● Aux intellectuels et chercheurs Soninké, oser la rupture épistémologique | Par M. Seyré SIDIBE

Jusque-là, la plupart des travaux de recherche sur la société Soninké – nous ne sommes pas les seuls -, ont pour vocation d’affirmer la richesse et la grandeur historique, patrimoniale, linguistique, morale et sociale de notre société. Une espèce de littérature dithyrambique ou « griotique » de grande facture intellectuelle, certes mais péchant par un narcissisme culturel. Ces ouvrages sont surtout descriptifs, monographiques, comparatifs, archéologiques et s’évertuent à une affirmation culturelle de la personnalité et d’identité Soninké.

La grande Histoire du peuple Soninké, magnifiée et symbolisée par l’empire du Wagadu, chevauchant entre histoire, légende et mythe est irréfutable. Nous y avions lancé toutes nos forces, et continuons d’y investir. Cependant à trop vouloir regarder derrière, en idéalisant le passé, nous risquons de perdre le présent et l’avenir. Le passé doit nous servir à aller de l’avant et non pas à nous diviser, ou couper le souffle.

A titre d’exemple, la solidarité légendaire, l’hospitalité, le dévouement au travail, la fidélité à toute épreuve, sont autant de valeurs Soninké, qui méritent d’être entretenues, perpétuées, mais améliorées et ajustées pour être en cohérence avec les nouvelles réalités de notre époque. D’ailleurs, ces différentes valeurs connaissent de nos jours quelques petits « grincements », à cause des nouveaux enjeux et dynamiques que connaît la société.

La rupture, c’est intégrer la critique

Une rupture méthodologique serait intéressante, et audacieuse afin de changer de paradigme, en orientant les travaux de recherche scientifique Soninké sur les tares de la société Soninké. Le temps est venu d’accorder plus d’intérêt aux problèmes, aux défis et aux écueils de notre société. C’est une saignée curative, qui fait mal mais elle est nécessaire pour éviter l’éternelle autoglorification : immodestie sans fin.

Il n’y a point de progrès social et économique en dehors de la critique. La critique est toujours constructive, tout dépend de la perception qu’on en fait. Un Soninké qui met à nu les pratiques sociales et mentalités rétrogrades fait œuvre utile, comme un médecin qui soigne un corps malade. La critique est une thérapie. Une éducation à la critique est nécessaire dans la plupart de nos sociétés, où on se plaît à critiquer l’autre, alors que l’autocritique, la critique des siens, est perçue comme une traîtrise, voire un crime de lèse-majesté.

Et pourtant, le dramaturge, Moussa Diagana, dans La légende du Wagadu vue par Sia Yatabere, a donné le ton, en ouvrant la voie à une compréhension, à une analyse philosophique et critique de la légende, en s’affranchissant de la légende racontée dans sa version populaire. Le dramaturge et sociologue n’a décidément pas été compris, en opposant à la version officielle et politique de la Légende du Wagadu, celle de la victime, Siya yatabaré.

Les intellectuels Soninké doivent vaincre la peur d’être jugé par la société, en orientant leurs travaux de recherche sur des sujets et questions existentiels, touchant les fondements de la société Soninké, en rapport avec les réalités de l’heure, le vécu etc. Désormais, l’intérêt doit être accordé, entre autres aux rapport entre traditions Soninké et citoyenneté ; traditions Soninké et droits de l’homme, droit des femmes, droit de l’enfant, des personnes vivant avec un handicap ; Islam et traditions Soninké : l’esclavage coutumier est-il encore défendable, soutenable ?

S’y ajoutent : les problématiques liées à l’émigration clandestine, à l’émigration, au désintérêt grandissant de la jeunesse Soninké pour les études, la formation professionnelle et à l’entrepreneuriat, les Soninké face à la désertification, la destruction progressive de la cellule familiale Soninké, les mariages endogamiques, la jeunesse et les substances psychotropes etc. 

Autant de sujets qui touchent directement notre vécu. Cependant, cette nouvelle orientation épistémologique exige un regard critique, une prise de distance pour mieux analyser, diagnostiquer, voire une indépendance d’esprit des intellectuels par rapport à eux-mêmes, à la société et aux autres pesanteurs socio-culturelles et politiques. 

