● Esclavage en Afrique: La participation des féodalités africaines est incontestable ! | Par l’anthropologue sénégalais Yaya SY

« Bonsoir Diko. En Afrique, pour de multiples raisons, les gens ne lisent pas beaucoup ou disposent de peu de documents scientifiques sérieux. Je t’envoie des documents que je vais brièvement commenter. Ceux qui disent que les féodalités africaines n’étaient pas impliquées dans l’esclavage (arabo-musulman) depuis le VIIe siècle jusqu’au XXe, font du négationnisme ou du révisionnisme. De même, à des degrés divers, concernant les déportations européennes, l’écrasante majorité des chefferies ont été corrompues par les cadeaux offerts par les Européens, soit pour s’installer sur les côtes, soit pour prendre les voies fluviales et s’introduire dans le pays profond à travers leurs alliés… Les Portugais arrivés les premiers dès la moitié du XVe siècle, ont commencé à donner des cadeaux aux rois pour les corrompre et des armes pour déstabiliser leurs adversaires et en faire de futurs vassaux et esclaves… Les Français installés à Saint-Louis en 1659, ont aussitôt commencé le commerce des esclaves sur la côte sénégambienne… A partir de 1666 ils commencèrent à remonter le fleuve et à payer des redevances et des cadeaux aux souverains et chefs locaux… Mais dès qu’ils s’installent durablement (comme à Bakel), ils cherchent querelle aux chefs en s’imposant par la force. Mais à partir du Second Empire ils ne veulent même « plus payer les coutumes aux sauvages » (droits de passage et cadeaux). On trouvera des détails dans mon ouvrage  » Mouhamadou Lamine Darame ».

Il y a des passages au début de mon ouvrage où les Français achetaient l’amitié des chefs en payant des droits de passage sur le fleuve… À la fin de l’ouvrage tu verras comment ils intimidaient, enlevaient les enfants des fils de chefs pour les envoyer à leur école (chefs soumis ou vaincus). Il faut comprendre que les Européens sont venus s’installer sur les côtes à partir de 1444. Dès lors, on avait deux espaces de prélèvement d’esclaves : la moitié Nord du Continent (du Sahel jusqu’en Somalie) et sur les côtes (des côtes mauritaniennes jusqu’à la mer Rouge). Le Congo a la spécificité d’être la première à être démantelé et la dernière à continuer à être massivement attaqué au XIXe siècle par les esclavagistes.

Dans l’ouvrage de Claude Meillassoux, beaucoup de sociétés africaines font face aux deux systèmes esclavagistes… Les meilleurs spécialistes sont dans la bibliographie. En particulier Denise Bouche qui a écrit sur les « villages de liberté « . Elle montre comment les Français tout en ayant voté des lois d’abolition en 1848, ne veulent pas les appliquer ou faire voter de nouvelles lois pour l’Afrique noire (lois 1901-1903 et 1905 non appliquées). Ils louvoient avec les esclavagistes qui envoient des caravanes en Afrique du nord ; ils veulent seulement en empêcher ces flux de caravanes d’esclaves ; ils essaient d’attirer les esclaves dans leur « enclaves » (escales) tout en ne voulant pas mécontenter les féodaux (mais ils avaient besoin de main d’œuvre). Ainsi, les rois ou chefs de village qui acceptent de collaborer avec eux sont promus à des postes de chefs de cantons (début du XXe jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale). Les féodaux mécontents ont mobilisé leurs marabouts pour propager l’idée que tout esclave qui se rend dans les refuges du Blanc ira en enfer car il n’est pas libéré selon les lois de l’islam… (Denise Bouche  » 1968 « Les villages de liberté en Afrique noir française, Paris, Mouton). Les Français ont continué eux-mêmes à pratiquer les travaux forcés jusqu’en 1946 (Loi Houphouet  Boigny) malgré les nombreuses injonctions de la Société des Nations (SDN).

L’ouvrage de Renault et Daget est l’un des meilleurs qui montre les parts de responsabilité des féodalités africaines et des marchands esclavagistes européens sur les côtes (et la pénétration de leur « commerce » par les cours d’eau du Golfe de Guinée). On achète les places des comptoirs, on couvre le roi de cadeaux (toujours ces marchandises européennes comme leurres). On lui vend des armes et il se lance à la recherche de ses congénères d’autres sociétés, voisines ou lointaines…

Dans cet ouvrage les Portugais débarquent en 1444 sur les côtes de l’actuel Mauritanie. Mais à la fin du XVe siècle, ils ont déjà démoli le Grand Congo d’ Alfonse 1er malgré sa conversion et son attitude, conciliante. Ils remontent vers la Sénégambie pour démolir le Grand Jolof en détachant ses royaumes vassaux à qui ils offrent des cadeaux et vendent des armes… C’est l’explosion du Grand Jolof sous la pression des esclavagistes portugais. Diviser pour mieux régner, car la résistance des grands ensembles pourrait coûter cher à l’envahisseur. Mieux vaut diviser d’abord avant de s’attaquer à ceux qui résistent, mais qui sont déjà isolés…

La participation des féodalités africaines est incontestable ! Par exemple, que ceux qui disent que les rois du Fouta n’ont pas collaboré avec les colons m’expliquent pourquoi et comment le lieutenant colonel Henri Frey a pu avoir 2000 cavaliers d’Abdoul Boubacar roi du Fouta pour aller l’aider à brûler les villages du Gidimaxa qui ont aidé Mouhamadou Lamine lors du siège de Bakel en avril 1886 ? Partout il y a eu des résistances farouches certes, mais aussi des alliances coupables, des vassalisations et des soumissions honteuses. C’est à nous de lire toutes ces pages sombres et claires  de notre histoire en toute objectivité selon les contextes et les périodes.

Dogo Diawara, l’un des plus grands traditionalistes des Soinkés du Gajaaga décrit un exemple de collaboration et de soumission sournoises des féodaux : « Le roi de Tiyabou s’est déplacé en personne pour aller dire au commandant de cercle à Bakel : « Tu es mon camarade, je viens t’informer qu’un marabout du nom de Mamadou Lamine Darame du village de Gounjourou s’apprête à soulever le peuple et à provoquer des troubles dans le pays. Mais le Commandant du fort, le Capitaine Lefranc, était déjà au courant… car son chef hiérarchique le lieutenant Colonel Henri Frey avait reçu des garanties à Gounjourou auprès du marabout qui lui avait déjà promis qu’il ne s’attaquerait pas aux Français). On était en août 1885… Juste au retour de la Mecque du marabout soninké en juillet. Dogo Diawara précise : Le « Tunka » (roi) de Tiyabou disait à qui voulait l’entendre : « Nous avons essuyé un premier problème de Sikhou (maraboput) nous ne voulons plus d’un second Sikhou ». Il avait été échaudé par le soulèvement généré par un premier marabout, en l’occurrence El-Hadj Omar, qui avait ébranlé les pouvoirs locaux des Soninkés et des Bambaras… » On comprend pourqupoi pratiquement, tous les souverains du fleuve avaient déjà en juillet 1885, signé un pacte de protectorat avec les colons français…(…..) »

Docteur Yaya SY Anthropologue et Professeur d’Histoire.

