. « C’est une bonne issue, on a été privés de Manssour pendant un mois, comme il ne pouvait plus venir chez nous. On est bien contents de le retrouver », sourit Sylvain Brunet, chez qui Manssour Sow travaille aussi bien du côté laboratoire que du soin des animaux.

« C’est une grande joie », confirme Pierrette Bidon, co-présidente de l’association Réseau éducation sans frontières Creuse, qui l’a accompagné dans toutes les démarches pour décrocher cette régularisation. Elle se souvient, notamment, début avril, lorsque Manssour Sow a dû se mettre à pointer auprès de la gendarmerie chaque jour à 10 heures précises, dans le cadre de son assignation à résidence début avril.

« Pour Manssour, c’était très dur d’aller à la gendarmerie. Se présenter aux gendarmes, c’était comme s’il avait fait quelque chose de mal, comme un vol ou un crime, alors qu’il ne se sentait pas du tout dans ce registre-là. C’était très sévère », déclare Pierrette Bidon du Réseau éducation sans frontières (RESF) en Creuse.

Le 22 avril, le tribunal administratif de Limoges avait levé cette assignation à résidence et accordé à ce travailleur sans papiers un répit d’un mois en réponse à sa procédure en appel, en ordonnant à la préfecture de Creuse de réexaminer sa demande de régularisation. « Je n’ai pas le moral et c’est compliqué pour moi en ce moment. Je ne dors pas, je ne mange pas et je suis fatigué”, nous avait-il confié, visiblement épuisé par cette situation qu’il peinait à comprendre.

Les services de l’État lui avaient donc demandé de fournir plusieurs documents en lien avec ses activités professionnelles pour actualiser son dossier. Finalement, ce mardi 20 mai, Manssour Sow est allé signer son récépissé en préfecture : sa demande est complète et il va pouvoir de nouveau circuler librement sur le territoire.

« Manssour avait beaucoup d’atouts pour avoir un titre de séjour au départ. On n’a jamais compris cette démarche de la préfecture de lui envoyer une assignation à résidence », déclare Pierrette Bidon, Co-présidente du Réseau éducation sans frontières (RESF) en Creuse.

« Les instances de justice administrative, par Monsieur Sow, ont décidé de suspendre la décision d’OQTF pour permettre à la préfète de la Creuse de procéder à un réexamen de son dossier. En application de cette décision, il a été possible de prendre en compte de nouveaux éléments présentés par Monsieur Sow », développe la préfecture de Creuse, que nous avons sollicitée, mercredi 21 mai. Le 22 avril 2025, jour de son audience devant le tribunal administratif de Limoges, Manssour Sow a reçu le soutien de nombreux manifestants.

La préfecture précise également que les « manifestations publiques n’ont pas d’impact sur ce type de décision qui n’est pas une dérogation exceptionnelle, mais simplement de l’application stricte de la réglementation en vigueur ».

« Je suis très soulagé. La suite maintenant pour moi, c’est de passer mon permis, continuer les cours de français, avoir mon appartement et vivre comme les autres. Être libre », déclare Manssour Sow.

Ce titre de séjour « salarié » n’est valable qu’un an. Manssour Sow devra renouveler sa demande avant qu’elle n’expire. « Il faut s’y prendre environ neuf mois à l’avance. Donc, là, il va avoir deux ou trois mois tranquille, mais après, il faudra recommencer à rassembler les papiers et tout ça. S’il travaille toujours avec les mêmes employeurs, je pense que cela ne sera pas trop difficile… À moins qu’il n’y ait de nouvelles décisions gouvernementales », commente Pierrette Bidon.

La mobilisation continue

La co-présidente de Réseau éducation sans frontières Creuse s’inquiète de voir les conditions de régularisation se compliquer pour les étrangers sans papiers en France. « Depuis quelque temps, on voit bien que cela se durcit. Pour Manssour, on peut dire que l’on a gagné, grâce à la mobilisation et la médiatisation. Mais, à côté, il y a d’autres migrants qui sont là depuis sept ou huit ans et qu’ils envisagent de renvoyer chez eux », déplore Pierrette Bidon.

