● Armepes-France et moi | J’y suis désormais un militant simple comme par le passé.

Un exercice remémorant peut tenir lieu d’un utile témoignage pour notre communauté militante d’appartenance ainsi qu’à l’endroit de l’opinion publique. L’Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de la Pratique de l’Esclavage ses Séquelles (ARMEPES-France) a compté amplement dans mon cheminement militant pour la défense des droits humains. J’avais assisté courant 2011-2012 pour la première fois à une réunion d’information et de sensibilisation de l’association au sein d’un foyer parisien (Rue de la Fontaine au roi ou rue desargues). Impératif professionnel oblige, je n’avais pas pu rester jusqu’à la fin, mais ce jour et les échanges observés et entendus entre les responsables initiateurs et l’assistance m’ont touché à fond. J’y avais détecté un matching idéologique idoine (une correspondance) avec des idéaux enfouis en moi depuis ma jeunesse. Les hommes présents âgés pour beaucoup de plus de 45 ans, très motivés, prêchaient pour l’égalité sociale et une prise de conscience collective à l’endroit de la communauté soninké. L’objectif clé :  il faut oser aborder nos tares sociales et les éradiquer. Ainsi, un tabou était brisé publiquement et surtout collectivement pour un monde des tabous (soninkara) au sein duquel les pratiques et les comportements doivent être imités, mimés, suivis et surtout transmis pour perpétuer une structure sociale globale qui allie insidieusement interdépendance, fonctionnalité et subordination. En résumé, un conditionnement bien tenu qui a un génie coriace d’être même voyageur avec les éléments sociaux. Les Hommes ne se valent pas au village et ici dans les foyers à Paris ou à Barcelone… on y tâche de reproduire les mêmes schémas. Donc… la révolte ou l’élan révolutionnaire était attendue le temps passant, l’initiative associative avec la création d’Armepes-France en 2010 fut le déclic collectif qui allait marquer à jamais la communauté soninké…notamment avec la massification militante enclenchée par le Forum-mouvement Ganbanaaxun Fedde (créé le 5 octobre 2016 par M. Gaye Tene Traoré, à l’époque SG d’Armepes-France).

Et, avant cette occasion pionnière pour moi, un grand-frère et compatriote originaire du Guidimagha, M. Moussa Traoré m’avait parlé brièvement de cette association lors d’un événement militant de la diaspora à Paris (une manifestation ou un sit-in). Je tiens à manifester ma fraternelle reconnaissance à lui et à d’autres frères et camarades connus dans le sillage de cet engagement humaniste. Dans ce réseau social Facebook, notre contribution s’était inscrite courageusement dans une dynamique de communication et de sensibilisation pour un changement de mentalités dans nos communautés. Avant 2016, je ne tenais aucune position attitrée dans l’instance dirigeante de l’association Armepes, mes activités étaient logées dans le registre d’un militantisme électron-libre et passionné par la chose ou la sauce médiatique. Notre première contribution diffusée en septembre 2013 avait été signée avec la mention membre de l’Armepes-France… lire http://www.soninkara.com/societe/organisation-sociale/contribution-la-fierte-soninkaxu-en-questions.html. Un élément qui avait été repris en format papier dans « La Nouvelle Expression » (Numéro 190 du 30 septembre 2013) du journaliste mauritanien M. Seydi Moussa Camara qui se distingue par une plume engagée et progressiste.

Par la suite l’option d’un Blog https://ecrit-ose.blog/ s’est opérée très naturellement courant 2014. Une plateforme d’apprentissage qui m’était devenue nécessaire et dédiée à communiquer et à faire passer avec nos moyens (qui restent perfectibles) les contenus d’un plaidoyer militant à l’opinion publique la plus large possible.

Mon intégration à l’instance exécutive de l’association a débuté en novembre 2016 parmi l’équipe chargée de la communication, et mon interview en 2020 chez RMI-info.com https://rmi-info.com/entretien-de-rmi-avec-koundou-soumare-de-ganbanaaxun-fedde/, est un élément de référence liée à la fonction occupée.
De 2016 à 2024, j’ai apprécié et beaucoup appris humainement et intellectuellement au sein d’une belle équipe dirigeante dynamique et motivée avec nos facilités et nos limites pour une grande et laborieuse Mission. Cette Cause humaniste pour l’égalité sociale et citoyenne au sein de nos communautés et par extension dans nos pays. La vedette étant et restant la CAUSE, mon approche est la suivante : tâchons d’accepter en toute modestie notre ancrage comme un maillon d’une frise temporelle d’un cheminement militant. Sans le Tout dans sa globalité et aussi dans sa complexité, l’élémentaire devient dérisoire et peu porteur au final.

