En Mauritanie, la corruption ne se limite pas aux hautes sphères de l’État ; elle s’est installée dans nos mentalités, dans nos rapports avec l’administration et la chose publique. Elle est devenue si banale qu’elle en paraît presque normale.
La corruption, ce n’est pas seulement ces millions, voire milliards d’ouguiyas détournés au sommet. C’est aussi le petit geste corrupteur, celui qui se répète, se banalise et finit par contaminer toute la société. Car s’il y a des corrompus, il y a aussi des corrupteurs. Chez nous, ne pas “arranger” un dossier en glissant quelques billets est parfois perçu comme une naïveté.
Nous sommes tous tentés, un jour ou l’autre, de corrompre : pour accélérer une procédure, contourner une règle ou dissimuler une faute. C’est une spirale terrible.
Lorsqu’un ministre, un wali ou un préfet est nommé, on se précipite pour lui offrir des présents- liasses d’argent, dromadaires, bœufs, parfois même de l’or- dans l’espoir de se “placer”. Ces gestes, loin d’être anodins, nourrissent une culture de favoritisme et de passe-droits.
Et pourtant, notre religion nous enseigne chaque jour que l’islam combat la corruption, l’injustice, le vol et l’enrichissement illicite. Le Coran nous rappelle que la richesse n’est pas une fin en soi : elle est une responsabilité, et son origine sera toujours questionnée.
Pour espérer éradiquer la corruption, il nous faut d’abord changer nos mentalités, notre rapport à nous-mêmes, à l’État et à la loi.
Le policier qui raquette dans un carrefour, l’infirmier qui fait payer plus qu’il ne faut, profitant de l’ignorance des populations, le journaliste qui pratique le chantage, le ministre ou le directeur d’une société publique qui monnaye sa signature : tous reflètent notre propre société.
Pire encore, nous avons fini par institutionnaliser la corruption en créant une catégorie qu’on appelle ironiquement les « Samsara » des intermédiaires sans foi ni loi, parfois analphabètes, mais signataires de contrats publics faramineux. Ces individus n’existeraient pas si la société ne les avait pas tolérés, valorisés, voire imités.
Aujourd’hui, la corruption en Mauritanie est endémique. Elle est partout : dans l’air que nous respirons, dans le poisson de nos assiettes, dans la viande du boucher et bientôt, si ce n’est déjà le cas, dans nos mosquées et nos mahadras.
Tant que nous ne changerons pas collectivement, aucune loi, aucun discours, aucune réforme ne pourra la déraciner.
Le Grand Entretien du BLOG (le GEB) vous propose l’interview ci-après accordée par l’entrepreneur et spécialiste en Mentorat M. Cheikhou GANDEGA. Natif de la localité de Baydiam dans le Guidimagha mauritanien, l’ingénieur expert en QHSE et CEO de la société GMS PARTNERS a répondu à nos questions avec bienveillance dans ce numéro du 30 octobre 2025 de la rubrique le GEB. Le week-end dernier (25 octobre 2025), il a été décoré Médaille du Mérite lors de la Semaine de l’Afrique des Solutions tenue à la Mairie du 16e arrondissement de Paris. Une énième consécration de haut rang pour notre compatriote saluant son parcours et ses accomplissements. Félicitations et bonne continuation à lui.
Ici l’expression de notre fraternelle et citoyenne reconnaissance à son égard pour la disponibilité. Bonne lecture à tous.
● Question 1 : Bonjour monsieur Gandéga Cheikhou, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)
Cheikhou GANDEGA : Je m’appelle Cheikhou GANDEGA, expert en QHSE, RSE et Lean management avec plus de 12 ans d’expérience en France et à l’international.
Arrivé en France, j’ai orienté mon parcours vers le management et la performance des organisations. J’y ai obtenu une Licence en Gestion de Projets, puis un Master 1 en Management des Projets et des Organisations au Pôle Européen d’Économie et de Gestion de Strasbourg, avant de compléter mon cursus par un Master Spécialisé labellisé Grandes Écoles en management QHSE et performance industrielle à l’école d’ingénieurs CESI Campus d’Angoulême. Fort de 12 années d’expérience au sein de grands groupes européens dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des services, j’ai décidé de revenir aux sources pour mettre mon expertise au service du continent africain.
C’est ainsi qu’en 2023, j’ai fondé en Mauritanie GMS PARTNERS, un cabinet de conseil et d’ingénierie de formation présent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Pour découvrir nos expertises, consultez notre site internet : https://gms-partners.fr Notre mission : accompagner les entreprises et les institutions vers une performance durable, en alliant qualité, innovation et impact social. Parallèlement, je m’engage activement dans des programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat destinés aux jeunes et aux femmes africains, afin de favoriser leur autonomie, leur insertion professionnelle et leur contribution au développement du continent.
● Question 2 : De votre riche et inspirante expérience, quelles recettes clés en termes de détermination et de résilience pouvez-vous recommander aux jeunes apprenant.e.s (écoliers, étudiants…) et aux aspirant.e.s à l’entrepreneuriat ?
CG : Aux jeunes, je dirais ceci : Osez rêver grand, mais surtout osez croire en votre différence. Car c’est souvent ce qui vous rend unique qui deviendra votre plus grande force. Moi aussi, je suis parti de loin. Né sous un baobab, j’ai appris très tôt que la vie ne te donne rien gratuitement. Mais j’ai compris une chose essentielle : la chance n’existe pas. Ce qu’on appelle la chance, c’est l’opportunité qui rencontre la préparation. Alors préparez-vous. Formez-vous. Étudiez. Apprenez un métier. Car l’éducation est la clé qui ouvre toutes les portes, même celles qu’on croyait verrouillées à double tour. Fixez-vous des objectifs clairs. Ne laissez personne vous dire que vous rêvez trop grand. Les grands rêves ne sont pas faits pour les autres — ils sont faits pour ceux qui ont le courage d’y croire. Entourez-vous de personnes meilleures que vous, de mentors, de modèles, de gens qui vous élèvent. Parce qu’on ne construit rien de solide seul. La détermination, ce n’est pas la force d’un instant. C’est la constance dans l’effort, jour après jour, même quand personne ne vous regarde. N’ayez pas peur d’échouer : l’échec, c’est l’école de la réussite. Chaque chute vous rapproche de la victoire. Et surtout, gardez cette flamme en vous : celle de vouloir laisser une trace, d’apporter quelque chose d’utile au monde. Rêver grand, ce n’est pas un luxe, c’est un devoir envers vous-même et envers ceux qui viendront après vous. Croyez, travaillez, persévérez, et le monde finira par s’incliner devant vos efforts. Parce que tout est possible, à celui ou celle qui s’en donne les moyens.
