Birame Dah Abeid : «J’adhère à la démarche du président de la République consistant à empêcher les applaudisseurs de remplir les travées d’accueil folklorique».

Dans l’interview qu’il nous a accordée, Birame Dah Abeid, député à l’Assemblée Nationale et président de l’Initiative de résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), revient sur l’actualité, avec la tournée du président Ghazouani (s’en tenir à l’orthographe officielle, dans tout le texte) à l’Est, l’affaire des imams haratine (hartanine est déjà un pluriel, donc pas besoin de s), la rencontre entre le président de l’UPR et celui des FPC et la loi sur les violences basées sur le genre, ainsi que d’autres questions brûlantes de l’heure.

  1. Le Rénovateur : Le président Mohamed Cheikh Ghazwani, s’est rendu dans les zones sinistrées du Hodh Charghi pour soutenir les populations. Que vous inspire cette démarche et en quoi diffère-t-elle de celles menées, par le passé ?

Birame Dah Abeid : la tournée que SEM. Mohamed Cheikh Ghazwani a effectuée dans les zones sinistrées de l’Est représente une nouveauté, tant dans l’approche que dans la démarche, de la part du sommet de l’autorité en Mauritanie. Elle intervient dans une période non électorale ; l’on ne dira pas qu’il est parti récolter des voix. Les thèmes abordés sont également sans équivoque. Il n’a pas attaqué l’opposition ou de présumés ennemis de l’Etat, comme cela se faisait du temps de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya ou de Mohamed Abdel Aziz qui ont toujours instrumentalisé les tournées politiques pour fustiger leurs adversaires politiques ou créer des ennemis imaginaires, en usant de la théorie du complot, afin d’abuser le peuple.

Plus intéressant encore, le sérail partisan de Nouakchott, notamment la classe des politiciens et notables, les hommes marchands d’influence, les affairistes en gravité perpétuelle autour du pouvoir, ainsi que le personnel administratif – tous si prompts à vider la capitale pour accueillir le président de la République – ces gens n’ont pas pollué l’événement. Ils ne furent conviés, ni convoqués pour aller serrer la main du Chef de l’Etat à sa descente d’avion. Ainsi, il a été mis fin aux rassemblements tribaux très coûteux et dont la seule finalité était de magnifier les dinosaures locaux aux yeux du peuple, lequel ne faisait qu’entrevoir le visiteur, de loin, sans pouvoir lui transmettre ses doléances.

Vous constaterez que les administrations n’ont pas été vidées comme du temps de Maaouiya ou de Ould Abdel Aziz, de cette aristocratie politique, tribale et bureaucratique de Nouakchott qui s’était habituée à faire bonne figure lors des fêtes carnavalesques. J’exprime ma reconnaissance, au Président de la République, d’avoir refoulé les applaudisseurs, alors privés de l’occasion de remplir les travées d’accueil folklorique. Bien au contraire, il a su offrir, aux population locales, l’opportunité de dire leurs doléances et de se faire entendre directement par lui.

  1. Le Rénovateur : vous avez rencontré les imams de Nouakchott, venus vous poser leur différend avec le Ministère des Affaires Islamiques. Qu’en est-il réellement ?

Birame Dah Abeid : en vérité, il s’agit de Hratin, professionnels du culte en Mauritanie. Ils se sentent floués, lésés et exclus du recrutement de 800 imams et muezzins, tel qu’organisé par le Ministère des Affaires Islamiques. Selon leurs allégations, le ministre leur a annoncé l’embauche de 400 imams et de 400 muezzins ; il aurait précisé qu’en vertu des orientations du Chef de l’Etat, un quota de 200 est accordé aux haratine, au titre de la discrimination positive.

Mais à la fin du processus, le quota de 200 n’a pas été respecté. Finalement, seuls 42, parmi eux, seront sélectionnées. Ils se sentent trompés et discriminés et prétendent que le ministre n’a pas, non plus, été magnanime à leur égard. Depuis plusieurs mois, ils tentent de régler ce problème à l’amiable et en interne, mais l’attitude de la tutelle leur a semblé méprisante. J’ai compilé les informations fournies par eux et je leur en ai demandé davantage ; ils comptent me transmettre le complément la semaine prochaine, tout en préparant une rencontre avec les journalistes. Après consolidation du dossier, je compte l’adresser au Chef de l’Etat, au Premier ministre et au Ministre de tutelle. Vous savez bien que la religion reste le monopole d’une caste, qui en vit, au sens d’un gagne-pain, depuis des siècles. Là aussi, une réforme profonde s’impose et sera sans doute l’un des chantiers les plus délicats du mandat en cours. Le département des affaires islamiques dispose d’un budget colossal, dont l’opacité de gestion découle des privilèges accordés à la corporation de l’Invisible. Il n’est plus question de fermer les yeux sur de telles faveurs. Les mauritaniens qui sont soif, faim, souffrent du défaut d’assurance-maladie et de la banqueroute de l’école publique, sont en droit d’exiger la justification des dépenses.

  1. Le Rénovateur : quelle lecture globale faites-vous de la rencontre entre le président de l’UPR et le président des FPC ?

Birame Dah Abeid : J’en ai une lecture positive. La Mauritanie est appelée à sortir, assez vite, de la situation, de la confrontation -si ce n’est du face-à-face ethnique – où les pouvoirs successifs l’ont enfermée. L’initiative doit venir du Président de la République et du pouvoir. L’ouverture que le président Mohamed Cheikh Ghazouani a entamé est louable mais ne peut trouver son sens complet si elle manque d’atteindre les victimes et survivants des injustices et des marginalisations cumulées, comme nos compatriotes négro-mauritaniens et Hratin.

Samba Thiam est l’un des dirigeants historiques, voire l’un des fondateurs des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) dont il incarnait la figure de proue, pendant plus de vingt ans. Il a effectué son retour au pays et décidé d’intégrer la politique locale, en assumant le devoir et le droit d’être un compétiteur, selon la Constitution et nos lois ordinaires. A ce titre, il a décidé de créer un parti ; il en a déposé les instruments, en bonne et due forme, au ministère de l’Intérieur. Sa formation mérite la reconnaissance et la garantie d’agir pour persuader et prétendre au suffrage universel, à égalité des autres acteurs de la compétition.

Aussi, je ne puis dire que du bien, de la démarche entamée par l’UPR. Je garde espoir que le président Mohamed Cheikh Ghazwani tienne sa promesse de réconcilier les Mauritaniens, les intégrer et permettre à chacun de savourer son humanité entière. Je m’attends à ce que la question globale du «passif humanitaire», soit à l’ordre du jour, pour dépasser le stade du déni et de la discorde. Il est temps d’édifier l’opinion et la jeunesse, sur les disparitions forcées, les assassinats collectifs, la torture, le caractère raciste des radiations dans la fonction publique, les expropriations, les déportations. Il est plus que temps d’achever le retour des réfugiés, encore suspendus au Sénégal et au Mali. La vérité amère des violations de la dignité humaine de 1986 à 1991 ne saurait rester dans les limbes de l’oubli. Elle a valeur pédagogique et préventive. Ne pas la publier et refuser d’abroger la loi d’amnistie de 1993 constituent une insulte à l’unité nationale et une illustration de la citoyenneté périphérique.

  1. Le Rénovateur : beaucoup se demandent pourquoi Birame Dah Abeid a déserté l’Assemblée Nationale depuis plusieurs mois ?

Birame Dah Abeid : en effet, je me suis absenté tous ces mois de l’Assemblée nationale car le parti au pouvoir dispose d’une majorité automatique. Donc, il n’y a aucun espoir qu’un projet du gouvernement soit bloqué par une opposition si minoritaire. C’est pourquoi, j’ai privilégié la démarche qui consiste à m’adresser directement à l’Exécutif et à son chef. Je pense que c’est à partir de là, que nous pouvons obtenir des concessions, des orientations et des décisions favorables à nos revendications.

  1. Le Rénovateur : mais vous perdez là une précieuse tribune, surtout sur les questions cruciales discutées au sein de l’hémicycle ?

Birame Dah Abeid : sur le plan affectif et symbolique dans la ligne des coups d’éclats, c’est peut-être vrai. Cependant, ma méthode assure plus de résultats, au profit de la population, de la démocratie et des droits de l’homme, à l’inverse de celle résonnante et redondante, de la dénonciation à tout-va.

  1. Le Rénovateur : on parle beaucoup ces derniers temps de départs de militants de votre mouvement IRA, comment l’expliquez-vous ?