Le 8 décembre dernier, nous avons choisi un nouveau président, mon frère et camarade M. Aboulaye Traoré, voir https://ecrit-ose.blog/2024/12/08/%e2%97%8f-lassemblee-generale-darmepes-france-lelection-dun-nouveau-president/. Ce samedi 26 avril 2025, lors d’une assemblée générale, la nouvelle équipe exécutive a été dévoilée et j’attendais cette étape importante franchie pour diffuser la présente communication en guise d’un testament militant d’étape. Mon choix de prise de recul et de recentrage sur sur d’autres champs, avait été compris par notre nouveau président. À qui et à sa nouvelle équipe, je leur souhaite un fructueux mandat pour la poursuite et la réalisation de nos objectifs visionnaires d’utilité sociale et communautaire pour l’avenir d’un vivre-ensemble soninké autre qu’un suprémacisme social foncièrement nuisible, intégriste et conflictogène.

Et, militant, je le suis… je le resterai désormais en simple élément parmi la vaillante communauté militante.
Je m’autorise un brin d’humour en annexe, à ces personnes qui ont l’habitude d’exploiter les contenus du Blog et nos noms in texto auprès des services de l’asile, elles doivent faire gaffe….parce que nous changeons également. Les confessions et les indiscrétions ne manquent pas venant de ce milieu à services en coulisses. Comme ce ressortissant soninké du Guidimagha me disant, grand « j’ai cité ton nom lors de mon entretien à l’Opfra« . Et ces services administratifs passent occasionnellement faire quelques courses dans nos données en ligne.

Le BLOG https://ecrit-ose.blog/, notre Blog reste ouvert comme un portail communicationnel avec responsabilité et crédibilité au besoin de la CAUSE.

Ci-joint, l’entretien avec le président M. Aboulaye Traoré https://ecrit-ose.blog/2025/02/18/%e2%97%8f-le-grand-entretien-du-blog-avec-le-president-de-lassociation-armepes-france-m-aboulaye-traore/


27 avril 2025

Koundou SOUMARE, militant d’Armepes-France.

● Mauritanie | ÊTRE NÉGRO-AFRICAIN ET SANS PAPIERS CHEZ SOI… Par M. Lô Gourmo

La police doit le savoir: ne pas détenir de pièces d’état-civil n’est ni un crime ni un délit. Ce n’est pas un défaut de citoyenneté ou de nationalité.  Surtout lorsque, dans la plupart des cas, c’est par la faute de l’administration elle même qu’une telle désagréable situation est imposée aux citoyens, surtout les plus démunis, spécialement les négro-africains. Car alors, l’amalgame est vite faite: un citoyen négro-africain qui ne peut présenter ses pièces, est forcément un étranger, forcément  » sénégalais »,  » malien » etc. Même si tout le quartier, y compris bien sûr les membres de sa famille, atteste du contraire. A la fin des années 80, les déportations ont emporté des dizaines de milliers de mauritaniens vers des terres étrangères ,  et parfois à jamais pour les victimes, pour la même sale raison de l’amalgame et du doute de nationalité qui pèsent potentiellement dans ce pays, sur tout négro-africain, à cause de sa langue et de sa couleur de peau. Que ceux qui doutent du calvaire du doute de nationalité se griment en négro-africain. Ils vivront l’espace d’un instant la réalité terrifiante et sombre d’un autre monde  que celui qui leur est familier. Ils comprendront pourquoi pour un négro-africain la pire terreur est celle d’être sans papiers et d’être entre les mains de la police. D’une certaine police l’espace d’un seul instant.

Gourmo Lô, 23 avril 2025

Par M. Gourmo Abdoul Lô

● Présentation du Centre Socioéducatif et Culturel de l’ADVEM

Le Centre Socioéducatif et Culturel de l’ADVEM est une structure communautaire créée par l’Association pour la Défense de la Voix des Enfants en Mauritanie (ADVEM), dans le but de répondre aux besoins croissants d’encadrement, de formation, d’écoute et d’accompagnement des enfants, des jeunes et des familles dans les quartiers vulnérables, en particulier dans la commune de Riyad à Nouakchott.

