● Le Grand Entretien du BLOG | Avec Madame Sarafina KANE

~~~Notre Rubrique Le GEB vous revient avec l’interview de Madame Sarafina KANE, une franco-mauritanienne. Elle a répondu à nos questions, au menu, ses expériences de militante associative et d’entrepreneure. Également, d’autres thématiques ont été abordées comme l’engagement de la diaspora, la politique en Mauritanie et le panafricanisme. Nos remerciements à elle pour sa disponibilité.

Ci-dessous l’intégralité de l’interview :

● Question 1 : Bonjour Madame Kane, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Sarafina KANE : Bonjour Monsieur Soumaré, je tenais avant tout à vous remercier de l’intérêt porté à ma personne. Je suis mauritanienne vivant en Europe depuis de nombreuses années, arrivée en France à l’âge de 6 ans. Je me définis en tant qu’humaniste engagée en faveur de la justice sociale et des droits de tout citoyen avoir une vie digne et meilleure Je suis la fondatrice du premier incubateur féminin en Mauritanie Rendo women entrepreneurship. Et Présentatrice de « ESPRIT EBENE » au sein d’ADN (Africa Diaspora News) depuis  2015, une émission qui valorise le rôle de la femme de la DIASPORA 

● Question 2 : Dans quel domaine particulier aviez-vous investi comme entrepreneure et militante associative ?

SK : Je milite dans le monde associatif depuis plus de 10 ans. En 2007 j’ai dirigé l’association des étudiants mauritaniens de Rouen, nous avons avec les étudiants internationaux de Normandie co-fondé le COLLASUR (Le collectif des étudiants internationaux). Également j’ai été élue au Conseil d’Administration de L’université de Rouen et du Forim qui est une plateforme nationale qui réunit des réseaux, des fédérations et des regroupements d’Organisations de Solidarité Internationale issues des migrations. Avant de fonder DIASPORA RIM (Réseau des Jeunes Mauritaniens de la Diaspora). Dix ans plus tard je crée la première plateforme dédiée exclusivement aux femmes en Mauritanie, RENDO Women Entrepreneurship. Elle avait pour but l’accompagnement à l’insertion socio-professionnelle par une activité économique. La même année j’ai organisé un événement à l’IFM (institut français de Mauritanie) intitulé « entreprendre au Féminin » réunissant plus de 300 personnes parmi lesquelles des femmes de la société civile mauritanienne, politiques, entrepreneures et le collectif des femmes migrantes. Le but de cette activité était la promotion l’entrepreneuriat féminin, la découverte des parcours semés d’embuches de certaines femmes, la réflexion sur l’autonomisation de la femme et les différents modes de financements. À la suite de cette aventure, je me suis lancée le défi de créer le premier concours d’entrepreneuriat féminin sans budget, sans financement privés et sans subventions. La réalisation de ce projet n’aura pas été possible sans l’aide de personnes de bonne volonté : L’hôtel monotel m’a offert gracieusement le lieu, l’association des anciens étudiants de la diaspora ont cotisé pour me soutenir et l’agence Butterfly. Cette action a permis la découverte des jeunes femmes de Talent comme Kadio Niang de Solar ecobar et Marieme Sall avec son projet de « Farine enrichie bio » pour lutter contre la malnutrition. Cet événement a été un succès et le premier vers de nouveaux projets : comme la création d’une épicerie sociale et solidaire à PK. Cette épicerie s’est inspirée des restos du cœur, elle avait pour objet de vendre des produits à bas prix à un public plus vulnérables, la promotion de la production locale et enfin la mise à disposition d’une boutique solidaire permettant aux commerçantes d’y exposer leurs produits à la vente. Nous avons également organisé des ateliers de coutures en partenariat avec le collectif des femmes elbeuviennes, le partenariat avec l’association Solidarités actions valeurs Environnement pour la mise en place du projet d’insertion par la couture de 10 femmes dans les quartiers QPV par la confection des produits hygiéniques bio et réutilisables afin de les distribuer aux femmes et aux jeunes filles aux revenus modestes. Nous avons distribué des serviettes hygiéniques aux femmes détenues au centre pénitenciers de Nouakchott en Mauritanie. RENDO a également organisé des ateliers d’initiation en informatique, des ateliers CV et recherche d’emploi et des formations à destination des professionnels de l’action sociale et des bénévoles dispensées par le GRDR. En 2020, j’ai malheureusement fermé l’épicerie solidaire à cause d’une mauvaise gestion et de manque de moyens financiers. Par la même occasion j’ai décidé de dissoudre RENDO en tant qu’association. Vous savez pendant plusieurs années j’ai dénoncé et condamné la personnalisation des associations ou des mouvements. On constate en Mauritanie des associations ou mouvements politiques qui sont dirigés par des président.e.s à vie, aucune alternance ni aucun renouvellement. Lorsqu’on parlait de Rendo, on pensait automatiquement à ma personne, alors qu’une équipe était aussi derrière le succès de nos évènements. J’ai fini par devenir les personnes que je critiquais et je suis tombée dans le piège tendu par l’environnement mauritanien. D’autres parts, il est difficile de gérer une association ou une entreprise lorsque vous êtes une militante de l’opposition. Lorsque vos ennemis voudront vous atteindre e ils passeront par votre structure, d’ailleurs c’est ce qui m’est arrivé. Rendo n’a jamais bénéficié de subventions publiques mauritaniennes et pourtant j’ai fait l’objet d’accusations de la part de personnes malveillantes ou pro Actuel président Ould Gazouani, que Rendo aurait reçu des financements pour critiquer le président actuel. N’ayant jamais rencontré l’ancien Président Ould Abdel Aziz ni le Président actuel, ces accusations étaient d’une lâche offense à notre réputation. Le monde associatif reste pour moi pire que le monde de l’entreprise car nous faisons souvent face à des individus qui ont des ambitions cachées soit politiques ou financières. Pour le moment RENDO est en sommeil, je me recentre et concentre sur la gestion de mes projets personnels et professionnels. 

