● La justice est-elle indépendante dans les pays d’Afrique francophone subsaharienne ? | Le cas de la Mauritanie

En théorie l’indépendance du pouvoir judiciaire est aujourd’hui considérée comme un des principes cardinaux de l’époque contemporaine, qui concourt à la fois à la garantie des libertés fondamentales, à la promotion de la démocratie et à la consolidation de l’Etat de droit en Afrique francophone subsaharienne. Ce principe est inscrit dans les constitutions de la plupart des Etats francophones d’Afrique de l’Ouest tels que le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Bénin et le Niger. La consécration de ce principe dans les lois fondamentales et l’institutionnalisation du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) sont censées donner une certaine garantie au profit du pouvoir judiciaire pour soustraire les magistrats et la justice de l’arbitraire et de l’emprise du pouvoir exécutif. Mais hélas… !

La notion d’indépendance est proche de l’impartialité ou de la neutralité. L’indépendance est définie par la doctrine comme un statut qui permet au juge de résister aux pressions provenant des autorités extérieures quelconques et/ou politiques. En d’autres termes, elle se traduit par l’absence de pression ou de pouvoir d’une instance extérieure qui aurait droit de regard ou d’intervention sur la fonction du juge. Je pense notamment le pouvoir politique, entre autres.
Cependant, la crise de la justice au 18ème siècle (le siècle des lumières) en occident a fait naître un vaste mouvement d’idées des philosophes et des hommes de droit qui dénoncent une justice inhumaine et proposent des réformes. La pensée politique et philosophique de ces partisans des « lumières », de Voltaire en passant par Rousseau, Beccaria et Montesquieu était calquée sur la cruauté de l’ancien système judiciaire et la réforme de celui-ci. Le théoricien et magistrat qu’était Montesquieu, par ses idées politiques et judiciaires a proposé dans son célèbre ouvrage « L’Esprit des lois », les trois pouvoirs : celui de faire des lois (législatif), celui d’exécute les résolutions publiques (exécutif) et celui de juger (judiciaire). Pour l’auteur selon Jean-Pierre ROYER, ce « mécanisme tempéré permet d’atteindre un équilibre favorable au maintien de la liberté c’est-à-dire en respectant tout à la fois l’indépendance de l’Etat dans le principe de son action et le respect de la singularité des personnes et de leurs biens ».
Après les indépendances en 1960 les Etats africains, notamment les Etats francophones subsahariens (le Sénégal, le Mali, La Mauritanie et le Mali) ont choisi la constitution française de 1958 comme une norme référentielle. Le système judiciaire de ces pays d’Afrique francophone est calqué sur celui du pays colonisateur (la France). La première constitution de la Mauritanie indépendante du 20 mai 1961 après celle de 1959 est inspirée largement des institutions françaises et affirmait son attachement de la République islamique de Mauritanie aux principes de droits fondamentaux de droits de l’homme définis par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et celle de 10 décembre 1948. Mais sauf que celle-ci ne fait aucune mention sur le « principe de la séparation des pouvoirs » tel qu’il a été théorisé par Montesquieu et prévu par la 5ème République française. Il a fallu attendre la constitution du 20 juillet 1991 pour voir apparaître la mention de la « séparation des pouvoirs ». Aux termes de l’article 89 de la constitution du 20 juillet 1991 « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Le Président de la République est garant de l’indépendance magistère. Il est assisté par le conseil supérieur de la magistrature qu’il préside… ». Cette disposition constitutionnelle évoque l’indépendance de la justice comme un postulat mais la réalité vient parfois affreusement démentir au quotidien. En Mauritanie, tout comme le Sénégal, le Mali et le Niger pour ne citer que cela, la justice connaît manifestement le plus d’atteintes en dépit de la protection constitutionnelle par l’emprise du garde des sceaux, le ministre de la justice d’une part et l’influence du président de la République sur le fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) en sa qualité de président de cet organe disciplinaire et de gestion de la carrière des magistrats d’autre part.
Le système judiciaire des pays d’Afrique francophone subsaharienne hérité de la France, le ministère de la justice est l’organe auquel est assigné la fonction administrative et d’organisation de la justice. Celui-ci exerce une influence prégnante dans les institutions judiciaires. Cette influence s’induit non seulement dans la gestion administrative mais aussi dans la gestion financière. Au-delà de cette gestion administrative et financière il existe un phénomène très grave qui porte atteinte à l’indépendance des magistrats : c’est le rattachement du parquet à l’exécutif particulièrement au ministère de la justice. Le pouvoir judiciaire, gardien de nos libertés individuelles qui doit rester indépendante, comprend à la fois les magistrats du siège et ceux du parquet. Le parquet est sous l’autorité du ministère de la justice et reçoit des ordres de celui-ci et applique la politique d’action publique du gouvernement. Par exemple au Bénin, le ministre de la justice peut dénoncer au procureur général les infractions à la loi pénale dont il a connaissance, lui enjoindre d’engager ou de faire engager des poursuites ou de saisir la juridiction compétence de telles réquisitions écrites qu’il juge opportunes, selon l’article 34 du code béninois de procédure pénale. En Mauritanie, l’ancien ministre de la justice et professeur de droit Haimoud RAMDAN, a souligné dans ces travaux de recherche que « l’influence de l’action des services du ministère de la justice sur le cours de la justice se manifeste par la charge des moyens dont il assure la répartition et la pression du milieu professionnel du magistrat qui souvent est proche des thèses et idées du pouvoir exécutif ». Cette réalité continue de plonger le parquet dans une situation de dépendance vis-à-vis du pouvoir politique et qui constitue à mon sens une entorse fatale à l’indépendance de la justice.
Une autre atteinte que l’exécutif porte manifestement à la justice est celle de la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM). Cet organe est censé être un bouclier du pouvoir judiciaire aujourd’hui, il se retrouve entre les mains du pouvoir politique pour affaiblir la justice davantage. L’institutionnalisation du CSM comme pièce maîtresse de la justice répond à une exigence de garantie d’indépendance de la justice face aux atteintes des autres pouvoirs de l’Etat. Le CSM est une création originale du droit français par la loi du 31 août 1883 relative à l’organisation judiciaire afin d’assurer un cadre juridique protecteur aux juges. Sa mission principale est d’assister le président de la République en tant qu’autorité de nomination et garant de l’indépendance de la justice. Ainsi, en 2008, la France a engagé une entreprise de modernisation des institutions de l’État. Plusieurs piliers constitutionnels de la Ve République, dont la justice ont alors connu de profondes évolutions. S’agissant de la justice, il était question de consolider l’indépendance de l’autorité judiciaire face à l’exécutif.
En Mauritanie l’article 17 de la loi du 17 février 1994 prévoit que « le CSM assiste le président de la République garant de l’indépendance de la magistrature ». Le CSM mauritanien est composé de 11 membres et présidé par le président de la République. Le ministre de la justice est le vice-président. Il faut souligner que le président de la République et son ministre de la justice sont des membres de droit du CSM. La composition du CSM en Mauritanie est approximativement la même qu’au Sénégal. Cette composition est de plus en plus ardemment critiquée au Sénégal par les magistrats et la doctrine qui pensent qu’elle menace l’indépendance de la justice et qu’elle fait du CSM un organe non représentatif de la magistrature. Le président de la République dispose une compétence liée en matière de nomination des magistrats. Comme le souligne l’article 4 de la loi organique n° 92-27 du 30 mai 1992 modifiée, portant statut des magistrats au Sénégal, qui dispose que « les magistrats sont nommés par décret du Président de la République, sur proposition du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ». Pour Omar DIOP, « le Conseil supérieur de la magistrature est une instance controversée […] les modalités de désignation des membres du CSM reflètent curieusement un certain déséquilibre au profit de l’exécutif en matière d’organisation de la justice. Le Président de la République et le garde des Sceaux concourent à la nomination des membres du Conseil et partagent la présidence de celui-ci ».
Ce faisant, le principe de séparation de pouvoirs a pour but d’éviter toute influence du pouvoir politique dans le cours de la justice. Le souhait de la doctrine est de supprimer toutes les manifestations de la soumission organique et fonctionnelle de la justice au pouvoir politique. Avec l’évolution de nos sociétés vers l’exigence de respect des principes démocratiques et les demandes exorbitantes de justice, les réformes constitutionnelles et judiciaires s’imposent en Mauritanie. Après avoir diagnostiqué le « cancer » de notre justice, il est temps de mettre fin la prééminence du pouvoir politique sur le judiciaire et de supprimer la présidence du CSM par le président de la République et la vice- présidence par le ministre de justice. Nous proposons de confier la présidence du CSM à la formation du siège (au premier président de la Cour suprême) et la vice-présidence à la formation du parquet (au procureur général près la Cour suprême).
Par avance, je souhaite une très belle fin de fête d’année à tous les membres (les chercheurs, doctorants, professeurs, étudiants…) de mon Centre d’Histoire et d’Anthropologie du Droit (CHAD) de l’Université Paris-Nanterre….
Qu’Allah bénisse la Mauritanie et les mauritaniens !!!
Que 2024 soit une année de paix, de santé de fer et de bonheur pour toute l’humanité !