Dans un contexte où les défis liés à l’éducation, à la pauvreté, à la marginalisation, au décrochage scolaire, à la violence et au manque d’espaces sûrs pour les jeunes sont omniprésents, le centre se positionne comme une réponse concrète, humaine et durable. Il constitue un véritable lieu d’accueil, d’espoir et de résilience pour celles et ceux qui sont souvent laissés pour compte par les structures publiques classiques.

Notre vision :
Construire une société où chaque enfant et chaque jeune a la possibilité de s’épanouir, d’accéder à ses droits fondamentaux, de développer son potentiel et de contribuer activement au développement social, éducatif et culturel de sa communauté.

Notre mission :
Offrir un espace ouvert, inclusif et dynamique qui favorise l’éducation, la culture, la formation, la participation citoyenne et l’autonomisation à travers des activités concrètes, participatives et adaptées aux réalités locales.

Axes d’intervention :

1. Éducation et accompagnement scolaire :

Cours de soutien pour les élèves en difficulté scolaire.

Alphabétisation pour les enfants non scolarisés et les femmes.

Sensibilisation à l’importance de la scolarisation, en particulier des filles.

Mise à disposition d’une bibliothèque communautaire.

2. Culture, loisirs et créativité :

Ateliers artistiques : théâtre, chant, peinture, écriture, danse traditionnelle.

Organisation de spectacles, de festivals et d’expositions pour valoriser les talents locaux.

Activités sportives encadrées pour renforcer l’esprit d’équipe et la discipline.

3. Développement personnel et citoyenneté :

Formations en leadership, prise de parole en public, développement de l’estime de soi.

Clubs de jeunes pour la promotion des droits de l’enfant, la culture de la paix et la citoyenneté active.

Espaces de dialogue intergénérationnel et de médiation sociale.

4. Appui aux femmes et aux familles :

Sessions de formation professionnelle (couture, artisanat, cuisine, gestion).

Accompagnement psychosocial des femmes victimes de violences.

Sensibilisation sur la santé maternelle, l’hygiène, les droits des femmes et la parentalité positive.

5. Plaidoyer et partenariats :

Actions de plaidoyer pour une meilleure prise en compte des droits des enfants et des jeunes dans les politiques publiques.

Collaboration avec les écoles, les ONG, les institutions étatiques et les partenaires techniques et financiers.

Implication des jeunes dans les processus décisionnels les concernant

Nos valeurs :

Solidarité : Nous croyons en la force du collectif et de l’entraide.

Équité : Chaque enfant, chaque femme, chaque jeune mérite les mêmes chances.

Respect : Des cultures, des personnes, des diversités.

Engagement : Nous travaillons avec passion pour des résultats concrets.

Participation : Les bénéficiaires sont au cœur de nos actions et décisions.

Impact et rayonnement :
Depuis sa création, le Centre a accueilli des centaines d’enfants et de jeunes, organisé de nombreuses activités éducatives, culturelles et sociales, et formé plusieurs dizaines de femmes. Il a permis à de nombreux enfants de renouer avec la scolarité, à des jeunes de découvrir et développer leurs talents, et à des familles de se reconstruire dans la dignité.

Le Centre Socioéducatif et Culturel de l’ADVEM est bien plus qu’un simple lieu d’activités : c’est un foyer d’espoir, une fabrique de talents, un moteur de changement. Il incarne la vision d’une Mauritanie inclusive, solidaire et respectueuse des droits humains.



#ADVEM
#CENTRESOCIOÉDUCATIFETCULTUREL

● Biram présente ses excuses au PM et appelle à une journée de prière générale, en déclarant : « La Mauritanie, noirs et blancs, m’a épuisé. »

Taqadoumy — Le député et président de l’IRA, Biram Dah Abeid, a présenté officiellement ses excuses au Premier ministre Mokhtar Ould Djay pour une déclaration faite par le député Ghamou Achour, qualifiant l’incident d’insulte inappropriée. Il a déclaré : « Je présente mes plus sincères excuses au Premier ministre Mokhtar Ould Djay, à sa famille immédiate, à ses enfants, à ses partisans et à ses proches. »

Biram a vivement critiqué les juges et les officiers de police judiciaire, affirmant qu’ils « ne se soucient pas de l’honneur des citoyens, et se soucient seulement que personne ne dise du mal du Président ».

Il a appelé à l’unification des libertés, à l’instauration de l’égalité et à la fin de la sélectivité dans l’application de la justice. Il a ajouté : « Je demande à ce régime d’avoir pitié du peuple et de permettre à chacun de concourir pacifiquement sous un système judiciaire équitable.