● Question 3 : De par votre expérience, quels sont vos constats et analyses sur les diasporas mauritaniennes en France et leurs activités associatives et professionnelles ? Atouts et manquements à combler ?

SK : La Diaspora crée souvent des espaces de réflexion, de pression de l’extérieur et de débats tels que les conférences mais aussi des actions de contestation comme les manifestations devant les instances dirigeantes (ambassades, services consulaires). Cependant malgré le fait que la diaspora Mauritanienne soit organisée en association ou en mouvements politiques, elle reste néanmoins dispersée, désorganisée et peu solidaire. La diaspora mauritanienne a joué et continue de jouer un rôle important dans les efforts du développement en Mauritanie. On associe souvent la diaspora à une mission uniquement économique à travers le transfert d’argent à leurs familles, mais elle est également à l’origine de transfert de compétences, ainsi qu’à des innovations sociales et culturelles importantes. Elle essaie de s’impliquer à distance dans les initiatives locales, en politique malgré l’instabilité politique. Mais peut-on dire que la diaspora Mauritanienne est unie ? Ma réponse est non. Nous sommes non seulement disséminés mais la confiance au sein même de nos organisations est aux abonnés absents. Les associations et mouvements politique s’essoufflent, souvent dirigés par nos ainés ou des personnalités qui s’estiment avoir plus de légitimité d’agir que d’autres ou que la jeunesse du fait de leur histoire ou de leur vécu. Cet état de fait crée une stagnation voire une disparition de ces mouvements. Nous faisons face également à une répétition des actions, pas de renouveau, pas d’innovations et pas d’actions conséquentes ni pérennes. Nous sommes tous conscients que la solution aux difficultés que rencontrent les mauritaniens ne viendra pas de l’Etat mauritanien, pour y remédier nos seuls moyens de pression sont les contestations par les manifestations, les articles de presses, les tweets sur les réseaux sociaux. Mais le constat est général, toutes ces actions ont à long terme aucun effet sur les problématiques que nous rencontrons. Nous ne disposons pas de fonds propres de financement des initiatives de la diaspora, de plateforme commune de réflexions, d’actions sociales et concrètes à destination de nos localités et villages respectifs. La diaspora doit se réorganiser et se rendre compte de la situation grave dans laquelle nous vivons. Nous devons avoir davantage une conscience politique et citoyenne.

● Question 4 : quelles analyses faites-vous de la situation politique mauritanienne actuelle notamment après l’épisode mouvementé de l’élection présidentielle du 29 juin dernier ?

SK : Il y a une grande déception vis-à-vis de l’état mais aussi du camp de l’opposition mauritanienne. Pendant des décennies l’opposition mauritanienne est tombée dans le piège tendu par le système mauritanien. J’aimerais mettre en évidence plusieurs éléments : Les responsables politiques des mouvements étaient conscients que les élections du 29 juin ne respectaient pas le jeu de la démocratie. Certains membres de la diaspora se sont vus privés du droit de vote en raison de l’absence des bureaux de vote dans leurs pays de résidence. Des personnes se sont déplacées au bureau de vote et se sont vues refuser de voter car d’autres personnes auraient voté à leurs places. Pourtant l’opposition était consciente de cela avant même de participer à cette mascarade électorale. Nous avons également vu des « leaders politiques » abandonner leurs partis et mouvements respectifs pour soutenir des candidats soi-disant de l’opposition mais qui avaient des ambitions à peine cachées à la solde du système mauritanien et dont le rôle n’était ni plus ni moins que de disperser les voies de la véritable opposition. D’ailleurs leurs comportements après l’élection ont donné raison aux rumeurs car certains n’ont pas hésité à s’aligner expressément vers le Président sortant réélu. Mais l’élément le plus marquant reste ces graves incidents post-électoraux. Certains membres de l’opposition ont joué la carte de la manipulation politique en contestant les élections sans apporter aucune preuve mais surtout aucune action concrète de contestation n’a été mise en œuvre Des individus irresponsables ont appelé des jeunes à manifester et contester les résultats. Les conséquences de ces actions ont causé la mort des jeunes innocents, tués par des policiers ou des gendarmes. Pour moi ces individus sont tout aussi responsables de la mort de ces jeunes que l’appareil de l’état qui s’est transformé en milice, n’hésitant pas à tirer sur sa propre jeunesse. On ne peut mener une lutte ou des combats par « procuration ». Aujourd’hui ces jeunes sont morts « pour rien », à part demander aux gens de changer leurs photos de profil et faire des débats inutiles sur les réseaux sociaux, aucune action concrète n’est sortie de ces évènements. Nous ne tirons pas des leçons de notre passé. Depuis des décennies des jeunes sont menés à l’abattoir pendant que d’autres « milices du clavier » et perroquets du net continuent de les mener au front à leur place. Ce que je dis ne plaira certes pas, mais j’ai encore la liberté de penser et d’écrire ce que je pense. Quant à l’appareil de l’Etat rien de nouveau à l’horizon, nous faisons face à une continuité de la politique de notre ancien Président. L’ancien président Ould Abel Aziz est actuellement emprisonné pour détournement de biens publics, mais le Président recycle les mêmes individus qui ont travaillé et collaboré avec l’ancien président, où est la logique ? L’appareil de l’Etat est dans la continuité de la politique menée depuis de nombreuses années qui est celle de la manipulation, de l’abrutissement et de l’appauvrissement d’une partie de la population du pays. En 2024 plus de 20000 jeunes mauritaniens ont quitté le pays pour rechercher un avenir meilleur aux USA via le Nicaragua, cet événement démontre de la situation alarmante et d’un avenir sombre de notre pays. Aucune volonté politique d’amélioration des conditions de vie du peuple qui fait face à des difficultés d’accès à l’eau. Ce qui est quand même un minimum vital, à l’accès à l’emploi et à l’accès à une bonne éducation. Nous constatons la baisse du pouvoir d’achat des familles, une recrudescence de la délinquance et de la criminalité et une détérioration continue du système éducatif (moins de 8% d’admis au baccalauréat depuis plusieurs années).

