● L’éditorial de La Nouvelle Expression : La migration, notre problème… nos autorités… la police | Par M. Camara Seydi Moussa

La Nouvelle Expression – Beaucoup de choses pour un édito : la situation du pays, depuis ma dernière sortie éditoriale, les politiques mauritaniens, Ould Diay d’aujourd’hui et non d’hier, vision et perspective pour quel crédit ? Les gouvernants et la communication, le dialogue politique pour quelle copie ?…

Des sujets qui sont d’un intérêt pour ma modeste contribution par ma plume avec laquelle je viens de renouer malgré ma maladie bizarroïde qui s’active à m’éloigner d’elle. Le site web du journal La Nouvelle Expression a été piraté aussi depuis le mois de novembre 2024, donnant du fil à retordre aux techniciens et l’hébergeur. Cet autre cauchemar sera bientôt fini selon l’ingénieur-développeur qui s’occupe du site.

Alors pour cette première sortie après une longue période d’hibernation, comme une mission pour tout mauritanien concerne l’actualité grandement dominée par la campagne de refoulement des migrants. N’y était la méthodologie, le contexte évolutif des outils de l’information et de communication, surtout le temps choisi par nos autorités pour communiquer sur le sujet, je n’aborderai pas ce sujet.

Historiquement, politiquement voire humainement, l’approche utilisée pour gérer ce phénomène n’est pas digne de cette Mauritanie qui se veut un Etat de droit respectueux de la dignité humaine dans un contexte régional balbutiant. Le redessinement de la géographie politique de notre sous-région avec son lot de turbulence est de nature à édifier nos politiques sur les conséquences de leurs décisions engageant nos relations avec nos voisins.

Les fautes d’un passé récent qui ont endeuillé ou endeuillent encore les Mauritaniens et leurs voisins, avec des larmes qui n’ont pas encore séché, doivent nous interpeler et nous guider pour la gestion des dossiers concernant nos hôtes, même si nous ne les avons pas invités. Mais nous devrons savoir qu’ils le sont par «la nature… ».

Ces pays voisins ne sont autres que le prolongement naturel de cette Mauritanie qu’on pense sécuriser contre le flux migratoire (n’eut était le colonisateur, tous ces pays pouvaient être la Mauritanie) où la géographie et l’histoire ont décidé autrement. Mais le quotidien de nos populations et les liens séculaires sont là, comme des facteurs qui nous interpellent pour plus de retenue et d’humanisme pour notre marche commune. Ces populations ont tout en commun. TOUT. Nous partageons tout, ensemble. Le cas du Sénégal et la Mauritanie, c’est la chambre et l’antichambre. La vie et l’existence de ces deux pays sont intrinsèquement liées ; cela est valable aussi pour le Mali, le Sud-est mauritanien.

Si le redessinement de notre géographie a fait de chaque territoire arbitrairement un Etat entièrement à part, les populations, elles, sont une seule et même nation. Elles ne pensent pas aux frontières. Alors, aux gouvernants de s’y s’accommoder, avec respect et discernement. On ne peut et ne doit continuer à laisser notre police à jeter de l’opprobre sur cette Mauritanie qui a tant souffert de nos turpitudes.

Un pays à coté des autres pays qui a des citoyens dans ces différents pays pour diverses raisons. Notre police a besoin sincèrement d’être éduquée. Elle a besoin de mériter la Mauritanie, terre d’Islam d’où l’intégrité et la dignité humaine ne peuvent, continuellement, être violées, comme nous le rappelle notre histoire récente.

Nous avons beaucoup de linge sale qui nous préoccupe. Cessons donc de triturer, d’humilier cette Mauritanie. Pour une fois que nos responsables font face aux bourdes indignes et incommensurables nées de la gestion calamiteuse du flux migratoire, il est temps qu’ils agissent ou qu’ils démissionnent. Hélas, n’est pas Dafa Bakari qui veut !!

Ces ministres-là nous font honte, avec leurs ridicules pamphlets pour expliquer une situation qu’ils analysent autrement dans leurs salons ou entre amis.

Cette hypocrisie doit cesser, la Mauritanie mérite plus et les étrangers qui vivent parmi nous ont des droits. Ils sont des humains comme nos concitoyens qui sont partout dans le monde. Et qu’on ne s’y trompe pas : nous sommes des Sénégalais, Maliens et Maghrébins d’origines africaines parce que nous sommes des Mauritaniens.

Camara Seydi Moussa

● Faut-il sortir des tares (endoctrinement social) pour embrasser l’endoctrinement religieux ? Que faire ? | Par M. Souleymane Sidibé

Dans nos contrées soninkées, une forme « d’extrémisation religieuse » s’installe, non pas par la violence, mais par un enfermement doctrinal rigoriste ou rigide. On voit des dévots et des dévotes, des habits qui rappellent le soleil ardent de l’Arabie, des qamis, des miswaks (cure-dents), des appellations… La foi, qui devrait être une relation intime entre l’individu et son Créateur, devient un marqueur social où l’apparence prime sur l’engagement réel. Cet enfermement réduit la religion à une série d’interdits et d’obligations visibles, oubliant l’essence même de la spiritualité et du vivre-ensemble.