● Question 3 : Après vos études et une solide expérience professionnelle en France, vous êtes revenu investir en Mauritanie et en Afrique, que donneriez-vous comme conseils cruciaux pour une meilleure réinstallation socio-professionnelle ?
CG : Je dirais qu’une réinstallation réussie en Afrique ne s’improvise pas : elle se prépare, s’adapte et s’ancre dans la réalité locale.
1️-D’abord, comprendre avant d’agir.
Trop souvent, ceux qui reviennent veulent appliquer directement les modèles européens. Or, chaque pays, chaque territoire a ses spécificités. Il faut écouter, observer, comprendre les besoins réels et les codes locaux avant de proposer des solutions. C’est cette phase d’humilité et d’apprentissage qui fait toute la différence.
2️-Ensuite, construire des partenariats solides.
La réussite ne se fait jamais seul. En Afrique, le réseau est un levier essentiel : il faut s’entourer d’acteurs de confiance, qu’ils soient institutionnels, entrepreneurs ou associatifs. La collaboration ouvre des portes et sécurise les projets.
3️– Enfin, cultiver la patience et la résilience.
Les réalités du terrain peuvent être déroutantes : lenteurs administratives, infrastructures limitées, résistances au changement… Mais c’est précisément dans ces défis que se trouvent les plus belles opportunités. Il faut garder le cap, s’adapter et persévérer. Mon conseil ultime : revenez avec vos compétences, mais surtout avec un état d’esprit de bâtisseur.
● Question 4 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?
CG : Trop de familles ont pleuré des fils, des filles, des frères, partis avec l’espoir dans les yeux, et que la Méditerranée a engloutis dans le silence. Je veux dire à la jeunesse, en particulier à celle de la vallée et du Guidimakha : l’avenir ne se trouve pas forcément ailleurs, il peut se construit ici, pas à pas, avec courage et engagement. Nous avons trop longtemps cru que la réussite passait uniquement par l’exil. Mais aujourd’hui, le vrai courage, c’est de rester, d’apprendre, d’innover et de bâtir chez soi. Chaque village, chaque région regorge de ressources inexploitées, de talents endormis et d’opportunités à révéler. Il suffit d’y croire, de se former et de s’impliquer. Formez-vous, cultivez la connaissance comme une arme contre la pauvreté et la résignation. L’éducation est le passeport le plus sûr vers la liberté et l’autonomie, et au-delà des études, intéressez-vous aux initiatives locales : coopératives agricoles, startups sociales, projets environnementaux, associations communautaires… C’est souvent dans ces actions de proximité que naissent les plus grandes transformations.
C’est en croyant en notre terre, en nos idées et en nos compétences que nous ferons de l’Afrique non pas un continent à quitter, mais un continent à construire.
L’État ne peut pas simplement “sensibiliser” ou “réprimer” : il doit redonner confiance. Cela passe par des politiques structurantes et non symboliques. Créer des zones d’opportunités locales Investir dans l’agriculture moderne, la transformation agroalimentaire, les énergies renouvelables, les métiers verts. Favoriser des zones d’emploi rural avec un accompagnement entrepreneurial et des formations adaptées. Décentraliser les investissements pour éviter la concentration urbaine du développement. Repenser la formation professionnelle Aligner la formation sur les besoins réels du marché local (BTP, maintenance, TIC, agriculture intelligente, artisanat moderne). Créer des centres de compétences régionales, accessibles, connectés, et valorisant les métiers manuels. Impliquer la diaspora Instaurer des fonds d’investissement de la diaspora avec garanties publiques, pour soutenir des projets créateurs d’emplois. Faciliter le retour des compétences (programmes d’échange, mentorat, partenariats). Lutter contre la résignation sociale Mettre en place des campagnes nationales de valorisation du “rêve africain”, à travers les médias, les écoles, les leaders religieux et communautaires. Encourager les projets culturels et éducatifs qui redonnent confiance à la jeunesse en son identité et son territoire.
● Question 5 : La communauté soninké connaît une crise latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance » et ses manifestations, quelles seraient vos recommandations susceptibles d’apporter une certaine cohésion dans l’organisation sociale sans ces tares ?
CG : Parler de « l’esclavage par ascendance » exige d’abord humilité et lucidité, car il s’agit d’une blessure ancienne, profonde, qui continue malheureusement de diviser. Je crois sincèrement que la première étape vers la cohésion, c’est la vérité. Il faut oser regarder ce passé en face, sans haine ni déni, pour en comprendre les racines et en tirer les leçons. Tant que ce sujet restera tabou, il nourrira la méfiance et freinera l’unité au sein de nos communautés. Ensuite, il est essentiel de reconstruire les liens sur la base du respect, de la dignité et de l’égalité. Personne ne doit être défini par son origine, son nom ou son ascendance. La valeur d’un être humain se mesure à sa conduite, à son savoir et à sa contribution à la société, pas à l’histoire de ses ancêtres. Aux leaders communautaires, religieux et politiques, je recommande de jouer un rôle d’apaisement et d’exemplarité. Nous devons ensemble promouvoir un discours de justice sociale, de fraternité et de vivre-ensemble, et encourager le dialogue intergénérationnel pour guérir ces blessures. En somme, il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de le transcender, pour bâtir une société plus juste, plus apaisée et profondément humaine. C’est ensemble, dans le respect mutuel et la reconnaissance de notre humanité commune, que nous écrirons la plus belle page de l’histoire soninké.
Lors de sa dernière conférence de presse, le président de l’UFP, Mohamed Ould Maouloud, a répondu aux attentes sur la plupart des sujets, à l’exception de la question haratine, sur laquelle il s’est longuement attardé pour mettre en garde contre ce qu’il perçoit comme un danger : les appels récurrents, relayés sur les réseaux sociaux par certaines voix haratines, en faveur d’une autonomie politique de ces derniers. Selon lui, au-delà du caractère utopique d’une telle aspiration, et la futilité du débat qu’elle suscite, au regard d’un idéal de citoyenneté loin d’être acquis, le président Mohamed Ould Maouloud estime que l’évolution de la question haratine — passée d’une revendication sociale à une ambition politique — en complique la résolution et fait peser le risque de dérives conflictuelles, à l’image des tragédies qu’a connues le Rwanda. Et de terminer en miroirant que l’unanimité politique sur la nécessité de dépassement de la question haratine et le dialogue politique en vue, doivent être saisis comme des opportunités à positiver. Ainsi, avec un argumentaire qui frise le mépris, il a entrepris de discréditer une évolution pourtant logique, légitime et naturelle à tout point de vue, en la réduisant à une lecture alarmiste et réductrice, sans autre perspective que celle de vœux pieux dépourvus de portée concrète. Si je ne doute nullement de l’attachement sincère du président Mohamed Ould Maouloud à l’idéal d’unité nationale, il demeure néanmoins surprenant que l’éminent docteur en Histoire et figure emblématique de la gauche mauritanienne n’appréhende pas avec la profondeur requise les dynamiques historiques et sociales de l’évolution de la communauté haratine — communauté héritière d’un passé esclavagiste, d’un poids démographique désormais déterminant dans le devenir national, mais toujours en proie à une discrimination, sociale, économique et politique aujourd’hui arrivée à son paroxysme. Mais là où l’on peine véritablement à situer l’animal politique qu’est le président Mohamed Ould Maouloud, c’est lorsqu’il en vient, en filigrane, à conseiller aux activistes haratines d’éviter l’isolement, au motif de leur supposée vulnérabilité et fragilité, en cantonnant leur combat à une simple revendication sociale. On aurait pourtant pu croire que leurs aspirations politiques, plus audacieuses et plus assumées, trouveraient un écho naturel dans ses propres inspirations progressistes, voire révolutionnaires. Que l’on comprenne la prudence, la sagesse et le pragmatisme que dicte le contexte politique, soit. Mais comment accepter qu’il accable à ce point, qu’il diabolise tant, caricature et dénature ainsi une dynamique pourtant essentielle à la désarticulation de nos entraves sociales et politiques les plus rétrogrades ? À l’entendre mettre en garde contre la politisation de la question haratine — qu’il estime devoir rester cantonnée au domaine social —, on ne peut qu’être saisi par une interrogation essentielle : que signifie, au juste, l’aspect social d’une question s’il n’est pas, en amont, porté par une volonté politique ?