« Je pense qu’il y a un durcissement des mesures gouvernementales. Il y a vraiment une volonté de faire repartir des gens. Là, ça se précise », déclare Pierrette Bidon du Réseau éducation sans frontières (RESF) en Creuse.

C’est pour tous ceux-là que la mobilisation devrait continuer en Creuse. Depuis le début du mois d’avril, une manifestation avait lieu une fois par semaine devant les grilles de la préfecture pour dénoncer la situation de ce travailleur agricole intégré dans le département, mais aussi des autres familles vivant également sur le territoire dans la crainte de l’expulsion.

Écrit par Lisa Douard

Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=784055

● Une brève chronique d’une Pensée Émancipatrice | Le cas Ganbanaaxu

● 📖 In Figures de la révolutionnaire africaine de Saïd Bouamama : « «….Il n’y a pas de génération spontanée de révolutionnaires. La construction d’une conscience nationale et d’une pensée émancipatrice ne se fait pas du jour au lendemain. C’est le produit d’une accumulation d’expériences, d’échanges, d’échecs et de compromissions. »…. » P.59

Parlant de Pensée Émancipatrice, l’avènement du mouvement Ganbanaaxun me revient à l’esprit. Notamment par rapport à sa genèse et son cheminement dans le temps et dans l’espace :

En Mauritanie, quelques points de référence de l’engagement antiesclavagiste dans l’environnement social soninké :

À l’intérieur

1 – Plusieurs anonymes subirent historiquement isolement social et dénigrements haineux dans les communautés soninké parce qu’ils refusaient une certaine assignation humiliante. C’était une sorte de révolution silencieuse dans un environnement très hostile. Ils ont une Mémoire de pionniers qu’on se doit de valoriser et de la rendre audible…aujourd’hui.

2 – La création de l’association AMEES (Association Mauritanienne pour l’Éradication de l’Esclavage et ses Séquelles) dans les années 2007…2008. Une pensée de révérence militante au doyen M. Ladji Traoré et ses camarades.

3 – La création de l’association UVDS (Union des volontaires pour le développement de Soninkara) dans la décennie 2010. Un rendez-vous marquant dans son activisme mérite d’être relevé : le 18 novembre 2014, la rencontre publique avec comme invité le leader abolitionniste d’IRA-Mauritanie M. Biram Dah Abeid. L’occasion d’une prise de parole inédite en la matière au cours de laquelle, M. Dah Abeid indexait en de termes clairs et sans filtre l’existence de l’esclavage dans les communautés négro-mauritaniennes. À l’époque, l’aura de sa sortie communicationnelle n’est pas passée inaperçue dans les milieux abolitionnistes ni chez les féodalo-réactionnaires. Un coup dans la fourmilière féodalo-esclavagiste négro-mauritanienne qui fut historiquement un angle mort (évité ou marginalement abordé) dans les luttes pour l’avènement d’un véritable État de droit. Un cheminement militant de grande portée était enclenchée avec M. Yakhoub Bakhayokho et ses camarades en étroite et vaillante collaboration avec IRA (Initiative pour la Résurgence Abolitionniste).

4 – L’initiative abolitionniste revivifiée dans les milieux soninkés du Gorgol. Courant 2020 avec le mouvement social Tallaye koffo sous l’inspiration d’un engagé déterminé M. Baliou Mamayary Coulibaly et ses camarades. Au menu localement, le refus de la subordination religieuse à base féodalo-esclavagiste au sein de la confrérie Hamahoullahi.

5 – L’association Ganbanaaxu Fedde Mauritanie est fondée il y a quelques années. Une entité associative de plus dans le même sillage d’un militantisme droit-de-l’hommiste. Elle y évolue également avec un plaidoyer focal pour l’égalité citoyenne et contre les restes de l’esclavage par ascendance dans la communauté soninké. M. Abdalaye Sidi Traoré assure la présidence et lui et ses camarades mènent consciencieusement leurs activités.

