Mauritanie : Déclaration sur l’adoption d’un projet de loi réprimant les violences faites aux femmes et aux jeunes filles

Groupe des femmes à la CNDH – Nous nous réjouissons et félicitons le gouvernement de l’examination et de l’adoption en Conseil des Ministres du projet de loi relatif à la pénalisation de toutes sortes de violences à l’égard de la femme et de la fille. Le projet de loi vient ainsi renforcer la lutte et la condamnation des auteurs et complices des actes de violences perpétrés à l’endroit des femmes et filles en Mauritanie. Le groupe des femmes félicite le Gouvernement et le Président de la République pour cette initiative longtemps voulue et demandée par la société civile Mauritanienne dans son ensemble. Le groupe des femmes s’engage au côté du gouvernement à mener le combat afin de voir la loi être adoptée à l’assemblée nationale et de son application effective sur le terrain pour le bien-être de la femme et de la jeune fille. Les événements tragiques de ces dernières années qui ont mené aux viols et meutres de femmes et jeunes filles ne resteront plus impunis et bénéficieront désormais de procès équitables et condamnations de criminels profitant de la vulnérabilité de la femme dans notre pays. Madame Zenebou Mohamed AININA s’engage également aux côtés de ces paires de la société civile pour mener une large campagne de sensibilisation sur toute l’étendue du territoire national afin que cette loi, si elle est adoptée, soit connue de tous les citoyens mauritaniens et en particulier la femme et la jeune fille, ceci pour les informer de leurs droits et devoirs et se protéger de toute agression à son endroit. Le groupe des femme exhorte la société civile Mauritanienne de continuer le combat et accompagner le gouvernement pour l’adoption très prochaine de la loi à l’assemblée nationale.

Fait à Nouakchott le 07/5/2020

Madame Zeinebou Sidi Mohamed, Représentante du Groupe des femmes à la CNDH (Commission Nationale des Droits de l’Homme )

©️ Crédit source: http://www.cridem.org/C_Info.php?article=735870

Contribution : « l’esclavage statutaire en milieu soninké » l’étudiant – chercheur Ismail Traoré

En écoutant les uns et les autres, notamment sur la question de l’esclavage statutaire ou coutumier, donc par ascendance, je me suis aperçu que de nos jours, beaucoup d’intellectuels et cadres soninkés se rangent du côté des masses populaires analphabètes.

Les paroles le plus couramment proférées sont, entre autres : «L’esclavage est révolu »; «Nul ne doit être exploité, légué et/ou cédé»; «Tout le monde doit être traité sur un pied d’égalité ». Ces propos sont certes augustes et fédérateurs. Ils sont tout de même ironiques. Car étant issus de l’horde féodal, ces derniers ne peuvent ni tenir des discours prolifiques ni ériger des lois fiables, encore moins trouver des compromis sur des sujets à caractère litigieux.

Il est à déceler aussi chez ces personnes un sentiment d’indifférence voire un comportement d’apathie et de passivité. Loin de prendre une position perfide, je réagis en tant qu’individu appartenant à la même société dont à présent indigné face à des pratiques d’antan rétrogrades.
Je suis écœuré d’entendre encore par des témoins oculaires que chez nous, des maisons sont saccagées, des champs sont défrichés, des hommes sont chassés de leurs villages, certains ont été ligotés et battus avec des machettes et des gourdins parce qu’ils ont dit qu’ils ne veulent plus l’esclavage coutumier ou par ascendance.

Ces actes exclusivement odieux et vraisemblablement insensés sont répréhensibles. S’agissant des auteurs des crimes, ils doivent comparaitre devant les cours pénales. Ces chauvins et les soi-disant ténors se laissent guider par un instinct animal, puisqu’ils réagissent sans moindre scrupules. Leurs assauts ne se bâtissent sur aucun plan stratégique.

Ce qui s’est passé le 05 avril 2020 au Mali, plus précisément à Lani Tounka dans la circonscription de Kayes est inadmissible. En effet, un groupe majoritaire pour ne pas dire aristocrate garni de toute sorte d’armes blanches s’est levé contre les familles prises pour inferieures, puisqu’elles sont minoritaires afin de les lyncher et d’incendier leurs foyers y compris leurs magasins de stockage.

