L’esclavage par ascendance, désormais reconnu comme une infraction dans le nouveau code de procédure pénale du Mali, constitue une avancée historique dans la lutte contre une pratique qui nie la dignité humaine. Mais cette victoire ne doit pas masquer une réalité : une loi, sans application rigoureuse, reste un texte vide de sens. L’exemple de la Mauritanie, où l’esclavage persiste malgré une interdiction légale vieille de plusieurs décennies, nous met en garde contre l’inaction.
En Mauritanie, l’esclavage a été officiellement aboli en 1981, faisant d’elle le dernier pays au monde à franchir ce pas. Cependant, ce n’est qu’en 2007 qu’une loi criminalisant explicitement cette pratique a été adoptée, prévoyant des sanctions pour les auteurs d’actes esclavagistes. En 2015, cette législation a été renforcée : l’esclavage a été requalifié en « crime contre l’humanité », et les peines ont été alourdies pour les responsables. Malgré ces avancées, l’application reste faible. Les victimes continuent de dénoncer les obstacles à l’accès à la justice, les pressions sociales, et parfois même la complicité de certains responsables locaux.
Adopter une loi, c’est poser les bases. Faire disparaître ce fléau, c’est un tout autre défi. La justice malienne doit se montrer à la hauteur de cette mission. Les magistrats, premiers remparts contre l’impunité, doivent être formés pour traiter ces infractions avec toute la gravité qu’elles méritent. Les auteurs d’actes esclavagistes doivent être poursuivis et lourdement sanctionnés, sans exception.
Mais la répression seule ne suffira pas. Les victimes doivent être protégées, accompagnées et réhabilitées. Sans soutien, elles risquent de replonger dans des situations de dépendance. Parallèlement, un immense travail de sensibilisation doit être mené pour briser les chaînes invisibles des mentalités, souvent encore prisonnières de traditions oppressives.
L’esclavage par ascendance n’est pas qu’un crime ; c’est une honte pour toute société qui le tolère. Le Mali doit tirer les leçons de l’expérience mauritanienne pour éviter que cette nouvelle loi ne reste lettre morte. Ce texte doit devenir un véritable outil de justice et d’espoir pour les victimes. L’histoire nous jugera non pas sur les lois que nous adoptons, mais sur les actes que nous posons pour les faire vivre. Il est temps d’agir, et d’agir avec fermeté.
La communauté soninké, principalement localisée en Mauritanie, au Mali, au Sénégal et en Gambie, est longtemps restée associée à des pratiques esclavagistes profondément enracinées. Loin d’être une simple réminiscence du passé, ces dynamiques sociales et hiérarchiques continuent de façonner la vie de nombreux individus au sein de cette société, perpétuant des discriminations systémiques. Cet article propose une analyse factuelle de l’esclavage au sein de la communauté soninké, en examinant les mécanismes d’oppression et les luttes menées pour la justice sociale, tout en tenant compte du contexte historique et juridique de la Mauritanie.
• Histoire et hiérarchies sociales L’histoire des Soninké, peuple ancien ayant joué un rôle clé dans l’empire du Ghana, a également été marquée par leur participation aux grandes traites négrières, saharienne et atlantique. Cette implication dans l’esclavage a laissé des traces profondes dans l’organisation sociale, avec une hiérarchisation rigide entre les nobles dits “Horo” (Horé au singulier) et les esclaves, dits “Komo” (Komé au singulier). Ces pratiques, qui se sont poursuivies au fil des siècles, sont encore visibles dans la société contemporaine, où l’appartenance sociale est souvent déterminée par le statut d’esclave ou de noble.
En plus de cette hiérarchisation, les terres fertiles sont traditionnellement aux mains des féodaux. Ces terres, issues de partages coutumiers, sont souvent travaillées par les descendants d’esclaves, qui ne possèdent en général ni droits de propriété, ni sécurité foncière. Les familles féodales, riches de ces exploitations agricoles, continuent à exercer leur influence en refusant la redistribution des terres selon les dispositions légales contemporaines du code foncier mauritanien, notamment les articles 36 à 41 du décret n° 2000-089.
La région Guidimakha en est un exemple comme l’a évoqué Koundou Soumaré : “[Dans le milieu soninké, ces articles qui régissent le domaine foncier mauritanien s’appliquent plus ou moins. Les terres prises par un citoyen lambda pour en faire une maison ne pose pas de problème généralement mais celles occupées pour des cultures sont revendiquées par les anciens propriétaires sous le modèle coutumier dans bien des cas].”[1]
• Défis moraux et religieux L’esclavage, en particulier dans le contexte des sociétés musulmanes comme celle des Soninké en Mauritanie, pose un défi moral et religieux. Bien que certaines lectures historiques de l’Islam aient toléré l’esclavage, les textes coraniques insistent sur l’importance de libérer les esclaves, faisant de cet acte une forme d’accomplissement spirituel et moral.