Boubou BA
Docteur en droit
Membre associé au centre d’histoire et d’anthropologie du droit (CHAD)
Université Paris-Nanterre
Juriste au Palais de justice de Pontoise-France

● Qui est Ousmane SAO ? Nous n’avons plus à le présenter ! [Rmi-info]

Qui est Ousmane SAO ?

Nous n’avons plus a le présenter !

Un résumé de c’est réalisations et engagements :

Identité et origines :

Il s’appelle Sao Ousmane et de nationalité mauritanienne.

Originaire de la vallée du Fleuve dans la région de Gorgol (Kaédi).

Engagement associatif :

Il est un membre actif de l’association Fedde Hirnangue Bossoya, qui regroupe plusieurs villages autour de Kaédi.

Il est le coordinateur général de l’association des jeunes du village de Jooke en Europe.

Un sympathisant actif de plusieurs autres associations humanitaires nationales et internationales
en France.

Il préside l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des Mauritaniens de la Diaspora
(CCDMD), une association basée en Europe qui vise à renforcer les liens entre tous les Mauritaniens
de la Diaspora, avec des membres disséminés sur tous les continents.

Parcours académique :

Ousmane SAO a fait ces années de primaires, secondaires et universitaires à Nouakchott.

Réside en France pour des études doctorales.

Il est depuis quelques années basé en France, titulaire de deux doctorats :

Le premier en Géologie du quaternaire, avec un double focus sur la reconstitution des paléoenvironnements et la protection du patrimoine culturel mauritanien.

Le second en sociologie politique et relations internationales, intitulé Organisation des Unités sociopolitiques, culturelles et juridiques de la population mauritanienne et relations internationales.

C’est un parcours très riche et diversifié, mêlant engagement associatif, recherche académique et promotion de la culture mauritanienne. Bravo pour tout ce que tu as accompli docteur Ousmane SAO.

Oui, je le dis haut et fort Monsieur Sao Ousmane, avec son profil, son expérience et ses diplômes, pourrait potentiellement représenter la Mauritanie à l’UNESCO en tant que cadre.

Doté d’un impressionnant bagage académique, serait un candidat idéal pour occuper le poste de conseiller culturel à l’UNESCO. Ses multiples diplômes et son expertise
lui confèrent les qualifications nécessaires pour contribuer de manière significative à la promotion et à la préservation de la diversité culturelle au sein de cette organisation internationale.

Ousmane SAO fut en 2019 conseiller chargé de communication auprès du directeur national de campagne du président de la campagne de Mohamed ould cheikh Ghazouani en France et en Mauritanie.

N’oublions pas l’appel du président Mohamed ould cheikh Ghazouani qui a déclaré sa flamme à la diaspora dans son programme.

Sa solide formation académique, ses multiples diplômes et son expertise
font de lui un candidat idéal pour contribuer de manière significative à la promotion et à la préservation de la diversité culturelle au sein de cette organisation internationale.

Abdoulaziz DEME

Paris le 14 décembre 2023

● Lien média https://rmi-info.com/qui-est-ousmane-sao-nous-navons-plus-a-le-presenter/?fbclid=IwAR1RpJPjulSP0atibPY_Y5KLHh0U46vMVN0IptqfiTWE8y3He87Ij3nu36w

● Note de lecture : l’instruction détruit les chaînes de toute servitude, par M. Frédéric Douglass (États-Unis).

Cet ouvrage est une restitution d’un vaillant cheminement vers la liberté de cette voix historique de l’abolitionnisme aux États-Unis d’Amérique courant 19ème siècle. M. Frédéric Douglass était un mulâtre (né d’une femme esclavisée et son maître) qui vécut les fers de l’esclavage et s’était décidé à s’en débarrasser. Natif de Tuckahoe, près de Hillsborough (comté de Talbot, Maryland) en une date imprécise selon ses dires. Il meurt en 1895.

Il devint une redoutable plume contre un système inhumain et criminel qui broyait impitoyablement du « nègre ». Ici on saura l’ampleur de la catastrophe que vécurent les personnes (et leurs descendants) esclavisées lors de l’abominable traite transatlantique. En roue libre, les planteurs esclavagistes du sud étasunien tenaient un système sans limites pour casser et détruire toute expression d’humanité chez « ces damnés » sans secours. Fouetter, insulter, exploiter, emprisonner, violer, vendre… aux enchères aussi, louer, hériter, séparer (enfants, frères, sœurs et parents vendus ou hérités séparément), tromper, humilier, abrutir, tuer…, c’est ainsi que Frédéric Douglass égrènait les malheurs qui accablèrent ces hommes arrachés de leurs terres lointaines (l’Afrique).

Ici quelques passages illustratifs :

« Il la fouettait pour la faire crier et la fouettait pour la faire taire. « 

« On nous mit tous en rang pour nous évaluer. Hommes et femmes, vieux et jeunes, mariés et célibataires furent alignés avec les chevaux, les moutons et les porcs » , lors de l’évaluation de l’héritage d’un maître qui décéda.

Dans sa prolifique narration de cette douloureuse réalité de la servitude, quelques termes-notions ont particulièrement retenu mon attention :

• La plantation principale, surnommée la Ferme de la Grande Maison par les personnes esclavisées, est cet emplacement type QG dont dépendent plusieurs fermes avoisinantes de moindre taille. Il est d’un ultime privilège pour les esclaves « élus » qui y sont affectés comme lieu de labeur. J’ose un rapprochement avec ce qu’on disait en sooninké « Ka xooren Te » voulant dire « le champ de la grande maison ou famille ». Certains esclavagistes sooninkè avaient une possession terrienne principale qui est prioritairement exploitée et travaillée par leurs esclaves.

• Le commandeur d’esclaves, un employé généralement blanc qui s’occupe comme contremaître d’une plantation et les esclaves qui y triment. Dépeint selon le rapport de M. Douglass, comme un horrible traitant au service des propriétaires d’esclaves dans leurs plantations. Il est chargé de faire régner l’ordre, et avec fureur sur certains esclaves qui seraient peu dociles à la corvée intraitable. On pourrait le rapprocher à ce qu’on appelle en soninké « komo baganda » donnant comme substance « un rameuteur des esclaves » dans les champs du maître. Ici d’après mes échanges avec un doyen, ce rôle était souvent tenu par un élément-servile de confiance du maître et craint par ses semblables de condition. Il pouvait infliger de dures corrections corporelles aux esclaves récalcitrants aux ordres délégués par le maître ou par certains membres de sa famille.

• Le mot lynchage et son origine, la loi de Lynch prévoyait la mort pour un nègre qui frappa un Blanc.
En bas de page 142, elle est détaillé comme suit : « exécution sommaire de quelqu’un par une foule sans procès. Par référence au capitaine William Lynch (1742-1820) qui établit cette pratique en Virginie. Le mot ‘lynchage’ apparut en français en 1883. »
Et ici lynchés à mort, c’était le cas à Djandjoumé (village soninké dans la région de Kayes – Mali) dans la nuit du 1 septembre 2020 pour 4 pères de famille militants anti-esclavagistes (Mountagha Diarriso, Hamet Sissoko, Youssou Sissoko et Gossi Sissoko de 42 à 72 ans), Lire https://www.matininfos.net/des-experts-des-droits-de-lhomme-de-lonu-exhortent-le-mali-a-mettre-fin-a-lesclavage-une-fois-pour-toutes/78759/ .