À noter également que les membres de cette communauté sont écartés des affaires villageoises telles que les cérémonies funéraires, nuptiales… De même, ils sont dépossédés de leurs terres agricoles, les filles et les garçons ne sont plus scolarisés parce qu’ils ont été interdits à l’école de la ville. Pareil, leurs défunts ne sont plus enterrés dans le même espace que les autres. Ces problèmes ne concernent pas seulement cette localité.

Environ 70% des villages soninkés du Mali, de la Mauritanie, du Sénégal, de la Gambie, où de nombreuses personnes ont été tuées, se retrouvent dans cette posture. Quelle horreur !
C’en est trop ! Il est temps de tourner la page de l’Histoire. Le soninkara entier doit se lever pour dire non à l’esclavage statutaire ou par lignage; non à la violence physique; non à l’outrance verbale; non à la scission ethnique ! Le célèbre écrivain malien Seydou BADIAN ne dit-il pas que « La maison n’est belle que lorsque chacun y reconnaît sa part de labeur ». Et moi je dirai le jamaane (nation), le debbe (village) et le kunda (quartier) ne sont admirables que quand tout le monde s’y sent utile et ragaillardi.

L’éclatement étatique, clanique et communautaire m’étouffe. Je dois arrêter de me voir en cordonnier, en noble, en forgeron, en griot ou encore en esclave. De même, je dois cesser de me voir en maure, en soninké, en peul, en wolof, en bambara, en malinké. Je dois juste me voir en citoyen du monde, en être civilisé.
Je ne pourrais conclure sans me rappeler le théoricien de la “non-violence” Mahatma Gandhi à travers Robert Deliège Gandhi sa vie et sa pensée : « La non-violence n’est jamais un acte de faiblesse, une démission et encore moins l’expression d’une peur. La non-violence est le moyen d’arriver aux buts que l’on s’est fixé ; elle est à la fois un moyen et une fin en soi ». Que tout se fasse sans la violence !

Ismail Traoré

Étudiant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges / France

ismael172017@yahoo.com

©️ Crédit source: https://initiativesnews.com/contribution-lesclavage-statutaire-en-milieu-soninke/

#MaliSansEsclaves – Kayes : À Lany Tounka, « ceux qui sont persécutés décidés à aller jusqu’au bout… »

L’esclavage par ascendance, aboli en 1905 au Mali, est une pratique de plus en plus décriée dans la région de Kayes. Les cercles les plus touchés par le phénomène sont ceux de Yélimané, de Kayes, de Kita, de Nioro et celui de Diéma. A Lany Tounka, certains descendants d’esclave persécutés disent vouloir mener la lutte jusqu’au bout pour s’affranchir.

Le 5 avril 2020, dans le village de Lany Tounka (Kayes), plusieurs personnes s’opposant à l’esclavage par ascendance ont été agressées. Ces incidents ont occasionné un mort ainsi que plusieurs blessés dont des personnes du troisième âge, des enfants et des femmes. Des maisons appartenant à ceux qui sont considérés comme des descendants d’esclave ont été brûlées. « La tournure que prend cette affaire est très inquiétante », a fait remarquer à Benbere le président du Rassemblement malien pour la fraternité et le progrès (RMFP) de Kayes, Djaguili Maro Kanouté. Créée en 2017, cette association lutte contre la pratique de l’esclavage par ascendance.

Dans un communiqué daté du 9 avril 2020, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a condamné ces actes et s’est dit préoccupée par la recrudescence de la violence liée à la pratique de l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes. Elle a recommandé aux autorités « de poursuivre et traduire en justice les auteurs, co-auteurs et complices de ces abus des droits de l’homme ». Aussi, la Commission a-t-elle tenu à rappeler les dispositions de l’article 2 de la Constitution du Mali : « Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, la religion et l’opinion politique est prohibée ».

La brigade territoriale de la gendarmerie de Kayes, en charge de ce dossier, continue toujours ses investigations. Déjà, une trentaine de personnes, soupçonnées d’être impliquées dans ces agressions, ont été interpellées et mises à la disposition de la justice. Le maire de la commune de Sony, M. Gaye N’Diaye, qui avait accepté dans un premier temps de nous parler, a refusé au dernier moment. Il en est de même pour le Sous-préfet de l’arrondissement d’Ambidedi, que nous avons tenté de joindre sans succès. Il n’a pas daigné réagir à nos sollicitations.