Birame Dah Abeid : le tintamarre orchestré autour de ces départs supposés massifs est un désir que certains prennent pour des réalités, mais ils vont déchanter. L’ancien président Mohamed Abdel Aziz, durant toute sa décennie, a financé, encouragé et soutenu, au travers des médias, des services de renseignement et des moyens de la puissance publique, des défections, plus ou moins gonflées, au sein du mouvement. Vous connaissez le résultat, au cours des élections présidentielles de 2014 et de 2019. Nous perdons parfois des militants en vue et en gagnons beaucoup, parmi les anonymes. Cette dynamique contradictoire se poursuivra mais n’entamera en rien l’accumulation des forces jusqu’au stade critique où la demande d’égalité et de partage dictera l’agenda de l’Etat. Cet aboutissement est inéluctable à nos yeux et nous travaillons sur le long terme afin d’en accélérer la réalisation, sans violence. Que certains partent maintenant, demain ou reviennent plus tard, n’y change rien.

  1. Le Rénovateur : par rapport à la reconnaissance de IRA et du parti RAG, quel espoir pour leur reconnaissance avec le nouveau projet de loi en gestation sur les associations ?

Birame Dah Abeid : en effet, le nouveau projet de loi sur les associations repose sur le régime déclaratif d’où le renforcement de la paix civile et du contrôle démocratique, initiés par le Président de la République Mohamed ; je pense que de nombreux mouvements et partis politiques, dont les nôtres, seront reconnus parce que nous représentons la Mauritanie de demain, c’est-à-dire le pays de l’égalité, du travail et du mérite.

  1. Le Rénovateur: on entend de moins en moins parler d’esclavage, surtout avec votre mouvement. Cela veut-il dire que ce problème est résolu ?

Birame Dah Abeid : ce problème n’est pas du tout réglé et reste épineux. Il continue de perdurer, car des milliers de personnes sont encore exploitées, humiliées et maintenues dans l’ignorance et le fatalisme. Des domestiques, femmes et enfants surtout mais aussi des hommes, demeurent attachés aux familles des maîtres ; ils travaillent sans être payés et très peu détiennent des pièces d’état-civil. Bien léger et complaisant, celui qui oserait nous vendre la thèse éculée des « séquelles » en voie d’extinction. Jusqu’à ce jour, en termes d’actes forts, notamment de la part de la justice, nous n’entrevoyons de progrès. C’est pour cette raison que nous privilégions la concertation avec le sommet de l’Etat au lieu d’aller à la confrontation.

  1. Le Rénovateur : une affaire de viol suivi de meurtre a secoué récemment Nouakchott. En tant que député, que pensez-vous de ce phénomène d’autant plus que le projet de loi sur les violences basées sur le genre n’est pas encore voté ?

Birame Dah Abeid : ce meurtre suivi de viol est extrêmement violent, douloureux et révoltant. Il nous interpelle, d’abord par son atrocité et la facilité avec laquelle les présumés auteurs l’ont exécuté. Il démontre que la criminalité contre les femmes, n’est plus l’apanage des repris de justice et des habitués du milieu carcéral. Maintenant, des personnes issues de la classe moyenne, journalistes et activistes des droits de l’homme, habitués à la fréquentation de de hautes personnalités, semblent impliquées dans cet homicide. Hélas, par esprit de corps, des bloggeurs et défenseurs des droits de l’homme prennent la défense de ces présumés responsables, pourtant arrêtés sur les lieux, avec la victime.

Je pense plus que jamais que nous devons nous engager dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, y compris dans le cadre conjugal. Nul n’a le droit de s’opposer au mariage d’une fille majeure ni de lui imposer un époux. Nul n’a le droit de marier une mineure, quand bien même elle accepterait son conjoint, à moins de modifier la loi pour autoriser la majorité sexuelle et maritale à 15 ans. Nous devons également mener une véritable bataille contre les obscurantistes et les zélateurs de la domination masculine, qui se cachent derrière la religiosité, pour autoriser qu’un homme frappe son épouse ou sa fille, les affame, humilie ou prive de leurs droits élémentaires. La loi de protection des femmes et des filles contre toute forme de violence doit être votée et massivement, sans réserve ni atténuation du texte par des amendements de pure hypocrisie. En ce sens, je suis féministe et l’assume, sans ambiguïté. Je ne désespère de convaincre les parlementaires ainsi que le ¨gouvernement.

Le Rénovateur paru ce 15/09/2020


Propos recueillis par
Cheikh Aïdara

Communiqué ASEPT


Samedi, 13 Septembre 2020

«A ceux qui, lorsqu’un malheur les frappe, disent: Nous sommes à Dieu et c’est à Dieu que nous retournerons»

C’est avec une grande affliction que l’association ASEPT présente ses sincères condoléances, suite à la perte des braves et fervents défenseurs des principes et
idéaux nobles, à savoir : Mountakha Diarisso, Moïse Cissokho, Hamet Cissokho et Youssouf Cissokho. Nous partageons des sentiments sincères avec compassion aux personnes blessées.

Cette date du 01/09/2020 restera gravée à jamais dans la mémoire. Notre communauté soninkée a été secouée dans ses valeurs par des actes barbares et inhumains.

Notre fermeté face à une telle atrocité est inconditionnelle et sans partage. Les actes sont ignobles, injustifiés et aucune conscience saine ne peut les cautionner.
Le mouvement Ganbanaaxu est plus que déterminé à exercer ses droits les plus fondamentaux. Cette douloureuse épreuve contribue à l’éclosion de la lumière jaillissante que nous proposons. Les mentalités malveillantes n’ont de place dans notre société et l’ordre doit régner sans concession.

Nous transmettons toute notre empathie et vous adressons notre attendrissement le plus loyal aux familles des défunts et à l’ensemble du mouvement Ganbanaaxu.
Nous prions Dieu Tout Puissant de les assister dans cette triste circonstance, d’accueillir les défunts dans son vaste paradis parmi ses pieux serviteurs et de les accorder sa sainte miséricorde.

Pole communication ASEPT

À la mémoire de nos camarades antiesclavagistes tués à Djandjoumé (1/9/20)

Morts libres et dignes.

• Élément média TV5

Dix jours déjà, le lynchage criminel perpétré sur des militants antiesclavagistes Ganbanaaxu de Djandjoumé, Tonton Mountakha, ses camarades et leurs familles. Il y a 2 jours en parlant au téléphone avec une femme ayant perdu son fils dans l’équipée assassine, depuis Nioro, elle m’expliquait que tout le village A LAISSÉ FAIRE tout simplement. Cette dame déjà veuve il y a un mois après le décès de son mari, a déclaré que tout a été prémédité avec une horde d’hommes qui ont commencé par assaillir leurs maisons de projectiles. Par la suite ils se sont acharnés à coups d’armes blanches et de gourdins sur les militants antiesclavagistes et les ont mis dans une moto-charrette. Par la suite, ils ont été achevés près du village dans un cours d’eau. Aux dernières nouvelles plus de 20 personnes parmi les milieux féodalo-esclavagistes sont aux arrêts à Nioro .

À partir de ce jour 10/09/20, je tiens à une modeste initiative d’inclure au slogan du blog les lettres initiales de leurs prénoms et la date de cet événement cruel.

Oui… Morts libres et dignes !

Nous ne vous oublions jamais…JAMAIS !

Des experts des Droits humains de l’ONU commencent à bouger timidement sur cet esclavage par ascendance a été toujours haineux et devient tueur comme il l’a été dans le passé au sein de certaines communautés noires ouest- africaines.

À lire https://cndhmali.com/index.php/2020/09/09/des-experts-des-droits-de-lhomme-des-nations-unies-ont-appele-aujourdhui-les-autorites-maliennes-a-mettre-fin-a-lesclavage-une-fois-pour-toutes/

Par KS pour le BLOG

ÉDUQUER C’EST ÉVEILLER LES SENS DE L’ENFANT. Par KIDE Baba Gallé

Questionner le sens de ce que nous connaissons, de nos vérités et de nos imaginaires doit être au cœur de nos philosophies. Questionner le sens de nos pratiques et de ce qui soutient nos traditions doit être fait dans l’optique de les améliorer avec intelligence. Ce questionnement, quand il aura atteint les décideurs et les penseurs de tout bord, devrait trouver ses premières réponses dans cette volonté de créer un univers de paix et de tolérance. Toute éducation, qu’elle vienne d’ici et d’ailleurs, ne serait juste et comprise que si elle défend l’intégrité humaine – la dignité de la personne de l’autre et de l’acceptation de l’autre. L’autre n’est autre que nous avec nos peurs et nos angoisses, nos imaginaires et nos perceptions floues et ambiguës. Comprendre une telle pensée doit nous préparer, comme écrivait Auguste Compte, à vivre pour autrui afin de revivre dans l’autrui. Ainsi, éduquer c’est véhiculer des codes et des valeurs qui participent à construire des ponts entre les peuples pour que les rires se partagent, les joies se transmettent et que les peurs puissent être comprises et non rejetées. Eduquer, éveiller, construire et transmettre, voilà les finalités de toute civilisation consciente de la diversité des peuples et de l’unité de cette même diversité. Puisque toute diversité est une partie de l’unité, apprenons à nos enfants à se détacher de leur « ignorance primaire » afin qu’ils puissent les transformer en source de dépassement et de compréhension de ce qu’ils traversent et ressentent. Le comprendre d’une autre manière est aussi une des facettes de nos philosophies et non l’opposé de la philosophie de l’unité. Eduquer à ne pas faire des différences mais à créer des liens, des ponts et des sentiers – des sentiers pérennes et unificateurs. Eduquer à ne rejeter ce que nos perceptions et nos imaginaires ne comprennent, car il n’y a autant de vérités que d’humains mais, ce qui devrait être au cœur de nos agissements doit nous mettre sur le chemin de la tolérance afin que nous saisissions le sens profond qui se cache sous la montagne de nos méfiances et de nos préjugés.