M. Frédéric Douglass était un Cicéron de l’abolitionnisme en son temps, et son travail intellectuel d’antan est une source (ressource) d’inspiration d’une grande valeur pour toute entreprise de mobilisation humaniste.

Les Noirs américains et d’autres communautés des Antilles « élargies » issus de cette terrible et criminelle réalité de la traite, peuvent réclamer un droit d’explication aux descendants afro restés sur le continent africain. Un sérieux travail se doit d’être mené sans complaisance ni transfert de victimisation malencontreux.

KS pour le BLOG

● Le Grand Entretien du Blog | En exclusivité avec le politiste Yahaya SOUKOUNA

La rubrique Grand Entretien du Blog (Le GEB) reçoit comme invité, monsieur Yahaya SOUKOUNA. Il est diplômé en sciences politiques et originaire du Mali (issu de la communauté soninké). Dans cette interview, il nous sert de pertinentes analyses sur diverses thématiques abordées. Nous lui adressons nos vifs remerciements pour sa disponibilité.

Ci-dessous l’intégralité de l’entretien :

● Question 1 : Bonjour monsieur SOUKOUNA, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Yahaya SOUKOUNA : Bonjour, je suis Yahaya SOUKOUNA, français d’origine malienne, diplômé en Sciences politiques et en Administration publique. Ancien collaborateur parlementaire, je suis actuellement consultant en stratégie internationale. Je conseille des acteurs du secteur public et privé sur divers sujets stratégiques. Je les accompagne vers la prise de décision, sur leur réorganisation structurelle et sur leurs choix stratégiques globaux. Durant mes temps libres, j’officie en tant qu’entraîneur dans un club de football amateur, j’y entame ma neuvième saison. Il m’arrive aussi d’écrire. Il y a deux ans, j’ai sorti un abécédaire autobiographique et je suis actuellement en train de finaliser un nouvel ouvrage portant sur l’Accord pour la Paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger de 2015.

● Question 2 : Étant issu de la communauté soninké qui est très attirée par l’environnement migratoire à travers le monde notamment en France, quel est votre diagnostic sur la situation actuelle de ce phénomène ? (Avantages et inconvénients)

YS : Avant toute analyse, j’aimerais témoigner ma fierté d’appartenir à la communauté soninké vivant en France. Je pense intimement que l’héritage culturel que nos aînés nous ont légué doit demeurer intact et poursuivre son cheminement générationnel. La solidarité, le partage, l’humilité, la discrétion et le respect de l’aîné sont autant de valeurs qui doivent perdurer. À notre tour, on se doit d’être les futures courroies de transmissions de ce « package » ancestral. Pour me recentrer sur la question, il me paraît important de préciser un aspect singulier à la communauté soninké sur le plan migratoire. Cette dernière immigre considérablement à travers le monde entier. L’Europe, principalement la France et l’Espagne, le continent africain, et l’Amérique du Nord, sont les principales destinations de la communauté native d’Assouan en Égypte. Elle se trouve donc fortement impactée par les tendances contemporaines de ce puissant enjeu géopolitique qu’est la migration.
En effet, la fragilité des marchés financiers et les crises engendrées, à l’image de celle de 2008, ont profondément bouleversé l’ordre mondial. Les économies mondialisées ont toutes été fortement perturbées, entraînant des conséquences en cascade. L’occident, principale terre d’accueil de migrant, a connu une baisse radicale de l’interventionnisme étatique et un élargissement de la paupérisation de sa société. C’est dans ce contexte que s’est diffusé un profond sentiment patriotique nationaliste provoquant l’émergence de mouvements réfractaires à l’accueil des personnes étrangères, les estimant responsables de la baisse de leur niveau de vie. Paradoxalement en Afrique, la multiplication des conflits, l’instabilité politique, l’affaissement du niveau de vie et le difficile accès à l’éducation et à la santé ont renforcé le désir d’exode d’une part importante de la jeunesse en quête d’un avenir meilleur. Malgré les mesures drastiques imposées par les autorités méditerranéennes, les vagues migratoires s’intensifient et s’échouent le long des côtes marocaines, espagnoles et italiennes avec son lot de rescapés et de morts que la mer avale. Nous assistons à la collision de ces deux réalités dynamiques qui ne semble pas promises à la convergence. Pire encore, avec la montée des groupes extrémistes et la détermination de ceux qui désirent l’eldorado, les prochains rendez-vous s’annoncent inquiétants.

● Question 3 : Ces derniers jours, le gouvernement malien a annoncé le report de l’élection présidentielle (initialement prévue en février), pouvez-vous nous éclairer sur les données politiques et sécuritaires dans le pays actuellement ?

YS : Depuis l’an 2020 et la chute du régime du président Ibrahim Boubacar Keita, le Mali est dans une transition. De 2020 à 2021, celle-ci fut civile et militaire, dirigée par l’ancien président Bah N’daw. Pour des raisons difficilement déchiffrables, ce dernier a été renversé en 2021 par le colonel Assimi Goïta qui est depuis devenu le président de la transition. Des élections présidentielles devaient avoir lieu, mais ont été reportées par le régime, entraînant une batterie de sanctions de la part de la communauté internationale et des organisations sous-régionales sous l’impulsion de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Des négociations ont abouti sur l’organisation d’élections présidentielles en février 2024 et ont permis de lever une partie des sanctions économiques qui participaient à la tentative d’asphyxie de l’économie malienne. Ce laps de temps a permis aux autorités de faire voter une nouvelle constitution. Projet que leurs prédécesseurs, démocratiquement élus, ont initié sans parvenir à leur terme. Dans un récent communiqué, le ministère de l’Administration territoriale a annoncé le report des élections présidentielles de février 2024 à une date ultérieure de quoi alimenter les suspicions quant aux désirs des autorités de se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible.
Il faut noter que ce report s’établit dans un contexte sécuritaire des plus tendus que certains observateurs assimilent à celui de 2012. Cette période dans laquelle les combats entre l’armée malienne et les mouvements rebelles associés aux groupes jihadistes ont entraîné la scission du pays en deux et la proclamation de l’Azawad par le mouvement national de Libération de l’Azawad (MLNA).
Aujourd’hui, la situation est confuse. On assiste d’une part à l’intensification par l’armée d’opérations de communication et de reconquête du territoire vers le nord du pays à mesure que la mission onusienne de maintien de la paix (MINUSMA) libère les camps qu’elle occupait.
Concomitamment, des actes terroristes sont perpétrés sur l’ensemble du territoire laissant penser à une fragile restauration de la sécurité dans le pays. Ajoutons à cela, une recrudescence des affrontements entre l’armée malienne et les mouvements jihadistes, mais également, une détérioration des relations entre l’État et une partie des mouvements signataires de l’Accord d’Alger (Le Cadre Stratégique Permanent). Tout cela a pour effet de prolonger l’imbroglio du cas malien. Un rapide retour à l’ordre constitutionnel répondrait bien plus à des injonctions de la communauté internationale qu’a une nécessité immédiate pour la restauration d’un État unitaire et stable.

● Question 4 : La communauté soninké est traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des précautions efficientes pour recouvrer une certaine sérénité communautaire sans cette tare ?

YS : La problématique de l’esclavage par ascendance est un sujet d’une extrême sensibilité, mais qui requiert un positionnement clair. La mienne est que ces pratiques doivent cesser d’exister. Je crois aussi que pour traiter un phénomène de cette ampleur, il faut avoir l’humilité de l’étudier, non pas pour cautionner, mais pour comprendre le pourquoi de la pérennité de ce procédé ancestral qui nuit au fonctionnement harmonieux de communautés qui très souvent se ressemblent. Il est important de s’intéresser en profondeur aux raisons qui distinguent le droit pour une communauté de jouir de pouvoirs réducteurs et humiliants vis-à-vis d’une autre contre son gré. Même si cette variante de l’esclavage existe au sein de la communauté soninké, ce phénomène que l’on peut penser mineur et bien plus répandu que l’on ne pourrait le croire. Il trouve des germes dans les 5 grands continents et répond à des règles, des coutumes, des rituels qui doivent être déconstruits par le dialogue, la médiation, et si nécessaire, par des réponses pénales.
Même s’il existe des organismes internationaux qui traitent le sujet, la réponse politique globale est bien en deçà de l’ampleur que représente le fléau. Je crois qu’à l’image d’un sujet fédérateur comme l’écologie, la lutte contre l’esclavage par ascendance mérite une place beaucoup plus épaisse dans les principaux engagements des états concernés par ce phénomène. Conscient que dans certaines régions du monde, il participe à calibrer certaines sociétés (et/ou communautés), et que toute tentative d’entrave menacerait certains équilibres de pouvoir. Néanmoins, sa lutte doit être prise à bras le corps. Ce faisant, des mécanismes internationaux devraient contraindre les États à montrer patte blanche en matière de lutte.