©️ lien média https://guidumakha.com/2025/08/19/esclavage-en-afrique-la-participation-des-feodalites-africaines-est-incontestable/?fbclid=IwdGRleAMSaQVjbGNrAxJn0mV4dG4DYWVtAjExAAEe13HkiM51vTi0LpGCi6gOke1MQSjW2Bk6SKcwewNo0Yz8oBtwwuszEl5Nao0_aem_YdIuKOMq7S-ICj3S5nEVsA

● En Soninkara, les répétiteurs stériles reprennent du service encore. | Par Koundou SOUMARE

©️ 📸 via internet.



📸 Lui, il s’appelle M. Mohammed Diakho Tanjigora. Lire un élément biographique publié dans notre BLOG il y a quelques temps https://ecrit-ose.blog/2023/01/06/%e2%97%8f-elements-biographiques-de-cheikh-madiakho-tandjigora/ .

Lettré soninké en sciences islamiques, originaire du Sénégal, il est auteur de plusieurs ouvrages dont la traduction en soninké du Coran https://ecrit-ose.blog/2021/04/28/la-parution-dun-ouvrage-dune-portee-intellectuelle-monumentale-en-milieux-soninkes-le-saint-coran-traduit-en-langue-soninke-par-le-professeur-muhammad-diakho-tandjigora/.

Dans ses enseignements (cours audios, interviews…), il est d’une pertinence qui ne laisse pas indifférent. Analyste, observateur et intéressé aux données globales (sciences humaines, sciences islamiques, géopolitiques…), il se démarque bonnement par cette aération intellectuelle de beaucoup de lettrés soninkés dits religieux. En Soninkara, il existe quelques répétiteurs stériles et limités intellectuellement qui  sont dans une obsession quasiment maladive à l’encontre de sa personne et de ses enseignements https://ecrit-ose.blog/2022/09/04/%f0%9f%94%b4-ces-hableurs-apprentis-lettres-qui-sattaquent-injustement-a-cheikh-mohamed-diakho-tandjigora/. On peut constater qu’ils lui reprochent ses positions intellectuelles ou plutôt ses facultés d’un certain niveau savant dans ses enseignements.

Ces milieux lettrés soninkés qui ne sont bons qu’à la répétition des textes ou autres idéologies sectaires et confuses, se donnent une étrange prétention d’être de dépositaires de la voi(e)x de la guidance valide.

Pour ceux qui suivent assidûment ou périodiquement les enseignements de cheikh Mohammed Diakho Tanjigora, il est aisé de savoir qu’il ne s’est jamais déclaré l’alpha et l’oméga de savoirs islamiques dispensés auprès de l’audience écosystèmique soninké. Il est d’un courage intellectuel respectable, déploie ses réflexions sur différentes thématiques et appelle souvent aux lettrés soninkés en particulier les jeunes à plus de recherches et d’approfondissement dans leur cheminement étudiant.
Il n’hésite pas à revenir sur ses lectures concernant une donnée ou une position qu’il juge nécessaire après une mise à jour de compréhension dans ses recherches.

Certains répétiteurs stériles qui le tiennent dans leur orbite inquisitrice coincée avec un troublant acharnement, se comptent parmi les lettrés soninkés issus du clergé communautaire qui plaident la validité de l’esclavage coutumier intra-communautaire par leurs lectures apologistes du phénomène relevé comme un crime contre l’humanité aujourd’hui dans différents pays du monde. Également, d’autres lui reprochent tout simplement son intelligence et son érudition à travers ses audacieuses réflexions et d’autres thématiques qu’il aborde dans un esprit de débats ouverts sans dogmatisme. Il n’est pas dans la facilité par la diffusion des audios comme d’autres petits prêcheurs intellectuellement de très basse gamme et d’une arrogance éhontée. Il est connu auteur- écrivain qui réclame naturellement une capacité à produire des enseignements islamiquement solides comme d’autres savants le font dans les milieux arabo musulmans ou dans d’autres univers.

Certains de nos répétiteurs soninkés végètent dans une lourde confusion à mélanger l’arabisme ethnique à tendance sectaire avec la validité ou non d’une production savante d’un penseur. Pour eux, un négre africain qui ose penser et produire sans un patronage validé par un certain type de savant de l’environnement arabo-arabe, est forcément dans l’égarement. Ainsi dire, ils veulent la promotion d’un mimétisme sec et les voix réfléchies qui stimulent la sagesse contributive et l’élévation intellectuelle sont foncièrement gênantes pour eux. Et le cas de M. Tanjigora dans leurs visions étriquées est symptomatique de cette chapelle des répétiteurs coincés et limités intellectuellement.

Longue vie à ce monsieur et bonne continuation dans ses activités intellectuelles qui servent les sciences islamiques et même les sciences humaines.

4 août 2025

-KS pour le BLOG

● Mauritanie | L’Appel Pressant à la Communauté Maure pour Briser les Chaînes de l’Injustice | Par M. Mamoudou Baidy Gaye (Alia Gaye)