Dans le Coran, plusieurs sourates mettent en avant la nécessité de libérer les esclaves, faisant de cet acte une action méritoire et une preuve de piété.
• Textes coraniques sur la libération des esclaves
Sourate Al-Balad (90:12-13) : “Et qu’est-ce qui te fait comprendre ce qu’est la voie difficile ? C’est de libérer un esclave.” Ici, la libération de l’esclave est mentionnée comme une action vertueuse, définissant le chemin difficile vers la piété et la justice.
Sourate An-Nour (24:33) : “Et ceux de vos esclaves qui désirent un contrat d’affranchissement, concluez-le avec eux, si vous reconnaissez quelque bien en eux. Et donnez-leur des biens d’Allah qu’Il vous a accordés.” Ce verset souligne le droit des esclaves à solliciter leur libération par le biais d’un contrat de mukataba. Ce mécanisme permet à l’esclave de négocier avec son maître pour obtenir sa liberté en échange d’une compensation financière ou en remplissant certaines conditions définies dans le contrat. En encourageant les maîtres à affranchir leurs esclaves, surtout ceux qui ont démontré leur valeur ou leur bonne conduite, le Coran établit ainsi une voie vers l’affranchissement.
Sourate Al-Baqara (2:177) : “La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. Mais la bonté pieuse est celle de ceux qui… donnent de leurs biens, malgré l’amour qu’ils en ont, à leurs proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs, et pour libérer les esclaves…” Ce passage insiste sur le fait que la vraie piété ne réside pas uniquement dans les rituels, mais dans la bienfaisance envers les opprimés, y compris la libération des esclaves. Il souligne ainsi l’importance de l’action sociale en faveur des plus vulnérables.
Dans l’islam, on distingue donc deux formes d’affranchissement. La première est l’affranchissement unilatéral et gracieux, où l’esclave est libéré sans aucune compensation. Or, ces cas sont rares.
La seconde forme est l’affranchissement contractuel ou onéreux, dans lequel l’esclave rachète sa liberté, comme dans le cadre de la mukataba. Il semblerait que, dans la communauté soninké, seule cette dernière forme d’affranchissement soit pratiquée.
• Discriminations systémiques au sein de la communauté soninké Bien que certains Komo puissent acheter leur liberté, devenant ainsi affranchis, ce nouveau statut ne remet pas en cause la hiérarchie sociale profondément ancrée dans le système des castes de la société soninké.
Les descendants d’esclaves soninké demeurent donc marginalisés. Cet immobilisme social constitue un défi majeur pour les droits de l’homme et l’égalité des chances, et se confronte directement aux principes de dignité humaine prônés par l’Islam et de justice par les conventions internationales relatives aux droits humains, telles que celles de 1948 signées et ratifiées par la Mauritanie.
Malgré les pressions internationales et l’engagement de la Mauritanie, qui a signé et ratifié plusieurs conventions contre l’esclavage — notamment la convention relative à l’esclavage du 25 septembre 1926, entrée en vigueur le 9 juillet 1927, et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et des pratiques analogues à l’esclavage du 7 septembre 1956, en vigueur depuis le 30 avril 1957 [2] — les pratiques discriminatoires persistent au sein des communautés soninké. En ratifiant ces conventions, la Mauritanie s’est engagée à les intégrer dans son droit interne et à en assurer l’application. Pourtant, leur non-respect pourrait théoriquement exposer le pays à des sanctions des Nations Unies. Cependant, bien que celles-ci publient des rapports annuels sur l’esclavage et le racisme, aucune sanction n’a été imposée. Ces discriminations, profondément enracinées dans les structures sociales et culturelles, continuent d’affecter la vie des descendants d’esclaves.
Sur le plan juridique, l’ordonnance 83-127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale stipule dans son article 6 : “Les droits collectifs légitimement acquis sous le régime antérieur, préalablement cantonnés aux terres de culture, bénéficient à tous ceux qui ont, soit participé à la mise en valeur initiale, soit contribué à la pérennité de l’exploitation.” [3] Or, ces textes juridiques sont rarement appliqués dans les villages soninké, où les descendants d’esclaves ne détiennent que très rarement des terres, contrairement aux familles féodales.
Sur le plan économique, l’agriculture est une activité essentielle dans les zones rurales du Guidimakha. Or, les terres arables sont en général possédées par les Horo, renforçant ainsi la dépendance économique des descendants d’esclaves. De plus, ces derniers sont souvent relégués à des tâches subalternes, ce qui les maintient dans un cycle de pauvreté générationnelle.
