L’Assemblée nationale adopte le projet de loi régissant les associations, fondations et réseaux (AMI)

L’Assemblée nationale a adopté, au cours de sa plénière tenue lundi sous la présidence de M. Cheikh Ould Baya, son président, le projet de loi régissant les associations, fondations et réseaux.

Le gouvernement était représenté à cette séance par Dr Mohamed Salem Ould Merzoug, ministre de l’intérieur et de la décentralisation, entouré de certains de ses collaborateurs.

Le projet de loi comporte 72 articles qui définissent l’association, les règles gouvernant sa création, ses engagements, et les cas éventuels de suspension de ses activités et de sa dissolution.

Le ministre a commencé son exposé par préciser que mouvement associatif, qui connait un grand essor constitue un levier important pour la mise en œuvre des politiques de développement, de promotion et d’ancrage de la démocratie.

Cependant, dit-il, le cadre juridique qui le régit ne reflète pas cette situation. L’approche participative et l’implication de la société civile dans le renforcement de l’État de droit, nécessitent la mise en place d’un cadre juridique adéquat.

Aussi, le présent projet de loi qui abroge et remplace la loi 64.098 du 9 juin 1964 relative aux associations ainsi que ses textes modificatifs, est élaboré conformément à l’esprit de la Constitution du 20 juillet 1991 modifiée.

Il a insisté sur le fait que ce cadre exprime une nouvelle vision conforme à notre dispositif constitutionnel en termes de liberté d’association et d’organisation pour un mouvement associatif acteur et partenaire du développement national, passant en revue les principales innovations du nouveau texte à savoir :

l’introduction du système déclaratif en lieu et place de l’autorisation préalable ; le renforcement du contrôle ; les voies de recours en cas d’abus de pouvoir ; l’introduction d’une réglementation complète sur les régimes de nullité, de suspension et de dissolution des associations ;

Autre innovation, l’introduction de dispositions permettant aux associations de bénéficier, sous conditions, de fonds et d’appuis techniques publics, privés et étrangers; les associations signataires d’accord– cadre et d’accord de siège avec l’État.

Dr Mohamed Salem Ould Merzouge a indiqué, en outre, que le présent projet de loi institue un système de suivi, de contrôle et d’évaluation qui est assuré par les départements ministériels et institutions suivants :

-le ministère de l’intérieur est chargé de l’administration du régime des déclarations et du suivi de l’ordre public;

-le département en charge de la société civile est chargé du suivi du mouvement associatif conformément à la réglementation en vigueur ;

-les tribunaux compétents assurent le contrôle juridictionnel.

Le texte, conclue le ministre, précise également les modalités de regroupement des associations dans le cadre de réseaux et de plate- formes. Il en est de même pour les fondations, amicales, associations reconnues d’utilité publique et associations étrangères.

Le ministre a fait remarquer qu’une concertation élargie a été lancée sur ce texte avec les personnes ressources concernées, les organisations de la société civile et des spécialistes du droit public et du droit humanitaire et ce, tout au long du processus de son élaboration. Cette concertation s’est achevée par l’organisation, par le commissariat aux droits de l’Homme en collaboration avec le ministère de l’intérieur et de la décentralisation, d’un atelier sur les mécanismes de son élaboration.

Les députés ont, dans leurs interventions, soulevé les points suivants :

•La possibilité pour le gouvernement de retirer le projet en vue de l’améliorer et d’approfondir la concertation à son sujet avec les acteurs du champ associatif afin de l’adapter aux exigences d’une société civile opérant dans un Etat démocratique ;

•La problématique des conditions et exigences en matière d’organisation requises par le texte et la dichotomie entre ceux qui y voient un excès préjudiciable vidant la loi de sa substance et ceux, au contraire, qui estiment qu’elle encourage les véritables associations qui travaillent avec sérieux et un mécanisme approprié pour empêcher de noyer l’action associative.

•L’éventualité de voir certains concepts et expressions trop vagues (les coutumes, la haine, la menace de l’ordre public, etc.) interprétées de manière à restreindre la liberté d’action des organisations de la société civile ;

•La nécessité de veiller à professionnaliser davantage l’action associative et à l’éloigner de la politique et faire en sorte de ne pas faire lier les procédures d’application du présent projet de loi aux textes réglementaires de manière à porter atteinte à la marge de liberté dont disposent les associations.

L’Assemblée nationale a adopté également les amendements apportés par la commission de la justice, de l’intérieur et de la défense sur les articles 2, 9, 10, 23, et 30 du projet de loi et visant dans l’ensemble à préciser davantage le contenu de ces dispositions.

©️ Crédit source: http://fr.ami.mr/Depeche-56592.html (AMI)

L’intervention de la députée Coumba Dada Kane à l’adresse de l’assemblée nationale.

Bismillah rahmaani rahiim

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale

Honorables collègues députés

Avant de voter ce projet de loi nous devons revoir certaines dispositions.

Le projet de loi 20-032 sur les Associations, les Fondations et les Réseaux pour remplacer la très restrictive législation actuelle que le conseil des ministres a transmis au parlement le 19 septembre 2020 doit permettre de passer d’un régime de délivrance très stricte des autorisations à un système de notification, cependant la restriction injustifiée des domaines d’activité et le pouvoir donné au ministre de l’Intérieur de suspendre temporairement, et sans préavis, les associations doivent être amendés pour garantir un environnement serein pour la société civile.

Le projet de Loi 20-032 doit permettre aux mauritaniens de fonder des associations sans aucune difficulté.