–Paris 1er Août 2025

Une question lancinante hante les sables et les rues de Mauritanie pourquoi l’injustice persiste-t-elle, génération après génération, et semble-t-elle s’enraciner davantage ? Ce constat amer, partagé par de nombreux Mauritaniens, ne peut plus être étouffé par le silence ou les dénégations commodes. Il est temps de regarder en face une réalité complexe et douloureuse.
Il est indéniable, comme le soulignent de nombreux observateurs, qu’une part significative de la communauté maure (Bidhân) occupe historiquement une position sociale, économique et politique dominante. Cette position, héritée de structures séculaires, confère des privilèges tangibles. Pourtant, un silence assourdissant, ou trop souvent des paroles timides, émanent des sphères d’influence traditionnelles au sein même de cette communauté les chefs de tribus, les imams écoutés, les notables influents. Où est la solidarité active, tangible, sans ambiguïté, envers les autres communautés – Haratines, Négro-Mauritaniens – qui subissent de plein fouet les injustices sociales les plus criantes : l’esclavage sous ses formes contemporaines, la discrimination foncière, l’exclusion politique, l’accès inéquitable à la justice et à l’éducation ?
L’histoire récente nous enseigne une leçon cruciale les changements positifs, aussi timides soient-ils, n’ont jamais été l’initiative exclusive des opprimés. Ils sont survenus lorsque des consciences se sont éveillées au sein même des cercles privilégiés. Lorsque des hommes et des femmes, bénéficiant de cette position « confortable », ont eu le courage de regarder l’injustice en face, de remettre en question l’ordre établi qui les avantageait, et d’agir. Ils ont choisi la justice au détriment de leurs privilèges immédiats, assumant les conséquences parfois lourdes de ce choix courageux. C’est leur voix, leur refus de la complicité passive, qui a permis les rares avancées vers une société plus équitable.
À la communauté maure, avec qui nous avons tissé le destin commun de cette terre depuis des siècles, cet appel solennel est lancé
Le temps de l’attentisme, des excuses et des demi-mesures est révolu. L’heure est à l’action décisive et courageuse.Nous partageons le même sol, le même avenir, la même destinée éternelle. L’héritage que nous laisserons aux générations futures est en jeu aujourd’hui. Voulons-nous leur léguer une Mauritanie fracturée, gangrénée par l’injustice et la méfiance, ou une nation unie, fondée sur le droit et le respect égal de la dignité de chaque citoyen ?
La responsabilité historique vous incombe, en grande partie, chers frères et sœurs de la communauté maure. Vous détenez souvent les leviers du pouvoir, de l’influence sociale et religieuse, de l’économie. Utilisez-les non pour perpétuer un système inique, mais pour le démanteler. Interpellez vos chefs tribaux pour qu’ils dénoncent les discriminations au lieu de les perpétuer. Exigez de vos imams qu’ils prêchent une véritable justice islamique, une solidarité sans frontières ethniques ou sociales, qui soit le cœur du message divin. Poussez les élites économiques et politiques à mettre en œuvre des politiques concrètes d’équité réforme foncière juste, accès égal à l’éducation et à la santé, lutte implacable contre l’esclavage et ses séquelles, justice indépendante pour tous.
Dieu, comme le rappelle à juste titre la sagesse, n’est pas avec les injustes (wa mā Allāhu biẓ-ẓālimīn). Cette vérité transcendante doit guider nos pas. La passivité face à l’injustice est complicité. Le silence est une arme de l’oppresseur.
La Mauritanie ne connaîtra la paix et la prospérité véritables que lorsque la justice sera le socle commun de toutes ses composantes. Il est temps, chers compatriotes de la communauté maure, de faire le choix courageux. Le choix de la Mauritanie juste. Le choix de l’héritage lumineux. Le choix de Dieu et de l’Histoire. Agissons, maintenant, ensemble, pour briser enfin les chaînes du passé et bâtir l’avenir commun. L’éternité nous regarde

Mamoudou Baidy Gaye dit Alia journaliste militant membre de MDJ

● Mauritanie ~ Sénégal – Contribution : MAAYO WONAA KEEROL ! Par M. Kaaw TOURÉ


Maayo wonaa keerol, n’en déplaise aux petits chauvins et nationalistes étroits. Je suis chez moi à Jowol Rewo et Jowol worgo. Je suis chez moi à Guiraye, Mow, Gawol, Dial, Thilogne, Gawdal, Diamel, Dondou, Keeɗeele, Aali wuuri, Nguidjilone wuro Daara Koliyaaɓe, Sadel, Woudourou,  Koundel, Matam kaggu laaɗe, Bokki Diawe, Ndouloumadji, Doumngaaji, Nganno, Haayre Law, .. où vivent, mes oncles, mes tantes, cousins et cousines.. je suis chez moi partout au Fouta Toro. Demander un visa de séjour pour aller me recueillir sur les sables de Bilbassi ou pour cultiver mes champs à Helata ? Quelle absurdité pour un Fuutanke ! Voulez-vous détruire notre moi, notre histoire, notre culture, couper notre cordon ombilical ? Nous faisons partie du peuple des Deux rives et ce peuple fait partie de l’ensemble de civilisations tekrouriennes et mandingue, aujourd’hui sénégambienne. Cette sénégambie géographique et culturelle qui part de la Mauritanie Centrale (vers Moudjeria, Tidjikja) et qui finit en Casamance et en Guinée Bissau, en passant par une partie du Mali. Cet espace est une aire culturelle dans laquelle ont évolué de nombreuses entités ethniques, toutes parentes et dont le sort a été inextricablement lié depuis des millénaires aux différentes mutations ou changements qui y sont intervenus. Le colonisateur français n’est arrivé à détruire ce pays qu’en 1890 seulement alors que cette « conscience collective identitaire » a été forgée des milliers d’années durant et continue à survivre malgré la séparation arbitraire et artificielle du même peuple par le colon.

En tant que fils de la vallée du fleuve, qui naviguait entre les deux rives depuis ma tendre enfance soit pour aller à nos champs de culture,  soit pour suivre les séances de lutte traditionnelle ou participer à des tournois du football et des journées culturelles qui regroupaient les villages des deux rives, je n’ai jamais senti cette frontière entre nos deux pays séparés administrativement  par le colonisateur.
Adolescent j´ai parcouru par pirogue ou par pieds et au dos d´âne beaucoup de villages du Fuuta natal, du Nord au Sud du fleuve pour participer avec mes amis et classes d’âge ( fedde)  à des séances de luttes traditionnelles sous le feu du bois ou au clair de la lune.
C était au beau vieux temps avant que notre vallée ne soit transformée en vallée de larmes, de résignation et de désolation.
Chez moi nous avons deux Jowol, Jowol rewo ( nord-Mauritanie) et Jowol worgo ( sud Sénégal ), c’est un même village avec les mêmes familles de part et d’autre avec une même histoire, même langue, même culture. Avant les années de braise en Mauritanie nous partagions avec Jowol worgo les mêmes mosquées,  les mêmes cimetières, écoles et champs de culture. On célébrait ensemble nos baptêmes et mariages. On priait ensemble nos morts c’est pour vous dire que le lien du sang était plus fort que tout autre décret ou appel. Le fleuve n’ a jamais été une frontière. Et comme je le rappelais tout récemment dans une interview avec un site mauritanien, nous avions, avant les années de braise en Mauritanie, une fédération des associations culturelles de notre zone au Fouta (Le Ngenaar) qui s´appelait Jaalowaali qui s´étendait de Jowol Mauritanie à Koundel Sénégal et qui regroupait plus
d´une dizaines de villages des deux rives et chaque vacance d´été un des villages de la vallée organisait une semaine culturelle et sportive à laquelle participaient toutes les associations culturelles membres de Jaalowaali. Cela donnait lieu à beaucoup
d´activités dont des soirées de théatre, des choeurs, de ballets, de la poésie, des conférences publiques, des opérations d´assainissements des villages, des plantations d´arbres, des compétitions de football, de
l´athlétisme. Ces grands évènements annuels permettaient surtout de raffermir les liens de parenté et des relations d´amitié entre des jeunes du Fouta, en même temps qu´ils entretenaient notre idéal panafricain répondant à cet adage pulaar ”Maayo wonaa keerol” autrement le fleuve n´est pas une frontière.
Je me sens toujours chez moi au Sénégal et en Mauritanie comme tout bon Foutanké, tout
Waalo- Waalo, tout Guidimaxanke, la Mauritanie a été créée sur l’ancien Tekrour, terre où se sont constituées et individualisées ces trois nationalités ou communautés linguistiques. Cette réalité est aussi valable pour nos compatriotes Beydanes du Nord. Un Ehl barikallah, un Rgeibat, un Ehl Mohamed Fadel, un Ehl bousba peut se sentir chez lui en Mauritanie, au Maroc et au Sahara occidental.
Nous avons vu les deux frères Wane (photo) occuper des fonctions ministérielles dans les deux pays. Nous avons vu notre père et oncle Mamoudou Touré occuper le poste du premier ambassadeur de la Mauritanie à Paris et finir comme ministre des finances au Sénégal.
Pour la petite histoire c’est le 10 avril 1904, par arrêté, que tous les territoires situés sur la rive droite du fleuve Sénégal sont provisoirement rattachés à la Mauritanie occidentale, un état conventionnel crée en 1900 par le colon français à la faveur de l’affaiblissement des pouvoirs traditionnels pré-coloniaux et différenciés des communautés qui cohabitaient dans cet espace.
Le 8 decembre 1933, un décret colonial délimite la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie.
Le 03 juillet 1944, par décret, les deux Hodhs qui faisaient partie du Mali, furent rattachés à la Mauritanie à la faveur d’événements religieux (le courant hamallisste) .
Après la conférence de Brazzaville, comme les États colonisés de l’Aof, la Mauritanie devait élire pour la première fois un député à l’assemblée nationale française, un sénateur et un conseiller de l’union de l’Aof. Ces élections révelaient une double signification pour les Mauritaniens. D’abord, elles symbolisaient le début d’une individualisation politique et territoriale par rapport au Sénégal. Jusqu’au 2 juin 1946, le nom de  la Mauritanie figurait jumelée au Sénégal sous l’appellation « Circonscription Mauritanie-Sénégal), ensuite elles devraient confirmer le loyalisme des chefs traditionnels aux réformes traditionnelles.
En novembre 1946, pour la première fois, les Mauritaniens sont appelés à élire leur député au parlement de la République française. C’est une autre histoire nous y reviendrons un autre jour.
 » Maayo wonaa keerol « . Je signe et persiste.
Demain il fera jour et la lutte continue.

