● Si Biram Dah Abeid prenait le pouvoir | Par M. Moulaye El Hassene


L’enjeu, d’un changement de régime en Mauritanie, dépasse la seule personne de Biram.
Biram est certes le porteur de la « VISION », le visionnaire, le seul à même de conduire cette vision à bon port, et quelques part l’homme providentiel de cette époque de l’Histoire de ce pays. Mais L’enjeu en lui même, est multidimensionnel, avec des répercussions sociales intergenerationnelles,  transfrontalieres, régionales, voire mondiales.
Le projet politique de Biram, n’est pas seulement local, mais est aussi une philosophie droit-de-l’hommiste et politique qui a vocation à être universelle; une contribution à résoudre des problématiques géopolitiques qui pourrait constituer un modèle réplicable à différentes échelles, dans différents pays, et au sein de communautés de pays.
La centralité de l’Homme dans tout, comme matrice et fil conducteur, est le point fort de cette philosophie « implacable ».
Si les tenants du régime actuel, et ceux du régime précédent, qui sont d’ailleurs presque les mêmes, avaient pris le temps d’analyser en profondeur ce que propose Biram, ils auraient certainement, s’ils sont intelligents, essayé de trouver le moyen de l’intégrer avec eux dans une configuration politique bénéfique à tous et au pays.
Mais ils ne l’ont pas fait, et semblent toujours loin de le faire. Alors ils seront quand même rattrapés par la fatalité du sort: car le peuple aura le dernier mot… et le peuple n’a pas encore dit son dernier mot.
La très prochaine salve d’élections finira d’entamer l’actuel régime, déjà à bout de souffle.

Par M. Moulaye El Hassene, militant droit-de-l’hommiste et acteur politique.

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● Fuite de gaz sur le champ GTA : La Coalition Mauritanienne PCQVP exige la lumière | Par M. Baliou Coulibaly.

MADAR – D’après une information de source autorisée ; « il a été constaté ce 19 février 2025 des fuites de gaz au niveau du puits A02 du champ de production de gaz Grand Tortue Ahmeyim au large des cotés Mauritano Sénégalaise. »

Selon la même source « des solutions sont mobilisées pour faire face à cette catastrophe y compris la mobilisation d’équipement et de personnel spécialisés pour appuyer les efforts de réparation . Le communiqué précise que l’entreprise considère la sécurité des personnes et de l’environnement comme une priorité ».

Le communiqué rassure par ailleurs que « l’incident du puits A02 qui fait partie des 4 puits du projet GTA n’a pas d’impact immédiat sur les activités de production en cours dans les autres puits. »

Malgré les assurances données par les sources proches des opérateurs ce genre d’incident doit être l’objet d’une attention particulière . Les opérations du champ gazier GTA s’effectuent dans une zone maritime extrêmement sensible caractérisée par un écosystème riche et diversifié, une forte concentration humaine avec des activités socio-économiques qui dépendent de ce équilibre environnemental.

Certes les études d’impact environnemental avaient prévu des incidents de ce genre mais personne ne pouvait imaginer qu’un tel incident pouvait subvenir aussitôt à seulement un mois du début de l’exploitation officielle du gaz.

La Coalition Mauritanienne PCQVP déplore cet incident malheureux et lance un appel aux opérateurs et aux services compétents de l’état pour que toute la lumière soit faite sur cette fuite afin qu’on puisse en tirer les bonnes leçons et éviter que cela ne se reproduise.

La Coalition Mauritanienne recommande que l’ensemble des parties prenantes y compris les communautés locales riveraines de la Mauritanie et du Sénégal soient non seulement informées sur la portée réelle de cet incident mais surtout suffisamment associées à la mise en œuvre du plan de gestion environnemental et social existant.

Un plan qui doit faire l’objet d’évaluations périodiques avec les communautés locales pour une meilleure prise en charge des différents impacts nouveaux ou accidentels.

Sur la base de sa mission de promotion d’une « gestion transparente et responsable de nos ressources naturelles », la Coalition entend ainsi apporter sa contribution en vue d’assurer un développement humain durable et inclusif dans le respect des normes environnementales qui protègent notre planète déjà fortement éprouvée.

Le Président

Ba Aliou Coulibaly

Tel : 222 46455504

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● Déconstruire le système des castes et la mentalité féodale [TRIBUNE COLLECTIVE]

« Lutter contre les mentalités, ce n’est pas comme lutter contre un mal de tête. » – Abdoulaye Doro Sow

Le système des castes est une organisation totale de la société, profondément ancrée dans l’histoire. Il constitue un frein majeur à la mobilité sociale, enfermant les individus dans des statuts hérités qui définissent leurs droits et opportunités. Il repose sur le mythe de la pureté généalogique et façonne durablement les mentalités à travers des mécanismes d’assignation sociale et de stratification.

Dans un contexte où la culture démocratique peine à s’imposer, ce système devient un outil de pouvoir pour certains. Son maintien leur garantit une position privilégiée qu’ils défendent farouchement, convaincus que leur statut est une question de survie.

Pourtant, il ne s’agit que d’une construction sociale persistante, transmise de génération en génération au point d’apparaître naturelle et immuable. C’est précisément ce qui rend sa remise en question difficile. Derrière cette hiérarchie figée se cache un conditionnement collectif, une mise en scène où chacun joue un rôle prédéfini. Certains justifient cette organisation en la présentant comme une simple division du travail, alors qu’en réalité, elle sert avant tout à préserver des privilèges sociaux.

Un formatage social qui limite l’individu

Dès l’enfance, un conditionnement subtil façonne les comportements et les aspirations. L’éducation met l’accent sur l’obéissance plutôt que sur la réflexion, utilisant la peur et la culpabilisation comme outils de contrôle social. Ce formatage a des conséquences profondes : manque de confiance en soi, dépendance à la validation sociale, difficulté à prendre des initiatives. L’individu apprend à se conformer, à éviter de questionner l’ordre établi, et à confondre respect et soumission.

Ce conditionnement ne se limite pas à l’individu, il structure la société tout entière. En figeant les rôles sociaux, il empêche l’émergence d’une véritable culture citoyenne, où chaque personne serait reconnue pour ses compétences et non pour son ascendance.

Ces hiérarchies, héritées du féodalisme et de la tradition, continuent de peser lourdement sur les individus. Qu’il s’agisse de castes, d’ethnies ou de classes sociales, elles fonctionnent toutes selon la même logique : diviser, figer, assigner et instaurer des barrières invisibles.

