Une échéance fait écho diversement dans l’opinion publique en Mauritanie depuis quelques mois. L’annonce d’un dialogue national, oui c’est bien l’adjectif « National » qu’on évoque, donc au-delà d’un conclave politique genre d’une tontine politicienne. Une vaste ambition qui nécessite beaucoup de préalables pour son organisation et sa réussite. Nous sommes en début d’été, toujours pas de chronogramme officiellement formalisé et affiché par M. Fall Moussa (le coordinateur du dialogue) et sa team. À travers diverses publications dans les médias digitaux, nous avons pu lire et voir différentes rencontres qu’il a entamées avec plusieurs délégations politiques, sociales et sectorielles. Des manœuvres de concertation qui apparaissent comme une dynamique préalable au dialogue tant attendu mais aux contours et à la substance restant à appréhender sérieusement.
À ce jour, le champ politique national subit les frictions issues de la dernière présidentielle de juin 2024. Le camp politique autour du candidat Biram Dah Abeid (arrivé deuxième lors des 3 élections présidentielles 2014, 2019 et 2024) ne semble pas être emballé par l’initiative confiée à M. Fall par le président de la république M. Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani . Pour cause, le pouvoir est peu avenant à une véritable pacification de l’atmosphère relationnelle avec le leader abolitionniste d’IRA-Mauritanie et ses partenaires politiques. Entre répressions sporadiques, arrestations et dossiers judiciaires à l’encontre des militants Iraouis, s’il y a objectif sincère d’un Dialogue national, l’espace socio-politique incarné par le député BDA doit être une portion conséquente du puzzle des assises discursives à venir. Une actualité récente nous indique que des tensions subsistent entre le camp du pouvoir (ou un camp du pouvoir) et le leader abolitionniste. En effet, lors de son retour d’un périple international auprès des diasporas (États-Unis et Europe occidentale), à Nouakchott (le 11 juin 2024) , son accueil a été étrangement perturbé par une mobilisation spéciale des forces de sécurité dès l’aéroport. Et les observateurs s’étonnent d’ailleurs d’un tel traitement injustifié au moment où l’arène médiatico politique fait focus autour des préparatifs d’un dialogue qui s’annonce inclusif selon le narratif officiel de son coordinateur. Ainsi dire, d’interrogations ne manquent pas à ce jour concernant les préparatifs qui doivent être bonnement inclusifs à tout le spectre socio-politique, professionnel et géographique.
Concernant l’aspect géographique, à quel niveau les diasporas sont concernées..? Légitime questionnement, après une brève googlisation, j’ai ramassé entre les liens, cet élément titré « La Mauritanie engage sa diaspora dans la construction d’un dialogue national inclusif » https://share.google/pwPyZrf6FVXquouWo. Il fait mention en substance d’une rencontre virtuelle organisée le 18 mai dernier entre M. Fall et une quarantaine de représentants de la diaspora mauritanienne (zone Amérique du Nord et Europe). Concernant la Zone Europe, l’opinion publique serait heureuse de savoir qui étaient ces représentants ayant été désignés ou cooptés incognito pour participer au nom de la communauté diasporique à ce conclave virtuel ?
Cela devrait être une exigence de clarification et d’édification à l’endroit de nos concitoyens qui vivent dans cette zone. Selon la teneur de l’élément publié, cette rencontre virtuelle est actée comme une initiative de la contribution préalable de la diaspora au dialogue national. Serait-il une manœuvre partisane ou élitiste en catimini dans l’objectif d’un faire-valoirisme mesquin et politicard..?
À quel degré d’information, l’ensemble de la communauté mauritanienne de l’Espagne à l’Allemagne en passant par la France, la Belgique et le Pays-Bas… est au fait de cette rencontre virtuelle du 18 mai 2025 ? Ont-ils confié un mandat quelconque à un groupe d’individus pour porter leurs contributions aux préparatifs du dialogue en gestation ?
Nous avons hâte de savoir les noms et les positions représentatives de ces types de porte-plumes invisibles qui nous doivent de précisions concernant leur légitimité dans cette manœuvre bien étrange.
• Par Cheikh Sidati Hamadi (Expert senior en droits des CDWD, Analyste , Essayiste, chercheur associé)
Introduction
Le temps des choix historiques La Mauritanie se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre la tentation de reproduire les systèmes d’exclusion et l’aspiration sincère à une société plus juste, inclusive et pleinement républicaine, le pays est confronté à un choix fondamental. Un choix qui engage la conscience collective, la paix sociale et l’avenir même de la nation. Dans ce contexte, ignorer les véritables forces de changement, celles qui incarnent à la fois les douleurs du passé et les espoirs de demain, serait une erreur aux conséquences profondes. L’histoire, en effet, a ceci de tenace : elle revient frapper à la porte des peuples jusqu’à ce qu’ils y répondent. Et aujourd’hui, nul ne porte en Mauritanie la voix de la justice, du courage et de la cohérence avec autant de force que Biram Dah Abeid, leader de la Coalition antisystème.
Un leader de la majorité silencieuse
Issu d’une communauté longtemps marginalisée, Biram Dah Abeid s’est imposé comme la voix des sans-voix : les oubliés de la République, les exclus de la représentation politique, les victimes de l’esclavage et de l’ordre ethno-social. Son combat transcende les seules causes des Haratines ou des communautés discriminées sur la base du travail et de l’ascendance (CDWD). Il a su fédérer une alliance politique large, la Coalition antisystème, regroupant des forces en rupture avec les logiques conservatrices et clientélistes. À ce jour, il est le seul leader antisystème à avoir été classé deuxième à trois élections présidentielles consécutives (2014, 2019, 2024), rassemblant plus de 22 % des suffrages aux deux dernières. Et ce, sans parti reconnu, sans financement public, dans un environnement marqué par de sévères restrictions. Cette performance atteste d’une légitimité populaire profonde.
Un patriote pacifique
Contrairement aux caricatures véhiculées par certains cercles rétrogrades, Biram Dah Abeid est un patriote sincère, pacifiste dans l’âme malgré les lourdes conséquences qui peuvent en résulter. Il croit en une Mauritanie unie, démocratique, où la justice ne dépend ni du nom, ni de la tribu, ni du statut. Il ne rejette pas la République : il la réclame pour tous. Son combat est non violent, légal et républicain. Même face à l’emprisonnement, à la confiscation de ses victoires, à la censure ou à la répression, il répond par le droit, la parole et l’action civique. Il milite pour un dialogue sincère, où chaque voix compte, y compris celles qui dérangent.
Un charisme politique et moral
Biram Dah Abeid n’est ni un homme d’appareil, ni un politicien classique. Il ne doit son autorité ni à une ascendance influente, ni à la fortune, ni à un réseau de clientélisme. Son autorité repose sur la constance, la cohérence, le courage et l’engagement sans faille d’un homme debout. Son charisme est naturel, moral et politique, nourri par sa proximité avec les plus humbles. Il ne promet pas des privilèges : il exige des droits. C’est cette posture éthique qui lui vaut une audience transversale dans toutes les composantes de la société mauritanienne.
Un ancrage national rare
Peu de figures politiques bénéficient en Mauritanie d’une reconnaissance véritablement transcommunautaire. Biram est respecté chez les Haratines, les Négro-Africains, les Maures ; dans les villes comme dans les campagnes. Sa voix porte chez les intellectuels, les jeunes diplômés, les chômeurs, la classe ouvrière, les femmes résilientes, les agriculteurs spoliés, les fonctionnaires marginalisés, les enseignants, les imams engagés, les commerçants de l’économie informelle et les humbles. Cette transversalité sociale et communautaire est rare. Elle fait de lui un acteur central et incontournable pour toute solution politique durable.