Kaaw Touré mo Jowol

● Intronisation du 15ᵉ chef de village à Bambardougou : une célébration de l’égalité et de la cohésion sociale | [OndeInfo]

Ce dimanche 27 juillet 2025, Le village de Bambardougou a vibré au rythme d’une cérémonie exceptionnelle et hautement symbolique à l’occasion de l’intronisation de son 15ᵉ chef de village, Ladji Namory Famouroudian TRAORE. Une figure emblématique, à la fois ancrée dans la tradition et dans l’histoire politique nationale, où il demeure l’un des visages les plus respectés depuis l’indépendance.

Dans une ambiance à la fois sobre et solennelle, la cérémonie a réuni notables, chefs religieux et traditionnels, ainsi que des anonymes venus saluer la continuité d’une tradition empreinte de dignité et d’harmonie. Mais au-delà du caractère protocolaire de l’événement, c’est toute la singularité de ce village soninké du Guidimakha qui a été mise en lumière.

Une exception dans la tradition soninké

Dans une région encore marquée par la persistance des hiérarchies sociales traditionnelles, Bambardougou fait figure d’exception. Ici, aucune caste, aucun esclavage, aucune discrimination liée à la naissance. Le vivre-ensemble repose sur un socle d’égalité, de justice sociale et de solidarité. Tous les habitants y bénéficient des mêmes droits, partagent les mêmes devoirs, et s’engagent ensemble dans le développement communautaire.

« À Bambardougou, tout le monde se vaut. Il n’y a ni maîtres, ni esclaves. C’est cette égalité qui fait notre force », a confié l’un des doyens du village en marge de la cérémonie.

• Une chefferie fondée sur le consensus

Autre particularité remarquable : la stabilité de la chefferie traditionnelle. Là où certaines localités connaissent des tensions autour des successions, Bambardougou privilégie le consensus. Le chef n’est pas un détenteur de pouvoir, mais un homme de devoir, garant de l’harmonie et à l’écoute de tous.

« Le chef de village incarne notre histoire, nos valeurs, notre cohésion. Il est le symbole de l’unité que nous chérissons », a souligné un intervenant.

• Une lignée au service de la communauté

Depuis la fondation du village, quinze chefs se sont succédé, tous animés par un esprit de sacrifice, de proximité et de justice. Dans son intervention, le nouveau chef du village, Ladji Namory Famouroudian TRAORE, a promis de préserver l’unité et de défendre les valeurs de solidarité, de courage et de dignité qui font la fierté de Bambardougou.

Un modèle de développement solidaire

Au-delà de cette intronisation du pouvoir temporel, l’organisation et la structuration communautaires de Bambaradougou forcent l’admiration. À Bambardougou, la solidarité n’est pas un mot creux : c’est un principe vécu au quotidien. Les projets communautaires sont conçus, portés et réalisés collectivement, dans un esprit de partage et de responsabilité.

Ce modèle mérite d’être connu, valorisé et transmis, car il prouve qu’une société soninké égalitaire, juste et solidaire est non seulement possible, mais vectrice de paix et de progrès.

Par ailleurs, comme ses prédécesseurs, le nouveau chef de village de Bambardougou, Ladji Namory Famouroudian TRAORE, a perpétué une autre tradition majeure : la rencontre avec le représentant de l’État, en l’occurrence le wali, chef de l’administration territoriale, M. Dahmane Ould BEYROUCK.

Ce geste, à la fois symbolique et républicain, témoigne du respect mutuel entre les autorités coutumières et administratives. Il s’agit là du 40ᵉ administrateur rencontré par un chef intronisé du village depuis 1950, une époque où l’administration coloniale encadrait encore la région.

Seyré SIDIBE et Maria TRAORE

• Les 15 chefs de village de Bambardougou depuis sa fondation :

1. Diawoye Demba SYLLA

2. Lassana SYLLA

3. Balla Dama Coumba CAMARA

4. Famouroudian TRAORE

5. Faïry THIAM

6. Allakoué COULIBALY

7. Kaba Khassa Tougouné CISSOKHO

8. Méligué M’baré TRAORE

9. Sibiry Fatma TRAORE

10. Sidi Samba DIAKITE

11. Demba Faïry THIAM

12. Samba Nassou SANGHARE

13. Djiby Faïry THIAM

14. Kodoré Yissi TRAORE dit « Keybané »

15. Ladji Namory Famouroudian TRAORE

Lien média https://ondeinfo.com/intronisation-du-15%e1%b5%89-chef-de-village-a-bambardougou-une-celebration-de-legalite-et-de-la-cohesion-sociale/?fbclid=IwQ0xDSwL0rMpjbGNrAvSswmV4dG4DYWVtAjExAAEe0irm2B2Cd3Htws98ffARK7jSfCLajlvo-7p6Z5Sm0N96Cz1KYUEQOLKa4vg_aem_L9phsxouzTemwxxitBi7uw

● MAURITANIE : LE TITRE DE SÉJOUR POUR LES SÉNÉGALAIS PASSE DE 50 000 À 5 000 FCFA

C’est un véritable soulagement pour la communauté sénégalaise vivant en Mauritanie. Le coût du titre de séjour, longtemps jugé trop élevé, a été fortement réduit : il passe désormais de 50 000 à seulement 5 000 FCFA.