Et si cette volonté politique fait défaut, que reste-t-il d’autre à entreprendre, sinon la politique elle-même — pour l’impulser, l’imposer, ou, à défaut, l’assumer et agir ? Monsieur le president sait pertinemment que si la pratique de l’esclavage relève du droit, que certaines de ses séquelles peuvent être classifiées comme des questions sociales, la discrimination des Haratines, leur marginalisation et leur privation par tous les systèmes politiques, sont des faillites éminemment politiques. Et puisque toutes ses questions sont structurellement liées le combat englobant pour leur éradication ne peut-être que politique. En somme, on se doit d’interpeller le président Mohamed Ould Maouloud sur le fait que la conscience haratine a franchi un seuil : elle rejette désormais cette lecture sociale infantile de leur cause — une lecture réductrice qui vise à la dépolitiser pour mieux la contenir. C’est précisément contre cette infantilisation, entre autres, que s’affirme aujourd’hui leur volonté d’autonomie politique. Quant à cette volonté d’autonomie politique que le président Mohamed Ould Maouloud prophétise comme une manoeuvre satanique et apocalyptique, elle s’exprime déjà sous des formes diverses, dans le paysage politique national, certes avec des sensibilités qui lui sont inhérentes, mais de manière on ne peut plus pacifique. D’une part, elle se manifeste de manière explicite, structurée et symbolique à travers l’action de partis et d’organisations tels que l’APP, l’IRA ou SOS Esclaves. S’agissant du second aspect des velléités d’autonomisation, il procède d’un mouvement plus diffus : tacite, spontané, parfois désordonné, mais néanmoins réel et désormais pris en compte. Dépourvu de stratégie cohérente et de cadre structuré, ce mouvement émane d’un élan subjectif, nourri par un sentiment de singularité militante et par une quête persistante de reconnaissance et de visibilité. Autrement dit, les appréhensions du doyen Mohamed Maouloud paraissent largement exagérées. Elles semblent surtout viser à exploiter la crainte d’une évolution sociale pourtant inévitable dans une société qui peine encore à se défaire de ses pratiques néo-esclavagistes, tout en cherchant à discréditer une dynamique politique concurrente, porteuse d’une transition sociale et politique désormais inscrite dans l’ordre naturel du temps. Les exemples les plus significatifs et les plus symboliques, susceptibles d’édifier le président Mohamed Ould Maouloud, demeurent sans nul doute l’élection d’un hartani, d’abord comme député de la moughataa de Tidjikja lors de la précédente législature, puis à la tête de la mairie de cette même ville. Deux événements qui ne sauraient être interprétés autrement que comme une réponse à cet impératif de visibilité, que ne saurait dissimuler un pragmatisme et un réalisme politiques, certes salutaires, mais révélateurs d’une aspiration plus profonde à l’affirmation et à la reconnaissance. Lire la question haratine à travers le seul prisme des turpitudes du système et de la classe politiques actuels relève d’une approche simpliste et à courte vue. En historien averti, le président Mohamed Ould Maouloud sait pourtant que les Haratines, à l’instar des affranchis de toutes les époques et de toutes les latitudes, portent naturellement en eux la vocation de se libérer et de s’émanciper du système de domination néo-esclavagiste, quelles qu’aient été les formes de leur asservissement. La dimension conflictuelle de ce processus tient, le plus souvent, à la résistance du système de domination et aux rapports de force qui en découlent. Il appartient dès lors à tous les Mauritaniens, sans distinction, de relever le défi de cette transformation pour réussir la transition qu’impose l’évolution de notre société et pour consolider un État de droit, citoyen et véritablement démocratique. Cela exige, de toute évidence, un traitement politique lucide et responsable de la question haratine.
Mauritanie ~ Nous et nos réalités | Sur les affaires liées à l’esclavage et au féodalo-esclavagisme qui sont portées aux autorités administratives et judiciaires, j’ai l’habitude de dire auprès de militants : le personnel de l’autorité civile ou sécuritaire issu forcément de nos différentes communautés nationales, est difficilement dans une posture professionnelle neutre. Dès qu’on commence à exposer les faits et les différends, les agents (soninké, arabo-berbère, peul, haratine ou wolof) savent et saisissent par réflexe sociologique certains contours des affaires. Parce que nos communautés ont beaucoup de similarités de fonctionnement sur cette problématique et chaque cas litigieux met en tensions entre l’autorité étatique et les velléités de domination féodalo-esclavagiste des régimes coutumiers. Très souvent, le personnel étatique jauge et se renseigne sur le capital social et politique pas que (on peut y adjoindre l’aspect pécuniaire à gratter éventuellement chez les 2 camps) , en coulisses derrière chacune des parties en conflit, et le traitement du dossier en dépend pour beaucoup finalement avec un étouffement pur et simple ou une exploitation perpétuelle à l’usure du temps pour casser toute expression claire du Droit. Il va de même concernant ces affaires quand elles sont médiatisées notamment dans les réseaux digitaux, toute neutralité est une imposture sonnante car chacun d’entre nous… se voit sociologiquement dans la marmite sous diverses enseignes. On répond ou se tait de quelque part… parce que nous sommes les produits de ces systèmes qui sont élastiques et voyageurs…ainsi pas seulement une affaire de village ou de Capitale non plus de l’étranger.
