● Jemal Ould Yessa « Boubacar Messaoud, La réhabilitation tardive d’un symbole »

Crédit photo Radio Mauritanie

Le 28 novembre 2023, la cérémonie de remise des décorations par le Président de la République vient clore un long cycle de mépris et de violence à l’endroit des militants de la lutte contre l’impunité et les discriminations en Mauritanie.

Boubacar Ould Messaoud, longtemps persécuté, condamné en 1998 à 16 mois de prison, affamé, marginalisé et désigné à la vindicte publique durant les années de dictature de Ould Taya, est enfin reconnu, distingué, honoré et ce n’est pas trop tôt. Même vieux et malade, Boubacar sort aujourd’hui de l’épreuve, la tête haute, en digne précurseur de l’autre Mauritanie, celle de demain, définitivement émancipée des inégalités de naissance. SOS Esclaves, son associations pionnière mène désormais ses activités, en collaboration avec le Commissariat aux droits de l’Homme, une évolution que nul n’aurait pressentie, quelques années avant.

Hier accusé de servir l’agenda d’un imaginaire complot des juifs et des chrétiens, le voici savourant, non sans dignité, sa douce et tranquille revanche sur les cuistres et les tartuffes de l’ère Prds. D’autres compatriotes, injustement marginalisés, méritent un traitement similaire, en hommage à leur courage, quand il fallait applaudir et ramper pour manger et grapiller les menues faveurs du tyran.

Tout le mérite revient au Chef de l’Etat, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Aucun de ses prédécesseurs ne s’était risqué, jusqu’ici, à admettre l’évidence de la faute ni l’urgence de la devoir corriger. A présent, c’est fait et tant mieux, n’en déplaise aux chauvins !

Jemal Ould Yessa

● Lien média https://www.chezvlane.com/Jemal-Ould-Yessa-Boubacar-Messaoud-La-rehabilitation-tardive-d-un-symbole_a32524.html

● L’impunité juridique perpétue l’esclavage en Mauritanie – [IRA-Mauritanie]


Le représentant d’IRA à Boghé (Localité dépendant de la région du Brakna, située à 150 km au sud-ouest d’Aleg, la capitale régionale), Mr Khoumeyni Laghdaf, informa la mission d’IRA le samedi 14 octobre 2023 qu’il a trouvé un enfant, Mahmoud Abdallahi (10 ans), dans un piteux état après avoir marché 18 km à pied et qu’il l’a emmené au commissariat de police en attendant de trouver quelqu’un de sa famille ou de la famille qui l’exploitait. L’enfant Mahmoud Abdallahi est de la localité de Mayguoum, située dans département de Bababé (à 80 km de Boghé, dans la Vallée du fleuve Sénégal) et travaillait à Dourweit entre les municipalités de Boghé et Bouhdida à 90 km de sa famille à Mayguoum. Il gardait les troupeaux pour son exploiteur Bah Abdelwehab mais quand ce dernier a appris que des activistes d’IRA, réputés rigoureux et entreprenants, à travers les plaintes qu’ils portent devant les tribunaux contre les esclavagistes et trafiquants d’enfants en faveur des victimes, sont dans la région, ils se sont empressés de chasser l’enfant pour éviter d’être découvert en flagrant délit d’esclavage et d’exploitation de mineur.
La délégation d’IRA est arrivée à la brigade de Boghé le 14 octobre 2023 à 10h30 et a trouvé le commissaire de police de la ville, sur le point de libérer le bourreau Bah Abdelwehab. L’enfant a été signalé et son exploiteur dénoncé par les militants locaux (section IRA de Boghé) qui avaient intercepté le garçon Mahmoud Abdallahi en détresse et en errance. La délégation d’IRA a demandé les raisons de cette libération prématurée ; l’officier de police judiciaire leur répondit que la mère de la présumée victime Mahmoud Abdallahi a dit qu’il est né en 2003 et qu’il est majeur donc le procureur d’Aleg Cheikh Baye nous a dit de le libérer. La délégation a demandé des preuves car de l’enfant ne leur parait pas avoir plus de 10 ans. Quelques minutes après le commissaire est revenu leur dire : « nous, on ne travaille pas avec les organisations, on travaille seulement avec le procureur et il nous a dit de le libérer ». La délégation lui a expliqué que s’il le libère, il devra les mettre à sa place. Le commissaire comprit le message et après quelques échanges entre la délégation d’IRA et le procureur, le commissaire revient quelques instants après pour le mettre sous contrôle judiciaire. La délégation lui demanda de leur confier la garde de l’enfant, il a répondit qu’il faut l’autorisation du procureur mais poursuit-il : « il est avec sa mère et ne trouvera pas mieux qu’elle pour le garder » la délégation répliqua que sa mère est complice de son exploitation et qu’elle doit être mise aux arrêts elle aussi. Ainsi le procureur refusa de l’éloigner du commissariat et de ses exploiteurs le commissaire a pris le soin de violer la procédure en s’entêtant à garder l’enfant dans le lieu de détention de la police avec le présumé exploiteur de l’enfant Bah Abdelwahab et la mère de l’enfant Vatimetou Mamadi qui est elle aussi esclave de l’exploiteur et à laquelle l’exploiteur a fait appel pour témoigner à sa décharge contre les allégations de l’enfant.
Le 17 octobre le procureur Cheikh Baye ordonne le transfert du dossier de la police vers la gendarmerie et le 18 octobre 2023, ils sont déférés devant le procureur de Aleg qui les a accusé d’exploitation de mineur et les a renvoyé vers le juge d’instruction Moctar Mohamed Hacen avec une demande de contrôle judiciaire justifiant cette clémence qu’il s’agit d’une femme, et d’un homme âgé et souffrant de diabète. Le juge d’instruction s’est contenté d’une garantie de présence.