C’est un véritable soulagement pour la communauté sénégalaise vivant en Mauritanie. Le coût du titre de séjour, longtemps jugé trop élevé, a été fortement réduit : il passe désormais de 50 000 à seulement 5 000 FCFA.

L’annonce a été faite par Serigne Khadim Bamba Fall, coordonnateur du Bureau d’accueil, d’orientation et de suivi des Sénégalais de l’extérieur (BAOS). Cette décision résulte d’un accord entre les autorités sénégalaises et mauritaniennes, visant à faciliter la régularisation administrative des Sénégalais vivant dans le pays voisin.

La mesure s’inscrit dans une dynamique plus large, portée par le gouvernement sénégalais, pour répondre aux préoccupations de la diaspora et promouvoir une mobilité digne et sécurisée.

Cette réduction intervient dans un contexte marqué par des expulsions fréquentes de migrants en situation irrégulière en Mauritanie, dont plusieurs Sénégalais. Ces expulsions, souvent critiquées par des ONG pour leurs conditions jugées inhumaines, ont suscité l’inquiétude au sein de la communauté sénégalaise.

Face à cette situation, le Sénégal a multiplié les démarches diplomatiques. En janvier 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko s’est rendu à Nouakchott pour discuter de la régularisation des Sénégalais. À l’issue de cette visite, la Mauritanie avait accepté de baisser les frais du titre de séjour et d’assouplir les procédures.

En mars 2025, la ministre des Affaires étrangères Yassine Fall s’est également rendue en Mauritanie. Elle a été reçue par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à qui elle a remis une lettre du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Cette visite a renforcé les relations bilatérales et permis de faire avancer le dossier.

Lors d’un échange public en avril, Yassine Fall avait déjà annoncé que “des discussions étaient en cours pour garantir des conditions de séjour plus sereines” aux Sénégalais en Mauritanie.

La baisse des frais du titre de séjour représente une victoire importante pour la diaspora sénégalaise, confrontée depuis des années à des démarches coûteuses et complexes. Elle devrait contribuer à améliorer leurs conditions de vie, tout en renforçant les liens d’amitié entre Dakar et Nouakchott.

• Lien média https://www.rts.sn/actualite/detail/a-la-une/mauritanie-le-titre-de-sejour-pour-les-senegalais-passe-de-50-000-a-5-000-fcfa

● Une brève chronique d’une Pensée Émancipatrice | Le cas Ganbanaaxu

● 📖 In Figures de la révolutionnaire africaine de Saïd Bouamama : « «….Il n’y a pas de génération spontanée de révolutionnaires. La construction d’une conscience nationale et d’une pensée émancipatrice ne se fait pas du jour au lendemain. C’est le produit d’une accumulation d’expériences, d’échanges, d’échecs et de compromissions. »…. » P.59

Parlant de Pensée Émancipatrice, l’avènement du mouvement Ganbanaaxun me revient à l’esprit. Notamment par rapport à sa genèse et son cheminement dans le temps et dans l’espace :

En Mauritanie, quelques points de référence de l’engagement antiesclavagiste dans l’environnement social soninké :

À l’intérieur

1 – Plusieurs anonymes subirent historiquement isolement social et dénigrements haineux dans les communautés soninké parce qu’ils refusaient une certaine assignation humiliante. C’était une sorte de révolution silencieuse dans un environnement très hostile. Ils ont une Mémoire de pionniers qu’on se doit de valoriser et de la rendre audible…aujourd’hui.

2 – La création de l’association AMEES (Association Mauritanienne pour l’Éradication de l’Esclavage et ses Séquelles) dans les années 2007…2008. Une pensée de révérence militante au doyen M. Ladji Traoré et ses camarades.

3 – La création de l’association UVDS (Union des volontaires pour le développement de Soninkara) dans la décennie 2010. Un rendez-vous marquant dans son activisme mérite d’être relevé : le 18 novembre 2014, la rencontre publique avec comme invité le leader abolitionniste d’IRA-Mauritanie M. Biram Dah Abeid. L’occasion d’une prise de parole inédite en la matière au cours de laquelle, M. Dah Abeid indexait en de termes clairs et sans filtre l’existence de l’esclavage dans les communautés négro-mauritaniennes. À l’époque, l’aura de sa sortie communicationnelle n’est pas passée inaperçue dans les milieux abolitionnistes ni chez les féodalo-réactionnaires. Un coup dans la fourmilière féodalo-esclavagiste négro-mauritanienne qui fut historiquement un angle mort (évité ou marginalement abordé) dans les luttes pour l’avènement d’un véritable État de droit. Un cheminement militant de grande portée était enclenchée avec M. Yakhoub Bakhayokho et ses camarades en étroite et vaillante collaboration avec IRA (Initiative pour la Résurgence Abolitionniste).

4 – L’initiative abolitionniste revivifiée dans les milieux soninkés du Gorgol. Courant 2020 avec le mouvement social Tallaye koffo sous l’inspiration d’un engagé déterminé M. Baliou Mamayary Coulibaly et ses camarades. Au menu localement, le refus de la subordination religieuse à base féodalo-esclavagiste au sein de la confrérie Hamahoullahi.

5 – L’association Ganbanaaxu Fedde Mauritanie est fondée il y a quelques années. Une entité associative de plus dans le même sillage d’un militantisme droit-de-l’hommiste. Elle y évolue également avec un plaidoyer focal pour l’égalité citoyenne et contre les restes de l’esclavage par ascendance dans la communauté soninké. M. Abdalaye Sidi Traoré assure la présidence et lui et ses camarades mènent consciencieusement leurs activités.

À l’extérieur

6 – La création de l’association Armepes-France (Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles) en 2010. La conférence pionnière en 2011 de cheikh Aboulaye Traoré sur les problématiques d’inégalités sociales et de subordination coutumière dans la vie communautaire soninké. Un cadre associatif était né pour fédérer nombre de personnes de divers parcours et horizons s’inscrivant dans un engagement clairement identifié et identifiable dans l’écosystème diasporique soninké en France. Une Top reconnaissance aux initiateurs de cette dynamique qui deviendra une large aubaine pour un élan collectif sans précédent.