Seyré SIDIBE

● À quand une loi contre l’esclavage par ascendance en Mauritanie ? | Les mots sur le mal.

Ce Grand Oral du militant droit-de-l’hommiste et abolitionniste M. Baliou Mamayary Coulibaly à l’occasion de l’événement de l’association Ganbanaaxu fedde mauritanie (8 septembre 2024 à Nouakchott) peut donner pertinente substance au législateur mauritanien afin de caractériser et de nommer juridiquement l’esclavage par ascendance dans le pays. Le narratif fourre-tout « esclavage », « lutte contre l’esclavage » ou « séquelles d’esclavage » est souvent très trompeur. Les dires sur la problématique permettent beaucoup de confusion qui bénéficie aux mentalités esclavagistes et féodales dans nos milieux. Ainsi, le législateur doit intégrer courageusement une nette distinction sémantique pour embrasser efficacement les réalités visées. L’esclavage par ascendance est une tare insérée et « entretenue » dans les structures segmentaires de nos différentes communautés toutes confondues malheureusement. Une juridiction spécialisée contre l’esclavage aura du mal à objectiver et traiter des faits liés à l’esclavage coutumier ou par ascendance, et les mentalités féodalo-esclavagistes sont bien conscientes de cette donnée et on peut supposer même que c’est une belle couverture pour leur survie. On ne peut pas défaire ou extirper l’esclavage par ascendance par la loi sans le nommer et le différencier dans le puzzle sociétal de nos communautés sociolinguistiques. Par exemple du côté malien, depuis quelques années les autorités tiennent un langage beaucoup plus pertinent pour nommer les réalités observées. En Mauritanie, les lois sont nombreuses mais elles esquivent les réalités dans bien des cas, et donc pas d’efficacité pour résoudre les problèmes qui en découlent. Soyons honnêtes avec notre conscience, l’esclavage par ascendance est généré par une certaine norme coutumière (social, politique et religieux) qui sévit par le système de castes dans nos différentes sociétés. L’égalité citoyenne clamée et réclamée n’aura de contenu réel sans passer par une véritable réforme au cœur de nos communautés d’abord. Nous avons un régime des cadets sociaux coincé dans nos réalités sociales et communautaires, et seule une sérieuse émancipation sociale et politique intra-communautaire encouragée et accompagnée enclenchera le changement tant prôné. Le législateur mauritanien doit aller plus loin en nommant les maux et adapter les textes en conséquence. C’est une problématique trans-communautaire, et ici un élément médiatique illustratif https://fb.watch/pdjZrdHx7N/

KS pour le BLOG

● La parution de l’ouvrage de Dr Boubou BA sur la justice en  Mauritanie aux éditions L’Harmattan le 19 septembre 2024 à Paris

Boubou BA, est docteur en  droit de l’Université Paris-Nanterre et juriste au tribunal judiciaire de Pontoise-France. Titulaire d’un Master 2 en droit pénal et procédure pénale de l’Université Paris-Nanterre. Il obtient par la suite un Master 2 en Anthropologie du droit de l’Université Panthéon-Sorbonne Paris-1 et un DU (Diplôme Universitaire) des modes amiables de résolution des différends de l’Université Paris-Nanterre. En novembre 2022, il a soutenu sa thèse de doctorat avec succès consacrée sur : Les modes alternatifs de règlement des conflits en Mauritanie : regard anthropologique et juridique, sous la direction de Madame le professeur Soazick KERNEIS, de l’Université Paris-Nanterre et directrice du centre de recherche (CHAD).
Cet ouvrage  « offre d’une part, une analyse selon laquelle la justice en République islamique de Mauritanie est en faillite. Elle procède par un état des lieux de la justice et du droit en République islamique de Mauritanie depuis son accession à l’indépendance jusqu’à nos jours. Il en ressort que le système judiciaire mauritanien est le produit d’une interaction entre justice traditionnelle et justice moderne. Les structures judiciaires mises en place après les indépendances se situent entre droit positif français et droit autochtone. Le cadre global de ce système est marqué par une absence totale de volontés politiques de créer des institutions fortes .  D’autre part, l’étude propose de soumettre à l’analyse l’idée selon laquelle les modes alternatifs de règlement des conflits sont une solution en partie à la crise de l’institution judiciaire. La nature pacificatrice de la justice traditionnelle en Mauritanie constitue un héritage culturel qui a facilité l’introduction récente des formes modernes de justice alternative. Une justice conçue comme une manifestation de la liberté contractuelle. L’approche contemporaine de la justice a permis au législateur mauritanien de marquer ces dernières années sa volonté de soutenir les MARC, qui constituent aujourd’hui un autre modèle de justice. Enfin, l’auteur propose des solutions de reformes adaptées aux problèmes identifiés en prenant en compte le contexte actuel de la Mauritanie ».
Dr BA, a publié de nombreux articles scientifiques sur la Mauritanie dans des grandes revues de droit et participé à des ouvrages collectifs. Parmi ces publications nous pouvons citer entre autres : Les modes alternatifs de règlement des conflits dans le système juridictionnel mauritanien in faire justice dans les sociétés multiculturelles, revue, Les Cahiers de la justice/ENM Dalloz, 2021/1, PP. 37-50 ; La justice précoloniale en Mauritanie : entre coutume et charia islamique C. GAU-CABEE (dir), le métissage des droits en Afrique subsaharienne francophone. Regards croisés, CTHDIP, 2022, PP. 86-98 ; Pourquoi faut-il faire recours à l’arbitrage dans le règlement des litiges commerciaux en Mauritanie ? in revue trimestrielle de droit africain (penant) n°923, avril-juin 2023, PP.365-382.
Aujourd’hui, il est membre associé au centre de recherche d’histoire et d’anthropologie du droit (CHAD) de l’université Paris10.