KS, blogueur et militant des droits humains
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● La production faite par l’IA DeepSeek à la suite de la soumission du post ci-dessus :
Analyse du texte de Koundou Soumaré :
Ce texte est un témoignage fort et une analyse critique de la persistance des structures féodales et esclavagistes en Mauritanie contemporaine, vue à travers le prisme de l’administration de la justice.
Voici les points clés de son argumentation :
1. Le constat d’un système persistant : L’auteur affirme d’emblée qu’en 2025,le « féodalo-esclavagisme » reste une réalité en Mauritanie. Ce terme hybride souligne l’enracinement de pratiques esclavagistes dans un système social de type féodal.
2. La partialité systémique des autorités :
· Réflexe sociologique : Selon Soumaré, le personnel de l’État (civil et sécuritaire), quelle que soit son appartenance communautaire (Soninké, Arabo-berbère, Peul, Haratine, Wolof), n’est pas neutre. Ils comprennent immédiatement les implications sociales des affaires liées à l’esclavage car toutes ces communautés partagent des « similarités de fonctionnement » sur cette question. · Conflit de légitimité : Il y a une tension fondamentale entre l’autorité de l’État (et ses lois) et la persistance des « régimes coutumiers » qui cherchent à perpétuer leur domination.
3. La corruption et le calcul des intérêts : L’auteur décrit un processus où les agents étatiques évaluent le »capital social et politique » (voire financier, en exploitant les deux parties) des plaignants et des accusés. Le traitement de l’affaire n’est donc pas basé sur le droit, mais sur ce calcul :
· Étouffement pur et simple : Les affaires sont classées sans suite. · Exploitation et usure : Les dossiers sont délibérément traînés en longueur pour épuiser et décourager les victimes, « casser toute expression claire du Droit ».
4. L’absence de neutralité dans l’espace public (y compris digital) : Soumaré étend cette analyse à la couverture médiatique,notamment sur les réseaux sociaux. Il est catégorique : « toute neutralité est une imposture ». Chaque Mauritanien, quel que soit son camp, est le « produit de ces systèmes » et ne peut s’en extraire. On est donc obligé de prendre position ou de se taire en fonction de sa propre situation sociale et de son héritage.
5. Un problème national et non localisé : Enfin,il rejette l’idée que ce soit un problème limité aux villages reculés. C’est un mal systémique qui affecte la capitale et même la diaspora (« l’étranger »). Les systèmes féodaux-esclavagistes sont « élastiques et voyageurs », s’adaptant et se perpétuant où que soient les Mauritaniens.
En résumé :
Koundou Soumaré peint un tableau sombre d’un État dont les institutions sont infiltrées et corrompues par des logiques sociales archaïques. Le droit et la justice sont systématiquement sabotés au profit de la perpétuation d’un ordre social inégalitaire. Son texte est un acte d’accusation contre un système qui, selon lui, nie la possibilité même d’une neutralité ou d’une justice aveugle, car chaque individu est déjà situé socialement dans ce conflit. C’est une critique de la structure même de la société mauritanienne.
À tous ceux qui prétendent parler en notre nom, Aux autorités mauritaniennes, Aux organisations nationales et internationales concernées,
Je m’adresse à vous aujourd’hui, non pas en tant que simple citoyen, mais en tant que victime directe des événements tragiques de 1989, en tant que témoin d’une époque marquée par l’injustice, l’humiliation, la perte et l’exil.
Je constate avec amertume qu’un accord semble aujourd’hui se dessiner entre certaines victimes et le gouvernement mauritanien, se limitant uniquement à une indemnisation financière. Si une majorité accepte aujourd’hui cette solution, alors une question cruciale se pose : pourquoi avoir attendu toutes ces années ? Pourquoi avoir laissé le temps et la douleur s’étirer pendant plus de trois décennies pour en arriver à une transaction qui, au fond, ne règle rien de l’essentiel ?
Car s’il ne s’agit que d’argent, alors n’évoquez plus jamais la mémoire, la justice, ou la réconciliation. On ne peut pas réclamer un « devoir de mémoire » tout en réduisant le drame à une simple compensation financière. Ce serait une insulte à la souffrance, une trahison de l’histoire et une négation de la dignité humaine.
Je le dis avec gravité : ceux qui, aujourd’hui, cautionnent ce règlement sans exigence de vérité, sans reconnaissance réelle des crimes, sans justice pour nos morts, trahissent non seulement notre cause, mais aussi leur propre conscience.
Moi, Mamadou Baidy Gaye, je refuse de pardonner cette trahison. Je ne pardonnerai jamais que la vie de nos disparus soit soldée par de l’argent. Je ne pardonnerai jamais que leurs sacrifices soient effacés sans justice ni mémoire.
Nos morts ne sont pas des chiffres sur un chèque. Ils sont des visages, des voix, des vies arrachées. Ils méritent la vérité, la justice, et la reconnaissance nationale et internationale.
Il est encore temps d’agir avec honneur. Mais si le silence et l’oubli deviennent la norme, alors n’attendez plus rien de ceux qui, comme moi, ont décidé de ne pas se taire.
Mamadou Baidy Gaye Victime des événements de 1989 le 19 /10/2025
Nécrologie 15 octobre 2025 | Nous venons d’apprendre le décès à Nouakchott de notre chère tante et mère Bamby Kande COULIBALY de Sélibaby. Paix éternelle à son âme. Ameen. Mes fraternelles condoléances à sa famille et à la parentèle à Sélibaby, à Dafort et ailleurs. À mon grand-frère et cousin Dia Diop et ses frères et sœurs, l’expression de mon intime compassion à l’occasion de cette triste nouvelle. Ainsi va la vie, notre passage immanquable à tous à terme.
Une Dame généreuse et une correspondante légendaire de nombreux voyageurs et écoliers venant de diverses localités soninké du Guidimagha mauritanien 🇲🇷. La seule évocation de la dénomination en soninké « Mma Bamby Ka » (Chez Mère Bamby) est une antienne de références et de coordonnées de géo-localisation GPS avant l’heure parmi et pour la communauté voyageuse (élèves, passants, patientèle, commerçants…) pour laquelle elle donna gîte et asile avec égards et bonnes dispositions.
J’ai vécu chez elle 3 ans durant au collège-lycée et ce fut une phase très formatrice dans ma construction adolescente par rapport à la résilience. J’en garde toujours un marqueur dans ma personnalité.
Que son âme repose en paix parmi les âmes vertueuses sous La Miséricorde du Tout Puissant Allah.
En Mauritanie, la question haratine demeure un non-dit structurant de l’ordre social et politique, une faille béante dans l’édifice de la citoyenneté et de la cohésion nationale. Depuis l’abolition officielle de l’esclavage, les Haratines sont théoriquement libres et intégrés dans le corps politique de la nation. Pourtant, derrière cette reconnaissance de façade, subsistent des pratiques, des mentalités et des structures qui prolongent de manière insidieuse l’ancien ordre esclavagiste. La dépendance sociale, la sujétion économique, l’aliénation symbolique et la confiscation politique demeurent des réalités vécues au quotidien.