Sur un ton humain, Biram a déclaré : « La Mauritanie m’a fatigué et écœuré, m’a rendu malade. Noirs, comme blancs, je vous pardonne à tous. » Il a indiqué qu’il lui arrive de « se mettre en colère », mais il croit en la nécessité de l’unité et de l’esprit de tolérance.

Il a conclu en appelant à une « journée universelle sur la place Ibn Abbas », réunissant tous les Mauritaniens sans exception, avec la présence d’oulémas « qui n’ont jamais participé à des conflits et sont inconnus » afin de prier pour la nation et son unité, dans une démarche symbolique qui, a-t-il dit, favoriserait la réconciliation nationale et remettrait les pendules à l’heure.

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=782904

● Biram Dah Abeid honoré à l’occasion de la Journée de l’Égalité Universelle

Communiqué de presse, 16 avril 2025

Le 12 avril 2025, à l’occasion de la Journée de l’Égalité Universelle, Biram Dah Abeid a été honoré en qualité d’acteur majeur du changement, par Ambedkar International Mission et le Forum Mondial des Communautés Discriminées sur la Base de l’Ascendance et du Travail (GFoD–CDWD). La distinction a été décernée à l’initiative du GFoD, en présence de Monsieur Paul Divakar Namala, militant indien de renommée mondiale et coordinateur international des actions pour l’égalité des droits des CDWD.

La Journée de l’Égalité Universelle, célébrée chaque année le 14 avril, marque la naissance du Dr B.R. Ambedkar (1891–1956), principal rédacteur de la Constitution de l’Inde et figure emblématique de la lutte contre les discriminations fondées sur la caste. Au travers de l’évènement, les organisations partenaires œuvrent à la promotion de l’égalité, de la justice sociale et de la dignité humaine.

La longue liste de reconnaissances emblématiques du combat mené par Biram Dah Abeid sur la voie de l’universalisme et de la non-violence témoigne d’une notoriété fortement ancrée dans l’éthique :

Prix des droits de l’homme de la Fondation James Lawson (2019)

Prix du Courage Civil de la Train Foundation (2016)

Prix des Nations Unies pour les droits de l’homme (2013)

Prix Front Line Defenders pour les défenseurs des droits humains (2013)

Prix Anti-Slavery International (2008)

En 2017, Biram Dah Abeid figurait parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde selon Time Magazine.

Il sera sélectionné, à plusieurs reprises, au Prix Nobel de la Paix, en hommage à sa lutte de promotion de la dignité humbles en Mauritanie. Sa proposition comme candidat au prix Zakharov pour la liberté de l’esprit a été contrariée, à cause de l’acharnement du gouvernement mauritanien. La presse et les lanceurs d’alerte ont révélé, en décembre 2022, les dessous de cette fameuse affaire de corruption au Parlement européen que la police et la justice belges mettront des mois à démêler.

La cérémonie du 12 avril réunissait des intervenants et des participants venus de nombreux pays et continents, notamment la Gambie, la Mauritanie, le Cameroun, le Niger, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Kenya, la Lituanie, la Tanzanie, la Somalie, la Polynésie, l’Inde, le Pakistan, la Roumanie, le Soudan du Sud…

• Lien média https://www.ira-mauritanie.org/2025/04/biram-dah-abeid-honore-a-loccasion-de-la-journee-de-legalite-universelle/?fbclid=IwY2xjawJtIIVleHRuA2FlbQIxMQABHlJHAdWdFI7JO1DTiuy3-ZLKjUnLbTQjfoJQSV4kCx4-9wxHV5RsLCOpehmP_aem_yJjDMvN6lOogpbEgAI6URw

● Ce qui s’est passé à Sélibaby…le jour où l’humanité s’est tue. | Par M. Souleymane Sidibé

Il est des scènes si violentes qu’elles suspendent le temps. Non pas le temps des horloges, mais celui, plus profond, de l’humain. Face à elles, les mots viennent lentement. Il faut du courage pour en parler. Une forme de dignité aussi.

Le 7 avril 2025, à Sélibaby, en Mauritanie, un homme a été exhumé, traîné, insulté, lapidé. Ce n’était plus un vivant. C’était un mort. Et même la mort, ici, ne protège plus.

Il ne s’agit pas d’un simple débordement. C’est un effondrement moral. Ce jour-là, quelque chose d’irréversible s’est produit : la dignité humaine a été écrasée sous les yeux de tous.

