● Post-électorale en Mauritanie : les manoeuvres du pouvoir pour isoler Biram Dah Abeid | Par Thomas Magassa.


L’histoire retiendra que, Outouma SOUMARÉ est le premier qui a semé la cacophonie au sein des candidats ayant participé à la présidentielle du 29 juin 2024. En effet, il sera le premier à soutenir à la face du monde que ses PV « correspondent parfaitement » aux résultats de la CENI. Cette sortie inattendue du Pr Outoumou Soumaré a été mal appréciée par certains de ses soutiens, parmi lesquels, la député Kadiata Malick Diallo, qui a parlé de trahison. 

Alors que, les autres candidats notamment Biram Dah Abeid, arrivé deuxième, accuse la Commission Électorale Nationale Indépendante d’avoir orchestré un hold-up électoral.

C’est donc au coeur de la contestation post-électorale, au moment où la police a assassiné, au moins trois jeunes à  Kaedi, que le candidat Soumaré a fait cette sortie: une manière de discréditer l’argumentaire de fraude évoqué et développé  par Biram Dah Abeid.

Plus tard, c’est autour du candidat de Tawassoul, parti islamiste, Hamadi Sid’El Mokhtar Mohamed Abdy qui avait pourtant vertement contesté ses résultats à la suite de la proclamation des résultats provisoires de la CENI,  en parlant de mascarade électorale, de faire volte-face, en  reconnaissant  la victoire du président Ould Ghazouani.

Les autorités travaillent dans une logique de mettre Biram Dah Abeid dans une espèce d’isolement, en amenant les autres protagonistes à  accepter par des déclarations publiques leurs résultats ( ceux proclamés par la CENI). Une manoeuvre de dédouaner la CENI de toute fraude et partant de crédibiliser le scrutin du 29 juin.

Ainsi, Biram sera isolé et prêchera  dans le désert comme un homme politique atteint de  schizophrénie.

Ces conciliabules avec le pouvoir, contre la personne de Biram,  montrent que même ceux qui s’auto proclament  opposants politiques, ici et là, ne sont pas prêts au  changement de système. Tous ont peur des idées du leader Biram qui entend s’attaquer aux tares de la société mauritanienne de tous ordres : sociétal, social,  religieux, politique et même historique etc.

Le pouvoir continue en douce de démarcher les candidats malheureux à la présidentielle et même certaines personnalités politiques indépendantes, en perspective de la validation des résultats par le Conseil Constitutionnel.

Une manière sournoise d’accabler Biram, de montrer l’absurdité de la fraude de la CENI, et des contestestations post- electorales ayant fait au moins trois morts. Comme pour dire, ils sont morts pour rien, en jetant la faute sur le candidat, Biram.

Thomas Magassa

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● Encore du sang versé, le sang des innocents. | Par le journaliste Seyré SIDIBE

Le sang de la jeunesse, une jeunesse désemparée, victime jour après jour, année après année, comme nos hommes politiques plus dévoués pour défendre le peuple, le bas peuple de l’usage détourné, dévoyé de la démocratie.

Notre marche forcée vers la démocratie, la vraie démocratie,  loin des slogans, celle qui assure la liberté d’expression, une citoyenneté égalitaire pour tous, la justice sociale, la méritocratie est malheureusement  un chemin jalonné de morts.

Il y a ceux qui sont connus et ceux qui ont été dissimulés. Des morts anonymes.

Que de familles endeuillées, des mères meurtries à  jamais, qui ne pourront jamais comprendre l’usage disproportionné de la force publique pour tuer.

La haine de la république prend naissance dans ce genre de situation où votre frère, votre ami, votre fils ou fille trouve la mort par ce qu’ il est sorti pour manifester, protester pacifiquement dans son pays.

Ça devient trop. Et le pire, aucune enquête ne sera diligentée pour comprendre les circonstances exactes de la mort de ces jeunes manifestants. On assiste à la banalisation des bavures policières où des forces de sécurité et de défense se livrent à des actes de violence meurtrière . Or, pendant ce temps, nous voyons la mobilisation pour soutenir et pleurer les morts en Palestine.

On voit l’intérêt et la compassion des Autorités mauritaniennes, jusqu’au plus haut niveau pour les victimes palestiniennes.

Des communiqués de condamnation sont émises, des appels à manifester sont lancés, et des protestations de tout genre fusent pour accabler l’Etat Israélien.

En revanche, lorsqu’un citoyen mauritanien est tué par nos forces de défense et de sécurité, on essaie de justifier ….On ne condamne pas. On n’ouvre aucune enquête.