 ● Question 5 : Ces dernières années, un regain panafricaniste s’est manifesté sur notre continent (L’Afrique), quelles analyses faites-vous d’éventuelles retombées à court et long terme ?

SK : Pendant des décennies l’Afrique a rêvé du panafricanisme sans pouvoir atteindre cette « utopie ». L’idée quasi morte refait surface depuis ces dernières années et redonne à l’Afrique l’espoir d’une unification du continent autour de projets communs. Beaucoup d’intellectuel africains aspirent à une monnaie commune ou d’un passeport africain comme pour faciliter le commerce intra régional et la libre circulation des biens et des personnes. Nous avons déjà des initiatives qui sont nées comme « le passeport cémac » qui a eu pour conséquence la suppression des visas pour 6 états africains. Ou encore la décision de l’État Rwandais de supprimer les visas pour les pays africains et la création de confédération entre différents pays afin de faciliter la réussite individuelle et collective des Etats membres. A long terme toutes ces initiatives vont créer des effets de contagion des autres pays africains qui sont de plus en plus conscients de l’importance de la création d’un Etat fédéral de l’Afrique.

Merci pour la disponibilité

27 septembre 2024

● Réalisé par KS pour le BLOG

● Soukeyna Boubou DIABIRA marraine des festivités de la journée Internationale de la langue Soninké : le courage au féminin | Par Seyré SIDIBE

Nous sommes à une époque où, par cynisme, on se plaît à braquer les projecteurs sur les choses de l’ordre du sensationnel, du superficiel et même du frivole. Nous sommes dans un monde des paradoxes, où l’exemplarité est peu médiatisée alors que les « bouffonneries », font le buzz, soutenues et encouragées.

Cela est d’autant plus que vrai, quand on observe les productions journalistiques, populaires et orales, communicationnelles en tous genres, en milieu Soninké ; toute une déferlante de supports (sons, images et écrits) autour de la commémoration, du 25 septembre 2024, correspondant au premier anniversaire de la reconnaissance de la langue Soninké par l’UNESCO, on remarque curieusement, le black-out autour de la marraine de l’évènement au siège de l’UNESCO à Paris. Cela ne m’a pas échappé.

La marraine de l’évènement est un évènement à part

Soukeyna DIABIRA, mérite d’être davantage connue et le combat pour la résolution du conflit intra-soninké de cette femme d’exception mis en exergue. C’est l’exception qui nous intéresse, nous autres, la routine est une répétition soporifique. Et ce qui nous amène à parler de cette grande dame.

Cependant, je connais peu de choses sur cette Soninké exceptionnelle à tous égards. Disons, je la connais bien, mais sur un autre aspect(familial), parce que je suis très lié à la famille de son époux. Mais, cette partie relève de la vie privée et ne semble intéresser personne.

Soukeyna Boubou DIABIRA est active dans plusieurs domaines : la société civile, l’éducation, le développement etc.

C’est une femme battante et entreprenante, qui laisse des marques là où peu d’hommes osent s’y aventurer. Soutenir, que ce n’est pas pour rien, qu’elle a été choisie marraine de la cérémonie de commémoration de la langue Soninké, au siège de l’UNESCO à Paris, ce n’est pas de la complaisance. Je ne suis pas dans le secret des dieux. Cependant, une chose est sûre, ce que ce choix est mérité et amplement mérité. En effet, Soukeyna est présidente de l’Association Sironde do kaffo (Réconciliation sociale), qui ose parler de RÉCONCILIATION entre les Soninkés, soit une manière de reconnaître qu’il existe bel et bien une crise socio-politique intra-soninké plombant la cohésion sociale et le développement de tous les « territoires Soninké » de la Mauritanie, au Mali, en Gambie, au Sénégal etc., et même dans la diaspora.

Le sujet est évité par la plupart des intellectuels, de communicateurs, des leaders d’opinions. Le sujet est devenu tabou, gênant, source de honte et crainte. Chacun a peur d’être « démoli par des insulteurs publics » payés par je ne sais qui ?

La crise intra-soninké, pour résumer en quelques mots pour « les autres », est un conflit socio-politique opposant depuis plus de six ans maintenant, partisans de la reproduction et la continuation de l’ordre social traditionnel et hérité à ceux de « la mise à mort » immédiate des aspects socio-culturels, faisant référence à leurs ascendances serviles. La crise, personne ne peut la nier, elle est visible au point de « crever l’œil », même si elle est volontairement évitée dans les manifestations officielles Soninkés, qui ont propension à délecter d’autres sujets.

La société Soninké étant connue pour sa pudeur, veut cacher cette plaie qui est la manifestation d’une maladie honteuse. Or, elle oublie que la parole est thérapeutique, elle peut être pathogène notamment dans un usage indécent et irresponsable. Le silence, comme stratégie adoptée sur les dignitaires et leaders Soninkés est mortifère ou létal. « Au commencement était la parole ! »

Éviter d’aborder la crise inter-soninké, c’est contribuer à son exacerbation ; même s’il est vrai qu’il vaut mieux se taire lorsqu’on n’est pas porteur d’un discours de paix. La paix, c’est aussi oser dire la vérité, situer les responsabilités avec les mots justes.

En dépit de cette situation est délétère, voire irrespirable où même les hommes se méfient de s’afficher, Soukeyna s’est fait distinguer par son courage, à travers des conférences et plusieurs tentatives de résolution de la « crise Soninkara », en sillonnant différents « pays Soninké » pour rapprocher les positions. Certains ont même dit, quelle prétentieuse ! Là où les hommes ont échoué, ce n’est pas une femme qui va réussir. Le malheur, c’est de n’avoir pas essayé.

Je garde encore l’invitation que je n’ai pu honorer, qui m’a été adressée par son association, « Association Sironde do kaffo », pour assister à une manifestation, les 1, 14 et 15 décembre 2022, au Mali, au siège de Guidimakha Danka à Kayes. La rencontre, faut-il le rappeler, était audacieusement intitulée : Conférence sur la crise sociopolitique de la société Soninké.