Le savant Cheikh Anta Diop disait : « La barbarie n’est pas le monopole d’un seul peuple. » Il avait raison. Ce que nous avons vu à Sélibaby n’est pas un fait divers, mais le symptôme d’un mal plus profond : une société rongée par la haine, la hiérarchie sociale, l’humiliation ordinaire.

Quand une société perd le respect de ses morts, elle perd tout : sa mémoire, sa dignité, sa part d’humanité. Ce n’est pas seulement un cadavre que l’on a traîné. C’est une civilisation que l’on a humiliée.

Hannah Arendt parlait de « la banalité du mal » : cette horreur née de l’obéissance, de l’indifférence. C’est cela, le plus effrayant : notre capacité à faire le mal sans même en avoir conscience.

Le sacré n’a plus de place. La honte ne freine plus. La douleur de l’autre n’émeut plus. Nous avons cessé de ressentir. De résister. C’est une guerre déclarée contre l’humain lui-même.

Ce drame doit nous pousser à interroger l’État. Ce qui s’est passé à Sélibaby va laisser une blessure collective, un sentiment d’abandon irréversible.

Le maire de la ville, Oumar Hammady dit Ama Ba, était incapable de faire quoi que ce soit face à une foule déchaînée. La force publique, pourtant présente, n’a pas bougé. Où est le droit quand ceux qui doivent le faire respecter détournent le regard ?

Ubi societas, ibi jus — là où il y a société, il doit y avoir du droit. Sinon, nous sommes livrés à la loi du plus fort. Le juriste Sadio Dapha posait la question suivante: « Les auteurs iront-ils en prison pour profanation de tombe, mutilation de cadavre ? » Quelle justice pourrait encore réparer cela ?

Les vidéos de cette profanation ne sont plus des alertes. Ce sont des preuves. Les archives d’un désastre moral. On ne les regarde plus pour comprendre, juste pour s’indigner… Et puis oublier ?

« L’enfer, c’est les autres. » Mais parfois, l’enfer, c’est nous. Ce que nous tolérons. Ce que nous taisons. Ce que nous laissons faire.

Sous la pression, les autorités ont lancé une enquête. Des responsables régionaux ont été suspendus. C’est un début. Mais cela suffit-il à réparer l’irréparable ?

Nous devons savoir que la barbarie n’est pas un accident. Cette barbarie-là, surtout, est un choix de société. Et aujourd’hui, des barbares vivent parmi nous. Ils parlent nos langues. Marchent dans nos rues. Mais ils n’ont plus rien d’humain.

Il y a des gens sans cœur, sans âme. Des êtres qu’on ne peut plus nommer. Et c’est peut-être là, le drame ultime.

𝐒𝐨𝐮𝐥𝐞𝐲𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐒𝐢𝐝𝐢𝐛𝐞́

● Mauritanie | Un après-midi très spécial pour moi : Une rencontre inspirante avec le doyen Mohamed Yahya Ould Ciré

Un savoir sûr est surtout une affaire d’information vraie et sourcée. J’ai eu l’honneur d’une rencontre auprès d’un éminent intellectuel tenant lieu d’une fructueuse source-ressource, en la personne de l’ancien diplomate mauritanien, Docteur Mohamed Yahya Ould Ciré. Notre première rencontre a eu lieu furtivement en 2013 lors d’une conférence qu’il avait co-animée avec le journaliste M. Seydi Moussa Camara à Massy. Et, nos échanges sporadiques ces derniers temps pour les préparatifs de son article https://ecrit-ose.blog/2025/01/01/%E2%97%8F-lesclavage-au-sein-de-la-communaute-soninke-en-mauritanie-analyse-des-resistances-et-des-discriminations-internes-par-dr-mohamed-yahya-ould-cire-a-h-m-e/, ont abouti à cette visite de courtoisie qui a été un grand moment studieux et inspirant pour moi. Très au fait de la substance historique et sociale des problématiques liées à l’esclavage en Mauritanie, l’homme est d’une grande générosité et d’ouverture pour converser et renseigner avec finesse et promptitude sur les données et les nuances qui s’y adjoignent. L’un des membres inspirateurs du mouvement El-Hor dès 1974 et membre fondateur de l’association AHME (Association des Haratines de Mauritanie en Europe).

● Ma brève conclusion : En Mauritanie, nous devons migrer de « chaque communauté, ses abolitionnistes et progressistes en militants reclus vers une forte synergie trans-communautaire à l’échelle nationale pour un engagement global contre toutes les formes d’injustices ».

Longue vie et santé à lui. Ameen.

