En ce moment crucial de notre histoire, le Mali a besoin d’une parole forte, d’une parole de vérité, et d’une parole de responsabilité.
Notre nation affronte des défis économiques, sociopolitiques et sécuritaires d’une gravité exceptionnelle. Mais à ces défis s’ajoute un autre combat essentiel : celui des droits humains. Aucun progrès durable, aucune stabilité réelle, aucune paix solide ne peut naître là où la dignité humaine est ignorée ou sacrifiée.
C’est pourquoi nous devons dire les choses avec clarté : les autorités ont la responsabilité de regarder en face la réalité du pays. Les indicateurs économiques sont fragiles.
Le tissu social est mis à l’épreuve. Les libertés publiques, la justice, la sécurité des citoyens et la lutte contre les violences doivent redevenir des priorités absolues. Ce n’est pas de la contestation : c’est une exigence de démocratie, de vérité et d’humanisme.
Le Mali n’a plus besoin de slogans.
Le Mali n’a plus besoin de propagande. Le Mali a besoin d’un discours franc, d’une parole qui ne cache pas les difficultés mais qui propose des réponses courageuses et crédibles.
La confiance ne se décrète pas : elle se construit par la transparence, par l’intégrité et par le respect scrupuleux des droits humains.
Et au-delà du présent, il nous faut déjà préparer l’avenir. Car après le temps du pouvoir militaire comme après tout système politique nous devrons être capables de nous regarder dans les yeux, sans haine, sans vengeance, sans esprit de revanche. C’est à cette condition que la réconciliation sera possible. C’est à cette condition que la dignité sera restaurée. C’est à cette condition que le Mali pourra se relever.
Semons dès maintenant cette culture de respect, de justice et de vérité. Défendons les droits humains comme un socle inébranlable, non pas contre l’État, mais pour l’État, pour le peuple, pour la paix. Car un pays qui protège la dignité de chaque citoyen se protège lui-même.
Le Mali est notre héritage commun. Il est notre devoir, notre responsabilité et notre honneur de le défendre sans haine, mais avec fermeté ; sans peur, mais avec lucidité ; sans mensonge, mais avec courage.
Et c’est ensemble unis, dignes et résolus que nous construirons un Mali où chaque enfant, chaque femme, chaque homme pourra vivre libre, en paix, et respecté dans sa pleine humanité.
Certains ont comparé l’ordre et la discipline urbaine de certaines villes asiatiques à l’application d’une logique d’inspiration coranique : celle d’une rationalité ordonnée, d’une harmonie collective née du respect de principes supérieurs. Mais cette référence, souvent réappropriée à des fins politiques ou culturelles, témoigne d’un paradoxe : l’Islam, religion de raison et de justice, semble parfois absent des réalités sociales et politiques de ceux qui s’en réclament.
C’est pourtant sur des préceptes d’ordre, d’équité et de dignité que s’est fondée la Révolution torodo au Fouta-Toro, où Ceerno Souleymane Baal chercha à ériger une société islamique équilibrée une cité où chaque caste tirait sa dignité du travail, où la femme était respectée comme gardienne du lien social, et où l’esclavage fut combattu comme une offense à la justice divine. Ceerno, fidèle à l’école malikite, sut unir la lecture littérale du Coran à l’exigence rationnelle. Il démontra que la fidélité à la Révélation n’exclut pas la lucidité politique, et que la spiritualité, loin d’être un refuge, est un acte d’ordre et de construction.
Le premier verset révélé au Prophète » Lis ! » (Iqra’) n’est pas une simple injonction littérale. C’est une ordonnance ontologique : un appel à la connaissance, à la quête de sens, à la compréhension du monde comme condition humaine. Lire, c’est déchiffrer le visible et l’invisible, c’est participer à l’acte divin de compréhension. La tradition islamique a toujours lié la foi à la connaissance (ʿilm), et la connaissance à la dignité. Le Coran évoque d’ailleurs la création du calame et de la tablette, symboles de la mémoire et de la pensée. Le musulman est ainsi appelé non seulement à croire, mais à penser le juste, à aimer la vérité et à agir selon la raison éclairée par la foi.
Dès lors, que signifie le silence des juristes religieux lorsque l’ordre public est bafoué, que l’égalité sociale s’effondre, que la corruption dévore les institutions ? Que signifie ce mutisme quand les prêches ne sont plus entendues, ou quand elles sont écoutées pour être aussitôt oubliées ? Ce silence devient plus qu’un désengagement spirituel : il est la marque d’une démission morale. Est-ce le signe d’une foi de façade, d’une passivité devant le chaos, ou le produit d’une éducation religieuse biaisée qui a détaché la foi de la cité, la conscience du politique, la prière de la justice ?
Car lorsque les savants se taisent, le vide qu’ils laissent est aussitôt comblé. Ce silence des fuqahāʾ ouvre un espace que d’autres s’empressent d’occuper : des activistes, sincères parfois, mais souvent emportés par la colère plus que guidés par la connaissance. Ils se croient porteurs d’un langage de vérité, mais leurs voix, nourries d’indignation plutôt que de science, finissent par déformer ce qu’ils prétendent défendre. Ils brandissent la justice sans en comprendre la mesure, s’érigent en juges sans la rigueur du droit, parlent au nom du peuple sans la sagesse de la loi. Ainsi, le déséquilibre s’installe : la parole du savant, qui aurait pu apaiser, structurer et élever, est remplacée par le cri du militant qui divise, blesse et consume. Et lorsque la colère tient lieu de pensée, la justice elle-même devient aveugle.
Dans des États qui se proclament islamiques, ce silence n’est pas seulement religieux : il devient institutionnel, étatique, moral. Les conseils religieux, souvent intégrés aux appareils du pouvoir, préfèrent l’obéissance à la vérité, oubliant que la mission du savant est d’être miroir du juste, non paravent du prince. Ce silence, c’est celui d’une conscience qui abdique. Et cette abdication ouvre la voie à la confusion : entre foi et idéologie, entre engagement et agitation, entre l’appel au bien et la soif de visibilité.
Pourtant, le fiqh originel n’a jamais été un droit du silence. Il était une pensée dynamique, ouverte sur la raison et sur le changement des temps. Les juristes malikites rappelaient que le changement des coutumes entraîne le changement des jugements : la loi ne se fige pas, elle s’adapte pour préserver l’équité. L’ordre islamique véritable n’est pas celui d’une immobilité, mais d’un équilibre : celui d’une justice sociale et morale, d’une préservation de la dignité humaine, d’une paix intérieure qui se prolonge dans la cité.