Et dans le premier paragraphe de cette correspondance pouvait-on lire : « La conférence abordera les défis les plus importants auxquels la société Soninké est confrontée, de la crise socio-politique, les conflits internes et les provocations systématiques entre les individus jusqu’à ce que le sang soit versé et que des centaines soient déplacées de leurs maisons et de leurs villages » .

Au lendemain des crimes d’esclaves dans la région de Kayes, dans un contexte explosif, Soukeyna avait fait le déplacement pour présenter ses condoléances aux familles des victimes.

Ce parcours héroïque mérite d’être connu, et doit inspirer chacun d’entre nous. Qu’il est agréable, facile et inspirant de parler d’un titre mérité !

Seyré SIDIBE

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec le doctorant M. Brehima SIDIBE

La rubrique le Grand Entretien du BLOG vous revient avec un invité d’origine malienne, le doctorant Brehim SIDIBE. Également formateur en communication politique et acteur influent en France au sein de la diaspora du pays de Modibo Keita, M. SIDIBE nous expose pertinemment ses analyses en acceptant gentiment de répondre à l’intégralité de nos questions. Nos vifs remerciements à lui, et lui souhaitons une fructueuse continuation dans ses recherches doctorales ainsi que dans sa carrière professionnelle.


Ci-après l’entretien :

● Question 1 : Bonjour monsieur Sidibe, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Brehima SIDIBE, je viens du Mali. Je prépare une thèse de Doctorat en Analyse du discours politique à CY Cergy Paris Université. Mes travaux de recherche portent sur l’analyse linguistique des discours politiques au Mali entre 2012 et 2022. Je pars d’une acception du discours politique qui inclut tout discours dont le contenu aborde le sujet de politique. Aussi,  j’enseigne la communication politique à l’École politique africaine.
En parallèle, je suis également actif dans le milieu associatif auprès de la communauté malienne de France. J’ai été président de l’Association des étudiants maliens d’Ile de France (AEMIF) entre 2020 et 2022. Après mon mandat à l’AEMIF, j’ai créé, avec d’autres camarades, le mouvement Forces Citoyennes pour la Jeunesse (FCJ). Il s’agit d’un mouvement qui regroupe les jeunes maliens et franco-maliens à travers différentes villes de  France. Ce mouvement porte ma candidature à la présidence du Conseil National de la Jeunesse Malienne de France (CNJMF).

● Question 2 : Étant issu de la communauté soninké qui est très attirée par l’environnement migratoire à travers le monde notamment en France, quel est votre diagnostic sur la situation actuelle de ce phénomène ? (Avantages et inconvénients)

BS : En effet, la communauté Soninké est fortement présente ici France et cela depuis belle lurette. Nous en sommes à la troisième génération selon certains sociologues spécialistes des questions migratoires. On peut voir cette migration de différentes manières. D’abord, il faut dire que la volonté de quitter les pays d’origine (Mali, Sénégal, Mauritanie, Gambie…) résulte d’un constat commun à ces pays, et bien au-delà d’ailleurs, c’est le manque de perspectives pour les jeunes.  En effet, qu’ils soient diplômés ou non, nombreux sont ceux qui sont “contraints” de partir dans l’espoir de retrouver une vie meilleure. Les avantages de la migration au sein de la communauté Soninké sont qu’il existe une réelle solidarité entre ceux qui partent à l’étranger en l’occurrence la France et ceux qui sont restés au pays. Reconnus pour leur sérieux, leur rigueur dans le travail, les soninkés se préoccupent toujours de la famille (au sens africain du terme) dans leurs pays d’origine. Dans de nombreuses contrées, les “parisiens” (surnom donné à ceux qui vivent en France qu’ils habitent à Paris ou non) se substituent même aux gouvernements en ce sens qu’ils construisent des châteaux d’eau ; des écoles ; des hôpitaux… Vu sous cet angle, on peut dire que l’immigration a des réels avantages.
Toutefois, on ne peut s’empêcher de souligner les risques liés à cette immigration. En effet, on obtient de plus en plus difficilement le visa pour se rendre en France. Et pour corollaire, beaucoup choisissent d’affronter la méditerranée via des embarcations de fortune.  S’ensuit donc de nombreuses pertes en vies humaines. Ce qui est fortement déplorable. Ainsi, il serait judicieux pour la communauté vivant en France d’opter davantage pour des investissements qui favorisent la création d’emplois dans les pays d’origine. Cela pourrait créer plus d’opportunités d’emplois et à terme permettre aux jeunes de rester sur place et travailler.

● Question 3 : Nous vous suivons régulièrement sur les supports virtuels RP Médias comme analyste, pouvez-vous nous exposer quelques points clés sur la situation politique et géopolitico-sécuritaire de votre pays (le Mali) et de la sous-région actuellement ?

BS : En effet, j’interviens assez régulièrement sur RP Médias. Il y a beaucoup de choses à dire sur la situation politique et géopolitique du Mali et de la sous-région mais je vais essayer d’être concis. D’abord il faut dire que nous assistons à un changement de paradigme au Mali depuis la “rectification de la trajectoire de la transition” intervenue après le renversement du président Bah Ndaw en mai 2021. Au plan politique, ce changement de paradigme se manifeste par l’abandon du calendrier électoral qui prévoyait initialement d’organiser les élections en février 2022. Plusieurs autres reports s’en sont suivis et à l’heure où je vous parle, aucune date n’est prévue pour les élections. Entre- temps, la classe politique a disparu des radars. Soit par faute de crédit au sein de l’opinion; soit par les mesures de restrictions prises par les autorités de Transition. Soulignons également l’adoption d’une nouvelle constitution en juillet 2023, instituant la IVe République. Mais l’opinion publique nationale et internationale aura surtout noté les changements sur les plans sécuritaire et géopolitique. En effet, les forces françaises qui étaient présentes au Mali depuis 2013 ont été sommées de quitter le territoire en 2022 et un an plus tard c’était au tour des casques bleus de la mission des Nations Unies de plier bagages. Ces décisions s’inscrivent dans la nouvelle doctrine des autorités maliennes, à savoir l’affirmation de la souveraineté. Un nouveau partenariat renforcé avec la Russie est établi. Alors que les pays occidentaux accusent le Mali de coopérer avec des mercenaires, les autorités maliennes affirment travailler avec des instructeurs russes.