À l’extérieur

6 – La création de l’association Armepes-France (Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles) en 2010. La conférence pionnière en 2011 de cheikh Aboulaye Traoré sur les problématiques d’inégalités sociales et de subordination coutumière dans la vie communautaire soninké. Un cadre associatif était né pour fédérer nombre de personnes de divers parcours et horizons s’inscrivant dans un engagement clairement identifié et identifiable dans l’écosystème diasporique soninké en France. Une Top reconnaissance aux initiateurs de cette dynamique qui deviendra une large aubaine pour un élan collectif sans précédent.

7 – La création du forum de sensibilisation WhatsApp Ganbanaaxun Fedde le 5 octobre 2016 par M. Gaye Traoré (secrétaire général d’Armepes-France à l’époque). De ce forum, une #Pensée #Émancipatrice passait à une phase transnationale avec plusieurs structures associatives et groupements sociaux qui rejettent fermement un régime coutumier intrinsèquement discriminatoire et suprémaciste dans les milieux soninkés (dans nos pays comme au sein des diasporas). Aujourd’hui, cette pensée émancipatrice Ganbanaaxu essaime relativement tout le pays soninké et s’installe progressivement bon gré mal gré dans la littérature sociale intra-communautaire.

En parallèle

8 – La distinction humaniste d’un lot des Justes connus ou moins connus qui ont su faire preuve d’empathie et optent pour le camp du droit à la Dignité. Ces personnes n’ayant aucune extraction sociologiquement atteinte et assignée par un mépris social et les discriminations sociétales qui en découlent. Nécessairement on y adjoint l’activité intellectuelle interpellative et chronique de certains leaders d’opinions plaidant l’égalité et appelant au changement de mentalités. D’autres partenaires à expression individuelle ou collective (société civile, ong, para étatiques…) sont également porteurs du flambeau solidaire dans cet engagement valeureux et d’utilité publique pour notre développement multidimensionnel.

Une Pensée Émancipatrice Ganbanaaxu qui se propose comme alternative socialement à jour avec les textes fondamentaux de dignité, d’égalité et de citoyenneté dans nos pays. S’unir par/dans l’égalité en droits et en dignité ou au mieux une autogestion sociale et économique en parallèle et une liberté politique sans carcans communautaristes ni ethno-raciaux.

Conclusion : Un élément concis personnel loin d’être exhaustif d’un historique cheminement…qui suit son cours dans les actualités….

20 mai 2025

Koundou SOUMARE, militant d’Armepes-France.

● Les vérités de l’Histoire se révèlent dans les Nuances | En Vidéo.

À recommander 🎬👇🏿

Ici un élément YouTube consacré à l’histoire de l’esclavage dans les possessions de la France coloniale. Produit par la chaîne Histoires Crépues, il est bref mais pas moins fouillé et dense à travers des données essentielles et sourcées. Avec un zoom principalement sur la colonie de Saint-Domingue (devenu Haïti), le présentateur nous sert de valeureux angles de compréhension des réalités d’un système d’exploitation que fut cet abominable asservissement de l’homme par l’homme. Les intervenants invités dont l’intellectuel et historien panafricaniste M. Amzat Boukari-Yabara, nous exposent de riches commentaires tout au long de la production audiovisuelle. Le décryptage d’une réalité appelée « l’économie servile » permet une aération analytique sur l’écosystème du phénomène esclavagiste et ses complexités. On y apprend que la révolution haïtienne fut menée par les esclaves rejoints par les Noirs affranchis appelés « libres de couleur » contre les principaux tenants Blancs du système. Il a été souligné également que des « libres de couleur » étaient propriétaires de plantations et possédaient d’autres Noirs comme esclaves. L’histoirienne qui intervient dans la vidéo précise en substance que posséder des esclaves pour certains « libres de couleur » ressemblait à un marqueur d’ascension sociale dans le système, en résumé « si on en possède veut dire qu’on ne l’est pas (plus) soi-même ».
La vidéo nous renseigne beaucoup sur les rouages des abolitions de l’esclavage dans les territoires coloniaux français. Concernant les indemnisations de propriétaires esclavagistes, il est précisé que de « Libres de couleur » devenus esclavagistes y ont bénéficié également comme les Blancs. Les pouvoirs publics tenaient ce système d’indemnisation comme une sorte de régulation de la vie économique et sociale post esclavage. En gros, une restructuration de l’économie servile vers une dépendance « légale » via le salariat des anciens esclaves dans un système qui ne change que superficiellement.