Le cas de la société sooninké

Chez les Sooninké, cette stratification est particulièrement marquée. Elle repose sur l’appartenance héréditaire et l’endogamie (mariage au sein du même groupe), renforçant ainsi les distinctions sociales. Cette société est organisée en trois grandes catégories :

      •     Les Hooro (nobles et hommes libres) : Ils comprennent les Tunkalemmu (princes fondateurs de villages), les Mangu (courtisans et guerriers) et les Modylemmu (guides religieux et imams).

      •     Les Naxamala (hommes de caste) : Artisans spécialisés, ils regroupent les Tago (forgerons), Sako (travailleurs du bois), Jaaro (griots) et Garanko (cordonniers).

      •     Les Komo (captifs et esclaves affranchis) : Historiquement, ce groupe était constitué d’esclaves et de leurs descendants. Bien que l’esclavage ait été aboli, des discriminations persistent et ces individus restent marginalisés.

Ce système ne se limite pas à une classification sociale ; il dicte les destins individuels. Comme le disait l’anthropologue Claude Meillassoux : « Une fois esclave, toujours esclave. » L’ordre social paraît si naturel qu’il est rarement remis en question.

Un modèle similaire chez les Halpulaaren (Peuls)

Comme chez les Sooninké, la société Halpulaaren est organisée selon une structure hiérarchique stricte, où chaque caste correspond à un rôle spécifique :

      •     Les castes d’autorité :

      •     Toorobbe (dirigeants religieux et politiques).

      •     Sebbe (anciens guerriers devenus propriétaires terriens).

      •     Jaawambe (conseillers des Toorobbe).

      •     Les travailleurs manuels, spécialisés selon leur matériau de travail :

      •     Maabube (tisserands), Waylibe (orfèvres et forgerons), Sakkeebe (peaussiers), Lawbe (boisseliers), Buurnaabe (céramistes), Awlube (griots), Wambaabe (guitaristes).

      •     Les Maccube (esclaves et serviteurs), au bas de la hiérarchie sociale.

D’autres groupes, comme les Wolof ou les Beidane (Arabo-Berbères), fonctionnent selon des logiques similaires. Ces hiérarchies sont si profondément intégrées qu’elles deviennent invisibles aux yeux de ceux qui les subissent. Pourtant, ce n’est pas parce qu’un système a toujours existé qu’il est légitime.

Un frein au progrès social et à la culture citoyenne

En enfermant les individus dans des statuts prédéfinis, ce système entrave la mobilité sociale et limite l’épanouissement personnel. Il réduit les opportunités, perpétue un climat de résignation, et freine l’éducation, l’initiative et l’engagement citoyen.

Or, aucune société ne peut évoluer sans citoyens libres de penser et d’agir en fonction de leurs talents et aspirations, plutôt que de leur naissance.

Déconstruire ces hiérarchies pour une société plus juste

Remettre en question ces structures hiérarchiques profondément ancrées, c’est permettre l’émergence d’une société plus équitable, où chaque individu pourrait exercer pleinement son rôle de citoyen.

Le parallèle avec la mentalité féodale est évident. Comme le système des castes, cette mentalité repose sur un conditionnement social qui limite l’autonomie et bride l’imaginaire. Elle produit des individus hésitants, en quête de validation, enfermés dans un système invisible qui détermine leur place et leurs ambitions.

Mais qu’est-ce qui justifie réellement cette stratification ? Rien d’objectif. Rien qui ne résiste à l’analyse historique, à la raison et au bon sens. Ce système repose sur des récits hérités du passé, des habitudes profondément enracinées dans l’inconscient collectif. Il ne tient que tant qu’on le considère comme une fatalité.

Or, l’histoire est pleine d’exemples de sociétés qui ont su déconstruire leurs hiérarchies oppressives et s’émanciper.

Alors, pourquoi pas nous ?

Les pistes pour un changement réel

      1.    Prendre conscience des mécanismes invisibles qui perpétuent ces inégalités.

      2.    Refuser de cautionner et de reproduire ces schémas en cessant d’assigner les individus à des catégories arbitraires.

      3.    Miser sur l’éducation et l’esprit critique pour déconstruire les préjugés et briser ces hiérarchies obsolètes.

En définitive, une citoyenneté pleine et entière en Mauritanie et dans la sous-région nécessite de dépasser ces assignations et de reconnaître la valeur intrinsèque de chaque individu.

La liberté ne s’hérite pas, elle se conquiert. Il ne suffit pas d’attendre que le monde change. Il faut œuvrer pour le changement.

Signataires :

Boulaye Diakité, socio-anthropologue

Mamoudou Baidy Gaye dit Alia, journaliste

Souleymane Sidibé, militant associatif

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● Contribution | ️Changer de grille de lecture : de quel côté se trouve la dignité ? | Par M. Seyré SIDIBE


Nous avions souvent abordé, la question de l’esclavage en milieu Soninké, avec beaucoup de sérieux et de passion. On ne pouvait faire autrement !  C’est un impératif moral, et une compassion pour les victimes, tant le sujet est loin d’être léger ou drôle. Cependant, trop de sérieux, n’est pas sérieux.  Et si l’on y mettait un peu d’humour. 

La noblesse « horaxo » devrait être un idéal Soninké, soit une personnalité Soninké achevée et parfaite, l’incarnation de la sagesse de « l’homme Soninké » : un idéal à  éteindre.

La Noblesse, sous ce rapport, est une attitude, un comportement, une exemplarité morale et éthique, spirituelle voire existentielle.

Tous les membres de la communauté peuvent, en théorie, accéder à  la Noblesse, mais à condition d’être éligible. Ainsi, elle cessera d’être héréditaire, transmise par la naissance, une classe fermée et cloisonnée, qui croient être supérieure aux autres; en faisant de la noblesse sa  » propriété privée » .
Un titre donc contestable par son mode d’acquisition, de transmission ; tel un seigneur sans honneur, arrivé au trône par usurpation et sans en avoir le charisme et la prestance.

Ainsi, la Noblesse devient le combat de chaque Soninké (hommes, femmes, jeunes et vieux ) pour y accéder.
La recherche d’une  échelle sociale, jamais acquise définitivement et à vie, conduira certainement à la promotion d’une société plus saine, plus juste où l’excellence est une valeur, un défi de tous les jours.

Dans cette nouvelle architecture, la noblesse sera ouverte à  tous. Mais attention, on peut la perdre comme un permis à points .
En effet, on y prévoit, la déchéance du titre de la Noblesse pour ceux qui poseront des actes répréhensibles et blâmables : elle repose sur l’exemplarité, la probité, mais surtout votre apport à la communauté, à la société.