Au moment où on assiste à une citoyenneté de façade, où l’affirmation identitaire l’emporte sur la participation active à la société, il est urgent de se saisir de ce phénomène pour alerter face à cette mode. Pourtant, se couvrir la tête ou porter une barbe ne saurait remplacer l’éducation, la réflexion et l’épanouissement intellectuel. Pendant que certains s’enferment dans des codes religieux, d’autres risquent leur vie en mer, en quête d’un avenir ailleurs. Cette fracture illustre une crise profonde : l’incapacité à proposer des perspectives solides à une jeunesse tiraillée entre traditions figées et aspirations modernes.

Sortir des tares traditionnelles pour tomber dans l’isolement religieux n’est pas un progrès, mais une nouvelle forme d’aliénation. Les vrais combats de société – l’éducation, l’égalité, le développement économique et la lutte contre les discriminations – doivent se mener loin des dogmatismes. La foi peut être un moteur de dépassement de soi, mais elle ne doit ni freiner le progrès ni diviser.

L’urgence est de redonner du sens à l’engagement citoyen et social, de replacer le savoir et l’ouverture d’esprit au cœur de la société. La religion ne doit pas être un instrument de repli identitaire, mais une force d’élévation, au service de l’humain et de son épanouissement. Seule une vision éclairée et inclusive pourra préserver le Soninkara de l’isolement et lui offrir un avenir harmonieux, où spiritualité et progrès avancent ensemble.

Le terrain religieux est souvent utilisé pour justifier des pratiques oppressives à l’égard des femmes, ancrant des inégalités sous couvert de spiritualité. L’excision, bien qu’absente des textes sacrés, continue d’être perpétuée au nom d’une prétendue norme religieuse, privant des millions de femmes de leur intégrité physique et psychologique. De même, le mariage forcé enferme de jeunes filles dans une dépendance totale, sous prétexte de devoir religieux.

L’endoctrinement se manifeste aussi par l’imposition du voile dès l’enfance ou la restriction de l’accès des femmes à l’éducation et à la vie publique, les cantonnant à des rôles domestiques. Pourtant, l’histoire montre que foi et émancipation féminine ne sont pas incompatibles. Nana Asma’u, érudite du XIXe siècle, a œuvré pour l’éducation des femmes en Afrique de l’Ouest. Fatima al-Fihri, au IXe siècle, a fondé l’université Al Quaraouiyine, prouvant que les femmes ont toujours été des bâtisseuses du savoir. Aisha bint Abi Bakr, épouse du prophète Mohamed (SWS), était une autorité en jurisprudence et en théologie.

Voici là des contre-arguments face à cette « soudanisation » du Soninkara. Il est urgent de déconstruire ces discours et de réaffirmer la place des femmes comme actrices libres et éclairées de leur destin. La religion ne doit pas être un instrument de domination, mais une force d’élévation et de justice. Le travail et la transformation doivent guider nos pas.

Souleymane Sidibé

● Mauritanie : La RADDHO dénonce des violations des droits des migrants

Dakaractu — Dans un communiqué de presse publié le 13 mars 2025, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) exprime son indignation face aux vagues d’arrestations et d’expulsions de migrants en situation irrégulière en Mauritanie.

L’organisation, qui détient un statut spécial à l’ECOSOC des Nations Unies et un rôle d’observateur à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), dénonce des atteintes graves à la dignité et aux droits humains.

Expulsions et abus signalés

D’après des sources concordantes, des centaines de migrants, originaires notamment du Sénégal, du Mali, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, ont été interpellés avant d’être expulsés. Ceux qui se trouvent encore en détention, notamment dans les centres de Robinet 10 et Le Ksar, seraient victimes de traitements inhumains et de harcèlement.

Malgré les critiques de plusieurs organisations de défense des droits humains, les autorités mauritaniennes qualifient ces opérations de simples actions de “routine” visant à réguler la situation des migrants et à lutter contre les réseaux de trafic humain.

Toutefois, cette répression a provoqué un climat de tension : des migrants sur le point d’être expulsés auraient incendié un poste de police à Gogui Zemal, à la frontière malienne.

La RADDHO interpelle les autorités

Face à cette situation, la RADDHO exige :

• Le respect strict des droits des migrants, indépendamment des politiques migratoires mises en place par la Mauritanie.

• Le respect des engagements internationaux et régionaux de la Mauritanie en matière de protection des migrants, notamment la Convention des Nations Unies sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leurs familles.

• L’intervention des autorités sénégalaises pour garantir la dignité et la protection de leurs ressortissants concernés par ces expulsions.

• L’adoption par les États africains de politiques migratoires plus inclusives, respectueuses des droits humains et favorisant la mobilité intra-africaine.

● Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=781868

● Khattry vs l’honorable député Khally Diallo | Nous avons compris beaucoup du peu que Khattry a dit.