Certes, il y a des progrès notables car le projet de Loi 20-032 rend les associations éligibles pour recevoir des financements, y compris de la part de donateurs étrangers et prévoit un droit de recours en cas de décisions administratives défavorables, néanmoins certaines dispositions (qui exclut les associations de moins de cinq personnes et les organisations avec un mandat non permanent…) doivent être supprimées car elles ne correspondent pas aux normes internationales qui définissent les associations comme : « Tout groupe d’individus ou toute entité juridique constitués pour exprimer, promouvoir, poursuivre et défendre collectivement des intérêts communs »

Aussi, dans certaines dispositions nous notons des concepts vagues et imprécis qui pourraient être instrumentalisés pour justifier le refus d’accréditer des associations, des fondations ou des réseaux.

Pendant des décennies la loi N°64.098 relative aux associations a privé des citoyens d’un droit élémentaire, il est temps de se conformer aux normes internationales telles que : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), que la Mauritanie a ratifié en 2004, et qui garantit le droit d’association pacifique. L’article 22 du (PIDCP) stipule qu’aucune restriction ne peut être imposée à l’exercice de ce droit autre que celles prévues par la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique…

Et l’article 10 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples stipule en outre que «Toute personne a le droit de constituer librement des associations avec d’autres sous réserve de se conformer aux règles édictées par la loi…»

Aussi, en vertu de la législation actuelle, les tribunaux peuvent imposer des peines de prison de un à trois ans à quiconque continue de diriger une organisation non autorisée, et de six mois à un an à quiconque participe au fonctionnement d’une organisation non autorisée.

Le projet de Loi 20-032 à l’étude ne spécifie pas les peines d’emprisonnement comme l’actuelle législation mais stipule que les fondateurs, représentants ou dirigeants d’associations peuvent être exposés à des poursuites s’ils ne déclarent pas leur groupe… plus de clarté est nécessaire sur ce point.
Si nous voulons un réel changement, nous devons avoir la volonté et le courage de voter une loi sans ambiguïté ni concept vague qui pourrait être utilisé par les pouvoirs en place pour empêcher des citoyens de jouir de leurs droits…

Je vous remercie.

Madame Coumba Dada Kane.
Vice-présidente IRA -Mauritanie.
Députée à l’Assemblée Nationale.

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

L’adresse prévue du député Biram Dah Abeid à l’assemblée nationale ce jour 11/01/2021

Ayant raté son inscription sur la liste des députés à intervenir en plénière dans le débat concernant le système déclaratif et la loi sur les associations, le député Biram Dah Abeid, partage la teneur de sa communication avec l’opinion publique :


Biram Dah Abeid, député;
Allocution prévue le 11 janvier 2021 en séance plénière, session de l’Assemblée nationale, Nouakchott

  1. La démocratie, dans notre pays, pâtit d’une amputation, à la naissance. Elle se privait d’un pilier juridique et constitutionnel, en l’occurrence, la liberté de s’organiser et de se réunir. Le récépissé préalable permettait, au pouvoir exécutif, de sélectionner, au faciès, les partis et Ongs à interdire. Ainsi, pouvait-il pénaliser et réprimer toutes leurs activités, souvent malgré la justesse du combat et sa popularité.
  2. Or, Chaque élection, démontre l’écart grandissant entre les règles d’un dispositif de préférence idéologique, culturelle et linguistique et, à contrario, la réalité de la mobilisation et du vote. Cet honorable parlement, où nous voici tous rassemblés, est notamment le produit et le reflet de siècles d’oppression puis de marginalisation des noirs en Mauritanie, sinon, il en compterait beaucoup plus, aujourd’hui.
  3. En adoptant le nouveau texte qui consacre le système déclaratif des associations, vous faites tomber un obstacle, de taille, à l’équité et aux idéaux égalitaires de la république. Je dois le reconnaître, une telle audace témoigne en votre honneur mais reste incomplète tant que persistent les discriminations à l’autorisation des partis politiques. Dans ce domaine, il nous appartient de légiférer, sans retard, en 2021, afin d’étendre le champ d’application du droit que nous voulons entériner au nom du vivre ensemble. L’étape suivante consiste, avant le futur renouvellement des sièges de députés, à défaire le découpage électoral, en vue de rétablir les circonscriptions législatives, selon le nombre d’habitants, point d’après la taille du territoire ou la continuité du peuplement tribal.
  4. Ainsi, l’on pourrait dire que l’Assemblée nationale de la Mauritanie, représente la souveraineté des citoyens parce qu’elle en traduirait la diversité.
    Etes-vous prêts à permettre le franchissement irréversible de cette ligne ? Ce à quoi vous invite l’adoption du présent projet de loi n’est que l’acte premier d’une révolution, en chaîne. Je m’adresse, ici, aux élus de la Majorité : votre chef, le Président de la république, souhaite de tels changements et l’a exprimé mainte fois. Grace à vos voix, nous serons heureux de pouvoir annoncer, un jour, autour de nous : le modèle de mourgueibeu (longueur d’avance) ethnique est révolu! Pour décider au nom de la majorité, seuls comptent, désormais, la faculté de convaincre et le nombre des suffrages !

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE/RAG

Mauritanie | Editorial : Imminence d’un dialogue social

Initiatives News – L’ouverture d’un dialogue national sur les grandes questions pendantes en Mauritanie avait été l’une des principales revendications de l’opposition qui l’avait demandé à cor et à cri tout au long de la décennie écoulée marquée par une crise politique qui avait asphyxié le pays.

L’arrivée au pouvoir du président Ghazwani a permis un dégel miraculeux qui a tourné à l’union sacrée, la crise de la Covid aidant. L’opposition était redevenue fréquentable et le tapis rouge lui était étalé au palais présidentiel et au niveau des autres instances de l’Etat.