Dans cette vision, l’Esclave n’est pas un nom de famille, un statut social, un héritage social, soit  une étiquette à  vie et pour toujours. L’esclave est celui qui est nuisible, celui qui est ignorant et  fait montre de bassesse par son comportement etc. On est donc loin du déterminisme social. Rien n’est acquis d’avance et rien n’est perdu d’avance.

Les belles âmes et vertueuses seront les gardiennes du temple de cette nouvelle  noblesse ; une espèce de Panthéon.
Si bien qu’on sera loin du schéma actuel, où certains sont  » déclarés  » appartenir  à la noblesse, alors même qu’ ils ne savent même pas comment s’y prendre. D’autres sont classés  « esclaves » pendant qu’ils excellent en toute chose, et n’ont jamais compris pourquoi la société leur réserve une place aussi déshonorante et abjecte. 

Le meilleur modèle social, c’est celui qui accorde une place de choix à  l’humain. Or, l’humain est indissociable de la dignité. Ainsi, la dignité est un trait intrinsèquement humain, par delà  les origines sociales, géographiques, raciales, tribales, ethniques et linguistiques  etc., elle ne peut être la propriété de quelques « privilégiés ».

Un travail de déconstruction est nécessaire pour expliquer que l’honneur revient à  cet homme qui a été abusé, déshonoré, déshumanisé, vendu et traité comme un bien meuble par son semblable.
Quel honneur, quelle royauté, quelle éminence pour celui qui a esclavagisé son propre « frère » ?  Même les puissances impérialistes, ont aujourd’hui honte des actes  barbares qu’elles ont posés autrefois en Afrique et ailleurs. 

Si la grandeur d’une puissance colonisatrice se mesurait au  nombre de colonies dont elle disposait, donc de populations indigènes et de territoires; de nos jours la puissance est avant tout économique, culturelle,  démocratique, politique, militaire et diplomatique etc.

La grille de lecture a bien changé. La noblesse est du côté de la victime, qui n’a rien fait de mal si ce n’est être faible, pauvre ou vulnérable.
Une situation qui peut arriver à  chacun; si l’on admet que la vie est faite de haut et de bas.

Or, l’indignité caractérise bien les agissements de  celui qui profite de la faiblesse de son » frère » pour l’exploiter psychologiquement, culturellement, économiquement, politiquement, socialement etc. Et plus grave encore, sans aucun remords, il entend perpétuer sa domination par la transmission des « codes »  à  sa « lignée  »  pour que le mal perdure.
Comment s’enorgueillir d’un passé où ses aieux  avaient des esclaves ?
Quandon sait que l’esclavage, même pratiqué sous le manteau de la culture (tradition) n’est pas sans rappeler:  abomination, crime. En effet, il rime avec criauté, brutalité, violence, viol et toutes sortes de tragédies humaines.  

Seyré SIDIBE

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec le président de l’association Armepes-France, M. Aboulaye Traoré.

LE GEB | La rubrique Grand Entretien du BLOG vous revient avec l’interview accordée par le nouveau président de l’association Armepes-France, M. Aboulaye Traoré. Il dirige l’Ong qui a été l’association «mère» du mouvement abolitionniste transnational Ganbanaaxun Fedde. Une dynamique populaire qui milite pour l’égalité sociale et citoyenne au sein des communautés soninké à travers plusieurs pays en Afrique de l’Ouest et dans la diaspora. Nos vifs remerciements à lui pour la disponibilité.

Ci-après l’intégration de l’entretien :

✅️-Question 1 : Bonjour M. Traoré Abdoulaye, pouvez-vous en quelques lignes vous présenter à nos lecteurs ?

M. Aboulaye Traoré : Bonjour M. Koundou SOUMARE. Mes salutations à vos lectrices et lecteurs.
Je m’appelle Traore Boulaye dit Abdoulaye né en 1979 à Ajar, Mauritanie. Mon parcours académique et professionnel est sommairement comme suit : Études littéraires à l’université de Nouakchott. Professeur de français après l’E N S à Nouakchott. Master1 en sciences de l’éducation à l’université de Paris 12 Créteil en France. Actuellement je suis travailleur social en France. Du côté de mon engagement militant, je suis l’actuel président de l’association Armepes-France après y avoir été secrétaire général.

✅️-Question 2 : Le 8 décembre 2024, vous a été élu président de l’Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Éradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles (ARMEPES-France), pouvez-vous nous exposer un bref historique de cette association (son champ militantisme et ses objectifs) ?

AT : L’association ARMEPES-France a été créée une année avant mon arrivée en France. Mais j’avais déjà entendu parler de son existence.
Et d’ailleurs mon oncle, qui m’avait hébergé à l’époque était déjà adhérent.
Malheureusement mon ami et moi avions raté notre train et du coup n’avions pas pu assister à la conférence organisée par l’association et animée par Oustaz Abdoulaye Traore dit cheikh Abdoulaye Ibnou Kayman. Il a fallu alors attendre jusqu’à en 2016 pour que je puisse enfin faire mon adhésion avec la dynamique inédite enclenchée par le forum whatsapp de sensibilisation créé (le 5 octobre 2016) par l’ancien président, mon frère M. Gaye Traoré. Je fus un des premiers animateurs sur les groupes WhatsApp pour le mouvement de Ganbanaaxun Fedde.
En effet, j’ai toujours été un militant, inscrit dans plusieurs organisations mauritaniennes pour la défense des droits humains avant de rentrer dans l’association ARMEPES-France notamment AMEES, UVDS, IRA-Mauritanie et bien d’autres associations de mon village. Pour parler un peu de son historique, c’est une association qui à été créée par des Ressortissants mauritaniens victimes de l’esclavage par ascendance vivant en France.
Elle était surtout un moyen et un outil pour sensibiliser et alerter sur les discriminations sociales liées aux coutumes féodalo-esclavagistes. Cela nous permet d’attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur les problématiques de l’esclavage pratiqué entre membres venant de mêmes pays et originaires de la même communauté « Soninké » et ayant la même couleur de peau, Noire. Et de la même religion partagée dans un le groupe sociolinguistique.

Ainsi, nécessairement, il va falloir lutter, dénoncer, cet esclavagisme pratiqué, ce système des castes, qui enfreint la construction des liens sociaux entre les Soninkés avec toutes ces conséquences graves, qui menacent la cohésion sociale et la promotion du développement.
À constater que ce phénomène sévit et poursuit les gens même dans l’immigration notamment dans les diasporas soninké à travers le monde.