Dans l’élément vidéo https://www.facebook.com/share/r/15dQYbU4Yo/ qui circule, ce compatriote ne semble pas apprécier les sorties en Europe du jeune député Khally Diallo. D’un ton visiblement compulsif et coléreux, le monsieur lâche quelques « perles » significatives à propos de ce que représente l’affaire du patronyme et des origines statutaires dans nos communautés respectives. Il indexe le député de n’être pas d’une haute (ou bonne) classe patronymique (Ba ou Kane) et qu’on ignorerait d’où il pouvait venir. En français facile, la chose la plus pesante dans nos relations sociales intra-communautaires et inter-communautaires, qui est le féodalisme et ses imbrications sociétales, apparait en arrière-fond dans la réplique Khattrienne.
Ainsi dire, cette fixation par/sur les statuts des origines ou supposés statuts des origines, est une problématique qui peut nuire les uns et les autres dans le temps et dans l’espace. Elle tient ses racines du cœur institutionnel de nos communautés ou groupes sociolinguistiques et « s’entretient » malheureusement par nos divers complexes et sourdes fuites en avant. Un construit social qui ne peut pas se déconstruire par les silences bruyants et les évitements stratégiques qu’on tente de cultiver socialement et politiquement dans de nouvelles structures de socialité en milieux urbains loin dit-on de sphères villageoises…hein. Non… l’affaire est voyageuse et s’alimente en coulisses tout près. Elle peut surgir à tout moment pour stigmatiser les personnes à cause de leur appartenance supposée à une case statutaire donnée. Donc… il est d’un intérêt citoyen et militant pour déconstruire réellement ces univers mentaux qui végètent parmi nous et en nous, que les porteurs d’opinions et voix officielles s’en saisissent publiquement sans filtres, ni gants en dénonçant les torts et ceux qui en sont les auteurs dans nos communautés d’abord et surtout. Comme le système étatique est indexé pour ses manquements et ses procédés iniques, nos systèmes intra-communautaires ne sont pas innocents dans la perpétuation d’un monde des clichés sociaux tenus et largués ici et là contre X ou Y. Les rouages politico-militaires à l’échelle étatiques ont leurs équivalents dans nos villages et communautés, il faut s’y intéresser courageusement en osant affronter son propre complexe d’abord et faire face aux ressentiments voire à la désaffection des tenants réactionnaires du makhzen féodalo-esclavagiste qu’on sait tenir un certain ordre coutumier de gouvernance intrinsèquement inégalitaire. D’ailleurs… comme un député peut interpeller le gouvernement sur les actes anormaux d’un préfet ou d’un gouverneur, il devrait pouvoir le faire concernant un chef coutumier aux pratiques injustes et fascistes dans son giron communautaire.

Du boulot, il y en a beaucoup…pour l’avènement d’un ordre citoyen et juste dans notre pays. Ce fond langagier khattrien n’affiche qu’une facette de nous-mêmes…malheureusement !

12 mars 2025

KS pour le BLOG https://ecrit-ose.blog/

● Etranger, est-ce une identité ? | Par M. Seyré SIDIBE

Il vaut mieux ne pas être étranger de peau noire par les temps qui courent chez moi. Et pourtant, chez moi était réputé être terre de Bissimallah, Bissimillama, terre de merhebeu et de wekheryert jusqu’à  adjonction de kebireu. L’hospitalité dans toute son expression et dans sa diversité culturelle. 

Mais tout est en train de basculer.
Pogrom, contrôles aux faciès et comme souvent avec un excès  de zèle que la loi ne tolère point. 
C’est juste l’expression idéologique et politique du représentant de l’Etat. Un agent » imbu de sa naissance » de sa position et dont l’impunité est assurée à vie fait appliquer la loi à  sa manière.

Étranger, ce vocable est ces derniers temps, en Mauritanie assimilé à une identite subsaharienne. Un Noir, noir de peau.
Un clandestin ni plus ni moins.
Un candidat potentiel  à l’émigration.
Un suspect. Un coupable . Un brigand. Un misérable.  Un pestiféré.

Étranger, c’est juste un soupçon. Une appréhension. Un étranger, c’est juste un inconnu.

Chacun est inconnu quelque part. Chacun est étranger quelque part, parfois même au milieu  des siens.

Étranger, le mot est jeté  comme un projectile .
Les rescapés du recensement biométrique, sont encore titillés. Blessés dans leur honneur par un compatriote qui se substitue à  l’État, en traitant parfois des halogènes d’étrangers. Un amalgame et une confusion volontaires qui presagent de mauvais jours.

Étranger, vous l’êtes sans même décliner votre identité.  C’est écrit sur votre front. Votre accent  fait de vous chez vous un étranger. 

Étranger, tout le monde est étranger. 
Chacun a déjà était appelé étranger. 
Étranger, ne saurait être une insulte.
Étranger, n’est pas toujours un aventurier, un personnage errant .

L’étranger d’Albert CAMUS, n’était pas  musulman à  ce que je sache. Mais avait compris que la vie était absurde. Nous sommes de passage. Rien ne nous appartient ici bas. Tout est éphémère.  Tout  est finitude.

A-t-on oublié ce principe sacro-saint de l’islam. Aimons -nous le temps d’une vie. Cultivons l’amour et la fraternité. Nous sommes tous’Ici et d’Ailleurs. 

Seyré SIDIBE

● Chères mauritaniennes, chers mauritaniens | Par M. Souleymane Sidibé

Aujourd’hui, en Mauritanie, nous sommes pleinement conscients des défis complexes auxquels nous faisons face. Dans ce contexte, je ressens profondément la nécessité de souligner l’importance de la fraternité, du respect mutuel et de l’harmonie entre nos peuples. La Mauritanie et ses pays voisins ont une histoire commune, une culture partagée, et une tradition d’échanges qui remontent à des siècles. Les liens qui nous unissent sont bien plus forts que les désidératas de quelques-uns ou les incompréhensions qui peuvent surgir dans nos sociétés.