Cette normalisation des rapports entre le pouvoir et l’opposition permet désormais aux deux protagonistes de jouer carte sur table et d’accorder leurs violons dans l’intérêt supérieur de la nation.

C’est dans ce contexte fort propice que va se tenir le dialogue social tant attendu, un dialogue qui intervient après une large concertation entamée par le président Ghazwani qui a reçu et qui continue à recevoir tous les acteurs de la scène politique et sociale.

Ce dialogue en vue qui se veut purement social devrait plancher sur la question lancinante de l’unité nationale. Il s’agira notamment d’en définir clairement les contours et d’en consolider les bases.

Et pour ce faire il serait impératif de jeter des bases solides d’une école mauritanienne profondément ancrée dans les réalités nationales et qui sera le garant de l’unité et de la citoyenneté, une école qui produira des citoyens égaux en droits et en devoirs.

Autre point fondamental à régler au cours de ce dialogue, celui du passif humanitaire qui continue à menacer dangereusement l’unité nationale.

Il y a aussi le problème de l’esclavage qui serait au menu, une autre tare qui a fait très mal à l’image du pays et aux victimes elles mêmes.

Les questions de l’exclusion, des inégalités, du partage des ressources et de la bonne gouvernance auront aussi leur place dans ce dialogue social qui devrait établir une feuille de route permettant au pays de sortir de la léthargie et de rattraper le temps perdu après 60 ans d’indépendance.

Il y a lieu par ailleurs de convoquer toutes les forces vives et de faire en sorte que les résultats obtenus, les recommandations soient immédiatement appliquées et n’atterrissent pas dans les tiroirs pour de bon.

En effet, la Mauritanie a besoin d’un nouveau décollage ou voire même d’une refondation. Il est grand temps que les immenses ressources dont regorge le pays et le génie mauritanien tant vanté par nos poètes permettent à nos dirigeants de se surpasser pour mettre le pays sur de bons rails.

En tout cas, l’occasion qui s’offre à nous actuellement est trop belle pour qu’on la gâche. La volonté politique et l’esprit d’ouverture affiché par le président de la République sont des gages de réussite et il appartient à chacun de jouer sa partition.

Bakari Guèye

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L’ONG Waraba Afrique interpelle l’Union Africaine sur la question de l’esclavage

Monsieur le Président de l’Union Africaine Adis Abeba Ethiopie

Paris, le 04 janvier 2021

Monsieur le Président,

L’ONG Waraba Afrique est sensible au sort des milliers d’africains et africaines dont la survie est un défi quotidien pour tenter de s’affranchir des graves crimes commis à leur encontre. Par la présente, notre Organisation Panafricaine a estimé devoir demander à l’Union Africaine à s’impliquer davantage dans des initiatives urgentes et immédiates pour éradiquer l’esclavage en Afrique et mettre fin à d’autres formes d’atrocités commis sur notre continent. En effet, les victoires enregistrées dans le combat mené contre ces crimes, depuis les premières civilisations humaines, ne doivent pas faire oublier l’échec de l’humanité, en particulier en Afrique et qui se traduit par la persistance de l’esclavage. Les nouvelles formes d’asservissement et autant d’autres tragédies prouvent que l’humanité n’a pas tiré toutes les leçons des horreurs de son histoire récente.

Malgré les engagements pris par la communauté internationale au lendemain du second conflit mondial , la déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la ratification de tous les Etats des obligations internationales sur la protection des Droits de tous les migrants qui interdisent la traite humaine, toutes formes d’asservissement et la torture , des peuples d’Afrique subissent encore l’esclavage tandis que d’autres , notamment des jeunes ,en situation de pauvreté extrême, donc vulnérables, victimes des formes contemporaines d’asservissement , sont contraints de fuir des situations humainement insoutenables. Des envoyés spéciaux des Nations Unies avaient constaté et fait état dans leur rapport de 1996 d’« une augmentation effrayante de l’esclavage, du commerce des Esclaves et du travail forcé en Afrique ».

Deux journalistes du Baltimore SUN, auteurs d’un article sur le sujet, rapportent des témoignages qui indiquent « avoir réussi à acheter des êtres humains et que des peuples continuent de subir et de vivre dans l’horreur ». L’actualité continue à relater des refoulements massifs et des violences « des personnes laissées à la dérive en pleine mer pendant une longue période souvent sur des canots surchargés « et qu’en 2020, la presse internationale fait état des refoulements, décidés par un pays africain, des milliers d’émigrants et demandeurs d’asiles vers le Niger lors des rafles en séries de personnes de plusieurs nationalités pour la plupart des africains subsahariens ». L’impunité de ces crimes et d’autres violations commis sur le territoire africain sont intolérables et doivent cesser.

Des plaintes déposées par des victimes de ces crimes ne prospèrent pas dans les tribunaux de ces Etats pourtant signataires des conventions internationales contre la traite des personnes et de protection des migrants. L’ONG panafricaine Waraba Afrique fait appel à l’Union Africaine à exercer ses prérogatives dans l’intérêt des populations africaines, notamment notre jeunesse, qui tentent péniblement de s’affranchir de l’esclavagisme et des nouvelles formes d’asservissement. Notre organisation continentale est dans l’obligation de s’assurer de la sécurité de nos ressortissants qui sont injustement refoulés aux frontières des pays africains en violation des obligations internationales de ces pays. Il y a urgence à ce que l’Union Africaine inscrive ce fléau à l’ordre du jour car le soutien affiché aux dictatures va incontestablement inciter un grand nombre des personnes, notamment des jeunes, à emprunter les chemins périlleux et dangereux de l’exil. Le phénomène des migrants et l’esclavage sont nos défis immédiats.

