● En Mauritanie, Mohamed Ould Abdelaziz condamné à 5 ans de prison

Jeune Afrique – Le verdict dans « l’affaire Aziz » était très attendu en Mauritanie depuis plusieurs jours. Le 4 décembre, le juge de la Cour criminelle chargée des crimes de corruption a finalement condamné l’ancien président Mohamed Ould Abdelaziz, 66 ans, à 5 ans de prison, ainsi qu’à la confiscation de ses biens et à une peine d’inéligibilité pour enrichissement illicite et blanchiment.

Ses deux anciens Premiers ministres Mohamed Salem Ould Béchir et Yahya Ould Hademine, ainsi que son ancien ministre du Pétrole Taleb Ould Abdi Vall, ont quant à eux été relaxés. Ses huit co-accusés dont son gendre, Mohamed Ould Msabou, ont écopé de peines avec sursis, ainsi que de la confiscation de leurs biens et de leurs droits civiques.

Contre toute attente, le magistrat n’a donc pas suivi les réquisitions du procureur qui, le 24 octobre, avait réclamé une peine de 20 ans de réclusion contre celui qui est devenu, au fil des mois, l’accusé numéro un. Ses anciens ministres risquaient quant à eux dix ans de détention.

Actuellement gardé dans un appartement de Nouakchott, Mohamed Ould Abdelaziz a déjà été incarcéré près de dix-huit mois. Ses avocats vont faire appel de cette décision.

Le va-tout de Aziz

Le « procès de la décennie » s’est ouvert le 25 janvier à Nouakchott contre Mohamed Ould Abdelaziz (au pouvoir de 2009 à 2019) pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics, octroi d’avantages indus et obstruction au déroulement de la justice. Il est en effet accusé d’avoir amassé une fortune considérable estimée, d’après les conclusions de l’enquête, à 90 millions de dollars.

L’ancien chef de l’État a toujours dit que ce chiffre avait été exagéré, assurant avoir déclaré son patrimoine lors de son arrivée et de son départ de la présidence. Il a d’ailleurs nié jusqu’au bout les accusations portées contre lui et dénoncé un complot visant à l’empêcher de continuer à faire de la politique. De son côté, la partie adverse n’a cessé de marteler que toutes les preuves de sa culpabilité sont réunies et qu’il ne pouvait se prévaloir de l’article 93 de la Constitution lui garantissant l’immunité présidentielle – un argument qui a longtemps concentré les débats.

Le 27 novembre, lors de sa dernière intervention à la barre, il a joué son va-tout en mettant directement en cause le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Aziz a en effet assuré que l’argent qu’il est suspecté d’avoir détourné provient en réalité de deux dons en espèces d’un total de 11 millions d’euros que lui aurait fait son successeur, et qui constituerait un reliquat du financement de la campagne présidentielle de 2019.

Il a ajouté que l’actuel dirigeant lui aurait également donné 50 voitures, faisant partie d’un lot de 100, commandé durant la même période mais arrivé trop tard. « Le président n’a eu aucun rapport, ni de près ni de loin, avec l’argent pendant la campagne, laquelle a été gérée par Ould Abdelaziz et un groupe autour de lui, balaie catégoriquement un proche de Ghazouani. D’ailleurs à la fin, elle était déficitaire, et cela avait été officiellement dit. »

Pression sur la présidentielle

Ses soutiens à l’étranger ont tenté de faire monter la pression ces derniers jours. Le capitaine de frégate Ahmed Hassena et le colonel Sidi Ely Ahmedou ont annoncé le 1er décembre depuis Las Palmas, en Espagne, la création d’un Front national pour le changement, ayant pour but de renverser l’actuel président s’il brigue un second mandat et n’accède pas à plusieurs de leurs revendications, comme la dissolution de l’Assemblée nationale. Ils ont également dénoncé « l’injustice » dont serait victime Mohamed Ould Abdelaziz.