• Lien vers sa thèse https://theses.fr/112388582

• Lien Amazon de son ouvrage https://www.amazon.fr/Mauritanie-Mohamed-Yahya-Ould-Cir%C3%A9/dp/2343029415

Région parisienne, 15 avril 2025

KS pour le BLOG
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🔴  🇲🇷 #موريتانيا | أمسية خاصة جداً بالنسبة لي!

إن المعرفة السليمة هي قبل كل شيء مسألة معلومات صحيحة ومصدرها المصدر. وقد تشرفت بلقاء مثقف مرموق يمثل مصدراً مثمراً ومورداً مثمراً، في شخص الدبلوماسي الموريتاني السابق، الدكتور #محمد_يحيى ولد #سيري. التقينا لأول مرة لفترة وجيزة في عام 2013 في مؤتمر شارك في استضافته مع الصحفي سيدي موسى كامارا في ماسي. وتوجت تبادلاتنا المتقطعة في الآونة الأخيرة، في إطار التحضير لمقاله https://ecrit-ose.blog/2025/01/01/%E2%97%8F-lesclavage-au-sein-de-la-communaute-soninke-en-mauritanie-analyse-des-resistances-et-des-discriminations-internes-par-dr-mohamed-yahya-ould-cire-a-h-m-e/، بهذه الزيارة المجاملة التي كانت لحظة دراسية وملهمة بالنسبة لي. فالرجل على دراية كبيرة بالجوهر التاريخي والاجتماعي للقضايا المرتبطة بالعبودية في موريتانيا، وهو رجل كريم جدا ومنفتح على الحوار والإحاطة ببراعة وسرعة بالمعطيات والفروق الدقيقة التي تنطوي عليها. وهو أحد الأعضاء الملهمين في حركة الحور منذ عام 1974 وعضو مؤسس لجمعية الحراطين الموريتانيين في أوروبا (AHME).

● استنتاجي الموجز: في موريتانيا، نحن بحاجة إلى الانتقال من « كل مجتمع ومناضليه والتقدميين في موريتانيا من النشطاء المنزوين إلى تآزر قوي عابر للمجتمعات على المستوى الوطني من أجل التزام عالمي ضد جميع أشكال الظلم ».

● Postures contradictoires sur la problématique de l’esclavage : Entre le discours de la libération et l’asservissement de la réalité | Par M. Kodore Fodie Sanghare

Dans une société où patrimoine et identité s’entremêlent, une question qui résume les contradictions de la réalité mauritanienne fait surface : Comment se fait-il que des intellectuels appellent à la libération historique des hommes de l’esclavage, tout en refusant de reconnaître sa persistance dans le présent ? Comment se fait-il que le discours anti-esclavagiste devienne un slogan séduisant dans les forums, mais se transforme en tabou lorsqu’il s’agit de le démanteler sur le terrain ?
L’esclavage : Non pas un souvenir passé, mais une plaie saignante. L’esclavage en Mauritanie n’est pas un simple chapitre de l’histoire, mais un système social et culturel profondément enraciné qui s’est transmis de génération en génération par des mécanismes insidieux. La hiérarchie des « maîtres » et des « esclaves » est encore pratiquée sous des formes diverses dans les sociétés bezan, soninké et pulaar, même si elle est parfois revêtue d’habits modernes. Empêcher un groupe de construire des mosquées comme les autres ou de prier pour ses morts à la mosquée n’est que la partie émergée de l’iceberg des inégalités justifiées au nom de « coutumes » ou d’interprétations religieuses déformées. 

La contradiction est flagrante : Les intellectuels condamnent l’esclavage dans leurs discours et évoquent les tragédies du passé, mais brandissent le glaive de la critique contre quiconque s’élève contre sa persistance aujourd’hui. Le militant antiesclavagiste devient un « traître » accusé de ternir l’image de la société, tandis que ces intellectuels ferment les yeux sur la déformation de la réalité elle-même. 

Pourquoi les intellectuels attaquent-ils ceux qui luttent contre l’esclavage ?
– La peur de la responsabilité sociale : Reconnaître l’existence de l’esclavage aujourd’hui reviendrait à déstabiliser un ordre social en place depuis des siècles. Beaucoup craignent de perdre les privilèges moraux ou matériels liés à leur position dans cette hiérarchie, même s’ils prétendent être contre l’injustice. 
– Echapper à la stigmatisation morale : La lutte contre l’esclavage oblige la société à se confronter à elle-même, ce qui soulève des sensibilités profondes. La marginalisation des militants devient un mécanisme de défense de l' »honneur » imaginaire de la communauté, plutôt que de reconnaître sa véritable honte. 
– Le décalage entre la rhétorique et la pratique : Certains intellectuels adoptent un discours émancipateur pour améliorer leur image, mais refusent de payer le prix de ce discours dans le tissu social. 