Moussa  SOUMARE
Directeur adjoint des relations avec la société civile
au commissariat aux  aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et
aux relations avec la société civile
Nouakchott

● Le portrait d’un dynamique humanitaire | Par Coumba Ndao Info

Boubacar Diakité est appelé Bouba Diakité est l’initiateur et le président de l’association NGC (nouvelle génération de coumbandao).
En dépit de sa quarantaine d’années, il possède déjà plus de 14 ans d’expérience dans le domaine associatif. En 2010, c’est avec les habitants de son village qui vivent en France qu’il a fondé cette association.

Il a également été le créateur de la radio Coumbandao.

L’objectif de cette association est de contribuer au développement de son village dans tous les domaines essentiels à la vie quotidienne.
En 2016, il était membre de l’association L’EED, dont il était l’un des membres principaux. Il a occupé différentes fonctions, notamment en tant que porte-parole et en tant que président du pôle international.

Après 4 ans passés à L’EED, il a démissionné en 2020 et a repris la direction de l’association qu’il a fondée précédemment.
Il a instauré un système d’assistance médicale dans son village natal en Mauritanie en 2022.
Le 3 octobre 2022, il s’est rendu à l’inauguration du système d’assistance médicale au village.
Lors de cette première journée, il a convié les autorités locales, telles que le maire, le préfet, le gouverneur, ainsi que les villages et les membres de l’association.

Depuis le 3 octobre 2022, 103 individus les plus pauvres du village et des environs, au sein des populations locales , bénéficient d’une carte médicale appelée Yonki (la vie), qui leur donne la possibilité de se soigner gratuitement dans les structures de santé.

Selon lui, la santé constitue un droit essentiel, et toute personne, qu’elle soit pauvre ou fortunée, doit se sentir protégée. Lorsqu’elle est malade, elle doit pouvoir se soigner.

Dans son association, il envisage de développer différents aspects tels que l’assainissement, l’agriculture, l’éducation, etc…
Son point de vue est de ne pas attendre davantage de l’État pour développer nos localités, car la diaspora possède une richesse qui, si elle est unie, peut même faire mieux que l’État dans les villages.

Son objectif ultime est que tous les villages adoptent la même approche pour que le développement soit une réalité dans nos régions.
Une nation unie, une nation forte.

En France, il a créé une permanence administrative et sociale avec son équipe pour apporter une aide aux personnes qui rencontrent des difficultés avec la langue française.
La procédure administrative en ligne, etc.
Il est gratuit et disponible pour tous sans frais.

Il considère que sa naissance en Afrique et sa vie en Europe lui permettent de découvrir les deux réalités distinctes.
Vivre en France reste une opportunité pour ceux qui ont déjà vécu en Afrique, plus précisément en Mauritanie, où nous avons pratiquement tout à nos dispositions.
N’est-ce pas que lorsque j’étais scolarisé dans mon village, je n’avais pas de lumière le soir pour faire mes devoirs?