Sur le plan social, les descendants d’esclaves subissent une marginalisation systémique. Ils sont exclus des mariages mixtes avec les Horo, une pratique qui perpétue la hiérarchie sociale en rendant impossible toute ascension par alliance : “Le pire qui puisse arriver aux gens féodaux, c’est qu’un de leurs se lie par le mariage avec un ancien esclave.” [4] Les contrevenants peuvent s’exposer à des représailles, tant du côté de l’époux ou de l’épouse.
Il en va de même pour les fonctions religieuses où celle d’imam ne peut être occupée par un Komé que s’il est autorisé par l’ordre religieux communautaire. Cela suppose deux conditions. La première, une connaissance plus ou moins approfondie de l’Islam et la seconde, une acceptation de l’ordre social établi au profit des Horo. Ces critères, en maintenant les Komo dans une position subordonnée, perpétuent leur marginalisation dans la hiérarchie sociale et constituent un frein à leur affranchissement réel.
Sur le plan politique, les descendants d’esclaves sont tenus à l’écart des instances de pouvoir. Depuis l’indépendance de la Mauritanie en 1960, aucun n’a accédé à des postes décisionnels ou à des fonctions ministérielles. Par exemple, Boubou Timera a été nommé ministre sous le régime de Ould Taya (entre 1984 et 2005). Toutefois, sous la pression de la féodalité soninké en Mauritanie, il a été rapidement démis de ses fonctions.
En ce qui concerne les structures politiques (partis) et législatives, un Komé peut se porter candidat. Son élection dépend du vote des électeurs. Ainsi, en 2018, M. Coulibaly a été élu député de Diaguilly dans le Guidimakha.
S’agissant de la chefferie des villages, aucun descendant d’esclave (Komé) ne peut accéder à cette fonction.
Sur le plan psychologique, l’esclavage ne se limite pas aux conditions physiques de servitude ; il engendre également un complexe d’infériorité qui pousse les victimes à accepter leur asservissement : “[Certains membres du groupe sont marqués psychologiquement et n’osent même pas réfléchir sur le système qui les déprécie dans leur dignité humaine.]”. [5]
Certaines de ces victimes se complaisent dans l’asservissement, cherchent à en tirer un profit financier auprès des Horo, et parfois, s’opposent au combat que mènent les associations abolitionnistes.
La dénonciation de l’esclavage et du système de castes par les personnes issues des castes inférieures reste un sujet délicat, tant sur le continent africain qu’en Europe. Les stigmates laissés par des siècles d’oppression et de discrimination créent une atmosphère de peur et de réticence à aborder ces questions. Les séquelles de l’esclavage se manifestent dans les histoires familiales, où les traumatismes et les humiliations vécus par les ancêtres continuent d’affecter les générations suivantes. Cet héritage psychologique engendre un sentiment d’invisibilité et de honte, entravant la capacité à parler ouvertement des injustices passées. De nombreux descendants d’esclaves éprouvent des difficultés à revendiquer leurs droits et à dénoncer les inégalités, craignant des répercussions sociales ou même des violences. Par ailleurs, dans les sociétés où le système de castes demeure profondément enraciné, remettre en question ces structures est souvent perçu comme une menace à l’ordre établi. Cela crée un environnement où le silence et la conformité sont privilégiés, empêchant ainsi toute forme de changement véritable. Les conséquences de cet esclavage psychologique sont multiples : elles alimentent la discrimination, renforcent les stéréotypes et perpétuent les divisions sociales.
Un appel à la solidarité et à la justice La condamnation de Hanoune OULD OUMAR dit Dicko, bien qu’issue d’une décision judiciaire sur des faits spécifiques que nous ne contestons pas, soulève une question plus profonde : celle de la liberté d’expression et du droit de dénoncer les pratiques d’esclavage et de discrimination. Son engagement et sa tenacité contre l’esclavage trouve ses racines dans l’histoire de sa famille. Sa mère a été victime de l’esclavage haalpular, tandis que son père a subi l’esclavage maure.
La dénonciation des pratiques discriminatoires, comme celles que subissent les descendants d’esclaves soninké, est un acte essentiel dans toute société soucieuse de justice et d’égalité. Le silence imposé autour de ces violations ne fait que prolonger l’injustice.
L’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.), tout en se concentrant sur la lutte contre l’esclavage maure, reconnaît que la libération des esclaves ne peut être segmentée. Pour qu’un véritable changement systémique s’opère, il est crucial de prendre en compte toutes les formes d’esclavage, y compris celles qui subsistent au sein de la communauté soninké. La libération des Haratine et des Komo est indissociable, car nous formons une seule nation. Les discriminations qui perdurent entre ces communautés sont un obstacle à la cohésion nationale.