Nouakchott 20/11/2023
La commission de communication

● La banalisation des crimes d’esclavage accentue ses pratiques en Mauritanie – [IRA-Mauritanie]

Protagonistes :
Présumés coupables : Hamoud Elvil
Prétendus parents de la victime : Vatimetou Mamadou et Mohamed Habib M’Bareck et son épouse Kebada
Victimes : Hacen Mohamed Mahmoud alias Jibril Mohamed (11ans)
Plaignante : Roughaya Chedad
Procureur : Cheikh Baye
Commandant de la brigade de gendarmerie : Leylily Mohamed Hacen
Juge d’instruction : Moctar Mohamed


Le jeudi 11 octobre 2023, une mission d’IRA conduite par le responsable de l’action de protection des droits de l’homme Abdallahi Abou Diop, accompagné de Mohamed Laghdaf Néma s’est rendue au Brakna (région située au sud-est de Nouakchott). Cette mission répond à l’appel au secours de madame Roughaya Chedad qui les informa que son fils disparu depuis 5 ans a été retrouvé avec le bourreau-esclavagiste du nom de Hamoud Elvil qui l’exploitait ; il s’agit de l’enfant mineur Hacen Mohamed Mahmoud âgé de 11 ans et qui s’appelle désormais Jibril Mohamed
La délégation est arrivée à la brigade de gendarmerie le 11 octobre 2023 à 22h. Ils ont pu échanger avec la dame Roghaya Chedad dite Vatimetou Mamadou et ses proches qui les ont informés qu’il y a une seconde famille qui réclame l’enfant et prétend que c’est leur fils et qui l’appellent Jibril Mohamed et qu’ils sont présentement à l’intérieur de la brigade de la gendarmerie avec le commandant. Ce dernier était au courant de l’arrivée de la mission d’IRA ; la mission informa le gendarme du but de leur mission et qu’ils sont venus assister, encadrer et accompagner l’enfant et sa famille. La gendarmerie avait déjà arrêté les présumés coupables Hamoud Vil et Mohamed Habib M’Bareck, la mère de la famille qui prétendait que c’est leur fils ainsi que l’enfant victime. La délégation d’IRA a beau expliquer au chef de brigade que l’enfant est mineur et victime et il n’a aucune raison de l’arrêter mais il a répondu que ce sont les ordres du procureur. Il prétend que l’enfant n’est pas formellement en garde à vue, mais il est retenu en compagnie des suspects mis aux arrêts selon les ordres du procureur du tribunal d’Aleg le juge Cheikh Baye Moustapha.
Le lendemain vendredi 13 octobre 2023 la mission d’IRA est revenue à la brigade dès 8h 30 le matin, ils ont constaté que l’enfant mineur et victime est placé avec ses bourreaux dans la même cellule. Ils ont dit au chef de brigade de la gendarmerie, l’officier de police judiciaire chargé d’instruire l’affaire, le nommé Leylily Mohamed Hacen, qu’il a biaisé toute l’enquête en mettant les bourreaux et la victime dans un même lieu où ils ont séjourné et passé la nuit ensemble. L’officier s’est empressé de séparer l’enfant de ses présumés bourreaux, mais le mal était déjà fait.
La délégation d’IRA a ensuite quitté la brigade de gendarmerie pour le tribunal d’Aleg ; ils ont attendu longtemps avant l’arrivée du procureur aux environs de 11h. Ils ont expliqué au procureur les manquements à la procédure très stricte sur la protection des mineurs face à leurs présumés bourreaux, fautes procédurales très graves commises par l’officier de police judiciaire notamment le fait d’arrêter la victime et de la mettre avec ses bourreaux. Bien sûr que les responsables d’IRA ont expliqué au procureur que l’officier gendarme a prétendu que c’est le procureur lui-même qui lui a ordonné de garder la victime dans la même cellule avec le suspect et dans le lieu de détention qui est la brigade de gendarmerie d’Aleg (Ville chef-lieu de la région du Brakna située à 300km au sud-est de la capitale mauritanienne Nouakchott). Le procureur convoqua séance tenante l’officier gendarme chef de brigade et lui fait part des griefs émis contre la procédure par les délégué d’IRA. Mais aucune sanction ou mesure n’a été prise contre l’officier de gendarmerie , ce qui prouve que le procureur comme tous les juges mauritaniens, n’est pas étranger à cette violation de la procédure qui fait partie des longues chaines de violations commises par les juges et les officiers de police judiciaire contre les victimes de l’esclavage en Mauritanie.
La mission d’ IRA sollicita auprès du procureur de lui donner la garde de l’enfant jusqu’à la fin de l’enquête, le procureur refusa prétextant qu’IRA est partie civile dans cette affaire et a demandé à l’enfant de choisir avec qui il veut partir. L’enfant choisira la femme qui le louait au bourreau qui l’exploitait, il s’agit de Kebada l’épouse de Mohamed Habib M’Bareck.


Le chef d’inculpation retenu contre les accusés est : Exploitation de mineurs.
Le Juge d’instruction met les présumés coupables sous contrôle judiciaire malgré la requête du procureur de leur délivrer un mandat de dépôt. Ce dernier a fait appel de cette décision inexplicable.