Malgré ce contexte difficile, nous avons réussi à progresser dans nos études grâce à l’assistance de nos parents, notamment ma mère qui a été à la fois ma mère et mon mentor.

Il ne faut pas oublier cela.
Maintenant que nous disposons d’une opportunité et d’une chance d’apporter notre aide à nos familles, il est de ma responsabilité d’apporter mon aide à ma famille et à ma communauté à la hauteur de mes compétences.

D’où mon implication sociale.
Aussi longtemps que je serais en vie et tant qu’il y aura des personnes démunies en Mauritanie, notamment dans mon village, je prodiguerai mon soutien à la hauteur de mes capacités.

Dans le domaine associatif et social, Bouba Diakité est un exemple à suivre, car il a toujours fait preuve de générosité et de dévouement pour les causes justes.

• Par Coumba Ndao Info

● Ces Femmes soninkés qui bougent | La Fin d’un PARAÎTRE et Temps d’y ÊTRE !

👇🏿Photo d’illustration 📷 fake ou pas, par les échos diffus dans la communauté soninké du Guidimagha côté mauritanien ces temps-ci , un départ massif d’une ampleur inédite des jeunes gens (avec beaucoup de jeunes mamans, filles et fillettes) se fait vers la zone Europe. Concernant la masse masculine, il n’y a pas de grande nouveauté…

Source photo inconnue

Par contre, l’aspect lié à la gent féminine avec une forte jeunesse voire adolescente mérite un regard particulièrement interrogatif à l’ensemble de la communauté .
Et si finalement, après plus de 60 ans des mouvements migratoires (résidences régulières et irrégulières, aller-retour,…) au monopole des hommes soninkés, cette gent féminine soninké compte faire une remontada dans le phénomène. Ainsi dire, l’actuel match avec un exode conséquent ou même une déportation volontaire d’une jeunesse voire une adolescence très féminine sur les chemins relativement facilités vers l’Europe, risque de bousculer dans l’avenir les équilibres familiaux et sociétaux dans les terroirs d’origine vidés.

Enfin, les ratés cachés, l’exhibitionnisme pompeux, les affichages bouffons, les arrogances mesquines, les inconséquences ridicules, les camouflages mensongers et d’autres travers… sont dévoilés par les masses féminines qui subissaient un narratif faussement enjoliveur et bluffant de très loin des réalités d’ailleurs vécues par les messieurs.

Par expérience, chaque vague de générations d’arrivés par décennie d’écart, ose raconter une partie de réalités peu reluisantes d’ici (aventures d’immigrés). Ainsi, le cycle faisant son chemin et y advenant le temps historique de réseaux sociaux sans frontières, le fruit du vide est mûr.
Et les clichés joliment miroités largués « violemment » sur la face de ceux- celles qui restent aux villages, sont devenus caducs à terme d’une démystification aboutie aujourd’hui. Le rêve tant nourri d’avoir un prétendant francinké (émigré de france) à attendre au village, n’est plus un projet « QG » dans l’environnement socio-évolutif de toute jeune fille. À y ajouter l’écrasement polygamique bien problématique et ses difficiles conséquences dans les familles à long terme dans de nombreux cas, plusieurs digues cèdent peu à peu, les femmes ou bien les filles veulent être là où plusieurs décennies durant les messieurs laissent entendre et paraître avec une certaine cynique superficialité qu’on peut y tirer richesses et facilités. Elles ne partent pas pour fuir une faim ou un dénuement matériel grave, elles quittent ou on (certains parents et proches) les aide à quitter parce que le système qui tenait un certain nombre de mythes, est coincé à force du PARAÎTRE lourdement découvert et de soif de mobilité pour y ÊTRE soi-même pour de bon.

🖊KS pour le BLOG

● La critique s’arrête là où commence la calomnie | Par Seyré SIDIBE

Moi, intellectuel, je ne sais pas si je peux prétendre à  ce titre, ô combien prestigieux et lourd à  porter, surtout par les temps qui courent. 