En prévision et pour faire face à ce fléau, les politiques migratoires des pays européens, à l’instar du projet du nouveau Pacte Européen pour la Migration et l’asile, a pour objet d’empêcher les migrants du sud d’accéder au territoire européen.

Quant à la gouvernance Africaine des migrations africaines, elle se traduit par l’intolérable indifférence de nos Etats au traitement inhumain des africains sur le territoire africain et à la tolérance à la traite humaine. C’est pourquoi, l’ONG Waraba Afrique fait appel à l’Union Africaine à engager immédiatement des actions pour contraindre les Etats membres à se conformer à leurs engagements internationaux en éradiquant l’esclavage et toutes formes d’asservissement sur le continent africain.

L’ONG Panafricaine Waraba Afrique assume sa part de responsabilité en engageant des actions de sensibilisation et aussi des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes.

La responsabilité de l’Union Africaine est importante et historique en ce sens qu’elle doit contraindre les Etats membres à s’acquitter de leurs obligations internationales en vertu de la charte des Nations unies, de la charte de l’Union Africaine , des conventions internationales contre la criminalité organisée , le protocole contre la traite des personnes, parmi elles les migrants et sur les conventions sur la protection des droits des migrants qui interdisent les expulsions collectives.

Dans l’attente, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.

Pour l’ONG WARABA D’AFRIQUE,

Me Saïd LARIFOU, Président

ONG WARABA d’Afrique

Siège social : 10, rue de PENTHIEVRE 75008 PARIS

Email: warabadafrik@gmail.com

Tél.: +33 7 58 24 59 02

WhatsApp: +33 6 51 45 80 90

Droits Humains | COMMUNIQUÉ DE PRESSE ET CONFÉRENCE DE PRESSE DE WARABA AFRIQUE

Le 12 Janvier 2021 à 14 heures

A la Salle Espace ELMadine

16 , Avenue Paul ELUARD BOBIGNY

Métro ligne 5 Terminus Bobigny

Paris, le 6 Janvier 2021

L’ONG Waraba Afrique est sensible au sort des milliers d’africains et africaines dont la survie est un défi quotidien pour tenter de s’affranchir des graves crimes commis à leur encontre. Notre Organisation Panafricaine a saisi l’Union Africaine d’une requête pour demander à celle-ci à s’impliquer davantage dans des initiatives urgentes pour éradiquer l’esclavage en Afrique et mettre fin à d’autres formes d’atrocités commis sur notre continent.

Malgré les engagements pris par la communauté internationale au lendemain du second conflit mondial , la déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la ratification de tous les Etats des obligations internationales sur la protection des Droits de tous les migrants qui interdisent la traite humaine, toutes formes d’asservissement et la torture , des peuples d’Afrique subissent encore l’esclavage tandis que d’autres , notamment des jeunes ,en situation de pauvreté extrême, donc vulnérables, victimes des formes contemporaines d’asservissement , sont contraints de fuir des
situations humainement insoutenables.

Ces faits criminels, par leur atrocité et leur persistance sont les preuves de l’échec de l’humanité qui n’a pas tiré les leçons des atrocités de l’histoire Des envoyés spéciaux des Nations Unies avaient constaté et fait état dans leur rapport de 1996 d’« une augmentation effrayante de l’esclavage, du commerce des Esclaves et du travail forcé en Afrique ».
L’actualité continue à relater des refoulements massifs et des violences « des personnes laissées à la dérive en pleine mer pendant une longue période souvent sur des canots surchargés « et qu’en 2020, la presse internationale fait état des refoulements, décidés par un pays africain, des milliers d’émigrants et demandeurs d’asiles vers le Niger lors des rafles en séries de personnes de plusieurs nationalités pour la plupart des africains subsahariens ».

Il y a urgence à ce que l’Union Africaine inscrive ce fléau à l’ordre du jour car le soutien affiché aux dictatures va incontestablement inciter un grand nombre des personnes, notamment des jeunes, à emprunter les chemins périlleux et dangereux de l’exil. Le phénomène des migrants et l’esclavage sont nos défis immédiats.

En prévision et pour faire face à ce fléau, les politiques migratoires des pays européens, à l’instar du projet du nouveau Pacte Européen pour la Migration et l’asile, a pour objet d’empêcher les migrants du sud d’accéder au territoire europée

Quant à la gouvernance Africaine des migrations africaines, elle se traduit par l’intolérable indifférence de nos Etats au traitement inhumain des africains sur le territoire africain et à la tolérance à la traite humaine.

C’est pourquoi, l’ONG Waraba Afrique fait appel à l’Union Africaine à engager immédiatement des actions pour contraindre les Etats membres à se conformer à leurs engagements internationaux en éradiquant l’esclavage et toutes formes d’asservissement sur le continent africain.

L’ONG Panafricaine Waraba Afrique assume sa part de responsabilité en engageant des actions de sensibilisation et aussi des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes .

La responsabilité de l’Union Africaine est importante et historique en ce sens qu’elle doit contraindre les Etats membres à s’acquitter de leurs obligations internationales en vertu de la charte des Nations unies, de la charte de l’Union Africaine , des conventions internationales contre la criminalité organisée , le protocole contre la traite des personnes, parmi elles les migrants et sur les conventions sur la protection des droits des migrants qui interdisent les expulsions collectives.