Eduquer à ne pas juger mais à apprendre, à apprendre à connaitre l’autre, l’autre dans ses croyances et ses habitudes. Eduquer à penser, à transmettre – la bonne parole, l’action juste et la bonne pensée. Nous rentrons ici dans la profondeur de la pensée de l’auteur des Confessions. Vous l’aurez compris qu’il est question ‘d’éducation positive’. J’appelle éducation positive ce qui tend à former l’esprit avant l’âge, et à donner à l’enfant la connaissance des devoirs de l’homme, nous répond le philosophe. Eduquer à ne remettre les causes de nos échecs aux autres, mais de se remettre en question et à questionner le sens de ce que nous faisons, de ce que nous pensons et de ce que nous recherchons ; les racines de toute éducation qui cherche à s’épanouir et à exister en ayant conscience de sa présence et de ce qui nous entoure. Eduquer à s’accepter, à créer une volonté de puissance qui agit et qui comprend le sens de l’éducation. Puisqu’elle est l’arme la plus puissante que nous possédons, utilisons la pour changer et changer le monde, pour paraphraser Nelson Mandela. Eduquer c’est aussi imaginer ; savoir distinguer le visible et l’invisible, l’utile et l’accessoire, le vrai du faux, le juste et l’injuste. En éduquant nos sociétés à se voir comme des enfants qui apprennent à marcher, à parler, à penser et à connaitre le sens des choses et des êtres, nous aurions compris que toute éducation est une éducation sur nous et sur les autres, un devoir de bâtir des sentiers de réconciliation entre nos philosophies d’autrefois et nos traditions d’antan.

La première éducation est celle de la découverte du sens de nos sens, de ce que nous sommes et de ce que nous renvoyons comme enseignement à ceux qui nous découvrent et nous rencontrent. Eveiller les sens de nos enfants c’est leur montrer la source et l’essence de ce que nous croyons être juste ou bon à réformer et non de leur imposer l’image de ce que nous pensons qu’ils devraient être, prêchait Jiddu Krishmanurti. Eduquer c’est éveiller le sens de l’enfant en nommant explicitement et pédagogiquement les choses et les êtres sans chercher à dénaturer pernicieusement le sens qu’ils renvoient et la substance qu’ils renferment. La doctrine que l’on transmet est importante mais ce qui donne une force déracinable à nos éducations c’est l’essence de l’éveil que nous cherchons à pérenniser, pour reprendre Ernest Renan. Quand un enfant aura saisi la substance des choses et des êtres, il saura les définir, les comprendre, les faire comprendre et les transmettre. Il saura quelle vie il est sensé vivre et quel comportement adopté pour vivre et faire vivre – le sens de l’existence.

Toutes les éducations n’ont pas les mêmes finalités. Certaines sont faites pour soumettre et, d’autres, sont construites pour libérer.

Les premières sont celles qui créent un univers de méfiance entre les peuples et des barrières entre les hommes. Ce sont elles qui créent des différences entre les hommes et qui opposent des limites à nos capacités. Ce sont elles qui emprisonnent la femme et qui enferment les intelligences. Celles qui libèrent sont celles qui tracent des cheminements vers « la justice et la liberté. Il n’y a pas de justice sans égalité et il n’ait point de liberté sans justice ». Les éducations qui enferment et qui nient l’existence de certains peuples sont celles qui opposent la justice à la liberté, l’égalité à la fraternité et qui combattent les pensées qui tendent vers l’humanisme et la tolérance.

Cependant, quand une éducation se fixe pour finalité d’exploiter les individus, elle instaure un climat de violence et d’ignorance ou tout devient ambigu, flou et insensé. La culture de la peur s’installe et fait le lit de l’ignorance. C’est dans ces circonstances que les hommes deviennent des loups pour d’autres et que des conflits surgissent pour opposer les consciences, hiérarchiser les intelligences, les imaginaires et, finalement, les peuples. Une éducation qui restera dans les consciences avec une tranquillité sereine est celle qui éduque à ne pas haïr et à ne pas s’haïr, à construire et à ne pas détruire, à ne pas souffrir ni à faire souffrir, à comprendre et à faire comprendre, à éveiller et à transmettre les valeurs de tolérance et d’égalité. Une telle éducation est un idéal qui n’est point le rêve d’un penseur qui dort mais d’un père qui rêve que ses enfants ne soient jugés ni sur leurs origines ni sur leurs conditions sociales.

Notre actualité nous exhorte de revoir le sens que nous donnons à ce que nous croyons et à les comprendre pour découvrir la raison de notre présence et la signification de ce qui existe ici et ailleurs. Pour qu’une telle société émerge dans ce brouillard qui ne laisse apparaitre que des horizons flous et des visions à demi teintés, apprenons à réapprendre à s’accepter, à aimer, à tolérer.

KIDE Baba Gallé

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur

Des experts des droits de l’homme de l’ONU exhortent le Mali à mettre fin à l’esclavage une fois pour toutes

GENÈVE (9 septembre 2020) – Des experts des droits de l’homme des Nations Unies* ont appelé aujourd’hui les autorités maliennes à mettre fin à l’esclavage une fois pour toutes, après que quatre hommes considérés comme nés dans l’esclavage ont été battus à mort et qu’une femme de 80 ans et deux autres personnes ont été gravement blessées la semaine dernière.

« Rien ne peut justifier la persistance de la pratique de l’esclavage », ont déclaré Alioune Tine, expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Mali et Tomoya Obokata, rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et leurs conséquences. « Nous condamnons ces actes barbares et criminels qui violent le droit à la vie, à l’intégrité physique et à la dignité humaine, et qui restent trop souvent impunis ».

Ils ont demandé « une enquête rapide, transparente, impartiale et approfondie » sur l’attaque du 1er septembre à Djandjoumé (région de Kayes), et que justice soit faite pour les victimes.

L’un des morts, un homme de 69 ans considéré comme un esclave, avait obtenu une décision de justice contre l’imam du village au sujet des terres agricoles. Certains membres de la communauté se sont opposés à la décision du juge, ont encerclé les maisons des soi-disant esclaves et les ont sauvagement battus. Les quatre hommes morts avaient entre 42 et 72 ans ; une femme âgée et un couple marié, âgés de 30 et 44 ans, ont été hospitalisés. Onze personnes ont été arrêtées.

« Ce système d’esclavage par ascendance persiste malgré le fait que l’esclavage ait été officiellement aboli au Mali en 1905 », ont déclaré les experts. « L’esclavage constitue également un crime contre l’humanité dans le Code pénal malien ». Les personnes sont considérées comme nées esclaves parce que leurs ancêtres ont été capturés et réduits en esclavage et que leurs familles « appartiennent » aux familles propriétaires d’esclaves depuis des générations. Les personnes qui sont considérées comme des esclaves travaillent sans rémunération, peuvent être héritées et sont privées des droits humains fondamentaux.

L’année dernière, un membre d’une organisation antiesclavagiste a été expulsé de son village dans la région de Kayes sur ordre du chef de village, et une cinquantaine de personnes qui contestaient leur statut d’esclaves ont été forcées par les chefs traditionnels locaux de fuir un autre village.

« Ces incidents effroyables illustrent l’échec de l’État malien à mettre en œuvre ses engagements internationaux en matière de protection des droits de l’homme », ont déclaré Tine et Obokata. « Dans certains cas, les chefs traditionnels et les autorités étatiques semblent clairement être complices des auteurs ».
Tine et Obokata ont appelé le Mali à adopter au plus vite une loi criminalisant spécifiquement l’esclavage, à l’instar d’autres Etats de la région comme le Niger et la Mauritanie, et à coopérer avec les organisations de défense des droits de l’homme pour mener une campagne nationale visant à abolir l’esclavage.