● Question 5 : la France connaît diverses frictions diplomatiques avec certains pays du Sahel (ses anciennes colonies), pouvez-vous nous donner quelques éléments de compréhension sur ces relations dans l’actuel environnement géopolitique mondial ?

YS : Depuis quelques années, la France rencontre des difficultés sur le plan diplomatique, peine à maintenir un dialogue serein avec une partie de ses anciennes colonies sahéliennes, et perd de son influence historique sur une partie de plus en plus grande du continent. Les nombreuses et récentes attaques verbales par communiqués interposés entre Paris et les principaux régimes militaires de la bande sahélienne que sont Bamako (Mali), Ouagadougou (Burkina Faso) et Niamey (Niger) témoignent de la fragilité des rapports existants. Nous sommes bien loin de l’an 2013 où le président français Francois Hollande avait reçu un accueil triomphal par une foule en liesse à Bamako lors du lancement de l’opération SERVAL, destinée à repousser l’avancée des jihadistes, qui étaient parvenus jusqu’au centre du pays à Kona. « La journée la plus importante de ma vie politique », avait-il lancé. La nouvelle tendance relationnelle entre la France et ces états sahéliens ne se résume pas qu’aux relations d’ordre politique ou protocolaire, mais s’étend désormais à la société civile. En effet, la longévité de la présence militaire étrangère sur le sol africain et les quelques abus qui en ont découlé ont créé de la frustration chez une partie des populations. De plus, l’absence de résultats des opérations militaires telles que Serval, Barkhane, et la Minusma, et leur incapacité à libérer les zones occupées du nord du Mali notamment, ont également suscité un rejet de celles-ci par les populations concernées. Par ailleurs, avec la montée en puissance de l’accès aux nouvelles technologies, le continent s’informe vite et s’éduque. Au cœur de la jeunesse africaine émerge un vaste désir d’affranchissement avec ses anciennes colonies, particulièrement avec la France. À dominante musulmane par leur composition, leurs us et coutumes, les populations sahéliennes sont particulièrement sensibles au traitement qui est infligé à leur coreligionnaire dans la sphère médiatique française depuis quelques années. L’ensemble de ces facteurs fragilise la relation entre la France et ses anciennes colonies africaines. Cela offre l’opportunité géopolitique pour une nation comme la Russie de revenir au devant de la scène en réactivant l’importante influence « soviétoafricaine » qui était la sienne lors des successions d’indépendance. Et cela à l’image de celle avec la Guinée de Sékou Touré dès 1958 et du Mali de Modibo Keita dès 1960. Depuis le coup d’État malien de 2020, la relation avec la France bat de l’aile. D’un autre côté, le Mali et la Russie se sont fortement rapprochés aussi bien sur le plan militaire, qu’économique, et diplomatique. De quoi susciter des rivalités sur fond d’influence. Le Mali est au cœur d’enjeux géopolitiques c’est pourquoi nous sommes en droit de nous interroger sur la question suivante : le pays n’est-il pas involontairement devenu l’un des instruments d’une nouvelle Guerre froide qui ne dit pas son nom ?

Réalisé par KS pour le BLOG

● Un ancien ministre de la Justice critique le rapport de la commission parlementaire devant le Tribunal anti-corruption

Taqadomy – L’ancien ministre de la Justice, Haïmoud Ould Ramdane, a déclaré que son équipe, après avoir étudié le rapport de la commission d’enquête parlementaire, était parvenue à des conclusions affirmant l’immunité absolue du Président en vertu de la Constitution.

Cette déclaration de Ould Ramdane est intervenue lors de son audition aujourd’hui, mardi, devant le Tribunal pénal spécial de lutte contre la corruption, au cours de laquelle il a ajouté que le rapport de la commission parlementaire, sur la base duquel se fondaient les accusations portées contre l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, « a été formulé de manière allant dans le sens de l’accusation d’un côté et d’une seule opinion ».

Ould Ramdane a indiqué que les membres de son équipe au ministère de la Justice s’interrogeaient à l’époque sur les raisons de l’envoi du rapport au ministre de la Justice en présence d’un Parlement spécialisé dans certains crimes, et que le principe de séparation des pouvoirs interdit strictement toute flexibilité entre les pouvoirs législatif et judiciaire.

Il est à noter que la défense de l’ex-Chef d’Etat a fait comparaître aujourd’hui mardi l’ancien ministre de la Justice, Ould Ramdane, comme témoin à décharge, au nom de son client, après que le Tribunal a rejeté une demande de convocation de témoins supplémentaires, dont l’intéressé.

● Lien médias https://cridem.org/C_Info.php?article=769418

● Le Grand Entretien du Blog | Avec Souleymane SIDIBÉ

La rubrique Grand Entretien du Blog (Le GEB) vous propose l’interview avec l’étudiant mauritanien M. Souleymane Sidibé. Notre Blog a publié  différentes contributions sous sa plume sur des thématiques variées. Ici, il accepte de répondre à nos questions axées sur son parcours et sur des thèmes plus ou moins divers. Nos remerciements à lui pour cette disponibilité.

Ci-après l’intégralité de l’interview :

Question 1 : Bonjour monsieur Sidibé, nos remerciements pour votre disponibilité, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Souleymane Sidibé : Bonjour Koundou Soumaré. C’est un plaisir pour moi de répondre aux questions de votre blog. Je m’appelle Souleymane Sidibé. Je suis né à Nouakchott à Sebkha et j’ai passé mon enfance entre Socogim K (notre maison familiale ), Sixième chez mes grand-parents, Socogim Bagdad, Socogim Ps un peu; Ilok K et Tevragh Zeine avec les amis. Je suis nouakchottois.  Après les études primaires à Dioukhamadya (Médina 3) jusqu’en première année collège dans le programme mauritanien, j’ai rejoint le système éducatif français en classe de 5ème (2e année collège) au Petit Centre (Ilot K) ; puis au Lycée Privé du Sahel. J’ai quitté la Mauritanie pour Bordeaux après l’obtention du bac S que j’ai passé au Lycée Français Théodore Monod (LFTM) de Nouakchott en 2016. Cela m’a fait découvrir l’Université de Bordeaux en France, à mes 18 ans, dans un parcours Santé que je n’ai pas pu poursuivre ; ensuite, je me suis inscrit en biologie. J’ai également pris des cours en gestion et maîtrise de l’eau dans une université privée .

● Question 2 : Étudiant mauritanien et africain en France depuis quelques années, quelle expérience en tirez-vous jusqu’à là ? Atouts et pièges éventuels à éviter pour des futurs étudiants…

SS : Vieil étudiant, dirais-je. J’avoue qu’être étudiant en France, c’est d’abord être confronté à une autre réalité, un autre rythme de vie et de travail. Les cours sont une continuité de ce que l’on a étudié, mais les codes culturels ainsi que le sérieux demandé, la rigueur et le statut d’étudiant nous renvoient dans d’autres référentiels. Tout d’abord, être étudiant est un statut dans un pays d’accueil pour le nouvel étudiant que je fus. Il fallait étudier en étant dans l’obligation de moyens afin d’attester de ma situation d’étudiant. Il faut fournir chaque année son évolution. L’obligation de réussite s’impose après un ou deux échecs pour ne pas perdre ce statut. La vie estudiantine est un passage dans lequel on suit un apprentissage. Chaque cours, chaque TD, chaque TP, dans le domaine qui est le mien, même ailleurs, est l’occasion d’apprendre quelque chose de nouveau. Ensuite, on élargit ses perspectives en ayant un projet d’études ou en le construisant tout au long, on devient résilient. On apprend à gérer son temps, faire le ménage -ce que ma mère m’avait habitué les fins de semaines-, faire la cuisine ; on cultive ses relations personnelles tout au long. Enfin, pour me permettre de donner un conseil à un futur étudiant ou une étudiante, c’est de croire en soi en étant réaliste. Les études en France demandent des moyens. Il faut des ressources financières, de l’argent. Si l’on n’a pas beaucoup de moyens, on ne peut pas s’inscrire dans certaines écoles. Même si c’est dans le public. Il faut alors ajuster ses ambitions. Et surtout favoriser actuellement les formations avec des alternances quand on a un peu d’aide parentale, familiale. Il est important de rester focus en étant ouvert au conseil. C’est très difficile de faire certains parcours en travaillant, par exemple, dans la restauration en parallèle. Étant donné qu’il s’agit d’un apprentissage et d’un enrichissement continus, parlant de la vie d’étudiant, c’est alors nécessaire de faire régulièrement un bilan de ses expériences. Quand on est là, comme tout le monde, on se met petit à petit dans le bain sans se faire un sang d’encre ou se mettre la rate au court-bouillon. C’est aussi important de changer d’habitude ainsi que prendre soin de sa santé mentale et physique.