Il est vital de rappeler que la dignité humaine transcende les frontières, et que chaque citoyen, qu’il soit sénégalais, malien, guinéen, gambien, marocain, tunisien, algérien ou mauritanien, mérite de vivre dans la paix, la sécurité et le respect de ses droits fondamentaux. Lorsque des difficultés surgissent, surtout dans un contexte de flux migratoires, pour tout individu vivant en Mauritanie, il est crucial que nous nous engagions dans une réflexion collective, non pas pour diviser, mais pour construire ensemble un environnement plus juste et plus équitable.

De même, il est impératif que nous rejetions toute forme d’exclusion, de discrimination ou d’injustice. L’unité nationale ne se décrète pas : elle se construit par des actions concrètes, par des politiques inclusives et par une volonté sincère d’aller vers l’autre. L’histoire nous a montré que les nations qui prospèrent sont celles qui savent tirer leur force de leur diversité et faire de la solidarité un principe inébranlable.

Nous ne devons pas laisser le racisme, les préjugés ou les stéréotypes nous éloigner les uns des autres. Nous sommes tous des humains, et la diversité qui existe entre nous, qu’elle soit d’origine, de culture ou même de croyance, ne devrait jamais être une source de division mais un terrain d’enrichissement mutuel. La Mauritanie, à l’image de ses voisins, est un carrefour de cultures et de peuples, et il est de notre responsabilité collective de préserver cet héritage de dialogue et de solidarité.

Ainsi, tout en reconnaissant les défis qui existent, je fais appel à l’esprit de bienveillance et de compréhension pour résoudre les malentendus et les injustices, et pour promouvoir un environnement où chacun peut se sentir chez soi. C’est ensemble, en tant que voisins et frères africains, que nous pourrons avancer. L’unité est la clé pour bâtir une Mauritanie et une Afrique plus fortes, plus unies et plus solidaires. La solidarité africaine doit toujours primer.

Nos autorités doivent revoir leurs méthodes, appeler au respect des règles et faire respecter les lois, tout en protégeant la dignité de chaque individu présent sur notre sol. Il en va de la survie de notre société et de la qualité de nos relations de bon voisinage.

Avec tout le respect et la fraternité qui nous unissent,
Un citoyen mauritanien,
Souleymane Sidibé.

● La journée nationale de lutte contre l’esclavage est passée inaperçue ? | M. Seyré SIDIBE.

Alors que la journée nationale de lutte contre l’esclavage, le 06 Mars, de chaque année vient de passer inaperçue en Mauritanie, tant du côté des autorités que du côté de la société civile, la dernière réunion hebdomadaire du Gouvernement vient d’instituer, une autre journée nationale, commémorant cette fois-ci la diversité culturelle et de la cohésion nationale. C’est en soi une bonne initiative dans un contexte marqué par la montée de propos racistes proférés ou soutenus, sans gêne par les partisans d’une Mauritanie exclusivement Arabe ou blanche.

La reconnaissance d’une journée, consacrée à la diversité culturelle et de la cohésion nationale sonne comme revers pour ce camp, qui fait semblant d’oublier que la Constitution nationale reconnaît, quatre langues nationales représentatives de quatre communautés nationales (Arabe ou Hassaniya, le Pulaar), le Soninké et le Wolof). Le caractère multiethnique, multiracial et culturel de la Mauritanie, n’est pas une invention et n’est pas tombé du ciel. C’est cela son identité : une identité plurielle reflet de sa géographie, de sa genèse et de son histoire. Une journée de plus ! En effet, l’agenda national est déjà trop saturé de journées nationales sans impact.

Pourquoi alors instituer une journée nationale contre l’esclavage ?

Si l’esclavage est vécu comme un mal qui ronge d’abord les victimes, parce que source de stigmatisation, d’exploitation et de déshumanisation, il l’est aussi pour les États où sévit encore cette pratique d’un autre âge. En effet, pendant longtemps la Mauritanie avait opté pour le déni à chaque fois qu’elle avait été interpellée par les partenaires au développement (les instances internationales).

La réponse officielle était : il n’y a point d’esclaves en Mauritanie.

Acculée pendant des années, en plus des preuves qui ne cessent de s’amonceler contre Nouakchott, grâce au travail titanesque et courageux de certaines Organisations de la société civile (ONGs), (le plus souvent combattues et mal vues en Mauritanie mais bien appréciées à l’étranger), les autorités mauritaniennes ont été contraintes d’évoluer dans leur position. Ainsi, elles passent du déni à la reconnaissance non pas de l’esclavage en tant que fléau, elles arrivent à inventer une formule ingénieuse, qui admet la persistance des séquelles du mal. Une manière sans doute de minorer, d’atténuer : une reconnaissance au bout des lèvres. C’est déjà bien !

Comme toujours au Sud du Sahara pour justifier l’injustifiable, l’ignominie, le déshonneur, toutes choses abjectes, on peut compter sur des « intellectuels » ripoux et malhonnêtes » brillants dans la voie satanique et diabolique.

Ces derniers ne manquent jamais de mots, d’arguments, de thèses pour enfumer, manipuler mais surtout impressionner et endormir la société pour faire prévaloir leurs théories, même lorsqu’ elles sont loin de la vérité. Les exemples ne manquent : le tripatouillage des Constitutions, la légitimation des coups d’États, la défense des dictatures et autres régimes corrompus etc.