Nouakchott 20/11/2023
La commission de communication

● Projet AFRAB – retour de Dar es Salam | Message de remerciement du président d’IRA-Mauritanie

Message de remerciements pour les concepteurs et acteurs de AFRAB et d’informations pour le public abolitionniste.
J’informe tous les collègues, chercheurs ou activistes, avec qui j’ai partagé une excellente semaine à l’université de Dar es Salam, dans le cadre du projet AFRAB, que je suis arrivé au sein de la famille à Dakar, en parfaite santé et dans des bonnes conditions. Je compte aussi mobiliser des chercheurs mauritaniens, basés à l’université de Nouakchott ou dans des universités étrangères, pour rallier le projet et la conception AFRAB, une idée géniale qui contribuerait beaucoup à l’effort africain et mondial visant à informer sur l’esclavagisme en vue de son éradication totale.
Le projet AFRAB (acronym de «African Abolitionism: The Rise and Transformations of Anti-slavery in Africa») a soutenu et financé la participation de 32 participants, dont des membres du réseau G5 Sahel contre l’Esclavage, à la conférence UDSM en Dar es Salaam du 6 au 10 novembre 2023. Le G5 Sahel est un consortium d’ongs anti-esclavagistes, travaillant au Mali, Niger, Mauritanie, Tchad, Burkina Fasso et autres pays du Sahel, Sahara ou Afrique de l’Ouest. Le G5Sahel Contre l’Esclavage est dirigé par Ali Bouzou, secrétaire général du consortium et président de l’organisation Timidria du Niger. AFRAB est coordonné par la professeure Benedetta Rossi, basée au Département d’histoire de l’université « University College London » (UCL) à Londres, au Royaume-Uni. AFRAB est financé par le Conseil Européen de la Recherche (convention de subvention n° 885418).

Biram Dah Abeid

12 novembre 2023

● L’interview du journal Shems Maarif avec le député mauritanien Biram Dah Abeid.

Le journal électronique Shems Maarif
Interview avec le Deputé Biram Dah Abeid, président de l’ONG IRA; par Yedali Fall.

1- Shems Maarif : Monsieur le député bonjour. Vous revenez d’une tournée qui vous a conduit hors du pays. Quel en était l’objectif ?


Biram Dah Abeid: Mon voyage en Europe (France, Belgique et Suisse) visait trois objectifs : reprendre contact et s’organiser nos sections en Europe et la diaspora mauritanienne, pour les batailles présentes et futures, dans le domaine des droits humains et du projet d’alternance, faire l’état des lieux avec les partenaires d’IRA, européens et onusiens, de la situation du pays depuis que le régime du président Ghazouani a renié la ligne d’ouverture enclenchée, au début de son mandat, en direction de la mouvance citoyenne; le troisième objectif de ce voyage était consacré à mes contrôles de santé.


2/ Shems Maarif : Quelle lecture faites-vous de la scène politique nationale six mois après les élections du 13 mai 2023 ?

BDA : La scène et ses acteurs résultent d’une ligne de séparation racialiste et de classe, orchestrée par le régime en place, comme ses prédécesseurs issus du même bloc dominant que caractérisent le monolinguisme et le désir de la toute-puissance. Ces lignes discriminatoires et de fracture croissante se matérialise dans le refus catégorique, par le pouvoir et ses lois, d’autoriser l’activité des forces issus des milieux majoritaires : il faut, désormais, considérer que l’intimidation des autochtones d’ascendance subsaharienne, devient une finalité de l’Etat et des segments réactionnaires dont il tire sa légitimité. Victimes d’une gouvernance de marginalisation et d’impunité depuis plusieurs décennies, ces groupes subissent, aussi, l’interdiction de fonder de nouveaux partis, à l’ombre de la légalité. Du début du siècle jusqu’à nos jours le constat ne varie : Action pour le changement (Ac) et Convention pour le changement (Cc) ont été abrogés successivement ; de 2013 à 2014, la mesure d’éviction frappe Refondation pour une action globale (Rag) et Forces progressistes pour le changement (Fpc). Les Ong Touche pas à ma nationalité(Tpmn), l’organisation pour la promotion et l’officialisation des langues nationales(Olan), les associations des rescapés des vagues d’épuration ethniques, des veuves, des orphelins, sont privées de reconnaissance de jure ou/et de fait, un peu à l’image d’IRA, tolérée du bout des lèvres mais interdites de toute participation aux travaux de son interlocuteur officiel, en l’occurrence le Commissariat aux droits de l’Homme, à la lutte contre la pauvreté et à l’insertion. Les actes de représailles visent toute entité privée qui n’obéit pas aux limites du discours, de la pensée et des gestes assignés, par le pouvoir, aux acteurs de la société civile ; ici, les cas de dissidence, de liberté de ton et de lanceur d’alerte suscitent, de la part du gouvernement, une batterie de mesures de rétorsions. La plus immédiate consiste à exclure, les associations, du bénéfice des financements extérieurs, comme celui de la France, en Mauritanie. Donc l’état des lieux, au surlendemain des élections générales, se résume à un tableau d’apartheid politique exécuté au profit d’une communauté de citoyens de premier ordre au détriment de l’humanité périphérique, celle du nombre et de la misère où bouillonne la révolte des parias, la communauté de citoyens secondaires. Les Hratin, représentant, selon les approximations de la Banque mondiale (Bm)et d’autres institutions indépendantes, plus ou moins la moitié de la population ; ils ont droit à 10 sièges de député dans une assemblée qui en compte 176. Les communautés autochtones d’ascendance subsaharienne, même locutrices de l’arabe dialectal local, le hassaniya, n’ont pu bénéficier d’un traitement à la hauteur de leur domestication mentale, d’ailleurs achevée sous les auspices du sacré. L’Apartheid arabo-musulman prive, ces mauritaniens, de papiers d’état civil, donc du vote, en vue de reproduire une majorité artificielle dans les urnes et perpétuer, ainsi, la domination et la jouissance de ses fruits. La Commission nationale électorale indépendante (Céni) que le passé de son président expose à la défiance, est une boîte d’agents et d’hommes de mains du ministre de l’Intérieur, ainsi que de figurants de formations triées selon le triple critère de l’impuissance, de la connivence et de l’allégeance. Les anciens putschistes, usurpateurs et détourneurs des institutions civiles, ont mis en place un mécanisme trompeur de démocratie :  des partis vassalisés, d’autres alimentaires compulsifs, sans oublier la cohorte alignée dans le rang du ralliement, voici de quoi fabriquer des plébiscites discount. De facto, une seule communauté possède la faculté réelle d’écarter des concurrents, d’acheter des électeurs et de neutraliser la justice. Il n’est pas étonnant qu’elle gagne les élections, n’en déplaise aux enseignants d’arithmétique et de logique. Grace à ce procédé, en sus des coup d’Etat électoraux, comme la présidentielle de 2019, la majorité du peuple va continuer à souffrir jusqu’à l’éclatement d’une révolution violente à l’image des tristes et regrettables événements de l’île de Zanzibar, au milieu des années 60…