Au contraire, on cherche vaille que vaille à cribler, à charger les victimes et les siens pour les présenter comme des ennemis de la république, des monstres …

En vérité, en Palestine, en Mauritanie ou ailleurs qu’est ce qui met les gens ( la jeunesse ) dans les rues pour manifester?
C’est incontestablement L’INJUSTICE. Le manque de justice dans une société est une bombe à retardement qui ne profite à personne.  Il sème la haine . Il est conflictogène par essence.

Toute ma compassion et mes condoléances pour les familles explorées. 

Seyré SIDIBE

● Mauritanie : le racisme d’État, l’arbre qui cache la forêt| Par M. Seyre SIDIBE

Dans un contexte où l’on s’achemine vers la présidentielle de juin 2024, il est plus qu’ opportun de se poser la question de savoir à quand un Noir mauritanien sera locataire du palais ocre.
Après 64 ans d’indépendance, la question est toute légitime et ne manque pas de pertinence au regard de la composition sociologique de la Mauritanie.

Même si certains y verront un réflexe raciste, sans se rappeler qu’un tel ressentiment vient naturellement de quelque part.

Il est l’expression, et la cristallisation des politiques odieuses et nauséabondes mises en place par les différents régimes qui se sont succédé au pouvoir depuis la naissance de la Mauritanie.

Résultat : la méritocratie n’a plus droit de cité.
Désormais, les seuls critères qui vaillent pour les nominations ou cooptations se fondent exclusivement sur l’origine raciale, sociale, tribale, régionale ou encore le clientélisme etc.

Ainsi des quotas sont affectés aux différents groupes communautaires de la république, avec une constante toujours respectée et perpétuée de génération en génération, telle une mauvaise tradition qui a la dent dure, et dont la toile de fond est de privilégier la composante dirigeante (Arabe, arabophone et arabophile) pour asphyxier les autres composantes sociales et linguistiques du pays.

Ce raisonnement fait écho chez tous ceux qui sont victimes d’exclusion, de racisme et de discrimination. Il rassemble tous les déshérités de la république au-delà de la couleur de peau.
Si bien que critiquer vertement l’élite Arabe est plutôt bien perçue.

C’est le sport favori de la plupart d’entre nous à chaque fois que l’occasion se présente : dans les colloques, dans les salons, dans nos articles de presse et maintenant surtout sur les réseaux sociaux notamment groupes Whatsapp et Facebook . Nous n’avions d’autres choix que de critiquer, des critiques constructives pour la plupart du temps pour que la situation change positivement.

En réalité, on manque de logique. En effet ceux qui crient au racisme sont eux-mêmes racistes à l’intérieur de leur communauté. Si le fauteuil de président de la république est taillée sur mesure pour la composante Beydane, ce qui est injuste, il faut rappeler tout de même que depuis 1960, chez les Noirs aussi les choix ne se font que dans certaines familles, au sein des mêmes cercles, qu’on peut citer sur les doigts d’une seule main.

Il y a désormais une nouvelle dynamique qui est en train de reconfigurer la société mauritanienne . Celle-ci s’intéresse plus aux injustices subies à l’intérieur des communautés noires, par d’autres noirs. Des questions laissées en rade au profit de la partie visible de l’iceberg : le racisme d’État qui frappe toutes les communautés noires de manière générale.

Ce qui revient à dire que parmi les Noirs, il y a ceux qui sont doublement opprimés et marginalisés. S’ils partagent avec tous les Noirs de Mauritanie les affres et les malheurs du système racial, à l’échelle communautaire, ils sont victimes d’une forme d’ostracisme alors qu’ ils constituent la majorité d’un point de vue démographique.
Dans la plupart du temps, ils sont exclus de la propriété foncière, des nominations politiques.
Et au plan religieux, ils ne peuvent diriger la prière, et ce quel que soit leur niveau d’instruction à cause de leur origine sociale et parfois des traditions en vigueur.

Le racisme d’État érigé en système de gouvernance en Mauritanie est une realite évidente. Mais qui peut porter ce message en toute cohérence ?
Les intellectuels . Quels intellectuels ?
L’une des qualités premières d’un intellectuel, c’est la constance, la cohérence et la crédibilité : des principes et des valeurs qui ne peuvent s’écarter de la recherche de la justice et de l’égalité entre les hommes. Et qui ne peuvent être à géométrie variable.

Le palais Ocre sera occupé par un Noir mauritanien, le jour où le Noir comprendra que son ennemi, c’est plus lui-même, son orgueil et sa vanité. Finalement, le procès fait aux Beydanes n’est pas sérieux : on les accuse de développer des politiques hégémoniques qui excluent et dominent et font de nous des citoyens de seconde zône etc., c’est exactement ce que nous faisons à l’intérieur de nos communautés. Nous posons les mêmes actes.