La journée du 06 mars ?

Loin des joutes politiques et politiciennes, instituer une journée nationale contre l’esclavage, est sans doute une manière de reconnaitre de l’existence de l’esclavage dans notre société.  Les sociétés humaines étant dynamiques, nécessairement la pratique de l’esclavage s’adapte aux nouvelles réalités, en changeant de formes et de manifestations. Mais en réalité, la substance même de la pratique basée par l’exploitation psychologique, sociale, communautaire, mentale, culturelle, religieuse, économique, politique est toujours présente ; même si la stratégie du maître change de formes et d’enjeux. Et en face, la victime aussi n’est plus la même, sa mentalité, ses intérêts et rapports avec le maître ou l’ancien maître, le contexte etc. ont évolué.

Mauvaise lecture de l’esclavage en Mauritanie : la société maure stigmatisée

Jusqu’à une époque récente, parler de l’esclavage en Mauritanie revenait à pointer du doigt la situation des haratins, et à incriminer les bidhanes (maures blancs). Or, la société maure n’est pas la seule esclavagiste en Mauritanie. Les Noirs aussi pratiquent l’esclavage sous une forme plus subtile, mêlée à la culture : un mélange de féodalisme et esclavagisme. Pour s’en défendre, ils sont prompts à brandir l’argumentaire du respect des us et coutumes. 

Dans une république démocratique, de surcroît un État de droit, la promotion culturelle doit impérativement être en harmonie avec les valeurs et principes de la république. Certains débats dans l’espace public ou sur la toile montrent jusqu’où la lutte contre l’esclavage manque de sincérité en Mauritanie. En effet, au lieu d’une tolérance zéro à l’encontre des apologistes esclavagistes, beaucoup préfèrent se contenter de nier ou de comparer les formes de pratiques observées chez les différentes communautés nationales.

On se rend compte d’une contradiction fragrante entre le caractère coercitif dans sa formulation contre l’esclavage et pratiques assimilées d’une part et l’impunité dont se vante les esclavagistes. Les victimes n’ont jamais compris, la mollesse et l’indifférence avec lesquelles les autorités judiciaires, policières et administratives traitent, les dossiers sur l’esclavage, une pratique criminalisée par la loi.

Ce qui est ahurissant, c’est de voir de grands responsables ou des soi-disant intellectuels s’adonner à cœur joie, sans état d’âme à comparer l’esclavage dans nos différentes communautés nationales ; en cherchant à minimiser les pratiques en vigueur chez les Noirs, comparées à ce qui se passent entre bidhanes et haratins. On ne compare pas deux maux.  On les combat.  Ma mère m’a appris que deux grains de sel ont la même saveur, (goût) : la seule différence possible entre eux, c’est à la pesée (le poids).

A l’occasion de cette journée commémorative, de lutte contre ce fléau, il est essentiel de rappeler qu’un combat sérieux contre l’esclavage nécessite un traitement plus pointu, prenant en charge les différentes formes de manifestations du fléau dans nos différentes communautés nationales. 

Où trouve-t-on l’esclavage dans ses différentes manifestations ?

Il est dans les rapports sociaux, il est exprimé dans les mots, dans la façon de nommer, de désigner, d’interpeller etc. Il se nourrit des manifestations populaires et culturelles où il prend la forme de l’expression d’une identité culturelle. Il est présent dans la division sociale du travail, dans la gouvernance des lieux de culte (mosquées), dans les mariages entre les différentes familles. Sur le champ politique, l’esclavage se manifeste aussi dans les nominations, la désignation aux postes politiques ou électifs.

Bien évidemment, la forme visible saute aux yeux du fait qu’elle est pratiquée à ciel ouvert. La loi n’a de sens que lorsqu’elle protège les victimes ; et lorsque toute une administration est chargée d’accompagner les victimes, les protéger, les rassurer, les sensibiliser pour vaincre la peur, les intimidations et autres entraves de nature à compromettre l’accès à une justice. 

Légiférer sur l’esclavage par ascendance

Il est temps que les Autorités mauritaniennes légifèrent sur l’esclavage par ascendance, une particularité des communautés négro-mauritaniennes et négro-africaines. Une loi n’a de sens que lorsqu’elle est appliquée, où quand elle prend les stratégies utilisées par les contrevenants pour la contourner. En effet, l’esclavage par ascendance reste une forme insidieuse qui échappe à la vigilance du législateur et des Autorités, qui ne font pas assez pour en finir avec cette abomination.

Seyré SIDIBE

● Penser l’esclavage, comprendre ses séquelles et agir pour l’égalité | Par M. Souleymane Sidibé

« La principale fonction de l’homme n’est pas de manger, mais de penser. Sans doute, qui ne mange pas meurt, mais qui ne pense pas rampe ; et c’est pire. »
— Victor Hugo

Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, se situe cette année dans un contexte particulièrement significatif. Deux jours plus tôt, le 6 mars, la Mauritanie commémorait la Journée de lutte contre l’esclavage et ses séquelles. Dans deux mois, le monde marquera la Journée internationale du Noir, un rappel des souffrances liées à l’esclavage et un appel à plus de justice sociale et d’égalité citoyenne.