Une nation ne peut avancer vers la justice et la liberté tant qu’une partie de sa population reste opprimée. Il est primordial de défendre le droit de dénoncer les violations des droits humains car ce droit constitue le socle d’une société équitable et respectueuse de la dignité de tous ses citoyens.
La lutte pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie incombe à l’Etat mauritanien. Bien que le cadre juridique soit relativement complet, l’Etat refuse d’en appliquer les dispositions. Si ces textes étaient effectivement appliqués, l’abolition de l’esclavage deviendrait une réalité tant dans la communauté maure que la communauté négro-mauritanienne. Toutefois, l’Etat mauritanien continue de servir les intérêts de la principale structure féodale, celle des Maures, qui tire avantage de la perpétuation de l’esclavage. Les féodalités secondaires haalpular, soninké, wolof profitent de cette politique pour maintenir leur domination sur les castes inférieures.
Ainsi, les féodalités négro-mauritaniennes sont à la fois dominatrices de leurs castes inférieures, mais victimes elles-mêmes du racisme de l’Etat mauritanien.
La transgression du droit interne et international par la Mauritanie sert essentiellement les intérêts de l’Etat et de la féodalité maure.
L’espoir demeure car sur le plan national, l’Armepes continue de mener le combat contre l’esclavage et le racisme, tandis que sur le plan régional (Mauritanie, Mali, Sénégal, Gambie), il est porté par Ganbanaaxun Fedde.
Le 31 décembre 2024
Mohamed Yahya OULD CIRE Président de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.) Site internet : http://www.haratine.com
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– Notes de références :
[1] Koundou Soumaré. 2024. Un bref aperçu sur la question foncière en pays soninke ; le cas du guidimagha mauritanien. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=20974.
Cet anniversaire marque une étape fondamentale dans l’histoire de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. Il est aussi l’occasion de rendre un hommage vibrant à une femme exceptionnelle : Madame Coumbeit Mint WERZEG, dont l’engagement silencieux mais déterminé a été essentiel dans la création du premier noyau de Libération des Haratines. Que son âme repose en paix.
Madame Coumbeit Mint WERZEG était la grande sœur de Bilal Ould Werzeg, aujourd’hui membre de la Commission électorale nationale de Mauritanie. Bilal et moi nous étions rencontrés le 10 octobre 1974 à l’ENA de Nouakchott, dans la section diplomatie, pour une formation de deux ans. Dès nos premiers échanges, je lui avais proposé de créer une structure visant à combattre l’esclavage maure. Conscients de la portée de cette idée, nous avions convenu de réfléchir en toute discrétion avant d’agir. Ce que j’ignorais alors, c’était l’influence bienveillante et décisive que sa sœur, Coumbeit, aurait sur notre chemin. Dans le salon familial de Madame Coumbeit et de son époux, où nous révisions souvent, une scène inoubliable s’est jouée le 2 décembre 1974, entre 16 heures et 17 heures. Ce jour-là, Coumbeit, avec une autorité douce mais ferme, est venue nous trouver. En hassania, elle a dit à son frère : « Ce que Mohamed Yahya Ould Ciré t’a demandé, tu dois l’accepter. » Puis elle s’est retirée, laissant derrière elle une décision historique et un engagement indélébile.
L’histoire de l’esclavage maure et la question haratine demeurent encore sous-étudiées. Bien que quelques mémoires universitaires aient abordé certains aspects, une analyse approfondie de cette injustice systémique reste à réaliser. Le travail des Kadihines a permis une sensibilisation initiale, mais il revient avant tout aux victimes de porter ce combat. C’est dans cet esprit que notre initiative a vu le jour, devenant la première à ambitionner l’abolition totale de l’esclavage maure sur l’ensemble du territoire mauritanien.
Madame Coumbeit Mint WERZEG a joué un rôle crucial à deux niveaux. Elle a non seulement inspiré son frère à s’engager, mais elle a aussi tenu à exprimer son soutien en ma présence, révélant ainsi une conviction profonde et courageuse. Son domicile a été un lieu d’accueil pour nos réunions, où thé, zrig (boisson traditionnelle) et pain beurré étaient toujours servis. Par cet engagement discret mais déterminant, elle incarne le rôle des femmes dans les luttes pour les droits humains. Pourtant, le patriarcat qui domine encore en Mauritanie persiste à minimiser leur contribution. Le blocage du projet de loi Al Karama sur les droits des femmes et des filles en est une illustration.