3/ Shems Maarif : Au vu du constat que vous venez de dresser êtes-vous candidat à l’élection présidentielle prochaine ?


BDA : Cette question doit être posée au régime en place, l’actuel chef de l’Etat et à son gouvernement ; sont-ils prêts admettre les conditions et le verdict d’une compétition équitable et impartiale ? Sont-ils prêts à accepter qu’un courant politique présidentiel comme le Rag, cesse d’être hors-la-loi ? Sont-ils prêts à accepter qu’un mouvement social anticonformiste, allergique aux œillères comme le Fpc, participe au marché ouvert de la persuasion, argument contre argument ? Sont-ils prêts à lever les obstructions énormes et infranchissables à l’enrôlement des Mauritaniens autochtones ? Sont-ils prêts à accepter une Céni, un Conseil constitutionnel (Cc), des fichier et code électoraux, transparents et consensuels ? Sont-ils prêts à accepter la candidature de Biram Dah Abeid, supporteraient-ils la participation d’un candidat qui aurait dû battre Ghazouani en 2019 et pourrait y parvenir 5 ans après ? Le président Ghazouani va-t-il accepter de courir le risque de valider une candidature qui lui imposerait un deuxième tour en 2024 et l’obligerait de recourir, une seconde fois, à l’armée et à la répression pour imposer sa victoire ? Ne serait-il plus en sécurité en éliminant la candidature d’un adversaire aguerri, notoire et dangereux, au profit de candidature faibles et convenues ? Je pense qu’il revient au pouvoir de clarifier sa prédisposition à réaliser une élection vraie ; c’est à lui de dire quelle catégorie de candidat autoriserait- il dans sa démocratie très contrôlée.


4/Shems Maarif : Quels rapports entretenez-vous avec les partis de l’opposition notamment l’UFP, le RFD qui ont engagé un dialogue avec le pouvoir ?

     
BDA : Nous en tant que courant de l’opposition, comme toutes les fractions qui l’animent, gardions des relations de concertation et de coordination avec ces deux partis, au titre de de notre rejet commun du dernier scrutin au suffrage universel mais, à notre grande surprise, nos alliés sont brusquement revenus, d’une pêche nocturne avec, au fond du filet, un accord de connivence générale, entre le gouvernement et eux, sur le fondement de mots d’ordre et d’intention forts louables; aujourd’hui, les voici partenaires de l’Insaf, donc, membres de la majorité, c’est-à-dire comptables de son bilan et de ses erreurs. 


5/Shems Maarif : Le président du parti SAWAB sous les couleurs duquel vous êtes élus à l’Assemblée nationale pour la seconde fois a écrit sur sa page FACEBOOK un commentaire très critique à l’égard des propos du président GHAZOUANI concernant la France partagez-vous ces propos ?  Vous engagent-ils ?