C’est dans ce contexte que se pose aujourd’hui, avec une acuité nouvelle, la nécessité d’une clarification politique majeure : celle de l’autonomie politique, consciente, assumée et stratégique des Haratines vis-à-vis de l’ordre établi par l’héritage néo-esclavagiste. Cette autonomie ne relève ni du repli communautaire, ni de la rupture avec l’idéal d’unité nationale, mais d’un impératif historique et moral visant à restaurer une dignité collective confisquée. Elle est une condition essentielle pour construire une société réellement inclusive, juste et stable.
L’objectif de ce document est de démontrer que cette autonomie politique assumée – est non seulement légitime, mais indispensable. Elle s’impose face à la permanence des conformismes issus de l’ordre esclavagiste, qui enferment les Haratines dans une logique d’exploitation, de dépendance et d’instrumentalisation à tous les niveaux. Par ailleurs, dans un monde en pleine mutation, où les sociétés se redéfinissent à l’aune de la mondialisation, des revendications identitaires et des exigences de justice, les Haratines eux-mêmes connaissent une transformation interne profonde. Une nouvelle génération, plus instruite, connectée, décomplexée, émerge avec des aspirations claires : être acteur de son destin, non plus objet d’un système qui parle en son nom sans la représenter. Ce mouvement intérieur impose de redéfinir la place politique des Haratines au sein de la nation. Dans ce moment charnière, alors que la Mauritanie est confrontée à de multiples tensions sociales et identitaires, la clarification du statut politique des Haratines devient un enjeu national. Loin de constituer un facteur de division, elle doit être positivée en un levier de refondation démocratique, de stabilisation sociale et d’équilibre stratégique.
Ce document développe cette thèse en quatre parties. Il revient d’abord sur l’héritage néo-esclavagiste et ses effets persistants, aborde la dimension identitaire et citoyenne de cette autonomisation, explore les fondements de l’autonomie politique comme impératif, et en conlusion, démystifier la levée de boucliers visant à dénaturer les objectifs et la portée de cette dynamique.
II Héritages pesants — la continuité du néo-esclavagisme
L’abolition formelle de l’esclavage en Mauritanie, proclamée à plusieurs reprises depuis 1981, puis criminalisée en 2007, n’a pas suffi à déraciner les structures profondes de la domination héritée. Si l’esclavage comme système juridique n’a plus cours, ses formes sociales, culturelles et politiques persistent sous des aspects plus diffus, mais tout aussi oppressants. Cette survivance prend la forme d’un néo-esclavagisme, un ordre invisible mais agissant, qui continue à modeler les rapports entre les Haratines et les anciens groupes maîtres et les systèmes politiques tout aussi imbus de la mentalité esclavagiste.
Cette réalité se manifeste d’abord par une proximité sociale non remise en question : nombre de Haratines continuent de vivre dans une forme de dépendance symbolique ou matérielle vis-à-vis des descendants de leurs anciens maîtres. Cette proximité, souvent travestie en “solidarité traditionnelle” ou en “lien communautaire”, n’est en vérité qu’une reconduction des hiérarchies sociales anciennes. Elle maintient les Haratines dans un statut informel de subalternité, limitant leur capacité à se projeter comme sujets politiques autonomes.
À cela s’ajoute une instrumentalisation politique systémique. Les Haratines sont souvent mobilisés comme réservoirs électoraux, encadrés par des notables issus de l’ordre ancien, utilisés pour renforcer des équilibres de pouvoir qui les excluent de toute participation réelle. Cette stratégie d’encadrement repose sur une double logique : d’un côté, la culpabilisation des velléités d’autonomie, perçues comme ingratitude ou division ; de l’autre, la cooptation de figures haratines dociles, chargées de légitimer le statu quo en prétendant parler au nom de tous.
Sur le plan culturel et identitaire, le paternalisme post-esclavagiste continue de dominer les représentations. L’identité haratine est niée, diluée ou ramenée à une simple “composante” subordonnée d’une culture dominante qui ne laisse aucune place à une parole propre, à une mémoire reconnue, à une histoire assumée. Les tentatives de structuration culturelle autonome sont fréquemment disqualifiées comme communautaristes ou subversives.
Enfin, ce néo-esclavagisme se traduit par une précarité socio-économique structurelle. L’accès à l’éducation, à l’emploi, à la terre, aux fonctions publiques reste marqué par des barrières systémiques qui perpétuent l’exclusion des Haratines. L’indigence économique, souvent naturalisée, est en réalité le fruit d’un empêchement politique : l’autonomisation économique réelle est bloquée par le refus de reconnaître aux Haratines une pleine citoyenneté active et équitable.
Ces différents mécanismes convergent vers une seule conclusion : le passé ne passe pas. L’ordre esclavagiste, loin d’avoir été aboli dans les faits, s’est transformé en un système de domination plus subtil, plus difficile à identifier, mais tout aussi efficace. Il constitue un frein fondamental à la dignité et à l’autodétermination des Haratines
En somme, la fracture sociale qui traverse aujourd’hui la Mauritanie — profonde, clivante et structurellement accablante — condense l’ensemble des privations subies, des discriminations systémiques, de la paupérisation organisée, de l’indifférence institutionnelle et des logiques de domination persistantes. Elle témoigne, de manière éclatante, que si une identité commune s’est construite autour du passif esclavagiste, c’est au prix du sacrifice des Haratines, et souvent par une instrumentalisation politique de leur condition. Dès lors, il devient impératif pour ces derniers de se libérer de ce carcan identitaire imposé, pour reconquérir une subjectivité politique propre, affranchie des assignations héritées. C’est ce que propose le concept d’autonomie politique, non pas comme une rupture avec la nation, mais comme un repositionnement lucide des Haratines dans l’espace national.
III Identité haratine et citoyenneté : vers une intégration réelle
La question de l’identité haratine — ou, plus précisément, celle de leur volonté d’autonomie politique — soulève une controverse aussi vive que révélatrice de son enjeu stratégique dans l’équilibre des composantes nationales. L’irruption de cette nouvelle dynamique sur la scène politique nationale, et la sensibilité des réactions qu’elle suscite, semblent à la fois surprendre et inquiéter, tant cette perspective était jusqu’ici inconcevable. Et pour cause : l’édifice national mauritanien s’est historiquement construit sur une assimilation implicite de l’héritage esclavagiste, érigé en norme sociale, politique et identitaire.
