● De l’Empire du Ghana à la Diaspora : L’Odyssée Fracturée du Peuple Soninké. Par M. Mody Wassa



L’histoire du peuple Soninké est une fresque complexe, oscillant entre la grandeur passée d’un empire florissant et les défis contemporains d’une diaspora confrontée à la perte d’identité. Cet article explore les grandes étapes de cette épopée, depuis l’âge d’or du Ghana jusqu’aux réalités actuelles de l’exil.

• L’Apogée de l’Empire du Ghana : Un Phare en Afrique de l’Ouest

L’histoire des Soninkés débute au cœur de l’Afrique de l’Ouest, dès le IVe siècle, avec la fondation de l’Empire du Ghana, également connu sous le nom de Ouagadou. Les Soninkés, dotés d’une vision stratégique, ont su exploiter sa position centrale pour contrôler les routes vitales du commerce transsaharien. L’or, le sel et les ressources diverses affluaient vers Kumbi Sallé, sa capitale, qui est rapidement devenue un carrefour économique et culturel d’une ampleur sans précédent.
Au zénith de cette puissance, la famille royale des Cissé régnait. Le titre même de « Ghana » désignait le souverain, soulignant l’importance capitale de cette lignée qui incarnait la prospérité et l’organisation de l’empire. Sous leur règne, l’État atteignit son apogée, devenant un modèle de richesse et de stabilité en Afrique de l’Ouest.

• La Chute et la Fragmentation : Les Racines d’un Peuple Dispersé

Malheureusement, cet âge d’or n’était pas éternel. Le déclin commença par un affaiblissement interne du pouvoir des Cissé. Les conflits de succession et les tensions internes érodèrent l’autorité centrale, rendant l’empire vulnérable. Le coup de grâce fut porté par l’invasion des Almoravides, qui conquirent et détruisirent Kumbi Sallé en 1076. Cette chute marqua non seulement la fin d’un empire, mais aussi le début d’une longue période de chaos.
Le territoire autrefois unifié fut morcelé et les terres furent partagées entre de multiples clans guerriers rivaux. Des guerres généralisées éclatèrent, forçant de nombreux Soninkés à entreprendre un exode massif vers l’Est. Cet événement est considéré comme le point de départ de la longue tradition migratoire du peuple Soninké.
La désunion ne fut pas seulement politique ; elle fut également sociale. L’unité d’antan fut remplacée par un système clanique qui, de manière intentionnelle, créa des divisions. Pire encore, les savoirs ancestraux et les métiers traditionnels (comme le travail du cuir ou de la forge), autrefois valorisés, furent stigmatisés et dépréciés. Ces connaissances orales et techniques, qui constituaient une part essentielle de l’identité soninké, commencèrent alors à se perdre. La solidarité céda la place à une profonde défiance entre les clans, où les rivalités et les préjugés prirent le pas sur la cohésion.

• La Perversion de la Noblesse et la Fracture Identitaire

Avant la chute, la société soninké reposait sur des clans fondateurs (Wagué, Koussa, Kagoro, Karé), mais la noblesse n’était pas un statut hérité. Elle était une qualité personnelle, une noblesse de caractère acquise par les actions, la sagesse et l’intégrité de chaque individu.
Cependant, l’effondrement de l’empire et le chaos qui s’ensuivit pervertirent ce concept. La noblesse devint un statut social hérité par la naissance, s’éloignant de sa signification originelle de vertu. Cette nouvelle stratification sociale affaiblit davantage les liens entre les Soninkés et jeta les bases des divisions qui persistent encore aujourd’hui. Cette fracture identitaire, amorcée par la chute de l’empire, allait se renforcer au fil des siècles.

• La Diaspora Moderne : Entre Espoir et Dilemmes

L’histoire des migrations soninkés ne s’est pas arrêtée au Moyen Âge. À l’époque contemporaine, des vagues d’immigration massive ont eu lieu, en particulier vers la France. Poussés par la pauvreté et la recherche d’opportunités, des milliers de Soninkés ont émigré, laissant derrière eux leurs villages pour de nouvelles vies.
Aujourd’hui, la diaspora soninké est un pilier de développement pour leurs pays d’origine. Les envois de fonds (remises) sont une source de revenus vitale pour les familles restées au pays. Cependant, cette situation n’est pas sans ambiguïté. Les villages d’origine, autrefois centres agricoles dynamiques, se sont transformés en « villages dortoirs », où l’économie dépend désormais largement des fonds envoyés de l’étranger.
Cette aide, bien qu’essentielle, peut parfois glisser vers une forme d’assistanat, étouffant l’initiative locale et créant une dépendance. Un défi majeur se profile : la perte progressive de la langue soninké. Pour les jeunes générations nées loin de leur terre d’origine, la langue soninké s’efface au profit de celle du pays d’accueil, menaçant ainsi la disparition d’une part essentielle de leur identité culturelle.
Ces jeunes, souvent coupés de leurs racines, peinent à trouver leur place et se sentent tiraillés entre les attentes de leurs aînés (comme la reprise des responsabilités familiales et migratoires) et leur propre réalité. La diaspora soninké se trouve ainsi à un carrefour : comment préserver et transmettre un héritage si précieux lorsque les ponts culturels se fragilisent d’une génération à l’autre ?