BDA : De prime abord, il est de notoriété publique que les liens du parti de mes compagnons de Rag à ceux de Sawab, concernent plutôt les élections. Les membres du Rag n’ont pas intégré le parti Sawab et Sawab réciproquement. Certaines personnalités du Sawab, ne cachent pas leurs hostilité et allergie à davantage de rapprochement avec le Rag. En vérité, l’idéologie des uns et des autres ainsi que leurs choix et priorités divergent, quant au fond et de manière décisive.  
C’est pourquoi, en vertu d’une certaine forme de coordination électorale, le Rag hors-la-loi ne pouvait se présenter au vote que sous le label, le couvert d’une entité reconnue ; alors, d’entente commune, sans drame ni épanchement, les deux partis développent chacun sa stratégie, ses positions et ses discours, en toute autonomie. Par exemple, le Rag s’est retiré, en mai 2022, du dialogue concocté par le président Ghazouani lorsque nous avons été trahis ; or, Sawab est resté siéger avec d’autres partis jusqu’à ce que le président Ghazouani mette un terme à l’expérience, sans consulter ses partenaires du moment. Lorsque le Chef de l’Etat et son ministre de l’Intérieur initiaient un autre dialogue à la veille des dernières élections locales et législatives anticipées, ils avaient pris le soin préalable de le restreindre à un format excluant les courants d’opinion non-autorisés ; Sawab, en toute indépendance et liberté, participa au rendez-vous. Concernant le libellé de votre question, nous assumons nos critiques à l’endroit du président Ghazouani et le parti Sawab formule les siennes propres, ceci n’est pas un problème et c’est un fait connu de tous. Par ailleurs, nous sommes entièrement d’accord avec le ministre de l’Economie, Abdessalam Mohamed Saleh, quand il rappelle que le Français est une langue d’innovation scientifique, qui fait désormais partie de nos patrimoine et personnalité culturelle ; avec l’Arabe, le Français reste notre langue de travail et d’ouverture sur le monde et d’acquisition des sciences. Je pense, pour ma part, que le véritable impérialisme qui nous a défiguré sur le plan culturel et religieux et mis en danger, à long terme notre sécurité physique et culturelle, c’est l’hégémonie wahabite ; nous dénonçons son emprise sur la vulnérabilité sociale, ses projets de domination du monde, d’occultation perpétuelle des femmes et  l’inclination de ses disciples à appliquer, le droit musulman de l’esclavage ; à cause du pétrodollar et du délire arabiste, nous avons été déracinés de chez nous, notre Islam tolérant a cédé la place aux pratiques rigoristes, ô combien étrangères à notre mémoire; le radicalisme et l’extrémisme violent nous ont infiltré, cassé notre mode de vie, la dénomination de nos paysages et lieux-dits et notre toponymie ; même les prénoms de nos enfants sont maintenant importés de la chanson de variété et du cinéma de l’Orient sémite. L’hégémonie culturelle en Mauritanie vient de l’Orient ; à l’image des relations entre nos élites tribales et quelques puissants personnages du Golfe et du Bosphore, elle prend un visage si familier et banal que l’on finit par l’ignorer, comme une évidence. De mon point de vue, la France ne représente aucun danger culturel en Mauritanie. Nous pensons aussi, que dans le monde actuel, devenu un village unique, avec des défis très grands, multiples et variés, tous les pays du monde, et surtout le nôtre, ont besoin de la proximité de grandes nations, dont certaines valeurs cardinales fondent notre lutte et la marqueront toujours ; je pense, ici, à la liberté et à l’égalité. La France et les Français en font partie.


6/ Shems Maarif : Un commentaire sur le procès de l’ancien président Mohamed OULD ABDEL AZIZ.


BDB : Nous pensons que ce procès pouvait être une énorme opportunité pour la Mauritanie, n’eussent était la flagrance d’une procédure ciblée, l’arrangement de l’impunité et la poursuite de la corruption, de la gabegie et du pillage, sous l’ère de son successeur. Je qualifierait, ce procès, de « gâchis »…


7/ Shems Maarif : Vous avez eu un entretien avec l’ambassadeur de l’Union européenne, quel était l’objet de cette rencontre ?


BDA : J’étais reçu par son Excellence l’ambassadeur de l’Union européenne (Ue) à Nouakchott, en compagnie des présidents des Fpc, Samba Thiam et du président du Rag, Oumar Yali; l’entretient s’est articulé autour d’échanges sur les questions de l’État de droits et des droits humains.


8/ Shems Maarif : Mr Samba Thiam président des FPC était présent lors de cet entretien, il était également à vos côtés lors de la visite de Mr Andres Morana directeur du bureau chargé de la Mauritanie au Département d’Etat américain peut-on parler d’un rapprochement entre vous ?


BDA : Franchement parlé, et vous pouvez remonter le fil de notre existence, dès la naissance d’IRA et de Rag, nous avons toujours été engagés jusqu’au bout, en discours et actes, dans la promotion des causes justes. Samba Thiam est parmi les portes flambeau légitimes de la plupart de ces causes. Nous nous n’avons jamais été loin ni des victimes de l’injustice ni des porteurs de leur revendication. 


9/ Shems Maarif : Un mot pour la Palestine
BDA : Si l’Occident ne se ressaisit pas de la pente glissante et dangereuse où l’entraîne le fasciste Netanyahu et sa bande de tueurs, le monde dit libéral et libre va devoir entamer son déclin mortel que le glas conclut. Vive le Peuple de Palestine, Vive la solution à deux États !
Merci

• Lien média https://shemsmaarif.info/?p=3750

● L’événement EMiFo à la SOAS Université de Londres – 24/10/2023 | Le Mot du Blog [Vidéo et Photos]

La contribution du blogueur Koundou Soumare

À l’université de Londres, une conférence publique s’est tenue sous le thème « l’activisme anti-esclavagiste en Afrique de l’ouest » du 23 au 24 octobre 2023. Une activité organisée par le programme EMiFo https://www.slaveryforcedmigration.org/ sous la direction de Dr Marie Rodet de l’université SOAS et ses partenaires.

La soirée du 24 octobre a été consacrée à une communication de votre « serviteur » blogueur Koundou Soumaré, une projection d’un film de Dr Lotte Pelckmans (Universitaire à Copenhague) et du visionnage d’un film de dessin animé de Dr Marie Rodet. Les contenus diffusés et commentés sont axés sur la dynamique militante anti-esclavagiste (contre l’esclavage par ascendance) en Afrique de l’ouest. Le mouvement d’éveil abolitionniste Ganbanaaxun Fedde a fait l’objet d’un cas illustratif dans les différents échanges. Il faut noter la présence des représentants de l’association Donkosira du Mali et d’un militant abolitionniste soninké de Mauritanie vivant à Londres, M. Samba Diallo.