Tant que le Noir mauritanien s’accommode et se satisfait d’être meilleur que son frère sur la base de la naissance, il peut dire adieu à la prestigieuse magistrature suprême.
Il ne sera qu’ un faire-valoir ad vitam aeternam.

Le racisme en Mauritanie cache d’autres formes de racismes et de discriminations peu médiatisées et qui ne semblent intéresser personne.

Seyré SIDIBE

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● Lettre ouverte aux candidats de l’opposition | Par Dr. Mouhamadou Sy



Honorables et distingués destinataires,

Permettez moi de ne pas passer par les rappels peu pertinents et les déclarations encombrantes, pour ainsi aller droit au but.

Cette note est un appel désespéré à une unité de candidature, à s’entendre sur une voix qui sera portée par une de vos personnalités respectées dans une volonté d’alliance de la part de tous. Nous parlons bien d’une forme de coalition qui, s’il le faut, passera par le désistement de tous sauf un, à savoir le candidat sur lequel vous tomberez d’accord. En plus d’être une réclamation vers laquelle la voix populaire converge peu à peu et de plus en plus fortement, ce scénario est soutenu par des considérations purement objectives et rationnelles.

Car une chose relève d’une certitude presque mathématique (et j’aimerais bien me tromper sur ce point): Si vous y allez tous, vous perdrez tous! Et, non seulement vous perdrez, mais vous perdriez dans une relative insignifiance. Et ce n’est ni être pessimiste, ni être défaitiste, et encore moins être un oiseau de mauvaise augure que de l’affirmer. Vous allez en effet vous obstruer le chemin les uns les autres; car vous empruntez bien un chemin commun. Et par la force des choses, vous vous livrerez à une lutte intestine inévitable, menée par vos lieutenants locaux respectifs; vous vous bloquerez la route dans le désir dont chacun de vos camps sera naturellement animé d’avoir l’avantage sur le reste. Et tout cela, vous le ferez sur la moitié de l’autoroute qui vous sera disponible dans toute son étroitesse; l’autre étant occupée par le convoi du pouvoir chargeant déjà toute la masse acquise à sa cause notamment par des voies bien connues du clientélisme électoral dont il semble jusque là détenir l’ultime secret du fonctionnement.

L’enjeu capital d’une présidentielle mauritanienne est de forcer le parti au pouvoir à un second tour. Ce qui reste un fait d’une grande rareté dans l’histoire électorale du pays. Étant donné le mécanisme décrit ci-dessus, les chances d’y parvenir sont objectivement moindres dans la configuration actuelle, en dehors même des irrégularités du processus à prévoir.

Cependant, vous avez une possibilité sans faille d’acquérir cet objectif en coupant l’herbe sous le pied du pouvoir et choisissant de jouer le deuxième tour au premier tour: c’est ce que l’unité de candidature permet justement de faire. Dans une telle option, vous avez des chances de gagner incomparablement meilleures que celles actuelles; et s’il arrivait que les urnes vous donnent perdant, votre résultat n’en serait en aucun cas similaire au score habituel du candidat malheureux; celui-là qui n’a jamais encore pu faire de son détenteur une force d’opposition prépondérante. Ainsi, votre hypothétique coalition serait, même dans le cas défavorable, en mesure de constituer une force politique conséquente capable de redonner espoir au peuple qui souffre, et de dynamiser les aspirations au changement. Le bilan prévisionnel est donc simple à formuler: Réunis, vous êtes sûrs de gagner – le pouvoir ou la force suffisante à le contrer. Dispersés, vous perdez immanquablement et repartez dépourvus de toute capacité populaire à bâtir un pôle d’actions politiques significatif.

Je mesure parfaitement vos gigantesques investissements personnels respectifs. Je comprends les aventures et les attentes. Mais je fais aussi confiance en vos capacités à faire preuve de réalisme et d’abnégation, et à vous dépasser au bénéfice du bien commun imposé par la situation.

Si je vous écris aujourd’hui, à cinq semaines du jour des urnes, c’est bien par obligation. Je me sens, à l’instar de ces milliers de concitoyens, obligé de vous interpeller. À ce jour précis et ce jusqu’au matin du vote, plus qu’au pouvoir et au système régulièrement dénoncé, les commandes du changement vous appartiennent. Vous pouvez choisir de les utiliser à bon escient, tout comme vous pouvez vous inscrire dans le traditionnel sabordage des opportunités dont les conséquences se résument à des protestations postélectorales assorties d’atteintes physiques et d’arrestations sur des manifestants.