Tant, l’intellectuel est d’abord un rôle social, un engagement, une posture constante, une conviction, une sinécure qui l’amène à  se placer du côté des victimes, des déshérités, des orphelins, des opprimés, des  gueux etc. C’est quelque part un renoncement. 

Un choix désintéressé, un engagement au service de la vérité, du bon sens et cela contre l’ordre établi : l’Autorité.
Ce qui lui vaut répression, misère, harcèlement, menace, excommunication et bannissement.

Je ne le suis pas. Cependant, j’ose ouvrir le bec , prendre mon stylo, utiliser mon clavier pour défendre, ce que j’estime être la normalité, le bon sens, pour que notre société rame dans le sens de l’histoire.
Pour lui éviter le piège de l’isolement, de l’autarcie  et du narcissisme. Un cloisonnement qui relève d’une mégalomanie autodestructrice, d’une époque révolue qui nous conduit vers le déclin, le chaos .

En revanche, les apprentis sorciers s’essayant maladroitement et perfidement dans le domaine très réservé et distingué de Gustave Lanson, Roland Barthes, Gérard Genette… choisissant l’anonymat, le brouillage, le camouflage dans la presse, dans les réseaux sociaux pour exister par la calomnie par l’usage de la dissimulation que leur procure le clavier, un masque, un pseudo etc.

Ainsi, se croyant à  l’abri des regards, ces mercenaires tirent à  balle réelle sur les passants. Ce qui n’est pas sans rappeler, les  terroristes, connus pour  leur  mode opératoire emprunt de déloyauté au mépris des codes conventionnels, de l’éthique et la morale.

Comme les terroristes, ces mercenaires agissent dans la clandestinité, dans le monde virtuel, dans le noir pour ne jamais laisser  de trace, à travers  une fausse identité. 

Quelqu’ un qui critique avec un nom d’emprunt, peut-il donner des leçons de courage à  celui qui signe,  un article de son nom et sa  photo ?
Aux  lecteurs d’ apprécier !

La critique est un art lorsqu’elle est conventionnelle, intellectuelle, objective, loyale et cherche à  alimenter la réflexion pour améliorer un problème, une situation liée au vécu en vue de promouvoir un mieux être social, économique ou politique  etc.

La clarté de mon verbe n’a jamais fait défaut.
Mon style  se nourrit de ma personnalité et s’adapte à  des contingences tantôt  structurelles tantôt pragmatiques. C’est un choix !  Comprendra qui voudra, et qui pourra.
Mes thèmes de prédilection sont connus depuis que j’ai décidé de prendre ma plume.

Tous mes articles tentent de critiquer les mentalités rétrogrades, les pratiques sociales surannées ( féodalité, esclavage, mariage forcé…) qui minent la société Soninké. Et ces questions sont une constante, le leitmotiv et la toile de fond de chacun de mes écrits. 

Vous prétendez,  aimer la société Soninké mieux que nous autres,  qui la critiquons pour qu’elle aille de l’avant . Faux !

Imaginez, le paysan, qui n’a d’héritage que son champ, cependant, il est contraint de le brûler à  une certaine période de la saison pour le  rendre plus productif.

Et pourtant, la terre est sacrée pour ce dernier, sa source nourricière, son identité, un trésor hérité ! Pourquoi, alors se permet-il d’y mettre le  feu ?

Seyré SIDIBE

● L’exception est la substance de la règle | Par Seyré SIDIBE

Chez les Soninké du Guidimakha (Mauritanie), en particulier, la conjugaison de la politique était soumise à des règles strictes, n’admettant pas de verbes irréguliers.  

Et pourtant dans le manuel de la grammaire sociale, les verbes irréguliers existent et en constituent l’essentiel. Ce sont les soubassements de l’attelage social, lui conférant visibilité, lisibilité et même une existence ontologique et identitaire.

Cependant, on préfère les employer dans un cadre restreint, intra-social et communautaire. La particularité de ces verbes irréguliers, est que leur emploi et usage sont plus que récurrents, au point de s’arroger le plus gros lot du lexique verbal.

Ainsi, la problématique, la complexité de la pratique politique Soninké en Mauritanie, réside dans l’acceptation des verbes irréguliers dans la règle, dans la mesure où si d’un point de vue diachronique et étymologique, les verbes irréguliers et réguliers sont différents, il est néanmoins, indéniable qu’ils appartiennent à une même catégorie grammaticale, et présentent des manifestations similaires. 