• Ci-dessous un photo-reportage :

Londres 25 octobre 2023

KS pour le BLOG

● Communiqué de presse du mouvement Ganbanaaxun Fedde (Collectif) sur le rapport onusien sur la Mauritanie

À l’occasion de la publication et de la présentation des travaux du Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage au Conseil des droits de l’homme, nous avons pris connaissance avec beaucoup d’attention la teneur du rapport concernant la Mauritanie. Ainsi, la visite effectuée par monsieur Tomoya Obokata a été pertinemment détaillée au cours de la Cinquante-quatrième session du Conseil (11 septembre – 6 octobre 2023), point 3 de l’ordre du jour : « Promotion et protection de tous les droits de l’homme, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, y compris le droit au développement »

Nous saluons la pertinence du diagnostic établi sur la situation générale de notre pays et les recommandations d’une grande importance que nous espérons, seront prises en compte fermement par nos hautes autorités avec beaucoup de célérité.

Dans ce rapport très fourni, les points 29 et 30 nous exposent les réalités de l’esclavage sous toutes ses manifestations assimilées au sein de nos communautés nationales. Lire comme suit leur substance :


« ● 29. L’esclavage existe au sein des communautés arabophones (Maures) et négro-mauritaniennes (Soninké, Wolof et Peuls). La communauté maure se compose de deux groupes, les Beydanes, groupe dominant d’origine arabo-berbère, et les Haratines, descendants d’esclaves originaires des communautés noires du sud de la Mauritanie, qui partagent une culture commune avec les Beydanes. Les Haratines sont soumis à l’esclavage traditionnel depuis toujours, bien que cette pratique soit peut-être moins répandue aujourd’hui que par le passé. Même en l’absence de liens formels de « propriété », de nombreux Haratines restent économiquement, socialement et culturellement dépendants des personnes qui les ont longtemps réduits en esclavage, car ils n’ont pas d’autres solutions économiques viables et sont victimes de discriminations multiples.

● 30. Dans les communautés négro-mauritaniennes, le système de castes maintient les descendants d’esclaves dans une situation de dépendance économique, sociale et culturelle vis-à-vis des membres des castes dominantes, comme on le voit par exemple chez les Soninké. Le Rapporteur spécial a rencontré des membres de castes opprimées qui lui ont dit qu’ils étaient toujours dépendants des castes dominantes pour accéder à la terre et aux infrastructures collectives essentielles, comme les points d’eau et les marchés, se heurtaient à la ségrégation dans les lieux de culte et étaient exclus de toute participation aux décisions d’intérêt collectif. D’après les témoignages reçus par le Rapporteur spécial, cette discrimination est exacerbée lorsque les membres des castes opprimées rejettent l’identité d’esclave que leur imposent les castes dominantes. Lorsqu’ils tentent de dénoncer la discrimination illégale dont ils font l’objet auprès des autorités et des instances locales, au mieux, rien ne se passe, au pire, ils sont victimes de menaces, de harcèlement et de violence. Dans bien des cas, il existe clairement une situation de contrôle, de coercition et de dépendance. »

Le propros est plein de justesse en nommant les violations graves des droits humains liées à l’esclavage par ascendance dans nos communautés, notamment dans la société soninké. Ainsi relevé par l’émissaire onusien lors de sa visite et dans sa présente communication, l’esclavage par ascendance doit être pris sérieusement en compte dans les décisions et initiatives étatiques pour l’abolir définitivement avec l’adaptation de l’arsenal juridique aux réalités en questions. Le système de castes porte le noyau toxique et discriminatoire de ces réalités sociales qui sévissent avec une certaine impunité quasi complice.

Nous réitérons notre appel aux hautes autorités, aux institutions para étatiques (CNDH, Commissariat aux droits de l’homme…) et à l’ensemble de la société civile militante, pour qu’un débat public s’ouvre sur cet esclavage par ascendance et le système discriminatoire de castes. Ces phénomènes nuisent foncièrement aux liens sociaux et communautaires et portent atteinte gravement à la cohésion nationale.

En lien le rapport complet : https://reliefweb.int/report/mauritania/visite-en-mauritanie-rapport-du-rapporteur-special-sur-les-formes-contemporaines-desclavage-y-compris-leurs-causes-et-leurs-consequences-tomoya-obokata-ahrc5430add2

17 octobre 2023

Ganbanaaxu Fedde Mauritanie, Armepes-France et partenaires

● Mauritanie : cet esclavage qu’on ne saurait voir [IRA-Mauritanie]

Initiative de Résurgence Abolitionniste(IRA)
Communiqué :