Ainsi, sur le plan sécuritaire, on constate une réelle accalmie. Les forces armées maliennes sont passées d’un mode opératoire défensif à un mode opératoire offensif. Les massacres de villages entiers ont cessé. Les terroristes ne s’attaquent plus directement aux camps militaires. Le point culminant de cette situation est la reprise de la ville de Kidal contrôlée depuis 2014 par les groupes indépendantistes de la CMA. Des équipements militaires adéquats sont mis à la disposition des FAMAs. S’il y a un point où tous les maliens semblent saluer l’action de la transition, c’est bien sur le plan sécuritaire. Néanmoins, la lutte contre le terrorisme étant une guerre asymétrique, beacoup restent à faire et la vigilance doit être de mise. 
Sur le plan géopolitique, les lignes ont fortement bougé ces derniers temps. Suite aux multiples reports du calendrier électoral évoqués plus haut, les relations entre le Mali et la CEDEAO se sont fortement dégradées. On se souvient des sanctions sévères  prises à l’encontre du Mali en janvier 2022. Sanctions qui dureront huit mois. Dès lors, on semble franchir un point de non retour. Pour cause, en septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont créé l’Alliance des Etats du Sahel, AES.

● Question 4 : Pouvez-vous nous éclairer sur l’aspect institutionnel de l’AES (Alliance des États du Sahel) qu’on l’entend évoluer vers une confédération et ses frictions avec la Cédéao ?

BS : D’abord il faut dire que l’AES est une alliance de circonstances. Les trois pays qui la composent connaissent des situations similaires : des militaires à la tête du pays ; menace terroriste; bras de fer avec la CEDEAO. Cette situation a favorisé la création de l’AES en vue d’une mutualisation des efforts. La première version de la charte du Liptako-Gourma, qui a institué l’AES, met l’accent sur les volets sécuritaire et de défense. Cependant, quelques mois plus tard, d’autres aspects ont été ajoutés notamment la diplomatie et le développement. C’était à la faveur du sommet tenu à Niamey, au Niger, le 6 juillet 2024 et où l’annonce de la création d’une confédération a été faite. La confédération vise à donner une existence institutionnelle à l’AES tout en conservant la souveraineté des Etats. Sans surprise, la présidence tournante a été confiée à Assimi Goita du Mali, pays considéré comme la locomotive de l’AES. Quant aux sessions parlementaires, elles se tiendront au pays des hommes intègres. La confédération devrait aboutir à la fédération mais cela nécessite une réelle volonté politique des autorités des trois pays sans oublier  la sensibilisation de l’opinion publique dans les trois Etats. Dans ce sens, on peut déjà voir quelques prémices à travers les journaux télévisés de 20h de ORTM,  RTB,  et  RTN où une page AES est ouverte à chaque JT et qui couvre l’actualité des trois pays. Cependant, cette dynamique est subordonnée au maintien des trois présidents de transition. Rien ne garantit que la même dynamique va se poursuivre si l’un des trois chefs d’Etat devait quitter le pouvoir dans les deux ou trois prochaines années.
Il va sans dire que la CEDEAO ne voit pas d’un bon œil la création de l’AES. En effet, le retrait annoncé en janvier 2024 devrait être effectif en janvier prochain. La CEDEAO perdrait alors un vaste territoire de plus de 2 millions de KM2. Et au vu de la dynamique actuelle, il faut dire que l’on se dirige vers cela. Malgré le changement de cap de la CEDEAO vis-à-vis des pays de l’AES, les autorités de ces pays ne semblent pas fléchir. Ce sera un véritable camouflet pour la CEDEAO qui fêtera ses 5O ans d’existence en 2025.

● Question 5 : La communauté soninké connaît une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des précautions efficientes pour recouvrer une certaine sérénité communautaire sans cette tare ?

BS : C’est une situation fortement déplorable. Voir qu’au 21è siècle une telle pratique humiliante et déshumanisante existe encore sous nos cieux est lamentable. Dans l’histoire de l’humanité, l’Homme noir est celui qui a tant soufert par l’esclavage. Des luttes ont été menées au long des siècles pour aboutir à l’abolition, comment comprendre qu’un homme noir puisse considérer son semblable comme esclave, fusse par ascendance? Dans la constitution des pays où l’on retrouve la communauté Soninké, la liberté de chaque individu est reconnue et nul ne doit être soumis à l’esclavage. Mais je pense qu’il faut renforcer davantage la législation. On a comme l’impression d’un silence coupable des autorités politiques et judiciaires parfois pour des calculs politiques. Les personnes reconnues par une telle pratique doivent être sévèrement punies. Pour cela, il faudra inclure même les incriminations verbales parmi les chefs d’accusation. La pédagogie et la sensibilisation ne sont pas des moyens de dissuasion à mon avis. Force doit rester à la loi.

● Question 6 : Ces dernières années, un regain panafricaniste s’est manifesté sur notre continent, quelles analyses faites-vous d’éventuelles retombées à court et long terme ?

BS : A la faveur des changements de régimes intervenus dans certains pays à travers l’Afrique, on assiste en effet au retour des discours au relent panafricaniste et souverainiste. Ces types de discours visent à affirmer l’indépendance totale de l’Afrique vis-à-vis des grandes puissances autrefois colonisatrices. Au-delà des autorités gouvernementales, certains activistes s’inscrivent également dans ce registre. Je pense notamment à Kémi SEBA. Cette affirmation panafricaniste est en soi une bonne chose. Mais il faut aller au-delà du discours. Le véritable panafricanisme doit d’abord permettre l’intégration des peuples africains, c’est-à-dire la libre circulation des personnes et des biens. Et le chantier prioritaire dans ce sens doit être la mise en œuvre effective de la ZLECAF. A long terme, cela pourrait avoir de réelles retombées économiques.
Et pour terminer, à mon avis,  le panafricanisme ne doit pas être compris comme une forme de rupture avec le reste du monde mais plutôt le respect et l’affirmation de l’Afrique au concert des nations.

Merci pour votre disponibilité.

• Réalisé par KS pour le BLOG https://ecrit-ose.blog/

6 août 2024

● Nouveau gouvernement mauritanien | Le cas du ministre soninké !

Source de la photo RS

Mauritanie Politique | Ici nommé le ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances, chargé du budget, du nom Nguenor Codioro Haroune. Selon les règles non écrites autour de la formation d’un gouvernement, il représenterait le quota soninké dans l’équipe Diay 1. Ainsi, comme d’habitude, dans l’opinion publique intéressée politiquement en milieux soninkés, on s’écharpe via notes vocales interposées en tous commentaires à son sujet. Et généralement ce ne sont pas ses compétences et parcours qui sont débattus mais plutôt de savoir s’il est bien représentatif ou de quelle tendance politique est-il issu…?
Ou de savoir quelle personnalité communautaire et politique aurait plaidé pour sa promotion…
Et on comprendrait en sourdine dans certains propos, un mélange de déception et d’étonnement… parce qu’ils n’attendaient  pas ce profil…sinon en parlant vrai ce Nom de famille…

L’assiette soninké dans la « fameuse tontine politique » est souvent cooptée et captée d’office par certains pans politico-claniques à l’image de l’ordre féodalo-coutumier qui régit le fait politique intra-communautaire. 

Nous lui souhaitons succès et réussite dans ses fonctions.

Notre espoir pour l’avènement d’un Pays Normal, il faut que les compétences assurent la légitimité en rang… et non le hasard d’une naissance ou d’un nom de famille…

À la quête d’un Pays NORMAL.

● Le Grand Entretien du BLOG | En exclusivité avec l’entrepreneure Amina Habib.

Le Grand Entretien du BLOG vous revient avec une invitée d’une prodigieuse vitalité intellectuelle, en la personne de Madame Amina Habib. Une compatriote mauritanienne, entrepreneure, écrivaine et conseillère socio-économique (pas seulement) qui a accepté gentiment la sollicitation pour cette rubrique du Blog à l’heure estivale. Nos vifs remerciements à elle et lui souhaitons plein succès dans ses différentes activités.

• Son profil officiel Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=61556744987462

• Ci-après l’intégralité de l’interview :

1- Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Amina Habib : Je suis Amina Habib, entrepreneure, présidente d’une ONG dédiée à l’autonomisation et au leadership féminin, auteure et conférencière. Depuis plusieurs années en parallèle de mes activités professionnelles, je me consacre à promouvoir le leadership féminin et à soutenir les femmes dans leur parcours vers l’indépendance économique et personnelle.

2 – Active dans l’entrepreneuriat, pouvez-vous nous présenter votre champ (vos champs) d’investissement ? Et également une présentation de vos livres…

AH : Mon champ d’investissement se concentre principalement sur l’éducation, la formation professionnelle, le business conseil et l’accompagnement des chefs d’entreprises dans la structuration de leurs business. En tant qu’auteure, j’ai publié 2 livres, le premier relatait mon parcours personnel et le second sur l’entrepreneuriat, je partage des conseils pratiques pour surmonter les échecs et réussir sur ses projets personnels.

3 – Ainsi, dans ce cadre, si on ose aborder le prisme du genre, quels écueils avez-vous eus à faire face comme entrepreneuse dans le milieu ?

AH : En tant qu’entrepreneuse, j’ai souvent dû faire face à des préjugés de genre et à des scepticismes concernant mes capacités. Il a parfois été difficile de trouver des investisseurs et des partenaires qui prennent au sérieux les projets menés par des femmes. Cependant, ces défis m’ont également motivée à travailler plus dur et à prouver que les femmes peuvent réussir dans des domaines traditionnellement dominés par les hommes.

4 – Concernant l’environnement de l’influence par les canaux réseaux sociaux, quelles analyses faites-vous du phénomène dans notre pays ? conseils ou mises en garde éventuellement pour le public…

AH : Les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans la diffusion de l’information et l’influence des opinions. En Mauritanie, ils offrent une plateforme pour que les voix marginalisées puissent être entendues. Cependant, il est important de consommer l’information de manière critique et de vérifier les sources pour éviter la désinformation. Je conseille également aux utilisateurs de réseaux sociaux de maintenir un équilibre entre leur vie en ligne et hors ligne pour préserver leur santé mentale.

5 – Les espaces réseaux sociaux via différents supports semblent évoluer séparément entre arabophones et francophones en Mauritanie, selon vous que faut-il faire pour tempérer voire éliminer cette frontière invisible ?

AH : Pour réduire cette frontière, il serait bénéfique de promouvoir des initiatives bilingues qui encouragent l’inclusion et la compréhension entre les communautés arabophones et francophones. Organiser des événements en ligne et hors ligne où les deux groupes peuvent interagir et collaborer peut également aider à créer des ponts et à favoriser un dialogue plus inclusif. C’est quelque chose qui peut se faire, il faudra juste de la volonté de part et d’autre.

6 – Notre pays sort d’une élection présidentielle (29 juin 2024), avez-vous quelques observations sur son déroulé et sur les événements post-électoraux ?

AH : En tant que citoyenne engagée, j’ai suivi de près le déroulement des élections. Toutefois, il est crucial de continuer à observer attentivement les développements post-électoraux afin de s’assurer que l’intérêt de l’ensemble des citoyens sera bien pris en compte et que les promesses électorales seront aussi respectées.

29 juillet 2024

~Réalisé par KS pour le BLOG

● Tewassoul : démission du vice-président du parti

Sahara Médias – Le vice-président du parti d’opposition Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tewassoul) Mohamed Ould Mohamed M’Bareck, a annoncé sa démission du parti.

Il proteste pour contre ce qu’il a décrit comme « le blocage des institutions et des textes du parti, et la non-application de ceux-ci à ceux qui se sont rebellés contre ses décisions et ses institutions ».

Dans sa démission, Ould Mohamed M’Bareck a souligné son « adhésion à la ligne politique de l’opposition et du rejet du régime corrompu et corrupteur » accusant sa formation politique d’avoir « reconnu les résultats de l’élection présidentielle, objet de fraude généralisée par le biais du vote par procuration dans la capitale et à l’intérieur du pays. »

Il a estimé inacceptable et dangereux « la violation des textes et des institutions qui constituent une menace pour le présent du parti avant son avenir, ajoutant que la reconnaissance des résultats des élections frauduleuses ne sert ni la démocratie ni la paix sociale en Mauritanie.

Le vice-président de Tewassoul a encore dit que toute élection frauduleuse doit être rejetée de manière civile et pacifique, loin des émeutes et des sabotages condamnés et rejetés ».

Il a ajouté que « tout le monde doit appréhender la situation catastrophique et dangereuse que vivent les citoyens à cause des politiques de ce régime et de ce que cela exige en termes de positions fortes contre la corruption et les corrompus et pour la défense du pays et des citoyens ».

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=776243

● Qui était le journaliste panafricain Mohamed Maïga ? | Plume engagée et proche de Thomas Sankara.


J’ai eu écho de son cas récemment lors d’un visionnage d’une émission de la chaîne YouTube OuiHustle, consacrée à sa fille, la talentueuse actrice Aïssa Maïga. Lors de cet entretien fleuve et riche, la réalisatrice du film documentaire « Marcher sur l’eau » a abordé son enfance et la fin tragique de son père il y a 40 ans à Ouagadougou (au Burkina Faso) le 1 janvier 1984. En effet, son papa, à l’époque, jeune journaliste et intellectuel de 34 ans fut empoisonné dans la capitale du pays des hommes intègres aux temps du capitaine révolutionnaire et panafricain résolu Thomas Isidore Noël Sankara. Natif d’Ansongo (Mali) en 1950, Mohamed Maïga est issu de l’ensemble communautaire Songhaï. Journaliste à l’esprit vif et militant sur les dynamiques politiques liées à la cause panafricaniste, il avait travaillé au journal « Jeune Afrique » et pour le magazine « Afrique Asie ». Sa fille assure que l’association https://mohamedmaiga.org/mohamed-maiga qu’ils ont créée en janvier dernier, vise à promouvoir l’héritage intellectuel de son père parti si jeune, si tôt. À la fin de l’émission YouTube Oui Hustle, l’actrice française a donné quelques détails pratiques sur l’espace qu’ambitionne d’occuper l’association portant le nom du journaliste engagé.

L’intégralité de l’émission YouTube https://youtu.be/wKfPiIphpbc?si=jQS78M3vzWWBbzgw

22 juillet 2024

🖋KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● JO 2024 : Camil Ould Doua veut rendre fière la Mauritanie et apprendre à ses compatriotes à nager

RFI Afrique – Camil Ould Doua, nageur de 22 ans, va représenter la Mauritanie sur le 50 mètres nage libre. Ce natif du nord de la France, qui a grandi à Talence, près de Bordeaux, sera également le porte-drapeau du pays lors de la cérémonie d’ouverture.

C’est l’histoire d’un apprenti nageur de neuf ans qui griffonne un jour sur un post-it son objectif d’aller aux Jeux olympiques. D’une intention naïve d’enfant, Camil Ould Doua a fait un projet, qui a failli aboutir dès Tokyo, avant la désillusion.

« Tout commence à se faire et, coup de théâtre, ça ne peut pas se faire. La Mauritanie n’acceptait pas la double nationalité. Mon club qui ferme et, en plus de ça, le Covid, se rappelle le nageur, je passe de deux entraînements, des rêves plein les yeux, à plus rien, dans ma chambre, comme ça. »

Le moral à zéro, plus d’entraînement pendant un an, avant de refaire surface et de reprendre l’aventure, motivé par le changement de loi en Mauritanie, mais aussi par l’arrivée à ses côtés d’un grand nom de la natation française : Grégory Mallet, double vice-champion olympique en relais. Il s’est déjà occupé de Camil à l’adolescence et l’a repris sous son aile depuis septembre dernier, séduit par l’idéal et le sérieux de son protégé : « C’est quelqu’un qui est très investi, très travailleur », valorise le champion olympique.

Il poursuit : « [Camil] n’a peut-être pas le bagage qu’ont beaucoup de nageurs en termes de kilométrage, mais il a cette envie qui fait qu’à chaque fois qu’il se met dans l’eau, il améliore ses meilleures perfs. Mentalement, ça met en confiance et je trouve que c’est génial de se dire que tu vas arriver à Paris et que, potentiellement, tu vas battre les records de ton pays. »

Être gentil avec l’eau… pour avancer plus vite

L’ex-Tricolore ne ménage pas Camil, et très vite, ce dernier l’a constaté : « Premier entraînement, j’ai vomi, et ça m’a directement mis dans l’ambiance. Greg, c’est quelqu’un qui me dit la vérité et c’était important pour moi d’avoir un coach, mais aussi un exemple et un mentor. Quelqu’un que j’idéalise un peu. » Et qui le fait travailler à raison de cinq séances par semaine.

L’objectif de Camil Ould Doua : 50 mètres, sa seule épreuve aux JO. Pour lui qui a démarré sur le 400 mètres, il n’est pas simple de performer sur l’aller simple. Camil n’a pas le gabarit et la puissance d’un pur sprinter, mais Grégory Mallet lui a décelé des qualités : « C’est quelqu’un qui a énormément d’endurance, explique le coach, il est quand même très explosif et on essaie de mixer tout ça pour que ça fasse un bon 50. Maintenant, la natation, ce n’est pas un sport où il faut s’énerver dans l’eau. Donc, je lui apprends plus à être gentil avec l’eau pour qu’elle lui rende bien et qu’il soit efficace, plutôt que de venir s’énerver dans l’eau. »

Le 50 mètres, le nageur ne l’a tout de même pas choisi par hasard : « Je veux donner une belle image à la Mauritanie, je vais donner du spectacle. Du coup, directement, je me suis dirigé vers le 50. Eh oui, ça a été une adaptation folle parce qu’il a fallu manger et manger. Pour moi, c’est très dur, alors je me gave, je transpire, c’est dur la musculation, je n’ai pas l’habitude de me sentir lourd. »

Camil Ould Doua veut faire honneur au pays de son père, où la natation n’émerge pas. Le Mauritanien espère bientôt le contraire à travers sa démarche : « Grâce à ce projet, on va construire la première piscine en Mauritanie. Il faut savoir qu’on est au bord d’une côte à Nouakchott et il y a beaucoup de noyés, les gens ne savent pas nager.

Donc, ils auront un exemple, des records à battre, une piscine. » Il résume, motivé : « Donc voilà, moi, mon objectif, c’est de donner mon meilleur, porter fièrement le drapeau, leur montrer que la Mauritanie est là et tout donner. » Et se dire que l’histoire que se racontait le gamin de Talence sur un bout de papier n’avait vraiment rien d’un conte de fées.

Par : Christophe Diremszian

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● CAMARA Saloum Mohamed : la modestie dans le costume du ministre | Par Seyré SIDIBE

CAMARA Saloum  Mohamed, ancien ministre de la fonction publique, du travail et de la modernisation de l’administration a tiré sa révérence à 66 ans, ce dimanche 07 juillet 2024, à  Nouakchott.

Docteur en Sciences Politiques (Université Paris I – Panthéon Sorbonne,  France),  ce natif de Selibaby  fait partie d’une liste de cadres de cette ville, qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main, qui ont eu le privilège d’occuper le fauteuil ministériel depuis l’indépendance (1960).

Saloum, était modeste, humble et ouvert d’esprit.
Il n’a jamais renié ses amis . Il était fidèle à son « petit monde » en toute circonstances, en temps de vaches maigres comme en temps de prospérité ou de bombonce. 

Ses amis sont unanimes, l’homme était brillant et studieux depuis l’école primaire.  Il était frêle, fragile, même maladif depuis l’enfance. Cependant, il etait robuste de  l’intérieur : toute sa force était dans sa tête.

Très jeune déjà, la lecture était une passion chez lui. Sans doute, une vocation intellectuelle transmise par le bais de son frère aîné, l’ancien ministre de la santé, sous l’ère Ould Taya, Mody Mohamed CAMARA. Un homme de culture exceptionnelle. Professeur de philosophie  et pédagogue émérite dans une autre vie professionnelle,  où il enseignait l’amour de la sagesse aux lycéens.

Le costume ministériel, il l’a enfilé pendant une courte période,  en servant l’Etat avec patriotisme et humilité, jusqu’au jour où, il a été remercié pour des raisons et logiques politiciennes, sans être blâmé.

Sans jamais renier les siens,  tomber comme certains dans la condescendance de la fonction ministérielle, de son parcours académique ou de ses origines sociales, Saloum n’a jamais voulu faire des mus, en se mettant  dans la peau d’une autre personne, d’un autre personnage. Il est resté lui-même et toujours égal à lui-même. 

Une posture difficile, surtout quand on sait que dans notre société mauritaniennes, le paraître d’un jour peut effacer « l’être naissance » pour servir des  desseins opportunistes nourrissant d’une mégalomanie empruntée. 

Jamais, vous ne trouverez son nom mentionné dans une affaire sulfureuse. Jamais, Saloum n’a pris une position incongrue dans un débat de société, politique etc.

Il a vite su faire la part des choses entre le ministre, l’intellectuel et le natif de Selibaby.
Ainsi, il a pu réussir là où beaucoup ont échoué.  Ces derniers, une fois promus, par manque d’humilité, ils ont tourné le dos honteusement et ingratement,  à tous ceux qui  les ont aidés, soutenus et entretenus pendant les moments de galère.

Son passage, si éphémère soit-il au ministère de la fonction publique,  restera marquée, entre autres, par la réforme de l’âge de la retraite  de 60 à  63 ans.

Nos condoléances à la famille éplorée.
Que son âme repose en paix !


Seyré SIDIBE

● Boubacar Ould Messaoud reçoit le prix Aichana Mint Abeid des droits de l’Homme [Élément Cridem]

EN BREF | Cridem – L’emblématique président de SOS Esclaves, Boubacar Ould Messaoud, a reçu, mercredi 19 juin 2024, à Nouakchott, le Prix Aichana Mint Abeid des droits de l’Homme décerné par Abolition Institute. Le prix lui a été remis par Bakari Tandia.

« Mon combat pour la promotion et la défense des droits de l’Homme a commencé depuis l’enfance. SOS Esclaves créée en 1995 par des mauritaniens de toutes les communautés avait pour objectif de combattre toutes les formes d’injustice et de violations des droits humains perpétrés à l’encontre de toute personne sans distinction aucune », a déclaré Ould Boubacar, après avoir reçu la distinction.

« SOS Esclaves n’est pas l’apanage d’aucune communauté. C’est une organisation qui combat l’injustice et promeut le droit et la dignité auxquels tout être a droit. Nous devrions tous faire front contre les préjugés et les anachronismes qui prévalent encore dans notre société afin de les déconstruire et de les extraire définitivement de la tête des maitres et des esclaves », a-t-il ajouté.

Le président de SOS Esclaves a aussi rappelé que les défis sont encore très nombreux pour éradiquer l’esclavage dont souffre encore des citoyens mauritaniens au sein de toutes les communautés nationales.

« La responsabilité de s’en débarrasser complètement incombe à tous », a insisté Boubacar Ould Messaoud.

Plusieurs figures du militantisme et de la politique en Mauritanie ont pris la parole pour témoigner sur la personne du président de SOS Esclaves, à l’image d’Aminétou Mint El Moktar, présidente de l’Association des Femmes Cheffes de Femmes (AFCF), de Samba Thiam, président des Forces Progressistes du Changement (FPC)…

Le gouvernement mauritanien était représenté par Sidi Mohamed Ould Limam, directeur des Droits de l’Homme, au Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile.

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