7 – La création du forum de sensibilisation WhatsApp Ganbanaaxun Fedde le 5 octobre 2016 par M. Gaye Traoré (secrétaire général d’Armepes-France à l’époque). De ce forum, une #Pensée #Émancipatrice passait à une phase transnationale avec plusieurs structures associatives et groupements sociaux qui rejettent fermement un régime coutumier intrinsèquement discriminatoire et suprémaciste dans les milieux soninkés (dans nos pays comme au sein des diasporas). Aujourd’hui, cette pensée émancipatrice Ganbanaaxu essaime relativement tout le pays soninké et s’installe progressivement bon gré mal gré dans la littérature sociale intra-communautaire.

En parallèle

8 – La distinction humaniste d’un lot des Justes connus ou moins connus qui ont su faire preuve d’empathie et optent pour le camp du droit à la Dignité. Ces personnes n’ayant aucune extraction sociologiquement atteinte et assignée par un mépris social et les discriminations sociétales qui en découlent. Nécessairement on y adjoint l’activité intellectuelle interpellative et chronique de certains leaders d’opinions plaidant l’égalité et appelant au changement de mentalités. D’autres partenaires à expression individuelle ou collective (société civile, ong, para étatiques…) sont également porteurs du flambeau solidaire dans cet engagement valeureux et d’utilité publique pour notre développement multidimensionnel.

Une Pensée Émancipatrice Ganbanaaxu qui se propose comme alternative socialement à jour avec les textes fondamentaux de dignité, d’égalité et de citoyenneté dans nos pays. S’unir par/dans l’égalité en droits et en dignité ou au mieux une autogestion sociale et économique en parallèle et une liberté politique sans carcans communautaristes ni ethno-raciaux.

Conclusion : Un élément concis personnel loin d’être exhaustif d’un historique cheminement…qui suit son cours dans les actualités….

20 mai 2025

Koundou SOUMARE, militant d’Armepes-France.

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec le président de l’association NGC, M. Boubacar DIAKITE

Le GEB ( Grand Entretien du BLOG) vous revient cette semaine avec une interview accordée par une figure consciencieuse du milieu associatif mauritanien en France. En la personne de M. Boubacar DIAKITE, ancien cadre de l’association l’EED et président fondateur de l’association Nouvelle Génération de Coumbandao (NGC). Il nous a brossé ses vues sur différentes thématiques ouvertes par nos questions. Nos vifs remerciements à son endroit pour la disponibilité et lui souhaitons une fructueuse continuation dans ses projets. Ci-après l’entretien :

● Question 1 : Bonjour monsieur DIAKITE Boubacar, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)

Boubacar DIAKITE : J’ai intégré l’école de Coumba Ndao quand j’avais 7 ans.
Je suis en scolarité primaire jusqu’à la sixième année. J’ai passé l’examen d’entrée au collège en 1998. J’ai obtenu la deuxième position au niveau de toute la Mauritanie avec une moyenne de 145 sur 150 points.

J’ai commencé mes études au collège à Sélibaby également en 1998. Jusqu’à ma quatrième année, j’ai séjourné à Nouakchott en 2002. Commencer mes études dans le lycée national, puis poursuivre à Diokhmadiya. J’ai passé le baccalauréat en 2007, mais je ne l’ai pas réussi.

Peu après l’échec de mon baccalauréat, je me suis lancé dans une aventure en Espagne en 2007. Arrivé en Espagne, je me suis inscrit à l’Université d’Almería, dans le département de français, pour suivre des cours en diplomatie internationale. Présent en France depuis 2009, je poursuis un CAP au sein de l’établissement sanitaire et social. J’ai axé ma spécialisation sur le développement durable. Je suis présentement gestionnaire de résidence au sein d’un organisme HLM. Président fondateur de l’ONG NGC.

● Question 2 : vous avez été remarqué avec l’équipe de l’association l’EED (Ensemble pour l’Espoir et le Développement) par le passé, aujourd’hui vous dirigez l’association NGC (Nouvelle Génération de Coumba Ndao), que pouvez-vous nous dire sur son expérience d’acteur associatif ?

BD : Effectivement, c’est en 2016, aux premières heures de L’eed, que j’ai rencontré Waly Diawara, le président fondateur dont vous avez sûrement entendu parler. J’ai déjà occupé le poste de président de l’association NGC, que je préside actuellement. Il m’a persuadé de participer au projet communautaire pour tout le Guidimagha, donc je suis très impliqué dans le développement de cette région. Le projet m’a captivé, je me suis investi pleinement. J’ai occupé le rôle de porte-parole et de président du pôle international jusqu’en 2020, année où j’ai remis ma démission.
Le concept était bon, mais hélas, c’est la gestion finale qui posait des difficultés. Je dirais néanmoins que c’était une expérience enrichissante. Malgré la brièveté de mon séjour au sein de l’eed, nous avons réussi à être bénéfiques pour la communauté en général.

● Question 3 : pouvez-vous nous présenter l’association Nouvelle Génération de Coumba Ndao (NGC) et ses activités phares ?

BD : Notre association NGC (nouvelle génération de Coumba Ndao) créée le 06/09/20210 a pour ambition d’œuvrer activement dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’environnement etc. il a pour but de rapprocher les jeunes de Coumba Ndao, afin de travailler ensemble pour récolter des fonds et participer au développement du village. C’est-à-dire, contribuer à fournir des matériels agricoles, scolaires, sanitaires et favoriser l’aide au développement sur le plan culturel, sportif, économique et éducatif de Coumba Ndao.
Durant ces derniers mois, nos différentes actions ont permis de mesurer l’importance de notre présence au sein de la commune Diogountouro (Mauritanie) comme l’aide médiale YONKI (LA VIE) à Coumba Ndao.
Depuis le 3 octobre 2022 nous avons donné une carte santé à 100 personnes les plus vulnérables dans le village de Coumba N’dao (Mauritanie), leurs frais de santé sont désormais pris en charges à 100% par L’ANGC, 38 personnes en situations de handicap 62 personnes, hommes et femmes seul (es) sans aucune ressource. La prise en charges des frais d’accouchements de toutes les femmes dudit village qui a rencontré un vif succès.
Dans la suite de notre projet « YONKI » (la vie) nous avons souhaité mettre en avant la prévention et la sensibilisation de la population afin d’adopter les bons comportements pour minimiser certains problèmes de santé courants.
Du 26 au 29 décembre 2024, nous avons tenu une caravane médicale qui nous a permis de consulter 1457 personnes.
En 2025, une machine d’échographie a été mise en place, accompagnée de l’électrification du poste de santé.
Un réservoir d’eau a été consolidé afin de garantir un approvisionnement constant en eau pour le village. Des poteaux solaires ont été mis en place à des endroits clés du village.
Ces réalisations font partie du projet Yonki mené par l’ONG NGC.

● Question 4 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?