Mauritanie : cet esclavage qu’on ne saurait voir
https://reliefweb.int/report/mauritania/visite-en-mauritanie-rapport-du-rapporteur-special-sur-les-formes-contemporaines-desclavage-y-compris-leurs-causes-et-leurs-consequences-tomoya-obokata-ahrc5430add2
Nous le dénonçons tous les jours et faisons, de son éradication, le combat de notre vie : l’esclavage en Mauritanie existe, malgré les dénégations des auteurs et de leurs complices. La posture de la fermeté implique notre diabolisation par le pouvoir d’Etat et l’assise conservatrice dont il tire sa force dans la société. L’acharnement sans précédent contre le mouvement abolitionniste et citoyen revêt plusieurs formes et ainsi se renouvelle, non sans adopter, à titre de constance, la mauvaise foi et la diversion.
Pourtant, le Président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani, avançait avec nous sur le plan du dialogue et de l’apaisement entre le gouvernement et la société civile indépendante et active. Or, brusquement, son camp et lui se braquèrent lorsque l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira) rencontra le Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les formes contemporaines d’esclavage ; durant l’entretien, notre association exposa, fidèlement, selon ses habitude et vocation, l’actualité des inégalités de naissance et leur fondement religieux-racialiste. L’audience de mai 2022, portait sur l’esclavage, le système de castes, les formes de dépendance assimilées et l’impunité globale qui vise, d’abord, les descendants d’africains subsahariens.
L’aile dure, suprématiste et obscurantiste du pouvoir a convaincu, le Chef de l’Etat, de rompre le dialogue, avec Ira, s’agissant du défi de défense et de promotion des droits humains en Mauritanie. La rupture unilatérale entraîna une régression, qui désormais se présente en retour au point de départ, avec son lot de harcèlement, de soupçon et de brutalité policière. Le ministre de l’Intérieur, représentant de la réaction au sein du régime, porte la responsabilité de la dégradation en cours. Voici quelques conséquences :
1. Nos manifestations, autorisées ou non autorisées – c’est le cas le plus souvent – sont violemment réprimées ;
2. Notre Ong Ira est exclue des activités officielles tant qu’elles traitent de la dignité de la personne ; quand notre vigueur initiale outrepasse le seuil de pensée et d’action arbitrairement défini par les maitres d’hier, ceux-là nous réputent extrémistes, voire racistes. N’est-ce pas ironique ?!
3. Nos militants et sympathisants sont traqués, surveillés, espionnés en Mauritanie et à l’étranger, y compris le député Biram Dah Abeid.
Confirmation de la légitimité de notre combat par les instances Onusiennes
En dépit d’un tel luxe d’obstruction et de malveillance, le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, lors de sa 54ème session consacrée à la promotion et à la protection de tous les droits de l’homme, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels – y compris au développement – a relevé, sans ambigüité, que l’esclavage persiste dans les communautés arabophones (Maures) et négro-mauritaniennes (Soninké, Wolof et Peuls). D’ailleurs, le rapport sacrifie au détail : « La communauté maure se compose de deux groupes, les Beydanes, groupe dominant d’origine arabo-berbère, et les Haratines, descendants d’esclaves originaires des communautés noires de la Mauritanie, qui partagent une culture commune avec les Beydanes. Les Haratines sont soumis à l’esclavage traditionnel depuis toujours, bien que cette pratique soit peut-être moins répandue aujourd’hui que par le passé. Même en l’absence de liens formels de « propriété », de nombreux Haratines restent économiquement, socialement et culturellement dépendants des personnes qui les ont longtemps réduits en esclavage, car ils n’ont pas d’autres solutions économiques viables et sont victimes de discriminations multiples »
Parlant de la même réalité à l’intérieur des communautés négro-mauritaniennes, le rapport Onusien souligne : « Le système de castes maintient les descendants d’esclaves dans une situation de dépendance économique, sociale et culturelle vis-à-vis des membres des castes dominantes, comme on le voit par exemple chez les Soninké ».
Le document précise, également « qu’on observe de nombreuses formes contemporaines d’esclavage en Mauritanie, notamment le travail forcé, l’exploitation par le travail et la servitude domestique. Ces formes d’esclavage concernent les Mauritaniens, quelle que soit leur origine, ainsi que les migrants ».
La teneur du texte Onusien conforte notre lutte car il reconnaît, explicitement, l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Hélas, la dénonciation des abus nous a valu la haine, l’humiliation, la prison et même l’exil, pour certains. Il est grand temps que les autorités Mauritaniennes arrêtent d’occulter l’évidence.
La supercherie de la lutte contre l’esclavage
Tous les régimes qui se sont succédé à la tête du pays jouent l’identique stratagème de l’hypocrisie, face aux organisations internationales. En effet, voilà un Etat qui nie l’existence de la servitude de caste et, dans le même temps, mène un combat inique contre les activistes de l’égalité, tout en votant des stipulations de répression de l’esclavage ! Les autorités poussent le cynisme jusqu’à créer des chambres spéciales en charge d’appliquer les lois en question….
Aux fins de tromper les instances internationales des droits de l’homme, la Mauritanie fabrique une panoplie d’institutions de l’enfumage : commission nationale des droits de l’homme, commissariat aux droits de l’homme, mécanisme national de prévention de la torture, instance nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants, médiateur de la République et bien d’autres sinécures dont la distraction du public constitue l’unique finalité. L’ensemble des paravents précités tombe aux mains de personnes connues par leur acclimatation biberonnée à l’emploi fictif, source de confort et d’immunité. En contrepartie des privilèges indus, chacune se charge de remplir sa part du faux, du dénigrement et de l’esquive. Il s’agit de coquilles vides à l’adresse de diplomates et de membres d’institutions internationales que leur bonne foi prédispose à la crédulité. Néanmoins, la déclaration du rapporteur onusien, publiée à Genève pendant le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies, lors de sa 54ème session, de surcroît en présence d’une délégation officielle de la Mauritanie, est venue, dans ses grandes lignes, tarir la source du mensonge, du moins l’instant d’une sidération, avant le réveil des contrefacteurs.
Au scandale soigneusement tu par la presse du système, s’ajoute le constat de procès bien ciblés ou les accusés, certes justiciables de « crimes contre l’humanité », comparaissent libres ou in absentia. Au terme du jugement, instruction est donnée, à toutes les forces de police et de sécurité, de ne jamais arrêter ni même signaler le prévenu. Cependant, la sentence destinée à envoûter la communauté internationale est largement diffusée. Quand l’énoncé de la peine atteint 10 années de réclusion criminelle, le condamné sort de prison, 2 à 3 mois plus tard, après que le gouvernement a exploité la médiatisation de la sentence. L’étranger floué l’ignore, l’opinion locale s’installe dans l’indifférence et le tour est joué !
Le projet de loi karama, autre épisode de la dissimulation
Le 6 octobre 2023, un groupe d’expertes de l’ONU critiquait, pendant une conférence de presse à Nouakchott, le «déni» des violences du genre, en Mauritanie. Mme Meskerem Geset Techane, présidente adjointe du groupe de Travail des Nations unies sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, l’a qualifié de problème le plus grave. Non sans courage, malgré les insultes et les menaces de pseudo-journalistes pro gouvernement et d’inspiration daeshienne, elle trouva les mots justes, sans surenchère ni complaisance.
Des parlementaires et des « érudits », souvent proches du pouvoir, montèrent au créneau pour dénoncer le texte qu’ils jugent contraire à la loi islamique et à la Constitution. Avec l’aval d’une aile conservatrice du gouvernement et des affidés de l’Etat profond, des manifestations pullulaient, partout sur le territoire, afin d’intimider les associations des droits de l’homme et d’étouffer la voix de l’émancipation.
Nous dénonçons, ici, la très forte probabilité d’un complot visant à dire, aux partenaires onusiens et du monde libre, « exonérez-nous de cette norme encombrante sinon, en l’adoptant, nous nous exposons aux foudres de Daesh et d’Alqaida » ! D’ailleurs, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, au cours du dernier conseil des ministres, vint rassurer le bloc historique, en affirmant que «rien ne sera fait qui soit contraire à la charia » ; il évoque la même charia de Mauritanie dont les livres codifient l’esclavage, la minorité de la femme et sa chosification.
Dans le domaine des droits humains et de gouvernance vertueuse, la sincérité du gouvernement reste à prouver. Il navigue toujours au fond des eaux troubles de l’ambivalence et de la quête de financements, loin de consentir la moindre contrepartie, en termes de réalisation. Aux amis et alliés stratégiques de la Mauritanie d’en tirer l’amère leçon : dans ce pays, le sérieux est pénurie ; derrière quasiment tout ce qui s’y affiche, sous les oripeaux de la solennité, avance une menterie masquée…