« Il est également essentiel que le Mali cesse de punir les défenseurs des droits de l’homme et les autres personnes qui tentent de mettre fin à l’esclavage par ascendance », ont-ils déclaré. « Le gouvernement doit tenir tête aux chefs traditionnels et religieux qui tolèrent des pratiques effroyables telles que l’esclavage ».

Dans son dernier rapport du 15 janvier 2020, Tine s’est prononcé contre les attaques contre les personnes considérées comme esclaves et contre l’arrestation et la détention arbitraire de 16 défenseurs des droits de l’homme anti-esclavagistes.

©️ Crédit source: https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26219&LangID=F

Sooninkara Buutu : Déclaration de Solidarité aux Victimes de Diandjoume


À la suite de la violence qui a coûté la vie á Montagha Diarrisso, Hamet Cissokho, Issoufou Cissokho et Gossi Cissokho à Diandjoume le 1 Septembre 2020, nous, membres de Sooninkara Buutu présentons nos condoléances les plus attristées à leurs familles, à toute la communauté soninke et au peuple malien. Puisse le Tout Puissant leur faire miséricorde et les accueillir en Son Saint Paradis.

Nous saisissons cette douloureuse occasion pour non seulement compatir à la peine des familles éplorées et leur exprimer notre solidarité mais aussi condamner sans réserve toute forme de violence et toute atteinte à des vies humaines comme ce fut le cas à Diandjoume. Nous dénonçons les incidents survenus dans ce village en tant que violation grave des droits de l’homme motivée par un esprit de féodalisme qui n’a aucune place dans notre société qui aspire à plus justice et d’équité. Nous estimons qu’il n’est pas acceptable que tels actes puissent se produire en ce 21eme siècle et demandons à ce que les auteurs de ces crimes odieux soient punis conformément à la loi. Aucune personne n’a le droit d’ôter la vie à une autre.

Ce qui vient de se passer à Diandjoume n’est malheureusement pas un cas isolé. Au cours de ces dernières années, des incidents similaires se sont produits dans les villages Sooninké. Ce fut le cas à Lany, à Bafarara au Mali et à Koyina en Gambie pour ne citer quelques-uns.

Malgré la multiplication des initiatives pour trouver des solutions à cette explosion de la violence, force est de reconnaitre que notre communauté fait face á une crise sociale majeure qui demande une action immédiate de notre part.

Moralement, nous ne pouvons pas laisser cette situation se détériorer davantage. Il y va de notre honneur et de notre avenir. Nous devons comprendre que si nous n’y faisons pas face, d’autres viendrons le faire à notre place, à leur manière et certainement á nos dépens. Régler cette situation est une question de justice sociale et de devoir moral qui incombe à tout membre de la communauté sans distinction. Ne doit-on pas se rappeler que « l’injustice n’importe où est un danger pour la justice partout, » comme l’a si éloquemment dit Dr Martin Luther King.

Partant de ce qui précède et compte tenu de la gravité de la situation, nous estimons qu’il est impératif d’accorder une attention particulière à cette question qui nécessite une solution urgente pour éviter le pire mais sommes confiants que cela est à notre portée, car nous avons des bonnes volontés et des compétences nécessaires pour aider la communauté à se réconcilier avec elle-même pour le plus grand bien de tous.

Rappelons que Sooninkara Buutu est un mouvement mauritanien naissant mais ouvert qui vise á libérer les potentialités de la communauté Sooninke afin qu’elle protège ses droits de façon effective et joue pleinement le rôle qui est le sien dans la vie de la nation. Il adhère pleinement à l’esprit et à la lettre de la Charte Universelle des Droits de l’Homme.

Sooninkara Buutu

Nouakchott le 08, Septembre 2020

Mauritanie

©️ Crédit source: posts FB membres SB et Groupe whatsapp SB

Ganbanaaxun fedde : Mots de remerciements par le Président Gaye Tene Traoré

• Fraternité Justice Developpement

Paris le 06 Septembre 2020

Mots de remerciements


Chers militantes et militants du réseau Ganbanaaxun fedde .
Je vous remercie d’être venu nombreux à Métro Duroc pour vous incliner devant la mémoire de nos vaillants et valeureux militants suite leur assassinat par la féodalité locale. Nos vaillants et valeureux militants lâchement lynchés , tués et découpés. Ici à travers ma voix c’est tout le réseau Ganbanaaxun fedde qui présente ses condoléances à vous et aux familles des victimes assassinés ainsi qu’aux blessés, aux veuves et orphelins .
Puisse Allah ouvrir les portes de sa miséricorde aux âmes de nos défunts père feu Mountaga Diarisso président de Ganbanaaxu Diandioumé , à notre père feu Oussy Cissokho , à celles de nos frères feu Gaoussou Cissokho et de feu Hamet Cissokho .
Diarisso Mountagha a été agressé plusieurs fois et sa maison saccagée , sa dernière agression meurtrière date du premier septembre 2020 , il a été assassiné parce qu’il voulait vivre libre ,être libre de toute assignation coutumière . Quant à la famille cissokho , elle a subi la haine des miliciens de kingui suite à leur victoire judiciaire après un litige foncier, l’imam de Diandioumé a déclenché les hostilités en défiant le procureur de la république de NIORO du SAHEL . Son interpellation a été déclencheur d’une furie meurtrière de la milice locale de Kingui contre nos militants et soutenu par des funestes réseaux à travers la Diaspora . A ces adversaires meurtriers nous leurs disons que la mort n’a jamais empêché le triomphe de la vérité , et cette réforme sociale que nous voulons s’est imposée en nous , on peut vivre en paix et en harmonie sans esclavage statutaire cela exige d’autres codes de valorisations sont à inventer . A ces adversaires meurtriers nous leurs disons que nous sommes dans une république , les lois fondamentales de la république l’emporte sur les coutumes et les pactes en cas de conflit . Et quand on est pas d’accord avec une décision judiciaire les voies de recours existent en république. Nous avons en notre disposition des messages vocaux des extrémistes féodaux se réjouissant de ces assassinats, nous avons aussi un message vocal qui incitait au meurtre de ces quatre personnes citées ci-dessus de manière nominative à travers l’audio d’un certain LASSANA DIABY résident dans la région ile de France . IL est temps de montrer les visages de tous ces extrémistes féodaux aux autorités françaises et aux chancelleries des pays où ils résident . Depuis 2018 l’ostracisme dont est victime les militants de Ganbanaaxu au Mali n’a pas alerté à suffisance les autorités locales du cercle de NIORO et cela pas faute de communiquer et d’alerter pourtant , les verdicts ont été toujours en deçà de la gravité des délits même pour un profane en droit. Le procureur de NIORO DU SAHEL de l’époque aurait dû donner l’exemple depuis la première agression de feu MOUTAGHA DIARISSO 65 ans bastonné par un jeune de 35 ans parce que de statut esclave, article paru dans le journal Mali SADIO numéro 073 Du vendredi du 18 Mai 2018. Malgré ces assassinats Ganbanaaxun Fedde reste et restera constant dans sa lutte pour éradiquer l’esclavage statutaire et toutes formes d’inégalités dans la communauté SONINKE dans un esprit républicain et pacifique, nous déplorons ce silence complice de ceux qui se veulent hérauts de la communauté quand il s’agit des folklores . Une société doit se réformer pour sa survie et la paix sociale .

D’autre part je soutiens que cette milice de kingui épouse une certaine vision religieuse d’un érudit SONINKE pour qui l’esclavage dans le milieu soninke se justifie religieusement et traduire cela dans les faits ne peut que donner violences et meurtres .Nous avons manifesté par le passé contre le discours de cet érudit devant la chancellerie de l’ARABIE SAOUDITE quand il a renouveler ce même discours et nous sommes disposés à refaire cette même démonstration de force. Que ces assassinats n’entament point votre conviction et votre constance dans la lutte , l’histoire retiendra qui voulait la paix sociale en demandant une réforme au sein de SONINKAARA au nom de la cohésion sociale, le temps des grandes conférences , des cours magistraux devant acquis à sa cause est révolu . On ne réforme pas une communauté par des invocations stériles qui ne sont pas suivis d’actions , une réforme est douloureuse , elle cisaille et je l’avais écrit par le passé d’où une exigence de lucidité commune.