Ces dates ne sont pas de simples commémorations : elles nous rappellent combien l’histoire de l’oppression, qu’elle soit fondée sur la « race » ou le genre, continue de façonner nos sociétés. En Mauritanie, comme ailleurs, les séquelles de l’esclavage restent une réalité tangible, ancrée dans les structures sociales, économiques et culturelles.

L’héritage persistant de l’esclavage

L’esclavage, qu’il soit transatlantique, transsaharien ou coutumier, a laissé des marques profondes, souvent invisibles mais omniprésentes. Officiellement aboli, il survit sous d’autres formes : discriminations systémiques, précarisation économique, exclusion sociale et stéréotypes raciaux persistants.

La déshumanisation des Noirs, alimentée par des siècles d’exploitation, ne s’est pas arrêtée avec l’abolition légale de l’esclavage. Dans de nombreuses sociétés, la hiérarchisation raciale se perpétue à travers le langage, les institutions et les mentalités.

Prenons un exemple frappant : le philosophe et historien Ibn Khaldoun (1332-1406), dans ses écrits, affirmait :

« لا تشتري العبد إلا معه العصى »
(« N’achète pas l’esclave [le Noir dans son entendement] à moins qu’il n’y ait un bâton avec. »)

Cette citation, profondément ancrée dans les mentalités du monde arabe, a contribué à justifier la perception du Noir comme un « sous-homme », un individu intrinsèquement soumis, nécessitant coercition et contrôle. Aujourd’hui encore, ces stéréotypes trouvent un écho dans certaines pratiques et représentations sociales.

L’oppression des femmes esclaves : une double peine

Si l’homme esclave souffre de privation de liberté et d’exploitation économique, la femme esclave subit une oppression supplémentaire liée à son genre.

Non seulement elle est contrainte au travail forcé, mais elle est aussi souvent victime d’abus sexuels, de violences psychologiques et de la négation de son autonomie reproductive. Dans cette logique, elle devient une « matrice », à la fois productrice et perpétuatrice involontaire d’un système qui l’opprime.

L’histoire regorge d’exemples de cette instrumentalisation du corps féminin. Le cas de James Marion Sims (1813-1883), considéré comme le « père de la gynécologie moderne », illustre cette brutalité. Sims a mené des expérimentations chirurgicales sur des femmes esclaves afro-américaines, sans anesthésie, sous prétexte que les Noirs ressentaient moins la douleur que les Blancs. Cette vision raciste, justifiant la souffrance au nom du progrès médical, trouve encore des échos dans certaines pratiques discriminatoires contemporaines.

Le poids du langage et des hiérarchies raciales

L’empreinte de l’esclavage ne réside pas seulement dans les faits historiques, mais aussi dans le langage et les représentations culturelles.

Certains mots, utilisés sans réflexion, perpétuent les hiérarchies raciales, discriminatoires et iniques. En Mauritanie, des termes comme « Abd » (esclave), « Koome », « Maccudo », ou encore « Jam » sont des vestiges d’une époque où la couleur de peau déterminait la place sociale d’un individu, et le rang social intracommunautaire chez les Noirs s’y rajoute.

Un détail linguistique révélateur illustre cette réalité : un ami marocain m’a expliqué que dans son pays, le mot « lekhdem » signifie simplement « employé », alors qu’en Mauritanie, il est chargé de connotations esclavagistes et désigne un individu subordonné, socialement inférieur. Ce simple mot montre à quel point le langage véhicule encore des conceptions héritées de la domination.

L’esclavage et ses diverses formes : une réalité mondiale

L’histoire de l’esclavage ne peut se réduire à la traite transatlantique. La traite arabo-musulmane, qui a duré plus de treize siècles, a déporté des millions d’Africains, souvent castrés et destinés à des formes de servitude domestique ou militaire.

L’anthropologue et économiste sénégalais Tidiane N’Diaye, dans Le génocide voilé, affirme :

« Alors que la traite transatlantique a duré quatre siècles, c’est pendant treize siècles sans interruption que les Arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne. La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains et de la castration généralisée. »

Cette citation illustre bien l’ampleur du phénomène, mais aussi sa continuité et ses horreurs systématiques, souvent oubliées ou ignorées dans le discours historique dominant. En effet, la traite transsaharienne a précédé la traite transatlantique et a causé des souffrances infinies à des millions de personnes, souvent réduites à des conditions de vie pires que celles des esclaves dans les colonies.

En votant et en appelant à voter pour une personne issue d’une communauté culturelle ayant subi l’esclavage, je me focalisais sur l’idée d’un leader visionnaire capable de libérer le pays des corsets de la tradition esclavagiste.

Du côté de la Vallée et des configurations noires, l’esclavage demeure une réalité cachée, sournoisement entretenue. Avec les transformations sociales, les forces du mal ont instauré un nouveau système de domination semblable à celui des castes en Inde, à travers des mécanismes culturels. Cette stratification sociale repose sur la croyance en la pureté généalogique du sang et sur une subdivision du travail historiquement ancrée. Or, certains ont mis en place des mécanismes de reproduction de ce système à travers le terme « laada », un mot arabe signifiant « tradition ». Ce phénomène fait référence à une forme d’assistance qui rappelle les contre-valeurs entre « nobles » et « anciens esclaves ».