« C’EST NOTRE COUTUME À NOUS »

Dans cette montée des tensions entre ceux qui se considèrent comme maîtres et les descendants d’esclave, depuis 2018, les deux camps s’accusent et se rejettent la responsabilité. « Pour ne pas éveiller les soupçons et justifier leurs actes, les pro-esclavagistes ont toujours tenu une position jusque-là ambigüe », explique Mamadou Kanouté, l’un des blessés de cet incident de Lany Tounka, en soins à Kayes. Selon lui, si les autorités ne s’investissent pas dans la résolution de cette question, le pire est à craindre, car « ceux qui sont persécutés sont décidés à aller jusqu’au bout », prévient-il.

Sékou Traoré, qui vit en France et avec qui nous avons échangé sur le sujet via WhatsApp, accuse quant à lui : « Je détiens des preuves que 38 000 euros ont été mobilisés depuis la France par les pro-esclavagistes pour ‘’terroriser’’ toutes les personnes qui s’opposent à cette pratique dans le Gadiaga.» Nous précisions que nous avons pu vérifier ces preuves qu’il affirme détenir. Il est lui aussi considéré comme descendant d’esclave. Un habitant du village de Fégui, favorable à la pratique de l’esclavage par ascendance, que nous avons contacté par téléphone, explique que « le fond du problème ne date pas d’aujourd’hui ». Il ajoute : « Ce sont eux-mêmes (descendants d’esclave) par leurs grands-parents qui ont signé des pactes de soumission. C’est dans ce pacte que nous leur avons attribué des espaces cultivables et d’autres biens. Maintenant qu’ils ne veulent plus se soumettre, qu’ils rendent simplement nos terres et quittent le village. Ce n’est pas de l’esclavage, mais c’est notre coutume à nous. »

L’ETAT DOIT S’ASSUMER

La pratique de l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes est connue de tous. Depuis 2018, les tensions liées à cette pratique ont occasionné le déplacement de plus de 1000 personnes officiellement. Plusieurs d’entre elles voulant s’affranchir de l’esclavage dans les cercles de Kita et de Diéma ont été contraintes de fuir la persécution de leurs anciens maîtres. En 2018, alors gouverneur de la région de Kayes, M. Baye Konaté avait effectué une visite à Kita pour préparer le retour de certains de ces déplacés.

En somme, la solution ne peut venir des protagonistes que si les autorités parvenaient à les mettre autour d’une même table pour dialoguer à travers un forum régional sur la question de l’esclavage par ascendance. La diaspora « kayesienne » peut peser de tout son poids dans la balance en sensibilisant les familles qui s’affrontent.

« Tant que les autorités maliennes resteront dans le déni et refuseront de reconnaître ces atteintes aux droits humains pour ce qu’elles sont, en criminalisant l’esclavage par ascendance, les défenseurs de ce système féodal continueront à prétendre qu’il ne s’agit ici que de coutumes et non d’esclavage, et des personnes continueront à se faire discriminer et marginaliser socialement et économiquement au Mali sans que la loi ne puisse réellement les protéger. », écrivait il y a quelques mois Marie Rodet, historienne et maîtresse de conférence à la School of Oriental and African Studies (SOAS, Londres) dans une tribune sur Benbere.

Source : Benbere

©️ Crédit source: http://bamada.net/malisansesclaves-kayes-a-lany-tounka-ceux-qui-sont-persecutes-decides-a-aller-jusquau-bout

Droit de réponse : A PROPOS DE LA DEFINITION DU « LAADA RENMAAXU » par Docteur Yaya SY

A PROPOS DE LA DEFINITION DU « LAADA RENMAAXU »

(Par Docteur Yaya SY Anthropologue et Professeur d’histoire. 25-04-2020)