Ce conformisme néo-esclavagiste, longtemps tenu pour acquis, se voit aujourd’hui ébranlé par l’éveil progressif de la conscience collective haratine. Une conscience qui, fidèle à la logique même de sa trajectoire de libération, appelle désormais à un parachèvement de l’émancipation : par l’affirmation d’une autonomie politique, par la reconnaissance d’une identité propre, et par une refondation des rapports au sein de la nation. L’identité haratine ne constitue ni une revendication identitaire figée, ni une fin en soi. Elle n’est pas une identité « prête à porter », comme certains le caricaturent pour en faire un facteur de blocage. Elle n’est pas davantage le fondement premier de la volonté de d’autonomie politique ; elle doit en être plutôt, l’aboutissement naturel, l’expression ultime d’un long processus de lutte pour la dignité, l’égalité et la souveraineté.
Loin de signifier un rejet des langues ou des cultures acquises au fil de l’histoire – souvent imposées par la violence de l’esclavage – cette identité vise à les réinterpréter à travers le prisme de la libération. Elle signifie le refus de continuer à assumer un héritage culturel dans les conditions de la servitude ; elle affirme au contraire la volonté de ne l’habiter qu’en homme libre, dans une posture d’autonomie et de réappropriation.
Cette identité se construit autour de repères nouveaux : une lecture spécifique de l’histoire, une mémoire collective longtemps refoulée, une revalorisation du patrimoine linguistique et culturel, et surtout une vision souveraine et consciente de la Mauritanie, portée par une volonté d’inclusion équitable. Car les Haratines ne sont ni Arabes comme l’autre composante hassanophone, ni négro-mauritaniens selon les constructions classiques de l’identité ethnique, malgré une proximité de couleur. Leur histoire ne s’inscrit pas dans la fierté de lignées impériales, royales, féodales ou aristocratiques, mais dans la douleur d’une mémoire servile, qui les distingue profondément de tous les autres groupes. Dès lors, leur singularité ne peut être niée : s’identifier, c’est nécessairement se différencier. Aussi, même si cette identité haratine échappe encore aux classifications formelles de l’anthropologie ou de l’ethnologie, elle existe de fait : à l’image de leur haratinité de fait, de leur arabité de fait, de leur statut de fait, de la fracture sociale qui les clive. En somme, elle existe de fait par leur singularité, leur spécificité en tout. Elle existe comme réalité vécue, comme conscience émergente, comme volonté de se définir librement. C’est cette affirmation identitaire, non excluante mais fondatrice, qui constitue l’un des piliers de leur citoyenneté en devenir. Reconnaître et valoriser cette identité ne signifie pas s’enfermer dans un particularisme excluant, mais au contraire enrichir le tissu national par une diversité assumée. La singularité haratine devient ainsi un vecteur d’intégration dans la mesure où elle permet de dépasser les logiques d’assimilation forcée ou d’effacement culturel. Cette double dynamique — identité affirmée et citoyenneté active — est la clé pour dépasser les fractures et construire une société plus juste et inclusive. Elle suppose un cadre politique qui reconnaisse et garantisse les droits collectifs et individuels, ainsi qu’une participation effective à la vie nationale. Dans ce cadre, l’autonomie politique des Haratines, loin d’être un facteur de division, devient un levier puissant de cohésion nationale, garantissant la pérennité et la stabilité de la Mauritanie.
IV L’autonomie politique comme impératif
Dans le contexte complexe de la société mauritanienne, l’autonomie politique des Haratines ne peut plus être perçue comme une option secondaire ou un simple enjeu communautaire. Elle s’impose aujourd’hui comme un impératif historique, moral et stratégique pour briser définitivement les chaînes invisibles du néo-esclavagisme et restaurer la dignité collective. Mais que recouvre précisément cette autonomie politique, et pourquoi est-elle indispensable ? L’autonomie politique des Haratines peut se définir comme l’expression de l’évolution de leur combat pour faire face à deux impératifs cruciaux que connaît leur communauté : 1– L’impératif d’une nouvelle étape stratégique de leur lutte historique qui s’annonce comme un ressaisissement conscient et assumé de ce combat, porté par la volonté de se constituer autour d’un vécu à la fois commun et singulier, enraciné dans leur propre expérience historique, leur mémoire collective et leurs aspirations spécifiques — dans le but de reprendre en main leur destin. Elle exprime un impératif de rupture, pleinement justifié et légitimé par les leçons de notre courte histoire politique : l’invisibilité des Haratines lors de la fondation de l’État mauritanien, l’occultation de la question de l’esclavage durant les premières décennies de l’indépendance, leur instrumentalisation systémique à travers l’ère démocratique, puis le désespoir et la désillusion face à la consécration d’un néo-esclavage, nourri par les dérives discriminatoires qui minent le pays aujourd’hui. C’est donc, une affirmation positive pour la conquête d’un espace politique propre, qui permet aux Haratines de sortir du rôle passif et assigné qu’on leur impose depuis toujours L’autonomie politique se définit dès lors comme la capacité des Haratines en tant que tels en pleine conscience, à organiser, représenter et décider eux-mêmes de leurs intérêts, de leurs stratégies et de leur avenir collectif, sans dépendre d’aucune tutelle politique ou sociale dictée par le conformisme néo-esclavagiste. 2– La nécessité d’une approche plus politique, plus rationnelle, plus ambitieuse, repondant aux aspirations émergentes d’une nouvelle conscience haratine, portée par une jeunesse de plus en plus réfractaire aux conformismes néo-esclavagistes. Une approche qui incarne aujourd’hui une quête de repères sociaux clairs, de reconnaissance institutionnelle, de visibilité politique, et d’affirmation constitutionnelle. Cette dynamique affirme une singularité socio-économique des Haratines, désormais incontournable, qui s’impose comme un défi existentiel majeur pour la société tout entière. En effet, il est manifeste qu’aujourd’hui, une transformation profonde s’opère au sein de la communauté haratine. Cette évolution, alimentée par plusieurs facteurs convergents, engendre une prise de conscience collective sans précédent et nourrit un désir légitime d’autonomie et de dignité politique.
L’un des moteurs essentiels de ce changement est la jeunesse haratine. Mieux éduquée, plus connectée au monde extérieur, cette génération refuse l’aliénation héritée et les conditionnements anciens. Elle s’insurge contre les injustices répétées, la discrimination, et les barrières invisibles qui continuent de brider son épanouissement. Plus que jamais, elle revendique une place pleine et entière dans la société mauritanienne, non pas comme un supplément d’âme subordonné, mais comme un acteur politique à part entière.