● Pour l’ONG WARABA D’AFRIQUE,
Me Saïd LARIFOU, Président
ONG WARABA d’Afrique

Siège social : 10, rue de PENTHIEVRE 75008 PARIS


Email: warabadafrik@gmail.com

Tél.: +33 7 58 24 59 02 – WhatsApp: +33 6 51 45 80 90

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (3ème Partie et fin), Par Mr Bocar Oumar BA

« Nos vies commencent à finir le jour où nous devenons silencieux à propos des choses qui comptent ». Martin Luther King.

« Ceux qui aiment la paix doivent commencer à s’organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre ». Martin Luther King

Ainsi donc disais-je à la fin de la deuxième partie de ma réflexion, que l’endogamie est ce qui renforce le mieux, tout en le pérennisant, le système des castes, ainsi que l’esprit féodal qui sous-tend son détournement social et politique.

En réalité, la question du mariage est centrale chez les Haalpulaar’en. Elle est la clé de voûte qui permet de maintenir intactes les deux institutions les plus conservatrices de notre société : le système des castes et le patriarcat. Car si le mariage préférentiel est un moyen efficace de contrôle du sang et du rang (donc de la reproduction de la logique des castes), il est avant tout un moyen efficace de contrôle de la femme et de sa mobilité dans la société (donc du maintien du patriarcat dans toute sa rigueur). Et le Haalpulaar’en, quelle que soit son extraction sociale, est éduqué dans le sens de ce conservatisme séculaire. Les personnes issues de castes dites inférieures elles-mêmes, qu’elles furent hommes ou femmes, et quel que soit par ailleurs leur degré d’engagement contre l’esprit féodal, auront tendance à vouloir maintenir une forme de prépotence sur la femme, sans forcément faire le lien que je tente d’établir plus haut avec le patriarcat et avec le système des castes…Les conséquences logiques à tirer d’un tel combat sont si douloureuses en termes de renonciation à des parcelles de pouvoir pour l’homme haalpulaar, qu’elles impliquent une grande rigueur avec soi-même d’abord.

Il n’aura donc pas échappé au lecteur que les injustices que je tente de dénoncer dans notre société Haalpulaar sont systémiques. Elles se maintiennent toutes en raison d’une vision globale de l’humain et de sa place parmi ses semblables. C’est donc une réforme en profondeur de la société qu’il faudrait, à l’image de celle que nous avons hélas ratée en 1776 avec Ceerno Sileymaani BAAL et Abdul Kader KAN. Que les descendants d’Almamys n’y voient aucune insulte, il ne s’agit là que d’une critique historique des politiques conduites. L’homme qui écrit ces lignes est lui-même un descendant direct de l’Almamy Moustapha BA de Hoore Foonde, et n’accepterait aucune insulte à sa mémoire, mais pour rien au monde ne tiendrait pour sacrée l’action à laquelle son nom est associé. La critique de notre société, même de ses géniales trouvailles, n’est pas une déconsidération des anciens, mais leur nécessairement dépassement.

Une fois que l’on a dit tout cela, que nous reste-t-il comme perspectives de solution? Quelles mesures pour le court-terme, et quelles mesures pour le long-terme ? Que répondre à ceux qui pensent qu’introduire ce débat est contre-productif, et aurait pour seul effet d’introduire des divisions dans la société Haalpulaar légitimement préoccupée par l’oppression qu’elle vit au plan national ?
Il est évident que la mentalité populaire que j’ai tenté de décrire tout au long de mon propos ne se combat pas seulement à coup de décrets et de lois. La détricoter suppose un travail de longue haleine. Mais la pire des postures serait que sous ce prétexte, nous ne le commencions pas dès aujourd’hui. L’attentisme qui caractérise certaines réactions consistant à sous-traiter au temps ce qui relève de la responsabilité des hommes contemporains, est une reculade devant l’Histoire. Il n’est pire arrogance que l’appel à la patience des dominants.

S’il appartient à chacun de prendre ses responsabilités face à l’Histoire, la responsabilité des cadres et intellectuels Haalpular’en issus de la féodalité me parait encore davantage engagée que celle des autres. Car la lutte des dominés elle, va de soi. Mais l’engagement des personnes issues de la féodalité, dans l’optique de réformer un système qui les privilégie, est le signe d’une société qui va plutôt bien. Commençons donc par là. Que chacun rejoigne ce combat nécessaire, au sens de la nécessité morale et historique, pour se reformer et reformer par là même notre société. Cela suppose d’abord d’accepter que ce débat est utile, et d’y apporter sa contribution. Rien n’oblige évidemment d’être d’accord sur tout, la seule éthique à tenir étant de ne pas s’opposer au principe sacro-saint de l’égalité des humains.

Parmi les mesures à court-terme pouvant être prises par l’Etat, garant par ailleurs de l’égalité des citoyens devant la loi, il y a celle qui consisterait à démocratiser la question du mariage. La puissance publique devra permettre que des règles dissuasives découragent ceux qui seraient tentés d’empêcher deux personnes qui s’aiment, de se marier hors considération de castes. Il faut que ceux qui en seraient empêchés à ce titre, puissent trouver un moyen de recours judiciaire. Mais cela suppose naturellement que les lois concernant la condition générale des femmes évoluent au même rythme ; car les deux questions sont intrinsèquement liées. Rien de ce point de vue n’est imaginable dans une société où la femme n’est pas reconnue souveraine dans ses choix. Vous aurez donc compris la révolution sociale et le courage politique que cela suppose…

Le même effort de démocratisation devra être fait sur la question foncière. Une réforme générale du foncier consistant dans l’esprit, à remettre les exploitants agricoles au centre de la propriété est nécessaire. Mais pour cela, il y a d’abord à renoncer à la politique d’expropriation actuelle qui consiste à déposséder les communautés villageoises au bénéfice des agro-business men du système. Et dans le même temps, au sein des communautés villageoises elles-mêmes, d’entreprendre une opération de réparation des injustices nées du Feccere Fuuta que nous avons évoquées dans les précédentes parties.

