● De la rectification à la clarification : la gouvernance rhétorique. | Par M. Brehima Sidibe

« L’essentiel de l’action des politiques passe par le discours […] le discours politique, loin d’être un épiphénomène de la politique, pourrait donc, à l’inverse, être finalement le tout de l’activité politique des hommes politiques. » Cette assertion d’Elderman sied bien à la transition en cours en République du Mali.
En effet, au cours de ces trois dernières années, nous assistons à l’usage, et cela de manière harmonieuse telle une chorale, des certains mots ou expressions par les autorités de transition. Loin d’être que du verbe, ces mots permettent en réalité au gouvernement de diriger le pays en ayant l’adhésion d’une bonne partie de la population jusqu’ici. Cet article vise à édifier l’opinion publique sur comment des mots ou expressions comme : rectification ; abandon en plein vol ; souveraineté retrouvée ; l’art de se dribler tout en gardant le ballon ; A bon entendeur tant pis ! ; clarification ont permis à la transition de diriger le pays en ayant une relative popularité. Aussi, posons-nous la question des limites de ce qu’on pourrait appeler une gouvernance rhétorique.
Pour mieux édifier le lecteur, chaque mot ou expression sera placé dans son contexte spatio-temporel. Cela permet de mobiliser les circonstances de production ainsi que les effets politiques subséquents.

                    ~ Rectification
Nous sommes en mai 2021, après un séjour à Paris, hasard de calendrier ou non, le président de la transition d’alors, Bah N’DAW a procédé à un remaniement du gouvernement. Deux poids lourds du CNSP à savoir Sadio CAMARA et Modibo KONE sont éjectés. Il n’aura fallu que quelques heures pour que le colonel Assimi Goita, à l’époque vice-président, ne fasse arrêter Bah N’Daw et son premier ministre. Désormais seul maitre à bord, il prête serment le 07 juin 2021 et nomme dans la foulée Choguel Maiga, président du comité stratégique du M5-RFP, comme premier ministre. Débute alors la rectification de la trajectoire de la transition (pour être plus complet).
Ce mot sera employé dans tous les discours officiels pour expliquer voire justifier les événements de mai 2021. Mais en regardant de près, on constate que ce mot relève de ce qu’on appelle la présupposition en analyse du discours. En effet, on rectifie une erreur, une faute. C’est donc une manière subtile de dire que la première partie de la transition—qui va d’aout 2020 à mai 2021—a été marquée par la mauvaise gouvernance. Il faut également souligner que le M5-RFP, considéré comme le mouvement à l’origine du soulèvement contre le régime IBK, a été écarté des sphères du pouvoir sur cette période. Le mot rectification pourrait également signifier que cette « erreur » est corrigée.
En tout état de cause, l’opinion publique malienne a semblé bien accueillir cette rectification puisque des décisions majeures seront prises sur plusieurs plans notamment sécuritaires.

           ~ Abandon en plein vol
Lors de la 76è session de l’assemblée générale des Nations Unies, la voix du Mali sera portée par le premier ministre Choguel Kokalla MAIGA. Dans un discours qui restera l’un des moments forts de la transition, Choguel accusera la France d’abandon en plein vol. Il faut dire que les relations entre les deux pays n’étaient plus au beau fixe depuis l’avènement de la rectification. Quelques mois plus tard, les troupes françaises, qui interviennent au Mali depuis 2013, ont été contraintes de quitter le pays. Ce pays ayant décidé de coopérer avec la Russie. Voilà le contexte spatio-temporel.
Sur le plan rhétorique, nous avons là un exemple de « petite phrase » construit à l’aide de métaphore aéronautique. L’efficacité rhétorique des petites phrases réside dans le fait qu’elles sont reprises assez facilement par les médias, ce qui permet de faire une large diffusion. Conséquence, un discours de près d’une heure est résumé à une seule expression. Cependant, la portée n’en demeure pas moins importante. En effet, c’était l’une des rares fois qu’un responsable malien de haut niveau s’exprime ainsi sur la France et de surcroit à la tribune de l’ONU, haut lieu de la diplomatie mondiale. Certains salueront le « courage politique » du premier ministre. Cette petite phrase sonnera le glas de la courtoisie diplomatique entre le Mali et la France. Mais ce ne sera pas la seule brouille diplomatique.

          ~ Souveraineté retrouvée
Après la rectification, le gouvernement de transition a initié les assises nationales de la refondation de l’Etat. A l’issue de ces travaux, le chronogramme préalablement établi en accord avec la CEDEAO (qui fixait la durée de la transition à 18 mois) a été abandonné. En lieu et place, le gouvernement proposera une transition de cinq ans. Dès lors, commence un véritable bras de fer avec la CEDEAO. Lors d’un sommet ordinaire le 09 janvier 2022, des sanctions d’une rare gravité ont été prises contre le Mali. Le vendredi 14 janvier, une grande manifestation était organisée à Bamako et dans les capitales régionales à l’appel des autorités. Les sanctions dureront huit mois. Ainsi, pour saluer cette mobilisation du peuple malien, la date du 14 janvier fut retenue comme journée de la souveraineté retrouvée. Voilà le contexte.
Dans un article publié en janvier 2023, nous soulignions le caractère contradictoire entre le 14 janvier (journée de souveraineté retrouvée) et le 22 septembre (fête de l’indépendance). Nous évoquions alors une confusion sémantique aux conséquences politiques floues. En effet, souveraineté retrouvée suppose que le Mali avait perdu sa souveraineté. Si tel est le cas, doit-on toujours célébrer la date du 22 septembre ? Mais au fond, l’usage de cette expression permet aux autorités de transition de s’afficher comme les « véritables » défenseurs contre la soumission ou la domination. Il faut dire que ce narratif a un écho favorable au sein de l’opinion publique.

       ~ L’art de se dribler tout en gardant le ballon
On retourne à la tribune des Nations Unies. A la faveur de la 77e  session de l’assemblée générale, le colonel Abdoulaye, premier ministre par intérim, connu pour sa rhétorique provocatrice, portera la voix de notre pays. Cette intervention se passe en pleine crise avec la Cote d’Ivoire suite à l’arrestation de 49 « mercenaires » ou « missionnaires » ivoiriens à l’aéroport de Bamako. Auparavant, la Côte d’Ivoire était en première ligne lors de l’adoption des sanctions contre le Mali. Ces circonstances aggravantes n’étaient pas de nature à apaiser la situation. Faisant fi de tout protocole diplomatique, le colonel Abdoulaye Maiga, en référence au 3e mandat d’Alassane Ouattara, dira que c’est l’art de se dribler tout en gardant le ballon.

Là encore nous avons affaire à une petite phrase construite par la métaphore footballistique. Comme on pouvait s’y attendre, elle sera reprise par les médias mais aussi par des internautes. Si la Côte d’Ivoire ne réagit pas officiellement, nul doute que cette petite phrase a contribué à dégrader les relations entre les deux pays voisins.
Le même Abdoulaye MAIGA revient à la charge à la 79e session de l’ONU mais cette voici contre l’Algérie. En effet, depuis la reprise de la ville de Kidal par le Mali en novembre 2023, les ex rebelles de la CMA ont élu domicile en Algérie. Cette situation a conduit notamment à la dénonciation de l’accord d’Alger signé en 2015 et dont l’Algérie était en quelque sorte le parrain. Autant de facteurs qui ont contribué refroidir les relations entre les deux pays. Ainsi, à la tribune de l’ONU, le Colonel MAIGA rappellera que l’accord d’Alger est bien mort qu’en bon entendeur tant pis ! Ici il y a la transposition d’une expression commune, avec une connotation positive, « en bon entendeur salut !» qui exprime un conseil, par une expression pour le moins sarcastique.

        ~ Les limites de la gouvernance rhétorique  
Comme nous l’avons vu tout au long de l’article, le gouvernement de transition s’appuie sur un certain nombre de mots ou expressions pour diriger. Et il faut dire que cela leur a réussi plus au moins jusqu’ici (ici nous parlons d’opinion favorable). Mais à mesure que la transition se prolonge, on assiste à une certaine fatigue de la gouvernance rhétorique. En effet, bien que l’essentiel de l’activité politique passe par le discours, ces discours doivent être suivis d’effet d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’énoncés performatifs dans les exemples que nous avons cités dans cet article. La particularité des énoncés performatifs et que leur seule énonciation suffit pour accomplir l’acte. Mais tel n’est pas le cas ici. C’est peut-être pourquoi le premier ministre Choguel MAIGA parle de clarification…

Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique 

● Mauritanie : plusieurs villages dans le Guidimakha envahis par les eaux du fleuve Sénégal

EN BREF | #Cridem – Plusieurs villages dans le Guidimagha en Mauritanie situés au bord du fleuve Sénégal ont été envahis par des eaux débordantes de ces cours d’eau. Les populations, dans la tourmente, appellent les autorités à l’aide…

« Diaguili, Diogountouro, Ghabou, Solou…On a subi des inondations : cela fait maintenant 72 heures. Beaucoup de familles ont quitté leurs maisons pour sauver leur vie. On a besoin d’aide. On ne sait pas où aller. On est tous dans la merde », indique un ressortant du village de Diaguili qui a contacté CRIDEM.

« Depuis hier, personne n’arrive à dormir tranquillement. Impossible de dormir, impossible d’être tranquille », a-t-il indiqué.

De fortes pluies ont été enregistrées dans le haut bassin du fleuve Sénégal depuis le mois d’août 2024, augmentant fortement le niveau des eaux.

L’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a mis en garde, à plusieurs reprises, les habitants qui vivent au bord du fleuve Sénégal de prendre les dispositions nécessaires pour faire face aux éventuels débordements des eaux.

Par La rédaction de
CRIDEM

• Lien https://cridem.org/C_Info.php?article=778006

● Migration scolaire des familles mauritaniennes : le Sénégal destination de nombreux parents à la recherche d’une offre éducationnelle de qualité

Depuis la mise en application de loi sur l’éducation (Loi 2022-023 portant loi d’orientation du Système Éducatif National) dont les contours restent très ambigus, – une reforme éducative qui est contestée, aujourd’hui encore -, de nombreux parents mauritaniens ont trouvé comme alternative, la migration scolaire au Sénégal pour assurer à leurs enfants une bonne éducation.

Le phénomène n’est pas nouveau, des familles mauritaniennes dégoûtées par la léthargie que traverse notre système éducatif, choisissent d’envoyer leurs enfants au Sénégal pour leur garantir, l’accès à de meilleures écoles et une éducation de qualité.

Seulement, depuis la mise en application de la Loi d’orientation (l’école républicain), la pratique a explosé : le Sénégal est devenu la destination scolaire des parents nantis ou tout simplement, ceux avertis et désirant contourner les contraintes de la nouvelle Loi d’Orientation pour assurer à leurs enfants une bonne éducation. L’objectif étant de fuir le chaos scolaire et le désastreux éducatif créés par les pouvoirs successifs du pays, depuis l’indépendance, dans volonté hégémonique identitaire. 

Désormais, le Sénégal, en plus, d’être l’une des destinations privilégiées pour de nombreux malades, en quête de meilleurs soins, ce pays voisin fait face à l’arrivée de vagues d’élèves et de familles – Dakar, Richard Toll, Saint-Louis-, Thiès, pour ne citer que ces villes, enregistre une forte présence de Mauritaniens, qui n’hésitent pas à louer des appartements ou maisons pour être aux côtés de leurs enfants pendant l’année scolaire. 

Si certains ont de la famille sur place – un oncle, un cousin etc., d’autres n’ont pas cette chance. Cependant, ils peuvent compter sur leur porte-monnaie. L’argent semble ouvrir toutes les portes. Quant aux plus démunis, et les moins stratèges, ceux-là se résignent à envoyer leurs enfants à l’école publique, avec la garantie de leur ouvrir le boulevard de l’échec et même de l’incivisme.

Les parents qui ont décidé de traverser le fleuve ont compris que l’éducation n’a pas de prix.  C’est un sacrifice, un investissement. C’est pourquoi, certains parents ne pouvant pas se déplacer envoient leurs enfants avec des « domestiques » attachés à la famille depuis longtemps, une manière de combler leur absence et reproduire l’atmosphère familiale du pays.

L’autre alternative, c’est la mère qui accepte de se déplacer pour être auprès de ses enfants au Sénégal pendant toute l’année scolaire.  Le papa, généralement maintenu à Nouakchott pour des raisons professionnelles, sera obligé de faire des va-et-vient entre la Mauritanie et le Sénégal. 

On a beau vanter l’école publique mauritanienne, la réalité est qu’elle est devenue le carrefour des plus déshérités de la république. Même si une poignée de personnes de la haute sphère sociale continue d’y croire. Cependant, elle prend toujours la précaution d’assurer derrière des cours à domicile à ses enfants. Des cours dispensés souvent par d’éminents professeurs, et ce dans toutes les disciplines. Ce sont ces rares enfants qui arrivent à s’extirper de la médiocrité ambiante de nos établissements publics ; faisant office d’arbre qui cache la forêt.

Cette migration scolaire n’est pas sans désagrément pour les familles. A-t-on pensé aux traumatismes, à la séparation, au coût et autres conséquences que crée cette situation, soit la conséquence des choix politiques néfastes et idéologiques à répétition de nos gouvernants ayant conduit à la mise à mort de notre système éducatif ? Quel est le sens de la souveraineté, si un pays est incapable d’assurer une bonne éducation à sa jeunesse ?

Si le Sénégal peut, pourquoi pas la Mauritanie. Tout est question de volonté politique. Il suffit de laisser s’exprimer notre identité naturelle dans notre environnement naturel, en y intégrant les contraintes de la mondialisation, la globalisation pour que s’impose l’école qui sied à la Mauritanie. Mais nous préférons continuer à persévérer dans notre entêtement, oscillant entre option idéologique et émotionnelle. 

Seyré SIDIBE

● L’Église catholique reconnaît ses torts dans la traite esclavagiste.

Dans un acte historique, le 2 octobre 2024, le pape François a reconnu la complicité de l’Église catholique dans les systèmes ayant favorisé l’esclavage et le colonialisme. Ce message, lu lors du sommet sur l’avenir de l’Église, marque un moment clé de repentance et de reconnaissance des torts du passé.

⚖️ « Nous avons été complices de systèmes qui ont bafoué les droits des peuples autochtones et des esclaves » — Une étape essentielle vers la réconciliation.

Alors que l’Église anglicane a créé un fonds de réparation en 2023, cette déclaration du pape François appelle à une réflexion mondiale sur les actions à entreprendre pour réparer les injustices historiques. Quelles devraient être les prochaines étapes selon vous ? 💭

#Repentance #Esclavage #Colonialisme #Réconciliation #JusticeHistorique #NOFI

Lien média https://www.facebook.com/share/p/i6EL9LWyLBDdJQQS/

● France | Travailleurs sans-papiers : qu’est-ce que la circulaire Valls que le ministre de l’Intérieur veut faire disparaitre ? [Infomigrants.net]

Instaurée en 2012 par l’ancien ministre Manuel Valls, la circulaire qui porte son nom permet de régulariser des étrangers sans-papiers, par le travail ou pour motifs familiaux. De nombreux travailleurs sans-papiers comptent sur cette disposition pour obtenir un titre de séjour – pourtant délivré au compte-goutte depuis des années.

C’est le nouveau cheval de bataille de Bruno Retailleau : les sans-papiers. Dans un entretien au Parisien, mercredi 9 octobre, le ministre de l’Intérieur a déclaré qu’il souhaitait « remplacer » la circulaire Valls qui permet, entre autres, d’offrir à titre exceptionnel une carte de séjour aux travailleurs étrangers en situation irrégulière. Pour Bruno Retailleau, cette circulaire Valls est un appel d’air migratoire. Il faut donc selon lui durcir les règles de régularisation : « Nous ne devons régulariser qu’au compte-goutte, sur la base de la réalité du travail », a-t-il notamment déclaré.

Une posture que déplore Stéphane Maugendre, avocat spécialiste de l’immigration et président honoraire du Gisti, une association d’aide aux immigrés. « On nous fait croire que la circulaire Valls, qui est à peine appliquée par les préfectures, régularisait en masse les sans-papiers. C’est n’importe quoi », explique-t-il. En effet, sur les 450 000 sans-papiers que compte la France, seuls 11 500 ont été exceptionnellement régularisés grâce à leur travail en 2023, selon les chiffres de l’Intérieur.

« Il faut rappeler que la circulaire Valls n’est pas opposable à l’administration, c’est-à-dire que ce n’est pas une loi, c’est un simple courrier que les préfectures reçoivent, elles peuvent suivre la circulaire ou bien l’ignorer », rappelle Me Maugendre.

Cette circulaire offre un titre de séjour d’un an renouvelable. « C’est une régularisation qui dans les faits reste très précaire. Au bout de 12 mois, il faut redemander des papiers à l’employeur, refaire des démarches, retourner en préfecture, avec l’angoisse de voir son dossier rejeté », continue l’avocat.

InfoMigrants s’est penché sur cette circulaire, ciblé par Bruno Retailleau. Que dit-elle exactement ? Qui régularise-t-elle ?

Lire la suite https://www.infomigrants.net/fr/post/60476/travailleurs-sanspapiers–questce-que-la-circulaire-valls-que-le-ministre-de-linterieur-veut-faire-disparaitre?utm_slink=go.france24.com%2FIcy&utm_term=FRANCE24&utm_campaign=facebook&utm_source=nonli&utm_medium=social

● Mohamed Ould Maouloud et Birame Dah Abeid remettent à zéro le compteur de leur coopération politique

Le président de l’Union des Forces du Progrès (UFP), Mohamed Ould Maouloud et une forte délégation de son parti ont rendu ce jour, samedi 5 octobre 2024, une visite de courtoisie au président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) et président de la Coalition qui l’avait soutenu lors de la présidentielle de 2024, Birame Dah Abeid, à son siège de l’Ilot K à Nouakchott.

Réponse du berger à la bergère, le président de l’UFP, Mohamed Ould Maouloud accompagné d’une forte délégation de son parti, a tenu à rendre la politesse au président Birame Dah Abeid et à sa coalition, qui avaient entamé le premier pas en se rendant au siège de l’UFP il y a quelques semaines pour recoller les morceaux d’une dissension politique qui avait failli se terminer devant les tribunaux.

L’évènement de ses retrouvailles a eu lieu samedi 5 octobre 2024 dans les locaux du mouvement IRA qui servent également de siège pour le député à l’Assemblée Nationale et non moins dauphin suite à la présidentielle de 2024, Birame Dah Abeid.

Après une rencontre à mi-clos entre les deux délégations, l’impatience de la presse et des militants restés en masse dans la salle de conférence a été assouvie par les discours qui leur ont adressés par les deux dirigeants.

Dans son intervention, Ould Maouloud a tenu à saluer le courage et le sens de la responsabilité qui ont animé la démarche de Birame Dah Abeid, lorsque ce dernier, accompagné des membres de sa coalition se sont rendus au siège de l’UFP pour présenter ses excuses suite au différend qui les avait opposés. Ould Maouloud a appelé à dépasser ce triste épisode dans les relations entre les deux camps et a appelé à une union sacrée de l’opposition autour des questions essentielles auxquelles la Mauritanie est aujourd’hui confrontée.

A son tour, Birame Dah Abeid a remercié le président de l’UFP et sa délégation pour leur démarche amicale et fraternelle, louant le sens de patriotisme et d’engagement du président Ould Maouloud qui fut, rappelle-t-il, son professeur à l’Université de Nouakchott.

Il a salué en lui le formateur qui a accompagné aussi bien dans leur formation universitaire que politique plusieurs générations.

Il a enfin déclaré que la Coalition qu’il présidait et qui l’avait accompagné tout au long de son combat pour son accès à la Magistrature suprême devient la Coalition des forces politiques de l’opposition.

Situation inédite, Birame Dah Abeid considère que le Pacte républicain qu’il avait lui-même rejeté ainsi qu’un large pan de l’opposition, pourrait bien devenir le terreau d’une nouvelle plateforme de dialogue avec le pouvoir. Une équipe multipartite serait selon lui à pied d’œuvre pour son réaménagement.

Cheikh Aïdara

• Lien média https://lauthentic.info/Mohamed-Ould-Maouloud-et-Birame-Dah-Abeid-remettent—-z–ro-le-compteur-de-leur-coop–ration-politique?fbclid=IwY2xjawFvFuxleHRuA2FlbQIxMQABHV0d9mF1rr4nsL1yyyQjYfI7upuCB4k7iihwxX8N-Qo2NYNd33D_Y21CjQ_aem_w3adMqK3YgJzPswtjL9yTg

● L’institut pédagogique national annonce la disponibilité du livre scolaire en version numérique

L’Institut pédagogique national (IPN) a annoncé que les manuels scolaires seront disponibles au début de la prochaine année scolaire en format numérique grâce à l’application KOUTOUBI« Mes livres » qui permet de télécharger les livres.

Cette information est contenue dans un Tweet du directeur de l’institut, Cheikh Ould Sidi Abdallah, qui précise que cette mesure intervient en préparation de l’année scolaire 2024/2025.

« L’application ‘Koutoubi’ n’est qu’un mécanisme parallèle et une aide au processus de distribution du livre papier, pour ceux qui souhaitent acheter les copies numériques », a-t-il précisé.

Pour rappel l’année scolaire 2024-2025 commencera lundi prochain, 7 octobre, selon le ministère de l’éducation et de la réforme du système éducatif.

• Lien média https://fr.saharamedias.net/linstitut-pedagogique-national-annonce-la-disponibilite-du-livre-scolaire-en-version-numerique/

● Non à l’impunité, justice pour Lamine Mangane – Lettre ouverte TPMN

Monsieur Le Président,

Le 27 septembre 2011, à Maghama, la gendarmerie a ouvert le feu sur des manifestants pacifiques de Touche pas à ma nationalité qui ne demandaient rien d’autre que la citoyenneté pleine et entière pour tous les Mauritaniens au delà de leur appartenance raciale, ethnique ou tribale.

Le bilan est particulièrement lourd : Lamine Mangane, adolescent de seize ans est tué sur le coup, tandis que 8 autres enfants sont grièvement blessés et marqués à vie. Treize ans après cette tragédie, aucune enquête n’a été diligentée pour situer les responsabilités et les coupables courent toujours, s’ils n’ont été promus pour leur forfait.

Une plainte a pourtant bien été introduite par la famille du jeune homme assassiné, mais elle n’a été suivie d’aucun effet, bloquée par une justice aux ordres d’un système étatique fondé sur le racisme et l’esclavagisme.

La tragédie de Maghama est en effet une suite logique du permis de tuer du noir délivré aux représentants les plus zélés du système raciste et esclavagiste à travers la promulgation de la loi d’amnistie protégeant les auteurs des crimes contre la communauté noire pendant les années de braise.

Touche pas à ma nationalité ose espérer que vous vous ressaisirez, après un premier mandat qui n’a fait que creuser davantage le fossé entre les Mauritaniens, et que vous aurez le courage d’affronter les vrais problèmes qui minent l’existence de notre pays. Nous vous rappelons que l’unité nationale ne peut se construire sur le déni de justice et exigeons :

– L’ouverture d’une enquête interne visant à situer les responsabilités de la tragédie de Maghama

– L’indemnisation de l’ensemble des victimes

– La levée des obstructions empêchant le traitement de la plainte introduite par la famille Mangane ;

– L’abrogation de la loi d’amnistie de 1993, cadre légal de toutes les exactions à l’endroit des Noirs de Mauritanie.

En espérant que vous mettrez les intérêts de la Mauritanie au-dessus de toutes les autres considérations, nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Nouakchott le 27 septembre 2024

Pour le Bureau Exécutif,

Le Président Alassane DIA

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=777662

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Madame Sarafina KANE

~~~Notre Rubrique Le GEB vous revient avec l’interview de Madame Sarafina KANE, une franco-mauritanienne. Elle a répondu à nos questions, au menu, ses expériences de militante associative et d’entrepreneure. Également, d’autres thématiques ont été abordées comme l’engagement de la diaspora, la politique en Mauritanie et le panafricanisme. Nos remerciements à elle pour sa disponibilité.

Ci-dessous l’intégralité de l’interview :

● Question 1 : Bonjour Madame Kane, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Sarafina KANE : Bonjour Monsieur Soumaré, je tenais avant tout à vous remercier de l’intérêt porté à ma personne. Je suis mauritanienne vivant en Europe depuis de nombreuses années, arrivée en France à l’âge de 6 ans. Je me définis en tant qu’humaniste engagée en faveur de la justice sociale et des droits de tout citoyen avoir une vie digne et meilleure Je suis la fondatrice du premier incubateur féminin en Mauritanie Rendo women entrepreneurship. Et Présentatrice de « ESPRIT EBENE » au sein d’ADN (Africa Diaspora News) depuis  2015, une émission qui valorise le rôle de la femme de la DIASPORA 

● Question 2 : Dans quel domaine particulier aviez-vous investi comme entrepreneure et militante associative ?

SK : Je milite dans le monde associatif depuis plus de 10 ans. En 2007 j’ai dirigé l’association des étudiants mauritaniens de Rouen, nous avons avec les étudiants internationaux de Normandie co-fondé le COLLASUR (Le collectif des étudiants internationaux). Également j’ai été élue au Conseil d’Administration de L’université de Rouen et du Forim qui est une plateforme nationale qui réunit des réseaux, des fédérations et des regroupements d’Organisations de Solidarité Internationale issues des migrations. Avant de fonder DIASPORA RIM (Réseau des Jeunes Mauritaniens de la Diaspora). Dix ans plus tard je crée la première plateforme dédiée exclusivement aux femmes en Mauritanie, RENDO Women Entrepreneurship. Elle avait pour but l’accompagnement à l’insertion socio-professionnelle par une activité économique. La même année j’ai organisé un événement à l’IFM (institut français de Mauritanie) intitulé « entreprendre au Féminin » réunissant plus de 300 personnes parmi lesquelles des femmes de la société civile mauritanienne, politiques, entrepreneures et le collectif des femmes migrantes. Le but de cette activité était la promotion l’entrepreneuriat féminin, la découverte des parcours semés d’embuches de certaines femmes, la réflexion sur l’autonomisation de la femme et les différents modes de financements. À la suite de cette aventure, je me suis lancée le défi de créer le premier concours d’entrepreneuriat féminin sans budget, sans financement privés et sans subventions. La réalisation de ce projet n’aura pas été possible sans l’aide de personnes de bonne volonté : L’hôtel monotel m’a offert gracieusement le lieu, l’association des anciens étudiants de la diaspora ont cotisé pour me soutenir et l’agence Butterfly. Cette action a permis la découverte des jeunes femmes de Talent comme Kadio Niang de Solar ecobar et Marieme Sall avec son projet de « Farine enrichie bio » pour lutter contre la malnutrition. Cet événement a été un succès et le premier vers de nouveaux projets : comme la création d’une épicerie sociale et solidaire à PK. Cette épicerie s’est inspirée des restos du cœur, elle avait pour objet de vendre des produits à bas prix à un public plus vulnérables, la promotion de la production locale et enfin la mise à disposition d’une boutique solidaire permettant aux commerçantes d’y exposer leurs produits à la vente. Nous avons également organisé des ateliers de coutures en partenariat avec le collectif des femmes elbeuviennes, le partenariat avec l’association Solidarités actions valeurs Environnement pour la mise en place du projet d’insertion par la couture de 10 femmes dans les quartiers QPV par la confection des produits hygiéniques bio et réutilisables afin de les distribuer aux femmes et aux jeunes filles aux revenus modestes. Nous avons distribué des serviettes hygiéniques aux femmes détenues au centre pénitenciers de Nouakchott en Mauritanie. RENDO a également organisé des ateliers d’initiation en informatique, des ateliers CV et recherche d’emploi et des formations à destination des professionnels de l’action sociale et des bénévoles dispensées par le GRDR. En 2020, j’ai malheureusement fermé l’épicerie solidaire à cause d’une mauvaise gestion et de manque de moyens financiers. Par la même occasion j’ai décidé de dissoudre RENDO en tant qu’association. Vous savez pendant plusieurs années j’ai dénoncé et condamné la personnalisation des associations ou des mouvements. On constate en Mauritanie des associations ou mouvements politiques qui sont dirigés par des président.e.s à vie, aucune alternance ni aucun renouvellement. Lorsqu’on parlait de Rendo, on pensait automatiquement à ma personne, alors qu’une équipe était aussi derrière le succès de nos évènements. J’ai fini par devenir les personnes que je critiquais et je suis tombée dans le piège tendu par l’environnement mauritanien. D’autres parts, il est difficile de gérer une association ou une entreprise lorsque vous êtes une militante de l’opposition. Lorsque vos ennemis voudront vous atteindre e ils passeront par votre structure, d’ailleurs c’est ce qui m’est arrivé. Rendo n’a jamais bénéficié de subventions publiques mauritaniennes et pourtant j’ai fait l’objet d’accusations de la part de personnes malveillantes ou pro Actuel président Ould Gazouani, que Rendo aurait reçu des financements pour critiquer le président actuel. N’ayant jamais rencontré l’ancien Président Ould Abdel Aziz ni le Président actuel, ces accusations étaient d’une lâche offense à notre réputation. Le monde associatif reste pour moi pire que le monde de l’entreprise car nous faisons souvent face à des individus qui ont des ambitions cachées soit politiques ou financières. Pour le moment RENDO est en sommeil, je me recentre et concentre sur la gestion de mes projets personnels et professionnels. 

● Question 3 : De par votre expérience, quels sont vos constats et analyses sur les diasporas mauritaniennes en France et leurs activités associatives et professionnelles ? Atouts et manquements à combler ?

SK : La Diaspora crée souvent des espaces de réflexion, de pression de l’extérieur et de débats tels que les conférences mais aussi des actions de contestation comme les manifestations devant les instances dirigeantes (ambassades, services consulaires). Cependant malgré le fait que la diaspora Mauritanienne soit organisée en association ou en mouvements politiques, elle reste néanmoins dispersée, désorganisée et peu solidaire. La diaspora mauritanienne a joué et continue de jouer un rôle important dans les efforts du développement en Mauritanie. On associe souvent la diaspora à une mission uniquement économique à travers le transfert d’argent à leurs familles, mais elle est également à l’origine de transfert de compétences, ainsi qu’à des innovations sociales et culturelles importantes. Elle essaie de s’impliquer à distance dans les initiatives locales, en politique malgré l’instabilité politique. Mais peut-on dire que la diaspora Mauritanienne est unie ? Ma réponse est non. Nous sommes non seulement disséminés mais la confiance au sein même de nos organisations est aux abonnés absents. Les associations et mouvements politique s’essoufflent, souvent dirigés par nos ainés ou des personnalités qui s’estiment avoir plus de légitimité d’agir que d’autres ou que la jeunesse du fait de leur histoire ou de leur vécu. Cet état de fait crée une stagnation voire une disparition de ces mouvements. Nous faisons face également à une répétition des actions, pas de renouveau, pas d’innovations et pas d’actions conséquentes ni pérennes. Nous sommes tous conscients que la solution aux difficultés que rencontrent les mauritaniens ne viendra pas de l’Etat mauritanien, pour y remédier nos seuls moyens de pression sont les contestations par les manifestations, les articles de presses, les tweets sur les réseaux sociaux. Mais le constat est général, toutes ces actions ont à long terme aucun effet sur les problématiques que nous rencontrons. Nous ne disposons pas de fonds propres de financement des initiatives de la diaspora, de plateforme commune de réflexions, d’actions sociales et concrètes à destination de nos localités et villages respectifs. La diaspora doit se réorganiser et se rendre compte de la situation grave dans laquelle nous vivons. Nous devons avoir davantage une conscience politique et citoyenne.

● Question 4 : quelles analyses faites-vous de la situation politique mauritanienne actuelle notamment après l’épisode mouvementé de l’élection présidentielle du 29 juin dernier ?

SK : Il y a une grande déception vis-à-vis de l’état mais aussi du camp de l’opposition mauritanienne. Pendant des décennies l’opposition mauritanienne est tombée dans le piège tendu par le système mauritanien. J’aimerais mettre en évidence plusieurs éléments : Les responsables politiques des mouvements étaient conscients que les élections du 29 juin ne respectaient pas le jeu de la démocratie. Certains membres de la diaspora se sont vus privés du droit de vote en raison de l’absence des bureaux de vote dans leurs pays de résidence. Des personnes se sont déplacées au bureau de vote et se sont vues refuser de voter car d’autres personnes auraient voté à leurs places. Pourtant l’opposition était consciente de cela avant même de participer à cette mascarade électorale. Nous avons également vu des « leaders politiques » abandonner leurs partis et mouvements respectifs pour soutenir des candidats soi-disant de l’opposition mais qui avaient des ambitions à peine cachées à la solde du système mauritanien et dont le rôle n’était ni plus ni moins que de disperser les voies de la véritable opposition. D’ailleurs leurs comportements après l’élection ont donné raison aux rumeurs car certains n’ont pas hésité à s’aligner expressément vers le Président sortant réélu. Mais l’élément le plus marquant reste ces graves incidents post-électoraux. Certains membres de l’opposition ont joué la carte de la manipulation politique en contestant les élections sans apporter aucune preuve mais surtout aucune action concrète de contestation n’a été mise en œuvre Des individus irresponsables ont appelé des jeunes à manifester et contester les résultats. Les conséquences de ces actions ont causé la mort des jeunes innocents, tués par des policiers ou des gendarmes. Pour moi ces individus sont tout aussi responsables de la mort de ces jeunes que l’appareil de l’état qui s’est transformé en milice, n’hésitant pas à tirer sur sa propre jeunesse. On ne peut mener une lutte ou des combats par « procuration ». Aujourd’hui ces jeunes sont morts « pour rien », à part demander aux gens de changer leurs photos de profil et faire des débats inutiles sur les réseaux sociaux, aucune action concrète n’est sortie de ces évènements. Nous ne tirons pas des leçons de notre passé. Depuis des décennies des jeunes sont menés à l’abattoir pendant que d’autres « milices du clavier » et perroquets du net continuent de les mener au front à leur place. Ce que je dis ne plaira certes pas, mais j’ai encore la liberté de penser et d’écrire ce que je pense. Quant à l’appareil de l’Etat rien de nouveau à l’horizon, nous faisons face à une continuité de la politique de notre ancien Président. L’ancien président Ould Abel Aziz est actuellement emprisonné pour détournement de biens publics, mais le Président recycle les mêmes individus qui ont travaillé et collaboré avec l’ancien président, où est la logique ? L’appareil de l’Etat est dans la continuité de la politique menée depuis de nombreuses années qui est celle de la manipulation, de l’abrutissement et de l’appauvrissement d’une partie de la population du pays. En 2024 plus de 20000 jeunes mauritaniens ont quitté le pays pour rechercher un avenir meilleur aux USA via le Nicaragua, cet événement démontre de la situation alarmante et d’un avenir sombre de notre pays. Aucune volonté politique d’amélioration des conditions de vie du peuple qui fait face à des difficultés d’accès à l’eau. Ce qui est quand même un minimum vital, à l’accès à l’emploi et à l’accès à une bonne éducation. Nous constatons la baisse du pouvoir d’achat des familles, une recrudescence de la délinquance et de la criminalité et une détérioration continue du système éducatif (moins de 8% d’admis au baccalauréat depuis plusieurs années).

 ● Question 5 : Ces dernières années, un regain panafricaniste s’est manifesté sur notre continent (L’Afrique), quelles analyses faites-vous d’éventuelles retombées à court et long terme ?

SK : Pendant des décennies l’Afrique a rêvé du panafricanisme sans pouvoir atteindre cette « utopie ». L’idée quasi morte refait surface depuis ces dernières années et redonne à l’Afrique l’espoir d’une unification du continent autour de projets communs. Beaucoup d’intellectuel africains aspirent à une monnaie commune ou d’un passeport africain comme pour faciliter le commerce intra régional et la libre circulation des biens et des personnes. Nous avons déjà des initiatives qui sont nées comme « le passeport cémac » qui a eu pour conséquence la suppression des visas pour 6 états africains. Ou encore la décision de l’État Rwandais de supprimer les visas pour les pays africains et la création de confédération entre différents pays afin de faciliter la réussite individuelle et collective des Etats membres. A long terme toutes ces initiatives vont créer des effets de contagion des autres pays africains qui sont de plus en plus conscients de l’importance de la création d’un Etat fédéral de l’Afrique.

Merci pour la disponibilité

27 septembre 2024

● Réalisé par KS pour le BLOG

● Soukeyna Boubou DIABIRA marraine des festivités de la journée Internationale de la langue Soninké : le courage au féminin | Par Seyré SIDIBE

Nous sommes à une époque où, par cynisme, on se plaît à braquer les projecteurs sur les choses de l’ordre du sensationnel, du superficiel et même du frivole. Nous sommes dans un monde des paradoxes, où l’exemplarité est peu médiatisée alors que les « bouffonneries », font le buzz, soutenues et encouragées.

Cela est d’autant plus que vrai, quand on observe les productions journalistiques, populaires et orales, communicationnelles en tous genres, en milieu Soninké ; toute une déferlante de supports (sons, images et écrits) autour de la commémoration, du 25 septembre 2024, correspondant au premier anniversaire de la reconnaissance de la langue Soninké par l’UNESCO, on remarque curieusement, le black-out autour de la marraine de l’évènement au siège de l’UNESCO à Paris. Cela ne m’a pas échappé.

La marraine de l’évènement est un évènement à part

Soukeyna DIABIRA, mérite d’être davantage connue et le combat pour la résolution du conflit intra-soninké de cette femme d’exception mis en exergue. C’est l’exception qui nous intéresse, nous autres, la routine est une répétition soporifique. Et ce qui nous amène à parler de cette grande dame.

Cependant, je connais peu de choses sur cette Soninké exceptionnelle à tous égards. Disons, je la connais bien, mais sur un autre aspect(familial), parce que je suis très lié à la famille de son époux. Mais, cette partie relève de la vie privée et ne semble intéresser personne.

Soukeyna Boubou DIABIRA est active dans plusieurs domaines : la société civile, l’éducation, le développement etc.

C’est une femme battante et entreprenante, qui laisse des marques là où peu d’hommes osent s’y aventurer. Soutenir, que ce n’est pas pour rien, qu’elle a été choisie marraine de la cérémonie de commémoration de la langue Soninké, au siège de l’UNESCO à Paris, ce n’est pas de la complaisance. Je ne suis pas dans le secret des dieux. Cependant, une chose est sûre, ce que ce choix est mérité et amplement mérité. En effet, Soukeyna est présidente de l’Association Sironde do kaffo (Réconciliation sociale), qui ose parler de RÉCONCILIATION entre les Soninkés, soit une manière de reconnaître qu’il existe bel et bien une crise socio-politique intra-soninké plombant la cohésion sociale et le développement de tous les « territoires Soninké » de la Mauritanie, au Mali, en Gambie, au Sénégal etc., et même dans la diaspora.

Le sujet est évité par la plupart des intellectuels, de communicateurs, des leaders d’opinions. Le sujet est devenu tabou, gênant, source de honte et crainte. Chacun a peur d’être « démoli par des insulteurs publics » payés par je ne sais qui ?

La crise intra-soninké, pour résumer en quelques mots pour « les autres », est un conflit socio-politique opposant depuis plus de six ans maintenant, partisans de la reproduction et la continuation de l’ordre social traditionnel et hérité à ceux de « la mise à mort » immédiate des aspects socio-culturels, faisant référence à leurs ascendances serviles. La crise, personne ne peut la nier, elle est visible au point de « crever l’œil », même si elle est volontairement évitée dans les manifestations officielles Soninkés, qui ont propension à délecter d’autres sujets.

La société Soninké étant connue pour sa pudeur, veut cacher cette plaie qui est la manifestation d’une maladie honteuse. Or, elle oublie que la parole est thérapeutique, elle peut être pathogène notamment dans un usage indécent et irresponsable. Le silence, comme stratégie adoptée sur les dignitaires et leaders Soninkés est mortifère ou létal. « Au commencement était la parole ! »

Éviter d’aborder la crise inter-soninké, c’est contribuer à son exacerbation ; même s’il est vrai qu’il vaut mieux se taire lorsqu’on n’est pas porteur d’un discours de paix. La paix, c’est aussi oser dire la vérité, situer les responsabilités avec les mots justes.

En dépit de cette situation est délétère, voire irrespirable où même les hommes se méfient de s’afficher, Soukeyna s’est fait distinguer par son courage, à travers des conférences et plusieurs tentatives de résolution de la « crise Soninkara », en sillonnant différents « pays Soninké » pour rapprocher les positions. Certains ont même dit, quelle prétentieuse ! Là où les hommes ont échoué, ce n’est pas une femme qui va réussir. Le malheur, c’est de n’avoir pas essayé.

Je garde encore l’invitation que je n’ai pu honorer, qui m’a été adressée par son association, « Association Sironde do kaffo », pour assister à une manifestation, les 1, 14 et 15 décembre 2022, au Mali, au siège de Guidimakha Danka à Kayes. La rencontre, faut-il le rappeler, était audacieusement intitulée : Conférence sur la crise sociopolitique de la société Soninké.

Et dans le premier paragraphe de cette correspondance pouvait-on lire : « La conférence abordera les défis les plus importants auxquels la société Soninké est confrontée, de la crise socio-politique, les conflits internes et les provocations systématiques entre les individus jusqu’à ce que le sang soit versé et que des centaines soient déplacées de leurs maisons et de leurs villages » .

Au lendemain des crimes d’esclaves dans la région de Kayes, dans un contexte explosif, Soukeyna avait fait le déplacement pour présenter ses condoléances aux familles des victimes.

Ce parcours héroïque mérite d’être connu, et doit inspirer chacun d’entre nous. Qu’il est agréable, facile et inspirant de parler d’un titre mérité !

Seyré SIDIBE