Le mutisme du savant face à l’injustice équivaut à la démission du témoin, car le témoignage du vrai (shahāda) est le prolongement de la foi. Celui qui se tait devant l’oppression participe à son maintien. Le rôle du fiqhi n’est pas de bénir l’ordre établi, mais de rappeler que la cité de Dieu n’est pas celle des puissants, mais celle de la justice.
L’Islam, dès ses origines, a proposé une vision cosmique du monde. Le Coran évoque les étoiles, les galaxies, l’expansion du ciel bien avant que la science moderne n’en formule les lois. Cette ouverture au cosmos traduit une conception unifiée du savoir : l’homme, en connaissant, participe à l’ordre divin. Aujourd’hui, cette dimension rationnelle et contemplative s’est dissoute dans une pratique fragmentaire où la religion devient un refuge identitaire plutôt qu’un projet de civilisation. Beaucoup cherchent dans l’islam un apaisement spirituel sans y puiser une éthique du monde.
Mais la véritable foi, celle qu’incarnait Ceerno Souleymane Bal, consiste à faire régner la justice dans la cité. Refuser la justice, c’est trahir la volonté divine. Le fiqhi qui se tait face à l’oppression ne manque pas seulement à sa mission : il rompt le pacte du savoir et du juste. Et c’est alors la raison ce don premier de Dieu qui s’éteint dans le vacarme du monde.
Dans les États islamiques contemporains, où les textes juridiques mêlent droit moderne et droit religieux, le fiqh pourrait redevenir une source d’équilibre et d’inspiration. À travers une lecture rationnelle du Coran et une compréhension renouvelée de ses finalités, il peut aider les magistrats à replacer le souci du juste au cœur de leur fonction. Car juger, dans la perspective islamique, n’est pas seulement appliquer la loi : c’est rechercher la vérité avec équité, préserver la dignité humaine et restaurer la balance morale du monde. En réconciliant la rigueur du droit avec la lumière de la raison coranique, le fiqhi peut encore inspirer des textes plus justes, des décisions plus équilibrées et une justice plus conforme à la noblesse de l’esprit islamique.
La Mauritanie par exemple alliant droit islamique et moderne dans ses cadres normatifs aurait pu être un bastion de la pensée rationnelle islamique, le lieu d’un rééquilibrage inspiré par le fiqh, aussi bien dans son paysage législatif que dans l’action des acteurs sociaux et politiques. Son histoire ne manque pourtant pas d’exemples où la rigueur religieuse s’alliait à la justice politique : l’héritage de l’empire du Ghana, l’expérience réformatrice du Fouta, ou encore Chinguetti, temple du savoir et carrefour des sciences religieuses. En renouant avec cette tradition, la Mauritanie aurait pu rappeler au monde musulman le socle vivant de la science juridique islamique une science qui ordonne la cité, éclaire la raison et élève la justice.
Ainsi, dans le cadre républicain mauritanien, il serait possible de concevoir un projet institutionnel qui réconcilie la foi et la raison autour d’un même horizon éthique : celui de la justice, du savoir et de la dignité. L’éducation nationale, pierre angulaire de la conscience civique, devrait devenir l’espace privilégié où se tisse ce dialogue entre la science et la Révélation. Non pas pour confondre les domaines, mais pour leur restituer leur complémentarité : la foi, comme source de valeurs et d’équilibre moral ; la raison, comme instrument d’exploration du monde et de progrès collectif. Un tel plan pourrait intégrer, dans les curricula, une pédagogie de la justice sociale inspirée des principes coraniques d’équité et de solidarité, tout en renforçant la formation scientifique et cosmologique comme acte spirituel de connaissance. Il s’agirait aussi de développer des programmes de prévention intellectuelle contre les idéologies extrémistes, en opposant à la radicalité la rigueur du fiqh, à la haine la lumière de la connaissance, et à la confusion des discours la clarté d’une raison éclairée par la foi.
Mais au-delà de l’éducation, la pensée islamique elle-même doit être reconstruite, non dans une rupture avec la tradition, mais dans une fidélité intelligente à son esprit de raison et de justice. L’ijtihād effort d’interprétation et la maṣlaḥa recherche du bien commun doivent redevenir les instruments centraux d’une pensée islamique vivante, capable de dialoguer avec les réalités sociales contemporaines. Ces mécanismes, loin d’être figés, peuvent nourrir un projet de réunification nationale, en fondant la cohésion non sur l’ethnie ou la région, mais sur la dignité partagée de l’être humain, créé libre et responsable. L’‘adl (justice), l’ukhuwwa (fraternité) et la karāma (dignité) pourraient ainsi devenir les piliers d’un civisme spirituel, où la foi ne s’oppose pas à la citoyenneté, mais en élève le sens moral.
La Mauritanie, forte de sa diversité culturelle et de son expérience dans la lutte contre le terrorisme, pourrait devenir un laboratoire de ce renouveau islamique. Sa stabilité relative, son enracinement dans la tradition malikite et son héritage intellectuel issu de Chinguetti lui offrent les conditions d’une réconciliation entre religion, raison et République. En transformant la lutte contre le radicalisme en un combat intellectuel et moral pour une pensée éclairée, une justice sociale authentique et une pédagogie du respect , elle pourrait montrer qu’un État musulman moderne n’est pas celui qui impose, mais celui qui élève. La Mauritanie, fidèle à sa vocation spirituelle et politique, pourrait rappeler au monde que la véritable force d’une nation ne réside pas dans la domination, mais dans la construction d’une dignité partagée, où la foi inspire le civisme et la civilité devient un prolongement de la spiritualité.
Dans les Républiques Islamiques comme dans tous les États, traversés par le tumulte de la désinformation, l’indignation sélective et la confusion des repères, il faut des voix qui rappellent que la parole de Dieu doit rester audible : une parole de justice, de connaissance et d’équilibre, capable de réguler le désordre du monde et de rétablir la mesure du vrai.
Aissata Ahmedou Tidjane Bal, Juriste en droit Public.
Nos propos ne s’attarderont ni sur la visite présidentielle à l’Est du pays, ni sur le rapport de la Cour des Comptes, mais sur une phrase – apparemment anodine – prononcée par le Président Mohamed Ould Ghazouani : « La Mauritanie est un petit pays ».