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En Mauritanie, on fait un petit virage historique comparatif en observant la substance de l’Ordonnance n° 81-234 du 9 novembre 1981 abolissant l’esclavage :

Les principaux articles :

« ● Article 1 : L’esclavage sous toutes ses formes est aboli définitivement sur toute l’étendue du territoire de la République Islamique de Mauritanie.

● Article 2 : Conformément à la charia, cette abolition donnera lieu à une compensation au profit des ayant droits.

● Article 3 : Une Commission Nationale composée d’oulémas, d’économistes et d’administrateurs, sera instituée par décret pour étudier les modalités pratiques de cette compensation. Ces modalités seront fixées par décret une fois l’étude achevée.

● Article 4 : La présente ordonnance sera publiée suivant la procédure d’urgence et exécutée comme la loi de l’Etat. »

~ Quelques questionnements :

A-t-on appliqué réellement cette ordonnance ?

Met-on quoi socialement dans « des ayant droits » à l’époque ?

Quelle nature de compensation a été décidée ?

Qui furent les bénéficiaires concrètement ?

c’était il y a 44 ans seulement…

NB : le lien de la loi 031-2015 de 2015 https://www.coursupreme.mr/fr/docs/loi%20esclavage%20l%20fr.pdf

KS pour le BLOG

● Mauritanie | Question Haratine : Contribution par MOHAMED DAOUD IMIGINE

J’ai lu avec un vif intérêt, sur les plateformes en ligne, l’entretien accordé à une chaîne sénégalaise par le président Messaoud Ould Boulkheir, figure emblématique de la scène politique nationale et, surtout, précurseur et leader historique incontesté de la cause haratine.  Sa vision, ses conseils avisés et son expérience dans la lutte contre l’esclavage demeurent des références légitimes et respectés, en dépit des fractures persistantes au sein de l’élite haratine.
Toutefois, et malgré le profond respect que je lui voue, je ne puis m’empêcher de réagir avec une certaine réserve à son analyse concernant la démarcation de la composante haratine. Dans cet entretien, le président Mesaoud  Ould Boulkheir fait preuve d’une sagesse et d’un sens de l’équilibrisme politique qui, s’ils s’accordent à la hauteur de son parcours et de sa stature, semblent néanmoins révéler une stratégie de préservation, empreinte d’un conformisme prudent. Ce positionnement, bien que compréhensible à certains égards, paraît aujourd’hui en décalage avec les aspirations profondes et les réalités socio-politiques vécues par la majorité des Haratines.
Comme le sait pertinemment le président Messaoud Ould Boulkheir — sans doute mieux que moi —, la légitimité de la question haratine trouve sa source dans le passif esclavagiste, et non dans des considérations d’origine, de langue ou de culture. Il n’ignore pas non plus que le combat des victimes de l’esclavage vise, avant tout, à recouvrer leur liberté, leur émancipation et la pleine reconnaissance de leur dignité humaine, indépendamment de l’identité des sociétés qui les ont réduites à cette condition. Dès lors, il va de soi que l’atteinte effective de ces objectifs passe inévitablement par une forme de démarcation claire vis-à-vis des anciens rapports de domination, afin d’échapper aux pièges persistants de la tutelle, du paternalisme et du conformisme d’inspiration néo-esclavagiste. Être libre, émancipé et digne, c’est pouvoir s’assumer pleinement, se déterminer librement et faire des choix en toute conscience.
S’agissant des Haratines, il ne saurait être question de démarcation linguistique ou culturelle, dans la mesure où la langue et la culture de leurs anciens maîtres sont également les leurs – pleinement assumées, et souvent revendiquées avec fierté. En revanche, un clivage réel, d’ordre identitaire, statutaire et socio-économique, persiste et alimente leur aspiration à une démarcation politique. Celle-ci ne relève ni du rejet ni de la rupture gratuite, mais s’impose comme un impératif transitionnel dans le cheminement vers une Mauritanie plus équitable. Tant que perdure le système actuel, fondé sur des rapports de domination structurels, il est naturel que les Haratines s’inscrivent dans une dynamique de changement, tandis que leurs anciens maîtres tendent, pour l’essentiel, à défendre le statu quo et les fondements de l’ordre établi.
La revendication récurrente de reconnaître les Haratines comme une cinquième composante nationale s’inscrit dans cette dynamique légitime et fondée, en réponse à la persistance d’un conservatisme néo-esclavagiste qui s’emploie à les cantonner, au sein de la société hassanophone, dans un rôle subalterne — celui d’une communauté auxiliaire, voire accessoire —, perpétuellement exposée à une instrumentalisation politique dévalorisante. Cette exigence de reconnaissance reflète une volonté d’affirmation citoyenne, fondée sur la dignité, la justice et l’égalité des droits.
En cherchant, par sa voix hautement autorisée, à désavouer — voire à stigmatiser — les Haratines qui, aujourd’hui, aspirent à rompre avec l’indignité, l’instrumentalisation et l’effacement, au moment même où la question identitaire haratine s’invite dans le débat national, le président Messaoud Ould Boulkheir semble, hélas, conforter une rhétorique aux accents ambigus, parfois perçue comme blessante, notamment par une jeunesse engagée qui peine à comprendre une telle posture. Beaucoup ont été frustrés par sa sagesse et son nationalisme qui, à leurs yeux, tendent à ménager le statu quo, à composer avec un ordre établi où le suprémacisme demeure souvent manifeste — sans pour autant offrir d’espace au dialogue avec ceux qu’il semble considérer comme des voix « égarées ».
D’ailleurs, les Haratines ont-ils réellement d’autre choix que de se démarquer, lorsqu’on sait qu’ils demeurent marginalisés sur les plans social, économique et politique, et que leur combat légitime est trop souvent banalisé, méprisé, voire injustement diabolisé ? Ironie du sort, la stature et la notoriété du président Messaoud Ould Boulkheir tirent justement leur force de la singularité de son engagement, qui fut, en son temps, l’expression même de cette volonté de rupture salutaire.