Chers militants de Ganbanaaxun fedde le nom de chacun d’entre nous est lié à ce mouvement historique et la postérité ne peut retenir de vous que des abolitionnistes réformateurs peu importe le procès de nos détracteurs , la violence subie ainsi que les assassinats . Le temps , meilleur juge a montré que les alertes données par Armepes-France depuis dix ans étaient fondées , et que la crainte évoquée était justifiée . Nous n’avons pas été pris au sérieux , l’indifférence et l’indignation sélectives de certains intellectuels de la communauté relèvent d’une trahison et d’un mépris envers leur propre communauté . Le temps , meilleur juge a montré que les laada , ces coutumes forcées , peuvent être aussi meurtrières et sources de tensions sociales en portant atteinte à la dignité humaine . L’Etat malien plus précisément les autorités sécuritaires , administratives et judiciaires du cercle de NIORO devraient faire en sorte que la république triomphe en tout lieu, la décision d’un chef coutumier ne vaut pas arrêté préfectoral ou communal.
Nous remercions cet élan de solidarité et de secours de tout le réseau malien des défenseurs des droits humains suite à ces assassinats , la répétition des assassinats est imminente car certains miliciens du réseau ayant massacré nos vaillants militants n’ont éprouvé aucun regret et sont prêts à récidiver. Une pensée aux veuves et au orphelins de nos vaillants et précieux militants morts pour la défense leur dignité, la dignité humaine . Nous continuerons à dénoncer les coutumes barbares et meurtrières : le slogan qui consiste à dire « PAS D’ESCLAVAGE CHEZ NOUS C’EST JUSTE LA COUTUME » est un argument insultant qui ne tient plus dans l’argumentaire des féodaux de SONINKAARA au près l’administration locale. Le premier septembre 2020 est une date à retenir dans l’histoire de la communauté SONINKE .

Salutations militantes

TRAORE GAYE alias GAYE TENE ,

Président Armepes-France et Initiateur de Ganbanaaxun fedde

Mail : Ganbanaa@hotmail.com

Suivre Lien média : https://www.ganbanaaxufedde.com/mots-de-remerciements-aux-militants-et-sympathisants-de-ganbanaaxun-fedde

Mauritanie/Politique : Déclaration du Député Biram Dah Abeid

Pendant mon séjour, hors de Nouakchott la capitale, j’apprends que Sidi Mohamed Taleb Amar, Président de l’Union Pour la République (UPR) a invité et rencontré son homologue Samba Thiam, des Forces Progressistes pour le Changement (FPC). Le principe même de l’audience et les échanges inédits, entre les deux personnalités de premier plan, représentent un symbole d’ouverture et un pas important sur le chemin de la réconciliation et de la cohabitation des mauritaniens. Je félicite et encourage les formations précitées à aller, ensemble vers la concorde nationale, sous l’égide des idéaux d’égalité, de reconnaissance mutuelle et de lutte contre l’impunité.

Dans le même ordre, je note, avec satisfaction, l’amorce d’une meilleure gouvernance au travers de la décision-circulaire du ministre de l’intérieur, Mohamed Salem Ould Merzoug, interdisant les rassemblements à caractère tribal, y compris ceux destinés à soutenir le Président de la république et les activités du parti au pouvoir.

Biram Dah Abeid
Député de la Coalition Rag-Sawab

Lundi 7 septembre 2020

Entretien de RMI avec Docteur Sao Ousmane : « le prochain pari du gouvernement actuel serait celui de la lutte pour l’emploi et de la lutte contre la pauvreté. »

RMI info : Présentez-vous à nos lecteurs

Mr SAO : Avant tout, je vous remercie ainsi que les membres du RMI info pour cet entretien.

Je m’appelle Sao Ousmane, de nationalité mauritanienne et je suis originaire de la vallée du Fleuve dans la région de Gorgol (Kaédi). Sur le plan associatif, je suis membre actif de l’association Fedde Hirnangue Bossoya, association qui regroupe plusieurs villages autour de Kaédi. Je suis coordinateur de l’association des jeunes du village de Jooke en Europe et sympathisant actif de plusieurs autres associations humanitaires nationales et internationales en France. Depuis quelques années maintenant, avec des compatriotes, nous avons créé l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des Mauritaniens de la Diaspora (CCDMD) que j’ai l’honneur de présider. Cette association est basée en Europe et regroupe des membres disséminés sur tous les continents. Elle vise à renforcer les liens entre tous les mauritaniens de la Diaspora. Concernant le plan des études scolaires et universitaires, j’ai fait mes années de primaires, secondaires et universitaires à Nouakchott puis je suis parti en France pour des études doctorales. Actuellement je suis chercheur basé en France, titulaire de deux doctorats, le premier en Géologie du quaternaire option géologie de la préhistoire avec un double focus sur la reconstitution des paléoenvironnements et la protection du patrimoine culturel mauritanien, et d’un second doctorat en sociologie politique et relations internationales titré Organisation des Unités sociopolitiques, culturelles et juridiques de la population mauritanienne et relations internationales.

RMI info : Vous avez été un soutien du candidat Ghazouani durant les élections présidentielles en juin 2019 : Quelle appréciation faites-vous de la gouvernance du Président mauritanien Ghazouani ?

Oui effectivement, j’ai été et je suis encore un soutien du Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Durant les élections présidentielles de 2019, je me suis même rendu en Mauritanie, mon pays, pour soutenir le candidat Ghazouani. Pendant cette période électorale, j’ai intégré son équipe de campagne comme conseiller chargé de communication auprès du Directeur National de Campagne. Une mission que j’ai prise avec sérieux et honneur d’autant plus que j’ai pu rencontrer par la même occasion des hommes et des femmes d’état de valeurs investis-es pleinement pour la réussite du candidat et de son programme. Pour répondre à une question que les gens me posent souvent « mais pourquoi le soutenez-vous ? ».

Je l’ai soutenu parce que je crois tout d’abord en l’homme et ensuite je pense que son programme représente le meilleur programme qu’un homme politique peut présenter à son peuple. En politique, il faut faire des choix, des choix de conviction, des choix de valeurs, des choix constructifs… Je suis citoyen mauritanien après tout, j’aime mon pays, quels que soient mes choix, l’engagement pour mon pays sera toujours sans limite. In chaa ALLAH.

RMI info : En quoi son programme est-il le meilleur ?

Dans son programme, le candidat s’engage à ne laisser personne sur les trottoirs ajoutant que son but est que la prospérité prévale, se définissant comme le candidat de la justice sociale. Il a promis d’améliorer les conditions des fonctionnaires et d’œuvrer à la tenue d’un dialogue politique permanent jusqu’à réconcilier les Mauritaniens à la politique. Il a promis par ailleurs de résoudre les problèmes de la Jeunesse, d’encourager les initiatives individuelles, de faciliter l’obtention de microcrédits, d’y attirer davantage de jeunes et de développer l’enseignement technique et professionnel. Il a enfin affirmé que l’état prendra en charge les personnes handicapées afin de les intégrer dans le secteur de l’emploi. Sans oublier la question de la Diaspora (mauritaniens de l’extérieur), il s’est engagé à fournir une plateforme de dialogue et d’échanges entre la diaspora et les décideurs politiques. Il veillera entre autres à ce que les structures soient mises en œuvre pour permettre à la diaspora d’avoir un impact positif à la fois au niveau des pays d’origine et d’accueil. Des mesures à saluer et à concrétiser car pour moi, le lien entre la migration internationale des compétences et le développement du pays d’origine doit être reconnu et soutenu par beaucoup d’acteurs.

RMI info : Puisque vous parlez d’avenir, quelle analyse faites-vous des 365 jours du pouvoir du Président Ould Ghazouani et que vous inspire la formation du nouveau gouvernement avec le départ du premier Ministre après une année?

Je fais une analyse globalement positive. Tout d’abord souligner impérativement que durant les 365 jours le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani est resté jusqu’à preuve du contraire maître de son agenda. Un agenda qu’il maitrise avec précision et c’est un point positif pour affronter les défis qui attendent la Mauritanie. Fidèle aux principes du dialogue, j’estime que l’avènement du président Ould Ghazouani inaugure une nouvelle ère démocratique axée sur plusieurs thèmes.