Cette phrase, qui a surpris plus d’un Africain, résonne pourtant comme un axiome mathématique – une vérité posée sans démonstration, mais énoncée avec la tranquillité de l’évidence. Un axiome qui, derrière son apparente modestie, cache un diagnostic implacable: celui d’un État réduit à sa plus simple expression, trahi par ceux qui l’ont façonné. Une vérité qui dépasse son auteur et qui trouve écho dans les propos tenus par le Président lors de son périple à l’Est, révélant ainsi les failles profondes d’un système qui peine à se réformer. En qualifiant la Mauritanie de ‘petit pays’, le Président voulait probablement évoquer sa superficie, sa population ou ses ressources limitées. Mais les mots ont parfois une vie propre et révèlent des vérités inattendues. Car, oui, la Mauritanie est un petit pays, non pas en raison de sa taille ou de ses ressources, mais à cause de la petitesse de ses ambitions, de la médiocrité de ses pratiques politiques et de la fragilité de ses institutions.
Un pays est petit quand la tribu y pèse plus que l’État. Quand le mensonge devient une méthode de gouvernance. Quand la promotion se fonde sur l’appartenance et non sur le mérite. Quand l’élite confond patriotisme et privilèges. Quand les mêmes visages – depuis Maouiya – continuent à décider pour tous. Un pays est petit : – Quand ses dirigeants se soignent à l’étranger tandis que ses hôpitaux meurent. – Quand leurs enfants étudient ailleurs pendant que l’école publique s’effondre. – Quand les intellectuels sincères sont marginalisés et les médiocres décorés. – Quand les institutions sont faibles et les hommes forts. – Quand l’opposition passe plus de temps à se battre contre elle-même qu’à proposer une alternative. Ce sont là les symptômes d’une petitesse nationale. Mais aussi les attributs d’un petit pays. Et surtout, un pays est petit lorsque son peuple se résigne à être gouverné ainsi.
Depuis sa naissance, la Mauritanie s’interroge sur son identité: arabe, africaine, berbère, négro-mauritanienne ? Mais pendant que nous débattons de ce que nous sommes, nous oublions ce que nous valons. Nos ancêtres ont bâti des empires, des émirats, des almaamiyya fondés sur l’honneur, la justice, la bravoure et la science. Leurs héritiers, eux, ont érigé la triche, le népotisme et la cupidité en valeurs d’État.
Depuis sa création, le pays s’est enlisé dans une querelle identitaire stérile, préférant renier son authenticité plutôt que d’assumer les vérités que l’histoire et l’archéologie pourraient reveler. Notre élite s’abreuve de récits importés et de copies douteuses, reniant la Mauritanie des empires, des savants et des bâtisseurs. C’est ainsi que nous sommes devenus petits dans un petit pays.
Le Président avait raison, d’une certaine manière: la Mauritanie est un petit pays. Sinon, comment expliquer – comme je l’ecrivais un peu plus haut – la présence de ces hommes et femmes qui, depuis plus de quarante ans (de Maouiya à aujourd’hui), continuent à gouverner, à s’accommoder de toutes les situations comme des danseurs s’ajustant aux rythmes du tam-tam ? Ils décident pour nous de tout : de l’école, de la santé, de la gouvernance. Et pourtant, ils ne se soignent pas ici et leurs enfants n’apprennent pas dans nos écoles. Voilà pourquoi nous sommes un petit pays: sans logique programmatique, sans vision de développement, prisonniers d’une classe dirigeante dont la seule constante est la préservation de ses intérêts. Le cercle vicieux du pouvoir.
Nous sommes un petit pays parce que nous avons perdu la mémoire politique et la culture de la dignité. Souvenons-nous : les proches de l’actuel Président voulaient un troisième mandat pour son prédécesseur, Ould Abdel Aziz, au nom de son « irremplaçabilité ». Ils l’ont fait pour Maouiya, pour feu Ely, pour feu Sidi Ould Cheikh Abdallahi… et ils le feront encore pour Ghazouani, tout en préparant déjà leurs discours de soutien pour le prochain. Voilà pourquoi nous sommes un petit pays.
Le résultat est clair : Un pays riche par la nature, mais pauvre par la culture de ses élites. Quand un peuple se laisse gouverner par des criminels en col blanc, quand il accepte la corruption comme une fatalité, quand il célèbre les voleurs plutôt que les bâtisseurs, il devient le miroir de sa propre décadence. Le miroir de sa petitesse. Le résultat d’une équation morale.
Ce que Ghazouani a dit, sans le vouloir peut-être, c’est que la Mauritanie est devenue le reflet exact de ceux qui la dirigent – et de ceux qui les tolèrent. Et tant que cette équation ne changera pas, le résultat restera le même: Petit pays = petits hommes = petites ambitions.
Oui, Monsieur le Président, vous avez raison: la Mauritanie est un petit pays. Mais elle ne l’est pas par nature – elle l’est par choix, par renoncement, par résignation. Elle le restera tant que les Mauritaniens ne décideront pas de redevenir grands: non par les discours, mais par la dignité, le travail, la justice et la mémoire. Une vérité douloureuse, mais necessaire.
Car ce pays, jadis grand par ses empires, est devenu petit par ses comportements – ceux d’un État profond qui a pris en otage la République. Et le premier pas vers la grandeur est peut-être, paradoxalement, d’avoir enfin reconnu notre petitesse – et que ce constat vienne du plus haut sommet de l’État.
La vérité de cet axiome, c’est que nous sommes aujourd’hui perdus, désorientés, abandonnés. Mais si nous savons nommer notre petitesse, alors peut-être, enfin, pourrons-nous redevenir grands.