Pourquoi, dès lors, renier aujourd’hui une approche stratégique qui, sans provoquer de heurts, continue de porter les aspirations des Haratines vers plus de liberté et de reconnaissance ? La dénonciation récurrente de prétendus discours de haine ou de replis identitaires relève moins d’une analyse objective que d’une rhétorique d’intimidation, souvent utilisée pour délégitimer des revendications pourtant fondées.

S’il fallait adresser un reproche aux Haratines, ce serait peut-être moins leur radicalité que leur aliénation prolongée, leur fatalisme résigné et leur pacifisme obstiné face à l’injustice. En tout état de cause, si les Haratines s’inscrivent naturellement dans un ensemble linguistique arabophone, leur prétendue « bidhanité » — et c’est là le nœud de la question — apparaît aujourd’hui comme une fiction caduque. Et c’est tant mieux, car cette clarification identitaire ouvre la voie à une évolution salutaire de la société mauritanienne vers un esprit citoyen plus juste, plus inclusif et davantage fondé sur l’égalité des droits.

En conclusion, si je puis me permettre un conseil empreint de respect, ce serait de ne pas diaboliser le combat sincère d’une jeunesse haratine meurtrie par l’exclusion et la discrimination, tout comme l’a été le sien, à l’apogée de son engagement militant mené avec courage et détermination. L’histoire retiendra son apport exceptionnel à la cause haratine, sans pour autant occulter les contradictions et les tensions inhérentes à toute trajectoire de lutte. En toute circonstance, il restera une figure historique majeure du combat pour la dignité, la liberté et l’émancipation des victimes de l’esclavage.

Je lui souhaite, à cette occasion, longue vie et pleine santé.

MOHAMED DAOUD IMIGINE
6 MAI  2025

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● Timbuktu Institute réfute toute allégation de lien entre le Mouvement Gambana et l’extrémisme religieux

📸 Visuel Timbuktu Institute et M. Bakary SAMBE (Directeur général)

Depuis la parution de l’étude « Menace du JNIM dans le zone de trois frontières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal », plusieurs personnes défendant l’esclavage par ascendance ou voulant le justifier par certaines raisons d’ordre « culturel » nous ont contactés pour que la partie du document faisant état de cette pratique d’un autre temps soit ôtée du document ou encore relativisée.