● Question 3 : Vous avez publié un recueil de poèmes intitulé La Poésie démeurt, il y a de cela quelques temps, pouvez-vous nous présenter brièvement cet ouvrage et comment peut-on se le procurer ?

SS : La Poésie démeurt est un recueil que j’ai écrit pour déclarer mon amour à la poésie. J’écris toujours et lis dès que l’occasion s’offre. On lit en prélude l’hommage à ma tante décédée à Paris. C’est un livre à sa mémoire. Un format de 68 pages publié chez Les Editions Universitaires (Muse) que je déconseille et un autre chez Amazon contenant 203 pages. Je remets la présentation du livre sur les sites de vente ou en bibliothèque à partir de ISBN 979-8496349680. La Poésie démeurt rassemble des poèmes que j’ai écrits entre 2016 et 2021. Entre cris nocturnes, mélancoliques et réflexions philosophiques, ce recueil s’imprègne d’une écriture rythmée et lamentée par le quotidien. Le recueil de poèmes parle du continent africain, de la patrie, de mes études, de son auteur, de l’amour-ses contradictions, son dévouement et sa belle cruauté-, également de belles choses de la vie, et son épitaphe : la mort. En poète amateur, je survole le monde par les mots en pansant les maux. Je suis un admirateur des grands noms de la poésie à l’image de Ousmane Moussa Diagana de mon pays comme des auteurs de ce que je qualifie de poésie-merveille (parlant de la poésie française). Je dessine mon monde à dessein des autres calamités.

● Question 4 : Ces dernières années, la communauté sooninké vit beaucoup de frictions sociales liées à l’organisation intra-communautaire (féodalisme, discriminations…) et au phénomène de l’esclavage statutaire, comme jeune sooninké lettré en phase universitaire, quelles sont vos réflexions à propos ?

SS : La communauté sooninké a vécu des conflits bien avant la Seconde Guerre mondiale. Des villages sont nés au fil du temps suite à des discordes, des batailles rudes, des installations de campements… Il y a des survivances idéologiques liées à l’esclavage et à la féodalité. Les rapports ancestraux fossilisés pour parler comme le chercheur Sidi Ndiaye animent les imaginaires collectifs de différentes fractions sociales. Nous avons au sein de cette communauté comme dans d’autres en Mauritanie une organisation étriquée que la culture citoyenne doit balayer. Cela n’est malheureusement pas possible d’un simple revers de main. Il faut l’implication des acteurs sérieux des droits humains et des politiques débarrassés des préjugés sociaux. L’esclavage statutaire est une réalité. On voit même des individus avancer des propos pour justifier qu’ils ne sont pas issus d’une certaine catégorisation sociale en indexant d’autres. Il est urgent de se débarrasser de l’idée de la noblesse. L’idée de la citoyenneté doit naître au profit de tous ses maux. Les laada (accords coutumiers) étaient les verrous du rapport subalterne ou dominé socialement (kome, sakke, tage, etc) au moodi (marabout statutaire) et hoore (noble) dans le milieu sooninké. Il y a eu des  familles engagées contre cette supercherie pour plusieurs raisons (éducation moderne, fierté culturelle, etc), mais il faut connaître qu’avec l’arrivé du mouvement Gambanaaxu qui un consortium d’association luttant pour l’égalité citoyenne en milieu sooninké, la donne a considérablement changé. On a vu pulluler des contre-mouvements qui ne font ni le poids électoral ni la force de conviction et de sérieux ; nullement comparable se cachant derrière un fantasme social que le capitalisme ne considère pas. L’Etat changera d’allier inévitablement si l’occasion se présente. Les militants de Gambana (l’éveil citoyen) -pour ceux que je connais- ne font pas du militantisme à la carte comparée à bon nombre de d’associations.
Je pense simplement que la vie, c’est quelques fois des rapports de force. Il faut arriver à démystifier le discours des tenants de l’ordre inique qui vivent avec nous et nous sourient à longueur de journée. Après les laada, la démystification des discours puérils dans les oreilles d’un citoyen moderne, il faut se former, se donner les ressources financières et tester son coefficient d’adversité. Il s’agit d’un mépris historique, je ne vois pas d’autres voies à part le terrain de la lutte des idées et la revendication du respect. Sur le terrain scientifique, il y a eu des écrits pertinents. Il ne s’agit plus de «cogito», cogiter (penser), mais de “practise” (pratique). La pratique, c’est ce qui est demandé. L’appellation Jabankaanu est le nom redonné à un quartier dans un village du Guidimakha à la place de komo n kani. Ce montre l’esprit alerte de la nouvelle génération, même de l’ancienne de se débarrasser des tares. Avant, certains vieux disaient «o komon kaani», se traduisant par «chez nous esclaves». Cette appellation était implantée dans leur conscience.
Je discutais avec un monsieur il y a de cela quelques années. J’ai voulu à travers lui comprendre l’organisation sociale. Je n’ai été au village qu’une fois et ce, étant très petit. Je lui ai avancé quelques arguments pour la destruction des tares. Il me dit que son village -dont je tairai le nom-, c’est pour « leurs esclaves » et eux. J’analysais son discours et essayais de comprendre les mécanismes qui régissent sa pensée et son être. Je lui ai posé la question de savoir s’il pouvait se marier avec une personne issu du groupe qu’il qualifie de komo. Il me répondit : « Non, pour rien au monde. Pourquoi ont-ils accepté cette dénomination ? ». Cette réponse est parlante. Comment on justifie idéologiquement la perception féodale ? C’est pour montrer là que le discours qui légitiment cela doit être attaqué. En tant que jeune apprenant, j’espère continuer à l’être dans ce monde où le savoir et la bonne information sont importants, Il y a des jeunes qui ne tiennent plus compte du référentiel coutumier. Les choses avancent, tant mieux. Tant pis pour les blessés de l’existence qui sont encore attachés à leur illusion. Nous devons aspirer à une chose : c’est la citoyenneté. C’est difficile avec l’absence des politiques publiques, l’école pour tous et les arguments de militants des droits humains. On  remarque que la hiérarchisation de la société sooninké suit son cours jusqu’en France. Les noms des foyers ont des connotations. Certains font appel à des religieux coutumiers pour les festivités. Il y a des tenants du système inique. Ces dernières années sont tout de même l’amorce de l’éveil citoyen en masse. C’est du concret.

● Question 5 : Concernant l’éducation, beaucoup d’initiatives sont prises au sein des communautés villageoises sooninké du Guidimakha (système hybride Mahadra- école) en dehors du cadre de l’enseignement étatique, vous y voyez quoi en termes d’inconvénients et d’avantages ? Et quel regard portez-vous sur l’éducation des jeunes filles dans nos communautés ? Et vos préconisations éventuelles en la matière ?