1- La lutte contre la corruption et la gabegie,

2- La lutte contre la pauvreté sociale, contre le chômage et pour la création durable de l’emploi,

3- Le dialogue social et national inclusif entre les partis politiques et le forum civil,

4- Le combat contre le terrorisme qu’il faut impérativement gagner,

5- Un autre point important est la lutte contre le Covid 19. Une situation spéciale devenue par la force des chose un programme de lutte et de prévention.
Pour le premier point, je pense que les derniers évènements montrent que la police des crimes économiques et financiers mène actuellement une enquête préliminaire sur des présomptions de corruption révélées par le rapport de la CEP (commission d’enquête parlementaire sur les crimes économiques) au cours de la dernière décennie. Une démarche à encourager car cela peut contribuer ainsi que celles qui la suivront, à la moralisation et à la gestion transparente des ressources publiques. Cette nouvelle manière participe aussi à la séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif et donc au renforcement du pouvoir législatif. Pour le reste, laissons la justice faire son travail tranquillement et évitons les commentaires inappropriés d’aucune importance au stade actuel des choses.
Pour le second point Il faut noter que depuis les années 1980, le chômage semble être un phénomène irréversible. Les gouvernements ont multiplié les politiques de lutte contre la crise dans le but de freiner sa progression. Pour comprendre cette problématique, il faut tout d’abord déterminer les différentes catégories de chômage à savoir le chômage : frictionnel, conjoncturel et structurel qui sont définit ainsi selon les économistes et spécialistes.

a) Chômage frictionnel : Le chômage frictionnel résulte d’imperfections du marché du travail. Observable même en situation de plein-emploi, il correspond à un chômage d’adaptation lié aux délais d’ajustement de la main d’œuvre entre deux emplois.

b) Chômage conjoncturel ou cyclique : Le chômage conjoncturel est un chômage économique dû à une insuffisance de la demande globale. Une baisse de cette demande (la consommation des ménages, les investissements, …) conduit les entreprises à avoir un stock de produits non désirés et à réduire leur production et leur investissement ; cela peut conduire à des licenciements et/ou des délocalisations.

c) Chômage structurel : Le chômage structurel est dû à des inadéquations entre les qualifications des individus et les emplois. Il y a une inadéquation entre l’offre et la demande. Les progrès technologiques jouent un rôle déterminant dans l’existence de ce type de chômage. Les progrès impliquent des modifications dans les caractéristiques (connaissances, savoir-faire, …) des postes d’emploi.

d) Chômage classique : Il correspond généralement à des personnes qui ne parviennent pas à trouver un emploi, en raison du nombre de demandeurs d’emploi supérieur à l’offre d’emploi.

e) Chômage saisonnier : Un chômage lié aux variations d’activité au cours de l’année dans certains branche d’activités et qui varie sensiblement selon les périodes de l’année (ex. Tourisme, agriculture…)
Dans notre contexte : La pauvreté correspond à une insuffisance de revenus, entrainant des privations et l’incapacité pour une population de satisfaire ses besoins (se nourrir, accéder à l’eau potable, se loger, se soigner, s’éduquer) et le président Ghazouani a mis en place le programme « Taazour » avec une Délégation Générale de rang ministériel directement rattachée à la Présidence de la République, cette délégation regroupe les programmes et projets de lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la marginalisation inscrit dans le programme et engament du président de la République. Il faut aussi noter qu’un nouveau programme dénommé « CHEILA » destiné à la modernisation des communes les plus pauvres. Ce programme est mis en place pour offrir des services intégrés d’éducation, de santé, de logement, d’aménagements hydro-agricoles, de semi-mécanisation de l’agriculture, d’énergie, de financement de la micro-entreprise et de formation professionnelle. Il faut aussi souligner par ailleurs, qu’un autre programme dénommé « Dari » est mis en place pour les populations des quartiers précaires des principaux centres urbains pour le bénéfice de logements sociaux. Mais pour mener à bien les programmes cités, le gouvernement doit passer par les bonnes performances économiques d’où la nécessité de mettre en place une politique de relance économique qui aura pour but de favoriser la croissance. Dans le cas de notre pays, l’état doit augmenter les dépenses publiques tout en décidant en même temps d’augmenter les revenus d’une certaine catégorie de la population (augmentation des minima sociaux ou du salaire minimum) pour stimuler la consommation. Ce type de politique, d’inspiration keynésienne, est généralement utilisé quand le chômage est élevé et la croissance faible.

Sur le dialogue social inclusif, je pense qu’il faut encourager le Président de la République et son gouvernement pour cette nouvelle forme de gouvernance, basée sur le respect de tous. A mon avis, cette nouvelle forme de gouvernance contribuera à coup sûr à la pacification du pays et permettra de réduire certaines inégalités qui rongent la société mauritanienne et fera disparaitre certaines incompréhensions qui gangrènent la société mauritanienne dans son ensemble. Pour rappel le Président avait dit durant son investiture, « Mohamed Ghazouani sera le président de tous ». Les mauritaniens ont besoin d’être rassurés et je crois qu’il est sur le bon chemin. En Mauritanie, le dialogue social est plus que nécessaire, se parler, s’entendre et se comprendre pour résoudre les problèmes au quotidien, s’écouter, trouver des compromis est une obligation pour l’unité et la cohésion des citoyens. A noter que l’objectif d’un dialogue n’est pas de mettre tout le monde d’accord mais de pouvoir à nouveau discuter et émettre des opinions différentes qui puissent être entendues par tous.

La lutte contre le terrorisme est un combat de toujours qu’il faut impérativement remporter. La situation sécuritaire au Sahel appelle nécessairement à une reconsidération des paradigmes qui, jusqu’ici, ont guidé l’option strictement militaire qui a montré ses limites car à mon avis je crois qu’il y a aujourd’hui, un vrai problème de perception du conflit avec un hiatus entre approches internationales globales et perceptions locales. La Mauritanie en raison de sa position géostratégique contraignante y jouera un rôle d’une importance capitale pour toute solution finale. Mettre l’accent sur la lutte contre le financement du terrorisme en contrôlant les transferts physiques de capitaux aux frontières et de mettre en place une coopération totale et constante de toutes les institutions financières, ainsi que celle des entreprises et professions non financières désignées, afin de détecter et de combattre partout les flux financiers destinés au terrorisme.
Enfin le 5e et dernier point concerne la lutte contre la propagation du virus Covid 19. Elle est d’ailleurs inscrite dans le programme des gouvernements et des infrastructures sanitaires adaptées doivent être érigées pour parer à toutes éventualités et de prévenir l’avenir.
Le prochain pari du gouvernement, selon ma compréhension des choses serait celui de l’emploi et de la pauvreté sociale qu’il est urgent de mener et de réussir. Pour gagner ce pari, il requiert de réaliser sur une période longue une croissance économique soutenue, équitable et au taux le plus élevé possible. Cela suppose l’édification d’une économie d’offre compétitive et performante. On parle d’extrême pauvreté lorsque l’insuffisance de revenus ne permet pas de satisfaire ses besoins essentiels comme se nourrir, accéder à l’eau potable, se loger, se soigner, s’éduquer. La mesure de la pauvreté d’une population peut se faire de manière relative par rapport à un niveau de revenus. Il faut souligner que la pauvreté en tant que problème social est un mal pénétrant qui affecte multiples aspects de la culture et de la société. Par conséquent, les revenus parmi les membres des communautés demeurent invariablement faibles, l’accès aux services tels que l’éducation, les marchés et la santé ne sont que peu développés et les capacités de prises de décisions sont insuffisantes. Cette pénurie affecte également les installations sanitaires communales et l’eau courante, de même que les réseaux routiers et les facilités de transports et de communications. C’est ce qu’on appelle la pauvreté multidimensionnelle. Il est en outre important de souligner que les efforts des pays voulant résoudre par eux-mêmes le problème du chômage sont voués à l’échec car ce défi dépasse nos frontières nationales. Une collaboration régionale pour le renforcement des capacités requises afin de résoudre ce problème est de ce fait indispensable. La Mauritanie pourrait être à l’origine de cette initiative.
En ce qui concerne le départ du premier ministre, je n’ai pas de commentaire à faire, car nous sommes dans une République et cette dernière fonctionne sous l’emprise de la constitution, de la loi et du règlement. De cette constitution, le Président de la République y est investi de dispositions relevant de son rang et de ses fonctions pour incarner la plus haute institution du pays et de choisir librement ses collaborateurs civils et militaires. C’est une prérogative constitutionnelle et institutionnelle indiscutable dans une république qui se respecte.

RMI info : Que pensez-vous du rapport de l’ Assemblée nationale sur la gestion de la décennie d’Abdel Aziz ?

Je crois que l’assemblée nationale a fait son travail en rédigeant son rapport sur la situation économique du pays. Elle est dans son rôle et ce rapport doit se faire à chaque fois que nécessaire. Notre pays a besoin d’institutions fortes, neutres et indépendantes afin de promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance. C’est une nouvelle donne qu’il faut saluer et encourager. Pour ce qui concerne le volet judiciaire du dossier en question, faisons confiance à la justice de notre pays. Le respect de la justice et de la présomption d’innocence me donne le droit de ne pas commenter un dossier en cours de procédure. Il faut dire que l’exercice du pouvoir politique a pour but, l’un de ses buts au moins, l’instauration et la préservation d’une société ordonnée, stable et notre pays en a besoin plus que d’autres.

RMI info – La question de l’esclavage divise les Mauritaniens : une partie des mauritaniens continuent de dire que la pratique de l’esclavage est persistante en Mauritanie, et d’autres nous parlent des « séquelles d’esclavage ». En tant que docteur en sociologie, qu’en pensez-vous ? En tant que citoyen averti, de quel côté êtes-vous ?