✅️-Question 3 : À l’entame de cette nouvelle année 2025, quels vœux souhaiteriez-vous adresser à l’ensemble de la communauté militante du mouvement abolitionniste transnational Ganbanaaxun-Fedde ?

AT : D’abord, je souhaite une bonne et heureuse année 2025 à toutes et à tous. Mes meilleurs vœux de santé, de bonheur et un succès pour les abolitionnistes dans la lutte contre toutes les formes d’injustices en particulier aux militantes et aux militants du réseau-Ganbanaaxun. La lutte contre l’esclavage est un combat rude du coup, elle demande de la patience, de la solidarité entre tous. De la discipline dans le combat, une stratégie réfléchie et une certaine constance. Il faut de plus des personnes ressources ainsi que des moyens techniques et financiers, l’implication de personnes éveillées, surtout le soutien d’anciens maîtres d’esclaves pour réussir dans ce combat.
Multiplier les actions, continuer la sensibilisation dans la non-violence d’une part mais aussi d’autre part soutenir avec le minimum des moyens de secours aux victimes dans l’impasse de la misère sociale parfois. Car la précarité est une autre forme de contrainte pour accéder à son autonomie, souffler la liberté.
Enfin l’éducation est un moyen parmi tant d’autres leviers clés à encourager pour libérer un peuple dominé. À cet effet, qu’importe la situation, il faut rester constant et aller jusqu’au bout dans la lutte car la liberté n’a pas de prix.
Par ailleurs, il faut pousser rigoureusement nos États en Afrique à voter et appliquer des lois contre l’esclavage par ascendance très souvent méconnu ou peu pris en compte dans les violations des droits humains.

✅️-Question 4 : Quel discours de plaidoyer comptez-vous réitérer à l’endroit de la communauté soninké sur les frictions sociales liées à l’esclavage par ascendance et ses diverses manifestations ?

AT : L’esclavagisme est un phénomène historique dont beaucoup des sociétés à travers le monde ont connu et lutté. Pour autant, il est cependant inadmissible. Il est à combattre quelle qu’en soit la force de la résistance à la confrontation.
Ainsi, prenons exemple sur « la traite Negrière », afin qu’elle nous serve de leçon historique par laquelle chacun de nous doit réfléchir, se rappeler et de faire attention pour ne pas heurter injustement la sensibilité des autres. Combattre l’injustice de l’esclavage, doit être le combat de tous, victimes comme les personnes ayant hérité malgré elles de l’ordre social oppresseur. Cet esclavage par ascendance fait partie malgré tout de notre histoire, de l’histoire de la communauté soninké, que ça nous plaise ou pas.
C’est une réalité, qu’on ne doit pas mépriser au contraire, on doit faire face et assumer notre part de responsabilité dans le temps et dans l’espace pour trouver des solutions communes pour son éradication définitive et les problèmes qui lui sont liés afin de vivre ensemble dans l’égalité en droits et en dignité dans sérénité communautaire.

✅️-Question 5 : Après plusieurs années d’activisme intense enclenché par la mouvance antiesclavagiste Ganbanaaxu (la création du forum WhatsApp de sensibilisation en octobre 2016), quelles analyses faites-vous de positions de nos autorités étatiques par rapport au phénomène de l’esclavage par ascendance dans nos communautés, notamment soninké ?

AT : Oui, Lutter contre l’esclavage par ascendance en milieu Soninké n’est pas une chose aisée à mener, voir même très complexe, parce que d’une part, le déni existe et d’autre part, elle était incomprise au début par certaines autorités étatiques de nos pays.
Ils confondent cet esclavagisme avec des discriminations tout court où résumer à des Séquelles pour certains.
Il va falloir continuer à plaider pour démêler les concepts : l’esclavage traditionnel, l’esclavage moderne à l’esclavage héréditaire ou par ascendance.
Mais quelle que soit la situation ce sont des autorités de nos pays qui doivent prendre en charge ce problème afin de trouver des solutions pour son abolition très rapidement.
Engager des moyens, mener des recherches pour savoir le fond du problème et puis prendre des mesures idoines pour régler ce phénomène social très ignoble persistant à notre ère à travers le monde Soninké.
Malgré la non-assistance de nos autorités étatiques aux victimes, les militants abolitionnistes continuent quand même à sensibiliser en masse sur le réseau de Ganbanaaxun dans les quatre pays (Mauritanie, Sénégal, Mali, Gambie), et dans d’autres contrées où habitent les Soninkés notamment les diasporas. Pour finir, nous demandons et exigeons l’application des lois en vigueur contre les criminels esclavagistes, leurs discours extrémistes et ceux qui les protègent.

La lutte continue.

Je vous remercie. Merci pour la disponibilité.

Réalisé par KS pour le BLOG https://ecrit-ose.blog/

16 janvier 2025

● Mauritanie: un journaliste de la TVM limogé au nom de la liberté d’expression [Points Chauds]

POINTS CHAUDS – Le journaliste Mauritanien Moussa Ould Bouhli de la TVM a été limogé au nom de la liberté d’expression aujourd’hui.

Le directrice générale de la chaîne mauritanienne, Suniya Mint Sidi Hayba, a limogé aujourd’hui le journaliste Moussa Ould Bouhli de son poste de directeur de la formation à la chaîne.

Ould Bouhli a déclaré dans un appel téléphonique à notre rédaction qu’il a été informé de la décision de le licencier de son poste de directeur de la formation à la chaîne, et que la raison de son licenciement était ses sorties en direct via sa page Facebook.

Il convient de souligner ici que, contrairement au rapport de Reporters Sans Frontières de l’année dernière , qui avait suscité une polémique à Nouakchott , la liberté de presse et la liberté d’expression en Mauritanie sont en net recul depuis quatre ans. Actuellement, seulement 5 % des publications il y 10 ans, parviennent à paraître, tant les difficultés sont nombreuses.

Ces obstacles ne sont pas seulement d’ordre structurel ou liés à la précarité, mais aussi d’ordre financier, où l’autoritarisme joue un rôle clé. En effet, une « liste noire » est régulièrement transmise (A titre confidentiel)à toutes les directions et départements ministériels, les entreprises publiques, interdisant toute collaboration publicitaire ou contractuelle avec les médias et journalistes qui y figurent.

Cette liste, renouvelée chaque année, comprend à la fois des noms de journaux et de journalistes indépendants mais aussi des bloggeurs et influenceurs qui ne font pas partie des « recommandés » du l’Etat.