Aujourd’hui, alors que le combat contre l’esclavage résonne de plus en plus dans le débat public, il est essentiel de se souvenir que toute lutte repose sur des figures emblématiques, parfois restées dans l’ombre ou oubliées, qui ont d’abord alimenté le débat d’idées et ouvert la voie à l’action et à la transformation sociale.
Mohamed Yahya OULD CIRE Président de l’Association des Haratine en Mauritanie en Europe (A.H.M.E.) Site internet : http://www.haratine.com
Senalioune – La nouvelle loi réglementant l’immigration en Mauritanie est entrée en vigueur après sa publication au Journal officiel, avec une loi créant un tribunal spécialisé dans la lutte contre l’esclavage, la traite des êtres humains et le trafic de migrants.
La nouvelle loi numéro : 038 – 2024, qui a été publiée dans le numéro du JO 1568, prévoit des peines allant de six mois à deux ans de prison pour quiconque utilise des documents avérés faux ou falsifiés, ou obtient ces documents avec un fausse identité ou utilisant des données d’état civil falsifiées, ainsi que toute personne ayant falsifié un visa consulaire, une fausse garantie de retour au pays, une dispense de sûreté, un faux contrat de travail ou une fausse carte d’identité étrangère.
La loi punit également de la même peine quiconque contrefait l’un de ces documents authentiques, ou utilise l’un des documents ci-dessus artificiels ou falsifiés.
Ladite loi prévoit que tout étranger qui commet une des violations de la législation mauritanienne réglementant l’immigration et le séjour sera automatiquement expulsé du territoire national, et interdit d’entrée pour une durée allant d’un (1) à (10) ans, sur la base du pouvoir discrétionnaire de l’autorité administrative compétente.
La loi punit également d’une amende de 500 mille anciens ouguiyas à 5 millions, et d’un emprisonnement de deux (2) à six (6) mois, ou de l’une de ces deux peines, quiconque entre sur le territoire national sans passer par l’un des passages officiels spécifiés par les autorités compétentes, ou réside dans le pays d’une manière violant les dispositions de la réglementation sur l’immigration, en particulier celles liées à la résidence.
Cette loi incrimine et punit de la peine précédente toute personne qui prête aide et assistance à toute personne en vue d’entrer ou de séjourner dans le pays de manière frauduleuse, en sa connaissance.
Cette mesure s’applique également à toute personne qui ne respecte pas les exigences sanitaires stipulées dans les dispositions en vigueur, en plus des étrangers qui ont violé l’interdiction d’entrée ou de séjour dans des zones ou des lieux déterminés, ou qui ont statué sur l’expulsion des mêmes zones ou lieux, sans préjudice des procédures d’expulsion qui peuvent être prises à l’encontre de tout étranger dont la présence ou l’activité est susceptible d’entraîner un trouble à l’ordre public.
La loi punit aussi des mêmes sanctions les étrangers qui enfreignent l’une des dispositions de la réglementation sur l’immigration liées à l’exercice d’une activité professionnelle.
La loi relative à la création d’un tribunal spécialisé dans la lutte contre l’esclavage, la traite des êtres humains et le trafic de migrants prévoit quant à elle la création d’un tribunal de première instance à compétence nationale basé dans la wilaya de Nouakchott Ouest, composée de deux formations dont une collective de trois juges, et la seconde est individuelle, comprenant le président du tribunal ou son délégué.
Cette loi stipule dans son article : 11 que les tribunaux de première instance abandonnent les affaires en cours portées devant eux et qui relèvent de la compétence de ce tribunal, dès l’entrée en vigueur de la loi, et que les affaires sont déférées au nouveau tribunal par le ministère public compétent.
La première loi a été signée par le président Mohamed Ould Ghazouani, son Premier ministre Mokhtar Ould Diay et le ministre de l’Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, tandis que la seconde a été signée par le Président, son Premier ministre et son ministre de la Justice Mohamed Mahmoud Ould Boya.