Une légitimité forte au sein de la diaspora
Dans la diaspora mauritanienne, Biram Dah Abeid incarne l’espoir républicain. Ses visites à Paris, Bruxelles ou New York rassemblent des centaines de compatriotes, toutes origines confondues. Intellectuels, ouvriers, professionnels : tous saluent en lui un vecteur crédible de changement. Son langage est inclusif, son discours structuré et sa vision claire : une Mauritanie de justice, de droits et d’inclusion.
Une reconnaissance internationale exceptionnelle
Son engagement lui a valu une reconnaissance mondiale. Parmi ses distinctions figurent :
Le Prix des Nations Unies pour les droits de l’homme (2013) ;
Le Prix Front Line Defenders (2011) ;
Une reconnaissance officielle du Congrès des États-Unis, à travers des auditions et soutiens directs ;
Le classement par Time Magazine parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde (2017), une distinction rare pour un défenseur africain des droits humains. Il est aussi intervenu dans des forums internationaux de haut niveau, dans des universités prestigieuses, et auprès de nombreuses institutions européennes.
Dialoguer sans Biram Dah Abeid, c’est monologuer
Manœuvrer pour exclure Biram Dah Abeid et la Coalition antisystème du dialogue national, c’est ignorer une réalité politique indéniable : celle d’un leader qui incarne l’espoir de milliers de Mauritaniens. C’est nier la voix de plus de 22 % de l’électorat. C’est réduire le dialogue à une mise en scène, comme les précédents, et perpétuer les exclusions passées. Feindre l’ouverture tout en verrouillant le système, c’est parler seul. Or, on ne construit pas la paix en marginalisant ceux qui portent les revendications les plus légitimes. Le véritable dialogue national commence par la reconnaissance de toutes les légitimités, y compris celles qui dérangent.
Conclusion
Le rendez-vous de l’Histoire approche Un jour viendra peut-être plus tôt qu’on ne le croit où les lignes figées de la politique mauritanienne se briseront sous la pression d’un peuple éveillé. Ce jour-là, nul ne pourra dire qu’il n’a pas vu venir l’homme qui, depuis des décennies, alerte, rassemble et incarne l’alternative. Biram Dah Abeid n’est pas seulement une figure de l’opposition : il est déjà une figure de transition. Il personnifie ce basculement inévitable vers une République de justice, débarrassée de ses chaînes invisibles et de ses exclusions héréditaires. L’histoire avance, souvent à pas feutrés, mais elle finit toujours par consacrer les justes. Si la Mauritanie veut éviter les convulsions d’un changement imposé par la rue ou par le chaos, elle devra tôt ou tard ouvrir les portes à ceux qui parlent au nom des humiliés. En refusant d’écouter Biram Dah Abeid aujourd’hui, le pouvoir retarde une échéance qu’il ne pourra éviter demain. En l’intégrant pleinement, il choisit la voie de la réconciliation, de la stabilité durable et de la République refondée. Ce choix appartient encore aux dirigeants actuels. Mais demain, il appartiendra au peuple et l’histoire, elle, n’attendra pas.
—Notre Blog vous propose l’interview ci-dessus accordée par l’honorable député du département de Ould Yengé (Guidimagha). Il s’agit de M. Tombé Amara CAMARA élu lors des dernières législatives (mai 2023) sous les couleurs du parti Udp (encarté dans la majorité présidentielle). Il a répondu aux questions de notre questionnaire d’interview soumis le 10 mai 2025 et nous lui adressons nos chaleureux remerciements pour la disponibilité manifestée. Bonne lecture !
● Question 1 : Bonjour l’honorable député M. CAMARA Tombé, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)
Tombé Amara CAMARA : Je m’appelle Tombé Amara Camara. Mon parcours éducatif est le reflet d’un double enracinement : celui de l’enseignement traditionnel reçu dans les Mahadras, et celui de l’enseignement moderne, que j’ai suivi tout au long de mon cheminement universitaire. J’ai entamé mes études supérieures en Mauritanie, avant de les poursuivre au Sénégal, puis dans d’autres pays africains. Soucieux de rester toujours à jour dans un monde en constante évolution, je continue aujourd’hui à me former à travers des programmes universitaires en ligne proposés par de grandes institutions internationales.
Ce parcours traduit mon profond attachement à nos valeurs culturelles et religieuses, tout en affirmant une ouverture assumée sur le monde, le savoir universel et la modernité.
Sur le plan professionnel, j’ai débuté ma carrière au Sénégal en tant que comptable dans une entreprise de BTP. De retour en Mauritanie, j’ai travaillé pendant cinq ans dans un cabinet d’expertise comptable et fiscale. Parallèlement à ces fonctions, j’ai également assuré des cours dans plusieurs universités mauritaniennes, avec la volonté de transmettre et de contribuer à la formation des jeunes générations.
Suite à mon élection en tant que député, j’ai choisi de me consacrer pleinement à l’exercice de mon mandat parlementaire, fidèle à mes engagements, à l’écoute de mes concitoyens, et animé par le sens du devoir et du service public.
● Question 2 : vous êtes député du département de Ould Yengé, pouvez-vous nous présenter globalement cette circonscription électorale ?
TAC : Le département de Ould Yengé, situé dans la région du Guidimakha, est une circonscription essentielle de notre nation. Il regroupe sept communes : Ould Yengé, Bouly, Bouanze, Lahraj, Tektake, Dafort et Aweiynatt, et compte une population estimée à près de 100 000 habitants. Par sa taille, il se positionne comme le deuxième département de la région, après celui de Khabou.
Ce territoire est riche de sa diversité culturelle et ethnique. Il abrite une population majoritairement soninké, aux côtés de communautés maures — blanches et noires — ainsi que peules. Cette mosaïque humaine témoigne de l’unité dans la diversité qui caractérise notre pays.
Cependant, force est de constater que le département de Ould Yengé, au même titre que celui de Mbout, figure malheureusement parmi les zones désignées par les autorités nationales comme faisant partie du « triangle de la pauvreté ». Cette classification, loin d’être une fatalité, doit nous interpeller et nous engager collectivement à mettre en œuvre des politiques de développement ciblées, solidaires et durables, afin de sortir cette région de la précarité et de garantir à ses habitants les conditions d’une vie digne, équitable et prospère.
● Question 3 : après 2 ans de mandat au sein du parlement, quelle expérience d’étape tirez-vous de cet exercice citoyen et politique ?
TAC : Exercer un mandat de député dans notre pays est un acte de foi républicaine. C’est accepter de représenter le peuple dans toute sa diversité, tout en assumant la complexité d’un rôle souvent méconnu. Dans notre système institutionnel, le député n’est ni un exécutant local, ni un maître d’ouvrage, mais un acteur central de la vie démocratique chargé de voter les lois, de contrôler l’action du gouvernement, et de porter la voix des citoyens au cœur de l’État.
Pourtant, sur le terrain, la réalité est toute autre. Les populations, dans leur soif légitime de progrès, attendent de nous des réalisations concrètes : routes, écoles, infrastructures, emplois. Elles confondent souvent notre mission avec celle des exécutifs locaux. Et cela est compréhensible, car l’État central, parfois défaillant, pousse les citoyens à se tourner vers leurs représentants les plus proches, en quête de solutions immédiates.
Dans ce contexte, ma responsabilité est double : répondre aux attentes de mes électeurs à travers un plaidoyer constant auprès des institutions, tout en assumant pleinement ma mission législative. Il ne suffit pas de voter des lois : il faut s’assurer qu’elles répondent aux réalités du terrain, qu’elles traduisent les besoins des populations oubliées, comme celles de mon département.
Je suis conscient que je serai jugé non seulement sur ma capacité à faire entendre la voix de mon peuple, mais aussi sur mon engagement à servir et non à me servir. C’est un choix éthique, un cap moral, et une ligne de conduite politique.
Mon combat, aujourd’hui, est aussi celui de la pédagogie républicaine : faire comprendre que le député n’est pas un gestionnaire de budgets communaux ou régionaux, mais un garant du lien entre le peuple et la loi. Il est urgent de renforcer la conscience citoyenne autour de nos institutions. Car une démocratie solide repose sur une compréhension claire des rôles de chacun.