En conséquence, une grande partie de la presse qui existait il y a dix ans a complètement disparu. Seuls quelques sites et journaux parviennent à subsister, malgré des conditions extrêmement difficiles. Il faut ajouter que les quelques journaux et sites qui continuent à apparaître contre vents et marées le font au prix d’immenses efforts, souvent dans un climat hostile. Cependant, la majorité des médias qui continuent de paraître sont, quant à eux, soutenus par le pouvoir en place et agissent en sa faveur.

Le pire dans cette situation est que les organisations internationales chargées de défendre la liberté de la presse semblent ignorer ces réalités, fermant les yeux sur les violations persistantes au détriment des journalistes mauritaniens. Ces derniers, livrés à eux-mêmes, ne savent plus à quel saint se vouer, pris entre un pouvoir répressif et une communauté internationale indifférente à leur sort.

Un exemple frappant est celui du site et du magazine Points Chauds, qui subissent un embargo depuis cinq ans. Interdits de publicité, privés à trois reprises d’aide publique sans aucun motif justifié, ils illustrent parfaitement les méthodes utilisées pour museler les voix indépendantes et critiques en Mauritanie.

Il faut également ajouter que presque toutes les chaînes de télévision et radios privées fonctionnent en mode statique, avec une quasi-disparition des émissions de débats contradictoires. Les invités dont les opinions divergent de celles du pouvoir public sont systématiquement exclus. Les émissions qui dérangent, les enquêtes qui fâchent ou les sujets sensibles ont purement et simplement été interdits. Depuis cinq ans, toute forme de journalisme critique ou indépendant a été étouffée, laissant place à un paysage médiatique aseptisé et uniforme, entièrement contrôlé par les autorités.

A souligner que Ould Bouhli est, par l’occation le président de l’Association des journalistes mauritaniens, mais aussi l’une des rares voix, a critiquer l’action du gouvernement sur le territoire, sachant que les critiques les plus fortes proviennent généralement des blogueurs Mauritaniens résidents à l’étranger.

A cette décevante occasion

Direction et la rection de Points Chauds déclarons, notre solidarité avec le confrère Moussa Ould Bohli.

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● « L’esclavage par ascendance au Mali : une loi historique, un défi pour la justice » | Par l’activiste défenseur des droits humains, M. Boubacar Demba N’Djim

L’esclavage par ascendance, désormais reconnu comme une infraction dans le nouveau code de procédure pénale du Mali, constitue une avancée historique dans la lutte contre une pratique qui nie la dignité humaine. Mais cette victoire ne doit pas masquer une réalité : une loi, sans application rigoureuse, reste un texte vide de sens. L’exemple de la Mauritanie, où l’esclavage persiste malgré une interdiction légale vieille de plusieurs décennies, nous met en garde contre l’inaction. 

En Mauritanie, l’esclavage a été officiellement aboli en 1981, faisant d’elle le dernier pays au monde à franchir ce pas. Cependant, ce n’est qu’en 2007 qu’une loi criminalisant explicitement cette pratique a été adoptée, prévoyant des sanctions pour les auteurs d’actes esclavagistes. En 2015, cette législation a été renforcée : l’esclavage a été requalifié en « crime contre l’humanité », et les peines ont été alourdies pour les responsables. Malgré ces avancées, l’application reste faible. Les victimes continuent de dénoncer les obstacles à l’accès à la justice, les pressions sociales, et parfois même la complicité de certains responsables locaux. 

Adopter une loi, c’est poser les bases. Faire disparaître ce fléau, c’est un tout autre défi. La justice malienne doit se montrer à la hauteur de cette mission. Les magistrats, premiers remparts contre l’impunité, doivent être formés pour traiter ces infractions avec toute la gravité qu’elles méritent. Les auteurs d’actes esclavagistes doivent être poursuivis et lourdement sanctionnés, sans exception. 

Mais la répression seule ne suffira pas. Les victimes doivent être protégées, accompagnées et réhabilitées. Sans soutien, elles risquent de replonger dans des situations de dépendance. Parallèlement, un immense travail de sensibilisation doit être mené pour briser les chaînes invisibles des mentalités, souvent encore prisonnières de traditions oppressives. 

L’esclavage par ascendance n’est pas qu’un crime ; c’est une honte pour toute société qui le tolère. Le Mali doit tirer les leçons de l’expérience mauritanienne pour éviter que cette nouvelle loi ne reste lettre morte. Ce texte doit devenir un véritable outil de justice et d’espoir pour les victimes. L’histoire nous jugera non pas sur les lois que nous adoptons, mais sur les actes que nous posons pour les faire vivre. Il est temps d’agir, et d’agir avec fermeté.

Soyons vigilants !
Boubacar Demba N’Djim

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● L’esclavage au sein de la communauté soninké en Mauritanie : analyse des résistances et des discriminations internes | Par Dr Mohamed Yahya Ould Ciré (A.H.M.E.).


La communauté soninké, principalement localisée en Mauritanie, au Mali, au Sénégal et en Gambie, est longtemps restée associée à des pratiques esclavagistes profondément enracinées. Loin d’être une simple réminiscence du passé, ces dynamiques sociales et hiérarchiques continuent de façonner la vie de nombreux individus au sein de cette société, perpétuant des discriminations systémiques. Cet article propose une analyse factuelle de l’esclavage au sein de la communauté soninké, en examinant les mécanismes d’oppression et les luttes menées pour la justice sociale, tout en tenant compte du contexte historique et juridique de la Mauritanie.

• Histoire et hiérarchies sociales
L’histoire des Soninké, peuple ancien ayant joué un rôle clé dans l’empire du Ghana, a également été marquée par leur participation aux grandes traites négrières, saharienne et atlantique. Cette implication dans l’esclavage a laissé des traces profondes dans l’organisation sociale, avec une hiérarchisation rigide entre les nobles dits “Horo” (Horé au singulier) et les esclaves, dits “Komo” (Komé au singulier). Ces pratiques, qui se sont poursuivies au fil des siècles, sont encore visibles dans la société contemporaine, où l’appartenance sociale est souvent déterminée par le statut d’esclave ou de noble.

En plus de cette hiérarchisation, les terres fertiles sont traditionnellement aux mains des féodaux. Ces terres, issues de partages coutumiers, sont souvent travaillées par les descendants d’esclaves, qui ne possèdent en général ni droits de propriété, ni sécurité foncière. Les familles féodales, riches de ces exploitations agricoles, continuent à exercer leur influence en refusant la redistribution des terres selon les dispositions légales contemporaines du code foncier mauritanien, notamment les articles 36 à 41 du décret n° 2000-089.