D’ailleurs, on peut observer au quotidien dans des circonstances moins marquées et orientées par la représentativité, un usage sans retenue des verbes des deux bords, une manière opportuniste de prouver la richesse et le poids culturels de langue, de sa grammaire et partant de la communauté.  

Et si on changeait les règles de la grammaire

Les verbes irréguliers seraient-ils en train d’être réguliers ? 

Jusque-là, les chercheurs Soninké ont privilégié dans leurs travaux, la justification d’un trait de caractère, un seul et sur la base duquel, ils ont hâtivement et partiellement fondé les règles de la grammaire sociale, sans toutefois prendre en considération, la variable dynamique de la langue.

Or, ce qui apparaît comme normatif est loin d’être la norme dans l’usage, la pratique de la langue dans toute sa dimension sociale. 

Ce qui est perçu, soutenu comme irrégulier, peu conventionnel voire marginal était en réalité la loi, la récurrence.

La nomination d’un ministre Soninké, qui sort de la normalité de la grammaire sociale, fait le buzz. Les règles de la conjugaison réfractaires à toute réforme, à toute révision ont pris un coup qui interpelle les grammairiens, linguistes, intellectuels, les politiques surtout à revoir leur copie.

On a beau étouffer une langue, elle ne s’étiolera pas. Au contraire, elle développera une résistance et une résilience inattendues pour exister avec plus de vivacité, plus d’éloquence en imposant une autre lecture de la normalité, où l’exception est perçue comme une règle dans la règle et non en dehors de celle-ci. 


Seyré SIDIBE

● Nouveau gouvernement mauritanien | Le cas du ministre soninké !

Source de la photo RS

Mauritanie Politique | Ici nommé le ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances, chargé du budget, du nom Nguenor Codioro Haroune. Selon les règles non écrites autour de la formation d’un gouvernement, il représenterait le quota soninké dans l’équipe Diay 1. Ainsi, comme d’habitude, dans l’opinion publique intéressée politiquement en milieux soninkés, on s’écharpe via notes vocales interposées en tous commentaires à son sujet. Et généralement ce ne sont pas ses compétences et parcours qui sont débattus mais plutôt de savoir s’il est bien représentatif ou de quelle tendance politique est-il issu…?
Ou de savoir quelle personnalité communautaire et politique aurait plaidé pour sa promotion…
Et on comprendrait en sourdine dans certains propos, un mélange de déception et d’étonnement… parce qu’ils n’attendaient  pas ce profil…sinon en parlant vrai ce Nom de famille…

L’assiette soninké dans la « fameuse tontine politique » est souvent cooptée et captée d’office par certains pans politico-claniques à l’image de l’ordre féodalo-coutumier qui régit le fait politique intra-communautaire. 

Nous lui souhaitons succès et réussite dans ses fonctions.

Notre espoir pour l’avènement d’un Pays Normal, il faut que les compétences assurent la légitimité en rang… et non le hasard d’une naissance ou d’un nom de famille…

À la quête d’un Pays NORMAL.

● Le décryptage d’une semaine d’actualité en Mauritanie | Par le journaliste Seyré SIDIBE.

Moctar Ould Ndiay, nommé premier ministre au sortir du scrutin du 29 juillet, à l’entame du second mandat de Ould Ghazouani. Ce choix est une contradiction avec le réquisitoire, du président Ould Ghazouani contre la corruption dans son discours d’investiture. 

Le second mandat qui commence sera un remake du premier. Aucun changement n’est envisageable, si l’on continue de reconduire les mêmes personnes. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Ould Ndiay même blanchi faisait partie du banc des présumés accusés du dossier azizien de la décennie, dont le dénouement a surpris plus d’un observateur : une grosse tempête dans un verre d’eau.

On attend, sans suspens, la composition du nouveau gouvernement, les mêmes visages reviendront. Les mêmes quotas, les mêmes logiques et schémas détermineront les castings (arguments de recrutement) : tribalisme, communautarisme voire racisme, féodalisme, prééminence et maitrise de la langue Arabe.