• Conclusion

Le parcours du peuple Soninké est une illustration puissante de la manière dont les événements historiques, même lointains, peuvent continuer à façonner le présent. De la gloire passée de l’empire du Ghana à la réalité complexe de la diaspora, leur histoire est un récit de résilience, mais aussi de défis.

Mody WASSA
Écrivain-chercheur
wassamody@yahoo.fr

● Quand le refus d’écouter radicalise | Par M. Seyré SIDIBE

Tout commence souvent par une revendication simple : meilleure représentation, justice sociale, emploi, droits culturels ou politiques. Des doléances légitimes que des citoyens, se sentant lésés, portent au grand jour. Mais trop souvent, ces revendications sont ignorées, jugées fantaisistes, inappropriées, voire contraires à l’ordre établi. Les porteurs d’idées nouvelles sont diabolisés. Ils deviennent des conspirateurs, des traîtres, des agents de déstabilisation ou des porteurs d’idéaux “révolutionnaires” dangereux.

Ce prétexte permet de camoufler des injustices séculaires. Ceux qui osent demander changement sont réprimés, humiliés, pourchassés ou poussés à l’exil. Et là où l’injustice persiste, la radicalisation devient inévitable.

Mauritanie : quand l’alerte devient crime

Le 11 février 1966, le Manifeste des 19 contre l’arabisation forcée dénonçait l’introduction improvisée et forcée de la langue arabe dans le système éducatif national mauritanien. Les auteurs ont été arrêtés et sanctionnés.

En 1986, le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé dénonçait les dérives du pouvoir et les discriminations envers les Négro-mauritaniens. La réaction fut disproportionnée : arrestations, pressions et silence forcé. Ces exemples montrent que le refus d’écoute, parfois sur des questions pourtant légitimes, nourrit le ressentiment et l’opposition radicale.

Quand l’histoire se répète

En 1789, la Révolution française éclate : le peuple réclame justice sociale et fin des privilèges. La monarchie reste sourde.

Résultat : insurrection, prise de la Bastille et effondrement du régime.

Plus près de nous, le Printemps arabe de 2011 en Tunisie et en Libye a commencé par des revendications simples : emploi, justice sociale, libertés politiques. Ignorées, elles ont dégénéré en chaos, parfois amplifié par des ingérences extérieures.

Le mouvement GANBANAXU FEEDE : une révolution silencieuse

Depuis près d’une décennie, des jeunes Soninké de la diaspora et des territoires ont initié une révision du contrat socio-communautaire Soninké, posée sur la discussion et la réflexion.

L’idée a été diabolisée, déformée, ridiculisée. Des pressions ont été exercées pour créer peur et découragement. Pourtant, la révolution intellectuelle continue : les mots “maître” et “esclave” sont désormais prononcés avec hésitation, preuve d’un changement dans les esprits.

Ces exemples, à travers les continents et les époques, montrent une vérité universelle : le refus d’écouter engendre la résistance et la radicalisation. La force peut réduire les conséquences visibles, mais elle n’éteint jamais le problème de fond.

La gouvernance durable passe par le dialogue, l’écoute et la reconnaissance des revendications légitimes. Ignorer cette vérité, c’est courir droit vers le conflit et la rupture sociale.

Seyré SIDIBE

● Mauritanie – Guidimagha politique | Ce grand théâtre soninké à scène ouverte ! Par KS

À une époque de notre jeune conscientisation politique, il était d’usage d’entendre comme référence de positionnements politiques dans le camp du pouvoir principalement 2 noms. Il s’agissait de M. Yaya KANE et M. Diéremouna SOUMARE (paix éternelle à leurs âmes). Ces personnalités étaient identifiées dans une certaine littérature politique régionale sous les appellations « tendance Yaya KANE » et « tendance Diéremouna SOUMARE« . Ainsi la vie politique du giron pouvoir-état était animée par les clivages, les influences et les commerces politiques entre ces 2 camps auprès des autorités centrales de Nouakchott. Les 2 courants plutôt clanico-politiques que tenants d’idéologies programmatiques, étaient (sont) arrimés aux anciens régimes dans les différentes communautés en termes d’appartenance sociale et de représentativité. D’affichage transcommunauraires, mais selon les précisions d’un doyen consulté récemment, me donnent schématiquement comme suit : la tendance Diéremouna SOUMARE regroupait principalement les soninkés et la tendance Yaya KANE était mixte peulhs, maures et quelques soninkés. Ce parallélisme en terme d’ancrage politique par ces identités socio-claniques prendrait ses origines du temps du premier Président mauritanien M. Moctar Ould Daddah et son parti unique (Parti du peuple mauritanien) . Ainsi, c’est dans le sillage historique de cette réalité politique régionale qu’il faut observer et décortiquer les diverses déclinaisons évolutives dans le champ politique pro toutes-majorités-présidentielles (de Daddah à Ghazouani) du Guidimagha. Les régimes se succèdent au palais ocre à Nouakchott et ces tendances mettent à jour leurs commerces politiques en lobbying du terrain régional pour être toujours dans « les petits papiers » du pouvoir en place. Le principe est simple : fidéliser une clientèle électorale en résultats localement et revenir à Nouakchott pour réclamer la récompense en termes de placements et de nominations à des postes au sein de l’administration. Ainsi fonctionnait (fonctionne) ce commerce politique qui intègrait (intègre) dans ses clauses secrètes du côté soninké, la prise en compte ségrégationniste des patronymes de personnes à nommer par exemple comme ministres. Les compétences et les qualités morales passent en rang moindre par rapport au nom de famille porté lié à l’extraction sociale.