BD : Nous devons porter une attention spéciale à la question de l’immigration, notamment celle qui est illégale, qui constitue un véritable fléau. Surtout nous, les immigrants, avons notre part de responsabilité : non seulement nous sponsorisons leur départ, mais en même temps nous ne révélons pas la vraie nature de ce que nous vivons ici.
Récemment, le Guidimakha traverse une période de deuil à la suite du décès d’un grand nombre de ses membres. En ma qualité d’acteur de la société civile, j’avais suggéré au député de la diaspora de s’occuper d’une salle pour organiser une conférence dédiée à la sensibilisation, hélas.

Par exemple, en France : Selon la loi, un immigrant sans papiers (clandestin) n’a pas le droit de demeurer sur le sol français.
Cependant, il peut être trouvé en format cachette en France. Si jamais il a la possibilité de rester ici quelques années, il lui faudra entre 5 et 10 ans pour obtenir une carte de résident.

Nous parlons d’adultes, donc de ceux qui arrivent en France, et qui sont souvent âgés de plus de 30 ans. Que fais-tu dans les dix ans précédant ton arrivée ? Dix années gaspillées.
Et c’est à l’âge de 40 ans que tu vas entamer ta carrière professionnelle.
Il est indéniable que beaucoup n’ont jamais vécu de circonstances similaires, c’est pourquoi il serait erroné de blâmer l’immigration. Cependant, je reste convaincu que l’immigration ne représente pas une solution viable ! Il s’agit plutôt de l’immigration illégale, tentant de traverser la mer pour rejoindre l’Europe à tout prix en espérant trouver une existence plus favorable que celle que tu as déjà connue. Cela est souvent loin d’être le cas.
En Afrique, certains continuent d’ignorer que l’Europe n’est plus le paradis qu’elle était. Ils voient leurs proches, frères, sœurs, cousins, etc., arriver avec de l’argent, bien habillés et propres, menant une vie qui semble enviable. Cependant, ils ne partagent pas les défis et les souffrances qu’ils ont traversés pour parvenir à cette existence « belle ».
Combattre l’immigration illégale, il ne suffit pas de parvenir à des accords entre pays ou entre institution et entité, etc. On doit d’abord s’attaquer à la source. Il faut d’abord comprendre pourquoi ces personnes mettent leur vie en péril. En dépit de nombreux décès, cela n’a pas découragé les potentiels candidats. Il y a un souci.

L’éducation devrait être la priorité dans les pays d’origine. Il est indispensable que les écoles soient systématiquement accompagnées de centres de formation pour offrir aux jeunes une perspective et leur faire prendre conscience qu’ils peuvent réussir sur place. Tant qu’il n’y a pas d’espoir ni d’aventure pour la jeunesse. Ils n’ont d’autre choix que de recourir à l’immigration pour aspirer à une vie meilleure qui n’est cependant pas de tout repos.

En ce qui concerne l’aspect économique, un investissement conjoint de la diaspora dans les zones où l’immigration clandestine est la plus probable serait bénéfique. La contribution de la diaspora est considérable si celle-ci se rassemble pour des initiatives communes en vue de créer des postes de travail dans les villages eux-mêmes En matière de placement dans l’agriculture, il est nécessaire d’utiliser des équipements appropriés. L’automatisation de l’agriculture pour créer des emplois respectables et améliorer les conditions de vie. Nous avons une obligation de transparence et de vérité envers nous-mêmes et envers autrui en révélant la réalité. Je me demande, est-ce que ça vaut vraiment le coup de mettre sa vie en péril dans la mer pour se retrouver à galérer encore plus en Europe ? La réponse est non.

Voyagez lorsque c’est nécessaire, explorez le monde, mais pas en cachette.
NON À L’IMMIGRATION ILLÉGALE PAR VOIE MARITIME. J’ai écrit un récit donc le titre «Trajectoire d’un immigrant en situation irrégulière».

● Question 5 : La communauté soninké est traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des pistes de réflexion nécessaires pour gérer et dépasser les frictions qui peuvent en découler ?

BD : Selon eux, l’esclavage héréditaire au sein de la communauté Soninké était une mesure instituée pour assurer une gouvernance efficace de leur communauté à cette époque.
Qui n’était pas lié à l’esclavage, conformément aux préceptes de l’Islam. Le temps a changé, les consciences se sont éveillées. Ce système de gouvernance s’est transformé en un moyen de classification sociale, communément appelé classes sociales, qui peuvent être assimilées à des castes, supérieures et inférieures.
Il est impératif que chaque individu ne se considère ni inférieur, ni supérieur à autrui. Il faut surtout préciser que nous connaissons les textes sacrés, nous croyons en eux et nous les mettons en pratique, puisque nous faisons références à ces textes. Jusqu’à l’émergence du mouvement ganbanaxu, qui favorise la prise de conscience et la réconciliation entre les êtres vivants, sans se considérer supérieur ou inférieur à autrui. Il nous faut rester unis afin de mettre en œuvre ce qui nous unit et laisser de côté ce qui crée des divisions ou des obstacles entre nous.
Un autre courant émerge pour s’opposer au mouvement ganbanaxu, nommée démocratie, avec l’apparition de WhatsApp qui est arrivé à point nommé et a été utilisé par les gens pour engendrer une animosité sans précédent entre des individus cohabitant malgré leurs différences dans le respect.
Un conflit a surgi. Une fois qu’un conflit éclate, on peut dire que les esprits sont échauffés. À ce stade, on ne pourrait pas envisager une réconciliation. Cependant, à mon avis, garder le silence serait la meilleure option.
Actuellement, on peut envisager une réconciliation à travers un dialogue empreint de respect. Le mouvement ganbanaxu, dont le nom signifie que nous sommes tous semblables, doit être à l’origine de ce débat. Il démontre non seulement que leur mouvement n’est pas destiné à créer des divisions, mais plutôt à promouvoir la communication et l’absence de vengeance.
Pour une concordance Il faut faire un compromis. D’après le mouvement ganbanaxu, leurs trois principales revendications sont les suivantes. Il faut savoir que : La chefferie, L’imamat Et l’union entre différentes castes.
Comme nous le savons tous, ces pratiques ont existé dans notre vie en société à l’époque. Tout le monde a peut-être été d’accord, soit par ignorance, soit par tolérance, ou même par nécessité. Cependant, dans le contexte actuel, il n’est plus envisageable de persister dans ces pratiques. Le changement est indispensable, mais doit se faire avec douceur, sans violence, rancœur ou haine. Engageons une discussion respectueuse avec des concessions mutuelles pour trouver une solution et sortir notre communauté de cette situation qui nuit à tous.

Dans mon livre « l’aventure inimaginable » j’ai détaillé l’origine de cet esclavage dans le milieu soninké.

6 mai 2025

● Réalisé par KS pour le BLOG

● Un champ militant sans frontières | cohérence intellectuelle et aise sociale.