Dans aucun des côtés pour répondre directement à votre question. Je prône une approche méthodique et explicative car je pense que beaucoup de Mauritaniens aimeraient comprendre, comme moi, les faits et les replacer dans leur contexte. En tant que sociologue, mon rôle n’est pas d’être dans un camp, et en tant que citoyen averti, je me refuse catégoriquement de rester cloisonner selon les camps car pour moi notre pays mérite mieux que cela. Même dans cette attitude volontaire, je m’inscris résolument dans la disparition totale de certaines situations sociales qui n’ont rien à voir avec le progrès social.
Ceci étant dit, nous constatons qu’en Mauritanie, certaines personnes ont un sérieux problème sémantique avec les mots : apartheid, esclavage, séquelle, éradication, discrimination, inégalité sociale, évolution sociale, progression sociale, féodalité, hiérarchisation sociale, tribu, ethnie, communauté, cohabitation et j’en passe. Des mots qui doivent avoir leur sens sur le plan juridique, sociétale et politique. Pour moi chaque mot à son sens, chaque phrase à ses mots. Il faut tout juste veiller à ce que les personnes responsables les utilisent avec le contexte du moment en évitant les surenchères inutiles. Des inégalités politiques et sociales, il en existe et c’est à l’Etat de veiller à la réduction de ces inégalités pour le bien de tous. Il faut donc encourager l’Etat dans son combat qui consiste à éradiquer certaines de ces survivances et séquelles et pour cela, je fais appel à notre intelligence collective et à la maturité du peuple mauritanien pour lutter contre ces considérations qui ne cessent de nous gangrener. Le pays a une grande chance d’avoir des compétences dans toutes les couches sociales, il suffit tout juste de faire preuve d’esprit d’ouverture et d’acceptation de l’autre pour l’intérêt de la Nation mauritanienne.
Pour rappel, dans son rapport de 1994 sur la pauvreté en Mauritanie, la Banque mondiale écrit que malgré le fait que l’esclavage ait été aboli par la loi de 1981, il subsiste encore sous différentes formes et qu’il prendra beaucoup de temps à disparaître. Bien avant, la première Constitution de la Mauritanie indépendante de 1961 a établi le principe d’égalité entre les citoyens. La Constitution de juillet 1991, dans son préambule, évoque le droit à l’égalité. L’ordonnance du 5 juillet 1981 a aboli l’esclavage sur l’ensemble du territoire national. Pourtant à cette époque, la situation ne s’était pas pour autant améliorée car l’ordonnance n’avait pas été suivie d’une application effective. Puis une autre loi a rectifié et a endurcit les peines de celles de 2007 incriminant l’esclavage qui n’avait pu être appliquée en raison du coup d’État de 2008. Dans la même logique, le parlement mauritanien a adopté le 13 août 2015 une nouvelle loi contre l’esclavage inscrivant cette pratique comme crime contre l’humanité sous peine de 10 à 20 ans d’emprisonnement pour les auteurs. Cette nouvelle loi a été d’ailleurs saluée par Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les formes contemporaines de l’esclavage.
Le constat que je fais de la situation, est que la communauté maure à l’image de celle des Négro-mauritaniens, est très stratifiée. Cette division sociale très poussée est protégée par le système des castes. Le système des castes dans nos sociétés induit la transmission générationnelle des savoirs, des charges et des ordres, on parle de la biologisation des rapports sociaux. Le professeur Abdel Weddoud Ould Cheikh a d’ailleurs dit que l’esclavage chez les Maures est « une institution aussi ancienne que les Maures eux-mêmes ». Nous pourrions en dire autant des sociétés négro-mauritaniennes construites sur une base inégalitaire d’ordres et de castes restées inchangés malgré les bouleversements intervenus de la fin du Moyen-Âge à nos jours. Les légendes et les mythes fondateurs des Etats traditionnels de l’espace mauritanien nous signalent l’existence et l’ancienneté de l’esclavage dans l’espace culturel du Tékrour et du Wagadou, autrement dit dans l’Empire ouest-africain du Ghana.
Actuellement, les enjeux politiques sont en ce sens devenus le terreau fertile à partir duquel les uns s’ingénient à maintenir leurs anciens privilèges et leurs prééminences, et les autres à améliorer leur sort par une représentation politique et une affirmation de soi. Ce jeu de remise en cause des anciens ordres contribue à la reproduction « mécanique » de deux camps qui s’affrontent sempiternellement : l’un milite pour une renégociation des hiérarchies sociales anciennes, l’autre pour leur maintien. En effet, selon les protagonistes des contestations, aucune liste ne doit désormais être d’une seule coloration statutaire. Un tel procédé, s’il calme les ardeurs à court terme, n’est pas de nature à réduire la portée des contradictions entre les deux identités rivales : il ne s’agit là que d’une paix fourrée, d’un dosage socio-identitaire qui perpétue l’écart entre les différentes composantes de la société. Mais sans perdre de temps sur le danger palpable de la fausse dichotomie de ces deux perspectives, il est plutôt nécessaire de souligner l’idée qu’un enrichissement mutuel des modes traditionnels et occidentaux de gouvernance est possible. Celui-ci n’est envisageable qu’au travers d’un engagement urgent, profond et de long terme en faveur d’une réforme des règles et normes traditionnelles mauritaniennes jusqu’à présent inchangées. Il faut aussi éviter de faire de cette affaire « un fonds de commerce politique » pour des politiciens sans scrupule qui ne croient qu’en leur survie politique personnelle. Donc vigilance.

RMI info : Vous êtes président de l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des mauritaniens de la Diaspora, une association regroupant des mauritaniens en France et dans le monde. Que pensez-vous du rôle de la diaspora dans son ensemble?

Depuis toujours on peut souligner que l’action de la diaspora est essentiellement une action privée, individuelle ou bien le fait de petits groupes, mais dans la plupart des cas, c’est une action informelle. Son rôle est aujourd’hui évident et reconnu partout. Non seulement elle aide les familles, mais aussi, elle investit, crée dans les villages des projets de développement. Elle contribue au développement de son pays d’origine. Avec la crise sanitaire (Covid19), son rôle a été essentiel pour participer efficacement à l’élan de solidarité demandée par nos gouvernants : non seulement la diaspora agit par des incitations économiques, par la compréhension fine de leurs besoins (ressources humaines …), mais aussi par une stratégie d’influence ciblée. La binationalité économique de la diaspora n’est plus à démontrer. Il est évident que chaque fois qu’elle a pu agir de son propre chef, la diaspora n’a pas hésité à le faire, mais il est aussi vrai qu’une telle action ne suffit pas pour transformer les choses de manière significative. Il ressort de ces expériences qu’une intervention rondement menée de la diaspora au niveau communautaire peut être vitale pour le développement communautaire et la paix intrarégionale. Les membres de la diaspora qui ont réussi peuvent ainsi devenir des modèles et apporter à la jeunesse l’encadrement et la vision nécessaires pour la construction pacifique de la nation. Parce que plusieurs de ses membres sont des modèles et des mentors dans leurs familles et leurs quartiers, la diaspora doit mieux participer à la mise en exergue de valeurs qui font la fierté d’être mauritanien. L’unité factuelle de tous les mauritaniens, quel que soit leur ethnie, leur apparence politique, fait que nous sommes heureux de nous retrouver entre mauritaniens, entre africains pour parler de nos pays. Comme disait Napoléon Bonaparte « la première des vertus est le dévouement à la patrie ». Voilà une des caractéristiques de notre Diaspora.

RMI info : Que pouvez-vous nous dire de la jeunesse et des jeunes ?

Samuel Ullman disait que : « La jeunesse n’est pas une période de la vie. Elle est un état de l’esprit, un effort de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort ». La jeunesse représente une force vive, elle est riche des aspirations propres à ce moment de l’existence. Mais aujourd’hui encore, des conditions de vie précaires (chômage, exclusion, pauvreté, particulièrement nuisibles aux jeunes défavorisés) gâchent ce potentiel et cette énergie. Ils constituent incontestablement un groupe d’âge décisif, capable de raisonner et d’agir avec maturité. Leur participation ne peut pas être reléguée à un avenir incertain : c’est dès maintenant que nous avons besoin de leur concours. Il est nécessaire de dépasser l’idée selon laquelle les jeunes, un jour, « hériteront » de la Terre ; en réalité, ils ont dès aujourd’hui un rôle important à jouer dans l’édification du monde. C’est à juste titre qu’ils exigent d’être entendus et de pouvoir s’exprimer pour que soit reconnu la valeur de leur apport à la société. Nos Etats se doivent de donner à nos jeunes la volonté et la possibilité de participer à un projet collectif.