Et c’est ainsi de nombreuses années durant au détriment d’une véritable et exigeante vie citoyenne auprès des populations notamment pour leurs besoins en terme de développement multidimensionnel. Du « cheptel » votant… sollicité électoralement période à période… et ça continuait… ça continue !

Par les temps qui courent, depuis quelques années d’ailleurs, les logiques de tendances se sont décentrées de l’ancien schéma « héritage Yaya vs héritage Diéremouna » vers une affaire des dissenssions intestines intra tendance « Diéremouna SOUMARE » dite des soninkés. L’avènement des réseaux digitaux notamment whatsapp et l’accès massif et sans filtres aux discours politiques, un certain éveil s’est amorcé auprès de l’électorat. Les élections législatives, régionales et municipales de 2023 au Guidimagha ont provoqué un certain chamboulement avec les performances électorales du parti Udp (encarté majorité présidentielle) qui rafla 4 députés sur les 8 de la region, plusieurs mairies et la vice-présidence du Conseil régional dans la foulée. Le principal parti au pouvoir Insaf a été mis en grande difficulté et par conséquent ses ambassadeurs historiques en légitimité dans la région au nom de la tendance ont vu leurs certitudes bousculées sèchement. Ces ambassadeurs mi-politiciens mi-représentants des ordres féodo-traditionalistes voient comme une menace existentielle l’émergence d’une jeune garde (qui leur est apparentée en partie par ailleurs) très ambitieuse à leur goût. On peut citer dans ce registre, l’activisme terrain de M. Waly Diawara (dynamique vice-président du CR) et ses partenaires. Les pôles constitués selon diverses opinions intra-communautaires dans cet affrontement frôlant l’amusement parfois, sont les suivants : le camp de M. Sidney Sokhna (vice-président de l’assemblée nationale) et ses ouailles et le giron mené par le duo dirigeant le Conseil régional , M. Issa Coulibaly (président) et M. Waly Diawara qui en est le premier vice-président.
Nombre de relais sociaux dans la communauté et dans la région sont en mouvements pour soutenir ici et-ou commercer politiquement pas que dans l’avenir là-bas. Certains élus (députés et maires) subissent ou participent à cet engrenage clanico-politique et social et sont rattrapés par ces réalités politiciennes de basse classe. Dans laquelle on y ourdit diverses manipulations et intrigues, sourde délation et sabotages mutuels. C’est sur ce terrain étrange de lutte d’influence et de commerce politique et social qu’on trouvera des illettrés notoires et des personnages d’une médiocre tenue intellectuelle s’accaparer du gouvernail organisationnel et missionnaire et des diplômés bien instruits avec une certaine aération intellectuelle réduits dans la loge de suiveurs lambda. À propos, un adage soninké volontairement caricatural peut être convoqué : « les bovins buveraient par leurs queue désormais »

Il y a quelques temps, nous avons constaté l’activisme douteux d’un regroupement d’une certaine configuration s’auto-proclamant représentatif du Guidimagha, s’incruster dans cette arène de lutte de positionnements légitimistes pour sauvegarder (héritage Diéremouna SOUMARE) chez les uns ou pour remplacer (asseoir une nouvelle légitimité) chez les autres auprès du pouvoir central de Nouakchott. À noter que ce regroupement espérant faire sa mue en une coordination politicienne viendrait de l’émanation des tenants réactionnaires qui se sont opposés et s’opposent par différents canaux au militantisme antiesclavagiste et anti-féodal porté par le mouvement citoyen, social et droit-de-l’hommiste Ganbanaaxu Fedde amorcé dans les milieux soninkés il y a 9 ans. L’illustration à point pour démontrer qu’il y a beaucoup d’ingrédients malaxés sous l’angle analytique purement soninké dans cette lutte clanico-politique intra tendance.

Et les masses populaires sont diversement et discriminatoirement traitées et concernées dans les enjeux globaux de ce fourre-tout très variable selon de quelle extraction sociale que l’on en vient. Les couches socialement privilégiées par les anciens régimes coutumiers vont essayer d’influencer les politiciens pour garder leurs positions intactes mêmes anti-républicaines dans les localités et les politiciens en retour vont les instrumentaliser à chaud en clientèle électorale avec des faux espoirs peu jouables à long terme. Les autres couches sociales faites d’un grand mixte entre « cadets sociaux » relégués, éléments intermédiaires subordonnés statutairement parlant et forces indépendantes progressistes, doivent se trouver une voi(e)x en positionnements politiques et en stratégies d’approche en parallèle dans l’arène sociale et politique.