Je resterai, jusqu’au dernier jour de mon mandat, fidèle à cette vision : un député utile, présent, engagé, au service du peuple, et fidèle à l’esprit de la République.
● Question 4 : Ces derniers mois les pouvoirs publics de notre pays mènent une campagne de refoulements contre des étrangers dits “illégaux” que d’aucuns qualifient de chasse aux subsahariens, quelle lecture faites-vous de cette problématique ? Et également concernant les nationaux non enrôlés qui subissent des harcèlements policiers dit-on…
TAC : En tant que député et membre actif du groupe parlementaire chargé de la question migratoire, j’ai participé récemment à une mission de terrain dans les centres de rétention accueillant les migrants en situation irrégulière, avant leur retour vers leurs pays d’origine. Cette visite, conduite dans un esprit de responsabilité et de respect de la dignité humaine, nous a permis d’échanger directement avec les autorités compétentes ainsi qu’avec les migrants eux-mêmes.
Je tiens à le dire avec clarté et fermeté : aucune anomalie, ni traitement injuste ou arbitraire n’a été constaté. Les procédures sont encadrées par la loi, appliquées avec discernement, et respectueuses des engagements internationaux de notre pays.
La Mauritanie est un État souverain, hospitalier, mais organisé. Elle a le droit – comme toute nation – de réguler l’entrée et le séjour sur son territoire. Les mesures de reconduite concernent exclusivement les personnes en situation irrégulière, sans distinction d’origine, de couleur ou de nationalité. Il n’y a pas – et il n’y aura jamais – de chasse ciblée contre une communauté en particulier. Parler de chasse aux Subsahariens est une contre-vérité dangereuse qui ne sert ni la vérité ni la stabilité sociale.
Sur la question de l’enrôlement, je salue les efforts de l’État qui, en 2023, a déployé plusieurs commissions d’enrôlement dans différentes régions, permettant à un grand nombre de citoyens d’obtenir leurs pièces d’identité. Néanmoins, nous avons conscience que des insuffisances ont été relevées, et que certains de nos concitoyens n’ont pas encore pu accéder à ce droit fondamental.
C’est pourquoi, au sein de notre groupe parlementaire, nous avons engagé un plaidoyer ferme et constant pour la réouverture des opérations d’enrôlement. L’accès à l’identité légale est un droit constitutionnel ; il ne saurait être compromis. Chaque citoyen doit pouvoir se faire identifier dignement et sans entrave.
Notre engagement est clair : défendre la souveraineté de l’État, préserver la cohésion sociale, garantir le respect des droits, et promouvoir un dialogue constructif autour des questions sensibles. La sécurité, la dignité et la justice ne sont pas opposées. Elles sont les fondements mêmes de la République.
● Question 5 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?
TAC : La question de l’émigration clandestine, notamment celle de nos jeunes qui prennent la mer au péril de leur vie, interpelle notre conscience collective. Ce phénomène ne peut être réduit à un simple manque d’opportunités : il est devenu le reflet d’un malaise plus profond, d’une crise de repères et d’une influence culturelle déformée, véhiculée massivement par les réseaux sociaux.
Aujourd’hui, nous assistons à une transformation des motivations migratoires. Là où nos aînés quittaient leur terre pour nourrir leurs familles et répondre à des besoins vitaux, nombre de nos jeunes partent désormais, non par nécessité, mais séduits par l’illusion d’une vie de luxe et d’ostentation. Cette nouvelle forme d’exil ne repose plus sur la survie, mais sur le rêve d’un confort matérialiste, souvent inaccessible et artificiel.
Cette réalité nous oblige, en tant que responsables politiques, à agir avec lucidité et détermination. Il est de notre devoir de restaurer la confiance des jeunes dans leur propre pays, de leur montrer qu’il est possible de réussir ici, chez soi, avec dignité, travail et engagement. La réussite ne se mesure pas uniquement en termes de richesse, mais dans la contribution à sa communauté, dans le savoir-vivre et dans l’utilité sociale.
L’État doit assumer pleinement son rôle en créant un environnement propice à l’emploi, à l’éducation et à l’entrepreneuriat. La société civile, les familles, les leaders communautaires et religieux doivent aussi se mobiliser pour accompagner cette prise de conscience.
Nous ne pouvons rester indifférents face à la tragédie silencieuse qui se déroule sous nos yeux. Plus de 500 jeunes ont disparu en mer ces dernières années. Ces jeunes avaient des rêves, des talents, un avenir. Ils représentaient l’espoir de toute une génération. Leur perte est une blessure profonde pour notre pays.
Il est temps de bâtir une alternative crédible à l’exil. Une alternative fondée sur la justice sociale, l’équité territoriale et la promotion de nos valeurs. Car le véritable développement ne viendra pas d’ailleurs. Il viendra de nous.
● Question 6 : La communauté soninké est traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des pistes de réflexion nécessaires pour gérer et dépasser les frictions qui en découlent régulièrement dans nos localités ?
TAC : Sortir de la crise liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance » n’est pas seulement un impératif moral : c’est un devoir politique majeur pour toute nation qui se veut juste, unie et résolument tournée vers l’avenir. Face à une pratique d’un autre âge, profondément attentatoire à la dignité humaine et incompatible avec les valeurs républicaines, notre engagement doit être total, sans ambiguïté ni compromis. Il est temps que l’État assume pleinement ses responsabilités, en affirmant son autorité, en protégeant les citoyens victimes de discriminations sociales héritées, et en sanctionnant fermement toute forme de régression coutumière ou communautaire contraire aux droits fondamentaux.
Nous appelons à une mobilisation nationale, structurée autour d’un cap clair : consolider l’unité nationale par l’égalité réelle entre les citoyens, quel que soit leur statut ou leur origine. Cela passe par le renforcement de l’État de droit, l’éducation des consciences, le soutien aux acteurs de la paix sociale, et la mise en œuvre de politiques de développement inclusives et équitables.
Il ne s’agit plus de tolérer le statu quo. Il s’agit d’agir, avec détermination, pour mettre fin à une injustice qui mine le tissu social et freine notre marche collective vers une société moderne, démocratique et souveraine. L’histoire nous regarde. Et la République doit répondre.
Nous avons visionné et écouté avec un grand intérêt l’échange (daté du 8 juin 2025) entre l’animateur de la chaîne YouTube Radio zam-zam et le journaliste mauritanien M. Camara Seydi Moussa. Une riche et instructive causerie en langue soninké au cours de laquelle le fondateur et éditorialiste du journal la Nouvelle Expression a exposé, clarifié, interpellé, conseillé et rappellé à l’endroit de l’opinion publique soninké d’une manière générale et en particulier aux milieux soninké du Guidimagha, sa région d’origine. Il est revenu sommairement sur son cheminement d’intellectuel-acteur sur différents chantiers socio-politiques en Mauritanie. Anti-esclavagiste et humaniste connu et reconnu pour son engagement droit-de-l’hommiste constant notamment par sa plume qui inspire et alerte dans l’arène médiatique notamment francophone dans notre pays. Dans l’interview citée, face aux questions incisives de l’animateur, il a su aborder les thématiques avec profondeur et pertinentes nuances sur la nature de son engagement politique, ses relations avec certains leaders politiques (le président Biram Dah Abeid ou le professeur Outma Soumare) et ses initiatives liées aux contextes de l’écosystème politique de nombreuses années durant. L’homme de presse originaire de Dafort se définit comme un accompagnant et compagnon des principes et valeurs portés par de leaders et réfute implicitement le statut d’un suiveur obtus de qui que ce soit. Son mot d’ordre militant invite le personnel politique du Guidimagha à plus d’engagement sérieux sur du concret et sans manipulations des populations pour répondre à leurs aspirations diverses en termes de développement multidimensionnel.