RMI info : Vous avez soutenu une première thèse de doctorat en Géologie du quaternaire (option géologie de la préhistoire, reconstitution des paléoenvironnements et protection du patrimoine culturel matériel et immatériel mauritanien).

Oui effectivement avant la seconde thèse en Sociologie politique (organisation des unités sociopolitiques et culturelles de la population mauritanienne) soutenue en 2014, j’ai pu soutenir en 2010 une première thèse en sciences. Ce travail de thèse, débuté en Master Recherche à la Faculté des sciences de l’Université de Perpignan est donc essentiellement consacré à l’étude sédimentologique en vue d’établir la reconstitution des paléoenvironnements sédimentaires qui se sont succédés dans le secteur du Guelb er Richât (Adrar de Mauritanie). Dans mes recherches doctorales, la notion de patrimoine se profile comme un élément de reconnaissance de la richesse et de valorisation des lieux constituants, par là même, un facteur de développement local dans certaines régions. Le patrimoine culturel reflète l’identité d’un territoire et relie une population à son passé. Il s’enracine dans l’histoire, l’architecture, les traditions d’une communauté et les ressources naturelles d’un terroir. C’est un héritage culturel partagé qui garantit les identités locales. En ce sens, la valorisation du patrimoine culturel est liée à la façon de le représenter. La thématique de la valorisation du patrimoine culturel occupe une place majeure dans notre champ de recherche. Elle prend en considération l’importance des patrimoines et des traces culturelles dans la représentation des territoires. Elle pourrait ainsi optimiser le processus de patrimonialisation et l’adapter aux attentes de la société. Il est à noter que la création patrimoniale se distingue d’une région à une autre.

RMI info : Dr Sao, un dernier mot à nos lecteurs :

Je voudrais tout d’abord vous remercier et ensuite avec la situation actuelle encourager mes compatriotes mauritaniens de poursuivre la sensibilisation sur la nécessité de maintenir les mesures barrières afin de prévenir la propagation de la pandémie du COVID 19. En dernier j’encourage les responsables de la nation à travailler à l’élaboration et au renforcement de dispositifs permettant d’impliquer plus significativement la jeunesse dans le développement du pays. Cet effort peut notamment passer par des échanges entre les jeunes vivant au pays et leurs concitoyens de la diaspora qui représentent une force extraordinaire.

Propos recueillis par Saidou Wane

©️ Crédit source: http://rmi-info.com/entretien-de-rmi-avec-docteur-sao-ousmane-le-prochain-pari-du-gouvernement-actuel-serait-celui-de-la-lutte-pour-lemploi-et-de-la-lutte-contre-la-pauvrete/

« Nouakchott, le 4 Walata 1986, Réminiscences d’un ado » Par Bocar Oumar BA

Demain 4 septembre, nous commémorons les premières arrestations en 1986 de cadres et intellectuels noirs mauritaniens ; arrestations qui devaient ouvrir la porte au tristement célèbre mouroir de Walata, faisant basculer par la même occasion le régime du sanguinaire Taya dans l’horreur.

N’eut été le fait que Walata repose indubitablement la question nationale en Mauritanie, s’autoriser à l’évoquer alors qu’on n’y était pas relèverait presque de l’impudeur. Que ceux qui y ont souffert le martyr me pardonnent d’avance cette forme d’intrusion.

J’étais un jeune adolescent en 1986 quand, achevant mes vacances d’été à Nouakchott, j’apprenais l’arrestation de plusieurs personnes en même temps, certaines que je connaissais parce que de ma famille, d’autres parce que de notoriété déjà installée. L’agitation dans l’univers familial de quelques-uns de mes ainés alors étudiants, et déjà bouillonnant de militantisme et de subversion me fit prendre de plein fouet conscience que ma vie de jeune noir n’allait pas être de tout repos, pour peu qu’il me restât encore un soupçon de cette saine colère que l’on appelle le pouvoir d’indignation. S’ensuivirent des manifestations de rue quotidiennes auxquelles je me mêlais. Quasiment les premières de mon parcours de militant. Quelques-uns des ainés que je suivais dans ses manifestations seront également arrêtés. Hommage, respect et affection à mon grand-frère Abdoul Aziz Ba dit Tazi qui, bien que n’ayant pas été à Walata, fît plusieurs séjours en prison. D’autres, après des semaines durant à jouer au chat et à la souris avec la redoutable police politique de Taya, prirent le chemin de l’exil. Que mon frère Ciré Ba trouve ici mon admiration et mon affection.
Semaine après semaine, la liste des détenus politiques s’allongeait. Tous ou presque appartenaient à la communauté Peul. Quelques noms connus et reconnus donnaient à ces arrestations une tonalité toute particulière, rendant le climat en milieu négro-africain terriblement anxiogène.

Tène Youssouf GUEYE, homme de culture et de Lettres, historien et chef coutumier, par ailleurs premier ambassadeur de la Mauritanie auprès des Nations Unis, « arrêté » !

DJIGO Tafsir, ancien ministre de la République, « arrêté » !

Saidou KANE, historien et homme de culture, « arrêté » !

Ibrahima SARR, journaliste, homme de culture et poète, « arrêté » !

Abdoul Aziz Bocar BA, homme politique, premier directeur général d’Air Mauritanie, « arrêté » !

D’autres hommes à l’époque moins connus mais tout aussi valeureux furent également arrêtés. Des inspecteurs de l’enseignement (Samba THIAM actuel président des FPC), des universitaires (Ibrahima Abou SALL, historien), Fara Ba et Mamadou Bocar BA (enseignants).
Tous ceux qui sont cités, à l’exception de Abdoul Aziz Bocar BA exilé jusqu’à la fin de sa vie, furent conduits, après un procès expéditif, à la prison mouroir de Walata. Bien d’autres les y rejoindront au fil des semaines et des mois. Des militaires négro-africains arrêtés durant la tentative de putsch de 1987 viendront grossir les rangs des détenus à Walata. Je recommande la lecture de l’émouvant livre de notre ainé Alassane Harouna Boye : « J’étais à Walata ».

Lorsqu’on sait la résonnance du nom de ce bagne dans la langue des détenus, on mesure aisément le macabre jeu des symboles qui a pu les habiter…

Dans le déroulement de la politique de Maouiya Ould Sid’Ahmed TAYA, l’arrestation des cadres et intellectuels négro-africains en 1986 constitue sans nul doute un rite de passage. Si le système d’exclusion dénoncé par les FLAM dans le manifeste du négro-mauritanien opprimé était déjà en place, Walata, parce qu’il consacre les premiers morts de prisonniers d’opinion, constitue un basculement vers la radicalisation du régime. Le comble du cynisme fut atteint lorsque suite à la mort de certains détenu dans d’horribles conditions, on défendit à leurs familles de porter le deuil comme il se doit. Le ton était donné. La communauté noire de Mauritanie allait connaître les aspérités d’une politique d’oppression et de répression qui s’assume.

Revenu dans ma ville de Kaëdi au mois d’octobre 1986, nous nous préparions avec quelques camarades à aborder une rentrée scolaire mouvementée. La conscience militante qui avait germé durant l’été dans nos petites têtes d’adolescents devait porter sur le terrain lycéen le relais d’une lutte commencée dans la douleur. Comment poursuivre une lutte sans formation, sans leader et sans moyens, dans un contexte où la répression policière est à son paroxysme ? Les sorties nocturnes pour maculer les murs de la ville de slogans tels que « Taya=Botha » constituaient une réponse bien maigre face à l’énergie et aux moyens déployés par le régime ségrégationniste pour museler la moindre expression subervisve et étouffer dans l’œuf toute velléité de révolte.

Au fil des années et ce jusqu’à la libération en 1990 des survivants de Walata, la lutte des négro-africains à l’intérieur fut essentiellement portée par des jeunes, sans cadres structurés et sans leaders charismatiques. Autant dire que notre seul mérite fut d’avoir continué à y croire, et d’être riches d’espoir et de mythes entretenus. Et heureusement… Walata fut terrible en ce qu’il laissa une jeunesse militante orpheline et déstructurée politiquement.
Je n’ose imaginer ce que fut par ailleurs le quotidien des familles des détenus de Walata. Au-delà de la douleur et de l’émotion que chacun peut aisément deviner, ces familles furent tout simplement précarisées, privées de ceux qui étaient leurs épines dorsales. Des enfants furent pressés par le destin de grandir trop vite. Que d’innocences volées ! Des femmes durent faire face seules à la charge familiale. Que de Winnie Mandala anonymes ! Mes hommages mesdames! L’Histoire serait bien ingrate de vous oublier !

C’était aussi cela Walata .

Bocar Oumar BA

©️ Crédit source: post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10223500176070920&id=1184398165