J’ose croire que l’une des clés de déverrouillage de ce système clanico-politique imposé d’en haut et alimenté d’en bas, passe par l’émergence d’une dynamique citoyenne de sensibilisation auprès des opinions sociales et de créer une synergie pragmatique avec un langage de vérité. Une nécessité de politiser valablement les couches historiquement reléguées dans la société et qu’elles s’autorisent des voi(es)x et moyens en accédant en lobbying direct aux hautes autorités politiques du pays (oppositions ou le camp du pouvoir selon les choix des uns et des autres).

27 août 2025

–Koundou SOUMARE pour le BLOG

● Mali Politique ~ Contribution | Mali : L’inéluctable recomposition du paysage politique. Par M. Brehima Sidibe


Cela fait cinq bonnes années que le Mali vit sous un régime de transition. En effet, depuis le renversement du régime d’Ibrahim Boubacar KEÏTA en août 2020, le pays est dirigé par un collège de militaires. Longtemps associés à la gestion de la chose publique, notamment depuis mars 1991 avec la chute du Général Moussa Traoré, les acteurs politiques semblent désormais être dans une longue traversée du désert. Cet état de fait changera inéluctablement le paysage politique. Ce que nous tenterons de démontrer dans cet article à travers trois facteurs.

1. Un narratif défavorable

S’il y a un élément qui participe à la recomposition du paysage politique, c’est bien le narratif utilisé pour qualifier le bilan de trente ans de démocratie. A tort ou à raison, dans les hautes sphères du pouvoir, nombreux sont ceux qui estiment que la déliquescence de l’armée, de l’école plus globalement de l’Etat est liée à la gestion faite par les acteurs politiques au cours des trentes dernières années. D’où l’apparition du vocable “Mali Kura” qui signifie “le Nouveau Mali”. Entendre par là que le temps de ces acteurs politiques est désormais révolu. Et le hic est que ce narratif a surtout été vehiculé par un certain Choguel Maiga, alors premier ministre et responsable politique de premier plan. S’il est vrai que ce dernier n’est pas de la même obédience politique que les acteurs du mouvement démocratique—en ce sens qu’il se réclame de Moussa Traoré—il faut dire qu’il fut ministre dans les gouvernements des présidents Amadou Toumani Touré et d’IBK. Il aura donc contribué, peut-être sans le savoir, à sa propre mort politique ainsi que celle de ses camarades. En effet, Choguel qualifie les militaires ayant pris le pouvoir comme étant des “monai bo denw” en d’autres termes “les dignes fils ou encore ceux qui agissent véritablement pour le pays”. En appliquant le principe de présupposition en analyse du discours, cela contraste avec les acteurs politiques. Au-delà des hauts responsables, ce narratif défavorable est repris par bon nombre des maliens qui pensent que les politiciens ont une grande responsabilité dans la tragédie que le Mali a connue. Plus qu’un narratif, cela aura des conséquences politiques.

● L’abrogation de la charte des partis politiques de 2005

Fort du narratif défavorable aux hommes politiques, les autorités de transition vont engager le processus de refondation de l’Etat. Cela commence par les “Assises Nationales de la Refondation de l’Etat” (ANR) en décembre 2021. Une des recommandations phare sera de réduire le nombre de partis politiques,de durcir les conditions de création d’une formation politique et de couper le financement public. Il est important de souligner que bon nombre d’acteurs politiques étaient en phase avec cette recommandation. Mais la rupture entre les autorités de transition et la classe politique interviendra à l’issue de nouvelles consultations en avril et mai 2025. A l’issue de ces consultations–boycottées par par la classe qui s’était réuni au sein de “l’Initiative des partis politiques pour la charte” et dirigée par Me Mountaga TALL, le décret sur la dissolution des partis politiques sera signé par le Général d’armée Assimi Goita après son adoption par le Conseil National de la Transition, l’organe législatif. Au moment où nous rédigeons cet article, ce décret d’abrogation est attaqué en justice par un pool d’avocats avec à sa tête Me Mountaga TALL. Il appartient désormais à la cour constitutionnelle de trancher. Mais le temps de la justice n’est pas forcément le temps politique.

● L’usure du temps

Le dernier facteur qui explique la recomposition à venir du paysage politique malien est l’usure du temps. En effet, comme nous l’avons évoqué plus haut, depuis la chute du régime de Moussa Traoré en 1991, une nouvelle génération est apparue sur la scène politique.Cette génération est appelée le mouvement démocratique. Pendant trente ans de démocratie pluraliste, ces acteurs ont partagé le pouvoir. Ce serait de la malhonnêteté intellectuelle d’affirmer que ce bilan est totalement négatif. Comme tous les pouvoirs, il y a eu des hauts et des bas mais le mouvement démovcratique a un bilan qui est tout à fait défendable à bien des égards. Cependant, l’usure du temps s’accompagne de l’usure du pouvoir. Les populations ont souvent eul’impression de devoir choisir à chaque consultation électorale entre les mêmes acteurs. En effet, certains noms ont marqué cette période, que l’on songe à Soumaïla Cissé, IBK, Soumeylou Boubèye Maiga, Mountaga Tall, Tiébilé Dramé… On remarquera d’ailleurs que parmi les noms cités, seul Mountaga Tall est en vie. C’est également cela l’usure du temps.