Après ces nombreuses pressions et tentatives infructueuses, les mêmes personnes ont voulu instrumentaliser de manière peu éthique, la courte interview donnée sur Rfi comme une soi-disant preuve que le mouvement Gambana serait lié aux mouvements extrémistes en voulant attribuer à ce rapport scientifique une telle thèse. Ce qui relève d’une vue de l’esprit et d’une volonté de combattre et de stigmatiser, comme dans un passé récent, un mouvement défendant, courageusement, la dignité et les droits humains.

L’étude du Timbuktu Institute ne soutient nulle part et en aucun cas que le mouvement Gambana serait de près ou de loin lié à des mouvements extrémistes religieux et nous réfutons toute allégation allant dans ce sens.

Afin de continuer à justifier une pratique aussi ignoble que l’esclavage par ascendance, ces courants féodaux cherchent, par diverses manipulations de notre rapport, à mettre en mal le Timbuktu Institute et Gambana dont il partage le credo de garantie de la dignité humaine et le rejet de toute pratique allant à son encontre.

Après des échanges d’éclaircissement sur le contenu réel du rapport, avec des responsables de Gambana et ses sympathisants qui luttent quotidiennement pour la noble cause abolitionniste, Timbuktu Institute tient, aussi, à présenter ses excuses pour tout malentendu que veulent entretenir ces antiabolitionnistes et conservateurs et qui cherchent à instrumentaliser notre recherche visant simplement, mettre à nu une pratique condamnable à tout point de vue et productrice d’injustices et de frustrations nuisibles au vivre ensemble et à la cohésion sociale.

Pour une meilleure sensibilisation contre ce fléau, l’Institut s’intéressera de plus près à la problématique de l’esclavage par ascendance à travers des recherches et futures publications scientifiques pouvant alerter davantage les décideurs de la région et la communauté internationale sur le danger que représentent une telle pratique et ceux qui cherchent à la justifier ou la perpétuer.

• Lien média https://timbuktu-institute.org/index.php/toutes-l-actualites/item/1191-timbuktu-institute-refute-toute-allegation-de-lien-entre-le-mouvement-gambana-et-l-extremisme-religieux

● Contribution de clarification de faits concernant certaines incompréhensions et polémiques suscitées par la solidarité exprimée par des militants de Ganbannaaxun à la suite de l’assassinat de notre frère Aboubacar Cissé.