NB : Traduction non officielle des parties du texte relative à la loi non encore accessible dans sa version française
Lors de son sermon du Vendredi 1 novembre 2024 à Tachott, le dénommé Mohamed Sidi Sokhona semble ignorer les nobles objectifs de cet office religieux. En effet, dans cette localité dont l’actuel vice-président de l’assemblée nationale mauritanienne, Monsieur SidneySokhona est originaire, ce prêcheur s’est lancé dans une diatribe d’accusations et de diffamations à l’encontre de notre mouvement d’éveil social engagé contre les discriminations liées à l’esclavage par ascendance dans la communauté soninké. Il a nommé notre organisation anti-féodale Ganbanaaxu Fedde dans son discours truffé d’hypocrisie dans le but de nous salir alors que nos principes proclamés et diffusés depuis plusieurs années ont porté une nécessaire demande d’égalité sociale et citoyenne dans nos villages. Mohamed Sokhona et ses partisans ne supportent pas cet éveil pour contrer les discriminations sociales qu’ils entretiennent au nom de leurs coutumes féodalo-esclavagistes intra-communautaires. Ainsi, nous tenons à dénoncer vigoureusement son discours mensonger dans son Khutba du vendredi. C’est une provocation haineuse de sa part visant notre mouvement et la composante sociale Ganbanaaxu locale. Également dans son propos, il a insinué une apologie fourbe de l’esclavage en citant étrangement le cas de Bilal IbnRabah, un valeureux compagnon du Prophète (PSL). Par cette note de presse, nous alertons les hautes autorités étatiques en tête desquelles, le président de la République son excellence Mohamed Ould CheikhEl-Ghazouani, sur les graves violations des droits des personnes d’ascendance esclave dans les villages soninkés du Guidimagha. Nos militants comptent s’organiser socialement en citoyens conscients et dignes en refusant les humiliations de l’esclavage statuaire. C’est cette dynamique d’éveil social qui pose problème à monsieur Sokhona et ses partisans d’un régime féodal et esclavagiste.
L’opinion publique nationale et internationale est prise à témoin à nouveau de cette situation socialement épineuse. Les pouvoirs publics doivent agir sérieusement pour assurer la quiétude sociale par un respectueux voisinage entre différentes parties.
2 novembre 2024
Ganbanaaxu Fedde Mauritanie, Armepes-France et partenaires.
Dans un acte historique, le 2 octobre 2024, le pape François a reconnu la complicité de l’Église catholique dans les systèmes ayant favorisé l’esclavage et le colonialisme. Ce message, lu lors du sommet sur l’avenir de l’Église, marque un moment clé de repentance et de reconnaissance des torts du passé.
⚖️ « Nous avons été complices de systèmes qui ont bafoué les droits des peuples autochtones et des esclaves » — Une étape essentielle vers la réconciliation.
Alors que l’Église anglicane a créé un fonds de réparation en 2023, cette déclaration du pape François appelle à une réflexion mondiale sur les actions à entreprendre pour réparer les injustices historiques. Quelles devraient être les prochaines étapes selon vous ? 💭
Ce Grand Oral du militant droit-de-l’hommiste et abolitionniste M. Baliou Mamayary Coulibaly à l’occasion de l’événement de l’association Ganbanaaxu fedde mauritanie (8 septembre 2024 à Nouakchott) peut donner pertinente substance au législateur mauritanien afin de caractériser et de nommer juridiquement l’esclavage par ascendance dans le pays. Le narratif fourre-tout « esclavage », « lutte contre l’esclavage » ou « séquelles d’esclavage » est souvent très trompeur. Les dires sur la problématique permettent beaucoup de confusion qui bénéficie aux mentalités esclavagistes et féodales dans nos milieux. Ainsi, le législateur doit intégrer courageusement une nette distinction sémantique pour embrasser efficacement les réalités visées. L’esclavage par ascendance est une tare insérée et « entretenue » dans les structures segmentaires de nos différentes communautés toutes confondues malheureusement. Une juridiction spécialisée contre l’esclavage aura du mal à objectiver et traiter des faits liés à l’esclavage coutumier ou par ascendance, et les mentalités féodalo-esclavagistes sont bien conscientes de cette donnée et on peut supposer même que c’est une belle couverture pour leur survie. On ne peut pas défaire ou extirper l’esclavage par ascendance par la loi sans le nommer et le différencier dans le puzzle sociétal de nos communautés sociolinguistiques. Par exemple du côté malien, depuis quelques années les autorités tiennent un langage beaucoup plus pertinent pour nommer les réalités observées. En Mauritanie, les lois sont nombreuses mais elles esquivent les réalités dans bien des cas, et donc pas d’efficacité pour résoudre les problèmes qui en découlent. Soyons honnêtes avec notre conscience, l’esclavage par ascendance est généré par une certaine norme coutumière (social, politique et religieux) qui sévit par le système de castes dans nos différentes sociétés. L’égalité citoyenne clamée et réclamée n’aura de contenu réel sans passer par une véritable réforme au cœur de nos communautés d’abord. Nous avons un régime des cadets sociaux coincé dans nos réalités sociales et communautaires, et seule une sérieuse émancipation sociale et politique intra-communautaire encouragée et accompagnée enclenchera le changement tant prôné. Le législateur mauritanien doit aller plus loin en nommant les maux et adapter les textes en conséquence. C’est une problématique trans-communautaire, et ici un élément médiatique illustratif https://fb.watch/pdjZrdHx7N/
Monsieur le Président de la République Mohamed Cheikh Ould Ghazwani, Mesdames et Messieurs les Ministres, Monsieur Le commissaire Des Droits de L’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile, Monsieur Le Directeur De L’Instance Nationale De La Lutte Contre La Traite Des Personnes Et Le Trafic Des Migrants, Mesdames et Messieurs des organisations Internationales, Mesdames et Messieurs Les Elus, Messieurs les présidents des associations, Messieurs les Membres de GANBANAXUN FEDDE MAURITANIE, Distingués invités, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour cette opportunité de vous adresser la parole aujourd’hui. C’est un honneur pour nous d’être réunis ici afin de discuter d’un sujet qui touche le cœur de notre société : l’esclavage et ses séquelles en Mauritanie. Ce fléau, bien que officiellement aboli, continue de hanter notre nation, laissant des traces profondes et douloureuses sur les individus et les communautés.