En définitive, nous affirmons que les cinq dernières années auront été le temps de la recomposition du paysage politique malien à travers les trois facteurs que nous venons de développer. Toutefois, il serait naïf de penser qu’on peut diriger un pays sans acteurs politiques. D’ailleurs les autorités de transition ont elles même souligné qu’une nouvelle charte des partis politiques sera mise en place conformément au texte et à l’esprit de la constitution du 22 juillet 2023 qui, comme celle de 1992, garantit le multipartisme. Nous allons donc assister à une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques qui pour réussir devra tenir compte des erreurs commises par le passé. Pour finir, en paraphrasant Frantz Fanon : “Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.”

Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique

● Mauritanie ~ Diplomatie | La diplomatie mauritanienne : la constance comme ligne de conduite [AMI]



Ces derniers jours, des accusations ont émergé, portées par certains médias étrangers, selon lesquels la Mauritanie servirait de point de passage pour des armes en provenance d’Ukraine, destinées à des groupes armés sévissant au Sahel. Aucune preuve tangible n’est venue étayer ces allégations. Il n’en demeure pas moins que la répétition de telles accusations impose une clarification.

Nouakchott récuse ces soupçons avec fermeté. Depuis plus d’une décennie, le pays a construit une stratégie de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent qui lui a permis d’échapper aux dérives régionales. Cette politique, souvent citée en exemple, repose sur une conviction constante : la sécurité intérieure de la Mauritanie ne peut être dissociée de celle de son voisinage.

Cette interdépendance résulte pour le gouvernement mauritanien tout autant de l’impératif de solidarité que d’un constat de réalisme. Par simple lucidité, la Mauritanie estime qu’elle ne peut se permettre de voir un voisin sombrer dans le chaos, sans en subir elle-même, tôt ou tard, les répercussions. L’expérience confirme ce principe simple : lorsqu’un État vacille, les lignes de fracture traversent immédiatement les frontières.

De ce point de vue, l’attachement de Nouakchott à la sécurité collective du Sahel s’explique aisément. Le pays n’a cessé, dans la discrétion et loin des déclarations spectaculaires, de soutenir ses voisins lorsqu’ils traversaient des périodes de vulnérabilité. Soutien logistique, partage d’informations sensibles, médiation discrète : les gestes sont nombreux, même si la tradition locale a toujours privilégié la retenue à la sur-communication. La Mauritanie n’a jamais ressenti le besoin de proclamer ses solidarités mais préfère agir sans publicité.

À ce socle régional, s’ajoute une diplomatie dont la ligne apparaît, avec le recul, d’une grande constance. Dans un contexte mondial marqué par les revirements et les repositionnements, la Mauritanie s’est tenue à quelques principes cardinaux : attachement au multilatéralisme, respect scrupuleux de la Charte des Nations unies, règlement pacifique des différends et refus de s’engager dans les rivalités géopolitiques.

Le cas du conflit russo-ukrainien illustre cette cohérence. À l’Assemblée générale des Nations Unies, la Mauritanie a soutenu la résolution condamnant l’atteinte à la souveraineté territoriale de l’Ukraine. Dans le même temps, elle s’est opposée à l’exclusion de la Russie du Conseil des droits de l’homme, convaincue que les sanctions et l’isolement diplomatique ne règlent pas les crises mais les prolongent. Certains y ont vu une ambiguïté ; d’autres y reconnaissent une fidélité à des principes. Le pays, de son côté, souligne la simplicité de son raisonnement : ses relations avec Moscou remontent à 1965, celles avec Kiev plus récentes et limitées. Les choix diplomatiques ne se font pas en fonction des aides reçues de part et d’autres – au demeurant inexistantes dans le cas de la Mauritanie – mais selon l’épaisseur des liens historiques et la cohérence des positions de principe.

Avec ses partenaires sahéliens, la même logique prévaut. Des explications franches ont eu lieu, notamment avec les autorités maliennes, qui ont compris la nature de la position mauritanienne. Derrière ce dialogue s’affirme une conviction qui ne varie pas : prévenir l’instabilité d’un État de la région, c’est protéger l’ensemble du Sahel contre un effet domino.

Ainsi, face aux accusations récentes, la Mauritanie oppose moins l’indignation que la permanence de sa ligne. Elle parle peu, agit davantage, et préfère la constance et la clarté. Dans une région marquée par les crises et les basculements, elle a choisi une voie singulière : une diplomatie de retenue, discrète dans les formes mais ferme dans ses principes, convaincue que la stabilité n’est jamais l’affaire d’un seul pays mais une responsabilité collective.

©️ Lien média – La diplomatie mauritanienne : la constance comme ligne de conduite – Agence mauritanienne d’information https://share.google/FamITIqIAZPzo1FBK

● Mauritanie politique | l’engagement vaut avant tout par son périmètre prioritaire. Par KS

● Rétro 📷 Avril 2025 | Avec le doyen et compatriote Dr Mohamed Cire. De notre causerie instructive adjointe à d’autres observations et échanges avec certaines source-ressources sociales et politiques sur notre Mauritanie politique, ma conviction s’est affermie sur la stratégie de périmètre prioritaire en politique. Une sorte de relativisme alerte en fonction de qui dénonce quoi et dans quel contexte. Également à être attentif sur le traitement thématique : ici ça marginalise une donnée et là bas ça en fait une centralité selon des frontières sociales et territoriales.

Ainsi, en militant ou sympathisant, je peux me retrouver dans le même camp politique de diverses compositions sociales et idéologiques mais mon top focus ne doit jamais dévier de mon périmètre prioritaire dans les enjeux politiques et sociaux en question.

Un cas plausible pour ne pas dire certain, tu peux te retrouver soutenir un candidat à la présidence de la république avec un groupe d’individus et ce même groupe ne voterait jamais pour toi dans votre commune d’origine si tu étais candidat à la mairie.

Beaucoup d’afro mauritaniens politisés sont dans cette gymnastique entre les élections présidentielles et les élections locales parce que les priorités sont chancelantes en fonction de certains objectifs variables peu avouables sur la place publique. On épingle le racialisme politique ailleurs (dit étatique) tout en cautionnant insidieusement le féodalisme politique dans nos enclos communautaires.
D’ailleurs une certaine actualité pourrait se résumer à un constat Cri Osé comme suit : En Mauritanie politique, si vos « cadets sociaux » fêtent toujours leur subordination socio-folklorique dans le fatalisme, votre intelligentsia a failli à l’essentiel.

Nombre de « Che Guevara » captant bruyamment des espaces politico-médiatiques et militants circonscrits à certaines thématiques, le font avec d’angles évités sciemment… notamment ceux liés aux problématiques féodalo-esclavagistes qui minent toutes nos communautés nationales à divers degrés. Une ambiance spectaculaire y préside via les espaces digitaux 2.0 pour écumer et conditionner les opinions publiques surtout celles peu averties, afin d’espérer cueillir les retombées électoralement à l’avenir. Une forme d’imposture par l’arrière-fond sélectif dans le champ des problématiques à dénoncer et à traiter publiquement.

En un mot : l’éveil politique résolument citoyen et égalitaire doit émerger d’en bas (dans nos communautés), ce qui nécessite une mise à jour dans nos relations inter classes , sociaux et statutaires. Autrement…nous faisons semblant avec quelques leurres risibles qui ne peuvent tenir d’échappatoire continuellement.

23 août 2025

–Koundou SOUMARE pour le BLOG

● Mauritanie | Houwiyeti et son système « Big Brother » par ce parrainage des partis politiques.

1 – Je me demande s’il existe un système similaire ailleurs dans le monde, pour le processus de reconnaissance d’un parti politique par les autorités ?

2 – Accès aux données biométriques des citoyens et les croisant avec leurs camps politiques sous le contrôle du ministère de l’intérieur (par ailleurs véritable gestionnaire politisé du système électoral)… même le KGB d’antan hésiterait comme pratique…
Qui va garantir quoi dans ça… en termes de protection de ces données et le droit à l’anonymat pour les choix politiques… notamment les fonctionnaires et autres citoyens professionnellement ou socialement dépendants…?

3 – Le député mauritanien 🇲🇷 M. Biram Dah Abeid avait relevé cette problématique à juste titre dans une intervention audio il y a quelques temps…

4 – Ce système insidieusement policier et intrusif mis dans le filtrage de l’espace politico organisationnel est une grave atteinte aux libertés politiques, et seuls les partis politiquement compatibles à une certaine idéologie « tronc commun » avec l’Etat profond vont s’y soumettre en toute confiance.

5 – Ce E-contrôle de haute intensité n’est pas démocratiquement potable et les autorités doivent le bannir et permettre à toutes les expressions politiques d’occuper leurs espaces fonctionnels et militants en toute légalité. Les droits politiques librement tenus par les citoyens font partie intégrante naturellement du champ droit-de-l’hommiste

20 août 2025

KS pour le BLOG

● Esclavage en Afrique: La participation des féodalités africaines est incontestable ! | Par l’anthropologue sénégalais Yaya SY