L’esclavage n’est pas une « particularité culturelle » mais un crime contre l’humanité : tenter de lier l’esclavage à la culture ou à la religion, c’est travestir les faits. L’Islam, qui est la référence principale de la société mauritanienne, interdit l’esclavage, combat la discrimination et fait de l’égalité le fondement de la dignité humaine. La culture n’est pas une prison sacrée, mais une entité évolutive qui doit se débarrasser de tout ce qui viole les droits de l’homme. 

L’esclavage n’est pas « mauvais pour les Bezaan et bon pour les Soninke », ni une question étroitement ethnique ou constitutive. Il s’agit d’un crime qui porte atteinte à l’humanité, quelle que soit l’identité de l’auteur ou de la victime. Distinguer ses formes en fonction de l’appartenance à une communauté est une continuation de la culture de justification qui alimente l’esclavage. 

L’esclavage ne peut être éradiqué que par une alliance sociétale qui dépasse les frontières ethniques et régionales : Les Haratine, qui ont souffert de siècles de discrimination, ne doivent pas rester seuls dans la bataille. Les Beidhaan, dont beaucoup rejettent aujourd’hui les anciennes hiérarchies, doivent prendre la responsabilité de briser le silence interne. Les Swaninke et les Pulaar, où l’esclavage se cache sous d’autres noms, doivent porter un regard critique sur leur héritage. 

Conclusion : Lorsqu’un intellectuel passe du statut de voix de la liberté à celui de gardien des tabous, il perd la légitimité de représenter la conscience collective. La lutte contre l’esclavage n’est pas un luxe intellectuel, mais une responsabilité morale indivisible. Une société qui a peur d’affronter ses contradictions restera prisonnière des illusions du passé, tandis que ceux qui refusent d’enterrer les vivants dans des tombes de la honte écriront une nouvelle histoire digne de survivre. 

En conclusion, la liberté n’est pas donnée, elle se mérite. L’esclavage ne disparaîtra que lorsque nous refuserons d’être les partenaires de sa perpétuation, que ce soit par le silence ou la justification.


Source en arabe https://www.facebook.com/share/p/1BfkiuG8jB/

Par M. Kodore Fodie Sanghare

● Mauritanie : La haine jusque dans la tombe ! | [IRA et LAA]