La région Guidimakha en est un exemple comme l’a évoqué Koundou Soumaré  : “[Dans le milieu soninké, ces articles qui régissent le domaine foncier mauritanien s’appliquent plus ou moins. Les terres prises par un citoyen lambda pour en faire une maison ne pose pas de problème généralement mais celles occupées pour des cultures sont revendiquées par les anciens propriétaires sous le modèle coutumier dans bien des cas].”[1]

• Défis moraux et religieux
L’esclavage, en particulier dans le contexte des sociétés musulmanes comme celle des Soninké en Mauritanie, pose un défi moral et religieux. Bien que certaines lectures historiques de l’Islam aient toléré l’esclavage, les textes coraniques insistent sur l’importance de libérer les esclaves, faisant de cet acte une forme d’accomplissement spirituel et moral.

Dans le Coran, plusieurs sourates mettent en avant la nécessité de libérer les esclaves, faisant de cet acte une action méritoire et une preuve de piété.

• Textes coraniques sur la libération des esclaves

Sourate Al-Balad (90:12-13) : “Et qu’est-ce qui te fait comprendre ce qu’est la voie difficile ?
C’est de libérer un esclave.”
Ici, la libération de l’esclave est mentionnée comme une action vertueuse, définissant le chemin difficile vers la piété et la justice.

Sourate An-Nour (24:33) : “Et ceux de vos esclaves qui désirent un contrat d’affranchissement, concluez-le avec eux, si vous reconnaissez quelque bien en eux. Et donnez-leur des biens d’Allah qu’Il vous a accordés.”
Ce verset souligne le droit des esclaves à solliciter leur libération par le biais d’un contrat de mukataba. Ce mécanisme permet à l’esclave de négocier avec son maître pour obtenir sa liberté en échange d’une compensation financière ou en remplissant certaines conditions définies dans le contrat. En encourageant les maîtres à affranchir leurs esclaves, surtout ceux qui ont démontré leur valeur ou leur bonne conduite, le Coran établit ainsi une voie vers l’affranchissement.

Sourate Al-Baqara (2:177) : “La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. Mais la bonté pieuse est celle de ceux qui… donnent de leurs biens, malgré l’amour qu’ils en ont, à leurs proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs, et pour libérer les esclaves…”
Ce passage insiste sur le fait que la vraie piété ne réside pas uniquement dans les rituels, mais dans la bienfaisance envers les opprimés, y compris la libération des esclaves. Il souligne ainsi l’importance de l’action sociale en faveur des plus vulnérables.

Dans l’islam, on distingue donc deux formes d’affranchissement. La première est l’affranchissement unilatéral et gracieux, où l’esclave est libéré sans aucune compensation. Or, ces cas sont rares.

La seconde forme est l’affranchissement contractuel ou onéreux, dans lequel l’esclave rachète sa liberté, comme dans le cadre de la mukataba. Il semblerait que, dans la communauté soninké, seule cette dernière forme d’affranchissement soit pratiquée.

• Discriminations systémiques au sein de la communauté soninké
Bien que certains Komo puissent acheter leur liberté, devenant ainsi affranchis, ce nouveau statut ne remet pas en cause la hiérarchie sociale profondément ancrée dans le système des castes de la société soninké.

Les descendants d’esclaves soninké demeurent donc marginalisés. Cet immobilisme social constitue un défi majeur pour les droits de l’homme et l’égalité des chances, et se confronte directement aux principes de dignité humaine prônés par l’Islam et de justice par les conventions internationales relatives aux droits humains, telles que celles de 1948 signées et ratifiées par la Mauritanie.

Malgré les pressions internationales et l’engagement de la Mauritanie, qui a signé et ratifié plusieurs conventions contre l’esclavage — notamment la convention relative à l’esclavage du 25 septembre 1926, entrée en vigueur le 9 juillet 1927, et la convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et des pratiques analogues à l’esclavage du 7 septembre 1956, en vigueur depuis le 30 avril 1957 [2] — les pratiques discriminatoires persistent au sein des communautés soninké. En ratifiant ces conventions, la Mauritanie s’est engagée à les intégrer dans son droit interne et à en assurer l’application. Pourtant, leur non-respect pourrait théoriquement exposer le pays à des sanctions des Nations Unies. Cependant, bien que celles-ci publient des rapports annuels sur l’esclavage et le racisme, aucune sanction n’a été imposée. Ces discriminations, profondément enracinées dans les structures sociales et culturelles, continuent d’affecter la vie des descendants d’esclaves.

Sur le plan juridique, l’ordonnance 83-127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale stipule dans son article 6 : “Les droits collectifs légitimement acquis sous le régime antérieur, préalablement cantonnés aux terres de culture, bénéficient à tous ceux qui ont, soit participé à la mise en valeur initiale, soit contribué à la pérennité de l’exploitation.” [3] Or, ces textes juridiques sont rarement appliqués dans les villages soninké, où les descendants d’esclaves ne détiennent que très rarement des terres, contrairement aux familles féodales.

Sur le plan économique, l’agriculture est une activité essentielle dans les zones rurales du Guidimakha. Or, les terres arables sont en général possédées par les Horo, renforçant ainsi la dépendance économique des descendants d’esclaves. De plus, ces derniers sont souvent relégués à des tâches subalternes, ce qui les maintient dans un cycle de pauvreté générationnelle.

Sur le plan social, les descendants d’esclaves subissent une marginalisation systémique. Ils sont exclus des mariages mixtes avec les Horo, une pratique qui perpétue la hiérarchie sociale en rendant impossible toute ascension par alliance : “Le pire qui puisse arriver aux gens féodaux, c’est qu’un de leurs se lie par le mariage avec un ancien esclave.” [4] Les contrevenants peuvent s’exposer à des représailles, tant du côté de l’époux ou de l’épouse.

Il en va de même pour les fonctions religieuses où celle d’imam ne peut être occupée par un Komé que s’il est autorisé par l’ordre religieux communautaire. Cela suppose deux conditions. La première, une connaissance plus ou moins approfondie de l’Islam et la seconde, une acceptation de l’ordre social établi au profit des Horo. Ces critères, en maintenant les Komo dans une position subordonnée, perpétuent leur marginalisation dans la hiérarchie sociale et constituent un frein à leur affranchissement réel.