Nouakchott, 16 octobre 2023

● Foncier en Mauritanie : la Fondation Sahel Explique la loi 83-127 portant réforme agraire aux ayants-droits

Madar – La Fondation Sahel, en partenariat avec le projet Voice a organisé samedi 14 octobre une formation au profit des ayants droit sur la loi 83-127 portant réforme agraire en Mauritanie.

« Elle a pour but de doter les victimes de l’esclavage foncier spoliées leurs terre des outils de lutte et d’accès à leurs droits », a indiqué le Président de la Fondation Sahel M. Brahim Bilal Ramdhane. Une conférence a été présentée par Dr Ali Ould Douh qui a expliqué le cadre réglementaire, ainsi que le suivi des litiges immobiliers et les procédures procédurales suivies sur le terrain.

Professeur aux universités de Noaukchott et d’Aioune, Dr. Douh a abordé les problèmes les plus importants posés par les litiges fonciers. Il a exposé les moyens pour les résoudre.

Selon lui le rôle du pouvoir judiciaire et de l’administration dans leur résolution de ces litiges ainsi que la sagesse doivent être mis en avant dans la gestion des conflits avec pour but de d’établir les droits et expliquer les décisions rendues concernant les litiges fonciers.

Pour sa part, le Président de la Fondation Sahel, Brahim Bilal Ramdhane, a cité quelques exemples de litiges fonciers et des dossiers pendants devant la justice et les autorités compétentes.

Il a conseillé aux titulaires de droits la nécessité de les doter d’une culture juridique dans le domaine et de solliciter l’assistance de spécialistes. Il a recommandé notamment le recours à des juristes et avocats afin de régler les problèmes liés aux litiges fonciers, en particulier ceux liés à l’exploitation des terres agricoles.

Destinée aux ayants-droits, cette formation a permis à la Fondation Sahel de leur expliquer la loi et de leur faire comprendre les moyens de la faire appliquer. Il a été notamment question de mieux expliciter les procédures d’obtention des terres cultivables.

● Source en lien https://cridem.org/C_Info.php?article=769175

● Notre Blog à la soutenance de notre compatriote Cheikh Tijani Gueye | À Paris – Nanterre

Mercredi 11 octobre 2023 à l’Université Paris – Nanterre, vers 14H15 les riches échanges ont commencé par le mot introductif de la directrice de Thèse, Mme Soazick Kerneis.

L’intitulé de la thèse est : Le Processus inabouti de l’Abolitionnisme en Mauritanie. Inventaire des droits humains à travers le Droit et l’Histoire.

Notre frère et compatriote a, avec un calme de référence, brossé les circonstances et le fond sommaire de ses travaux aujourd’hui exposés publiquement à l’appréciation du jury. Par la suite, les échanges avec les membres de ce dernier, ont été l’occasion d’une brillante communication de l’impétrant sur sa production universitaire reunie durant ses recherches. Très informative et exploratrice selon les dires de certains membres du jury, la thématique de la thèse suscite un grand intérêt socio politico-juridique. Un travail « très intelligent et courageux » comme l’a remarqué un membre du Jury, fait un pertinent décryptage sourcé sur les problématiques identitaires et politiques, et l’histoire de l’engagement abolitionniste liées à la l’ensemble communautaire haratine de Mauritanie.

Après l’exposé et les recommandations d’usage du jury, le public est demandé à se retirer. Au retour, la délibération acte et valide la qualité de Docteur à notre compatriote. Ici je tiens à lui renouveler mes fraternelles et amicales félicitations. Lui souhaitant une excellente continuation dans ses projets professionnels. C’est encore l’expression de la riche substance intellectuelle mauritanienne notamment de la diaspora qui fait honneur par ce louable apport académique.

Ci-dessous quelques photos lors de l’événement comme vous y étiez :

KS pour le BLOG