SS : Je ne suis pas un fin connaisseur du village à proprement parler, puisque je n’y ai pas vécu. Je connais l’organisation et observe les individus issus de ce milieu. En ce sens, il m’arrive d’observer et faire mon analyse à partir des ressortissants qui clament leur fierté. Ces dernières années, l’élément religieux (la conduite de la prière, les prêches du vendredi, le tissage des liens matrimoniaux, les baptêmes en partie…) n’est plus une propriété privée d’une famille qui se dit garante de la religion au sein du village ou des villes. La connaissance prime dans les grandes villes, de nos jours. Quelques émigrés financent l’école coranique de leurs enfants pour ensuite construire des mosquées afin qu’ils y enseignent la parole d’Allah. Cette approche n’a pas pour objectif premier de déconstruire les survivances idéologiques. Tout de même, elle aide à l’émancipation des mentalités en mettant en avant l’idée de croyant. Il jongle dans une vision entre le délaissement de ce qui est proscrit (interdit) et la mise en avant de ce qui lui est prescrit à côté de celle que doit véhiculer une nation. Je parle de l’idée de citoyen.
Ce que tu appelles système hybride est une juxtaposition de deux systèmes d’apprentissage. D’un côté, on a les madrassas comme on appelle les mahadras dans les milieux ruraux du Guidimakha qui sont un espace pour l’apprentissage de l’arabe et du coran où l’enfant apprend les lettres originelles. Cet apprentissage suit sa pédagogie. Et, d’un autre, on voit l’école – censée être- républicaine.  Elle est délabrée à l’instant où j’écris ces quelques mots. Il faut la refonder et assainir de façon matérielle et immatérielle. Malgré les différents manquements, l’école moderne doit être la priorité pour saisir son environnement, assurer son lendemain par une formation classique ou professionnelle et se perfectionner pour la vie en société. On peut entendre par «système hybride», le renforcement de l’arabe et de l’apprentissage de la religion dans le programme scolaire.  A Nouakchott, les enfants arrivent à apprendre les lettres «originelles» à la maison. On doit favoriser l’école à mon sens pour la formation qualitative axée sur l’aspect citoyen et technique. Nos universités doivent accueillir des étudiantes et étudiants ayant des prérequis (savoir et savoir-faire) pour affronter le monde du travail, la recherche scientifique et laisser en place des filières pour les personnes désireuses de continuer dans les sciences sociales et les sciences dites islamiques. Ce n’est pas le rôle des collèges et lycée. Ce système hybride dans le deuxième cas est un échec assuré. Concernant les jeunes filles appelées à devenir des femmes à partir de la maturité, notre société doit comprendre qu’elles sont des citoyennes entières et non pas à part entière. L’hypersexualisation dès le bas âge avec tout un pan culturel doit cesser. Les jeunes femmes doivent assurer les mêmes postes, car elles ont droit aux mêmes qualifications. Je vais de ce principe. Combien de familles ont sacrifié les études de jeunes femmes à cause d’un mariage ? Cette «programmation » au foyer met en danger des vocations. Le manque d’éducation est un danger pour la santé même. Comment comprendre la reproduction féminine et les maladies qui n’épargnent pas à l’image des cancers du col de l’utérus et du sein qui sont fréquents ? C’est à travers l’éducation que l’on agrandit ses horizons, et l’école est le point le plus crucial pour arriver à se construire. Je pense que l’on ne peut pas inventer d’autres combats. Soutenons les combats sur le terrain, partageons et mettons en valeurs les femmes qui se sont émancipées du poids social pour émerger. Elles sont nombreuses. Quand il y a souvent des sorties pour la promotion de l’éducation des jeunes filles, on voit plus d’hommes et peu de femmes. Toute occasion est bonne pour faire la promotion du système patriarcal qui prédomine. Les choses bougent dans les grandes villes. Hélas, on peine encore à recenser des filles parmi les admis au baccalauréat dans les villages. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas une sensibilisation au sein des terroirs. La volonté y est, mais les moyens étatiques sont maigres. L’assertion de Cheikh Sadbouh Kamara est comprise dans certains foyers. «De nos jours, le premier mari d’une femme, c’est son salaire », disait-il. Le projet professionnel et la compétence avant le projet matrimonial.

Question 6 : Vous publiez régulièrement sur les réseaux sociaux (votre page Facebook notamment) sur diverses thématiques, quelle analyse faites-vous de la situation politique et sociale mauritanienne après les élections générales de mai 2023 ?

SS : Effectivement ! Je publie très souvent l’actualité sur ma page personnelle, en me laissant aller vers l’interrogation critique, et comme tout le monde, avancer quelques opinions sur la politique…  Les Live de Souleymane est ma page où des invités donnent leurs avis sur diverses thématiques. Les directs sont un moment de militantisme ou de débats, d’échanges. Quant à la situation politique après les élections législatives de mai 2023, on remarque une nouvelle configuration. Cette nouvelle configuration politique est le résultat de tiraillements des dernières décennies. Les grandes figures de l’opposition politique dont on ne voyait pas – à priori- une alternance au sein de leur mouvement se sont retrouvés derrière des partis naissants, nés de compromis ; même sur des bases militantes pour certains. Le pouvoir a tout de même su maintenir sa domination sur le terrain politique. La politique politicienne et le populisme ont également de beaux jours devant eux. C’est le constat. A côté, la situation socio-économique devient alarmante.  Des réformes voient le jour. Quelles sont leurs finalités ? On se demande. L’arabisation est un facteur qui contribue à la dégradation de l’école censée être républicaine. Que faire ? Pour être bref, les choses suivent leur cours. La politique qui reste le tremplin pour l’ascension se détourne de vraies questions. Les partis qui posent certaines questions essentielles en passant sous silence d’autres ou dont les dirigeants minimisent le sens des choses  ne sont pas reconnus.  Il est important de noter que ces dernières élections ont montré que le citoyen et son vote comptent. Les personnes dites d’extractions serviles ou d’ascendance servile ont manifesté leur rapport de force dans la bataille politique au sein du Guidimakha. Si les survivances idéologiques font écho dans le traitement politique au sein de l’appareil étatique, l’opposition n’en est pas indemne. Il y a une conscientisation face aux enjeux et aux défis économiques, le partage des richesses, etc., au sein des communautés mauritaniennes dont celle haratine longtemps délaissée.

● Question 7 : Sur le cas du Sénégal, nos voisins, durent des remous sociaux et politiques autour de l’opposant Ousmane Sonko du Pastef (dissous récemment), en tant qu’observateur que se joue réellement entre l’actuel régime et le camp Sonko ?

SS : Tout d’abord, il faut souligner ma proximité avec certains cadres du parti des patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Disons que la plupart des membres de Pastef sont plus dans le militantisme que dans les calculs politiques. Ils sont dans une logique de construire le Sénégal qui selon la vision de Felwine Sarr ainsi que d’autres intellectuels est entrain de perdre ses acquis démocratiques. Ces «remous» partent de l’expression de la volonté de l’actuel président de réduire l’opposition à sa simple expression». Ce type de pensée est connu des chefs d’Etats dans les démocratures. On remarque l’instrumentalisation de la justice, des arrestations arbitraires, des femmes séparées de leurs nourrissons,des hommes torturés, des personnes qui optent pour le silence dans une atmosphère de tension politique où toute cette brutalité est dirigée vers les Patriotes et leur président arrêté. La question du troisième mandat est écartée, le pouvoir en laissant cette opposition faire campagne risque de se retrouver devant les tribunaux. Quelques personnes de l’administration, juges, etc., refusent de céder à des manœuvres politiques qui ne disent pas leurs noms. Ce qui m’impressionne, au Sénégal, deux membres d’une même famille peuvent être de bords politiques différents, tout en étant dévoués. Cela montre la maturité politique des sénégalais. Tout de même, quel que soit celui qui présidera aux destinées du Sénégal, il aura pour premier objectif politique de décrisper la scène politique.

● Question 8 : En quelques mots, quelle substance en matière de réflexion donnez-vous comme définition au panafricanisme aujourd’hui ?

SS : Le panafricanisme est un mouvement politique et idéologique qui va de l’histoire africaine (esclavages, colonisation…), de la lutte pour l’indépendance, de la philosophie africaine, culture, et tant d’autres choses pour mettre en avant une unité africaine. Cette idéologie s’attaque de prime abord à l’impérialisme économique et au néocolonialisme, de nos jours. Je conseille un enregistrement avec Dr Amzat  sur ma page les Live de Souleymane Sidibé intitulé : Le panafricanisme à l’ère du numérique. Il est historien spécialiste du panafricanisme.

~Réalisé par KS pour le BLOG

● Le journaliste Alain Foka annonce son départ de RFI.