Sur le plan politique, les descendants d’esclaves sont tenus à l’écart des instances de pouvoir. Depuis l’indépendance de la Mauritanie en 1960, aucun n’a accédé à des postes décisionnels ou à des fonctions ministérielles. Par exemple, Boubou Timera a été nommé ministre sous le régime de Ould Taya (entre 1984 et 2005). Toutefois, sous la pression de la féodalité soninké en Mauritanie, il a été rapidement démis de ses fonctions.

En ce qui concerne les structures politiques (partis) et législatives, un Komé peut se porter candidat. Son élection dépend du vote des électeurs. Ainsi, en 2018, M. Coulibaly a été élu député de Diaguilly dans le Guidimakha.

S’agissant de la chefferie des villages, aucun descendant d’esclave (Komé) ne peut accéder à cette fonction. 

Sur le plan psychologique, l’esclavage ne se limite pas aux conditions physiques de servitude ; il engendre également un complexe d’infériorité qui pousse les victimes à accepter leur asservissement : “[Certains membres du groupe sont marqués psychologiquement et n’osent même pas réfléchir sur le système qui les déprécie dans leur dignité humaine.]”. [5]

Certaines de ces victimes se complaisent dans l’asservissement, cherchent à en tirer un profit financier auprès des Horo, et parfois, s’opposent au combat que mènent les associations abolitionnistes.

La dénonciation de l’esclavage et du système de castes par les personnes issues des castes inférieures reste un sujet délicat, tant sur le continent africain qu’en Europe. Les stigmates laissés par des siècles d’oppression et de discrimination créent une atmosphère de peur et de réticence à aborder ces questions. Les séquelles de l’esclavage se manifestent dans les histoires familiales, où les traumatismes et les humiliations vécus par les ancêtres continuent d’affecter les générations suivantes. Cet héritage psychologique engendre un sentiment d’invisibilité et de honte, entravant la capacité à parler ouvertement des injustices passées. De nombreux descendants d’esclaves éprouvent des difficultés à revendiquer leurs droits et à dénoncer les inégalités, craignant des répercussions sociales ou même des violences. Par ailleurs, dans les sociétés où le système de castes demeure profondément enraciné, remettre en question ces structures est souvent perçu comme une menace à l’ordre établi. Cela crée un environnement où le silence et la conformité sont privilégiés, empêchant ainsi toute forme de changement véritable. Les conséquences de cet esclavage psychologique sont multiples : elles alimentent la discrimination, renforcent les stéréotypes et perpétuent les divisions sociales.

Un appel à la solidarité et à la justice
La condamnation de Hanoune OULD OUMAR dit Dicko, bien qu’issue d’une décision judiciaire sur des faits spécifiques que nous ne contestons pas, soulève une question plus profonde : celle de la liberté d’expression et du droit de dénoncer les pratiques d’esclavage et de discrimination. Son engagement et sa tenacité contre l’esclavage trouve ses racines dans l’histoire de sa famille. Sa mère a été victime de l’esclavage haalpular, tandis que son père a subi l’esclavage maure.

La dénonciation des pratiques discriminatoires, comme celles que subissent les descendants d’esclaves soninké, est un acte essentiel dans toute société soucieuse de justice et d’égalité. Le silence imposé autour de ces violations ne fait que prolonger l’injustice.

L’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.), tout en se concentrant sur la lutte contre l’esclavage maure, reconnaît que la libération des esclaves ne peut être segmentée. Pour qu’un véritable changement systémique s’opère, il est crucial de prendre en compte toutes les formes d’esclavage, y compris celles qui subsistent au sein de la communauté soninké. La libération des Haratine et des Komo est indissociable, car nous formons une seule nation. Les discriminations qui perdurent entre ces communautés sont un obstacle à la cohésion nationale.

Une nation ne peut avancer vers la justice et la liberté tant qu’une partie de sa population reste opprimée. Il est primordial de défendre le droit de dénoncer les violations des droits humains car ce droit constitue le socle d’une société équitable et respectueuse de la dignité de tous ses citoyens.

La lutte pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie incombe à l’Etat mauritanien. Bien que le cadre juridique soit relativement complet, l’Etat refuse d’en appliquer les dispositions. Si ces textes étaient effectivement appliqués, l’abolition de l’esclavage deviendrait une réalité tant dans la communauté maure que la communauté négro-mauritanienne. Toutefois, l’Etat mauritanien continue de servir les intérêts de la principale structure féodale, celle des Maures, qui tire avantage de la perpétuation de l’esclavage. Les féodalités secondaires haalpular, soninké, wolof profitent de cette politique pour maintenir leur domination sur les castes inférieures.

Ainsi, les féodalités négro-mauritaniennes sont à la fois dominatrices de leurs castes inférieures, mais victimes elles-mêmes du racisme de l’Etat mauritanien.

La transgression du droit interne et international par la Mauritanie sert essentiellement les intérêts de l’Etat et de la féodalité maure.

L’espoir demeure car sur le plan national, l’Armepes continue de mener le combat contre l’esclavage et le racisme, tandis que sur le plan régional (Mauritanie, Mali, Sénégal, Gambie), il est porté par Ganbanaaxun Fedde.

Le 31 décembre 2024

Mohamed Yahya OULD CIRE
Président de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E.)
Site internet : http://www.haratine.com

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– Notes de références :

[1] Koundou Soumaré. 2024. Un bref aperçu sur la question foncière en pays soninke ; le cas du guidimagha mauritanien. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=20974.

[2] Mohamed Yahya OULD CIRE. 2006. L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application. ANRT (Atelier national de Publication des Thèses). Disponible sur https://www.diffusiontheses.fr/51518-these-de-ould-cire-mohamed-yahya.html.

[3] Mauritanie. Ordonnance 83-127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=19881.

[4] Koundou Soumaré. 2024. Contribution : La fierté » Soninkaxu » en questions. Disponible sur https://haratine.com/Site/?p=20972#more-20972.

[5] Ibid.

● Lien média https://haratine.com/Site/?p=21142

● Un imam accusé de viol [Le Calame]

Il est inutile de rappeler le rôle de nos guides religieux dans la société. Censés être des modèles pour le comportement moral de tous, ils n’agissent généralement que de façon positive pour montrer le bon exemple à tout le monde, guidés par le Saint Coran, la Sunna de notre saint prophète (PBL) et toutes les règles de fiqh qui s’en déduisent…

Malheureusement, toute règle a ses exceptions et l’on regrette fort, depuis quelques temps, d’avoir à constater, chez certains imams, érudits et autres personnalités religieuses, des comportement on ne peut plus contraires à la Charia…

Dans un quartier de Tevragh Zeïna, l’imam d’une mosquée vient d’être ainsi accusé d’avoir commis un viol à l’encontre d’une jeune fille qui étudiait le Saint Coran dans la mahadra que celui-là dirigeait. Les parents de la fille ont affirmé qu’il avait gardé leur fille après le départ de tous les autres talibés afin d’abuser d’elle.