J’ai beaucoup apprécié sa dialectique servie d’une belle dose d’empathie concernant la problématique de l’esclavage dans la communauté soninké. Faisant référence à quelques anecdotes, il se distingue valeureusement de beaucoup d’autres personnes (n’étant pas issues d’une extraction sociale servile) en indexant objectivement le Mal que constitue le statut d’esclave accablant amèrement certains membres de la communauté. Son approche est très différente de celle chez certains qu’on peut entendre ici et là consistant à ne pas admettre d’emblée le mal intrinsèque de l’appellation « esclave » et ses dérivés sociétaux. Ces gens peuvent s’exprimer sur la problématique en laissant entendre qu’on devrait arrêter l’usage du langage esclavagiste parce que les personnes visées ne veulent plus et non pour le caractère nuisible et avilissant de la tare en question. Ils se disent en eux-mêmes « on va laisser l’affaire malgré nous » et à la moindre occasion dans les enclos sociaux, ils n’hésiterons pas à raviver leurs mentalités et rassurer leurs subordonnés statutaires dans un brumeux parasitisme coutumier et féodalo-esclavagiste. Ainsi à propos, l’approche discursive de M. Camara Seydi Moussa dégage une nette sincérité qu’on peut y adjoindre son appel à une nécessaire conscientisation auprès des populations sur l’arsenal juridique consacré à la lutte contre l’esclavage et son apologie.
En ce qui concerne le vocable Ganbanaaxu, il y insère en substance une notion d’entente et de faire-bien ensemble dans la communauté et pas forcément une structure « khabila » (composante d’identité sociale). Je lui concède à la marge cette définition et j’essaierai de m’expliquer en conséquence. En effet, ces dernières années l’engagement d’éveil abolitionniste en milieux soninkés à travers le monde est porté et connu sous le mouvement Ganbanaxu (être égaux en dignité et en droits). Dans nos communautés qui fonctionnent avec une charpente sociale faite d’hiérarchies hermétiques et d’un suprémacisme structurel, les éléments sociaux (familles et membres militants Ganbanaaxu) qui ont rejeté les coutumes féodalo-esclavagistes et de subordination ont subi systématiquement beaucoup de brimades et de graves atteintes à leurs droits légitimes. Par exemple dans notre propre village Dafort, nous avons connu des expropriations des terres et diverses autres représailles décidées en comité villageois dans le but de contraindre les familles antiesclavagistes à renoncer à leur émancipation sociale. Les velléités de museler et de bannir les militants Ganbanaaxu se sont transformées en une opportunité idoine pour eux afin de s’organiser socialement et se prendre en charge par une relative autogestion restant à consolider. Les anciennes entités clanico-politiques ne peuvent plus être de références d’identification statutaire pour les familles Ganbanaaxu mises en une sorte de quarantaine, elles se sont choisi logiquement un référent traditionnel. À propos, on pourrait convoquer valablement la citation de T. Sankara : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère… »
Mon grand frère Camara Seydi Moussa est bien au fait plus que moi en la matière, les entités clanico-politiques en pays soninké ne peuvent intégrer dignement les personnes anciennement esclavagisées que si elles acceptent un éternel héritage de subordonnés statutaires dans le temps et dans l’espace. Ainsi, là où on parle de subordination sociétale et coutumière liée à une ascendance servile dans nos communautés, on subit moults discriminations dans l’échelle de valorisation sociale dans le matériel et dans l’immatériel. Les symboles liés au droit d’aînesse, à la chefferie coutumière et à l’imamat, on n’y aspire qu’en rêve parce que le régime est intrinsèquement verrouillé sans codes ni clés de déverrouillage, par conséquent sans vision concrète de s’auto réformer utilement. Je mets ici une récente contribution en support de mon présent avis https://ecrit-ose.blog/2025/04/13/%e2%97%8f-reflexion-et-societe-la-relation-esclave-maitre-ne-se-reforme-pas-elle-doit-etre-separee-pour-une-commune-utilite-publique-par-ks/ .
Ganbanaaxu comme une assise sociale d’une certaine manière « khabila », on ne l’entend pas comme une entité clanico-politique fermée et sectaire, mais plutôt une communauté d’appartenance et d’ouverture au sein de laquelle certaines valeurs sont en application et alignées aux textes fondamentaux de notre pays. C’est une aspiration à une pleine émancipation sociale et citoyenne arrimée au credo suivant : Ni maîtres ni esclaves de qui que ce soit.
La rubrique Le Grand Entretien du BLOG publie l’interview de Madame Coulibaly Mariam. L’entrepreneure et fondatrice de l’ONG Sah’Elles répond à nos questions ci-après. Nos vifs remerciements à elle pour la disponibilité.
● Question 1 : Bonjour madame Coulibaly Mariam, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Mariam Coulibaly : Bonjour, je vous remercie pour cette invitation. Je suis Coulibaly Mariam. J’ai eu la chance de faire mes études en France, où j’ai poursuivi un parcours académique atypique mais enrichissant. Après plusieurs expériences professionnelles, j’ai décidé de me réorienter vers l’entrepreneuriat, un domaine qui me passionne profondément. Dans cette perspective, j’ai repris une formation professionnalisante et obtenu un Diplôme Universitaire en Entreprises, un cursus équivalent à un niveau cadre, qui m’a permis de consolider mes compétences en gestion, en leadership et en stratégie entrepreneuriale.
Aujourd’hui, je mets cette double expertise académique et entrepreneuriale au service de projets porteurs de sens, notamment en faveur du leadership féminin en Afrique. Mon engagement est d’accompagner les femmes à prendre leur place, à révéler leur potentiel et à devenir des actrices du changement dans leurs communautés.
MC : Merci beaucoup pour cette mise en lumière et pour l’intérêt que vous portez à Sah’Elles. Sah’Elles est une ONG que j’ai fondée avec la volonté de contribuer activement à la transformation sociale du Sahel en plaçant les femmes au cœur du changement. L’idée est née d’un constat personnel et partagé : malgré leur potentiel immense, les femmes de la région sahélienne restent encore trop souvent en marge des dynamiques de développement. C’est ce qui m’a poussée à créer une structure capable de les accompagner, de les former et de valoriser leurs initiatives.
L’ONG Sah’Elles œuvre principalement pour le leadership féminin, l’autonomisation économique des femmes et la valorisation des savoir-faire locaux. Nos actions se déclinent à travers des formations, des accompagnements personnalisés, des événements communautaires (communautés des femmes leaders), mais aussi des plaidoyers en faveur des droits des femmes et de l’équité sociale.
Nous intervenons actuellement dans plusieurs pays du Sahel, notamment le Mali, le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée. Sah’Elles collabore avec différents partenaires institutionnels privés et associatifs qui partagent notre vision d’un Sahel plus inclusif, plus résilient et porté par ses femmes. Parmi nos actualités récentes, j’ai effectué un déplacement au mois d’avril 2025 à Bamako et à Nouakchott pour la rencontre des femmes leadership, la société civile et les associations. Cette visite de terrain m’a permise d’écrire un guide sur le leadership féminin en Afrique sahélienne, à destination des jeunes femmes engagées dans leur projet entrepreneurial qui sortira sous peu inchallah. Nous développons également des partenariats avec des acteurs locaux et internationaux pour étendre notre impact sur le terrain. Quant à nos perspectives, elles sont claires : renforcer notre présence dans la sous-région, multiplier les synergies et accompagner toujours plus de femmes dans leur parcours d’émancipation et de leadership.
● Question 3 : ne craignez-vous pas que votre initiative Sah’Elles puisse être perçue comme un activisme féministe à tendance clivante auprès des populations cibles?
MC : C’est une question légitime, et je vous remercie de la poser. Non, je ne crains pas que l’initiative Sah’Elles soit perçue comme un activisme féministe clivant, car dès sa création, nous avons fait le choix d’un féminisme enraciné dans le contexte sahélien, respectueux des réalités culturelles, sociales et religieuses des femmes avec lesquelles nous travaillons.