Que ferez-vous de ce pouvoir que vous tenez déjà entre vos mains ? Allez-vous prendre la décision rationnelle qui s’impose, loin des considérations personnelles secondaires? Oserez-vous donner au peuple la chance de pouvoir enfin agir significativement à partir de l’isoloir? Saisirez-vous cette opportunité de réaliser un tel événement historique? Nous sommes nombreux à compter sur votre sagesse.  

Veuillez s’il vous plaît recevoir mes salutations distinguées.

Vendredi 24 Mai 2024

Dr. Mouhamadou Sy

● Mauritanie : une députée anti-esclavagiste en prison | Notice d’alerte

1. Le 12 mai 2024 en fin d’après-midi, Mariem Cheikh Samba Dieng, députée de la coalition d’opposition Rag-Sawab, est mise aux arrêts sous la contrainte d’agents de l’autorité publique et conduite dans un cachot de la direction régionale de la police à Nouakchott-Sud.

Mariem est une militante anti-esclavagiste de la première heure dont l’engagement remonte à la naissance de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (ira). Son parcours de blogueuse puis d’élue témoigne d’une certaine familiarité avec les privations de liberté, la maltraitance corporelle et les procès en dissidence.

Déjà, le 24 janvier 2024, à l’intérieur du Parlement, elle avait été molestée, avant son expulsion de l’hémicycle par la sécurité du Président de l’Assemblée nationale, un général à la retraite qu’une loi d’amnistie soustrait aux griefs de torture et d’assassinat en relation avec une entreprise de purification ethnique, de 1986 à 1991.

2. L’arrestation de Mariem Cheikh fait suite à la plainte d’une dignitaire de l’Insaf, la formation au pouvoir, en l’occurrence madame Rabi Aidara. A l’instar de la plupart des notables affiliés à l’Etat profond et en prévision du scrutin présidentiel du 29 juin 2024, la susdite, supervisait une opération d’achat de conscience à l’endroit de compatriotes que leur vulnérabilité expose aux pièges du clientélisme alimentaire.

Ainsi, elle s’acharnait, depuis plusieurs jours, à enrôler des citoyens, dans un bureau de la Commission nationale électorale indépendante (Céni), à Arafat, l’une des communes en périphérie de la capitale. A cette fin, Madame Aidara, ex-maire, épouse d’un général à la retraite et parlementaire du parti de l’Etat, distribuait, ouvertement, des bons de nourriture délivrés par la Délégation générale à la solidarité nationale et à la lutte contre l’exclusion (Taazour, en Arabe). En contrepartie, elle récupérait les reçus d’inscription, préalable au retrait de la carte d’électeur.

3. Les voies de fait contre Mariem Cheikh n’ont épargné, non plus, son frère présent à l’altercation les ayant opposés aux militants zélés de l’Insaf et des membres de la Céni, d’ailleurs complices de la fraude que l’élue dénonçait, en direct, lors d’une diffusion sur sa page Facebook. Les deux se retrouvent en détention préventive, au même titre que deux femmes et un homme, du groupe des agresseurs. Rabi Aidara – il fallait s’y attendre dans la république islamique de l’impunité – continue à jouir d’une entière liberté d’agir auprès de la Céni.

4. Mariem Cheikh ne dispose du minimum de commodité, d’habits de rechange ni d’une nourriture convenable. Comme d’accoutumée tragique (Affaires Soufi Soumaré et Oumar Diop), la police en charge de l’enquête s’apprête à lui imputer, par des témoignages frauduleux et une attestation de médecine légale, la responsabilité de l’incident. L’immunité d’un édile du peuple est ici violée au motif d’un délit d’opinion lié à l’exercice de son devoir civique. De la pression exercée aux dépens de la prisonnière, résulte un risque crédible d’atteinte à son intégrité, d’où la présente alerte.

Nouakchott, le 17 mai 2024

Lien connexe : https://www.frontlinedefenders.org/fr/case/judicial-harassment-woman-human-rights-defender-mariem-cheikh

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=774941

● Mauritanie | Interrogations autour du Projet du film documentaire « Koumbi-Saleh » ou « Kunbi Saale »



Une civilisation pérenne est portée fondamentalement par des piliers immatériels solides. Et surtout si l’imaginaire et le narratif bénéficient d’une riche matérialité géographique, il ne manquerait que d’une dynamique intellectuelle et politique pour étoffer une légitimité incontestée et incontestable (au moins sous forme revendicative mémorielle). Aujourd’hui l’ancien ensemble territorial sous l’empire Wagadou serait principalement occupé par l’actuelle Mauritanie et l’actuel Mali, ces états issus de l’ordre colonial français. L’objet de notre présent billet n’appelle aucunement à un éveil de sedition communautariste transfrontalière. Il s’annonce par une motivation utopiste et exploratrice dans les possibles du RÉEL MYSTÉRIEUX du projet « HUMANITÉ » du DIVIN en cours. Ainsi, aucune raison qu’on se refuse d’imaginer l’établissement d’une République Soninké (Kunbi Saaleh comme capitale) faisant partie d’un ensemble fédéral ouest-africain dans les années 2500… 3000. On peut toujours douter des prospectives, mais nous ne pouvons pas empêcher leur libre émission. C’est dit.

Ces derniers jours, un élément média arabophone consacré brièvement à l’histoire de cette ville a pu susciter quelques secousses discursives autour du contenu débité par une journaliste mauritanienne. Et subitement un document officiel Pdf du Ministère mauritanien de la Culture portant sur un appel d’offre pour recruter un réalisateur en charge d’écrire un scénario d’un film narratif sur « Koumbi-Saleh » est apparu sur les réseaux sociaux. Ce document de 4 pages ci-joint date du septembre 2023, un projet culturel louable par principe, néanmoins les contours et certains termes de son contenu interrogent.

Faire porter une initiative touchant l’Histoire d’une telle envergure liée à l’identité et l’ancestralité d’une composante communautaire bien identifiée, les soninké (fondateurs de l’empire du Ghana), il aurait été sage et nécessaire de les informer et impliquer suffisamment. Koumbi-Saleh dans l’imaginaire est un patrimoine immatériel de tous les soninké du monde, ainsi y consacrer un film narratif sans leurs matériaux contributifs est plus que troublant.

Aujourd’hui l’emplacement de cette ville antique est en territoire mauritanien dans la région du Hodh El Charghi, précisément dans le département d’Amourj.
Diverses sources historiques s’alignent pour appuyer que Kunbi Saleh fut composée de différents quartiers dont une cité habitée principalement par des arabes ou/et arabo-berbères musulmans abritant plusieurs mosquées. Dans le livre « Quand les Noirs avaient des Esclaves Blancs » du journaliste franco-ivoirien Serge BILÉ, il y est précisé : « …Un secteur de Koumbi-Saleh était réservé aux résidents. On l’appelait ‘le quartier des Blancs’. Il comprenait douze mosquées, avec des imams, des lecteurs du Coran et des muezzins venus de leurs pays. » . Et également on peut y lire sur la fin de l’empire du Ghana (Wagadou) : « … Puis ce fut la chute de Koumbi-Saleh en 1076. Conduits par leur chef, le fanatique Abou-Bekr, les Almoravides attaquèrent la capitale de l’empire du Ghana avec l’appui d’autres tribus berbères. »

Et ajoute : « On ne sait peu de chose de la période qui a suivi la chute de Koumbi-Saleh et la naissance, deux siècles plus tard, de l’empire du Mali, en 1240. »

Les données historiques écrites tirent leur source à travers des matériaux rapportés par des lettrés arabes ou arabisés.

On voudrait bien être édifiés sous quel angle de narration, quelle période et quels matériaux historiques, le réalisateur choisi allait donner substance à son œuvre ?

Rien que sur le nom composé Koumbi-Saleh de la ville, il faut un travail sérieux de fouille linguistique et historique convoquant les apports de spécialistes reconnus en la matière. Cette ville fut-elle toujours nommée Koumbi-Saleh depuis la fondation de l’empire du Wagadou ?

Koumbi ou Kunbi et Saleh ou Saale sonnent-ils dans quelle langue avec diverses occurrences sémantiques de nos jours ?

Ne serait-il pas judicieux et honnête que le projet s’ouvre à toutes les ressources historiques (orales et écrites) pour la réalisation du film narratif….

Koumbi-Saleh ne peut être un patrimoine immatériel historique à revivifier sans l’insérer dans l’Histoire de l’empire du Ghana connu sous l’appellation de Wagadou par le peuple fondeur qui sont les soninké.

La copie projet du film est à revoir nécessairement !

🖋KS pour le BLOG

● L’esclavage par ascendance au Mali : Les affrontements à Nematoulaye font un mort.

Il s’appelle Oumar KONATE originaire de la localité soninké Nematoumaye (Zone de Nioro, kingui). Militant anti-esclavagiste soninké affilié à l’association RMFP Gambana-Mali, il a succombé à ses blessures dans la nuit du 10 au 11 mai 2024 à Bamako. Paix éternelle à son âme. Nos fraternelles condoléances à ses proches.

Il était parmi les blessés lors d’un violent affrontement dans la nuit du 5 au 6 mai dernier aux environs de cette localité au sujet d’une occupation d’un endroit pour paître du cheptel. Selon le témoignage reçu d’un activiste abolitionniste soninké basé à Bamako, les affreusements passés tirent leur origine d’un mépris social lié aux assignations féodalo-esclavagistes.

L’engagement militant anti-esclavagiste gambana a été reproché au défunt Oumar KONATE de la part d’éléments issus du camp réactionnaire. Ces derniers ne voulaient pas laisser monsieur KONATE construire son gîte pour surveiller ses animaux domestiques. Ainsi se serait déclenchée bagarre violente avec fusillade et armes blanches blessés , le défunt était atteint à la tête avec une hache et il finit par succomber à ses blessures. Il faut noter que des blessés sont à déplorer également parmi les assaillants réactionnaires, selon une source ayant suivi les événements depuis Bamako. La source laisse entendre que 7 suspects seraient aux arrêts à la suite des affrontements.

Encore une fois, les autorités maliennes si promptes à un regain revendicatif d’une digne souveraineté à recouvrer, tardent à contenir sérieusement les comportements criminels liés à l’esclavage coutumier qui sévissent dans certaines zones rurales notamment chez les milieux soninkés.

Depuis 2020, Oumar KONATE est la septième victime en milieux soninkés à perdre la vie à cause des violences perpétrées liées à l’esclavage par ascendance. Il faut le rappeler, Diandioumé (5 morts, Mountagha Diarriso,  Hamet Sissoko, Youssou Sissoko, Gossi Sissoko et Sokhna Diakhité) , Lany (1, Diogou Sidibé) et aujourd’hui Nematoumaye (Oumar KONATE). On peut ajouter les milliers de personnes déplacées ou chassées de leurs villages pour refus de ses sinistres coutumes esclavagistes.

Trop, c’est trop.

KS pour le BLOG

● L’Éditorial OndeInfo | Les Lumières étaient tout sauf des Complexés.

J’entends parfois autour de moi, et souvent sur les réseaux sociaux, notamment lorsque je fustige certains aspects de nos traditions, certaines personnes, me traiter de complexé ou de ne pas être fier d’être Soninke.

Dans quelle mesure, critiquer l’esclavage par ascendance, basé sur le système de castes qui catégorise des individus dès leur naissance, en leur conférant des étiquettes qu’ils n’ont pas choisies; lesquelles déterminent et conditionnent positivement ou négativement tout leur vécu dans l’espace public communautaire et privé peut être considéré comme source d’un complexe ?

Une tradition qui insulte la citoyenneté et la république, et qui empêche la fraternité véritable entre les hommes d’une même communauté ne mériterait respect que pour ce qu’elle fut, et assurément dans un livre d’histoire ou dans un musée pour traduire, exprimer une certaine manière de penser, une certaine organisation sociale à une époque qui est derrière nous.

En revanche, cette tradition à laquelle d’aucuns restent fermement attachés devient problématique dès lors qu’elle n’entend plus mourir bien qu’elle soit devenue caduque, rétrograde et même source de discorde et de conflits.

Le complexé, c’est ce malheureux qui ne peut exister, et être homme véritablement sans « l’autre » qu’il exploite, dont la présence lui confère, une identité faite de vanité.

Refuser l’infériorité au nom du principe que tous les « hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit » peut être source d’un complexe ?
Et cela ne veut point dire qu’on veuille devenir Blanc ou Occidental. La dignité est le propre du genre humain.
Le complexé c’est bien celui qui pense être supérieur aux autres, à « son frère » par ce qu’ il est soi-disant bien né, issu d’une « Khaima kbir ».

Le complexé, c’est également, ce pauvre homme ou femme chosifié par la tradition jusqu’à la déshumanisation, décérébré au point d’accepter qu’ il est né pour servir par ce qu’ il est différent des autres.

Comment être fier et se vanter d’une tradition déshumanisante et dégradante ?

Ceux qui défendent ad vitam æternam l’esclavage par ascendance en le diluant dans la tradition pour cacher ses grossièretés et absurdités chantent à longueur de journée :  « je suis fier d’être… « .

Mais curieusement, ceux-là se permettent de marier des femmes issues d’autres communautés parfois au mépris de la logique des castes. N’est-ce pas de l’hypocrisie.
Une telle fierté doit d’abord être orientée vers ses propres frères de la même communauté culturelle et linguistique.

Elle s’exprimera en termes d’amour, empathie et de respect et non d’une folie de grandeur qui consiste à traiter une partie de « soi-même » comme des êtres tarés de naissance.

La même stratégie est utilisée chez nous au nom de l’arabité. On vante la langue et la culture arabes et on nous les impose comme identité. Et paradoxalement, les mêmes personnes envoient leurs enfants au Lycée Français ou dans les meilleures écoles françaises du monde.

Le complexé, c’est bien toi qui veut enfermer les autres dans une tradition à laquelle tu tiens seulement par orgueil et dont la musique est jouée par un troubadour qui chante les exploits de ton grand-père, occultant avec malhonnêteté les frasques de celui-ci.

En effet, dans la Grande Histoire, il y a toujours la petite histoire. Cette dernière est souvent trop gênante, par pudeur le griot ou le conteur préfère ne pas donner cette version. Et les sages astreints à l’obligation de discrétion de la parole donnée ne vendaient jamais la mèche. C’est dire que tout n’est pas mauvais dans la tradition.Tout n’y est pas rose aussi.
Seul un esprit décomplexé et impartial peut saisir cette assertion.

Complexés !

Ceux dont les idéaux ont permis de libérer la Bastille en 1789 en mettant fin aux privilégies et à cette espèce « d’apartheid des castes » étaient aussi des complexés ?
En tout cas, ils ont réussi à décomplexer plus d’un. Et depuis la république est née, l’égalité et la justice ont été promulguées pour asseoir les fondements de l’Etat-nation.

Seyré SIDIBE

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● Toulel, un embargo contre SOOBÉ KAFO | Par M. CAMARA Issa

La situation à Toulel est de toute évidence le reflet de tensions profondes entre différentes couches sociales, notamment entre la féodalité et les personnes issues de familles anciennement « serviles ». Les aspirations à une société plus juste et égalitaire rencontrent des résistances de la part de ceux qui souhaitent maintenir leur position de pouvoir. La lutte pour la dignité et la liberté est donc confrontée à des obstacles culturels et sociaux importants.

Les faits :
A la suite de la fermeture de la coopérative qui regroupait toutes les femmes du village de Toulel, SOOBÉ KAFO (une coopérative de femmes issues de familles anciennement “serviles’’) a entamé des démarches administratives afin d’obtenir un terrain pour poursuivre leurs activités maraîchères. D’autant que leurs “consœurs” du village issues de la féodalité ont pu aménager un vaste terrain octroyé par les siens. Il faut dire que la fermeture de la première coopérative villageoise est liée au conflit qui opposait les natifs (féodaux versus les descendants de Souleymane Feinda, considérés comme étant d’extraction servile) de Toulel résidant à l’étranger plus précisément en France. Ces derniers réclament plus de justice sociale et d’égalité entre tous les membres du village.
En effet, déterminée à perpétuer son héritage culturel et la reproduction sociale qui lui permet de se maintenir dans sa position hiérarchique, la féodalité de Toulel impose son hégémonie dans tous les domaines de  la vie du village, allant de la confiscation de la caisse du village dans la diaspora (en France particulièrement), l’accaparement de la caisse et la maison des ressortissants de Toulel à Nouakchott et à Dakar jusqu’à l’exclusion des femmes de certains militants anti-esclavagiste de l’ancienne coopérative du village.
Ainsi, les femmes de SOOBÉ KAFO en furent des victimes collatérales car le préfet du département de Maghama va décider de mettre fin à l’exploitation du terrain qui appartenait à toutes les femmes du village. La décision du préfet, bien qu’elle puisse être fondée sur des considérations administratives, semble favoriser davantage les intérêts de la féodalité de Toulel au détriment de l’égalité et de la justice pour toutes les femmes du village.
Mais, en dépit des obstacles rencontrés, les femmes de SOOBÉ KAFO ont continué à se battre pour leurs droits et ont finalement obtenu une première victoire. En effet, le Maire, qui jadis faisait la sourde oreille a fini par les entendre et formuler une demande le 7 septembre 2023 auprès de la préfecture de Maghama. Après l’examen du dossier de la coopérative SOOBÉ KAFO, le préfet a émis un avis favorable le 3 octobre 2023 pour l’exploitation d’un nouveau terrain. Leur persévérance démontre leur détermination à faire valoir leurs droits et à surmonter les injustices auxquelles elles sont confrontées.
Cependant cette première victoire fut rapidement écornée. Au démarrage des premiers travaux de la coopérative, un féodal-esclavagiste du nom de Coly SOUMARÉ bénéficiant du soutien inconditionnel de son clan, vint implanter des poteaux sur le terrain de la coopérative des femmes en prétextant que celui-ci est son domaine privé qu’il a hérité de ses aïeux.  Une belle manière de créer un litige afin que le terrain ne soit pas exploité par SOOBÉ KAFO. M. Soumaré ne possèderait aucune preuve matérielle attestant qu’il est le propriétaire du terrain en question si ce n’est qu’il est issu de la famille régnante.  Lui comme tous les membres de son clan peuvent disposer de tous les terrains du village à leur guise sans avoir des comptes à rendre à qui que ce soit.
Bien que les femmes SOBÉ KAFO aient introduit une nouvelle demande auprès du Maire qui a son tour l’a instruit à la préfecture (qui a enfin émis un avis favorable à l’exploitation du terrain), la féodalité de Toulel semble trouver une solution pour arrêter les travaux.  Les femmes de SOBÉ KAFO se sont rendues à la préfecture de Maghama afin que le préfet puisse régler cette histoire mais ce dernier évite de trancher et exhorte les femmes et les féodaux à régler le litige à l’amiable.
Il y a des tentatives de la part de ces femmes et hommes opprimés mais toujours est-il que la féodalité défie l’autorité administrative et étatique de sorte que le nouveau préfet a fini par céder à ses caprices en suspendant les travaux sous prétexte qu’un terrain en litige ne peut pas être exploité par un des protagonistes.
Il est inconcevable de voir que malgré les efforts des femmes de SOBÉ KAFO pour faire valoir leurs droits légitimes, la féodalité de Toulel continue de contester leur accès au terrain. L’attitude évasive du préfet dans la résolution du litige et sa décision de suspendre les travaux favorisent sans aucun doute les intérêts de la féodalité au détriment de la justice pour les femmes opprimées.

C’est un rappel que la lutte pour l’égalité et la dignité peut être longue et difficile, mais il est important de persévérer dans la quête de justice.

CAMARA Issa

● La supposée fraude informatique à la CENI: un scandale passé sous silence | Par le journaliste Seyré SIDIBE

Le scandale de la manipulation informatique des résultats des élections de 2023 n’est pas une banale affaire.

Si une telle manoeuvre est possible, et venait à être confirmée, c’est un scandale d’État qui montre jusqu’où notre système électoral, démocratique est biaisé, corrompu etc.

Ainsi tout est à refaire. On peut dés lors penser que la plupart des hommes et des femmes qui nous ont dirigés des années durant, sont certainement élus par des méthodes déloyales et anti-démocratiques : mal élus

Les enquêtes, j’en doute si elles ont lieu, démontreront, nous l’espérons, depuis quand, ces pratiques sont en vigueur à la CENI.

D’où la nécessité de s’interroger sur la légitimité de tous ceux qui ont occupé des postes ou mandats électifs dans notre pays, depuis plusieurs décennies. Ne sont-ils pas élus par ces mêmes techniques où pratiques similaires ?

Une affaire aussi sérieuse que cette fraude informatique à la CENI a été, bizarrement, négligée par les autorités . Jusqu’ici aucune enquête n’est ouverte . Elles sont restées atones et aphones sur ce sujet.

Chose quand-même curieuse, surtout quand on voit l’empressement avec lequel, ces mêmes autorités traitent d’autres dossiers moins importants.

Vrai ou faux, toute la lumière doit être faite sur cette fraude informatique. La CENI doit plus que communiquer sur cette affaire.
Et l’informaticien qui a révélé l’existence de la fraude informatique doit être entendu ou auditionné. C’est une accusation grave qui porte atteinte à l’image de l’Etat mauritanien et à celle ses institutions.

D’autre part, au plus haut niveau de l’Etat, ce scandale doit être pris au sérieux. Ce n’est pas seulement, une victoire volée à certains partis politiques, mais c’est un État discrédité et une démocratie écornée.

Autre incompréhension, pour quoi attendre à quelques mois seulement de la présidentielle, soit 3 mois pour ramener au devant de la scène politique ce scandale ?

A qui profite, le retour de cette question de fraude informatique dans le debat national, au moment où les députés, peut être en cause ont déjà voté plus d’une loi à l’assemblée nationale en participant au jeu démocratique ?

Refaire les élections, c’est me semble-t-il, la volonté des certains perdants.
Dans cette logique qu’ en sera-t-il des lois votées par ces mêmes députés dont l’élection, la légitimité est entachée ?
Le gouvernement est-il disposé à reprendre les mêmes textes jusqu’ ici votés, pour les soumettre une nouvelle fois aux députés « élus normalement  » à la faveur d’une élection plus transparente et juste ? Et que dire des maires et conseillers régionaux ?

Dans cette affaire, l’Etat a laissé faire pour des raisons qu’il est le seul à savoir. Or, en politique chacun comprend que rien n’est laissé au hasard, tout est question d’intérêt et de positionnement.

Autre extravagance, cette même CENI accusée d’un tel scandale est toujours en place. Comme si de rien n’était, elle se prépare avec assurance à organiser la présidentielle de juin, alors qu’elle n’est pas lavée de tout soupçon de fraude informatique lors des élections municipales, régionales et législatives de 2023.

Seyré SIDIBE

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