La police a aussitôt placé l’imam en garde-à-vue au commissariat. À la fin de l’enquête, il a été présenté au Parquet mais on ne sait toujours pas, à ce jour, s’il a été en suivant incarcéré ou placé sous contrôle judiciaire.

« Weizou » court toujours

Comme nous l’annoncions la semaine passée, un dealer multirécidiviste connu sous le sobriquet de Weizou a grièvement blessé deux autres récidivistes à Mellah, au cours d’une bagarre autour d’une petite quantité de poudre blanche. L’un des blessés demeure dans un coma profond à l’hôpital de cardiologie, l’autre est soigné à l’hôpital Cheikh Zayed.

Traumatisés par cet incident, les habitants du quartier subissent une véritable psychose devant une telle prolifération du crime. Ils ont constitué un collectif pour exhorter les autorités á multiplier les patrouilles pour appréhender les dizaines de malfaiteurs qui rôdent dans le coin et y rétablir une atmosphère de calme et de paix.

Les autorités auraient répondu favorablement à leur demande mais on attend des résultats probants et surtout durables. Quant à Weizou, il demeure dans la nature en dépit des intenses recherches menées par la police.

Des informations font cependant état de son éventuelle cachette chez certains de ses complices à Tarhil. La traque se resserre d’autant plus que les enquêteurs menacent quiconque aiderait le criminel à se planquer.

Vingt-six agressions sexuelles répertoriées à Arafat au mois de Novembre

Tout le monde sait que la zone Sud-est de Nouakchott, notamment Arafat, est devenue un nid d’insécurité et de violence. Dans les colonnes de l’une de nos éditions précédentes, nous avions publié des statistiques de de violences sexuelles commises entre le mois d’Août et le mois d’Octobre 2024, selon des sources concordantes de diverses ONG en charge de ce dossier.

Dans cette édition, nous publions les statistiques des viols et violences, notamment conjugales, perpétrés dans cette même zone au cours du mois de Novembre dernier, selon les sources desdites ONG confirmées par la police.

Un chiffre effarant : vingt-six cas ! Seize concernent des viols proprement dits dont la majeure partie a été commise par des malfaiteurs. Le reste est l’acte de personnages jusque-là plus « quelconques » : parents, voisins ou enseignants…

Trois cas de viols ou violences conjugales sont aussi à déplorer, ainsi que deux autres de sodomie sur des mineurs. Les cinq cas restants sont des tentatives de viols commises avec violences mais dont la résistance des victimes a pu éviter l’aboutissement. Rappelons, ici encore, qu’au cours des années passées, le comble avait été atteint à Arafat avec des viols contre des fillettes et des bébés de deux ans.

Mosy

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=779709

● Hommage posthume à Madame Coumbeit Mint WERZEG, paix à son âme. | Par Dr Mohamed Yahya Ould CIRÉ

Cet anniversaire marque une étape fondamentale dans l’histoire de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. Il est aussi l’occasion de rendre un hommage vibrant à une femme exceptionnelle : Madame Coumbeit Mint WERZEG, dont l’engagement silencieux mais déterminé a été essentiel dans la création du premier noyau de Libération des Haratines. Que son âme repose en paix.

Madame Coumbeit Mint WERZEG était la grande sœur de Bilal Ould Werzeg, aujourd’hui membre de la Commission électorale nationale de Mauritanie.
Bilal et moi nous étions rencontrés le 10 octobre 1974 à l’ENA de Nouakchott, dans la section diplomatie, pour une formation de deux ans. Dès nos premiers échanges, je lui avais proposé de créer une structure visant à combattre l’esclavage maure. Conscients de la portée de cette idée, nous avions convenu de réfléchir en toute discrétion avant d’agir. Ce que j’ignorais alors, c’était l’influence bienveillante et décisive que sa sœur, Coumbeit, aurait sur notre chemin.
Dans le salon familial de Madame Coumbeit et de son époux, où nous révisions souvent, une scène inoubliable s’est jouée le 2 décembre 1974, entre 16 heures et 17 heures. Ce jour-là, Coumbeit, avec une autorité douce mais ferme, est venue nous trouver. En hassania, elle a dit à son frère : « Ce que Mohamed Yahya Ould Ciré t’a demandé, tu dois l’accepter. » Puis elle s’est retirée, laissant derrière elle une décision historique et un engagement indélébile.

L’histoire de l’esclavage maure et la question haratine demeurent encore sous-étudiées. Bien que quelques mémoires universitaires aient abordé certains aspects, une analyse approfondie de cette injustice systémique reste à réaliser. Le travail des Kadihines a permis une sensibilisation initiale, mais il revient avant tout aux victimes de porter ce combat. C’est dans cet esprit que notre initiative a vu le jour, devenant la première à ambitionner l’abolition totale de l’esclavage maure sur l’ensemble du territoire mauritanien.

Madame Coumbeit Mint WERZEG a joué un rôle crucial à deux niveaux. Elle a non seulement inspiré son frère à s’engager, mais elle a aussi tenu à exprimer son soutien en ma présence, révélant ainsi une conviction profonde et courageuse. Son domicile a été un lieu d’accueil pour nos réunions, où thé, zrig (boisson traditionnelle) et pain beurré étaient toujours servis. Par cet engagement discret mais déterminant, elle incarne le rôle des femmes dans les luttes pour les droits humains. Pourtant, le patriarcat qui domine encore en Mauritanie persiste à minimiser leur contribution. Le blocage du projet de loi Al Karama sur les droits des femmes et des filles en est une illustration.

Aujourd’hui, alors que le combat contre l’esclavage résonne de plus en plus dans le débat public, il est essentiel de se souvenir que toute lutte repose sur des figures emblématiques, parfois restées dans l’ombre ou oubliées, qui ont d’abord alimenté le débat d’idées et ouvert la voie à l’action et à la transformation sociale.

Mohamed Yahya OULD CIRE
Président de l’Association des Haratine en Mauritanie en Europe (A.H.M.E.)
Site internet : http://www.haratine.com

Le 02/12/2024

• Lien média https://haratine.com/Site/?p=21103