Cette jeunesse est aussi porteuse d’une culture de contestation pacifique et d’une aspiration à des formes de participation politique nouvelles, plus inclusives et égalitaires. Elle utilise les outils modernes – réseaux sociaux, associations, mobilisations citoyennes – pour faire entendre sa voix, sensibiliser l’opinion, et bâtir des solidarités transversales. Parallèlement, une prise de conscience historique s’affirme. Les Haratines revendiquent leur histoire propre, loin du regard paternaliste ou dévalorisant. Cette reconnaissance du passé, avec ses blessures mais aussi ses résistances, permet de forger une identité collective renouvelée, source de fierté et de cohésion. Cette autonomie dépasse la simple revendication d’émancipation, qui évoque une libération encore inachevée et souvent subie. Elle implique, en amont, une refondation profonde de l’État mauritanien, condition sine qua non à toute transformation structurelle durable. En effet, il serait déraisonnable d’espérer voir émerger une véritable autonomie politique dans le cadre figé du système politique actuel, dominé par des logiques de reproduction des hiérarchies sociales, de clientélisme et d’exclusion. La Mauritanie a plus que jamais besoin de renouveler son contrat social, et cela passe nécessairement par l’élaboration d’une nouvelle constitution, inclusive, conséquente, réaliste, prévoyante et authentique.
Cette constitution doit reconnaître la composante haratine comme un pilier à part entière de la nation, en lui garantissant une inclusion politique et institutionnelle claire, afin de les sortir de l’invisibilité historique dans laquelle ils ont été confinés. Elle devra également inscrire explicitement leurs droits à la réparation, à la réhabilitation, à l’émancipation et à l’insertion, comme principes constitutionnels fondamentaux.
L’esprit d’une telle constitution ne doit pas se limiter à rétablir des équilibres juridiques : il doit porter une vocation réparatrice, mémorielle et émancipatrice. Il s’agit d’assumer collectivement le passé, de regretter institutionnellement l’héritage esclavagiste, et de libérer la conscience collective nationale des séquelles morales, culturelles et politiques de ce passé accablant. Car la société mauritanienne dans son ensemble ne saurait dépasser ses tares, ses anachronismes et ses dérives politiques contemporaines tant que le conformisme néo-esclavagiste continue de servir de socle à des mentalités rétrogrades. Suprémacisme, féodalité, népotisme et incivisme de tout genre forment un système de reproduction des inégalités, consolidé par l’absence de rupture politique réelle.
Or, il n’existe pas de levier plus puissant pour déstructurer cet héritage tenace et empêcher sa pérennisation que l’autonomie politique assumée des Haratines. En ce sens, l’autonomie politique ne constitue pas une menace pour l’unité nationale : elle en est, au contraire, une condition de possibilité. Elle doit être comprise comme une transition historique nécessaire vers une citoyenneté effective, non seulement pour les Haratines, mais pour l’ensemble du peuple mauritanien — car en libérant une partie importante de la nation de ses entraves, c’est la nation toute entière qui s’élève vers une forme plus accomplie d’elle-même. Elle a, objectivement, vocation à constituer le socle indispensable d’un avenir partagé — affranchi des hiérarchies héritées — et apte à projeter la Mauritanie vers une modernité inclusive, équitable et souveraine. Pourtant, l’autonomie politique émergente des Haratines, loin de susciter l’adhésion, semble paradoxalement faire l’objet d’une diabolisation persistante, y compris de la part de ceux-là mêmes qui se réclament du progressisme. Un progressisme de rebours, incapable de saisir dans cette dynamique une opportunité historique de relancer la lutte pour la refondation du système et la transformation de l’ordre social établi. Cette levée de boucliers, contre nature et éminemment politicienne, mérite d’être exposée, questionnée, et fermement démystifiée.
V – Une levée de boucliers injustifiée et lâche.
Les Haratines n’ont ni vocation, ni désir de s’identifier à un passé esclavagiste qui les a déshumanisés. Ce passé ne les honore pas. La haratinité qu’ils revendiquent aujourd’hui n’est pas un étendard communautariste, mais le cri d’une douleur sociale persistante. Elle exprime l’abandon, la relégation, l’absence d’horizon — en somme, une détresse. S’ils s’y raccrochent, c’est par un réflexe de solidarité, profondément humain, face à une adversité commune. Il faudrait les plaindre, les comprendre, les soutenir — non les accabler.
Ceux qui les accusent de diviser sont souvent les gardiens d’un ordre injuste. Ils appartiennent, pour beaucoup, à deux catégories : — des conservateurs, des chavins, des suppremacistes irréductibles, des renégats de tous bords, qui s’accommodent très bien du système d’exclusion et de hiérarchie sociale hérité du passé ; — ou des « progressistes de rebours », qui, à court de crédit politique et de popularité, préfèrent s’attaquer à plus vulnérables qu’eux pour plaire au pouvoir, espérant ainsi en tirer quelques miettes de survie politique. Plutôt que d’affronter un pouvoir contesté jusqu’en son propre sein, ils choisissent la voie la plus facile : s’en prendre à ceux qui réclament dignité et justice.
On accuse également ces activistes de tenir des discours de haine. Il est vrai que l’on ne peut que regretter des propos vulgaires et excessifs qui apparaissent de temps en temps dans les réseaux sociaux. Cela doit être reconnu et corrigé. Mais il ne s’agit là que de mots — quand nombre de leurs détracteurs, eux, ont pris les armes, ont pactisé avec des puissances étrangères, ont participé à des conflits armés, avant de se redécouvrir aujourd’hui des vertus de « civisme » et d’« unité nationale ». Quelle hypocrisie. L’histoire politique du pays témoigne du pacifisme des mouvements politiques haratines quel que soit leur discours. Ce pacifisme est d’ailleurs une séquelle de l’esclavage enraciné par la résilience esclavagiste. Enfin, on les traite d’opportunistes, qui exploiteraient la souffrance des leurs pour gravir les échelons. Mais dans un système profondément corrompu, discriminatoire et fondé sur le népotisme, qui peut prétendre à la pureté ? Qui, dans ce champ politique verrouillé, ne cherche pas à survivre ? Ceux qui accusent oublient un peu vite que c’est ce système même qui oblige chacun à composer, à négocier, à parfois se compromettre. En réalité, le danger est ailleurs. Il réside dans ce système verrouillé, qui, d’une main de fer, condamne une partie de la population à subir, dans le silence et la passivité, les dérives d’une gouvernance chaotique, profondément discriminatoire, et totalement imperméable à toute alternative salutaire.
Il est temps d’avoir le courage de le dire, sans complaisance ni faux-semblants. Il est temps de dépasser les procès d’intention faits aux militants haratines, et de voir dans leur volonté d’autonomie non une menace, mais une opportunité : celle d’un sursaut politique, d’une refondation démocratique, inclusive et équitable. Faut-il encore rappeler que ni l’identité haratine, ni la haratinité, ni même la revendication d’une autonomie politique ne constituent en soi des idéaux politiques ? Ce ne sont ni des fins, ni des projets de rupture. Mais il est tout aussi évident qu’ils s’imposent aujourd’hui comme des déterminants essentiels dans la transition, désormais incontournable, vers une citoyenneté pleine et entière.