Par un post Facebook et un élément audiovisuel, le journaliste camerounais annonce qu’il quittait les ondes de la Radio France Internationale. Une voix connue et percutante en pertinence qui nous a tant marqués , monsieur Foka a beaucoup participé à une certaine formation d’éveil politique et géopolitique de nombreux d’auditeurs parmi la jeunesse afro-africaine. À rappeler ses émissions phares comme Archives d’Afrique ou le débat africain, il est également un habitué du terrain vif en allant voir les réalités loin d’un prisme analytique depuis un studio parisien. On le suivra dans ses nouveaux projets travers ses plateformes digitales notamment sa prolifique chaîne YouTube https://youtube.com/@AlainFokaOfficiel?si=rlUtrdzRbN5E7jKS .

Bon vent à lui!

Ci-après son mot d’adieux :

« Après une trentaine d’années de bons et loyaux services où j’ai essayé sur les antennes de RFI de vous donner à la fois une lecture africaine de l’actualité internationale avec Médias d’Afrique (en quotidienne pendant 16 ans) et Le Débat africain (en hebdomadaire pendant 12 ans), ainsi qu’une meilleure visibilité des champions africains avec Afrique + (en Hebdomadaire pendant 5 ans), et une version africaine de l’histoire contemporaine de notre continent à travers Archives d’Afrique (en hebdomadaire pendant 31 ans);

j’ai décidé et choisi de quitter la RFI à la fin de ce mois d’octobre 2023.

Cela a été une expérience enrichissante, et je vous remercie pour votre large soutien puisque pendant toutes ces années ces rendez-vous ont toujours été parmi les plus suivis de l’antenne de RFI. Je remercie également mes collaborateurs qui ont été particulièrement dévoués à la cause : Delphine MICHAUD, Olivier RAOUL, Foch NGUYEN, Lucie BOUTELOUP, Albert MORIN, Nicolas BENITAS, Aby DIOUF, Sarah SAKHO, Marie Hélène ROLLIN, et j’en oublie…

Je voudrais également remercier des soutiens et amis de la maison : Damien HOULES, Ludovic DUNOD, Juan GOMEZ, Yasmine CHOUAKI, Eric AMIEN, Corinne MANDJOU, Claire HEDON, Vladimir CAGNOLARI, Jessica TAIEB, Anne Marie CAPOMACCIO, Alain DE POUZILHAC, et bien sûr mon frère, complice, et ami de toutes les batailles depuis une trentaine d’années : Claudy SIAR.

Une pensée pieuse pour Amobé MEVEGUE, Jean Karim FALL, et Henri PERHILLOU.

Soyez rassurés, ceci n’est qu’un au revoir, je dirais même un nouveau départ, puisque je continuerai de vous proposer le narratif africain sur ma plateforme digitale où vous êtes déjà plusieurs millions à me suivre et où je vous espère encore plus nombreux.

Archives d’Afrique se poursuit également plus que jamais en vidéo sur ces plateformes digitales Alain FOKA Officiel (AFO) avec dans le même temps des reportages, des documentaires, des entretiens, des chroniques, et bien d’autres contenus africains.

L’histoire de la chasse doit cesser d’être racontée du seul point de vue du chasseur. Ceci est donc un nouveau départ pour une plus grande vulgarisation de la pensée, du projet, de la vision africaine dans un monde en profonde mutation. Une grande surprise dans les mois prochains. Une renaissance….

Je ne vous en dis pas plus pour l’instant.

Captation : Sébastien Faye – Thomas Olland
Montage et animations : Sébastien Faye – Thomas Olland

Mes réseaux sociaux officiels
https://linktr.ee/alainfoka »

● Lettre au Président de la République : l’école que nous voulons | Par le professeur Sneiba Mohamed

Lettre au Président de la République : l’école que nous voulons

Monsieur le Président,

Cette lettre particulière vous est adressée comme contribution d’un vieux professeur, à cinq ans de la retraite, à ce vaste chantier de réforme du système éducatif national que vous avez cité parmi vos priorités. Il ne s’agit pas de « leçons » à donner ni même de propositions à considérer mais tout simplement d’une réflexion à partir de faits vécus constituant les vrais problèmes d’une école prise en otage par une poignée de cadres qui l’exploitent (je n’exagère pas) comme le ferait les triades chinoises ou les cartels colombiens ou mexicains.


Monsieur le Président,
Il ne sert à rien de penser à la meilleure réforme possible et de désigner le meilleur profil (ministre) pour la mettre en œuvre si vous ne commencez pas par « dégager » (le mot n’est pas fort) cette mafia qui infeste le département depuis des décennies. Imaginez, monsieur le Président, qu’il y a des (ir)responsables en poste depuis 20 ans !. Des « intouchables » qui, grâce à la protection dont ils jouissent – jouissaient- en très haut lieu, agissent selon leur bon vouloir. Ils nomment, dénomment, « vendent » des mutations, « libèrent » certains pour aller exercer d’autres activités parallèles (à Noughta Sakhina ou dans les écoles privées) ou même partir tenter dame fortune à l’étranger !!!
Certes, il y a de bons cadres qui accomplissent leurs missions suivant les règles de l’art, qui maintiennent le département en survie, mais ils se comptent sur les doigts d’une seule main. Ils sont l’exception qui confirme la règle, comme on dit.
Pensez, Monsieur le Président, que parce que j’ai cette propension à dire et à écrire contre les maux qui gangrènent notre société, on m’avait demandé de retourner enseigner, alors que je n’ai été muté au Cabinet qu’après vingt ans de classe passés à l’intérieur (lycée de Boghé, 7 ans), lycée d’Aleg (3 ans) et Nouakchott (Lycée national 6 ans). Et que, quelques mois plus tard, des nominations de complaisance étaient venues encombrer les administrations du ministère devenant ainsi une sorte « d’asile » pour désœuvrés !


Monsieur le Président,
L’éducation est l’un des secteurs sensibles, qui réagit systématiquement à toute injustice. Je vous donne encore un exemple.
Au Ministère, il n’est pas étonnant de voir beaucoup de ceux qui ont réussi leur examen de sortie avec toutes les difficultés du monde, occuper les plus grands postes de responsabilité. Dans l’une des filières, le dernier de la promotion a été le premier nommé au poste d’inspecteur, à la manière de la méthode lifo (last in, first on). Le dernier venu, premier servi. Le premier de la même promotion ne montera en grade que beaucoup plus tard. Comprenez, Monsieur le Président, que beaucoup, comme moi, peuvent avoir ce raisonnement : puisqu’on prend par le bas, versons dans la médiocrité !!!


Monsieur le Président,
Tout le monde s’accorde à dire que vous avez mis un soin particulier à vous entourer d’une équipe de choc : un Premier ministre et des ministres qui ont de la compétence à revendre, un ministre chargé du cabinet du président de la République dont la qualité première doit être la confiance que vous lui accordez (ce qui est le cas)… Le même soin accordé au choix des ministres doit s’appliquer aux différents niveaux de l’administration, scolaire notamment : chargés de mission, conseillers, directeurs centraux, chefs d’établissements (lycées, collèges, écoles fondamentales), chefs de services, chefs de division, car tout le monde sait que l’entourage d’un ministre de l’éducation joue les premiers rôles dans la mise en œuvre d’une réforme ou…sa mise au placard.


Monsieur le Président,
L’administration ne doit pas être sous le joug de la tribu ou de la région. Dans le ministère que je connais le mieux (l’éducation), c’est ce Mal qui ronge notre système éducatif depuis des décennies. Le ministre doit avoir comme priorité des priorités de s’assurer que les directions, les services et autres administrations scolaires ont les ressources humaines capables de leur insuffler une nouvelle vie. Le désencombrement est une opération de « salubrité » qui doit constituer la première mesure à prendre. Mais il faut également penser, Monsieur le Président, à ces milliers de soldats qui sont sur le terrain des opérations. Plusieurs d’entre eux n’ont pas choisi, d’eux-mêmes, la profession ; ils ont été contraints et forcés par le chômage endémique.
Pour améliorer le rendement de l’école, il faut que le métier d’enseignant nourrisse son homme. Ce qui a été entrepris au niveau de la Justice, comme bonification des salaires, et qui est également d’usage dans certains départements « privilégiés », comme les Finances, l’Economie et les Affaires étrangères, doit profiter à ces enseignants pour qu’ils puissent se donner à la tâche en se sentant à l’abri du besoin. Si cette condition sine qua non est réalisée, on peut alors penser, en toute logique, à l’application du principe de la récompense et de la sanction.