Avant tout propos, je présente, en mon nom et au nom de notre mouvement, mes sincères condoléances à la famille éplorée. Paix à son âme ! Qu’Allah lui fasse miséricorde et lui ouvre les portes de son vaste paradis.
Notre réaction prompte n’est pas synonyme d’oubli du passé. Cependant, nous exprimons notre solidarité en tant qu’humains, musulmans et citoyens face à cet assassinat odieux. C’est en tant que défenseurs des droits humains que nous nous levons contre toutes formes d’injustices et participons aux sit-in de solidarité notamment à la Place de la République ce 1er mai 2025 pour réclamer justice pour Aboubacar Cissé.
Par ailleurs, nous sommes indignés de voir certains notables Soninké influents et certains responsables d’organisations associatives Soninké telle que l’APS restés muets face aux injustices sociales dans le milieu Soninké notamment l’esclavage coutumier par ascendance. La lutte contre ces fléaux doit être une priorité collective. Il est urgent de traiter cette question cruciale pour un avenir meilleur pour le Soninkara, un avenir dont le socle est la justice sociale, l’équité et le respect des droits humains. Il faut mettre fin à la mauvaise foi et l’hypocrisie ambiante qui consiste à considérer que tout se passerait bien dans notre communauté, et que l’esclavage coutumier aurait disparu. Sortons du déni !
Pour rappel, l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme stipule que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Pourtant, dans le milieu Soninké, des militants ont subi et continuent de subir les conséquences de l’esclavage par ascendance. Les initiatives en faveur de son éradication sont reçues avec hostilité et les militants contre cette situation sont réprimés et sanctionnés. Nous n’oublierons jamais les assassinats des personnes qui ont refusé leur condition d’esclave. A titre d’exemple, au Mali, 4 pères de famille ont été assassinés à Diandioumé le 01 septembre 2020 et une grand-mère a été assassinée à Lany en juillet 2022, ainsi que bien d’autres victimes. Paix à leurs âmes !
Nous dénonçons le discours ambigu de M. Ousmane Bocar Diagana, président de l’APS, qui a manifesté son indignation face à l’assassinat d’Aboubacar Cissé, mais reste silencieux face aux attaques contre les descendants d’esclaves Soninké. Tous les responsables des différentes organisations de Ganbannaaxun condamnent avec fermeté le comportement de M. Diagana Ousmane Bocar et lui demandent des explications sur son attitude vis-à-vis de Ganbannaaxun, notamment sur son manque d’engagement pour une justice et une paix sociale.
Pourtant, Monsieur Diagana, vous êtes la personne la mieux placée pour donner des éléments explicatifs sur la position réelle de Ganbannaaxun et son combat pour une justice sociale et équitable. L’esclavage est une histoire de l’humain. Le silence et le mépris ne sont pas des armes sérieuses ni efficaces pour son éradication et pour assoir une paix durable dans notre communauté avec comme socle l’égalité sociale citoyenne.
Le terme Ganbannaaxun est une expression Soninké qui signifie l’égalité en droits et en dignité entre tous les membres de la communauté. C’est un mouvement transnational né en 2016, issu de l’association ARMEPES-France qui a été créée en France en 2010 par des ressortissants Mauritaniens. Nous sommes déterminés à poursuivre ce combat légitime pour la justice sociale, malgré les détracteurs qui nous vouent aux gémonies.
Hélas, ce légitime et noble combat pour la justice sociale est discrédité par certains détracteurs qui diabolisent les militants en les comparant à des terroristes afin de semer la discorde, le doute et la haine au sein de la population.

M. Traoré Abdoulaye
Président de ARMEPES-FRANCE-Ganbannaaxun
Paris le 03/05/2025

● Un champ militant sans frontières | cohérence intellectuelle et aise sociale.

Affaire « esclavage » afro vs afro gêne énormément beaucoup de monde intello Noir. Le narratif habituel charge sans filtres les traites extérieures (transatlantique et timidement trans-saharienne). Un certain antiracisme subit relativement ce même process par lequel les xénophobies ethno-raciales entre Noirs sont mises en sourdine avec beaucoup de mauvaise foi et un focus échappatoire va s’intéresser sur la binarité « Blancs méchants contre Noirs victimes« .

Parfois le cas mauritanien est tellement parlant : l’activisme « Che Guevara » de certains à Nouakchott est très loin de leur ancrage sociologiquement suprémaciste et féodalo-esclavagiste dans leurs communautés et dans leurs villages d’origine. Nos compatriotes et frères arabo-berbères sont très renseignés de ces réalités qui nous traversent. Et également… nos frères haratines engagés le savent bien, un leader haratine de dimension politique nationale qui conteste le système avec véhémence sait très bien la représentation qui est faite insidieusement de « l’individu haratine » dans les imaginaires chez les communautés négro-mauritaniennes (hors haratines). Par opportunisme et petits calculs dans l’arène politique, on essaie de faire abstraction provisoirement de ces prismes et on prêche dans l’intra-communautaire un raidissement de positions identitaires foncièrement communautaristes peu avouables publiquement.

Chaque communauté ou milieu n’accepte une révolution pour des droits socialement universels qu’en dehors de ses frontières ethno-raciales. Dans la problématique en termes de carences d’état de droit et d’égalité sociale en Mauritanie, nous y cachons beaucoup de sous- problèmes qui s’avèrent bloquants pour une cohérence militante transversale et intersectionnelle. Ainsi dire, nos militantismes doivent être évalués entre autres par ce qu’on ose revendiquer et proposer de potablement progressiste et juste à l’échelle nationale et d’en faire pareillement dans notre enclos communautaire d’abord. C’est une Mission essentielle. C’est inacceptable la culture d’une hiérarchisation entre les régimes oppressifs, qu’ils soient du fait étatique ou intra-communautaire.

Bonne fin de week-end à vous

KS