Pour commencer, en ce début de ramadan prions pour tous ceux qui ont perdu la vie dans le Soninkara, pour ceux qui ont été blessés dans leurs corps et dans
leur dignité.
Prions pour la paix et la réconciliation mais sur la base de la recherche du respect réciproque, de la justice et de la vérité dans tous les pays soninkés.
Je constate avec regret que beaucoup parmi ceux qui ont écouté mon audio du
9 janvier 2020, nombre d’entre eux ne l’ont même pas entendu… Sinon, ceux qui ont adressé cette tribune un peu tardive à Kassataya ne l’auraient peut-être même pas fait… Ils m’ont cité en se référant à un texte de 2012 qu’ils ont attribué à tort à Ba Maadi Kaama Sumiina Kanouté qui n’en est pas l’auteur.
Ce texte est tiré du concours de la sixième édition, organisée par l’Association « Madi-Kaama Musunde » en 2001 sur les thèmes : Danbe ? laadanlenmaaxu ?
jowwundanlenmaaaxu ? kallengooraaxu ?
L’extrait en question se trouve dans mon ouvrage « Mémoire d’Ancêtres » 2012 chez l’Harmattan, Page 258. Il n’a même pas été traduit du soninké en français…
Je publie la définition intégrale de « Laadalenmaaxu » en soninké pour que tout un chacun la lise attentivement et se fasse sa propre opinion (merci ). Le
texte sur le laadalenmaaxu s’étale sur cinq pages (258-262).
La phrase qui termine la définition par les « laada siru » dit ceci :
« Naa gambaanaaxu ro o do me naxa ; no’o diinan (silaamaaxu) sabati moxo
sire »
Le bon laada « instaure l’égalité entre nous et renforce notre religion
(l’islam) ».
CETTE PHRASE ANNONCAIT LA NAISSANCE DE GAMBAANAXU… par
prémonition car actuellement il n’y a pas d’égalité de statut social dans les pays
soninkés, nous avons continué à humilier et à piétiner la moitié de la noix de colas du Soninkara en la traitant du sobriquet insultant et méprisant de
« kome ».
Le laada n’a jamais dit qu’il faut éjecter du village celui qui n’y adhère pas, ou
de lui arracher la terre de ses aïeuls, etc. Actuellement le laada est transfiguré
et sournoisement détourné à l’avantage des dominants.
Je répète : soyons unis ON NA NIA BAANE BAWO O SUN BAANA.
Le combat pour l’égalité, la fraternité et la dignité dans la paix et la sérénité
de Gambaanaxu continue et finira par gagner tout homme épris de justice,
d’égalité et de dignité..
Alors halte aux fossoyeurs de la vérité ! Vive l’égalité, la fraternité, la paix et le
dialogue.

Docteur Yaya SY

Mauritanie – Droits Humains : Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre (IRA-France)

IRA-France – Monsieur le Premier Ministre, c’est avec un très grand plaisir que nous saluons aujourd’hui la libération de Mariam Mint Cheikh par le Tribunal de Nouakchott mardi 21 avril. Il est vrai que l’on ne voit pas très bien comment la justice mauritanienne et un gouvernement qui se fait fort d’améliorer la situation des droits humains pouvaient laisser perdurer un tel déni de droit. Et ils ont été nombreux ceux qui l’ont fait savoir ! L’arrestation de Mariam Mint Cheikh à son domicile par des agents de la Direction Générale de la Sûreté Nationale lundi 13 la séparant du bébé qu’elle allaitait pour la conduire dans un lieu secret relève de l’illégalité la plus flagrante. Il en est de même pour l’interdiction qui lui a été faite de rencontrer immédiatement un avocat et pour la non communication du motif de ce kidnapping. La forte désapprobation suscitée par cette situation a conduit des militants des droits humains à manifester lundi 20 avril autour du Ministère de la Justice. Le déchaînement de violence sur des manifestants pacifiques par des forces de l’ordre suréquipées a été documenté par des vidéos et des certificats d’hospitalisation : c’est une nouvelle entorse grave à l’État de droit auquel aspire légitimement la population. Mariam Mint Cheikh a souvent des propos durs contre le pouvoir et de façon plus générale contre l’organisation de la société profondément inégalitaire structurée par l’appartenance communautaire que votre gouvernement semble vouloir maintenir tout en cherchant à la rendre plus présentable. Elle utilise la liberté d’expression garantie par les conventions internationales qui engagent son pays. Comme elle, d’autres opposants, mais aussi des militants des droits humains tels que nous, suivent attentivement l’action de votre gouvernement en faveur des droits humains et d’une plus grande justice sociale. En effet, le programme électoral du Président Ghazouani évoquait « un élan sincère de concorde, de fraternité et d’acceptation de l’autre nécessaire pour assurer une cohésion nationale où l’apport de chacun sera un enrichissement collectif. » Vous-même, Monsieur le Premier Ministre, dans votre Discours de politique générale du gouvernement en septembre 2019, avez dit : «Pour renforcer la cohésion nationale, promouvoir le respect et la défense des droits de l’homme, et pour éradiquer les inégalités liées à la discrimination sociale, notre Gouvernement accordera une importance extrême à la lutte contre les séquelles de l’esclavage et travaillera pour le changement des mentalités qui handicapent l’émancipation des différentes catégories de notre société. » L’envie est grande de vous suivre dans cette direction tant le retard pris est important et les besoins sont grands. Vous pouvez porter au crédit de l’opposition, de la société civile mauritanienne, des différentes associations de défense des droits humains et de la communauté internationale dans son ensemble le regard bienveillant qu’elles ont porté sur les premiers mois de l’action de votre gouvernement. Pourtant, ils étaient nombreux avec nous à penser déjà que certaines erreurs de diagnostic hypothéquaient lourdement les chances de réussite. Ne parler que de « discrimination sociale » dans un pays où la discrimination raciale est si présente. Ne concéder que la présence de « séquelles de l’esclavage » alors que l’esclavage par ascendance structure encore une partie des relations sociales et que se développent de nouvelles formes d’esclavage. Voilà des désaccords importants. Des signes forts envoyés par votre gouvernement manquent toujours en vue d’une participation de toutes les communautés nationales à la hauteur de leurs compétences et de leurs aspirations. Des signes inverses ont même été envoyés lors de trop nombreuses nominations privilégiant une seule communauté. L’absence d’autorisation pour le moment de l’association IRA et du parti RAG, le ton menaçant du Ministre de l’Intérieur en désaccord avec des analyses du député Biram Dah Abeid, les conditions de l’arrestation de Mariam Mint Cheikh et la répression de la manifestation pacifique de lundi dernier semblent témoigner d’une volonté d’une partie des membres de votre gouvernement de faire taire certaines formes d’opposition plutôt que d’engager avec elles un discours constructif. Monsieur le Premier Ministre, nous pensons qu’il est encore temps de profiter de la diversité et de la richesse de la société mauritanienne pour « construire un Etat fort et moderne, où tous les citoyens jouissent de l’équité et de la justice, dans la paix et la stabilité ». Ce sont vos paroles : les Mauritaniens vous le demandent aujourd’hui avec insistance, toutes les associations de défense des droits humains, soutenues par la communauté internationale, les accompagneront avec détermination. Engageons-nous tous ensemble dans cette direction !