–Par Biram Ould Dah Ould Abeid Député à l’assemblée nationale de Mauritanie
Dès après le premier putsch prétorien de1978, la corporation des officiers supérieurs a pu remodeler le jeune Etat, pour l’acclimater aux prérequis de la tribu et de l’ethnie, comme source tacites de légitimité. Certes, ils n’ont jamais assumé la mue et les Mauritaniens la subissaient, plutôt, sous le mode de la clandestinité honteuse. La structure politique et administrative, quoique centralisée en apparence, a été prise d’assaut par les forces centrifuges et ainsi dépouillée de ses prétentions au jacobinisme. D’arbitre soucieux de préserver l’intérêt général, à partir d’une capitale de laquelle l’autorité juste ruissellerait sur le reste du pays, les militaires ont réduit, l’entreprise, à une arène de compétition des appétits primitifs où la force armée ne sert plus qu’à réguler, au sommet, la rotation du « chacun son tour ». L’organisation de l’ensemble ne relève de l’aléa, même si elle n’a jamais été revendiquée sous la forme d’une charte ou d’un référent théorique. Mercantile avant que d’être idéologique, elle s’inscrit, d’abord, dans la durée du fait accompli et produit, depuis des décennies et sans aucune césure ni trêve, la répartition des avantages statutaires, matériels et symboliques, selon l’audience et l’entregent de telle ou telle « communauté », au triple détriment de l’égalité, du mérite et de la compétence. Il s’agit, au fond et avant tout, d’une prédation mise en œuvre derrière le paravent d’un modèle de gestion dont la façade arbore les attributs de la république mais dissimule la matérialité d’un exercice de type clanique que sa verticalité prédestine à engendrer le privilège, le passe-droit et la fraude, au bénéfice d’une clientèle culturellement homogène. La question n’est donc plus de savoir si l’État mauritanien est ou non une structure ethno-tribale, à vocation de mafia. Non, il importe, désormais, de se demander en quoi consiste la sortie du système de délinquance feutrée, en vue de d’imaginer puis de recréer une solution alternative, sur la base des standards universels de la vertu.
I. La matrice factuelle de la préférence, l’autre cache-misère de la discrimination Dès la fin des années 1970, le partage du pouvoir suivant la rationalité décrite plus haut, s’est imposé en norme adossée à l’évidence, c’est-à-dire non-questionnable. Les gouvernements successifs ont toujours illustré et reconduit l’architecture inéquitable de la répartition : 23 à 25 ministres Maures, 1 Soninké, 3 à 4 Hal Pulaaren et Hratine mais ces derniers, souvent, préemptent l’affichage du poste de Premier ministre, aux fins de racheter, du moins démentir la réputation esclavagiste du pays. Les Wolofs, composante reconnue et les Bambaras ignorés, demeurent assignés aux marges du hasard. La roue capricieuse de la fortune peut les atteindre, par ricochet. Le déséquilibre marque les entrailles de l’appareil administratif, de la justice, de l’éducation nationale, des sociétés d’Etat, des douanes, des impôts et contributions diverses, de la diplomatie, de l’armée, de la police et de la religion officielle. Les nominations y procèdent des ondes concentriques de l’esprit de corps, loin des critères de l’utilité sociale. A cause de la distorsion du rapport des forces en termes de moyens pécuniers, la pratique de l’éviction n’épargne, non plus, le semblant de démocratie élective : La composition du Parlement le reflète assez, jusqu’à la caricature. Les députés s’élèvent, là, au nom de leur appartenance privée et des intérêts qui les portent. Leur représentativité résulte de l’achat des consciences et, surtout, de la fraude dans les urnes. In fine, l’Etat s’est transformé en une fédération de clientèles d’une avidité débridée. La coexistence de celles-ci repose sur l’alternance périodique des concessions à la tribu, au détriment du bon sens. Cependant, des promotions bienséantes profitent, quelquefois, à des personnes issues du lot des exclus mais pas toujours porteuse de qualification. L’inflexion ressortit au soin de nourrir l’apparence de l’inclusion, peu importe l’effectivité du partage. Le faux plausible alimente l’ingénierie du déni oblique en Mauritanie.
II. Le commerce de la position décisionnelle et l’effondrement de la redevabilité La monomanie de quotas et du clientélisme prédateur a fragilisé la fonction publique et altéré ses objectifs, dans des proportions que l’on qualifierait d’irréversibles. Depuis le milieu des années 80, plus de 70 % des hauts responsables, chargés de mission, conseillers, directeurs généraux ou directeurs singuliers, ne proviennent pas des corps constitués de l’administration et très peu doivent, leur poste, à un concours. La privatisation de l’Etat favorise l’escalade des médiocres, à la cime de l’échelle des valeurs. D’emblée, elle confère, à la meute solidaire du passable et du moyen, l’usage du cachet et lui procure les clés du coffre-fort. Le capital privé national est né aux forceps d’une série de coups d’Etat. Les présidents de conseils d’administration – malgré une loi encore sans effet qui prétend y mettre un terme – captent leur sinécure, de la seule nécessité de recycler les pièces du rouage, momentanément ou à jamais hors circuit. Ici, nul ne tombe en péremption, tout se récupère, l’économie circulaire du tri sélectif tourne à plein régime. L’on comprend, dès lors, la réticence, voire l’inaptitude de l’engrenage susmentionné, à sanctionner le détournement du denier de la collectivité. La pression de la tribu, du clan, de la grande famille garantit, aux auteurs, l’impunité et l’atout rétrospectif de l’invincibilité. En 2025, le rapport de la Cour des comptes pourtant explosif, risque de verser dans la confirmation du pis-aller. La dérive précitée compromet la perspective d’une réforme en profondeur qui irait à contresens du clientélisme proto-eugénique. Néanmoins, la révision est possible, de l’intérieur, à condition que le système consente à son suicide, pour le bien commun. Hélas, en politique, les exemples d’un altruisme aussi extrême n’encombrent le cours de l’histoire.
III. Les revers du discours et l’’avarie du verbe autopromu À maintes reprises, le Chef de l’Etat Mohamed Ould Ghazouani a exprimé son intention de transformer la société et de rétablir le droit des gens. Ses envolées à Ouadane, Néma et Djéwol ont suscité l’espoir d’une thérapie de choc, d’un nouveau départ, empreint d’inventivité et de reconquête de l’éthique. Cependant, les promesses ne dépassent, encore, le stade de la déclamation saisonnière : En termes, d’évaluation, de projection de long terme et de plan d’action, l’horizon trahit l’insondable vacuité d’une gouvernance d’au jour le jour. L’agence Taazour, créée en 2019 pour combattre la pauvreté et l’exclusion, témoigne du décalage entre la parole et l’acte. Ses interventions ponctuelles n’ont produit qu’un impact folklorique et des avalanches de commentaires sur les réseaux sociaux. Le dernier laïus du Président à Nbeiket Lahwach, au début de novembre 2025, appelle à interdire la participation des fonctionnaires à la théâtralité des tribus. Le propos, d’ailleurs éloquent, va dans le bon sens mais l’intention prospère au cœur d’un paradoxe confondant : La tournée du Chef de l’Etat, a été supervisée et exécutée par des fonctionnaires dans un cadre strictement tribal, lui-même financé sur l’argent du contribuable. Des ministres, secrétaires généraux, ambassadeurs et autres meneurs de la machine de l’Etat s’en sont même vantés, à visage découvert. Le Président devrait parler un peu moins et sévir beaucoup plus. S’il le fait, l’opinion, y compris ses adversaires, s’exprimera pour lui.