La lutte contre l’héritage de l’esclavage

Dans ce contexte, en plus des subtilités culturelles, l’abolition officielle de l’esclavage, on constate que les femmes peinent à trouver leur place dans un monde où les inégalités persistent sous d’autres formes : inégalités salariales, violences sexistes, assignation aux rôles traditionnels. Ce tiraillement entre modernité et tradition est particulièrement visible dans les sociétés où les attentes culturelles restent ancrées dans des schémas patriarcaux.

Par ailleurs, le pouvoir et la politique apportent leur lot d’imprévus. Il n’est pas rare que ceux qui prétendent vouloir briser les chaînes de l’esclavage se retrouvent eux-mêmes piégés par les mêmes logiques de pouvoir et de domination.

Cela démontre que la lutte contre l’héritage de l’esclavage n’est pas simplement une question de pouvoir politique, mais également un combat pour changer les mentalités et les structures sociales profondément ancrées.

L’esclavage transatlantique, qui a été béni par l’Église catholique dans ses débuts, a causé des ravages. Des mémoires ont été écrites à ce sujet, mais les ouvrages de Ndiaye et de Malek Chebel apportent une autre dimension cachée de la barbarie humaine, cette fois au nom de l’islam.

Enfin, il y a l’esclavage coutumier, ou l’esclavage par ascendance, dans les contrées, dans les villages, et même dans certaines villes, où les noirs se considèrent propriétaires d’autres noirs. Les supercheries des « laada » perpétuent la domination et la bassesse.

Ce dernier phénomène, bien qu’oublié dans les grandes narrations historiques, persiste encore dans certaines sociétés, où les héritiers des esclaves continuent à vivre sous des formes d’exploitation sociale. Il est crucial de ne pas ignorer cette réalité et de continuer à la combattre au nom de la dignité humaine et de l’égalité entre tous.

La réflexion sur l’esclavage, sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions, nous pousse à une prise de conscience collective. Il est impératif de déconstruire les stéréotypes et les structures héritées de cette époque, qui continuent de façonner nos rapports sociaux, politiques et économiques, et surtout la condition des femmes.

Le combat pour l’égalité et la dignité de tous les êtres humains ne peut se faire sans une confrontation honnête avec cette histoire, mais aussi sans un engagement concret pour réparer les injustices qui en découlent. Ce n’est qu’en nous attaquant aux racines de l’esclavage et en honorant la mémoire des victimes que nous pourrons espérer éradiquer les formes modernes de servitude et construire une société véritablement juste et égalitaire en droits, devoirs et dignité.

Hypergamie féminine et reproduction des structures sociales

L’hypergamie féminine, souvent définie comme la tendance des femmes à rechercher un partenaire d’un statut supérieur, a joué un rôle dans la perpétuation des hiérarchies sociales.

Dans un monde marqué par des inégalités structurelles, l’hypergamie a parfois servi de stratégie de survie. Mais dans une société en quête d’égalité, ce paramétrage mental peut devenir un frein à l’émancipation réelle.

Repenser notre héritage pour bâtir l’avenir

L’histoire de l’esclavage et ses séquelles ne doivent pas être un tabou, mais un sujet de réflexion profonde.

Le combat contre l’héritage de l’esclavage n’est pas simplement politique ou juridique, c’est aussi un combat pour changer les mentalités et les structures sociales profondément ancrées.

Ce n’est qu’en confrontant notre passé avec honnêteté que nous pourrons construire une société véritablement juste et égalitaire, où chaque être humain, quelle que soit son origine, puisse jouir des mêmes droits et opportunités.

Souleymane Sidibé

● Mauritanie | Autour des expulsions d’étrangers illégaux !



📸 poste frontalier 🇲🇷 de Djama

1 – Je tiens à dénoncer les pratiques brutales et le caractère différencié (étrangers afros subsahariens uniquement visés) qui ont été relevés par plusieurs sources crédibles. Encore soupçons de réflexe d’un « péril Noir » envahissant venant du flanc Sud du pays, souvent exploités par certains milieux xénophobes particulièrement anti Noirs.

2 – Pourquoi maintenant? Récemment les autorités régionales des Canaries espagnoles étaient en visite remarquée à Nouakchott lire https://fr.apanews.net/diplomacy/mauritanie-espagne-le-president-des-canaries-a-nouakchott/. Aux contacts du pouvoir de Nouakchott, quel a été le menu à propos de la gestion des flux migratoires ? Il faut rappeler que courant 2024, l’UE avec l’Espagne en tête menait des démarches avec les autorités mauritaniennes sur le contrôle de réseaux clandestins vers l’Europe et une assiette contractuelle de 210 millions d’euros était annoncée, lire https://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-accord-migratoire-ue-mauritanie-des-contours-flous-et-une-efficacite-a-demontrer.
Et peut-on en déduire que les mouvements policiers en cours contre certains étrangers dit-on illégaux, est de nature à montrer à la partie européenne que « des choses » se font substantiellement pour honorer les termes du contrat…?

3 – Il faut que les autorités s’interrogent sur les entrées illégales en masse pour éviter la gestion brutale d’une présence des illégaux…
Quelles sont les failles et leurs causes qui permettent ces entrées à travers de postes de police et de gendarmerie qui ne manquent pas sur les axes routiers vers Nouakchott ?