Et enfin, la compétence sera le parent pauvre du mode de recrutement. Curieusement, dans quelques mois, quelques années, on se plaindra du manque de résultats …

Ce que nous sommes, est plus fort que ce que nous voulons être

Si l’on a le loisir de choisir sa diplomatie, de s’afficher avec qui l’on veut, de créer une filiation génétique taillée sur mesure voire factice, on finit toujours par être rattrapé par une réalité plus que têtue, son voisinage. Les États subissent « la loi de la proximité », la géopolitique imposée par leurs frontières. 

Quand on regarde le profil des invités venus honorer, la Mauritanie à l’occasion de l’investiture du président Ould Ghazouani pour un second mandat, on peut y entrevoir sans être brillant analyste politique, le substrat (l’ADN) de notre identité en tant que nation, imposée par notre environnement naturel, identité à laquelle est venue se greffer une autre. Cette dernière ne gêne personne, elle est au contraire source d’enrichissement, tant qu’elle n’entre pas en conflit contre la première pour la liquider.

Cette alchimie dosage, de cette double attraction identitaire, exercice auquel tous les pouvoirs ont échoué faute de volonté réelle est la cause première de l’échec jour après jour du projet Etat-nation souhaité par les participants du Congrès d’Aleg (mai1958).

Finalement, notre environnement naturel que nous valorisons peu s’est imposé.  Au moins les quatre (4) chefs d’Etats du continent ont répondu à l’invitation de la Mauritanie : le président de Guinée-Bissau, le président sénégalais, les présidents de la Gambie et du Tchad. Les autres, pour certains juste à nos frontières se sont contentés de nous envoyer des personnages secondaires, une manière de nous exprimer, le degré de considération qu’ils nourrissent pour nous. Ce que nous valons pour eux. Le message a le mérite d’être clair mais comme toujours, on ne veut rien entendre.

La promesse réitérée de Ould Ghazouani, renouvelée à la jeunesse

» Oui, ce sera un mandat de la jeunesse, parce que la jeunesse est l’espoir de notre nation, sa force, son présent et son avenir, et il n’y a pas d’espoir pour une nation qui ignore sa jeunesse, laissant ses énergies hors des voies de l’éducation, de la formation, de l’intégration et de la participation ». Trop de slogans sans effets. 

La jeunesse a perdu tout espoir à cause de la corruption, du népotisme, du clientélisme et la persistance des pratiques néfastes héritées, qui créent deux jeunesses aux destins séparées. Une première, minoritaire bien née et qui a tous les arguments pour assurer la relève, alors que la seconde est déshéritée, désavantagée et végète pour lutter, échapper à un ordre implacable imposé par une accumulation d’injustices et de discriminations. Or, dans le cadre des politiques visant à promouvoir la jeunesse, c’est encore la jeunesse choyée et sortie de la cuisse de la bourgeoisie qui en profite au détriment de critères objectifs et transparents.

L’émoi d’un « peuple » contre l’assassinat d’Ismael Haniyeh

L’assassinat du leader du Hamas a montré jusqu’où la Mauritanie est un pays traversé par des antagonismes hardis qui ont eu raison de son éclosion en tant qu’Etat-nation.

En effet, contrairement aux autres pays, en Mauritanie, on a l’impression de voir deux peuples sur un même territoire, unis par l’islam (Sunnite Malekite) mais s’appuyant sur des références différentes.  Deux peuples qui ont des logiques, des logiciels, des héros, des martyrs antagonistes.

Alors que l’autre peuple rend hommage de manière ostentatoire au chef du Hamas Ismaïl Haniyeh, tué à Téhéran, mercredi, 31 juillet 2024, l’autre peuple rend hommage aux victimes de Kaédi à la suite de contestation post-électorale, consécutive à la proclamation des résultats du scrutin présidentiel du 29 juin dernier. Celles-là, n’ont bénéficié d’aucune commisération de l’Etat et de son peuple. Un peuple qui ne célèbre pas les mêmes héros, les mêmes victoires, et qui ne pleure pas les mêmes échecs.

In fine, deux peuples aux grilles de lecture diamétralement opposées, partagent le même espace sans projet de développement commun et viable pour tous. Si bien que le martyr de l’un est un imposteur, un lâche, un bourreau, un criminel, un minable pour l’autre. Les référentiels sont dans une logique qui rappelle celles des droites parallèles distinctes.