Sah’Elles ne cherche pas à opposer les femmes aux hommes, ni à importer des modèles extérieurs qui pourraient être mal compris. Notre démarche repose au contraire sur le dialogue, l’inclusion et la co-construction. Nous travaillons avec les ONG locales, en impliquant aussi bien les femmes que les hommes, les leaders traditionnels, les jeunes, les associations et les décideurs.
Notre objectif n’est pas de créer une rupture, mais d’ouvrir des espaces d’opportunité pour les femmes, de renforcer leurs capacités, et de valoriser leur rôle essentiel dans le développement du Sahel. Il s’agit de permettre à chacune d’entre elles de trouver sa place, de faire entendre sa voix et de contribuer pleinement au progrès collectif.
En résumé, Sah’Elles porte un féminisme de terrain, humaniste de cœur et pragmatique d’actions, qui rassemble au lieu de diviser.
● Question 4 : La communauté soninké est diversement traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles recommandations pourriez-vous émettre à l’endroit de la communauté pour régler les frictions sociales liées à certaines mentalités ?
MC : Effectivement, la question de « l’esclavage par ascendance » dans certaines communautés, y compris chez les Soninké, est une réalité complexe, douloureuse, et souvent tue, mais qui mérite d’être abordée avec lucidité et courage. En tant qu’actrice engagée pour la justice sociale et l’égalité des chances, je crois profondément que toute communauté a la capacité de se remettre en question, d’évoluer, de guérir et de soigner collectivement le passé. Cette crise sociale et sociétale n’est pas simplement une affaire d’individus, mais une question de valeurs, de dignité humaine et de vivre-ensemble.
Pour ma part, voici quelques recommandations pour en ce qui concerne cette sociale et sociétale:
1. Encourager une justice étatique équitable. Il faut aussi privilégier les mécanismes traditionnels de règlement de conflits, pour qu’ils soient en cohérence avec les lois nationales et les conventions universelles des droits humains. LA DIGNITÉ HUMAINE NE SE NÉGOCIE PAS…
2. Travailler avec les femmes comme vectrices de transformation sociale et éducative : Elles ont un rôle central dans la transmission des valeurs et dans la pacification des tensions. En leur donnant la parole, on accélère les prises de conscience.
En somme, il ne s’agit pas d’accuser ou de pointer du doigt, mais plutôt de privilégier la justice, l’égalité et la cohésion sociale. Le changement est fort possible, mais il viendra des hommes et des femmes qui composent la société. Si il est accompagné avec bienveillance, respect et conviction.
Je vous remercie…
Mariam COULIBALY Entrepreneur à Paris Présidente de l’ONG Sah’Elles en France.
C’est le débat qui domine l’espace médiatique malien. Dans un décret pris en conseil de ministres extraordinaire le 13 mai 2025, le gouvernement de transition a dissous tous les partis politiques ainsi que les organisations à caractère politique sur toute l’étendue du territoire malien. Le débat a fait couler beaucoup d’encre et de salives sur le plan juridique. Dans cette chronique, nous allons plutôt nous pencher sur les causes de cette dissolution en amont et ses conséquences en aval.
• Chronique d’une dissolution annoncée
C’est un euphémisme de dire que depuis l’avènement de la transition en août 2020, les acteurs politiques n’ont pas le vent en poupe. En effet, à tort ou à raison, les hommes politiques sont accusés d’être responsables de tous les maux qui minent notre société. Il faut dire que ce discrédit trouve un écho favorable au sein d’une bonne partie de l’opinion publique. Et le hic, dans cette situation, est que l’ancien premier ministre Choguel Kokalla Maïga, issu de la classe politique, a largement contribué à affaiblir ses camarades politiques. Se réclament des idéaux du Général Moussa Traoré, et donc aux antipodes du mouvement démocratique, il s’attaquait régulièrement aux acteurs de mars 1991. Croyant que ses diatribes pouvaient lui prévaloir les grâces des cinq généraux, il aura participé, sans le savoir, à sa propre mort politique ainsi que celle de ses camarades. Dans un article publié en avril 2024, nous qualifions Choguel de “dernier homme politique”. En effet, son rôle en tant que premier ministre était assimilable à celui d’un bouclier pour contrer les attaques venant de la classe politique notamment. Et après avoir affaibli les acteurs politiques, il n’y avait plus de menaces. Puisqu’il n’y a plus de menaces, le bouclier n’est plus nécessaire. Choguel est donc remercié en novembre 2024. Devenant ainsi le dernier homme politique à occuper de hautes fonctions sous la transition.
• L’harmonisation des agendas politique au sein de l’AES
L’autre principale raison qui explique la dissolution des partis politiques au Mali est d’ordre exogène. En effet, depuis le 16 septembre 2023, notre pays est membre de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) regroupant le Burkina Faso et le Niger. Cette nouvelle organisation confédérale n’est pas sans conséquence sur la politique intérieure de chacun des pays. Dans cette perspective, le Burkina Faso a été le premier à accorder un “mandat de 5 ans” au capitaine Ibrahim Traoré qui change de titre en devenant “Président du Faso”. Aussi, toutes les activités des partis politiques sont interdites au pays des hommes intègres depuis plus de deux ans. Ensuite, ce fut le tour du Niger d’élever le général Tiani en tant que “Président de la République” avec un “mandat de 5 ans renouvelables”. Plus qu’une suspension des activités, toutes les formations politiques nigériennes ont été dissoutes à l’issue des assises nationales tenues en février dernier.
Jamais deux sans trois, le Mali emboîte le pas quelques mois plus tard. S’il est vrai que l’avenir des partis politiques a occupé le débat public au Mali depuis les Assises Nationales de la Refondation (ANR) en décembre 2021,leur dissolution pure et simple ne faisait pas partie des options envisagées. Difficile donc de ne pas y voir une corrélation avec ce qui se passe dans les autres pays de l’AES.
• Les partis dissous et maintenant ?
Si la mise au banc des formations politiques au Burkina et au Niger s’est passée sans encombre, cela n’a pas été le cas au Mali. En effet, voyant leur mort politique venir, les acteurs politiques au Mali sont vite montés au créneau pour dénoncer une mesure qualifiée d’anti démocratique. Cette différence peut s’expliquer de deux manières. D’une part, l’avènement de la démocratie et du multipartisme au Mali s’est fait au prix du sang suite aux événements de mars 1991. Par conséquent, l’opinion publique malienne attache un prix au pluralisme politique. Aussi, pendant trentes ans, des élections sont régulièrement organisées au Mali au point que ce pays était un moment vu comme un modèle démocratique. D’autre part, la classe politique et les organisations de la société civile au Mali semblent être mieux organisées et structurées qu’au Burkina et au Niger.
A présent, deux visions s’affrontent dans l’opinion publique. Il y a d’un côté ceux qui estiment que cette mesure de dissolution permettra d’assainir l’espace politique en réduisant considérablement le nombre de partis et en revitalisant l’action politique. Au contraire, d’aucuns estiment qu’il s’agit d’une mesure qui porte atteinte aux acquis démocratiques et sape la mémoire de celles et ceux qui ont lutté pour l’avènement du multipartisme. Sous un autre angle, à l’heure où une nouvelle prolongation de la transition est envisagée, certains estiment que c’est une manière pour les autorités de transition de se débarrasser de potentiels contestataires que sont les hommes politiques.
En tout état de cause, il est important de souligner qu’un Etat ne saurait être dirigé sans politique. S’il est nécessaire d’assainir l’espace politique, il faudra se garder de jeter l’eau du bain avec le bébé! L’absence totale de partis pourrait pousser certains acteurs politiques à entrer dans la clandestinité. Loin d’être un handicap, la multiplications d’opinions est l’occasion pour les décideurs de faire la somme de meilleures idées au bénéfice du pays. Quoi qu’il arrive, cette dissolution va inéluctablement modifier le paysage politique malien. En bien ou en mal ?, l’avenir nous le dira !
Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique.
On y est presque ce besoin de souverainisme fourre-tout qui risque de virer en une domestication « godillot » sans freins des espaces politiques dans ces 3 pays (Le Burkina Faso, Le Mali et le Niger). Des professionnels de l’armée qui soient valablement patriotes politisés sont d’une grande utilité nationale pour tout État sérieux. Les complications rédhibitoires agissent quand la force armée se sert de faux drapeaux en s’accaparant exclusivement du champ politique. Ces faux drapeaux se manifestent par l’arrivage collusif d’une clique d’opportunistes et la fabrique d’une opinion publique hysterisée. L’opportunisme issu d’une cooptation peu lisible pour composer des organes institutionnels domptés (CNT, assises sous contrôle, associations et clubs « amis », clanismes…) et l’hystérisation d’une masse populaire qui préfère les passions excessives à la place d’une activité mesurée du cérébral. Ainsi, on préjuge par carences de lucidité sur les données à court, à moyen et à long terme. Par effet contradictoire, les esprits qui évitent l’ambiance des cris « singés » compulsifs et appellent à un jugement réflexif en dissociant les contextes et les textes s’il le faut ou en les associant s’il le faut également. Non… ce sont ceux qui disposent du support du prince du moment qui semblent gagner les manches phasiques en cours. Au Burkina Faso, le jeune capitaine Ibrahim Traoré laisse son volontarisme attirant débordé par un élan systémique arrogant qui tend à exclure les autres expressions politiques, https://lobservateur.info/article/111245/afrique/burkina-faso-traore-obtient-un-mandat-supplementaire . Au Niger, le désormais général d’armée A. Tiani est plébiscité lors d’une structuration politicienne générée sous ses ordres et s’offre sans consultation électorale un mandat de 5 ans renouvelable, https://www.aa.com.tr/fr/afrique/niger-abdourahamane-tiani-investi-pr%C3%A9sident-de-la-r%C3%A9publique-pour-un-mandat-de-5-ans-renouvelable/3520505. Et le troisième pays de l’AES, le Mali sous un autre « new » général A. Goïta et ses camarades après quelques timides hésitations, rejoint le club militariste avec la dissolution expresse des partis politiques et des associations à caractère politique, https://www.bbc.com/afrique/articles/c057pym5npno. La coupe est pleine en termes de rétrécissement du champ politique dans ces 3 pays qui composent l’Alliance des Etats du Sahel. L’alibi « sécurité » vaut et tient beaucoup dans le narratif vendu et servi à une certaine opinion suiviste. Une certaine binarité s’installe accablant les milieux politiques classiques (civils) qui animaient la vie démocratique et érigeant les militaires et leurs suiveurs et officines civils comme une émanation messianique d’une voie exclusive de salvation.
On y va à coups de révisionnisme obtus en trame de fond et l’ennemi essentialisé est tout trouvé : le multipartisme et la diversité des opinions. Au Mali, on compte abattre l’héritage héroïque du mouvement démocratique (Étudiants et Syndicats) qui provoqua la chute du général dictateur Moussa Traoré et son parti unique d’antan l’Union démocratique du peuple malien (UDPM) en mars 1991.
Les logiques visionnaires avec l’institution de l’AES sous un régime confédéral au ton panafricain dans cet espace déstabilisé par l’hydre nébuleuse de l’extrémisme violent dit jihadiste, sont à saluer et à encourager. Un jugement de valeur et d’espoir qui ne doit empêcher aucunement une prise de recul par rapport aux rigidités unilatérales et clanistes en gestation autour et dans les pouvoirs militaires en place actuellement.
L’avenir rassurant passe nécessairement par une dynamique d’élévation commune par les intelligences partagées et les expressions inclusives.
Le GEB ( Grand Entretien du BLOG) vous revient cette semaine avec une interview accordée par une figure consciencieuse du milieu associatif mauritanien en France. En la personne de M. Boubacar DIAKITE, ancien cadre de l’association l’EED et président fondateur de l’association Nouvelle Génération de Coumbandao (NGC). Il nous a brossé ses vues sur différentes thématiques ouvertes par nos questions. Nos vifs remerciements à son endroit pour la disponibilité et lui souhaitons une fructueuse continuation dans ses projets. Ci-après l’entretien :
● Question 1 : Bonjour monsieur DIAKITE Boubacar, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)
Boubacar DIAKITE : J’ai intégré l’école de Coumba Ndao quand j’avais 7 ans. Je suis en scolarité primaire jusqu’à la sixième année. J’ai passé l’examen d’entrée au collège en 1998. J’ai obtenu la deuxième position au niveau de toute la Mauritanie avec une moyenne de 145 sur 150 points.
J’ai commencé mes études au collège à Sélibaby également en 1998. Jusqu’à ma quatrième année, j’ai séjourné à Nouakchott en 2002. Commencer mes études dans le lycée national, puis poursuivre à Diokhmadiya. J’ai passé le baccalauréat en 2007, mais je ne l’ai pas réussi.
Peu après l’échec de mon baccalauréat, je me suis lancé dans une aventure en Espagne en 2007. Arrivé en Espagne, je me suis inscrit à l’Université d’Almería, dans le département de français, pour suivre des cours en diplomatie internationale. Présent en France depuis 2009, je poursuis un CAP au sein de l’établissement sanitaire et social. J’ai axé ma spécialisation sur le développement durable. Je suis présentement gestionnaire de résidence au sein d’un organisme HLM. Président fondateur de l’ONG NGC.
● Question 2 : vous avez été remarqué avec l’équipe de l’association l’EED (Ensemble pour l’Espoir et le Développement) par le passé, aujourd’hui vous dirigez l’association NGC (Nouvelle Génération de Coumba Ndao), que pouvez-vous nous dire sur son expérience d’acteur associatif ?
BD : Effectivement, c’est en 2016, aux premières heures de L’eed, que j’ai rencontré Waly Diawara, le président fondateur dont vous avez sûrement entendu parler. J’ai déjà occupé le poste de président de l’association NGC, que je préside actuellement. Il m’a persuadé de participer au projet communautaire pour tout le Guidimagha, donc je suis très impliqué dans le développement de cette région. Le projet m’a captivé, je me suis investi pleinement. J’ai occupé le rôle de porte-parole et de président du pôle international jusqu’en 2020, année où j’ai remis ma démission. Le concept était bon, mais hélas, c’est la gestion finale qui posait des difficultés. Je dirais néanmoins que c’était une expérience enrichissante. Malgré la brièveté de mon séjour au sein de l’eed, nous avons réussi à être bénéfiques pour la communauté en général.
● Question 3 : pouvez-vous nous présenter l’association Nouvelle Génération de Coumba Ndao (NGC) et ses activités phares ?
BD : Notre association NGC (nouvelle génération de Coumba Ndao) créée le 06/09/20210 a pour ambition d’œuvrer activement dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’environnement etc. il a pour but de rapprocher les jeunes de Coumba Ndao, afin de travailler ensemble pour récolter des fonds et participer au développement du village. C’est-à-dire, contribuer à fournir des matériels agricoles, scolaires, sanitaires et favoriser l’aide au développement sur le plan culturel, sportif, économique et éducatif de Coumba Ndao. Durant ces derniers mois, nos différentes actions ont permis de mesurer l’importance de notre présence au sein de la commune Diogountouro (Mauritanie) comme l’aide médiale YONKI (LA VIE) à Coumba Ndao. Depuis le 3 octobre 2022 nous avons donné une carte santé à 100 personnes les plus vulnérables dans le village de Coumba N’dao (Mauritanie), leurs frais de santé sont désormais pris en charges à 100% par L’ANGC, 38 personnes en situations de handicap 62 personnes, hommes et femmes seul (es) sans aucune ressource. La prise en charges des frais d’accouchements de toutes les femmes dudit village qui a rencontré un vif succès. Dans la suite de notre projet « YONKI » (la vie) nous avons souhaité mettre en avant la prévention et la sensibilisation de la population afin d’adopter les bons comportements pour minimiser certains problèmes de santé courants. Du 26 au 29 décembre 2024, nous avons tenu une caravane médicale qui nous a permis de consulter 1457 personnes. En 2025, une machine d’échographie a été mise en place, accompagnée de l’électrification du poste de santé. Un réservoir d’eau a été consolidé afin de garantir un approvisionnement constant en eau pour le village. Des poteaux solaires ont été mis en place à des endroits clés du village. Ces réalisations font partie du projet Yonki mené par l’ONG NGC.
● Question 4 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?
BD : Nous devons porter une attention spéciale à la question de l’immigration, notamment celle qui est illégale, qui constitue un véritable fléau. Surtout nous, les immigrants, avons notre part de responsabilité : non seulement nous sponsorisons leur départ, mais en même temps nous ne révélons pas la vraie nature de ce que nous vivons ici. Récemment, le Guidimakha traverse une période de deuil à la suite du décès d’un grand nombre de ses membres. En ma qualité d’acteur de la société civile, j’avais suggéré au député de la diaspora de s’occuper d’une salle pour organiser une conférence dédiée à la sensibilisation, hélas.
Par exemple, en France : Selon la loi, un immigrant sans papiers (clandestin) n’a pas le droit de demeurer sur le sol français. Cependant, il peut être trouvé en format cachette en France. Si jamais il a la possibilité de rester ici quelques années, il lui faudra entre 5 et 10 ans pour obtenir une carte de résident.
Nous parlons d’adultes, donc de ceux qui arrivent en France, et qui sont souvent âgés de plus de 30 ans. Que fais-tu dans les dix ans précédant ton arrivée ? Dix années gaspillées. Et c’est à l’âge de 40 ans que tu vas entamer ta carrière professionnelle. Il est indéniable que beaucoup n’ont jamais vécu de circonstances similaires, c’est pourquoi il serait erroné de blâmer l’immigration. Cependant, je reste convaincu que l’immigration ne représente pas une solution viable ! Il s’agit plutôt de l’immigration illégale, tentant de traverser la mer pour rejoindre l’Europe à tout prix en espérant trouver une existence plus favorable que celle que tu as déjà connue. Cela est souvent loin d’être le cas. En Afrique, certains continuent d’ignorer que l’Europe n’est plus le paradis qu’elle était. Ils voient leurs proches, frères, sœurs, cousins, etc., arriver avec de l’argent, bien habillés et propres, menant une vie qui semble enviable. Cependant, ils ne partagent pas les défis et les souffrances qu’ils ont traversés pour parvenir à cette existence « belle ». Combattre l’immigration illégale, il ne suffit pas de parvenir à des accords entre pays ou entre institution et entité, etc. On doit d’abord s’attaquer à la source. Il faut d’abord comprendre pourquoi ces personnes mettent leur vie en péril. En dépit de nombreux décès, cela n’a pas découragé les potentiels candidats. Il y a un souci.
L’éducation devrait être la priorité dans les pays d’origine. Il est indispensable que les écoles soient systématiquement accompagnées de centres de formation pour offrir aux jeunes une perspective et leur faire prendre conscience qu’ils peuvent réussir sur place. Tant qu’il n’y a pas d’espoir ni d’aventure pour la jeunesse. Ils n’ont d’autre choix que de recourir à l’immigration pour aspirer à une vie meilleure qui n’est cependant pas de tout repos.
En ce qui concerne l’aspect économique, un investissement conjoint de la diaspora dans les zones où l’immigration clandestine est la plus probable serait bénéfique. La contribution de la diaspora est considérable si celle-ci se rassemble pour des initiatives communes en vue de créer des postes de travail dans les villages eux-mêmes En matière de placement dans l’agriculture, il est nécessaire d’utiliser des équipements appropriés. L’automatisation de l’agriculture pour créer des emplois respectables et améliorer les conditions de vie. Nous avons une obligation de transparence et de vérité envers nous-mêmes et envers autrui en révélant la réalité. Je me demande, est-ce que ça vaut vraiment le coup de mettre sa vie en péril dans la mer pour se retrouver à galérer encore plus en Europe ? La réponse est non.
Voyagez lorsque c’est nécessaire, explorez le monde, mais pas en cachette. NON À L’IMMIGRATION ILLÉGALE PAR VOIE MARITIME. J’ai écrit un récit donc le titre «Trajectoire d’un immigrant en situation irrégulière».
● Question 5 : La communauté soninké est traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des pistes de réflexion nécessaires pour gérer et dépasser les frictions qui peuvent en découler ?
BD : Selon eux, l’esclavage héréditaire au sein de la communauté Soninké était une mesure instituée pour assurer une gouvernance efficace de leur communauté à cette époque. Qui n’était pas lié à l’esclavage, conformément aux préceptes de l’Islam. Le temps a changé, les consciences se sont éveillées. Ce système de gouvernance s’est transformé en un moyen de classification sociale, communément appelé classes sociales, qui peuvent être assimilées à des castes, supérieures et inférieures. Il est impératif que chaque individu ne se considère ni inférieur, ni supérieur à autrui. Il faut surtout préciser que nous connaissons les textes sacrés, nous croyons en eux et nous les mettons en pratique, puisque nous faisons références à ces textes. Jusqu’à l’émergence du mouvement ganbanaxu, qui favorise la prise de conscience et la réconciliation entre les êtres vivants, sans se considérer supérieur ou inférieur à autrui. Il nous faut rester unis afin de mettre en œuvre ce qui nous unit et laisser de côté ce qui crée des divisions ou des obstacles entre nous. Un autre courant émerge pour s’opposer au mouvement ganbanaxu, nommée démocratie, avec l’apparition de WhatsApp qui est arrivé à point nommé et a été utilisé par les gens pour engendrer une animosité sans précédent entre des individus cohabitant malgré leurs différences dans le respect. Un conflit a surgi. Une fois qu’un conflit éclate, on peut dire que les esprits sont échauffés. À ce stade, on ne pourrait pas envisager une réconciliation. Cependant, à mon avis, garder le silence serait la meilleure option. Actuellement, on peut envisager une réconciliation à travers un dialogue empreint de respect. Le mouvement ganbanaxu, dont le nom signifie que nous sommes tous semblables, doit être à l’origine de ce débat. Il démontre non seulement que leur mouvement n’est pas destiné à créer des divisions, mais plutôt à promouvoir la communication et l’absence de vengeance. Pour une concordance Il faut faire un compromis. D’après le mouvement ganbanaxu, leurs trois principales revendications sont les suivantes. Il faut savoir que : La chefferie, L’imamat Et l’union entre différentes castes. Comme nous le savons tous, ces pratiques ont existé dans notre vie en société à l’époque. Tout le monde a peut-être été d’accord, soit par ignorance, soit par tolérance, ou même par nécessité. Cependant, dans le contexte actuel, il n’est plus envisageable de persister dans ces pratiques. Le changement est indispensable, mais doit se faire avec douceur, sans violence, rancœur ou haine. Engageons une discussion respectueuse avec des concessions mutuelles pour trouver une solution et sortir notre communauté de cette situation qui nuit à tous.
Dans mon livre « l’aventure inimaginable » j’ai détaillé l’origine de cet esclavage dans le milieu soninké.
Affaire « esclavage » afro vs afro gêne énormément beaucoup de monde intello Noir. Le narratif habituel charge sans filtres les traites extérieures (transatlantique et timidement trans-saharienne). Un certain antiracisme subit relativement ce même process par lequel les xénophobies ethno-raciales entre Noirs sont mises en sourdine avec beaucoup de mauvaise foi et un focus échappatoire va s’intéresser sur la binarité « Blancs méchants contre Noirs victimes« .