Il y a également à envisager des actions pour le long terme ; tant de la part de l’Etat et de la société civile, que de la part des simples citoyens que nous sommes. Du côté de l’Etat, l’éducation nationale, dans une démarche globale de faire émerger le citoyen de demain, devra faire l’objet d’une réforme de fond. Pour qu’elle aboutisse à ce que nous souhaitons, cette réforme devra être largement concertée. L’émergence de la citoyenneté moderne ne peut se passer de la question de l’égalité dans toutes ses déclinaisons : égalité des « races », des « castes », des genres, etc. Les mécanismes de production des injustices et des humiliations au sein de nos sociétés doivent être enseignés à nos enfants afin qu’ils s’en affranchissent. Seule une volonté politique réelle, affranchie de toute forme d’influence de nature conservatrice, notamment cléricale, peut conduire à de telles réformes.

Du côté de la société civile et des citoyens, il s’agit de nourrir courageusement un tel débat dans les différents médias de la société. Cela passe par tous les acteurs de notre quotidien (journalistes, artistes, intellectuels, religieux, etc.), et notamment par une jeunesse subversive, qui ose rêver et bousculer la société pour tenter de réaliser ses rêves. Une jeunesse qui ne rêve pas de justice sociale et de révolution est une jeunesse éteinte.

Et c’est peut-être finalement cela, et au-delà de tout, l’enjeu principal de notre débat de société : avons-nous encore une jeunesse suffisamment passionnée d’avenir pour ne pas se résoudre à singer machinalement ses ancêtres qu’elle a le droit d’aimer malgré tout ? Car comme j’ai pu le dire dès l’entame de mon propos, il est question dans ce débat de l’avenir de nos jeunes. Comment interpréter dès lors leur désintérêt manifeste pour cette question qui les concerne au premier plan ? Quel est notre rôle auprès d’eux afin qu’éclose une conscience de lutte ? Sans doute un autre débat…

©️ Crédit source: post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224483080882926&id=1184398165

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (2ème Partie)



« La tradition, c’est le progrès dans le passé; dans l’avenir, ce sera la tradition ». Edouard HERRIOT

« La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu’elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition, comme la tradition a surgi du progrès ». Jean D’ORMESSON

La stratification actuelle du groupe peul de Mauritanie, plus communément appelé Haalpulaar, est le résultat de la dernière glaciation des rapports de forces sociaux issus des derniers régimes politiques du Fuuta précolonial, notamment Deeniyankoo6e et Tooro66e.

• Quels termes précis pour définir ce système social ?

Système féodal ? Classes sociales ? Système des castes? A dire vrai, il serait difficile de le classer en toute rigueur dans l’une ou l’autre des dénominations. Le système que je tente ici d’analyser pourrait se retrouver à l’intersection de tous. Je fais, quant à moi, le choix de retenir l’appellation « système des castes » avec, en arrière-plan, le référentiel indien dont il n’épouse pas cependant toute la rigueur. Il en reproduit néanmoins la logique d’essentialisation, et partant, de stigmatisation.

Je ne referai pas ici la nomenclature des différentes castes en pays Pulaar dont on peut retrouver aisément une foultitude de travaux d’autorité (Oumar BA, Amadou Hampathé BA, Yaya WANE, Oumar KANE, etc.) Ce qui m’importe en définitive, c’est comment un système de division du travail, à la base fonctionnel, sans doute horizontal au départ, s’est mué en un rapport de verticalité interdépendante. Et comment, encore au 21ème siècle, alors même que nous vivons dans un état « moderne », et que les rapports sociaux sont de plus en plus des rapports économiques, perdurent encore des souffrances que nous avons parfois du mal à entendre dans notre société ? Quelle est la nature de ces souffrances ? Comment la société dans son ensemble s’arrange encore aujourd’hui avec l’humiliation de l’autre (et quelque fois de soi-même…), au prétexte de la sacro-sainte tradition ? Comment reposer les termes d’un débat de société avec le seul souci du nécessaire dépassement d’un anachronisme handicapant ?
Il me semble que le système que nous connaissions, où le fils du Baylo (forgeron) était destiné à reprendre la forge de papa, est en voie de disparition dans sa logique de reproduction sociale. Nombre de mes amis Subal6e (pêcheurs) ayant grandi à Nouakchott nagent moins bien que moi, et trembleraient à la seule idée de monter dans une pirogue. L’un comme l’autre, tout comme le fils du Toorodo (caste en charge du spirituel) qui ne maitrise pas le premier verset du coran, contiendraient difficilement les soubresauts de leurs torses à l’évocation du Mbaylaagu, du Cubalaagu ou du Toorodaagu…

Soyons clairs ! Il ne me vient pas un seul instant à l’esprit de dénier aux uns et aux autres le droit d’être fiers de ce qu’ils « sont ». J’essaie juste de comprendre de quelle façon notre société arrive encore à leur faire intégrer l’idée qu’ils seraient dépositaires du Mbaylaagu, du Cuballagu et du Toorodaagu, en dépit de leur incompétence manifeste en la matière…