Quelle complexité inventée, entretenue et nourrie durant des années par tous les régimes qui se sont succédé au pouvoir depuis l’indépendance.  Ils sont tous complice et coupable. Chacun a contribué d’une manière ou d’une autre à diviser, à séparer en créant la haine et la zizanie entre les mauritaniens sur la base de la langue, la tribu et la race etc.

La Mauritanie est donc malade dans sa chair, dans son être. Un malaise provoqué par ses dirigeants au lendemain de l’indépendance, en optant pour des choix politiques divisionnistes et hégémoniques, visant à tuer, effacer une partie de la double identité du pays au profit de celle qui plait à l’élite dirigeante dans son projet assimilationniste voire colonisateur.

Malheur à ceux qui ont initié ce projet néfaste qui a fini par compromettre l’unité nationale et le vivre- ensemble en Mauritanie. 

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/le-decryptage-dune-semaine-dactualite-en-mauritanie/?fbclid=IwY2xjawEdi39leHRuA2FlbQIxMQABHWAhJnmU2F7XQEE36x7qSs6Cc59j4_R7aaMgEKa-e_cNB5U_e3ET8JDr6g_aem_SGeV3ppNE38U2wdCR0tVdA

● CAMARA Saloum Mohamed : la modestie dans le costume du ministre | Par Seyré SIDIBE

CAMARA Saloum  Mohamed, ancien ministre de la fonction publique, du travail et de la modernisation de l’administration a tiré sa révérence à 66 ans, ce dimanche 07 juillet 2024, à  Nouakchott.

Docteur en Sciences Politiques (Université Paris I – Panthéon Sorbonne,  France),  ce natif de Selibaby  fait partie d’une liste de cadres de cette ville, qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main, qui ont eu le privilège d’occuper le fauteuil ministériel depuis l’indépendance (1960).

Saloum, était modeste, humble et ouvert d’esprit.
Il n’a jamais renié ses amis . Il était fidèle à son « petit monde » en toute circonstances, en temps de vaches maigres comme en temps de prospérité ou de bombonce. 

Ses amis sont unanimes, l’homme était brillant et studieux depuis l’école primaire.  Il était frêle, fragile, même maladif depuis l’enfance. Cependant, il etait robuste de  l’intérieur : toute sa force était dans sa tête.

Très jeune déjà, la lecture était une passion chez lui. Sans doute, une vocation intellectuelle transmise par le bais de son frère aîné, l’ancien ministre de la santé, sous l’ère Ould Taya, Mody Mohamed CAMARA. Un homme de culture exceptionnelle. Professeur de philosophie  et pédagogue émérite dans une autre vie professionnelle,  où il enseignait l’amour de la sagesse aux lycéens.

Le costume ministériel, il l’a enfilé pendant une courte période,  en servant l’Etat avec patriotisme et humilité, jusqu’au jour où, il a été remercié pour des raisons et logiques politiciennes, sans être blâmé.

Sans jamais renier les siens,  tomber comme certains dans la condescendance de la fonction ministérielle, de son parcours académique ou de ses origines sociales, Saloum n’a jamais voulu faire des mus, en se mettant  dans la peau d’une autre personne, d’un autre personnage. Il est resté lui-même et toujours égal à lui-même. 

Une posture difficile, surtout quand on sait que dans notre société mauritaniennes, le paraître d’un jour peut effacer « l’être naissance » pour servir des  desseins opportunistes nourrissant d’une mégalomanie empruntée. 

Jamais, vous ne trouverez son nom mentionné dans une affaire sulfureuse. Jamais, Saloum n’a pris une position incongrue dans un débat de société, politique etc.

Il a vite su faire la part des choses entre le ministre, l’intellectuel et le natif de Selibaby.
Ainsi, il a pu réussir là où beaucoup ont échoué.  Ces derniers, une fois promus, par manque d’humilité, ils ont tourné le dos honteusement et ingratement,  à tous ceux qui  les ont aidés, soutenus et entretenus pendant les moments de galère.

Son passage, si éphémère soit-il au ministère de la fonction publique,  restera marquée, entre autres, par la réforme de l’âge de la retraite  de 60 à  63 ans.

Nos condoléances à la famille éplorée.
Que son âme repose en paix !


Seyré SIDIBE