Soyez assuré, Monsieur le Premier Ministre, de notre respectueuse considération

Le Bureau d’IRA-France-Mauritanie, le 23/04/2020

©️ Crédit source: http://www.cridem.org

Mauritanie : répression d’une manifestation anti-raciste (IRA-MAURITANIE)

🔹️Note d’alerte

Les militants de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) – Mauritanie sortaient, le matin du 20 avril 2020, sur l’avenue principale de la capitale Nouakchott, pour réclamer, pacifiquement, la libération de Mariem Cheikh injustement incarcérée 8 jours plus tôt. Mariem Cheikh est une blogueuse qui dénonce les dérives du système de domination ethno-tribal, sa prédation et son recours récurrent à la violence, comme unique mode de régulation des contradictions dans la société.

La police, intervenue en surnombre, s’est violemment attaquée aux militantes et militants, les a lourdement chargés, battus, par de coups de matraques, de gourdins et de bottes. Les forces de l’ordre, en nombre, intervenaient à bord de plus d’une dizaine de pik-up, en tenue anti-émeute. Selon un premier décompte, l’on déplore 5 blessés hospitalisés et une arrestation.

Certains blessés souffrent de contusions au thorax, à l’abdomen, aux jambes et mains oû ont subis des coups à la téte et affichent des hématomes :

  • Cheikh Vall
  • Abdallahi Homody
  • Sidi Nagi
  • Beddine Mechinou
  • Mohamed Sghair.

Fut également interpellée, en état de déstresse physique :

  • Mama Moussa

Les images, jointes, témoignent de la grande brutalité de la police politique.

Ira-M réitère son engagement non-violent, visant à faire éclore une société égalitaire, un Etat de droit où cesseraient de prévaloir les interdictions de partis et mouvements dédiés à la défense de la dignité de l’Homme noir. Le maintien de telles exclusions, grâce à la connivence du groupe mono-ethnique et mono-colore des généraux avec les milieux et l’élite suprématiste arabo-berbére, expose le pays à l’effritement, de l’intérieur, dont résulte un surcroît de fragilité face au péril mondial du terrorisme. La Mauritanie, prise en tenaille, entre la pandémie du Covid-19 et la désagrégation de la citoyenneté, n’a plus les moyens de l’autoritarisme ni le souffle de la résilience sur une simultanéité de fronts. Ses partenaires – régionaux et au-delà – se doivent d’observer la plus grande vigilance, à l’endroit d’une gouvernance qui menace la stabilité et la paix.