C’est bien l’essentialisation des castes qui forge l’hérédité ontologique que nous lui reconnaissons. Et on est là en plein cœur du problème. C’est à la seconde même où nous avons commencé à penser que l’on pouvait être imam, cordonnier ou tisserand, non par compétence mais par essence, que nous avons définitivement dévoyé le caractère fonctionnel de nos castes. Celles-ci se seraient sans doute plus facilement adaptées au monde moderne, n’eut été ce détournement de sens. Cette essentialisation de l’appartenance à la caste met en œuvre tout un système de représentations qui est hélas à l’origine des souffrances évoquées plus haut, et fonde par la même occasion des discriminations réelles. Ces discriminations sont à la fois d’ordre symbolique, politique et économique. La direction des prières et la chefferie du village qu’on dénie souvent aux anciens esclaves est sans doute la manifestation la plus paradigmatique de cette discrimination. L’autre source de discrimination étant l’inégal accès au foncier. C’est que la révolution Toorodo de 1776 a réussi à certains endroits du Fuuta, le tour de force de concentrer ces trois pôles entre les mains d’un seul groupe : le savoir, le pouvoir et l’avoir. Là aussi au nom du détournement de la révolution théocratique pensée par Sileymaani BAAL ; détournement qui permit l’émergence d’une nouvelle aristocratie. Le feccere Fuuta (partage foncier du Fuuta) en 1790 permit à la nouvelle caste Tooroodo à bien des endroits, d’accéder aux privilèges fonciers que lui octroie sa prise de pouvoir. Il y a lieu de noter cependant que les aristocraties plus anciennes, mis à part quelques familles deeniyanke victimes de leur fidélité réelle ou supposée à l’ancien régime, conservèrent de larges domaines fonciers. C’est notamment le cas des castes se66e et subal6e. En somme, les castes dites d’autorité (Tooro6e, ful6e se66e et cubal6e) ; c’est-dire celles qui dirigent nos villages, sont les principales bénéficiaires de notre tenure foncière traditionnelle actuelle. Les autres castes dites de métiers, ainsi que les esclaves statutaires, sont les grands oubliés du feccere fuuta ; alors même que les esclaves par exemple, sont ceux qui travaillent principalement la terre sans en être les propriétaires. Ils sont souvent réduits, dans le meilleur scénario, à faire du « rem peccen » (cultive, nous partageons ! »). Il s’agit d’un procédé par lequel le propriétaire terrien reçoit une partie de la récolte d’une terre que sa famille n’exploite plus depuis des générations quelque fois. L’exploitant étant souvent l’esclave statuaire qui, de fait, ne bénéficie pas de tous les fruits de son labeur… Et c’est ce système aujourd’hui qui est décrié assez souvent dans la vallée du fleuve Sénégal par les victimes de ce système inique, sous la thématique de l’esclavage foncier. Il fait partie de ce qui fonde la récurrence des conflits autour de la question de l’esclavage en milieu négro-africain de Mauritanie.

L’autre point important de la dénonciation à laquelle s’adonnent les militants égalitaristes en milieu Haalpulaar, se situe au niveau des clichés humiliants dont les personnes dites de castes inférieures peuvent souffrir au sein de notre société. Bien sûr, et il faut oser le dire, ces clichés sont entretenus y compris par des personnes dites « castées ». Nos rituels de familles (mariage, « baptêmes », etc.) sont souvent l’occasion de recréer ses rapports dominants/dominés. Et c’est à travers ces dons symboliques que les personnes dites nobles accordent, qu’elles reçoivent de la part des autres la reconnaissance de leur statut de dominants. Il a pu être dit que c’est un rapport de dépendance financier dont profitent également les personnes « castées ». A vrai dire, rien n’est moins sûr… Comment penser de nos jours, que des personnes vivent encore de ce qu’elles perçoivent à ses occasions ? Si les profits matériels sont réels, je crois néanmoins davantage à un attachement affectif à une coutume, dont on sait qu’elle permet de conserver sa place dans la société, qu’à une dépendance financière réelle. Il y aurait de mon point de vue, plus une peur d’un changement qui perturberait l’ordre établi, peur qui existe dans toutes les sociétés conservatrices, qu’un réel besoin de survie économique. Conserver la tradition semble être pour les Haalpulaar une forme de repli identitaire face à un monde moderne violent et insécurisant, où la moindre concession pourrait soulever le fantasme d’une cosmogonie qui s’écroule.

D’où la vitalité de l’endogamie qui permet de conserver deux choses importantes aux yeux du haalpulaar : le sang et le rang. De tout temps la logique matrimoniale a été fondée sur le mariage préférentiel qui ne trouve sa limite que dans l’inceste. Le mariage entre cousins étant celui qui est privilégié, il a alors forcément pour conséquence de rigidifier la cloison caste. Si on se marie préférentiellement dans sa lignée, on se marie forcément préférentiellement dans sa caste aussi. Ici la notion de pureté du sang qui irrigue la logique des castes est sacralisée ; car il s’agit d’assurer la descendance. Les mariages entre castes (ou tout au moins entre castes non équivalentes) sont donc proscrits en raison du risque de confusion qu’ils induisent. L’adage pulaar « Yoo gundo res gundo, elo resa elo » (que le lézard se marie avec le lézard, et le varan avec le varan), est une illustration de cette volonté de cloisonner. En vérité, à y réfléchir, cet adage est bien plus terrifiant qu’on y croit. En effet, il est du même ordre que la logique qui a fait appeler les métis « mulâtres ». Le mot mulâtre a la même racine que le mot mulet : animal issu du croisement entre le cheval et l’âne et qui a la particularité d’arrêter à elle la descendance par son incapacité à se reproduire. Cette terminologie animalière appliquée à l’humain en dit long sur le mépris qu’elle ne s’embarrasse même pas de cacher.