« Bonsoir Diko. En Afrique, pour de multiples raisons, les gens ne lisent pas beaucoup ou disposent de peu de documents scientifiques sérieux. Je t’envoie des documents que je vais brièvement commenter. Ceux qui disent que les féodalités africaines n’étaient pas impliquées dans l’esclavage (arabo-musulman) depuis le VIIe siècle jusqu’au XXe, font du négationnisme ou du révisionnisme. De même, à des degrés divers, concernant les déportations européennes, l’écrasante majorité des chefferies ont été corrompues par les cadeaux offerts par les Européens, soit pour s’installer sur les côtes, soit pour prendre les voies fluviales et s’introduire dans le pays profond à travers leurs alliés… Les Portugais arrivés les premiers dès la moitié du XVe siècle, ont commencé à donner des cadeaux aux rois pour les corrompre et des armes pour déstabiliser leurs adversaires et en faire de futurs vassaux et esclaves… Les Français installés à Saint-Louis en 1659, ont aussitôt commencé le commerce des esclaves sur la côte sénégambienne… A partir de 1666 ils commencèrent à remonter le fleuve et à payer des redevances et des cadeaux aux souverains et chefs locaux… Mais dès qu’ils s’installent durablement (comme à Bakel), ils cherchent querelle aux chefs en s’imposant par la force. Mais à partir du Second Empire ils ne veulent même « plus payer les coutumes aux sauvages » (droits de passage et cadeaux). On trouvera des détails dans mon ouvrage  » Mouhamadou Lamine Darame ».

Il y a des passages au début de mon ouvrage où les Français achetaient l’amitié des chefs en payant des droits de passage sur le fleuve… À la fin de l’ouvrage tu verras comment ils intimidaient, enlevaient les enfants des fils de chefs pour les envoyer à leur école (chefs soumis ou vaincus). Il faut comprendre que les Européens sont venus s’installer sur les côtes à partir de 1444. Dès lors, on avait deux espaces de prélèvement d’esclaves : la moitié Nord du Continent (du Sahel jusqu’en Somalie) et sur les côtes (des côtes mauritaniennes jusqu’à la mer Rouge). Le Congo a la spécificité d’être la première à être démantelé et la dernière à continuer à être massivement attaqué au XIXe siècle par les esclavagistes.

Dans l’ouvrage de Claude Meillassoux, beaucoup de sociétés africaines font face aux deux systèmes esclavagistes… Les meilleurs spécialistes sont dans la bibliographie. En particulier Denise Bouche qui a écrit sur les « villages de liberté « . Elle montre comment les Français tout en ayant voté des lois d’abolition en 1848, ne veulent pas les appliquer ou faire voter de nouvelles lois pour l’Afrique noire (lois 1901-1903 et 1905 non appliquées). Ils louvoient avec les esclavagistes qui envoient des caravanes en Afrique du nord ; ils veulent seulement en empêcher ces flux de caravanes d’esclaves ; ils essaient d’attirer les esclaves dans leur « enclaves » (escales) tout en ne voulant pas mécontenter les féodaux (mais ils avaient besoin de main d’œuvre). Ainsi, les rois ou chefs de village qui acceptent de collaborer avec eux sont promus à des postes de chefs de cantons (début du XXe jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale). Les féodaux mécontents ont mobilisé leurs marabouts pour propager l’idée que tout esclave qui se rend dans les refuges du Blanc ira en enfer car il n’est pas libéré selon les lois de l’islam… (Denise Bouche  » 1968 « Les villages de liberté en Afrique noir française, Paris, Mouton). Les Français ont continué eux-mêmes à pratiquer les travaux forcés jusqu’en 1946 (Loi Houphouet  Boigny) malgré les nombreuses injonctions de la Société des Nations (SDN).

L’ouvrage de Renault et Daget est l’un des meilleurs qui montre les parts de responsabilité des féodalités africaines et des marchands esclavagistes européens sur les côtes (et la pénétration de leur « commerce » par les cours d’eau du Golfe de Guinée). On achète les places des comptoirs, on couvre le roi de cadeaux (toujours ces marchandises européennes comme leurres). On lui vend des armes et il se lance à la recherche de ses congénères d’autres sociétés, voisines ou lointaines…

Dans cet ouvrage les Portugais débarquent en 1444 sur les côtes de l’actuel Mauritanie. Mais à la fin du XVe siècle, ils ont déjà démoli le Grand Congo d’ Alfonse 1er malgré sa conversion et son attitude, conciliante. Ils remontent vers la Sénégambie pour démolir le Grand Jolof en détachant ses royaumes vassaux à qui ils offrent des cadeaux et vendent des armes… C’est l’explosion du Grand Jolof sous la pression des esclavagistes portugais. Diviser pour mieux régner, car la résistance des grands ensembles pourrait coûter cher à l’envahisseur. Mieux vaut diviser d’abord avant de s’attaquer à ceux qui résistent, mais qui sont déjà isolés…

La participation des féodalités africaines est incontestable ! Par exemple, que ceux qui disent que les rois du Fouta n’ont pas collaboré avec les colons m’expliquent pourquoi et comment le lieutenant colonel Henri Frey a pu avoir 2000 cavaliers d’Abdoul Boubacar roi du Fouta pour aller l’aider à brûler les villages du Gidimaxa qui ont aidé Mouhamadou Lamine lors du siège de Bakel en avril 1886 ? Partout il y a eu des résistances farouches certes, mais aussi des alliances coupables, des vassalisations et des soumissions honteuses. C’est à nous de lire toutes ces pages sombres et claires  de notre histoire en toute objectivité selon les contextes et les périodes.

Dogo Diawara, l’un des plus grands traditionalistes des Soinkés du Gajaaga décrit un exemple de collaboration et de soumission sournoises des féodaux : « Le roi de Tiyabou s’est déplacé en personne pour aller dire au commandant de cercle à Bakel : « Tu es mon camarade, je viens t’informer qu’un marabout du nom de Mamadou Lamine Darame du village de Gounjourou s’apprête à soulever le peuple et à provoquer des troubles dans le pays. Mais le Commandant du fort, le Capitaine Lefranc, était déjà au courant… car son chef hiérarchique le lieutenant Colonel Henri Frey avait reçu des garanties à Gounjourou auprès du marabout qui lui avait déjà promis qu’il ne s’attaquerait pas aux Français). On était en août 1885… Juste au retour de la Mecque du marabout soninké en juillet. Dogo Diawara précise : Le « Tunka » (roi) de Tiyabou disait à qui voulait l’entendre : « Nous avons essuyé un premier problème de Sikhou (maraboput) nous ne voulons plus d’un second Sikhou ». Il avait été échaudé par le soulèvement généré par un premier marabout, en l’occurrence El-Hadj Omar, qui avait ébranlé les pouvoirs locaux des Soninkés et des Bambaras… » On comprend pourqupoi pratiquement, tous les souverains du fleuve avaient déjà en juillet 1885, signé un pacte de protectorat avec les colons français…(…..) »

Docteur Yaya SY Anthropologue et Professeur d’Histoire.

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● Chantiers à l’arrêt à Nouakchott après l’expulsion des migrants en situation irrégulière | [Vidéo]

LE360 AFRIQUE – Après les secteurs de la pêche, du prêt-à-porter et du commerce des fruits et légumes, c’est autour de la construction de subir le retour de manivelle de l’expulsion des migrants maliens, sénégalais et guinéens. Faute de main d’œuvre, plusieurs chantiers sont à l’arrêt et les prix des matériaux de construction explosent.

La récente reconduite aux frontières de migrants en situation irrégulière dont essentiellement des ouest-africains, continue d’impacter certains secteurs clés de l’économie mauritanienne, particulièrement l’ensemble de la chaîne de la construction.

Le déficit en ouvriers se fait ressentir à tous les étages, de la fabrication des briques à la construction d’immeuble. Même les travaux de finition pâtissent de ces départs forcés.

Les conséquences ne se sont pas fait attendre: explosion des prix des matériaux, chantiers à l’arrêt. Sadio Camara, propriétaire d’un dépôt de briques, explique «nous faisons face à une absence de main d’œuvre après le départ des migrants maliens. Les autorités s’étaient engagées à trouver une solution par la formation de nos employés grâce aux services d’un spécialiste malien, mais nous attendons toujours. La pénurie persiste et provoque une hausse des prix. Le travail est à l’arrêt sur tous les chantiers».

Ces reconduites aux frontières ciblent les migrants en situation irrégulière. Elles touchent particulièrement les ressortissants des pays d’Afrique de l’ouest dont les Maliens, les Sénégalais, les Guinéens et les Ivoiriens qui sont parmi les plus importantes communautés étrangères présentes dans le pays dont nombreux sont en situation irrégulière.

Allant dans le même sens, Sidi Mohamed, client, apporte également son témoignage: «depuis plusieurs semaines, les briques sont introuvables. J’essaie d’en trouver mais on me dit qu’il faut d’abord passer commande puis faire preuve de patience. Et quand la marchandise est enfin livrée, c’est avec des prix en hausse. Après le départ des Maliens, qui travaillaient pour un salaire mensuel de 4.000 ouguiyas. Avec ce salaire, les Mauritaniens ne veulent faire le même boulot».

Abou Wone, maçon de son état, souligne que «les prix de toutes les catégories de briques sont en forte hausse. Pour les briques simples, l’unité est passée de 13 à 25 ouguiyas. Quant à la brique hourdis, elle est passée de 30 à 45 ouguiyas».

Ces différents témoignages rappellent que les Maliens constituaient depuis quelques années la principale source de main d’œuvre du secteur de la construction de bâtiment à Nouakchott. Conséquence, leur départ dans le cadre des expulsions de migrants non réguliers a entrainé une pénurie d’ouvriers. Outre les arrêts de certains chantiers, la rareté de la main d’œuvre a fait grimper les rémunérations des ouvriers au niveau des chantiers.

Une situation que confirme Habib Sy, professionnel de la construction, évoluant dans le génie civil: «depuis le départ des Maliens, nous sommes confrontés à de nombreux problèmes. Nous subissons les conséquences de cette situation avec un arrêt des chantiers par manque d’ouvriers qui repousse les délais de construction».

Les autorités mauritaniennes mettent en avant la nécessité de lutter contre les réseaux de trafiquants et de préserver la sécurité nationale pour justifier ces expulsions.

Par Amadou Seck (Nouakchott, correspondance)

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● Mauritanie | Les conditions de l’enrôlement des populations par un nouvel arrêté ministériel.

Ci-après les visuels de l’intégralité du nouvel arrêté ministériel :

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