Ira-M


Nouakchott, 20/avril/2020

Flash info : un sit-in d’IRA-Mauritanie réprimé à Nouakchott

▪︎ Crédit photos : blogueur SD militant abolitionniste

Ce lundi 20 avril 2020 , les militants du mouvement abolitionniste et anti-esclavagiste mauritanien IRA Mauritanie, sont sortis pour dénoncer la détention de la militante Mariem Mint cheikh. Cette dernière avait été arrêtée le 13 avril dernier par les autorités mauritaniennes. Plusieurs organismes de la mouvance droit-de-l’hommiste du pays ont dénoncé son arrestation et les conditions de sa mise en détention.

C’est cet élan contestataire que ses camarades de la célèbre organisation abolitionniste IRA-MAURITANIE, tenaient à organiser un sit-in devant le ministère de la Justice à Nouakchott ce jour. D’après les infos remontées par les milieux militants via différentes plateformes ReSo , les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser. Plusieurs blessés sont à signaler et certains manifestants auraient été appréhendés selon certaines sources. Comme laisse comprendre un post Facebook d’un militant IRAOUI, Mr Abdou Babou. Cet événement peut être considéré comme un nouveau palier d’une atmosphère de tensions et de frictions entre le nouveau pouvoir mauritanien (président Ghazouani investi en août 2019) et un certain militantisme déterminé incarné par le mouvement du député et ex candidat à la présidence Mr Biram Dah Abeid. Aujourd’hui on croirait vivre les images habituelles de la décennie 2008 – 2019, du tout répressif du pouvoir contre l’engagement IROUI pacifique mais ferme articulé sur le Droit et les libertés collectives et individuelles. À se demander si le président Ghazouani qui avait amorcé une certaine dynamique d’apaisement il y a quelques mois, ne serait pas débordé par certains cercles tapis dans l’ombre sécuritaire qui profitent d’une mise en scène belliciste et tendue.

Affaire à suivre…!

🔹️Notre Appel : Liberté pour Meriam cheikh !

©️ Par KS pour le BLOG

Communication GANBANAAXUN FEDDE et Partenaires : Appel pour la libération de l’activiste mauritanienne Meriam Cheikh!

À travers diverses communications émanant de la mouvance droit-de-l’hommiste et abolitionniste en Mauritanie ces derniers jours (http://cridem.org/C_Info.php?article=734989I) , nous apprenons l’arrestation de la militante Mariem cheikh membre du mouvement abolitionniste IRA-MAURITANIE.

Arrêtée chez elle dans la journée du 13 avril 2020, la bloggeuse est détenue dans un endroit inconnu jusqu’à présent pour ses proches. D’une manière expéditive, elle a été séparée d’un nourisson par des éléments sécuritaires du pouvoir mauritanien. Nous exprimons notre entière solidarité avec Madame Mariem cheikh et ses proches.

Par conséquent notre mouvement GANBANAAXUN FEDDE et ses partenaires s’insurgent fermement contre les conditions d’arrestation de la militante abolitionniste et appellent les hautes autorités mauritaniennes à sa libération. Nous tenons à rappeler que les vieilles recettes du tout coercitif systématiquement sélectif pour museler les porteurs de voix humanistes pour l’instauration d’un véritable état de droit, ne servent aucunement la Paix sociale ni l’union nationale. En ces temps troublés au niveau sanitaire dans le monde entier avec la pandémie Covid-19, des décideurs politiques se doivent une profonde et globale rétrospection pour une gouvernance plus portée sur les valeurs de Justice et d’égalité entre les différentes composantes.