L’adage pulaar ne dit pas forcément la crainte d’une non-reproduction physique, mais symboliquement, l’enfant issu d’un mariage exogamique inter-castes souffrirait d’un déficit de reconnaissance sociale. Son géniteur fait courir le risque que la pureté de la lignée, et par conséquent la lignée elle-même, s’arrête à lui. Du moins dans sa pureté… La crainte d’une discontinuité étant toujours ce qui semble opérer ici.
(Suite)

● Lien utile Partie 1 : https://soninkideesjose.wordpress.com/2020/12/24/conservatisme-feodalite-systeme-des-castes-pour-un-regard-lucide-partie-1-par-ba-bocar-oumar/

©️ Crédit source: post Facebook de – https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224416097648387&id=1184398165

IRA-MAURITANIE : Communiqué de condoléance


• Le Covid_19 a fait une autre victime, Soumaila Cissé

IRA – Mauritanie a appris avec la plus grande tristesse le rappel à Dieu de monsieur Soumaila Cissé, homme politique et figure emblématique de l’opposition Malienne.
À cette douloureuse occasion, le président, les membres et sympathisants de IRA – Mauritanie présentent leurs condoléances à sa famille, ses amis, les militants de son parti et au peuple malien frère.
Son esprit restera à jamais parmi nous et son combat continuera jusqu’à sa réalisation.
Nous prions pour le repos de son âme et pour que le tout puissant l’accueille dans son saint paradis.


Ina Lillahi wa ina ileyhi rajioune

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Conservatisme, féodalité, système des castes : pour un regard lucide. (Partie 1) Par BA Bocar Oumar.


« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ».

« Une civilisation qui choisit de fermer les yeux sur ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation éteinte ».

Aimé CESAIRE, « Discours sur le colonialisme ».

Le récurent débat sur la notion de « féodalité » dans notre société mauritanienne impose aux gens honnêtes d’en faire le leur. Il ne s’agit pas ici de questionner son actualité, ni sa pertinence, mais les moyens de son intelligence et de sa compréhension. L’enjeu pour moi ici, est de tenter modestement de replacer la question au centre d’un débat serein et dépassionné, loin de l’invective facile et du sauve-qui-peut archaïque et réactionnaire qui caractérisent bien souvent certaines postures sur la défensive. L’ensemble rendant les échanges sur les réseaux sociaux parfois inaudibles en raison du dialogue parallèle ainsi instauré. Il me semble que l’avenir de nos enfants, car c’est de lui qu’il est question au final, mérite mieux. Essayons donc de comprendre dans quoi nous sommes pris dans ce débat.

Je n’ai évidemment pas la prétention de commettre une réflexion anthropologique exhaustive sur la féodalité en société mauritanienne. Un regard qui se veut lucide sur cette question dans le groupe sociolinguistique Peul auquel j’appartiens suffirait déjà à sa peine…Il n’empêche cependant qu’un propos préliminaire sur la nature conservatrice du pays qui est le nôtre, et par conséquent sur le détournement de l’Etat moderne qu’elle occasionne, autoriserait des ouvertures de fenêtres sur ce qui se passe chez les voisins.
Il se trouve effectivement, que notre pays se caractérise par le fait que très tôt, les pôles de décision traditionnels (chefferies, tribus, castes dites nobles, etc.), ont investi les structures de l’état, figeant ainsi dans une forme de conservatisme cette institution qui était peut-être la seule à avoir vocation à impulser efficacement les politiques nécessaires à la transformation sociale et à la lutte contre les archaïsmes de nos sociétés rurales. Et c’est à ce niveau que la féodalité, au sens où on pouvait l’entendre dans le moyen-âge européen (pouvoir territorialisé de seigneurs contrôlant des fiefs), peut s’entendre en République Islamique de Mauritanie. Non pas que nous aurions en Mauritanie des seigneurs et des fiefs, mais bien davantage dans la tension permanente entre état moderne et pouvoirs traditionnels. La persistance d’une forme d’aristocratie au sein même de la gouvernance étatique a forcément pour conséquence d’affaiblir celle-ci et de retarder l’émergence d’une citoyenneté unique pourtant seul gage de l’égalité. Car l’émergence du citoyen fait renaître la loi face à la coutume. Et la loi est en principe seule garante de l’égalité citoyenne qui n’établit en définitive de verticalité que vis-à-vis de l’Etat. Mais tout cela fut hélas jusque-là un enjeu insuffisamment porté.

Ni les discours aux relents « progressistes » de nos dirigeants, encore moins les incantations de certains de nos théoriciens du grand soir, n’ont suffi à bousculer sérieusement les déterminismes sociaux, les réflexes de stigmatisation et les crispations culturelles et mentales qui nous habitent tous. Et cela, parce qu’entre le discours de tribune bien souvent produit par mimétisme et fidélité à des idéologies (voire à des « idoles ») occidentales, et l’attitude à tenir en toutes circonstances en société, il y a un gouffre que l’on se pardonne assez facilement en Mauritanie par schizophrénie.

Et ce conservatisme banalisé par tous, quand il n’est pas sciemment entretenu par tous, n’aide naturellement pas à l’émergence d’un vrai débat autocritique sur nos sociétés et leurs archaïsmes. Il n’y a guère que les coups de boutoir des victimes de ces archaïsmes pour obliger nombre d’entre nous à ouvrir les yeux aujourd’hui. La société Peul de Mauritanie n’échappera pas à un nécessaire examen de conscience ; car son histoire cache bien des cadavres dans le placard. Sa stratification actuelle qui est le produit de cette histoire, se retrouve dans la centralité même du débat.

©️ Crédit source: Repris via post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10224385750289722&id=1184398165