Tenter d’étouffer cette dynamique de conscience collective — portée notamment par une jeunesse haratine de plus en plus éveillée — serait une erreur grave. Car cette prise de conscience n’est pas un phénomène isolé : elle s’inscrit dans un mouvement mondial de réaffirmation des droits, des identités et des appartenances. Elle renforce ainsi la légitimité de la démarche haratine et la place au cœur des enjeux démocratiques de notre temps. C’est cette jeunesse éveillée, ce peuple en marche vers la justice et la reconnaissance, qui incarne le véritable levier d’une transformation politique durable. La Mauritanie se doit d’accompagner la dynamique des Haratines, non par condescendance, mais comme une condition essentielle à son propre avenir démocratique et à sa cohésion nationale.
La parole est la « chose puissante en soi ». La culture est l’œuvre humaine qui s’adapte aux realités du temps sans s’effriter ; pourvu qu’elle humanise et ne déshumanise pas.
En ce sens, la culture (Culture avec une majuscule si l’on veut) ne doit pas être la présentation d’artefacts, d’objets anciens et qui n’ont plus de sens. Elle crée un espace de polarisation. Or, elle devrait être ce mélange de traditions humanisantes et inclusives liées à des valeurs globales.
À chaque fois que l’on parle de langue et de culture, on nous sort des objets qui ne reflètent en rien notre quotidien. Nos habitus, notre quotidien. C’est la « vénération de l’obsolescence ».
Ce réflexe de s’accrocher à des formes mortes de la culture, à des représentations vidées de leur vitalité, traduit une incapacité à reconnaître que la véritable culture devrait conjuguer tradition et valeurs universelles, mémoire et création, identité et ouverture. La culture doit être nourrie par le quotidien.
Je suis contre les représentations culturelles qui muséifient au lieu de vivifier. Je suis pour une invitation à réinventer une culture qui fait soin, fait lien, fait sens.
Par ailleurs, on observe certain·e·s porter des habits dits traditionnels lors des cérémonies, en guise (-peut-être que je me trompe-) de solidarité avec la culture mise en avant. Mais cela reste de la poudre aux yeux, quand on sait que ces mêmes personnes sont adeptes de la langue de bois, voire du déni des injustices et des inégalités.
Mali 🇲🇱 – Soninké – Évènement | Le nom du célèbre parolier malien issu de la communauté soninké M. Ganda Fadiga (décédé le 19-09-2009 – Paix à son âme) est attribué solennellement à une place du 18 ème arrondissement de Paris #France 🇲🇫. Une icône du gambere (instrument de musique griotte), le natif de maréna (Mali) a vécu durant une période de sa vie dans ce quartier à forte concentration d’immigration d’origine africaine dont des soninkés.
Lors de la constitution des matériaux de notre dernier livre Brève initiation à la géopolitique pour un jeune Soninké: Repères et évènements historiques : SOUMARE, Koundou: Amazon.fr: Livres https://share.google/Hnik0EvRMnrSH5mj , j’avais illustré un constat en le citant concernant un descriptif qu’il donnait aux espaces géographiques : « …faisant référence à la zone de l’océan Pacifique… il disait que l’aéroport de Tokyo (Japon) serait le dernier avant les eaux maritimes et qu’au delà on se ferait dévorer par les poissons. »
Pour dire qu’il abordait dans ses dires au profit de ses mélomanes traditionnels, des bribes de connaissances sur les pays et environnements lointains qu’il a parcourus de nombreuses années durant auprès des diasporas soninké.
~~~~~~ Il disait :
«Un fuyard qui a eu l’esprit de se courber pour prendre ses chaussures avant s’y attendait sûrement »
«si tu as la nostalgie de ton créancier ce que tu as l’argent de son remboursement»
L’auteur, une ex figure connue de l’écosystème médiatique francophone notamment par ses contributions sur TV5 Afrique, ce livre nous ouvre un couloir médian dans le champ analytique concernant la donnée « Démocratie » dans la vie politique en Afrique. Un concept clé qu’il nomme le relativisme démocratique, est passé progressivement au scanner pour permettre une vision aérée et dépassionnée des évolutions politiques sur le continent dans son Histoire. Et ce, loin de la résurgence d’un panafricanisme fourre-tout instrumentalisé par certains acteurs sociaux de divers horizons qui font de l’impérialisme extérieur (occidental) une synonymie simpliste et mécanique de la démocratie . Une démocratie qui serait la cause guigne de tous les manquements qui accablent une certaine Afrique à la traîne du développement multidimensionnel.
Dans cet ouvrage, l’auteur rappelle avec sources solides, que l’expérience démocratique n’était pas méconnue dans les structures politiques en Afrique avant l’emprise coloniale définitive surgie de l’extérieur, par exemple chez les Lébous avec leur République proclamée en 1794. L’espace géographique de cet état était devenu la ville de Dakar, la capitale du Sénégal.
Le livre nous renseigne bien que le relativisme démocratique soit présent dans les confessions indiscrètes parmi une certaine élite politique au sein des institutions continentales, sur l’activisme véhément contre la démocratie qui est mené par 3 ensembles d’acteurs sociaux comme suit :
1 – les intellectuels : Théophile Obenga, Boubacar Boris Diop, Alain Foka, Aminata Traoré…et cie. Chacun à sa manière, ventile le narratif anti « démocratie » tout en traînant d’énormes contradictions voire de sourdes compromissions dans la foulée quand on décortique leurs trajectoires respectives.
2 – les influenceurs « dynamiteurs » des réseaux digitaux et médias : Kémi Seba, Nathalie Yamb, Alain Foka et cie. Également un forcing viral est mené par d’arguments simplistes enveloppés dans une certaine binarité attrayante pour une opinion publique à la butée d’un réel pourtant très complexe…
3 – les saboteurs des principes démocratiques, usurpateurs et militaires opportunistes : nombre d’acteurs politiques (civils ou militaires ou les 2 ensemble) ont profité de l’ordre démocratique notamment avec l’ouverture au multipartisme aux débuts des années 1990, pour instrumentaliser un habillage démocratique contre la Démocratie. Un électoralisme-outillage sévit pour s’accaparer du pouvoir et l’occuper le plus longtemps possible à coup de subterfuges dévoyant durement l’esprit démocratique. Une actualité illustre ses observations : ces régimes militaires qui tiennent 4 pays ouest-africains qui sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger composant l’AES (Alliance des Etats du Sahel) et également la Guinée du général Doumbouya. Un néo-panafricanisme couplé à un ressassé anti-impérialisme devient cette locomotive qui carbure avec un narratif foncièrement orienté pour soutenir tous les autoritarismes et autres rétrécissements des espaces civiques et politiques. Ainsi, on charge injustement en réquisitoire la Démocratie qui n’a jamais ou peu été pratiquée sérieusement dans nombre de nos pays.
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