Affaire « esclavage » afro vs afro gêne énormément beaucoup de monde intello Noir. Le narratif habituel charge sans filtres les traites extérieures (transatlantique et timidement trans-saharienne). Un certain antiracisme subit relativement ce même process par lequel les xénophobies ethno-raciales entre Noirs sont mises en sourdine avec beaucoup de mauvaise foi et un focus échappatoire va s’intéresser sur la binarité « Blancs méchants contre Noirs victimes« .

Parfois le cas mauritanien est tellement parlant : l’activisme « Che Guevara » de certains à Nouakchott est très loin de leur ancrage sociologiquement suprémaciste et féodalo-esclavagiste dans leurs communautés et dans leurs villages d’origine. Nos compatriotes et frères arabo-berbères sont très renseignés de ces réalités qui nous traversent. Et également… nos frères haratines engagés le savent bien, un leader haratine de dimension politique nationale qui conteste le système avec véhémence sait très bien la représentation qui est faite insidieusement de « l’individu haratine » dans les imaginaires chez les communautés négro-mauritaniennes (hors haratines). Par opportunisme et petits calculs dans l’arène politique, on essaie de faire abstraction provisoirement de ces prismes et on prêche dans l’intra-communautaire un raidissement de positions identitaires foncièrement communautaristes peu avouables publiquement.

Chaque communauté ou milieu n’accepte une révolution pour des droits socialement universels qu’en dehors de ses frontières ethno-raciales. Dans la problématique en termes de carences d’état de droit et d’égalité sociale en Mauritanie, nous y cachons beaucoup de sous- problèmes qui s’avèrent bloquants pour une cohérence militante transversale et intersectionnelle. Ainsi dire, nos militantismes doivent être évalués entre autres par ce qu’on ose revendiquer et proposer de potablement progressiste et juste à l’échelle nationale et d’en faire pareillement dans notre enclos communautaire d’abord. C’est une Mission essentielle. C’est inacceptable la culture d’une hiérarchisation entre les régimes oppressifs, qu’ils soient du fait étatique ou intra-communautaire.

Bonne fin de week-end à vous

KS

● France – Soninkara – Soninké | Le « makhzen » associatif soninké sous la direction de M. Ousmane Diagana, encore rattrapé par les ambiguïtés sur l’esclavage coutumier !



Le vendredi 25 avril 2025, la France et une certaine opinion internationale sont sidérées par l’attaque meurtrière dans une mosquée (La commune La Grand-Combe – Le Gard). La victime est un jeune malien appartenant au groupe sociolinguistique soninké appelé Aboubakar Cissé. Ce dernier a été affreusement poignardé à mort par un individu censé venu apprendre comment faire la prière. Plutôt un haineux islamophobe qui ne laisse aucune chance au jeune fidèle musulman dont les actes et comportements sont hautement loués parmi les fréquentations de la mosquée. Je tiens à réitérer mes fraternelles condoléances à sa famille et à l’ensemble de la communauté musulmane. Paix éternelle à son âme. Ameen. Que la justice française mette tous les moyens nécessaires pour mener l’enquête et punir l’assaillant (arrêté en Italie).

Ce 1er Mai 2025 correspondant à la Fête du travail, une manifestation a été organisée à Paris pour protester contre cet acte horrible, interpeller les autorités publiques françaises et soutenir les proches de la victime. Une certaine France politique est complice avec un narratif de xénophobie particulièrement islamophobe dans les discours publics notamment dans les médias.
La communauté soninké de l’Hexagone s’est jointe valablement à cette sortie publique pour dénoncer cet assassinat et compatir avec la famille du jeune Cissé. Ainsi l’appel dans un élément vidéo lancé par M. Ousmane Diagana de l’APS (Association pour la promotion de la langue soninké), a fait écho parmi l’arène RS 2.0 en milieux soninkés notamment au sein de la diaspora en France. C’est très alerte comme démarche de sa part et à saluer vivement ce réflexe citoyen et humaniste. Quand notre commune humanité est touchée par une telle horreur, l’indifférence devient immorale et basse.

Et… pourtant, j’ose reprocher à M. Diagana et sa suite communautariste sous couvert d’une association, de bruyantes indifférences lorsque l’esclavage par ascendance dans l’intra-communautaire soninké a tué, humilié, déporté, exproprié, affamé et assoiffé dans nos terroirs ouest-africains. Le cadre associatif qu’il dirige est un nébuleux support des activités ambiguës liées aux coutumes intégristes et discriminatoires dans l’ensemble féodalo-esclavagiste soninké.

Parmi leurs indifférences les plus abjectes, on peut citer entre autres ; l’affaire de 4 pères de famille (Mountagha Diarisso, Gossi Cissoko, Youssou Cissoko et Hamet Cissoko) lynchés à mort à Djandioumé (village soninké dans la région de Kayes – Mali) dans la nuit du 1 septembre 2020 https://news.un.org/fr/story/2020/09/1076872 et le cas en juillet 2022 de la vielle dame Diogou Sidibé (70 ans) enlevée, assassinée et mise en sac dans le village de Lany https://www.dw.com/fr/mali-diogou-sidib%C3%A9-esclavage-par-ascendance-kaye/a-62903536 .

À ce jour à propos de ces drames liés au refus de la soumission aux pratiques féodalo-esclavagistes, nous n’avons pas eu écho d’un moindre mot de dénonciation et de soutien émis par le cadre institutionnel de son association. Dans leur giron communautaire, on y promeut malheureusement l’immobilité sociale autour d’un pilier principal : la royauté dans les imaginaires pour les uns et la subordination assignée pour les autres.

En France, dans les milieux associatifs diasporiques, ils portent un habillage culturel avec les facilités matérielles à gratter occasionnellement et politiquement encartés pour beaucoup dans les partis de Gauche. Ces partis politiques qui occupent le spectre idéologique où les valeurs d’ouverture et de tolérance sont très expressives à l’endroit de la diversité en France et aux étrangers résidents.

M. Diagana et ses camarades se classent schématiquement dans l’aile suprémaciste de l’écosystème sociétal soninké. Ils évoluent dans des dispositions mentales qui n’admettent pas l’égalité sociale et citoyenne dans l’enclos communautaire. Douchés et piégés à volonté dans des héritages hiérarchisants par la naissance, leurs ambiguïtés sont d’une certaine acuité à l’occasion de ces événements graves par lesquels ils savent allier opportunisme et commerce social devant les opinions publiques.

Ainsi ma brève lecture sur un magma politico-sociétal composé de l’ordre féodalo-esclavagiste soninké et d’un canal associatif en guise d’écran de fréquentabilité partenariale.

Paix éternelle aux victimes de la barbarie et de la haine, qu’elles soient islamophobes ou féodalo-esclavagistes soninké.

Bonne Fête du travail à tous.

1 mai 2025

KS, Militant d’Armepes-France.