L’urgence d’un partenariat fort
Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de conjuguer nos efforts pour éradiquer définitivement l’esclavage et pour réparer les séquelles qui subsistent. Ce partenariat que nous souhaitons construire avec l’État mauritanien doit être basé sur une collaboration franche et déterminée, guidée par une volonté commune de justice sociale et de respect des droits humains.
Nous reconnaissons les efforts déjà entrepris par le gouvernement mauritanien pour criminaliser l’esclavage et soutenir les victimes. Toutefois, nous sommes tous
Conscients que des défis subsistent : les barrières culturelles, le manque de mise en œuvre effective des lois, et la nécessité de ressources pour accompagner les victimes dans leur réintégration.
Notre engagement pour un partenariat concret
En tant que partenaires, notre rôle sera d’accompagner l’État mauritanien dans la mise en œuvre de ses engagements en matière de lutte contre l’esclavage. Nous mettons à disposition notre expertise, nos ressources, et notre engagement total pour :
Renforcer les capacités institutionnelles : Nous travaillerons ensemble pour former et sensibiliser les acteurs clés, tels que les forces de l’ordre, les juges, et les responsables communautaires, afin d’assurer une application stricte des lois anti-esclavagistes.
Soutenir les initiatives de sensibilisation et d’éducation : La lutte contre l’esclavage commence par une prise de conscience. Nous voulons travailler aux côtés du gouvernement pour sensibiliser la population sur les droits humains, l’égalité et la dignité de chaque citoyen mauritanien, peu importe son origine.
Accompagner les victimes dans leur réintégration : Nous proposons de développer des programmes spécifiques pour soutenir les victimes de l’esclave à travers l’éducation, la formation professionnelle et l’autonomisation économique, afin qu’ils puissent reconstruire leur vie et s’intégrer pleinement dans la société.
Promouvoir la justice et l’égalité : Ensemble, nous devons garantir que chaque victime d’esclavage puisse accéder à la justice. Cela nécessite des procédures transparentes, accessibles et soutenues par une volonté politique forte pour punir les responsables et protéger les victimes.
Encourager la recherche et la collecte de données : Une meilleure compréhension de l’ampleur et des formes de l’esclavage est essentielle pour agir efficacement. En soutenant des études et des enquêtes, nous pourrons adapter nos interventions aux besoins réels des communautés affectées.
Un appel à l’action collective
Le chemin pour éradiquer l’esclavage est long et complexe, mais il n’est pas insurmontable. En combinant nos forces, en mutualisant nos compétences, et en agissant de manière concertée, nous pourrons changer le cours de l’histoire pour des milliers de Mauritaniens. Nous appelons aujourd’hui le gouvernement, les institutions étatiques, la société civile, et chaque citoyen à s’engager dans cette lutte commune.
L’esclavage n’a pas sa place dans notre société. En œuvrant ensemble, nous enverrons un message fort : celui d’une Mauritanie qui ne tolère plus l’injustice, qui respecte et valorise la dignité humaine, et qui aspire à un avenir où chacun peut vivre libre et égal.
Je vous remercie pour votre attention et pour votre engagement à nos côtés dans cette noble cause. Travaillons ensemble pour un avenir meilleur, pour une Mauritanie libérée des chaînes du passé.
Merci.
● Annexe : Photo-reportage
À noter la présence des représentants étatiques, plusieurs élus, cadres et acteurs de la société civile :
Sid Ahmed, Directeur Adjoint du Commissariat des droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux Relations avec la Société civile.
Ball Mohamed El Moustapha, Chef de service protection et Assistance aux victimes de la traite des personnes et le trafic des migrants.