IV. Réparer l’Etat L’ambition suppose une rupture claire d’avec les anachronismes et la volonté de tenir, fermement, l’anse de l’équité. La réparation doit s’articuler autour de mesures précises : 1. Abolir les quotas et dosages tribaux, ethniques ou communautaires, lors du choix des agents du service public et privilégier le mérite professionnel, la compétence, l’intégrité et l’expérience. 2. Abroger, avec effet rétroactif, le recrutement des non-fonctionnaires. Un audit complet des nominations durant les deux dernières décennies permettra de réévaluer les ressources humaines, réduire les coûts de fonctionnement et corriger l’injustice flagrante de certaines préséances. 3. Approuver et appliquer, sans délai, le projet de décret relatif au personnel de la fonction publique, texte bloqué depuis des années dans un tiroir du ministère éponyme. 4. Traduire, en gestes forts, le vœu de lutter contre la corruption et les fraudes, notamment, la contrefaction des diplômes et la falsification des habilitations professionnelles. Les poursuites judiciaires, audits et transparence des rapports de la Cour des Comptes et de l’inspection Générale de l’Etat constituent les instruments désignés de la riposte. En guise de conclusion La Mauritanie se trouve à la croisée des chemins. Le Chef de l’État, à présent au milieu de son second et dernier mandat, détient la totalité des cartes. Il peut entrer dans l’Histoire s’il consent à réhabiliter l’Etat, grâce à la moralisation des comportements et au choix avisé des femmes et hommes en charge de conduire le relèvement. S’il se résout à éradiquer l’anarchie, l’insuffisance et la faveur héritée, il reprendra le chantier désaffecté de la République, là où les militaires l’ont arrêté en 1978. Nous voulons croire au sursaut et y concourir, pleinement, dans l’espoir de voir renaître, enfin, l’idée d’une Mauritanie de la justice, de la méritocratie et de l’unité qu’irrigue l’exigence de l’égalité, définitivement à l’abri des distinctions de naissance.
AMI – Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a annoncé qu’il n’y aurait plus aucune tolérance après aujourd’hui envers toute utilisation de la tribu, de la région ou de la communauté à des fins contraires aux principes de l’État national.
Il a ajouté qu’il est interdit aux fonctionnaires et aux agents de l’État, en tant que symboles de l’État, d’organiser ou d’assister à des événements à caractère tribal ou régional, ou à des activités incompatibles avec le renforcement du concept de l’État.
Son Excellence le Président de la République a mis en garde contre les conflits basés sur des considérations tribales, qu’il s’agisse de puits d’eau, de barrages de sable ou autres.
Son Excellence a ajouté, lors d’une rencontre avec les cadres et les dignitaires de la moughataa de Dhar dans la ville de N’Beikit Lahouach hier soir, que de telles pratiques nuisent au présent et à l’avenir de cette nation, et qu’elles ne sont donc plus acceptables.
Il a souligné que l’appartenance nationale doit primer sur toute autre considération et précéder toutes les autres appartenances, affirmant qu’il n’y aura aucune tolérance, quel qu’en soit le prix, envers toute propagande à caractère communautaire ou raciste, car la liberté d’expression est garantie à tous.
Son Excellence a expliqué que l’ambition de progrès et de prospérité de notre pays ne se réalisera qu’en construisant un État citoyen qui élimine les différences et la discrimination, et qu’il n’y a pas de place dans l’État national pour la hiérarchie tribale, catégorielle ou communautaire.
Son Excellence le Président de la République a indiqué que son approche dans la gestion des affaires publiques est la gradualité, la patience et la tentative de faire avancer les choses de la bonne manière, et que cela se fasse avec le moins de dommages possible pour tout citoyen du pays, précisant que lorsque les choses dépassent les limites, la tolérance ne sera plus possible.
Il a expliqué que la loyauté envers la patrie doit se manifester par l’évitement des aspects négatifs du tribalisme et du régionalisme et de l’intolérance inacceptable et nuisible qu’ils engendrent pour la patrie, et que le concept d’État national ne peut les accompagner.
Son Excellence le Président de la République a exprimé son espoir que les élites politiques, sociales et jeunes contribuent à la sensibilisation et à la mise en évidence des aspects négatifs du tribalisme et du régionalisme et de l’intolérance inacceptable et nuisible qu’ils engendrent pour la patrie.
Au début de la réunion, Son Excellence le Président de la République avait exprimé sa joie d’être ce soir à N’Beikit Lahouach, une ville dotée d’un emplacement stratégique distingué et d’un rôle majeur dans le renforcement de la sécurité de cette région du pays.
Son Excellence a remercié les habitants de la moughataa pour l’accueil merveilleux et la grande mobilisation, qui témoignent de l’importance de la moughataa à chaque fois.
Il a ajouté qu’il était venu ici pour écouter les citoyens, tirer profit de leurs opinions et prendre connaissance de leurs aspirations, et pour étudier tout ce qui peut servir le développement de la moughataa.
Son Excellence le Président de la République a expliqué que cette moughataa se caractérise par de grandes potentialités agricoles, mais que les défis du développement persistent, ce qui nous a amenés à nous rencontrer ce soir, a ajouté Son Excellence le Président de la République , pour discuter et se concerter sur l’ensemble des questions posées.
Son Excellence a ajouté: Nous avons placé le développement de cette moughataa au cœur de nos priorités et avons donné des instructions au gouvernement pour concrétiser cela sur le terrain à travers une série de projets.
Son Excellence a indiqué que certains de ces projets ont été achevés et que d’autres sont encore en cours de réalisation, et que la plupart d’entre eux ont été programmés dans le cadre du programme d’urgence d’accès aux services essentiels pour le développement local.
Il est M. Zohran Mamdani âgé de 34 ans. Le nouveau maire élu de la ville de New York. New York, la ville-Monde sur divers plans, nous rappelle l’antienne dite des États-Unis : le rêve américain. Ce rêve originel quasi messianique qui inspira et permit à 13 colonies de se libérer vaillamment de l’un des vieux et coriaces ordres politiques féodalo-traditionalistes du monde à l’époque (18 ème siècle) : la Couronne britannique. Et les États-Unis d’Amérique advinrent…comme une puissance indépendante avec ses pages sombres (génocides des indiens, esclavages et ségrégations racistes contre les Noirs et autres non caucasiens, guerres impérialistes…) et ses éclats (refuges des possibles et de la Liberté…).