Monsieur le Président,

Une école à deux vitesses est le fruit de ces injustices que je viens d’énumérer. Parce que la qualité de l’école publique laisse à désirer, les parents d’élèves se voient contraints d’instruire leurs enfants dans ces écoles-boutiques qui foisonnent à Nouakchott mais qui commencent aussi à essaimer dans les grandes villes. Parce que son salaire ne lui permet pas de « tenir » deux semaines, voire une, l’enseignant est obligé de chercher le « complément » dans ce privé qui fonctionne, injustement, avec un personnel formé par et pour l’Etat ! Je reviens pour dire que seule l’amélioration des conditions de vie de l’enseignant et le suivi régulier de son rendement permettront de sauver l’école publique et d’arriver, avec l’engagement pris par vous, monsieur le Président, à cette école républicaine que nous voulons.

PS : Sur cette photo de 1995, je suis avec M. Ba Mohamed Daha, alors DG du lycée de Boghé. J’enseignais alors les classes de TAB et m’inspirais beaucoup des cours qu’il m’a dispensés en classe de terminale lettres, en 84.



Sneiba Mohamed, professeur

• Source en lien https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10223298894796776&id=1117230689

● Le prochain dictateur est parmi nous. | Par le journaliste Seyré SIDIBE

La chute des dictateurs en Afrique est souvent un moment où les langues se délient. Le bas peuple se met en extase, jubile et savoure cet instant qui a tout l’air d’une manifestation de la puissance de la justice divine. C’est la vengeance du peuple !

Et chacun comprend combien la mégalomanie, l’arrogance et l’orgueil sont destructrices et peuvent conduire à l’inhumanité, à la barbarie et à l’infamie.

Nos dictateurs sont pourtant, le plus souvent des gens ordinaires au départ avant de devenir antipathiques et tomber dans l’autocratie et le totalitarisme.

Nous avons une part de responsabilité dans la métamorphose de ces hommes et femmes. Certes, ils sont dignes de respect dû à leur rang et grade, cependant dans la plus part du temps, nous avions substitué au respect, par essence réciproque, selon les usages, le culte de la personnalité.

Ainsi seulement, commence le processus de gestation, de germination comme une mauvaise herbe du monstre: la folie de grandeur, la schizophrénie etc.

Si l’on observe la vie des tyrans, sous tous les cieux , elle se résume au narcissisme, à la boulimie, l’insatiabilite et la prédation au sens dénotatif et connotatif; toujours à la recherche de la Gloire pour battre tous les records.

Dans ce projet maléfique et funeste, le dictateur s’arroge les traits du créateur : l’omnipotence, l’omniscience et l’omniprésence.
Il s’attribue tous les titres, toutes les distinctions et les médailles: guide, éclaireur, rédempteur, père etc.

Il se fabrique une généalogie et une biographie taillées sur mesure caractérisées par la démesure, l’extravagance, la fantaisie, l’artificiel sur fond d’une rhétorique surréaliste poussée jusqu’au ridicule.

Tout ça pour être unique. En effet, le tyran veut ressembler au créateur en toute chose; oubliant qu’il est avant tout une modeste créature.
L’hybrus du pouvoir le rend amnésique au point de se croire immortel, infaillible et invulnérable.

Chacun d’entre nous est porteur potentiel des germes du despotisme. Si nous n’y faisons pas garde, ce côté animal prend le dessus sur le côté humain. La raison, la morale, la maîtrise des pulsions et désirs sont les seuls remparts contre cette aliénation.

L’autoritarisme n’est pas la caractéristique exclusive de l’exercice du pouvoir politique.
En effet, la dictature n’est rien d’autre qu’ un excès d’autorité, une tendance à mépriser les autres, à les humilier par ce qu’il sont différents ou sont porteurs de la contradiction.
Cette attitude, on l’observe tous les jours dans la sphère publique et même privée etc.

L’être humain est toujours hanté par le désir de domination, de créer un mythe autour de sa naissance et de sa famille, en faisant recours à la mythologie, à la légende et à tous autres éléments surnaturels pour expliquer et justifier sa puissance et celle des siens.

Cette puissance est nécessaire pour le despote pour asseoir les bases du pouvoir, de son pouvoir pour intimider, abuser et régner sans partage.

Dans l’univers du dictateur, les collaborateurs, les amis et le peuple n’ont aucune existence, tout est réduit et ramené à la seule personne du chef qui a le droit d’user et d’abuser …

Le dictateur est impitoyable. Il ne connaît ni regret ni remords. Il est imprévisible. Il développe des tendances infantiles qui se manifestent par des comportements dignes des enfants.

Parmi les choses qu’il ne peut pardonner : vouloir lui ressembler tant dans sa façon de parler, de s’habiller etc., et plus grave apporter une contradiction ou penser différemment.

Si la dictature est répréhensible, la simplicité et l’humilité restent des valeurs universelles. C’est en cela que la démocratie est séduisante, elle permet à la base d’interpeller le sommet, de lui demander des comptes sans être inquiétée. Elle ouvre le débat et permet aux différents acteurs, aux différentes forces de défendre leurs opinions : le pluralisme.

Ainsi, la démocratie est avant tout une culture, une manière de penser et d’être qui se manifeste par les actes que nos posons au quotidien.

Elle repose sur la justice, la tolérance, l’acceptation de la différence, la contradiction, l’humilité et la modestie; et implique la probité, la droiture ainsi que des devoirs et des droits.

Seyré SIDIBE

● Septembre 2013 – septembre 2023 | Le 10ème anniversaire de notre toute première contribution publiée dans les médias

L’article titré « La fierté soninkaxu en questions » sort le 6 septembre 2013 sur quelques sites web. Ce cri osé adressé à ma communauté sociolinguistique d’appartenance (sooninkara – soninkara) reprenait mes interrogations ayant trait à certaines données problématiques liées à l’ordre social qui y règne. Ainsi j’indexais volontiers un certain type de « fierté » qui serait un noyau suprémaciste comme support culturel ou civilisationnel d’un ordre féodal voire esclavagiste des castes. Une vie sociale d’hiérarchisation statutaire bousculait mon entendement et à l’époque je tentait à travers ce papier d’interpeller avec mes mots les consciences attentives parmi mes lecteurs. Cet article pionnier se veut comme une capture descriptive quoique simpliste et cash dira-t-on, du puzzle sociétal de la communauté sooninké. L’occasion de ce dixième anniversaire de sa parution, je tiens à remercier avec une fraternelle et citoyenne reconnaissance notre grand-frère, le journaliste humaniste mauritanien M. Seydi Moussa Camara pour sa disponibilité en le publiant dans son journal La Nouvelle Expression. C’était dans le numéro 190 en date du 30 septembre 2013, et la contribution avait occupé la rubrique Débat de la semaine. Le natif de Dafort, une plume journalistique connue et reconnue en Mauritanie, qui investit le champ médiatique indépendant de nombreuses années durant et dispose une crédibilité bien tenue à l’intérieur et à l’extérieur du pays sur les questions liées à la défense des droits humains, les mouvements militants et les méandres de la vie politique mauritanienne. Je saluerais encore l’opportunité qu’il m’avait offerte afin de donner une audience conséquente à mon premier mot d’humeur comme apprenti blogueur en herbes…😁 qui a mené à la création du Blog https://ecrit-ose.blog/ en 2014. Cette contribution 1 est reprise dans notre livre paru le 4 octobre 2022 sous le titre Mes Écrits Osés https://amzn.eu/d/4R0fqa9 , partie II p172.

Le journal La Nouvelle Expression a été cette vitrine opportune, et je le considère comme notre toute première « maison d’édition » en permettant cette mise sous presse écrite. La version numérique du journal est accessible via http://www.nouvelleexpression.org/. Je finis par noter la belle et inspirante assertion se trouvant sur l’en-tête du journal « l’idéal d’un sage, c’est une oreille qui écoute » .

Le 2 septembre 2023

✍️🏿 KS pour le BLOG