Plusieurs blessés ont été signalés, l’un d’eux a été grièvement blessé, à la suite des affrontements qui ont eu lieu ce soir entre un groupe d’anciens esclaves et un groupe d’anciens maîtres dans un quartier de la ville de Kaédi , la capitale de la wilaya du Gorgol.
Les services de sécurité sont intervenus, arrêtant les personnes des deux groupes et bouclant le quartier «Guetaga » dans lequel les affrontements avaient lieu, tandis que les blessés étaient transportés à l’hôpital pour y être soignés.
Des sources locales ont estimé à neuf le nombre de blessés des deux côtés. Des sources à Al-Madina ont déclaré à Al-Akhbar que les affrontements ont commencé après une dispute au sujet de qui sera l’imam de la mosquée entre d’anciens esclaves et d’anciens maîtres, qui s’est transformée en affrontements qui ont fait plusieurs victimes.
Les bureaux de la wilaya ont abrité une réunion administrative et de sécurité pour discuter des moyens de contenir l’incident et d’y mettre un terme, afin qu’il ne se développe pas davantage.
Ci-dessous l’entretien avec une dame connue dans l’arène médiatique en Mauritanie. Institutrice de formation, Mme Traoré Mariya a été également technicienne à la Radio Mauritanie et y occupe depuis 2006 un poste au département de l’information . La native de Nouakchott âgée de 38 ans aujourd’hui, est active dans différents secteurs comme la Santé, les médias, le syndicalisme, droits de femmes et d’autres. Elle est la présidente de l’antenne Mauritanie de l’UPF (Union internationale de la Presse Francophone). La fille du doyen Ladji Traoré (député et une voix historique dans l’engagement pour les droits humains en RIM), assure être parmi les initiateurs de la création de l’UPF Mauritanie qui connait certains soubresauts autour de sa direction depuis quelques temps.
Question 1 : Bonjour, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs, parcours et activités sociales et professionnelles ?
Mariya Ladji Traoré : Je m’appelle Mariya Ladji Traoré, connue aussi sous le nom de Feinda Traoré, dont j’ai signé avec mes tout premiers articles dans le journal la Tribune.
Je suis enseignante sortante de l’ENI de Nouakchott. J’ai fait ma formation comme institutrice et suivi en même temps un stage de formation comme technicienne à la radio nationale. Après deux ans d’arrêt forcé à cause des classes , je suis revenue à Radio Mauritanie en fin 2006 pour rejoindre le département de l’information jusqu’à nos jours et j’ai aussi intégré la presse écrite en 2007 au sein de l’hebdomadaire La Tribune qui paraît actuellement de temps en temps. Je fus secrétaire générale adjoint au syndicat des journalistes mauritaniens (SJM), chargé de la presse privée francophone de 2014 à 2017, entre temps j’ai mis en place un bureau provisoire de L’UPFMAURITANIE grâce à des confrères de la presse publique, privée et des camarades du syndicat des journalistes mauritaniens. Après une première embrouille au sein du bureau exécutif provisoire juste après les assises internationales de l’UPF à Conakry en novembre 2017 . Une mise au point a été faite et une assemblée générale constituante a été organisée en février 2018 au musée national pour élire le bureau exécutif de la section mauritanienne de l’Union de la presse francophone , que je dirige depuis lors. Dans le cadre syndicale, bien avant le SJM, j’ai été à la confédération libre des travailleurs de Mauritanie (CLTM) comme membre du bureau exécutif du SNEP (Syndicat National de l’enseignement public ) que j’ai dirigé quelques années après comme secrétaire générale jusqu’en 2019 . J’ai été membre du groupe Stop Vedan Mauritanie initié par l’association AFCF, présidé par la grande militante des droits de l’homme madame Aminetou mint ElMoctar, dans le cadre du projet financé par l’institut Panos « briser le silence, lever les tabous, parler des violences basées sur le genre » (VBG).
Je suis actuellement, chargée de communication de l’association Mieux vivre avec le cancer gynécologique en Mauritanie (AMVCG) dirigé par Madame Aissa Fall, syndicaliste, militante des droits de l’homme, chargée de la sensibilisation et de la santé au niveau de SOS-esclave, sage femme et professeur adjoint technique de la santé. Membre du réseau de lutte contre l’extrémisme violent initié par le mouvement citoyen « Mauritanie d’abord Citoyen modèle » . Actuellement , je suis chargée de la programmation et de la formation dans le réseau des journalistes amis de l’OMVS RJAO. Également 2ème Vice-présidente chargée de la presse francophone à L’UNION des Femmes des Médias de Mauritanie. Membre aussi du groupe des journalistes de l’éducation pour la santé.
Question 2 : Quelles sont vos analyses sur l’environnement médiatique (public et privé) en Mauritanie actuellement ?
MLT : Pour moi , le paysage médiatique mauritanien est sur le point de connaître de très grandes réformes pour ne pas dire une refondation aussi bien sur le professionnel que sur le plan des textes qui régissent la profession. Après la remise du rapport de la haute commission de réforme du secteur de la presse qui avait été nommée par le président de la République Monsieur Mohamed ould Cheikh Ghazouani, la nomination des journalistes issus de la presse privée à la tête d’institutions telles que la Haute Autorité de la presse et de l’Audiovisuel (HAPA), l’agence Mauritanienne d’informations (AMI), Radio Mauritanie S.A, Télévision nationale El Mouritania.
Bien que le problème de la presse publique diffère de celle de la presse privée ou indépendante comme la nomment certains.
1. La presse publique: Elle souffre plus du problème des pigistes qui ne cessent d’augmenter machaAllah sans espoir d’être embauchés ou d’avoir des contrats, bref avoir un emploi décent qui puisse sortir les jeunes et vieux journalistes de la précarité et assurer aux femmes un congé de maternité comme les femmes d’autres secteurs. Des augmentations de salaires et aussi la révision du statut de certaines institutions.
2 . La presse privée, elle c’est la précarité alarmante, le manque d’institutions de presse au vrai sens du terme , faibles moyens et revenus (le métier ne nourrit pas son homme), le manque de publicité ou de contrat d’abonnement bien que ces dernières années, la presse privée à bénéficié de subvention octroyée par la caisse d’aide à la presse privée et des subventions de la part du ministère de tutelle dans le cadre de la collaboration du département en charge de la communication avec les associations et regroupements de la presse.
Question 3 : Ces derniers temps, l’UPF Mauritanie, l’aile Pays de l’Union internationale de la Presse Francophone aurait connu quelques remous autour de sa direction, que pouvez-vous nous en dire?
MLT : La section mauritanienne de l’Union de la presse francophone (UPF Mauritanie) connaît ces temps ci un grand mouvement de déstabilisation de la section au niveau national qui a suscité des prises de position claires et partisanes au sein de l’international sans le strict respect des textes. Ces textes régissant cette grande Organisation internationale qui a pu ces dernières années retrouvé une bonne réputation et une place respectable au niveau de ses partenaires. Une campagne acharnée contre ma personne sur base d’une plainte qui est constituée de fausses accusations et des mensonges flagrants de deux membres du bureau exécutif qui est constitué de 8 personnes. Bref je ne pourrais en dire plus car selon l’évolution de cette plainte diffamatoire, le dossier pourrait être porté à la justice et au plan international à la FIJ. De toute façon pourquoi se presser car en février prochain, je finis mon mandat et qui est renouvelable deux fois selon l’assemblée générale extraordinaire de 2019 à Yaounde au Cameroun.
Question 4 : De par votre père le doyen et l’honorable député Ladji Traoré, vous avez des attaches dans la communauté soninké, avez-vous des commentaires à faire sur la persistance des séquelles esclavagistes et l’engagement abolitionniste enclenché en cours ?
MLT : En effet comme vous l’avez signalé, j’ai des attaches dans la communauté soninke du côté de mon père. Moi j’étais plutôt impliqué dans le milieu culturel que autres choses car je suis de la 2ème génération de la troupe artistique Yillenkare jusqu’en 1999. Le mouvement abolitionniste esclavagiste qui est en cours est une bonne chose car les plus hautes autorités de l’État sont pour l’abolition des pratiques esclavagiste et de ses séquelles dont la première cause est la pauvreté, les litiges fonciers et nos sociétés (maures, peuls, soninke wolof) qui sont fondées sur des bases inégalitaires, voire castées. Le mouvement abolitionniste violent et passionné doit revoir sa méthodologie pour atteindre son objectif. Travailler sur le court et long terme car , il s’agit de changement de mentalités pour éradiquer la stigmatisation des victimes d’esclavage par descendance. Sortir les personnes qui présentent encore les séquelles de l’esclavage de la pauvreté, permettre à leurs enfants d’aller à l’école en les enrolant et leur procurent des documents d’état civil, seule garantie d’avoir un avenir. Mettre en place des moyens de financement, de formation, d’accompagnement et de suivi des femmes victimes d’esclavage ou de séquelles d’esclavage, car la violence aveugle ne règle rien. Sans le changement de mentalités et des mesures d’accompagnement adéquates aussi bien sur le plan juridique, économique et social , la lutte contre ce phénomène vile et inhumain est voué à l’échec. Il faut le reconnaître le problème de l’esclavage en Mauritanie est la source de beaucoup de contradictions , source d’enrichissement pour certains, de cause noble et droits de l’homme pour d’autres, de justice pour les victimes et d’ascenseur pour les opportunistes. Comme disent les soninke, il faut taper le tam-tam au milieu : acceptons de définir l’esclavage tel qu’il est pratiqué ou ses séquelles, ensuite main dans la main briser les tabous et éradiquer ce phénomène une bonne fois pour toutes .
Ce samedi 3 avril 2021 , UVDS-Ganbanaaxu a organisé une rencontre de sensibilisation en présence du leader abolitionniste mauritanien, le député Biram Dah Abeid et d’autres responsables de la mouvance politique du parti RAG.
Tenue dans l’espace culturel Galaxy, cette prise de contact a été l’occasion pour les participants d’exprimer leurs espoirs et leur soutien à l’engagement ferme et historique pour l’avènement d’un véritable État de droit en Mauritanie. Le président d’ UVDS-Ganbanaaxu Monsieur Yakhoub Bakhayokho, devenu secrétaire général du parti RAG il y’a quelques semaines, a tenu un bref discours de bienvenue à la délégation accompagnant le député BDA.
Lors des prises de parole, il a été question à de nombreuses reprises les problématiques liées à l’esclavage qui mine foncièrement les liens sociaux en Mauritanie notamment concernant l’esclavage par ascendance qui sévit dans différentes communautés. Des notables et des femmes originaires du Guidimagha (Région Sud mauritanien), ont relevé et exposé des litiges pendants à cause des coutumes esclavagistes en milieu soninké. Sur le foncier, la gestion des mosquées et les déséquilibres en représentativité, les personnes d’ascendance dite esclave subissent des criantes discriminations.
Ainsi le président des réseaux IRA Mauritanie dans sa communication a indexé le caractère nuisible de l’esclavage à l’unité de la Mauritanie. Il promet qu’il tient à détruire ce fléau social dans tous les milieux. Il a interpellé les hautes autorités du pays sur la nécessité urgente afin d’engager un front irrésistible et implacable contre l’esclavage. Il a abordé le cas de Monsieur Issa Cissoko , en saluant son militantisme courageux et sérieux depuis toujours dans la mouvance IRA Mauritanie. Le député BDA a dénoncé les mesures judiciaires prises à l’encontre de Monsieur Cissoko au Guidimagha suite à une plainte récente.
OCVIDH: Bonjour Docteur Koné Makan Djibril, pouvez-vous vous présenter aux mauritaniens, et partenaires intéressés par la vie sociale et politique de notre pays ?
KONE MAKAN: Bonjour et merci pour l’occasion que vous m’offrez. Cependant, il est difficile de parler de soi. Bon ! Je suis natif de Sélibaby -Guidimaka, où j’ai fait l’école primaire et le collège de cette ville, puis le lycée de Kaédi, le baccalauréat au lycée national de Nouakchott et mes études universitaires en Algérie. Dans ce pays frère, j’étais le correspond et « le référent » de la génération des étudiants mauritaniens de la fin des années 1980 à 2002. Certains compatriotes se reconnaîtront et leurs faits un petit signe de la main.
En France depuis 2002, j’ai milité dans le parti AC puis APP et dans des associations comme l’AVOMM, ARSEF, etc…
OCVIDH : Comment évaluez-vous la persistance de l’esclavage en Mauritanie ?
KONE MAKAN: Je l’évalue par un seul critère qui, à mes yeux paraît fondamental à savoir un manque de volonté politique allié à la culture de nos différentes communautés mauritaniennes. Le premier s’accommodant parfaitement de ces dernières parce qu’elles constituent souvent des ressorts hégémoniques dans le cadre de la domination politique et économique à la fois…voilà pour les faits. Face à cela, il me semble que le problème de l’Esclavage en Mauritanie a été jusqu’à une date récente circonscrit, et dénoncé uniquement en milieu maure et occulté dans les autres milieux négro-africains. En cela, le combat a été mené partiellement même si en milieu maure, l’Esclavage est plus visible en quelque sorte.
Dans la communauté Négro-africaine, on ne trouve évidemment pas les mêmes formes d’esclavage originel que chez les Maures, ni les mêmes logiques historiques spécifiques.
Ainsi, le dépassement de l’organisation sociale communautaire de type segmentaire et lignagère va se traduire par le passage au système esclavagiste. Ce système a été d’un « apport » non négligeable dans la constitution de l’identité négro-africaine dans la mesure ou, sans compter l’enrichissement proprement ethnique, on doit aux esclaves d’avoir permis un développement considérable de l’agriculture, par le défrichement de plaines entières et de l’expansion de la métallurgie du fer.
Chez les Soninké, qui forment en Afrique de l’Ouest une communauté connue par son dynamisme, l’attachement à la tradition et le sens de ses valeurs fondamentales dont la plus importante est sans doute la solidarité. Ils ont bâti, où contribué à fonder, les ensembles territoriaux les plus vastes et les plus prestigieux qu’ait connu la sous région sahélienne. Tous ces ensembles souvent admirablement dirigés et administrés ne le furent cependant que dans le cadre d’un système esclavagiste totalitaire et rigoureux dans le respect des traditions et, sous l’égide, de siècles durant de leurs seigneurs (Tunka Lemmu), avant tout grands propriétaires d’esclaves.
C’est grâce à cette maîtrise d’une grande quantité d’esclaves que les Tunka Lemmu ont pu défricher de grandes étendues de terres de cultures, s’octroyant ainsi un droit de la hache leur donnant pour longtemps une primauté foncière incontestable reconduite de génération en génération.
OCVIDH. Vous venez de créer l’A.R.M.E.P.E.S. Pourquoi ce besoin ?
KONE MAKAN: Contre les forces centrifuges en Mauritanie, les moyens pour les abattre ne sont pas de trop et je pense qu’il faut les diversifier. Ce cadre a pour vocation de combler un vide dans ce combat contre l’esclavage qu’une majorité de mauritaniens mène. Notre association pense apporter sa pierre à l’édifice à travers cette initiative en la formalisant par la constitution de l’A.R.M.E.P.E.S pour lutter contre l’esclavage sous toutes ses formes, promouvoir les droits humains, lutter contre les inégalités sociales, vulgariser les thèmes d’intérêts communs et promouvoir des œuvres socioculturelles.
OCVIDH: Comment jugez-vous la persistance de l’esclavage chez les Hratines qui font parler beaucoup d’eux en ce moment à travers leur leader Biram Dah Abeid?
KONE MAKAN: Biram Ould Abeid s’inscrit dans une filiation de l’élite Hratine qui a pris à bras le corps le combat contre l’esclavage. Je voudrais saluer ici son combat et dénoncer en même temps le verdict de la parodie de procès dont lui et ses camarades sont victimes. Sa condamnation ne fait que justifier si besoin est, l’engagement de tout un chacun contre la violation des droits élémentaires de l’homme et elle fera que notre mobilisation soit de plus en plus importante contre l’esclavage en Mauritanie. Nous disons aux hautes autorités qu’on ne peut bâillonner les militants des droits de l’homme par des mises en scènes où l’impunité et la protection des tortionnaires de la police sont la règle! Notre association demande sa libération sans condition et la reconnaissance officielle de l’IRA, comme structure d’utilité publique.
OCVIDH: Est-ce vous ciblez en priorité une communauté particulière, en l’occurrence Soninké ?
KONE MAKAN: Je n’aime pas ce terme « en priorité » ! Tout combat juste a vocation à être universel. Pour ce, on ne doit pas hiérarchiser le mal en général et les victimes en particulier. En même temps l’environnement militant en Mauritanie donne un sens à votre question en cela que l’esclavage en milieu Soninké n’a pas suscité une mobilisation officielle à l’image du Mouvement El Hor, de SOS Esclaves, de l’IRA et d’autres organisations de Défense de Droits Humains ou partis politiques. En milieu Soninké, l’esclavage est encore plus vicieux et les membres de cette communauté s’en sont bien accommodés à commencer par certains « intellectuels organiques » pour reprendre un concept de GRAMSCI. Cette situation m’interpelle et retient mon attention dans le cadre de l’initiative d’A.R.M.E.P.E.S, je vous l’avoue !
OCVIDH : Quels sont les objectifs à court et long terme de l’ARMPES ?
KONE MAKAN: A court et long terme, l’objectif est la promotion des Droits Humains. De ce fait la lutte contre les inégalités sociales qui s’incarnent de façon insidieuse dans la pratique de l’Esclavage en est la pierre angulaire, comme définit précédemment.
OCVIDH: Comment se caractérise la persistance de l’esclavage chez les Soninkés, les peulhs, les wolofs, dont on entend moins parler par rapport aux Hratines ?
KONE MAKAN: La pratique dans son essence est la même quelque soit la communauté retenue. Cependant, dans la société Soninké que je connais mieux l’esclavage n’a pas «connu d’abolition»! L’esclavage participe du fonctionnement, de la structure même de la société Soninké, quand bien même que sa cosmogonie n’appréhende pas son existence sans « ses esclaves ». Comme la plupart des sociétés africaines ici l’Avoir n’affecte pas l’Etre ; en d’autres termes on nait avec un statut social et on le demeure à vie.
Le statut détermine la place, le rôle et la fonction de l’homme. Il y a peu de temps encore dans certains villages de la région du Guidimakha, l’occupation de l’espace géographique procédait du statut des individus. Les conflits fonciers récurrents dans cette région procèdent de cette situation. Je rappelle, ici, les litiges fonciers récents de Diaguily et de Coumba NDaw qui ne sont pas des cas isolés en Mauritanie. En effet, dans plusieurs localités soninkés du Guidimakha et du Gorgol (Bouanze, Diaguily, Diadjibiné, etc.), le statut social et la question foncière se posent avec beaucoup d’acuité, sans une réponse politique et sociale juste.
Malgré l’évolution trompeuse des villages et l’urbanisation, la société soninké dans cette région reste arc-boutée à ce fonctionnement d’un autre âge qui est même transposé en Europe, et en particulier en France dans les foyers des travailleurs immigrés d’origine ouest africaine. Ce qui caractérise l’esclavage dans la société Soninké c’est l’idéologie du silence qui l’entoure et son intériorisation par tous les acteurs de la société !
OCVIDH: Que répondez-vous aux esclavagistes maures qui comparent le phénomène avec le système de castes dans les communautés noires ?
KONE MAKAN: Les esclavagistes dont vous parlez veulent éviter d’avoir mauvaises consciences ! Mais poser ainsi le problème c’est le dénaturer en grande partie, c’est l’escamoter, c’est même rire de la misère morale et matérielle des millions d’être humains en Mauritanie. L’esclavage pour ce qu’il est, c’est-à-dire une institution sournoise et insidieuse, un anachronisme social, un complexe d’œdipe de toutes les sociétés, un crime qu’il faut combattre où qu’il se trouve et par tous les moyens. En Afrique en général, on naît toujours prince ou guerrier ou chasseur ou pêcheur ou paysan ou éleveur ou bûcheron ou sorcier ou forgeron ou guérisseur ou griot ou marabout ou vannier ou zenaga ou boisselier ou assimilé ou affranchi…ou esclave, de telle tribu, de telle lignée, de tel clan, de telle région, etc.
L’esprit communautaire, l’harmonie du groupe, sa tranquillité, sa solidarité, n’existent que dans le respect scrupuleux des limites imposées à chaque sous groupe. Transgresser cette règle c’est porter atteinte à la quiétude de la société, c’est offenser les dieux c’est déclarer la guerre…
A tous les niveaux, le particularisme et la différence sont entretenus depuis la tendre enfance; pour éviter toute confusion. Que cela s’appelle le système des castes ou esclavage tout court, ce qui importe c’est que c’est l’humain qui est dénié de son humanité, piétiné et réduit au rang de bête !
OCVIDH: Il y a des préconisations de l’IRA d’après lesquelles pour sortir décisivement de l’esclavage, les Hratines au moins, voire les autres communautés noires, doivent quitter l’armée. Qu’en pensez-vous ?
KONE MAKAN: Quitter l’armée ? Pour aller où et faire quoi ? Dans le combat contre l’esclavage et les inégalités de toutes sortes, on peut avoir le même diagnostic et avoir des divergences sur les prescriptions ! Je ne connais pas les détails de ces préconisations, mais il me semble que pour avoir une certaine crédibilité, il faudra éviter les propositions farfelues qui relèvent plus du populisme qu’autre chose. Il faut prendre de la hauteur quand on prétend œuvrer à changer les choses. S’agissant de l’armée, la question qui doit se poser doit être relative aux modalités de son intégration et son rôle. L’armée ne doit pas être le monopole d’un groupe, sa composition doit refléter le visage de la Mauritanie. Pour ce, l’institution d’un service militaire obligatoire peut contribuer à amortir les déséquilibres et renforcera son rôle républicain…
OCVIDH: Quelles sont, d’après vous, les questions urgentes qui doivent être réglées pour sortir la Mauritanie du tiraillement racial, d’esclavage et d’apartheid ?
KONE MAKAN: Il faudra se méfier du poids des mots si nous voulons être audibles et crédibles pour nos concitoyens et partenaires : Certains mots comme apartheid ont un poids et ne prennent pas un sens opératoire quand il s’agit de la Mauritanie. On peut décrire la réalité sans la référence à l’émotion ! Toujours est-il qu’il y a un dénominateur commun aux mots que vous employez : l’humanité bafouée, et cela m’est inacceptable au-delà des adjectifs.
Ceci étant pour sortir la Mauritanie de sa situation actuelle, la seule chose qui vaille est de s’armer d’un volontarisme politique aux risques de l’impopularité parmi les siens et le traduire en actes. La Mauritanie compte aujourd’hui beaucoup de compétences humaines inexplorées et inexploitées.
OCVIDH. Il y a le débat sur ce que certains appellent « passif humanitaire », d’autres « crime contre l’humanité » et qui créée une vraie dissension ente les Arabo-berbères et les Négro-africains, comment qualifiez-vous l’affaire et quel est le positionnement de l’ARMEPES ?
KONE MAKAN: Là aussi, il faudra dépasser le stade du débat et des dissensions ! Les faits et les témoins sont là, ce n’est pas une invention de l’esprit. Je pense aussi, qu’il faut sortir de cette opposition entre les Arabo-berbères et les négro-africains, même si cela contribue à donner des arguments aux partisans de cette bipolarisation.
A un moment de l’histoire de notre pays, au-delà des mots, un génocide à été pensé mis en œuvre et exécuté. Certains de ses auteurs sont connus quand bien même ils figurent sur des listes détenues par des Organisations de Défense de Droits Humains comme la vôtre. Dans de pareilles circonstances la seule position qui vaille est que Justice soit rendue aux victimes sans frilosité aux risques de repousser à plus tard une confrontation. Mais en ce moment, je crains que les autorités qui dirigent la Mauritanie ne soient à la hauteur de cette nécessité.
OCVIDH: Qu’en est-il de la nostalgie du pays et la nécessité de confronter les réalités des injustices vécues par les Noirs en Mauritanie ? Vous vous rappelez de vos incursions en vélo avec le président de l’OCVIDH, Mamadou Youssouf Diagana ?
KONE MAKAN: Je pense qu’il faut éviter d’être nostalgique dans la vie, même si cela peut aider à s’indigner. Si la nostalgie peut aider à attiser en nous la flamme de la révolte qu’elle soit la bienvenue…Les moments que vous évoquez avec Mamadou Youssouf Diagana ont contribué à façonner nos parcours et trajectoires respectifs…. Rire. Je lui rappelle ses premiers coups de pédale sur mon vélo venant de France.
OCIVDH: Quel dernier message adressez-vous aux Mauritaniens ?
KONE MAKAN: Mon message aux Mauritaniens s’inspire de celui inscrit dans l’actualité par Stéphane HESSEL intitulé « indignez-vous ».
Entretien réalisé par, FALL Moctar, Porte parole ocvidh Président IRA France. http://www.ocvidh.org
Je voulais poster ce post depuis bien longtemps; depuis que ma chère Mauritanie s’est qualifiée à la CAN pour la deuxième fois de suite. félicitations aux Mourabitounes !!!
Mais je me suis dit que ce n’était pas le moment, vu la ferveur que cette qualification a suscitée.
Bon, maintenant que les choses se sont calmées , je me permets de m’adresser à tous ceux qui veulent se marier avec un(e) soninké, afin de leur donner quelques règles « d’or » avant qu’ils ne s’engagent.
1) D’abord, faites en sorte qu’il ou elle soit du même pays que vous. Et ceci, même si vous êtes à l’étranger et qu’il n’y a qu’une chance sur 1 000 000 que vous alliez vivre dans votre pays d’origine.
2) Ensuite, si vous pouvez avoir le même nom de famille que la/le prétendant(e), vous marqueriez des points (aux yeux des parents et donc de la communauté )
3) Mais attention !!! tous les noms de familles ne se valent point, en fonction de votre pays d’origine; d’où la règle 1. ( ouii ouii je sais que c’est compliqué ) et ce n’est que le début.
4) Si vous êtes sûr de RESPECTER toutes ses règles, alors bravo !
5) Mais gare à vous si vous avez le malheur de ne pas remplir les « critères », alors on dira que c’est la religion qui les guide. Mais si vous poussez le bouchon un peu trop fort, on vous avouera que ça n’a rien avoir avec la religion et l’argument que vous auriez, la voici: « CE N’EST PAS DANS NOS COUTUMES ».
À toi futur prétendant(e), es-tu prêt à relever le défi ? Si ta réponse est oui alors permets moi de te dire en avance ce invocation prophétique: بارك الله لكما وبارك عليكما وجمع بينكما في الخير !!!
Moralité de l’histoire:
J’aime ma communauté plus que tout; mais quand les règles de ma communauté sont contraires aux règles DIVINES, alors NON.
À toutes ces jeunes filles de France et d’ailleurs (mais surtout de France) qui ont la vingtaine, la trentaine, voir même la quarantaine, prenez votre courage à deux mains ! Sachez faire comprendre à vos parents que dans un mariage, c’est l’intérêt de la fille qui prime. Bien que les coutumes existent (et toutes les coutumes ne sont pas à bannir , bien au contraire ) mais elles doivent d’être complément de quelque chose et non LA RÈGLE.
À toutes ces jeunes filles (de France) sachez dire à vos parents: Pourquoi accepteriez vous que je j’épouse un portugais ou un souraxé (ce n’est guère péjoratif ) dont vous ignorez tout, plutôt qu’un garçon dont les parents sont « vos amis » et vos connaissances proches dans la communauté ?
À tous ces parents coutumiers, ne voyez vous pas la souffrance de vos filles ? sacrifierez-vous leur vie pour satisfaire un système qui ne dit pas son nom ?
Alors continuons, continuons de défendre l’indéfendable, Allah éclatera la vérité le jour des ténèbres.
Aïta MAGASSA est une jeune entrepreneure de 36 ans originaire de la Mauritanie. Mariée et mère de 4 enfants, elle habite à Cergy (95). Suite à un constat personnel, elle a décidé de mettre à profit ses 12 années d’expérience dans la gestion immobilière pour fonder Nawali, une agence immobilière destinée aux africains de la diaspora qui souhaitent acheter en Afrique. Après l’obtention de son Baccalauréat secrétariat, elle a effectué un BTS PME-PMI en alternance. Pendant ces 2 années, elle occupa un poste d’assistante de gestion des logements sociaux. C’est le moment où elle découvre le domaine de l’immobilier qui deviendra ensuite une passion. Aujourd’hui, elle cumule 13 années d’expérience dans la gestion immobilière.
C’est en 1995 que Aïta se rend pour la première fois dans son pays d’origine, la Mauritanie. À l’époque, son père évoquait souvent un rêve qui lui tenait à cœur : construire une maison dans son pays natal. Mais n’étant pas sur place pour suivre l’évolution, il a été malheureusement victime de plusieurs arnaques. Mais il est resté déterminé et a pu réaliser son rêve. Inspirée par lui, Aïta rêvait aussi d’avoir son patrimoine immobilier. Mais elle s’est vite rendue compte qu’en raison des intérêts bancaires, ce désir ne pouvait se concrétiser en France. Après plusieurs voyages en Afrique et la naissance de ses enfants, elle a compris qu’elle devait suivre les pas de son père et investir dans son continent d’origine.
Sa volonté principale était de laisser un héritage à ses 4 garçons. Ainsi, il y a environ 5 ans, c’est avec la tête pleine d’étoiles qu’elle se rend en Mauritanie avec sa famille pour des vacances mais surtout pour concrétiser ce rêve d’enfant. Malheureusement, au fur et à mesure qu’elle visitait les agences et rencontrait des gens du milieu, la joie fait rapidement place à la déception et elle se résout à rentrer en France bredouille. Dès son arrivée en France, Aïta questionne son entourage et effectue un sondage sur les réseaux sociaux. Face aux retours d’expériences ratées de son entourage et des personnes interrogées en matière d’achat immobilier en Afrique, ainsi qu’à l’inexistence d’agences immobilières pour la diaspora, elle prit la décision d’en faire son combat. C’est ainsi que l’agence Nawali voit le jour en janvier 2018 avec pour objectif d’être la référence pour les investisseurs de la diaspora au Sénégal, au Mali, en Mauritanie et en Gambie. Son principal but est de permettre à la diaspora de pouvoir investir en toute sécurité.
Avec ses 2 000€ d’économies, elle a commencé par la vente de terrains en nouant des partenariats avec des personnes qui étaient directement sur place, en Afrique, qui procédaient aux vérifications et contrôles nécessaires, toujours dans le but de prôner la sécurité. Pour donner suite à l’engouement et à la demande dont elle faisait face, elle a eu l’idée de mettre en place des systèmes de financements plus souples : des tontines immobilières avec des paiements étalés sur plusieurs mois pour faciliter les acquisitions à ses clients. La troisième activité qu’elle souhaitait mettre en place est la construction de maisons. Lors du confinement, en mars 2020, elle a découvert la BTC (Brique de Terre Crue) et depuis propose la construction écologique, qui colle parfaitement avec son état d’esprit. En effet, la BTC est un excellent isolant thermique qui ne favorise pas l’apparition de moisissures et la décondensation dans le logement. Il s’agit aussi d’un matériau recyclable qui peut absorber l’humidité.
« Aujourd’hui NAWALI est bien plus qu’une agence immobilière : c’est un engagement car nous prônons la récupération de nos terres par le biais de l’investissement sûr. Je pense qu’il est important de lutter contre l’accaparement de nos terres qui a longtemps perduré et qui nous empêche une émancipation complète du continent. » conclut Aïta. .
Initiatives News – Dr Camara Boubou est Mauritanien, né à Ould Yengé dans la région du Guidimagha. Il a fait ses études primaires et secondaires à Sélibabi ou il a obtenu le baccalauréat.
Après ses études de médecine générale, il s’est spécialisé à Toulouse en France en médecine interne avec orientation pneumologique. Dr Camara Boubou est aussi titulaire d’un diplôme d’études spécialisées complémentaires en maladies infectieuses et tropicales. Depuis 2011, il occupe le poste de responsable médical du centre de ressources et de compétences de la mucoviscidose du CHU de Grenoble-Alpes.
Dans le cadre du programme « retour temporaire de la diaspora » de l’OIM en partenariat avec l’Union Européenne et l’OMS, avec d’autres collègues, il est revenu en Mauritanie pour prendre part à la riposte nationale contre la COVID-19.
Horizons : Après la première vague, la Mauritanie, comme beaucoup de pays, fait face à la seconde vague du Corona virus. Quelles appréciations portez-vous sur la riposte nationale face à cette pandémie?
Dr Camara : Je suis revenu dans le cadre de la riposte nationale contre la COVID-19 pour prêter main forte à mes collègues, échanger avec eux et lutter avec eux contre cette pandémie.
C’est le programme « retour temporaire de la diaspora » de l’OIM en collaboration avec l’UE et l’OMS qui nous a permis de revenir travailler dans des conditions décentes en lien avec le ministère de la santé.
Nous sommes progressivement arrivés à partir du mois de juin 2020 avec les autres collègues de la diaspora Mauritanienne que je voudrais citer. Il s’agit du Dr Mohamed Salem Ould Zeine, réanimateur en France, Dr Ba Oumar, gériatre en France, Dr Hady Louly Klein, gastroentérologue, monsieur Hadiatou Ndiaye, directeur d’établissement de santé en France et Madame Aminata Soumaré, infirmière en Ile-de-France.
A notre arrivée, nous avons visité les structures hospitalières et réalisé plusieurs visioconférences avec les collègues de l’intérieur du pays. Nous avons visité toutes les structures dites « Covid », notamment celles accueillant les patients nécessitant des soins lourds, c’est-à-dire nécessitant de la médecine intensive. Nous avons remarqué qu’il y avait un problème de disponibilité en termes d’équipements. Cependant pour cette deuxième vague, il y a un effort important de la part du ministère de la santé avec la disponibilité de respirateurs, même à l’intérieur du pays. Malheureusement, au niveau de la population en général, même au sein de l’élite, les mesures barrières ont été très vite abandonnées, la communication n’a pas suivie. Je pense que cette faute collective est l’un des éléments qui explique l’ampleur de la deuxième vague que nous vivons actuellement.
Horizons : Dans une interview à l’Agence Mauritanienne d’information, le représentant de l’OMS en Mauritanie, Dr Abdou Salam Gueye, a déclaré que la prise en charge des cas graves de COVID n’est pas “parfaite”. Quelles sont les points forts de cette prise en charge, quelles sont ses faiblesses?
Dr Camara : La Mauritanie a la chance d’avoir comme représentant de l’OMS, Dr Gueye, expert en situation médicale d’urgence. Il est reconnu par ses pairs, notamment par rapport à sa gestion de l’épidémie Ebola. Cela dit, il est vrai que la situation des patients qui nécessitent des soins critiques est particulièrement délicate dans notre pays. Ces patients nécessitent la médecine intensive qui connait des problèmes dans nos établissements de santé. Nous manquons de ressources humaines soignantes de façon globale sur tout le territoire. Quelles que soient la spécialité, il y a déficit. Et, dans la spécialité de la médecine intensive, on compte au bout des doigts les professionnels capables de faire ce métier. Ensuite, l’environnement ne se prête pas forcément à la pratique de cette médecine intensive car, en plus des ressources humaines qui manquent, il y a des problèmes de consommables et de médicaments. Même si le gouvernement a fait d’énormes efforts qu’il convient de citer, il reste encore beaucoup à faire en matière d’équipements, de consommables, de logistique, de biomédicale et surtout d’organisation globale des soins… Il s’agit là, à mon avis, des principaux défis de la médecine intensive dans notre pays. Il est capital d’améliorer et d’entretenir l’existant.
C’est en connaissance de cause que l’OMS a recruté des consultants internationaux intensivistes et réanimateurs. Il y a eu l’arrivé, d’abord, d’une première équipe de professionnels (5 espagnols) sur une courte durée, ensuite huit autres consultants espagnols dont trois réanimateurs qui ont séjourné deux mois dans notre pays et les derniers vont retourner le 18 décembre 2020 en Espagne. Ils nous ont été d’un apport majeur. Je voudrais les remercier au nom de tout le peuple Mauritanien.
Horizons : vous avez aussi visité de structures de santé à l’intérieur du pays, comment s’y passe la lutte contre la COVID notamment en matière de prise en charge ?
Dr Camara : Effectivement, j’ai eu à visiter avec d’autres collègues les hôpitaux de l’intérieur de la Mauritanie. J’ai visité personnellement les hôpitaux de Nouadhibou, Kaédi, Boghé, Aleg, Sélibabi ainsi que ceux de Nouakchott. Globalement lorsqu’il s’agit de prendre en charge les patients sans atteintes sévères, nécessitant une adjonction d’un faible débit d’oxygène, il existe un protocole national bien établi par un comité scientifique et ça se passe bien. Il s’agit souvent de patient jeunes ou sans comorbidités et qui ne posent pas de problèmes. La difficulté se situe au niveau des patients nécessitant des soins critiques qui peuvent évoluer vers un syndrome de détresse respiratoire (lorsque l’atteinte de la maladie fait que les poumons n’arrivent plus à assurer leurs fonctions d’hématose qui consiste à oxygéner les organes vitaux). C’est malheureusement, ce syndrome de détresse respiratoire qui entraine des décès de patients. Même à Nouakchott, la prise en charge de ces patients au stade de détresse respiratoire reste problématique. A l’intérieur du pays, elle l’est encore plus. Cependant les centres comme Nouadhibou, Kaédi et Kiffa sont maintenant équipés d’appareils, de ventilation non invasive et de respirateurs. Mais, encore une fois, il se pose des problèmes de ressources humaines, de sous effectifs compétentes pour le maniement et l’entretien au long court de ces équipements de réanimation.
Horizons : Apres 20 ans d’exercice de la médecine en France, vous êtes revenu dans le cadre du programme « retour temporaire de la diaspora ». Vous êtes revenus, vous avez une expérience du terrain dans votre pays. Avez-vous un message à l’endroit de vos collègues mauritaniens exerçant la médecine en France ou ailleurs dans le monde et à l’endroit aussi du gouvernement mauritanien pour un éventuel encouragement d’un retour des compétences ?
Dr Camara : Il est de la responsabilité du gouvernement de notre pays, notre chère patrie, de mettre en place des dispositifs pour faciliter le retour de sa diaspora qui a certainement un rôle à jouer. Je ne parle pas de discours politique ou d’une 100ème réunion sur le sujet, je fais allusion à un vrai dispositif, quelque chose de concret et palpable. Cette diaspora, d’ailleurs, ne demande qu’à revenir pour servir et se mettre à la disposition de la nation.
A tous les membres de la diaspora, la Mauritanie a besoin de vous en cette période critique, quel que soit vos compétences, soignants, logisticiens, organisation des soins et j’en passe. La diaspora a su monter sa solidarité pendant la première vague de la Covid, via le CCME (Collectif des cadres mauritaniens expatriés), le dispositif des médecins et bien d’autres oragnes. Le besoin est pressant, nous avons tous un rôle à jouer.
Carrière : Enseignant, diplomate, élu et leader politique et d’opinion.
Mon frère aîné Gagny DIAWARA s’en est parti hier à l’âge de 81 ans à Nouakchott en Mauritanie, emporté par ce satané virus qui est le Covid-19.
Sa vie fût exceptionnelle à travers par son cœur, ses combats pour des causes justes et son parcours.
Instituteur à 17 ans, directeur d’école à Boully (son village natal) à 20 ans, 1958 instituteur à Tékane dans la région du Gorgol, directeur d’école et secrétaire général adjoint de l’UTM (Union des Travailleurs Mauritaniens) à Nouakchott à 25 ans ; consul général de Mauritanie à Paris à 30 ans pendant 10 ans ; ambassadeur de la Mauritanie auprès du Zaïre aujourd’hui (République Démocratique du Congo) à 40 ans ; secrétaire général au ministère des affaires étrangères de Mauritanie ; Ambassadeur auprès de l’URSS ; 1991 – 1994 maire Sélibaby (capitale régionale du Guidimakha) ; 2001 député de la même circonscription ; membre fondateur de l’Union des forces démocratiques-Ere nouvelle (UFD/EN), un parti politique mauritanien créé le 2 octobre 1991 ; Après les élections municipales de 1994, un groupe de réflexion se constitue sous son leadership avec Tidiane Koïta, sénateur maire de Kaedi, les travaux de réflexions de ce groupe sont présentés en février 1995 « Projet de société pour la Mauritanie – Diagnostic et propositions » une vision de la Mauritanie de demain autour des fondamentaux d’une nation comme l’éducation et les institutions par exemple, le manque de compris sur cette nouvelle ligne avec une frange de l’UEF/EN, conduit leur groupe avec Messaoud Ould Boulkheir avec d’autres mouvements politiques et citoyens, à fonder en août 1995 le parti politique mauritanien, l’Action pour le Changement (AC), dont il devient le deuxième vice-président ; président du REG, l’association d’un groupe de cadres Soninkés relative à la restructuration des Soninkés pour peser sur la politique nationale mauritanienne et j’en passe.
Oui, sa vie fût exceptionnelle sur le plan professionnel et à travers ses combats, comme, à la lumière de ce qui précède. Mais moi, son jeune frère, C’est sur le plan humain et affectif que je le trouve, Gagny encore plus extraordinaire. Il était l’expression de la bonté humaine. Je l’appelais Gagny le généreux. La souffrance humaine le taraudait. Tous ces combats politiques-et Dieu sait qu’il en a fait- avaient pour but d’améliorer la justice sociale, d’instaurer un vrai système démocratique, de combattre les inégalités entre les différentes composantes de la Mauritanie, de dénoncer les conditions d’inégalités inacceptables des negro-mauritaniens. Il me disait toujours, “je suis inquiet pour l’avenir de ce pays, car, il y a trop d’injustices et celles-ci engendrent inéluctablement de la frustration, creuset des conflits futurs”. La Mauritanie a perdu hier un vrai homme d’État, moi, j’ai perdu le meilleur frère du monde, pardon, j’ai perdu le meilleur des pères, j’ai perdu mon confident, mon conseiller, c’est lui qui m’a tout appris tout donné.
Qu’Allah SWT lui accorde une place de choix dans son royaume céleste.
Nous venons d’apprendre avec tristesse le décès de son excellence Gagny Boudallah Diawara, survenu aujourd’hui à Nouakchott en Mauritanie. Nous adressons nos condoléances les plus attristées à la famille et aux proches. Diawara Gagny, natif du village de Boully, ancien consul général de Mauritanie à Paris, ancien Ambassadeur en Russie, ancien Ambassadeur au Zaïre, ancien député et ancien maire de Selibaby, ancien secrétaire général et ancien directeur central au ministère des affaires étrangères, ancien dirigeant de L’Union des Forces Démocratiques (UFD) et de plusieurs mouvements citoyens et politiques, ce grand commis de l’Etat, nous laisse à jamais une trace indélébile dans le sillage de sa vie et de son parcours. Que son âme repose en paix. Amine.
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