La personnalité du nouveau maire sous les lasers des réseaux digitaux laissent apparaître une figure qui dégage la confiance, l’accessibilité, l’ouverture, l’humanisme, en somme ce j’appelle la disposition naturelle à la VRAITUDE (sincérité avec ses forces et ses limites). Sans complexes ni une fausse fabrique d’un personnage superficiel pour composer avec les digues élitistes de l’establishment politique et géopolitique, ce qui est clamé et réclamé au travers la substance d’un passage notable de son discours de gagnant : « Donald Trump, je sais que vous regardez, montez le son ! New York restera une ville d’immigrés, construite par des immigrés, qui tourne grâce aux immigrés, et désormais, dirigée par un immigré ! Pour atteindre l’un d’entre nous, vous devrez d’abord passer à travers nous tous. »
Natif de Kampala (Ouganda 🇺🇬 en Afrique de l’Est), musulman pas que par « sociologie » seulement dit-on, ses parents sont originaires du sous continent indien, il peut représenter cette expression contestataire d’une certaine vigueur face à l’émanation d’une sorte de résurgence suprémaciste, racialiste et xénophobe dont le président D. Trump est l’absolue incarnation ces dernières années. Le nouveau chef de l’administration municipale de New York ne pourra pas être postulant à la présidence états-unienne à l’avenir du fait de sa naissance à l’extérieur du pays et de naturalisé, mais la vague que son élection a suscitée peut ranimer et inspirer le camp democrate vers une dynamique profonde à la Zohran à l’échelle fédérale.
En attendant, nous lui souhaitons une bonne et fructueuse mandature.
Le ministre de l’Intérieur, de la Promotion de la Décentralisation et du Développement local, M. Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a tenu, cet après-midi, mercredi, dans son bureau, une réunion avec plusieurs ambassadeurs de l’Union européenne accrédités en Mauritanie.
La réunion a rassemblé, outre M. Joaquin Tasso Villalonga, ambassadeur, chef de la délégation de l’Union européenne en Mauritanie, M. Florian Rendel, ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne, et M. Pablo Barbara Gomez, ambassadeur du Royaume d’Espagne accrédité à Nouakchott.
La rencontre a porté sur les relations existantes entre la Mauritanie et l’Union européenne et les moyens de les renforcer. Elle a également abouti à la décision de prendre toutes les mesures nécessaires pour simplifier et faciliter l’obtention du visa Schengen par les citoyens mauritaniens.
Ont assisté à la réunion, du côté mauritanien, M. Abderrahmane Ould El Hassen, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local, et M. Sidi Ali Ould Nav’e, administrateur directeur général de l’Agence nationale du registre des populations et des documents sécurisés, et du côté européen, Mme Agnès Plassais, Première conseillère à la délégation de l’Union européenne à Nouakchott, et M. Samuel Jacquet, Premier conseiller à l’ambassade de France.
Mali | l’imam malien Mahmoud Dicko en exil forcé en Algérie depuis quelques années porte-t-il en sa figure politique et symbolique une sorte de Khomeini sahélien à venir ?
Sur le terrain vif, l’équipe militaire au pouvoir à Bamako fait face à un groupe dit jihadiste (Jnim) de plus en plus politisé et entreprenant par diverses facilités d’agir sur de larges portions territoriales. Assimi Goita et ses camarades sont plus dans la réaction que l’initiative face aux problématiques sécuritaires : le cas de la pénurie de carburant à cause d’un blocus orchestré par les groupes enturbannés sur les routes, est un exemple pas de moindre parmi d’autres difficultés. La fermeture temporaire des établissements scolaires pour manque des produits énergétiques est symptomatique d’une situation gravissime. Ces dernières heures, différents témoignages audios remontent de certaines localités soninké dans la région de Kayes, faisant écho de la présence agressive d’éléments dits jihadistes. Une note vocale enregistrée d’un échange téléphonique entre 2 locuteurs soninkés, rapporte que de gens armés débarquent et appliquent un supposé décompte chariatique (aumône légale sur la fortune) du cheptel et se servent d’une part (bovins ou caprins) par force. On y apprend une référence nominale au village de Selifély situé à quelques kilomètres de la ville d’Ould Yengé dans le Guidimagha mauritanien. L’emprise d’un banditisme dit jihadiste semble gagner du terrain dans ces endroits profitant d’un étonnant désert sécuritaire loin de Bamako mais à quelques dizaines de kilomètres de Kayes, la ville principale de la région.
L’imam Dicko est un leader religieux très futé et stratège politiquement par son expérience et son influence populaire parmi une frange critique de la population malienne politisée. Pour rappel, la chute du régime d’IBK (Ibrahim Boubacar Keïta) en août 2020 fut advenu pour beaucoup avec l’activisme contestataire de l’imam Dicko et ses partenaires politiques et sociaux.
Pour une Mauritanie libérée de la corruption, de la gabegie et du mépris
À ceux qui gouvernent,
À ceux qui prétendent représenter le peuple,
À ceux qui détiennent les leviers de l’État,
Je vous écris sans détour, sans langue de bois, sans peur. Car le silence est complice, et l’heure est trop grave pour se taire.
Je suis un citoyen mauritanien. Un militant. Un opposant. Mais avant tout, un homme libre qui refuse de voir son pays sombrer dans le chaos, la misère et l’humiliation. Ce que nous vivons n’est pas une crise passagère. C’est une décomposition lente, méthodique, orchestrée par un système qui a fait de la corruption sa colonne vertébrale.
Un État pris en otage
La Mauritanie est devenue un laboratoire de la prédation. Les marchés publics sont distribués comme des butins de guerre. Les institutions de contrôle sont muselées. Les corrompus sont promus. Les clans se partagent les richesses, pendant que le peuple crie famine.
La corruption tue
Elle tue nos enfants, privés de soins. Elle tue nos femmes abandonnées dans les maternités. Elle tue nos jeunes, condamnés à l’exil ou au désespoir. Elle tue nos écoles, nos hôpitaux, nos rêves. Et pendant ce temps, les fonctionnaires s’enrichissent à vue d’œil, planquent leur fortune à l’étranger. Ils rivalisent avec les hommes d’affaires, bâtissent des empires sur les ruines de notre République.