Et j’ai été témoin il y a quelques semaines venant du Sénégal, au poste frontalier de Djama, 2 voyageurs (un guinéen et une sénégalaise) parmi nous, ont été enregistrés et dotés d’attestations déclaratives donc admis légalement sur le territoire national à mon sens. Et si des illégaux dit-on se retrouvent en masse dans la Capitale, il faut pister du côté d’un trafic multiforme dans lequel le système des contrôles aux frontières ne peut être d’innocence. Un mot clé, la corruptibilité. La culture de la corruption rapporte beaucoup sur nos routes, et donc comme dans d’autres sphères de service, quand on paie, tout devient possible. Pas de zèle dans les règles et leur application une fois l’échange numéraire est fait entre les mains.

Paisible suite de Ramadan 🤲🏿🙏🏿

• KS pour le BLOG

● Quelle est la pigmentation de la Mauritanie? | Par M. Seyré SIDIBE

Au départ, la Mauritanie était blanche et noire pour devenir noir et blanc. Se référer à l’accord des adjectifs de couleurs pour comprendre la nuance. En vérité, elle est la jonction entre une entité Arabo-berbères devenue Arabe par mutation politique, et une entité négro-africaine qui n’a jamais voulu renoncer à son identité ontologique ou tout simplement la rénier.

L’acte de naissance de la Mauritanie a été signé lors du Congrès d’Aleg (mai 1958). La France était derrière le projet, et jouait le facilitateur entre les deux parties. En effet, ce sont Maures( Arabo-berbères ), qui tenaient vaille que vaille à la création de la Mauritanie sous sa forme actuelle. Ils ont usé de toute la diplomatie, de toute sorte de concession, de compromis, d’accommodement pour que les Noirs acceptent l’union des deux entités.

Les Noirs, selon plusieurs témoins et sources de cette époque, ne se sentaient pas trop ce mariage de raison entre le Nord et le Sud. Ils nourrissaient des réserves et beaucoup de craintes dans ce projet visant à bâtir une nation avec des populations nomades et Arabo-berbères connues pour agressions, pillages et razzias contre les populations de la vallée.

Fins diplomates et très avertis politiquement, les Maures tenaient coûte que coûte à la naissance de cet État mauritanien unitaire, jacobin dans sa composition sociologique et géographique actuelles, soit la fusion de deux nations (une entité Noire et un conglomérat de tribus arabo-berbères).

La Mauritanie n’aurait jamais existé sous sa configuration actuelle, n’eût été là France . En effet, la puissance colonisatrice, a bien voulu pour des raisons stratégiques, impérialistes et économiques créer au forcep, un État trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique au Sud du Sahara.

Ce projet, dans sa conception et sa mise en œuvre était à l’avantage des Arabo-berbères du fait qu’il leur permettait d’être porté à la tête d’un État moderne, et partant d’échapper à l’impérialisme, au joug marocain.

Le Maroc n’a jamais cessé de revendiquer le nord mauritanien comme une partie de son territoire, le Grand Maroc. Cependant il ne voulait pas non plus intégrer dans son giron les populations noires du Sud, présentant des réalités socio-culturelles identiques avec celles du Sénégal et Mali.

Si le plan marocain était mis à exécution nos Arabo-berbères seraient aujourd’hui Sahraouis. Ils auraient eu le même sort que les indépendantistes Polisarios, avec lesquels ils présentent des similitudes évidentes.

Le débat raciste qui écume actuellement les réseaux sociaux en Mauritanie sur la pigmentation de notre pays (Blanche ou Noire), est l’expression du déni et du mépris de la Constitution de la République Islamique et de l’histoire de la naissance de l’État Mauritanien. En effet, même par générosité et altruisme, si l’on mettait entre parenthèses, la Grande Histoire de l’Empire du Ghana (Wagadou), force est de constater que le Noir est consubstantiel à l’ADN de la Mauritanie.

Le danger des rafles ciblant les étrangers subsahariens en Mauritanie, se manifeste par la confusion volontaire entre Noir et étranger par certains racistes partisans d’un panarabisme étroit. Cela est d’autant plus vrai que pendant les événements des années 89 – 90, on a profité de l’expulsion des Sénégalais pour régler les comptes de populations négro-africaines de « souche mauritanienne », avant la naissance même la création de l’État mauritanien.
Voilà l’origine des inquiétudes, voire traumatismes des populations noires à chaque fois que les étrangers d’origines subsahariennes sont prises pour cible.

Dans pareille situation, on attend de nos compatriotes » Bidanes » de soutenir leurs frères Noirs contre les abus du pouvoir. Heureusement, ils ne sont pas tous mêlés à cette campagne malsaine, cette cabale nauséabonde sur les réseaux sociaux assimilant tout Noir à un étranger. Je sais une chose, les Maures, vous êtes vous en Mauritanie. Les Noirs aussi, sont chez eux. Nous avions décidé de créer un État biracial, alors respectons les termes du contrat clairement définis dans les engagements pris lors du Congrès d’Aleg.

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/quelle-est-la-pigmentation-de-la-mauritanie/?fbclid=IwY2xjawI2hhtleHRuA2FlbQIxMQABHc8A5sA1h-ugqLx7EWLxe-efBCo6IK1r0D2RwxERhsJBTmXRvOg0cuvNqA_aem_-u1gU0ckujEMfXXePZFUCw