Note de vigilance citoyenne, Nouakchott, avril 2025
1. Le 7 avril 2025, une foule rameutée par des haut-parleurs, ponctués d’Allahou Akbar, affluait dans un cimetière de la ville de Sélibaby, chef-lieu de la région du Guidimagha, pour applaudir l’exhumation de la dépouille de Souleymane Sow, ressortissant malien, enterré depuis peu. Excités dès l’avant-veille sous l’instigation d’imams fanatisés, des milliers d’habitants refusaient l’enterrement du défunt parmi les sépultures musulmanes, au motif qu’il se serait converti, de son vivant, à la foi chrétienne. Dans une ambiance de kermesse, en présence passive de l’administration civile, de la sûreté, de la gendarmerie et de la garde, le mausolée est détruit et le corps est traîné à travers ruelles, comme un trophée. Nul ne sait, à ce jour, quelle fut la destination dernière du trépassé.
https://youtube.com/shorts/7B1hwnAJvAk?si=j1bAxGibMW_Rk9IC
2. Seul, vaillant au milieu des vociférations du populaire qui le voulait lyncher, le maire de Sélibaby s’opposa à la forfaiture. Quantité de séquences vidéo dévoilent les diverses facettes de l’instant d’hystérie collective où la population, solidaire, défendait sa religion menacée par un cadavre. Même les enfants participaient à l’émeute post-mortem.
https://www.facebook.com/share/r/1AacQLMAhB/
3. Souleymane Sow appartenait à une petite communauté de prédicateurs protestants, brièvement détenus en janvier 2024 puis libérés après avoir abjuré, sous la contrainte. Sitôt revenus à une existence normale, ils reprenaient leurs activités d’évangélisation, parcourant les villages à moto, afin de répandre le message du Christ. Souvent indifférente à leur égard, la paisible population du Guidimagha s’étonnait, cependant, de leur promptitude à venir en aide aux plus démunis. Certains les accusaient d’user de zèle caritatif pour attirer de nouveaux fidèles et porter ainsi atteinte à la cohésion de la Umma.
4. Le 8 avril, lendemain du trouble, une décision du sommet de l’Etat suspend le Gouverneur du Guidimagha en attendant son éviction formelle à l’occasion du prochain Conseil des ministres. Les autres premiers représentants de l’Etat au niveau de la région sont limogés, à l’exception du Procureur de la République et du Préfet. En réponses aux instances de notables religieux qui requéraient un avis officiel avant de passer à l’acte de profanation, les deux auraient signifié leur autorisation tacite.
5. Cependant, le plus choquant reste l’impunité dont jouissent les exécutants et les commanditaires, d’ailleurs connus, filmés et enregistrés en messages audio sur l’application WhatsApp. La plupart s’enorgueillissent de leur aplomb et en escomptent la rétribution auprès de Dieu. Parmi la classe politique, la quasi-absence de réprobation témoigne d’un malaise, voire d’une honte ravalée.
6. L’initiative de résurgence abolitionniste (Ira) et Lanceurs d’alertes associés (Laa) saluent la réaction ferme du gouvernement et encouragent l’appareil de justice à poursuivre l’ensemble des auteurs et complices d’une infamie d’autant moins excusable qu’elle déroge aux traditions locales de tolérance. Le temps est aussi venu de prendre conscience du péril de la radicalisation et de sa virulence le long de notre frontière avec le Sahel central.
7. Les deux associations joignent leur indignation au concert des humanistes atterrés, pour exhorter, le pouvoir du moment, à faire respecter, en toute circonstance, le repos des morts.  Il importe, également, de veiller à garantir la réciprocité entre Etats, dans le domaine sensible des libertés de conscience et de culte, conformément aux textes de droit universel dûment ratifiés par la Mauritanie. Sur le sol national, la moindre discrimination fondée sur la croyance nuirait gravement à la quiétude de nos concitoyens de la diaspora, compromettrait les intérêts stratégiques du pays et ruinerait sa réputation, déjà très abîmée.
https://eutoday.net/mauritania-human-rights-crisis-safety-of-christians/

Nouakchott, 13/04/2025.

Signataires : IRA et Laa

● Réflexion et Société | La relation « esclave-maître » ne se réforme pas, elle doit être séparée pour une commune utilité publique. | Par KS

L’origine de la relation « esclave-maître » ne s’est rarement tissée par un accord volontaire et équilibré en termes de position politique et d’habillage social dans le temps et dans l’espace. Ainsi, pour corriger valablement et moralement une société à relation esclavagiste, il faut savoir bien séparer le destin organisationnel (Honneurs et Avoirs) de 2 univers (réalité maîtresse et réalité esclavagisée) au moins sur 2 à  3 générations. Et qu’une autre entité régalienne exogène notamment l’État moderne devienne la référence impartiale à tous coûte que coûte à coup de plaidoyer visionnaire et patient et d’activisme résolument réfléchi. À chaud du présent et du court terme, toute tentative de réconciliation de 2 univers en frictions, se heurtera sèchement à la résurgence inévitable des velléités de subordination sociale et politique liée à l’origine. Dans les annales de l’histoire, même les prophètes et les grands sages n’ont pas réussi à « soigner » effectivement sur un temps court les âmes évoluant collectivement dans ces 2 univers interdépendants mais foncièrement déséquilibrés. Par exemple le cas historique du grand Prophète Moussa (psl) et les enfants d’Israël sous l’asservissement en Égypte pharaonique. La Mission de libération que Dieu lui a assignée fut justement une séparation organique nettement actée entre les 2 univers (l’ordre dominant et les dominés). La grande épreuve pour un ordre social ou politique suprémaciste serait d’accepter de faire corps social égalitaire dans le matériel et l’immatériel avec les éléments subalternisés historiquement dans son environnement. Et également, les éléments dominés et relégués statutairement dans l’environnement doivent se libérer de tous les complexes d’infériorité développés et « socialisés » en eux tout au long du processus de domination dont ils furent victimes. Par ailleurs, une nécessité de reconstruction existentielle doit s’amorcer pour eux dans une nouvelle trajectoire dans le temps et dans l’espace avec une vision réfléchie et une structuration sociale innovante. Surtout ne pas reproduire les marqueurs problématiques et conflictogènes subis ailleurs dans l’ancien univers.

KS pour le Blog https://ecrit-ose.blog/