17 Avril 2020

©️Pour la Communication GANBANAAXUN FEDDE

Le président du Parti RAG s’insurge contre le kidnaping de la blogueuse et militante Mariem Cheikh

Le lundi 13 avril 2020, vers 16 heures, Marieme Cheikh, militante active des droits de l’homme et membre de la Direction Nationale de Ira-Mauritanie a été interpellée par la Direction de la Sûreté Nationale. Au moment où cette note est en cours de rédaction, on ne dispose d’aucune information précise concernant Madame Marieme, ce qui constitue une transgression flagrante aussi bien des droits de celle-ci que des droits des siens, d’autant plus que son enfant, encore non sevré, n’a jusqu’à présent pas reçu ses tétées depuis l’interpellation de sa maman. Cette privation dont est victime ce bébé innocent, en dit beaucoup sur le degré de considération que nous accordons à la valeur humaine.
Pour ce qui est des raisons sur la base desquelles la militante des droits de l’homme Marieme a été l’objet d’une arrestation, d’aucuns, avancent que cette blogeuse aurait partagé des messages que l’autorité voudrait saisir pour mettre en application les dispositions de loi du 18 janvier 2018 relative à la lutte contre les discriminations. Il est vrai que personne ne peut et ne doit s’élever contre l’application d’une règle de droit et d’ailleurs, je suis convaicu que presque la totalité des mauritaniens devraient être heureux de voir s’arrêter l’élaboration de textes de lois à des fins de consommation extérieure. Cependant, je considère que le pouvoir, face à la guerre que mène actuellement notre pays contre le Covid-19, devrait être armé de beaucoup plus de vigilance et de sagesse pour éviter tout ce qui peut nous détourner de l’objectif primordial: vaincre le Coronavirus.
Mais la chasse aux sorcières engagée depuis belle lurette contre le President de Ira-Maurotanie Biram Dah Abeid, contre cette Organisation et contre ses militants l’a remporté sur l’enjeu du moment, c’est-à-dire la victoire contre la pandémie. C’est dans ce cadre, et seulement dans ce cadre, que, de mon point de vue, vient s’inscrire parfaitement l’arrestation de la militante des droits de l’homme, Mariem Cheikh.
Je ne peux terminer ces lignes sans souligner une seconde entrave à la liberté, cette fois-ci, il s’agit d’une entrave à la liberté d’expression qui rencontre des manœuvres multiples et variées. Ces manœuvres auxquelles nous ont habituées les pouvoirs de chez nous et qui versent directement dans le sens du musellement absolu et définitif des populations devant les problèmes sociaux, culturels, économiques et politiques qui les assaillent continûellement, ces pratiques dilatoires doivent, compte tenu de l’éveil de conscience qui s’installe dans le pays, laisser la place à la volonté citoyenne d’affronter, avec courage et détermination, les revendications légitimes de nos populations. En conséquence, les spécialistes en matière de pareilles manœuvres doivent, dans l’intérêt de la Mauritanie et de tous les mauritaniens, se résoudre à s’abstenir d’occulter les souffrances que vivent les autres ét de passer par des voies et moyens fallacieux dans le but de détourner l’opinion chaque fois que se posent des problèmes qui militent en faveur de la justice, de l’égalité, de la liberte, de l’unité et.de la cohabitation Pacifique…., bref ce qui conditionne l’émergence d’un véritable état vivable, démocratique où quelque soit le citoyen lambda, il se sentira heureux chez lui.

Oumar Yali ancien ministre
président du parti RAG
15 avril 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Mauritanie : racisme, faux semblants et fatalité de l’histoire. (IRA-MAURITANIE)

Note de synthèse

Le 11 avril 2020 Bouceif Ould Hmeiti, cadre à la Société nationale industrielle et minière (Snim) est conseiller municipal de Zouérate (nord) est interpelé, par la police, à la suite d’une plainte, près le parquet, de deux Ong proches du pouvoir. Le surlendemain, 13 avril, à Nouakchott, des hommes en uniforme s’emparent de Mariem Mint Cheikh, quelques heures après son époux, Mohamed Diodié, également militant de Ira-M, désormais en liberté. Ainsi séparée de l’enfant qu’elle allaite, son lieu de détention reste inconnu.

Postulat

Les griefs retenus à l’endroit des trois renvoient à la pénalisation des discours de haine, en vertu de la loi du 18 janvier 2018, dans le cadre de la lutte contre les discriminations. A l’époque, le texte soulevait les réserves de 3 rapporteurs spéciaux de l’Organisation des nations unies (Onu), en l’occurrence MM David Kaye « promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression », Michel Forst « situation des défenseurs des droits de l’homme » et Tendayi Achiume « formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée ». Dans une correspondance adressée, le 24 janvier, au gouvernement de la Mauritanie, ils attiraient l’attention sur les incohérences et les risques de bavure, notamment le musellement des militants abolitionnistes et autres promoteurs de l’égalité. Il n’échappait, alors, aux esprits doués de discernement, que le Parlement légiférait, en la circonstance, à l’unique fin d’endiguer l’indignation des exclus.