Baliou Mamayary Coulibaly, conférencier et militant des droits humains
Tombé Hamara Camara, Député de ould yenge
Waly Boubou Diawara, vice-président du conseil régional de Guidimakha
En Mauritanie, l’esclavage et ses » dérivées », sont des réalités évidentes, mais peu assumées ou souvent niées, minimisée ou abordées avec beaucoup de mauvaise volonté. En vérité, sans être juriste, j’estime que la convocation des députés en session extraordinaire, le 04 septembre prochain pour discuter de plusieurs projets de lois, dont la création de tribunaux spécialisés de lutte contre l’esclavage, la traite des personnes et le trafic de migrants, n’a pas sa raison d’être.
Les tribunaux chargés de juger les crimes d’esclavage existent déjà depuis 2016, l’ère Ould Abdel Aziz : le décret 2016-002 du 1er janvier 2016, fixe le siège et le ressort territorial des cours criminelles spéciales en matière de lutte contre l’esclavage. Les observateurs s’interrogent, sur la pertinence et l’opportunité de ces juridictions d’autant plus qu’ elles ont jusqu’ ici brillé par inaction et inefficacité.
En effet, la lutte contre les injustices et les discriminations sociales est d’abord une question de volonté politique. Ce qui suppose l’exemplarité, comme dans le combat contre la corruption et autres comportements sulfureux .
Point besoin de nouveaux textes sur la question de l’esclavage, un fléau déjà élevé au rang de crime. C’est déjà le summum. Trop de lois tuent la loi. Il suffit juste d’appliquer les lois déjà existantes. Nous sommes dans une République, comme modèle politique et de gouvernement, il est évident que ce choix sous-entend : citoyens et de citoyenneté.
Dès lors, il suffit que nos dirigeants soient sincères pour s’attaquer aux stratifications sociales héritées, qui n’ont pas de place dans une république, et de surcroît islamique : » Tous les humains sont issus d’Adam qui a été créé d’argile. Il n’y a pas de différence entre un Arabe et un non Arabe, si ce n’est par la piété ». « Le plus honorable des hommes auprès d’Allah est le plus pieux ».
Faut-il le rappeler que dans une république, il ne peut y avoir de citoyens et de sous-citoyens. La citoyenneté, c’est d’abord l’égale dignité entre les populations ( les citoyens ), au-delà des origines et appartenances sociales, linguistiques etc., différentes et diverses. Ce qui importe est l’appartenance à une même nation (nationalité ).
L’esclavage se nourrit de l’impunité, de la pauvreté et de l’ignorance. L’Etat est à la fois garant de la justice, de la protection des personnes et de leurs biens et l’épanouissement de tous et de chacun, il dispose de tous les moyens pour faire respecter la loi. Comme, il sait le faire pour disperser les manifestations, et au besoin utiliser la force .
Les députés doivent comprendre que l’esclavage est plus facile à identifier et à combattre que ses « dérivées » : le féodalisme. Encore une fois, le débat stérile qui consiste à soutenir que l’esclavage est plus grave que le féodalisme n’a pas sa raison d’être. On ne compare pas deux maux, on les combat.
Le féodalisme est beaucoup plus subtile et perfide, du fait qu’ il s’exprime sous le manteau de la culture. Ce qui peut rendre complexe sa qualification juridique. Cependant avec la volonté tout est possible. Des juges professionnels, compétents et indépendants peuvent décoder, décrypter les agissements, comportements et expressions féodales dissimulées. C’est une question de dignité, de droit humain pour redorer l’image de la Mauritanie, et consolider la cohésion sociale.
La Présidence de la République, communique que, par décret en date du lundi 26 août 2024, le Parlement est convoqué en session extraordinaire à compter du mercredi 4 septembre 2024.
Voici le texte intégral de ce décret :
‘’ LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ,
Sur Rapport du Premier Ministre,
VU, l’Article 53 de la Constitution.
DECRETE :
Article premier : Le Parlement est convoqué en session extraordinaire à compter du mercredi 04 septembre 2024.
Article 2 : L’ordre du jour de cette session comprendra :
1. La Présentation de la Déclaration de la Politique Générale du Gouvernement,
2. Projet de loi portant création du tribunal spécialisé de lutte contre l’esclavage, la traite des personnes et le trafic de migrants.
3. Projet de loi modifiant certaines dispositions de la loi numéro 65-046 du 23 février 1965 portant dispositions pénales relatives au régime de l’immigration.
4. Projet de loi portant code de l’hydrogène vert.
Article 3 : le Premier Ministre est chargé de l’exécution du présent décret qui sera publié suivant la procédure d’urgence au journal Officiel de la République Islamique de Mauritanie’’
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