Un appel à la conscience
Je m’adresse à vous, gouvernants : Vous n’avez plus le luxe de l’aveuglement. Vous ne pouvez plus prétendre ignorer. Vous êtes comptables devant l’histoire, devant le peuple, devant Allah.
Je m’adresse à vous, députés : Exigez une commission d’enquête permanente sur les marchés publics. Interpellez les ministres. Défendez les citoyens.
Je m’adresse à vous, journalistes, blogueurs, lanceurs d’alerte : Enquêtez. Dénoncez. Résistez. Votre plume est une arme contre l’impunité.
Je m’adresse à vous, citoyens : Ne vous résignez pas. La peur est l’alliée des tyrans. La colère est légitime. L’action est nécessaire. Pour éviter le pire
Ce que vous pensez impossible, est bien possible. La situation pourrait vite tourner au drame et devenir incontrôlable. Si rien ne change, le chaos nous attend : instabilité politique, révolte sociale, effondrement économique. Mais il est encore temps. Il est encore possible de sauver la Mauritanie. À condition de briser le cercle de l’impunité. À condition de refonder l’État sur la justice, la transparence et le mérite.
Je ne suis pas un ennemi de la Mauritanie. Je suis son fils. Et je me battrai, avec mes mots, mes idées, ma voix, pour qu’elle ne meure pas.
La Mauritanie mérite mieux. Le peuple mérite mieux. L’histoire nous regarde.
Respectueusement mais fermement, Un citoyen militant et opposant Pour une Mauritanie debout.
Ce samedi 18 octobre 2025, en région parisienne, le député mauritanien M. Biram Dah Abeid a aminé un point de presse dont la thématique phare est « PHÉNOMÈNE DE LA CORRUPTION, GABEGIE ET BLANCHIMENT EN MAURITANIE ». Au menu, il est revenu largement sur le dernier Rapport de la Cour des comptes. En saluant le travail de fond mené à propos du rapport tout en précisant que c’était fait pour la consommation extérieure (les partenaires financiers du pays). Ainsi il déclare que le régime actuel ne pourrait pas combattre sérieusement un système transversal de corruption endémique qui dilapide les deniers publics. À nos 2 questions portées sur 1 – le rôle du parlement sur les gros manquements révélés dans le rapport et 2 – sur la gestation du dialogue national, il assure que l’assemblée nationale se doit de mener une résistance pour clarifier et suivre cette affaire et qu’à propos du dialogue, il le raille en disant que son dialogue à lui concerne désormais les 450 milliars de manquement épinglés dans le rapport.
Ci-après le texte intégral de sa communication à l’attention de l’opinion publique nationale et internationale :
● Conférence de presse du président et député Mauritanien Biram Dah Abeid :
PHÉNOMÈNE DE LA CORRUPTION, GABEGIE ET BLANCHIMENT EN MAURITANIE Paris, France.
I. PROPOS INTRODUCTIFS
– La Mauritanie est un pays menacé par plusieurs périls – intérieur et extérieur – néanmoins la corruption et la gestion dysfonctionnelle demeurent le principal danger qui mine et hypothèque l’existence de cet Etat Sahelien, comme entité susceptible de prétendre à la souveraineté. Les deux facettes de la faillite de la gouvernance constituent le principal facteur d’instabilité et de désordre parce qu’ils alimentent la montée des frustrations et nourrissent, ainsi, le feu de la discorde. Leur potentiel de dévastation de la vie des gens explique la pauvreté dans laquelle la majorité des Mauritaniens survivent. A terme proche, le contexte présent conduit à la déliquescence d’un Etat déjà gangrené par le népotisme et le clientélisme. – Certes, le constat ne date pas d’aujourd’hui. Il s’enracine dans la décennie du Président Mohamed ould Abdel Aziz dont son successeur et ami assurait la cogestion solidaire. Les mêmes pratiques de brigandage ont prospéré sous le pouvoir prédateur du moment, avec la multiplication des marchés de gré-à-gré, le trafic d’influence, les surfacturations et le maintien de présumés corrompus à de hauts postes de responsabilité. Les prétendants à moraliser la conduite des affaires publiques sont les mêmes co-auteurs de la banqueroute en cours. Aussi, nul d’entre eux n’a été, jusque-là, démis de ses fonctions, encore moins condamné ou détenu en vertu des griefs précités. Ils se soutiennent, par réflexe professionnel et esprit de corps. La corporation des trafiquants est, à la fois, juge et partie de son destin. Le droit ne l’atteint.
– Les quelques fonctionnaires épinglés par les rapports de l’Inspection générale de l’Etat (Ige) ou de la Cour des comptes (Cc), au motif de détournement, n’ont jamais été inquiétés. La plupart, passée une brève période d’éviction de façade, se retrouvent, recyclés, en somme nommés à de grandes fonctions. Certains ont bénéficié d’aménagement de remboursement progressif, d’une petite partie du montant dû à la collectivité. D’autres sont maintenus à leurs postes, voire parachutés à des charges parfois plus élevées, au niveau protocolaire. La prime à l’impunité est ainsi démontrée. Elle comporte, de facto, un encouragement à continuer de sévir, impunément. L’ensemble du système, à très peu d’exception, tire sa reproduction quotidienne, de tours de passe-passe, à caractère rotatif, où les clans et les tribus se répartissent, chacun son tour, le bénéfice de la prédation.
– Parmi les citoyens naïfs ou de bonne foi, nombreux, au gré des changements à la tête de l’Etat, forment le vœu, d’un arrêt – du moins une trêve- dans le du cycle blanchiment. Alors, ils se mettent à renouveler leur abonnement mécanique à l’espérance d’un lendemain meilleur. Or, le démantèlement attendu n’arrive jamais. Ceux qui escomptent l’activation d’un dispositif de veille et de mécanismes de répression et de dissuasion, par la sanction, la récompense et la diligence de leur mise en œuvre, déchantent, toujours. Le train des nominations de personnes liées à des lobbys confirme la permanence d’une règle cardinale : En Mauritanie, la rectitude morale n’est pas un critère qui entre en ligne de compte au choix des dirigeants. La propension à redistribuer le bien mal acquis recèle, en revanche, un atout recherché. On l’aura compris, pour sa propre pérennité et la satisfaction de son assise clientéliste, le régime des militaires en civil a besoin de protéger et de renouveler les circuits de la corruption. Il s’agit d’une nécessité vitale.
– L’enrichissement spectaculaire et sans cause d’agents de l’Etat se vérifie au travers de leurs acquisitions immobilières au Maroc, à Dubai, en Espagne et Turquie. Comme s’ils pressentaient l’effondrement sans préavis de leur fabrique de faveurs, ils s’emploient, avec une frénésie empreinte de discrétion, à planquer le butin, loin, sous les latitudes de la complaisance financière. Nous sommes l’un des rares pays au monde où des fonctionnaires rivalisent de fortune avec les hommes d’affaires. Nombreux de ces derniers, convient-il de le souligner, doivent leur prospérité, à l’essor d’un capital privé national dont l’origine politico-administrative remonte aux débuts du régime des prétoriens, entre 1986 et 2005. Il suffit, pour s’en convaincre, de se souvenir du charcutage des banques publiques, des fonds de développement et des sociétés d’Etat, à l’avantage exclusif d’une coterie de capitaines d’industrie recrutés à l’intérieur du même groupe ethnique. Par l’effet d’une corrélation facilement démontrable, l’appauvrissement de la masse en résulte.
II. QUELQUES EXEMPLES DE GRANDE CORRUPTION
– 1. ADDAX : Les contrats d’approvisionnement en produits pétroliers avec ADDAX qui bénéficie d’un monopole exclusif est plus que suspect. Les appels d’offres dans ce domaine auraient dû être conclus pour plusieurs années, afin de bénéficier de conditions optimales, au lieu d’être sur une base annuelle, ce qui ouvre la voie à des rétrocommissions. En tout cas, ils ont porté un grave préjudice à l’Etat, se traduisant par un manque à gagner important pour l’État et les entreprises publiques, telles que la SNIM et la SOMELEC. Celles-ci ont subi des dégâts significatifs en raison de la mauvaise qualité des hydrocarbures fournies et dû, entre autres, renoncer à des pénalités importantes pour violation par le fournisseur de ses obligations contractuelles. Par ailleurs, les intermédiaires empêchent le pays de se doter d’une capacité de stockage des hydrocarbures, indispensables pour approvisionner le marché et éviter de subir les aléas des prix. Le manque à gagner pour le pays peut atteindre 200 millions de dollars par an alors que construire des capacités de stockage coûterait entre 130 et 160 millions de dollars. Cet acte est en soi une trahison. S’y ajoute une augmentation exponentielle des commissions versées aux intermédiaires, désormais sur une base annuelle. – Plus grave encore, l’appel d’offre préparé par l’ancien ministre Abdesselam Ould Mohamed Saleh pour doter le pays de capacité de stockage partiel financé a été confié à ADDAX malgré qu’elle s’y connait dans le domaine de la construction des réserves d’hydrocarbures. Comme le chantier est en retard, il a été décidé de reconduire le contrat d’approvisionnement avec ADDAX sous forme de gré à gré, coûtant au pays 200 millions de dollars de pertes sèches. – Toutes les sociétés de trading dans le monde soumissionnent dans les appels d’offre, même dans les pays enclavés qui n’ont pas de ports, comme le Mali, à l’exception de la Mauritanie, à cause de l’absence de capacité de stockage, mais aussi de la certitude de l’absence de transparence et qu’inéluctablement le marché sera attribué à ADDAX. En effet, ce monopole de fait d’ADDAX est encouragé par les facilités obtenues par ADDAX grâce à ses réseaux au cœur du pouvoir
2. Le port de Ndjago : la convention de financement est-elle légale puisqu’ elle n’a pas été ratifiée par le parlement ? Elle est signée par l’actuel PM et l’actuel président. Le port n’est toujours pas opérationnel et coûte beaucoup d’argent à la Mauritanie.
3. Le secteur des Mines : le code minier et les procédures ne sont plus respectés. Les investisseurs sont contraints de ne travailler qu’avec des personnes proches du pouvoir, sinon ils sont bloqués. Le cadastre minier (réalisé par Isshagh Ould Rajel) qui était une référence en Afrique est aujourd’hui complètement délabré et on y enregistre que les entreprises proches du pouvoir.
4. Le secteur de la pêche : Des armateurs turcs en connivence avec certains milieux proches du pouvoir pillent les ressources du pays en toute impunité, allant même jusqu’à pêcher dans les zones interdites de reproduction des espèces maritimes.
III. APPEL POUR SAUVER LE PAYS
Je lance en appel à mes collègues députés, s’ils sont animés de la volonté de se mobiliser pour imposer la lutte contre la corruption en principal sujet de leurs interventions. Il y va de l’avenir existentiel de la Mauritanie. Nous devons exiger le mandat perpétuel d’une commission d’enquête parlementaire, sur l’attribution des marchés publics, depuis la fausse alternance de 2019. Nous interpelle, avec autant d’insistance, cette myriade de banques, créées sans préavis rationnel. Il nous revient de réclamer, des partenaires extérieurs, davantage d’attention à leur éventuel arrimage aux réseaux de la criminalité mondiale. La suspicion légitime d’ententes illicite et de délit d’initié vise, également, les entreprises sans expertise ni expérience qui parviennent à rafler les appels d’offre, au détriment d’honnêtes entrepreneurs.
J’invite les média d’investigation, journalistes, lanceurs d’alerte et blogueurs à mener des enquêtes sérieuses – quoique difficiles à réaliser compte tenu du caractère secret de la corruption – aux fins de détecter puis de dévoiler les cas d’impéritie, les affaires suspectes et le blanchiment d’argent sale.
Je demande, aux organisations de la société civile, de se tourner, sans complexe ni faux scrupule de patriotisme, vers les cabinets internationaux de veille contre le crime en col blanc, afin d’attirer leur attention sur l’ampleur du pillage multidimensionnel que la Mauritanie abrite. Il n’est pas seulement question de l’orpaillage ou de la pêche mais de l’entretien d’une caste d’incompétents et de paresseux au sein de la haute administration, en vue d’y perpétuer la logique des privilèges indus. L’importance et l’urgence de la démarche procèdent du lien causal entre mauvaise gouvernance, dégradation des services universels de base, désertification, difficulté d’accès à une alimentation décente, délitement de l’éducation et des structures de santé, mortalité infantile, émigration massive et hausse de l’insécurité dans les villes. Oui, la corruption tue. En Mauritanie, elle tue la majorité à petit feu tandis qu’elle engraisse la minorité des parvenus.
Taux de Mortalité infantile, maternelle, très élevé, par rapport aux budgets énormes ; indicateurs onusiens Relations entre la corruption et le développement : tous les problèmes du pays ont à leurs bases la corruption : il faut que citoyen le sache
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