Objections

A la différence du prévenu de Zouérate dont l’enregistrement audio énonce une opinion de supériorité sur les noirs et de stigmatisation de ceux-ci, Mariem Mint Cheikh publie, au travers de sa page Facebook, la critique de la domination à la naissance, qu’elle impute à « l’Etat des maures ». A certains passages, elle le maudit et en prédit le déclin. La distinction, ici exposée, établit la comparaison d’une parole relevant du mépris esclavagiste, à la contestation de l’ordre et des valeurs où les auteurs de tels excès trouvent les accents de l’arrogance, l’assurance de l’impunité et la légitimation ethno-religieuse de l’énoncé. A l’insulte héritée de siècles de suprématie et d’exploitation, vient répondre la sédition des mots. Lequel faut-il blâmer ? Pire encore, un fonctionnaire de l’Agence nationale du registre de la population et des titres sécurisés ( Anrpts), parent du Chef de l’Etat et un employé local de l’Ambassade de Mauritanie en Côte d’Ivoire, tous les deux salariés de la fonction publique, s’étaient rendus coupables d’apologie de l’esclavage, exactement selon les termes attribués à Bouceif Ould Hmeiti ; Jusqu’à ce jour, chacun occupe sa fonction, à l’inverse de la diplomate Mint Aoufa, en janvier 2020, le surlendemain de son tweet antisémite.

Constat

Il convient de le souligner ici, les noirs de Mauritanie n’ont jamais exercé la contrainte de groupe sur leurs compatriotes arabo-berbères. L’inverse est copieusement attesté, longtemps durant et nul n’en ignore le bilan ; à une époque récente, de 1987 à 1991, le placard débordait de cadavres, malgré les tentatives avortées de contrefaçon du récit et de ménagement d’une amnésie collective. Allons plus avant, dans l’exégèse des faits : Quand il s’est agi, en 1990, d’actionner la justice, au nom des victimes, pour obtenir réparation de centaines d’assassinats et de milliers de déportations sur le fondement de la race, les députés du moment exacte traduction du rapport des forces social au sortir de la tuerie, s’empressaient d’adopter un texte dit « d’amnistie ». A présent, la loi numéro 93-23 du 14 juin 1993 interdit de juger les commanditaires, exécutants et complices, quel qu’en soit le niveau d’implication. A ce trait d’iniquité, s’ajoute la requalification – quasi mécanique – des plaintes face aux pratiques de l’esclavage et, in fine, l’abandon des poursuites. Il s’agit, juste, d’un exemple, parmi d’autres dans un pays qui réserve, à une seule de ses communautés, l’essentiel de la puissance matérielle et statutaire, le monopole des banques et les agréments de chaines de radiotélévision. Si ce n’est l’Apartheid, la ressemblance confine à la gémellité.

Chiche !

Comme de bien entendu, Ira-M, réprouve la stigmatisation de l’Autre et les diverses facettes du racialisme et s’en tient aux moyens de la non-violence et du droit. A ce titre, s’est-elle séparée d’éléments de valeur sur le terrain, à cause de leurs outrances, parfois proférées ad hominem. Il n’est plus question de revenir sur cette révision, si douloureuse fût-elle. Aussi, l’Ira-M attend-elle, du gouvernement et des magistrats, la mise en accusation judiciaire de l’ensemble des contrevenants à la loi, sans en excepter l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz ; le 3 mai 2016, à Néma, il expliquait la pauvreté des descendants d’esclaves, par le pullulement de leur natalité. La vague de procès que nous proposons s’annonce d’utilité et de pertinence, afin de recouvrer le goût de la vérité et le sens d’une cohabitation féconde à l’épreuve d’un prétoire impartial. Au terme des audiences, les mauritaniens constateront l’évidente vanité de vouloir censurer les mots, quand la réalité les conforte tant et si bien. Ce jour-là, nous parlerions, à l’unisson, le même langage.

D’ici le grand déballage, Mariem Mint Cheikh doit recouvrer son foyer parce qu’elle n’a d’autre asile où fuir l’injustice, que la terre de ses ancêtres humiliés. L’y retiennent, ses enfants en bas âge, son combat et la certitude de les voir grandir sous l’égide du mérite. Mariem Mint Cheikh n’est pas une délinquante, non, plutôt l’héroïne de sa cause, la nôtre aussi.

Nouakchott, le 14 avril 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE