Mauritanie : Déclaration sur l’adoption d’un projet de loi réprimant les violences faites aux femmes et aux jeunes filles

Groupe des femmes à la CNDH – Nous nous réjouissons et félicitons le gouvernement de l’examination et de l’adoption en Conseil des Ministres du projet de loi relatif à la pénalisation de toutes sortes de violences à l’égard de la femme et de la fille. Le projet de loi vient ainsi renforcer la lutte et la condamnation des auteurs et complices des actes de violences perpétrés à l’endroit des femmes et filles en Mauritanie. Le groupe des femmes félicite le Gouvernement et le Président de la République pour cette initiative longtemps voulue et demandée par la société civile Mauritanienne dans son ensemble. Le groupe des femmes s’engage au côté du gouvernement à mener le combat afin de voir la loi être adoptée à l’assemblée nationale et de son application effective sur le terrain pour le bien-être de la femme et de la jeune fille. Les événements tragiques de ces dernières années qui ont mené aux viols et meutres de femmes et jeunes filles ne resteront plus impunis et bénéficieront désormais de procès équitables et condamnations de criminels profitant de la vulnérabilité de la femme dans notre pays. Madame Zenebou Mohamed AININA s’engage également aux côtés de ces paires de la société civile pour mener une large campagne de sensibilisation sur toute l’étendue du territoire national afin que cette loi, si elle est adoptée, soit connue de tous les citoyens mauritaniens et en particulier la femme et la jeune fille, ceci pour les informer de leurs droits et devoirs et se protéger de toute agression à son endroit. Le groupe des femme exhorte la société civile Mauritanienne de continuer le combat et accompagner le gouvernement pour l’adoption très prochaine de la loi à l’assemblée nationale.

Fait à Nouakchott le 07/5/2020

Madame Zeinebou Sidi Mohamed, Représentante du Groupe des femmes à la CNDH (Commission Nationale des Droits de l’Homme )

©️ Crédit source: http://www.cridem.org/C_Info.php?article=735870

URGENT : DÉCISION D’OUVRIR LES MARCHÉS ,LES RESTAURANTS ET DE PERMETTRE LES PRIÉRES COLLECTIVES DU VENDREDI ET TARAWIH

Les autorités mauritaniennes ont décidé de commencer à assouplir les mesures de précaution contre l’émergence du virus Corona, en autorisant les prières du vendredi et  en ouvrant les marchés et les restaurants, tout en adoptant des contrôles et des précautions générales.

Les autorités ont également décidé de reculer  l’entrée en vigueur du couvre-feu jusqu’  à 23 heures au lieu de 21 heures précedemment.

Source : https://www.alakhbar.info/?q=node/25148

Traduit par adrar.info

©️ Crédit source: reprise via adrar.info http://adrar-info.net/?p=62555

Mauritanie- Le statut des langues devant l’ Assemblée nationale: ouvrir de nouvelles perspectives…

Crédit photo/ via Facebook de l’auteur



Le débat à l’Assemblée nationale sur un projet de loi portant sur la protection des consommateurs a donné l’occasion de rouvrir le debat sur l’usage du français dans le pays. Un député ( de la majorité) a proposé que soit purement et simplement supprimée du projet, la mention portant sur l’ étiquetage des produits dans une autre langue que l’ arabe, sauf pour la langue de leurs pays d’origine. En clair, la proposition d’ amendement du député consistait à rejeter, dans la loi sur la protection des consommateurs, l’usage du français sans le dire explicitement. A nouveau, à l’ Assemblée Nationale, se posait la question du statut de la langue française dans le pays, c’ est à dire l’usage qui pouvait en être fait, officiellement . Un débat serein et riche fut ouvert.
Intervenant le premier aprés le dépôt de l’ amendement sur la question, le député et Président de l’ UFP, Mohamed Maouloud, eut l’occasion de clarifier la position du parti sur la question, en rappelant l’ exigence de protection de manière égale, des locuteurs de toutes les langues utilisées dans le pays, sans discrimination. En conséquence, il demanda le rejet pur et simple de l’ amendement.Cette ferme position entraîna le ralliement massif de la grande majorité des députés dans le rejet de cet amendement dont l’ adoption aurait ajouté une couche de plus dans le processus d’ exclusion des  » non arabisants » dans le pays. Il est important de noter que ce rejet provenait à la fois des députés de l’opposition et de la majorité et constitue un véritable consensus dans l’interprétation que l’ Assemblée nationale se fait de l’ égalité formelle des locuteurs des langues en usage dans le pays. C’ est un signe positif du climat qui règne en ce moment au sein de l’ Assemblee pour la première fois depuis des décennies.
Il serait judicieux pour une question de société comme celle là, que tous les députés patriotes se départissent de toute étroitesse d’ esprit et acceptent d’ouvrir plus largement le débat sur la question nationale, en reconnaissant plus ouvertement ce qu’ils viennent de reconnaître implicitement : l’ égalité complète des locuteurs des langues nationales du pays ( devant être toutes officialisées) et des langues officiellement en usage dans le pays ( arabe et français , comme langues officielles d’ enseignement actuelles du pays) et leur droit à un traitement égal vis à vis des pouvoirs publics.
Ce serait un pas important accompli par l’ Assemblée pour sa réhabilitation historique, après la mise sur pied sans précédent de la Commission d’ enquête sur les crimes économiques et les perspectives de la voir ouvrir d’ autres chantiers de grande importance comme le  » passif humanitaire », la cohésion sociale et l’indépendance économique du pays.


Gourmo Lô, Facebook 6 mai 2020

Tribune – Covid-19 – Mauritanie : « j’étais recruté par l’OMS et le ministère de la santé m’a remplacé par un autre » Par Mohameden Fall

Mohameden Fall – Dans le cadre de leurs activités de lutte contre la pandémie du coronavirus en Mauritanie, l’OMS Mauritanie recherchait des Epidémiologistes ou Médecins ayant une expérience avérée de surveillance des maladies au niveau du terrain. C’est dans ce cadre que ma candidature a été sélectionnée sur des critères precis et rigoureux. On a effectué une formation de 2 jours à l’hôtel Nouakchott et 7h de formation en ligne. Le projet avançait, les responsables de l’OMS nous avaient parlés des conditions et de la nature de notre travail, avec notamment l’affectation de chaque candidat dans une moughataa où il sera chargé du suivi des cas suspects de contamination au Covid-19. Ils nous ont même expliqués les grilles de salaires et du type de contrat en tant que fonctionnaire international des Nations-Unies. Dès le début de la formation, le représentant de l’OMS en Mauritanie avait expliqué que dans les règlements de l’organisation il ne peut y avoir de compétition entre le ministère et l’OMS. Donc tous les candidats qui sont fonctionnaires n’ont qu’à se signaler car ils vont envoyer la liste pour vérification au ministère. Même s’il se trouve que le contrat est déjà signé et le candidat affecté, si le ministère confirme qu’il est fonctionnaire, le contrat sera résilié et le candidat retourné à Nouakchott. Il a expliqué ensuite que l’organisation payait beaucoup plus que le ministère et que leur objectif n’était pas de récupérer les fonctionnaires du ministère. Voilà les raisons qui les ont poussés à procéder ainsi, c’était clair dans notre tête et on était tous d’accord la-dessus. Même si ça n’arrangeait pas certains candidats qui sont des hauts cadres du ministère de la santé qui avaient une disponibilité du ministère. Durant une pause café, j’ai entendu un collègue (ancien DRH du MS) dire que ce n’est pas normal que l’OMS fixe des règles comme ça. Mais il a oublié que l’Etat a donné son accord sur le principe et a validé ce programme que l’OMS va financer et piloter. C’était la meuilleure chose d’ailleurs pour le pays car le représentant de l’OMS en Mauritanie est de renommée internationale parmi les meuilleurs experts mondiaux contre les pandémies. En 2018, en pleine pandémie d’Ebola, le directeur de l’OMS l’a appelé pour lui dire que d’après les plus grands experts, il est le mieux placé pour l’endiguer. Il a quitté Nouakchott pour le Congo pour diriger la riposte sur place pendant 8 mois. Cet homme n’est pas un amateur dans la lutte contre les épidémies et pandémies. Un médecin de formation militaire, qui a travaillé aux USA pendant 11 ans et dans d’autres pays, ne peut pas faire des choses sans respecter les lois des pays. Alors voilà après une semaine d’attente, alors qu’on devrait partir depuis, on reçoit un e-mail de l’OMS qui regrette la tournure des événements et nous dit que après des discussions avec le ministère de la santé et celui de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l’OMS ne gère plus le programme et que désormais pour plus d’informations de se rapprocher de la faculté de Médecine de l’université de Nouakchott. Un groupe de délégués s’est constitué parmi les candidats, qui a rencontré le ministre qui les a promis que le projet va se poursuivre et sera remis à l’OMS et que les 57 candifats qui étaient deja recrutés par l’organisation mondiale de la santé seront reconduits. A cela, il a ajouté que la faculté va recruter quelque trente étudiants de derniere année en plus. En donnant l’assurance que les recrutés de l’OMS seront maintenus et n’avaientt aucun rapport avec le groupe d’étudiant recrutés par la fac. Voilà ce qui s’est passé et aujourd’hui, après 2 semaines de patience et de stress, le ministère de la santé a empêché l’OMS de faire un recrutement normal. Aujourd’hui [04 Mai] à 21h certains qui étaient recrutés par l’OMS ont reçu un mail avec une liste de 90 personnes recrutées dont certains n’ont que un bac+2 (des sages femmes et infirmiers). Aujourd’hui 05 mai 2020 des jeunes Mauritaniens qui n’ont pas voulu faire du bruit pour ne pas gêner l’Etat dans sa démarche sont victimes d’un lobby proche du ministère et de l’appareil d’État qui ont fait que leur décision soit la décision de l’Etat au détriment de toute éthique, équité ou morale et au détriment de l’intérêt général. Aujourd’hui, des jeunes dont je fais partie ont été écartés du groupe parce qu’on observait dans le respect et la bonne conduite la décision du ministre. Aujourd’hui j’ai compris que ce pays est injuste et des gens au plus haut sommet de l’Etat ont créé ce problème pour parasiter le projet de recrutement parce qu’ils ont des proches qui avaient raté l’occasion. Personnellement je savais comment ça marche ce pays, mais en ce mois de ramadan et avec l’avènement du Président Ghazouani je me disais que ce n’etait plus possible. Aujourd’hui j’ai compris comment marche ce pourri système administratif Mauritanien. Mais, Allah est le plus Grand Juge.

Voir liste jointe :

©️ Crédit source: http://cridem.org/C_Info.php?article=735746

La récidive d’un obsédé de l’arabité exclusive / Par Boubacar Diagana et Ciré Ba

Dans un long article paru dans l’AMI et Cridem, M. Mohamed Yeslem Yarba Beihatt délivre un carton rouge au ministre de la fonction publique qu’il menace au passage d’éviction. Rien de moins. L’intéressé a, à l’occasion du 1er mai, osé prononcer un discours en français. Infamie suprême ! Pour solde de tous comptes, le ministre est en outre gratifié de gentillesses du genre «illettré», « incompétent » dans l’incapacité d’exercer ses fonctions. Lisons plutôt M. Beihatt : « Dites-vous que si vous persistiez à continuer pour tenir vos discours dans une langue autre que l’Arabe, celle officielle de notre pays, vous n’aurez plus droit à rester dans votre poste. Oui, et de la manière la plus simple au monde. Pour motif d’incapacité. C’est-à-dire que, si vous ne pouvez pas prononcer un discours en Arabe, cela veut dire, que, vous êtes incompétent. C’est que vous n’êtes pas digne de la confiance placée en vous. Parce que, en ce moment, la meilleure excuse qu’on peut vous donner, est que vous êtes « illettré ». Et nous qui croyions que les ministres étaient nommés par le Chef de l’Etat sur proposition du 1er ministre ! Le meilleur ou le pire, c’est qu’à suivre le raisonnement de M. Beihatt, le pauvre ministre n’aurait pas non plus le droit de prononcer son discours en Sooninke, sa langue maternelle reconnue pourtant comme une des langues nationales du pays de par une constitution qu’il invoque à tort et à travers. En dehors de l’arabe, point de salut. Qu’on se le tienne pour dit. Grand seigneur, le censeur laisse tout de même une seconde chance au ministre. Celui-ci est sommé fissa d’aller suivre des cours intensifs d’arabe auprès de son excellence, l’ambassadeur France en Mauritanie. Autrement dit, l’ambassadeur français devrait, avec grand plaisir, former en arabe des responsables mauritaniens dans le but de leur permettre de ne plus s’exprimer en français. Logique. Toujours très cohérent, l’inspiré M. Beihatt, n’hésitait pourtant pas, dans un article publié sur Cridem le 23 décembre 2019, en guise de cadeau de Noël sans doute, à étriller le diplomate français. Pour lui, le diplomate ne devrait pas aborder le problème de la langue en Mauritanie au risque de compromettre les intérêts de son pays et de voir l’anglais encouragé à prendre la place de langue de Molière en Mauritanie par représailles. Car, « si vous n’êtes pas encore au courant, dans quel cas, je le regretterais fort – ; je vous le fais savoir : le rapport entre la langue du colon, le français, pour bien nommer les choses, et celle officielle de la République Islamique de Mauritanie, l’arabe ; ce rapport-là, était la cause malheureuse des événements regrettables de 1966 » affirme M.Behatt. Qu’était-il donc reproché à l’ambassadeur ? En réponse à la question suivante d’un média local : « Que pensez-vous du recul de la langue française en Mauritanie ?, le diplomate avait répondu : «Voici une question que l’on me pose en français et à laquelle je répondrais donc avec plaisir en français. Avec la langue arabe et les langues nationales, la Mauritanie possède un patrimoine linguistique de grande valeur, dont elle peut légitimement être fière…». Rien de plus. C’est donc l’ennemi juré d’il y a peu qui est recommandé pour combler les lacunes en arabe du ministre « francophone ». Il serait intéressant au passage de recenser les établissements et pays de formation des membres du gouvernement, académies militaires comprises. Passons. Rappelons également que le nouvel ami ambassadeur était également accusé, en décembre 2019, de chercher à attiser le feu en Mauritanie et était invité à s’occuper de ses patois en Métropole. C’est dire si notre « procureur » excelle dans les raccourcis et les inversions de rôles. Rien n’est trop beau pour faire accepter l’inacceptable. Une constante émerge de ses écrits malgré les ruses et les ficelles plus ou moins grosses : la volonté affichée d’asseoir l’hégémonie d’une composante nationale sur et au détriment des autres. En un mot comme en mille, l’objectif est celui-là. Car au-delà de la langue, c’est bien de domination, d’exclusion économique et de disqualification des autres composantes nationales qu’il s’agit. L’association de diffusion et de défense de la langue arabe en Mauritanie n’en fait pas mystère qui, le 9 septembre 2019, en appelait à stopper l’usage de la langue française dans les documents officiels du pays, qualifiant au passage les autres langues nationales, pourtant reconnues comme telles à savoir le Pulaar, le Sooninke et le Wolof de « dialectes des communautés négro-africaines ». Au mépris des compatriotes de la Vallée, l’association enfonçait le clou : «s’adresser délibérément aux gens avec ce qu’ils ne comprennent pas constitue une préméditation qui ressemble à un défi». Ces chantres affichés et déraisonnables d’une Mauritanie exclusivement arabe font mine d’oublier que depuis des décennies, les représentants de l’Etat, de son administration et des services déconcentrés ne s’embarrassent plus guère de soucis d’équilibre puisqu’ils ne communiquent qu’en arabe et bien souvent en se passant allègrement de traduction. Dans le double souci du respect du Vivre ensemble et de la volonté d’ouverture au monde, ils gagneraient à méditer les initiatives positives à l’exemple de celle du Maroc qui vient de mettre en place un Conseil national des langues et de la culture marocaine visant également à la facilitation de l’apprentissage des langues étrangères les plus parlées dans le monde dont le français. Le Maroc dont la population berbère, estimée entre 15 et 20 millions de personnes, vit souvent dans l’Atlas ou en campagne et n’apprend l’arabe qu’à l’école comme les populations de notre vallée, a officialisé la langue amazighe (berbère) en 2011. Une loi généralisant l’usage de cette langue dans les administrations et à l’école a été votée à l’unanimité par les députés marocains le 10 juin 2019. Cette loi permettra la délivrance de cartes d’identité, de passeports ou d’actes de mariages en langue amazighe. Il serait enfin temps de comprendre que les postures idéologiques, les pétitions de principe du genre « Ici c’est la Mauritanie… Ce n’est pas l’Occitanie… Le pays des plus grands savants, « érudits » de la langue Arabe…Ici, c’est la langue arabe qui est la langue officielle…» tiennent plus du coup d’épée dans l’eau. Cela peut faire plaisir mais d’un plaisir sans lendemain. Il suffit d’un sérieux problème de santé-(que nous ne souhaitons évidemment à personne) appelant une évacuation sanitaire pour s’en rendre compte. A propos de la promotion du Tamazigh au Maroc, cf France info Afrique du 13 juin 2019. Une chaîne de télévision, Tamazight TV, est consacrée à la culture berbère. En savoir plus sur la mise en place de ce Conseil http://aujourdhui.ma/culture/conseil-national-des-langues-et-de-la-culture-marocaine-cest-fait-les-attributions-et-missions-publiees-au-bo?fbclid=IwAR05juN3kkZmoH4sPqWQrf3ubbYobEw0Za31h3i2lMlPW9OJMpaXLehUxRM

Boubacar Diagana et Ciré Ba – Paris, le 03/05/2020

©️ Source : http://www.kassataya.com

Contribution : « l’esclavage statutaire en milieu soninké » l’étudiant – chercheur Ismail Traoré

En écoutant les uns et les autres, notamment sur la question de l’esclavage statutaire ou coutumier, donc par ascendance, je me suis aperçu que de nos jours, beaucoup d’intellectuels et cadres soninkés se rangent du côté des masses populaires analphabètes.

Les paroles le plus couramment proférées sont, entre autres : «L’esclavage est révolu »; «Nul ne doit être exploité, légué et/ou cédé»; «Tout le monde doit être traité sur un pied d’égalité ». Ces propos sont certes augustes et fédérateurs. Ils sont tout de même ironiques. Car étant issus de l’horde féodal, ces derniers ne peuvent ni tenir des discours prolifiques ni ériger des lois fiables, encore moins trouver des compromis sur des sujets à caractère litigieux.

Il est à déceler aussi chez ces personnes un sentiment d’indifférence voire un comportement d’apathie et de passivité. Loin de prendre une position perfide, je réagis en tant qu’individu appartenant à la même société dont à présent indigné face à des pratiques d’antan rétrogrades.
Je suis écœuré d’entendre encore par des témoins oculaires que chez nous, des maisons sont saccagées, des champs sont défrichés, des hommes sont chassés de leurs villages, certains ont été ligotés et battus avec des machettes et des gourdins parce qu’ils ont dit qu’ils ne veulent plus l’esclavage coutumier ou par ascendance.

Ces actes exclusivement odieux et vraisemblablement insensés sont répréhensibles. S’agissant des auteurs des crimes, ils doivent comparaitre devant les cours pénales. Ces chauvins et les soi-disant ténors se laissent guider par un instinct animal, puisqu’ils réagissent sans moindre scrupules. Leurs assauts ne se bâtissent sur aucun plan stratégique.

Ce qui s’est passé le 05 avril 2020 au Mali, plus précisément à Lani Tounka dans la circonscription de Kayes est inadmissible. En effet, un groupe majoritaire pour ne pas dire aristocrate garni de toute sorte d’armes blanches s’est levé contre les familles prises pour inferieures, puisqu’elles sont minoritaires afin de les lyncher et d’incendier leurs foyers y compris leurs magasins de stockage.

À noter également que les membres de cette communauté sont écartés des affaires villageoises telles que les cérémonies funéraires, nuptiales… De même, ils sont dépossédés de leurs terres agricoles, les filles et les garçons ne sont plus scolarisés parce qu’ils ont été interdits à l’école de la ville. Pareil, leurs défunts ne sont plus enterrés dans le même espace que les autres. Ces problèmes ne concernent pas seulement cette localité.

Environ 70% des villages soninkés du Mali, de la Mauritanie, du Sénégal, de la Gambie, où de nombreuses personnes ont été tuées, se retrouvent dans cette posture. Quelle horreur !
C’en est trop ! Il est temps de tourner la page de l’Histoire. Le soninkara entier doit se lever pour dire non à l’esclavage statutaire ou par lignage; non à la violence physique; non à l’outrance verbale; non à la scission ethnique ! Le célèbre écrivain malien Seydou BADIAN ne dit-il pas que « La maison n’est belle que lorsque chacun y reconnaît sa part de labeur ». Et moi je dirai le jamaane (nation), le debbe (village) et le kunda (quartier) ne sont admirables que quand tout le monde s’y sent utile et ragaillardi.

L’éclatement étatique, clanique et communautaire m’étouffe. Je dois arrêter de me voir en cordonnier, en noble, en forgeron, en griot ou encore en esclave. De même, je dois cesser de me voir en maure, en soninké, en peul, en wolof, en bambara, en malinké. Je dois juste me voir en citoyen du monde, en être civilisé.
Je ne pourrais conclure sans me rappeler le théoricien de la “non-violence” Mahatma Gandhi à travers Robert Deliège Gandhi sa vie et sa pensée : « La non-violence n’est jamais un acte de faiblesse, une démission et encore moins l’expression d’une peur. La non-violence est le moyen d’arriver aux buts que l’on s’est fixé ; elle est à la fois un moyen et une fin en soi ». Que tout se fasse sans la violence !

Ismail Traoré

Étudiant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges / France

ismael172017@yahoo.com

©️ Crédit source: https://initiativesnews.com/contribution-lesclavage-statutaire-en-milieu-soninke/

#MaliSansEsclaves – Kayes : À Lany Tounka, « ceux qui sont persécutés décidés à aller jusqu’au bout… »

L’esclavage par ascendance, aboli en 1905 au Mali, est une pratique de plus en plus décriée dans la région de Kayes. Les cercles les plus touchés par le phénomène sont ceux de Yélimané, de Kayes, de Kita, de Nioro et celui de Diéma. A Lany Tounka, certains descendants d’esclave persécutés disent vouloir mener la lutte jusqu’au bout pour s’affranchir.

Le 5 avril 2020, dans le village de Lany Tounka (Kayes), plusieurs personnes s’opposant à l’esclavage par ascendance ont été agressées. Ces incidents ont occasionné un mort ainsi que plusieurs blessés dont des personnes du troisième âge, des enfants et des femmes. Des maisons appartenant à ceux qui sont considérés comme des descendants d’esclave ont été brûlées. « La tournure que prend cette affaire est très inquiétante », a fait remarquer à Benbere le président du Rassemblement malien pour la fraternité et le progrès (RMFP) de Kayes, Djaguili Maro Kanouté. Créée en 2017, cette association lutte contre la pratique de l’esclavage par ascendance.

Dans un communiqué daté du 9 avril 2020, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a condamné ces actes et s’est dit préoccupée par la recrudescence de la violence liée à la pratique de l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes. Elle a recommandé aux autorités « de poursuivre et traduire en justice les auteurs, co-auteurs et complices de ces abus des droits de l’homme ». Aussi, la Commission a-t-elle tenu à rappeler les dispositions de l’article 2 de la Constitution du Mali : « Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, la religion et l’opinion politique est prohibée ».

La brigade territoriale de la gendarmerie de Kayes, en charge de ce dossier, continue toujours ses investigations. Déjà, une trentaine de personnes, soupçonnées d’être impliquées dans ces agressions, ont été interpellées et mises à la disposition de la justice. Le maire de la commune de Sony, M. Gaye N’Diaye, qui avait accepté dans un premier temps de nous parler, a refusé au dernier moment. Il en est de même pour le Sous-préfet de l’arrondissement d’Ambidedi, que nous avons tenté de joindre sans succès. Il n’a pas daigné réagir à nos sollicitations.

● « C’EST NOTRE COUTUME À NOUS »

Dans cette montée des tensions entre ceux qui se considèrent comme maîtres et les descendants d’esclave, depuis 2018, les deux camps s’accusent et se rejettent la responsabilité. « Pour ne pas éveiller les soupçons et justifier leurs actes, les pro-esclavagistes ont toujours tenu une position jusque-là ambigüe », explique Mamadou Kanouté, l’un des blessés de cet incident de Lany Tounka, en soins à Kayes. Selon lui, si les autorités ne s’investissent pas dans la résolution de cette question, le pire est à craindre, car « ceux qui sont persécutés sont décidés à aller jusqu’au bout », prévient-il.

Sékou Traoré, qui vit en France et avec qui nous avons échangé sur le sujet via WhatsApp, accuse quant à lui : « Je détiens des preuves que 38 000 euros ont été mobilisés depuis la France par les pro-esclavagistes pour ‘’terroriser’’ toutes les personnes qui s’opposent à cette pratique dans le Gadiaga.» Nous précisions que nous avons pu vérifier ces preuves qu’il affirme détenir. Il est lui aussi considéré comme descendant d’esclave. Un habitant du village de Fégui, favorable à la pratique de l’esclavage par ascendance, que nous avons contacté par téléphone, explique que « le fond du problème ne date pas d’aujourd’hui ». Il ajoute : « Ce sont eux-mêmes (descendants d’esclave) par leurs grands-parents qui ont signé des pactes de soumission. C’est dans ce pacte que nous leur avons attribué des espaces cultivables et d’autres biens. Maintenant qu’ils ne veulent plus se soumettre, qu’ils rendent simplement nos terres et quittent le village. Ce n’est pas de l’esclavage, mais c’est notre coutume à nous. »

● L’ETAT DOIT S’ASSUMER

La pratique de l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes est connue de tous. Depuis 2018, les tensions liées à cette pratique ont occasionné le déplacement de plus de 1000 personnes officiellement. Plusieurs d’entre elles voulant s’affranchir de l’esclavage dans les cercles de Kita et de Diéma ont été contraintes de fuir la persécution de leurs anciens maîtres. En 2018, alors gouverneur de la région de Kayes, M. Baye Konaté avait effectué une visite à Kita pour préparer le retour de certains de ces déplacés.

En somme, la solution ne peut venir des protagonistes que si les autorités parvenaient à les mettre autour d’une même table pour dialoguer à travers un forum régional sur la question de l’esclavage par ascendance. La diaspora « kayesienne » peut peser de tout son poids dans la balance en sensibilisant les familles qui s’affrontent.

« Tant que les autorités maliennes resteront dans le déni et refuseront de reconnaître ces atteintes aux droits humains pour ce qu’elles sont, en criminalisant l’esclavage par ascendance, les défenseurs de ce système féodal continueront à prétendre qu’il ne s’agit ici que de coutumes et non d’esclavage, et des personnes continueront à se faire discriminer et marginaliser socialement et économiquement au Mali sans que la loi ne puisse réellement les protéger. », écrivait il y a quelques mois Marie Rodet, historienne et maîtresse de conférence à la School of Oriental and African Studies (SOAS, Londres) dans une tribune sur Benbere.

Source : Benbere

©️ Crédit source: http://bamada.net/malisansesclaves-kayes-a-lany-tounka-ceux-qui-sont-persecutes-decides-a-aller-jusquau-bout

Droit de réponse : A PROPOS DE LA DEFINITION DU « LAADA RENMAAXU » par Docteur Yaya SY

A PROPOS DE LA DEFINITION DU « LAADA RENMAAXU »

(Par Docteur Yaya SY Anthropologue et Professeur d’histoire. 25-04-2020)

Pour commencer, en ce début de ramadan prions pour tous ceux qui ont perdu la vie dans le Soninkara, pour ceux qui ont été blessés dans leurs corps et dans
leur dignité.
Prions pour la paix et la réconciliation mais sur la base de la recherche du respect réciproque, de la justice et de la vérité dans tous les pays soninkés.
Je constate avec regret que beaucoup parmi ceux qui ont écouté mon audio du
9 janvier 2020, nombre d’entre eux ne l’ont même pas entendu… Sinon, ceux qui ont adressé cette tribune un peu tardive à Kassataya ne l’auraient peut-être même pas fait… Ils m’ont cité en se référant à un texte de 2012 qu’ils ont attribué à tort à Ba Maadi Kaama Sumiina Kanouté qui n’en est pas l’auteur.
Ce texte est tiré du concours de la sixième édition, organisée par l’Association « Madi-Kaama Musunde » en 2001 sur les thèmes : Danbe ? laadanlenmaaxu ?
jowwundanlenmaaaxu ? kallengooraaxu ?
L’extrait en question se trouve dans mon ouvrage « Mémoire d’Ancêtres » 2012 chez l’Harmattan, Page 258. Il n’a même pas été traduit du soninké en français…
Je publie la définition intégrale de « Laadalenmaaxu » en soninké pour que tout un chacun la lise attentivement et se fasse sa propre opinion (merci ). Le
texte sur le laadalenmaaxu s’étale sur cinq pages (258-262).
La phrase qui termine la définition par les « laada siru » dit ceci :
« Naa gambaanaaxu ro o do me naxa ; no’o diinan (silaamaaxu) sabati moxo
sire »
Le bon laada « instaure l’égalité entre nous et renforce notre religion
(l’islam) ».
CETTE PHRASE ANNONCAIT LA NAISSANCE DE GAMBAANAXU… par
prémonition car actuellement il n’y a pas d’égalité de statut social dans les pays
soninkés, nous avons continué à humilier et à piétiner la moitié de la noix de colas du Soninkara en la traitant du sobriquet insultant et méprisant de
« kome ».
Le laada n’a jamais dit qu’il faut éjecter du village celui qui n’y adhère pas, ou
de lui arracher la terre de ses aïeuls, etc. Actuellement le laada est transfiguré
et sournoisement détourné à l’avantage des dominants.
Je répète : soyons unis ON NA NIA BAANE BAWO O SUN BAANA.
Le combat pour l’égalité, la fraternité et la dignité dans la paix et la sérénité
de Gambaanaxu continue et finira par gagner tout homme épris de justice,
d’égalité et de dignité..
Alors halte aux fossoyeurs de la vérité ! Vive l’égalité, la fraternité, la paix et le
dialogue.

Docteur Yaya SY

Mauritanie – Droits Humains : Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre (IRA-France)

IRA-France – Monsieur le Premier Ministre, c’est avec un très grand plaisir que nous saluons aujourd’hui la libération de Mariam Mint Cheikh par le Tribunal de Nouakchott mardi 21 avril. Il est vrai que l’on ne voit pas très bien comment la justice mauritanienne et un gouvernement qui se fait fort d’améliorer la situation des droits humains pouvaient laisser perdurer un tel déni de droit. Et ils ont été nombreux ceux qui l’ont fait savoir ! L’arrestation de Mariam Mint Cheikh à son domicile par des agents de la Direction Générale de la Sûreté Nationale lundi 13 la séparant du bébé qu’elle allaitait pour la conduire dans un lieu secret relève de l’illégalité la plus flagrante. Il en est de même pour l’interdiction qui lui a été faite de rencontrer immédiatement un avocat et pour la non communication du motif de ce kidnapping. La forte désapprobation suscitée par cette situation a conduit des militants des droits humains à manifester lundi 20 avril autour du Ministère de la Justice. Le déchaînement de violence sur des manifestants pacifiques par des forces de l’ordre suréquipées a été documenté par des vidéos et des certificats d’hospitalisation : c’est une nouvelle entorse grave à l’État de droit auquel aspire légitimement la population. Mariam Mint Cheikh a souvent des propos durs contre le pouvoir et de façon plus générale contre l’organisation de la société profondément inégalitaire structurée par l’appartenance communautaire que votre gouvernement semble vouloir maintenir tout en cherchant à la rendre plus présentable. Elle utilise la liberté d’expression garantie par les conventions internationales qui engagent son pays. Comme elle, d’autres opposants, mais aussi des militants des droits humains tels que nous, suivent attentivement l’action de votre gouvernement en faveur des droits humains et d’une plus grande justice sociale. En effet, le programme électoral du Président Ghazouani évoquait « un élan sincère de concorde, de fraternité et d’acceptation de l’autre nécessaire pour assurer une cohésion nationale où l’apport de chacun sera un enrichissement collectif. » Vous-même, Monsieur le Premier Ministre, dans votre Discours de politique générale du gouvernement en septembre 2019, avez dit : «Pour renforcer la cohésion nationale, promouvoir le respect et la défense des droits de l’homme, et pour éradiquer les inégalités liées à la discrimination sociale, notre Gouvernement accordera une importance extrême à la lutte contre les séquelles de l’esclavage et travaillera pour le changement des mentalités qui handicapent l’émancipation des différentes catégories de notre société. » L’envie est grande de vous suivre dans cette direction tant le retard pris est important et les besoins sont grands. Vous pouvez porter au crédit de l’opposition, de la société civile mauritanienne, des différentes associations de défense des droits humains et de la communauté internationale dans son ensemble le regard bienveillant qu’elles ont porté sur les premiers mois de l’action de votre gouvernement. Pourtant, ils étaient nombreux avec nous à penser déjà que certaines erreurs de diagnostic hypothéquaient lourdement les chances de réussite. Ne parler que de « discrimination sociale » dans un pays où la discrimination raciale est si présente. Ne concéder que la présence de « séquelles de l’esclavage » alors que l’esclavage par ascendance structure encore une partie des relations sociales et que se développent de nouvelles formes d’esclavage. Voilà des désaccords importants. Des signes forts envoyés par votre gouvernement manquent toujours en vue d’une participation de toutes les communautés nationales à la hauteur de leurs compétences et de leurs aspirations. Des signes inverses ont même été envoyés lors de trop nombreuses nominations privilégiant une seule communauté. L’absence d’autorisation pour le moment de l’association IRA et du parti RAG, le ton menaçant du Ministre de l’Intérieur en désaccord avec des analyses du député Biram Dah Abeid, les conditions de l’arrestation de Mariam Mint Cheikh et la répression de la manifestation pacifique de lundi dernier semblent témoigner d’une volonté d’une partie des membres de votre gouvernement de faire taire certaines formes d’opposition plutôt que d’engager avec elles un discours constructif. Monsieur le Premier Ministre, nous pensons qu’il est encore temps de profiter de la diversité et de la richesse de la société mauritanienne pour « construire un Etat fort et moderne, où tous les citoyens jouissent de l’équité et de la justice, dans la paix et la stabilité ». Ce sont vos paroles : les Mauritaniens vous le demandent aujourd’hui avec insistance, toutes les associations de défense des droits humains, soutenues par la communauté internationale, les accompagneront avec détermination. Engageons-nous tous ensemble dans cette direction !

Soyez assuré, Monsieur le Premier Ministre, de notre respectueuse considération

Le Bureau d’IRA-France-Mauritanie, le 23/04/2020

©️ Crédit source: http://www.cridem.org

Tribune : « un gant de velours serait plus approprié » Par l’honorable député Ogo Coulibaly

Ogo Bakari Coulibaly – Il est toujours périlleux d’aborder des sujets qui fâchent, mais il serait beaucoup plus désastreux d’adopter la posture du mutisme, à mon sens irresponsable quand il s’agit des sujets qui ont trait à la paix sociale. Je n’irai pas avec le dos de la cuillère pour condamner, repousser sans aucune réserve le discours de la haine, du séparatisme, ou qui vise une conposante de notre nation, qu’il y ait loi ou pas. Je reste persuadé que l’ordre et l’unité peuvent s’acquérir hors du cycle de la violence. Le besoin de justice dans toute ses formes reste l’un des défis majeurs, et l’équation non résolus par les gouvernants. La justice est une obligation sans équivoque et une voie à suivre. Nous devrons être perspicaces lorsqu’une affaire nous est soumise, car il ne sert à rien de dire la vérité, sans la mettre en application. Soyons impartiaux vis-à-vis des gens. Dans nos assises et notre regard, afin que le fort n’espère pas de nous une conduite injuste et que le faible ne désespère pas dans notre équité. Évitons le malaise, l’angoisse, et le préjudice que nous pouvons causer au peuple dans les moments de vérité. Pour dissiper tout malentendu : Le président de la République, son Excellence Mohamed Ould Cheikh Ghazwani lui-même a proclamé haut et fort que son programme s’articule autour de la modération et du rejet de toute forme d’excès et de discrimination. Il vise l’instauration d’une justice sociale pour un mieux-être des citoyens.

Ceci dit, Pour résoudre les conflits sociaux, il faut impérativement éradiquer toute forme d’injustice; et cela passe nécessairement par la mise en place d’un climat politique apaisé. Notre pays a besoin de toute ses forces vives, et chacun peut et doit apporter sa contribution à l’œuvre de construction nationale. Alors, le caractère pressant et intangible de la reconnaissance de l’ONG IRA, du parti RAG, et du FPC, sera perçu comme un signal fort d’inclusion, et une volonté immuable de rupture avec la gestion unilatérale, qui nous a fait tant défaut.

Cependant, Une fois ce préalable acquis, quelques barrières se trouvant au sein de notre arsenal juridique doivent être revues. La loi 2018-23 du 18 juin 2018, qui punit les délits liés aux discours raciaux et haineux. À l’instar de la loi criminalisant le chèque sans provision, dont le ministère de la justice a présenté une communication relative à sa dépénalisation, et à la suppression de la contrainte par corps en matière civile et commerciale, qui a eu un écho favorable auprès de l’opinion publique. Par contre, la loi d’amnestie de 1993 doit être abrogée, car sa simple existence est un affront aux préjudices subis par les victimes dans leur profonde et intime douleur, leur dignité, et un frein au règlement du passif humanitaire, dans la mesure où le préalable à toute paix sociale demeurera toujours la justice. Un dépassement de cette « justice de transition » est plus que nécessaire pour que la réconciliation fondée sur le consensus soit faite. Cela est possible, si les volontés politiques se concertent pour ériger, à l’instar de la commission d’enquête parlementaire sur la décade de gabegie du régime passé, une commission de vérité et réconciliation sur la période du passif humanitaire, afin que les coeurs de cette nation puissent enfin faire le deuil de ces événements, et se retrouver avec eux-mêmes.

● Par Ogo Coulibaly

©️ Crédit source: http://www.cridem.org