Parfois le cas mauritanien est tellement parlant : l’activisme « Che Guevara » de certains à Nouakchott est très loin de leur ancrage sociologiquement suprémaciste et féodalo-esclavagiste dans leurs communautés et dans leurs villages d’origine. Nos compatriotes et frères arabo-berbères sont très renseignés de ces réalités qui nous traversent. Et également… nos frères haratines engagés le savent bien, un leader haratine de dimension politique nationale qui conteste le système avec véhémence sait très bien la représentation qui est faite insidieusement de « l’individu haratine » dans les imaginaires chez les communautés négro-mauritaniennes (hors haratines). Par opportunisme et petits calculs dans l’arène politique, on essaie de faire abstraction provisoirement de ces prismes et on prêche dans l’intra-communautaire un raidissement de positions identitaires foncièrement communautaristes peu avouables publiquement.
Chaque communauté ou milieu n’accepte une révolution pour des droits socialement universels qu’en dehors de ses frontières ethno-raciales. Dans la problématique en termes de carences d’état de droit et d’égalité sociale en Mauritanie, nous y cachons beaucoup de sous- problèmes qui s’avèrent bloquants pour une cohérence militante transversale et intersectionnelle. Ainsi dire, nos militantismes doivent être évalués entre autres par ce qu’on ose revendiquer et proposer de potablement progressiste et juste à l’échelle nationale et d’en faire pareillement dans notre enclos communautaire d’abord. C’est une Mission essentielle. C’est inacceptable la culture d’une hiérarchisation entre les régimes oppressifs, qu’ils soient du fait étatique ou intra-communautaire.
Un exercice remémorant peut tenir lieu d’un utile témoignage pour notre communauté militante d’appartenance ainsi qu’à l’endroit de l’opinion publique. L’Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de la Pratique de l’Esclavage ses Séquelles (ARMEPES-France) a compté amplement dans mon cheminement militant pour la défense des droits humains. J’avais assisté courant 2011-2012 pour la première fois à une réunion d’information et de sensibilisation de l’association au sein d’un foyer parisien (Rue de la Fontaine au roi ou rue desargues). Impératif professionnel oblige, je n’avais pas pu rester jusqu’à la fin, mais ce jour et les échanges observés et entendus entre les responsables initiateurs et l’assistance m’ont touché à fond. J’y avais détecté un matching idéologique idoine (une correspondance) avec des idéaux enfouis en moi depuis ma jeunesse. Les hommes présents âgés pour beaucoup de plus de 45 ans, très motivés, prêchaient pour l’égalité sociale et une prise de conscience collective à l’endroit de la communauté soninké. L’objectif clé : il faut oser aborder nos tares sociales et les éradiquer. Ainsi, un tabou était brisé publiquement et surtout collectivement pour un monde des tabous (soninkara) au sein duquel les pratiques et les comportements doivent être imités, mimés, suivis et surtout transmis pour perpétuer une structure sociale globale qui allie insidieusement interdépendance, fonctionnalité et subordination. En résumé, un conditionnement bien tenu qui a un génie coriace d’être même voyageur avec les éléments sociaux. Les Hommes ne se valent pas au village et ici dans les foyers à Paris ou à Barcelone… on y tâche de reproduire les mêmes schémas. Donc… la révolte ou l’élan révolutionnaire était attendue le temps passant, l’initiative associative avec la création d’Armepes-France en 2010 fut le déclic collectif qui allait marquer à jamais la communauté soninké…notamment avec la massification militante enclenchée par le Forum-mouvement Ganbanaaxun Fedde (créé le 5 octobre 2016 par M. Gaye TeneTraoré, à l’époque SG d’Armepes-France).
Et, avant cette occasion pionnière pour moi, un grand-frère et compatriote originaire du Guidimagha, M. Moussa Traoré m’avait parlé brièvement de cette association lors d’un événement militant de la diaspora à Paris (une manifestation ou un sit-in). Je tiens à manifester ma fraternelle reconnaissance à lui et à d’autres frères et camarades connus dans le sillage de cet engagement humaniste. Dans ce réseau social Facebook, notre contribution s’était inscrite courageusement dans une dynamique de communication et de sensibilisation pour un changement de mentalités dans nos communautés. Avant 2016, je ne tenais aucune position attitrée dans l’instance dirigeante de l’association Armepes, mes activités étaient logées dans le registre d’un militantisme électron-libre et passionné par la chose ou la sauce médiatique. Notre première contribution diffusée en septembre 2013 avait été signée avec la mention membre de l’Armepes-France… lire http://www.soninkara.com/societe/organisation-sociale/contribution-la-fierte-soninkaxu-en-questions.html. Un élément qui avait été repris en format papier dans « La Nouvelle Expression » (Numéro 190 du 30 septembre 2013) du journaliste mauritanien M. Seydi Moussa Camara qui se distingue par une plume engagée et progressiste.
Par la suite l’option d’un Blog https://ecrit-ose.blog/ s’est opérée très naturellement courant 2014. Une plateforme d’apprentissage qui m’était devenue nécessaire et dédiée à communiquer et à faire passer avec nos moyens (qui restent perfectibles) les contenus d’un plaidoyer militant à l’opinion publique la plus large possible.
Mon intégration à l’instance exécutive de l’association a débuté en novembre 2016 parmi l’équipe chargée de la communication, et mon interview en 2020 chez RMI-info.comhttps://rmi-info.com/entretien-de-rmi-avec-koundou-soumare-de-ganbanaaxun-fedde/, est un élément de référence liée à la fonction occupée. De 2016 à 2024, j’ai apprécié et beaucoup appris humainement et intellectuellement au sein d’une belle équipe dirigeante dynamique et motivée avec nos facilités et nos limites pour une grande et laborieuse Mission. Cette Cause humaniste pour l’égalité sociale et citoyenne au sein de nos communautés et par extension dans nos pays. La vedette étant et restant la CAUSE, mon approche est la suivante : tâchons d’accepter en toute modestie notre ancrage comme un maillon d’une frise temporelle d’un cheminement militant. Sans le Tout dans sa globalité et aussi dans sa complexité, l’élémentaire devient dérisoire et peu porteur au final.
Le 8 décembre dernier, nous avons choisi un nouveau président, mon frère et camarade M. Aboulaye Traoré, voir https://ecrit-ose.blog/2024/12/08/%e2%97%8f-lassemblee-generale-darmepes-france-lelection-dun-nouveau-president/. Ce samedi 26 avril 2025, lors d’une assemblée générale, la nouvelle équipe exécutive a été dévoilée et j’attendais cette étape importante franchie pour diffuser la présente communication en guise d’un testament militant d’étape. Mon choix de prise de recul et de recentrage sur sur d’autres champs, avait été compris par notre nouveau président. À qui et à sa nouvelle équipe, je leur souhaite un fructueux mandat pour la poursuite et la réalisation de nos objectifs visionnaires d’utilité sociale et communautaire pour l’avenir d’un vivre-ensemble soninké autre qu’un suprémacisme social foncièrement nuisible, intégriste et conflictogène.
Et, militant, je le suis… je le resterai désormais en simple élément parmi la vaillante communauté militante. Je m’autorise un brin d’humour en annexe, à ces personnes qui ont l’habitude d’exploiter les contenus du Blog et nos noms in texto auprès des services de l’asile, elles doivent faire gaffe….parce que nous changeons également. Les confessions et les indiscrétions ne manquent pas venant de ce milieu à services en coulisses. Comme ce ressortissant soninké du Guidimagha me disant, grand « j’ai cité ton nom lors de mon entretien à l’Opfra« . Et ces services administratifs passent occasionnellement faire quelques courses dans nos données en ligne.
Le BLOG https://ecrit-ose.blog/, notre Blog reste ouvert comme un portail communicationnel avec responsabilité et crédibilité au besoin de la CAUSE.
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