Tous deux espèrent pouvoir transformer ce mouvement en parti et ainsi, peser sur la présidentielle de 2024. D’ici au scrutin, ils comptent mener, depuis la France cette fois, des campagnes de désobéissance civile. Mais à Nouakchott, leur initiative n’a pas rencontré beaucoup d’écho, aucun membre de l’actuel pouvoir n’ayant réagi.

Justine Spiegel

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● Dossier Souvi Ould Cheïne : la défense se désengage [Le calameInfo]

« Le Collectif de défense de la famille de feu Souvi Ould Cheïne renonce à son engagement dans le dossier, sur la base de la procuration délivrée par Khattar ould Cheïne, le frère du défunt », ont annoncé les conseils dans un communiqué. Cette décision fait suite, expliquent ceux-ci, à la « constatation de dérives de la part de la personne mandatée du processus procédural et de son manquement aux actes menant vers le but souhaité ». Irrité par l’attitude de Khattar, le Collectif de défense de feu Souvi dit rester néanmoins à la disposition des héritiers du défunt pour leur assurer la protection juridique nécessaire « contre toutes les formes de pression exercées pour étouffer cette affaire et pour les aider à recouvrer tous leurs droits », précise le communiqué.

Les avocats entendent user de tous les recours nécessaires pour révéler la vérité, soulignant que le dernier était « l’achèvement des procédures du pourvoi en cassation contre la récente décision de la chambre d’accusation ». En Septembre dernier, la deuxième Chambre d’instruction du tribunal de la wilaya de Nouakchott-Nord avait renvoyé onze prévenus dans l’affaire du meurtre de l’activiste Souvi ould Cheïne, devant le tribunal pénal de la wilaya, « pour être jugés conformément à la Chari’a et à la loi ». Le bureau d’enquête a approuvé les charges retenues contre plusieurs accusés dans cette affaire, en particulier quatre : Mokhtar ould Isselmou, chef dudit commissariat, ainsi que trois agents de celui-ci ou de la police judiciaire : El Hassan Hamada Soueïdi, Lahbib Ahmedou, et Limam Hamed ; accusés de « meurtre délibéré, tortures entraînant la mort, comportement agressif portant atteinte à la liberté personnelle, utilisation de la violence sans motif légitime et dissimulation de preuves du crime ». La chambre d’accusation avait décidé de libérer trois autres accusés (Hamza, Bedy et Mahmoud) après leur inclusion dans le dossier par le juge d’instruction.

C’est une grande avancée dans ce dossier. Des craintes étaient nourries quant à sa conclusion, suite à l’affectation du procureur de Nouakchott-Nord et du juge d’instruction chargés initialement de le traiter. Le défenseur des droits humains Souvi ould Jibril ould Cheïne était décédé le 10 Février 2023, suite à des mauvais traitements en détention au sein du commissariat de police de Dar Naïm 2. Son corps avait été retrouvé à la morgue de l’hôpital Cheikh Zayed quelques heures après son interpellation. Les résultats de l’autopsie avaient révélé qu’il avait été victime de violences ayant entraîné son décès

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● Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage: le Secrétaire général appelle à réparer les erreurs de l’histoire et à bâtir un monde débarrassé de cette « abomination »

On trouvera ci-après le message du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, célébrée le 2 décembre:

L’esclavage est à la fois une horreur historique et un scandale contemporain.

À l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, nous nous souvenons des victimes du passé, en particulier des millions d’Africaines et d’Africains qui ont été arrachés à leur terre, exploités, brutalisés ou tués pendant la traite transatlantique des esclaves. Nos pensées vont également aux 50 millions de personnes qui sont aujourd’hui prises au piège de l’esclavage moderne.

Les appels lancés pour s’attaquer aux effets persistants de l’esclavage et du colonialisme s’amplifient. Le monde doit y répondre. Quand il y a lieu, les pays doivent reconnaître la vérité, éduquer, présenter des excuses, verser des réparations. Les entreprises et autres acteurs devraient faire de même, en interrogeant leurs propres liens avec l’esclavage et en envisageant des réparations.

Il nous faut également agir beaucoup plus rapidement pour mettre fin à ce terrible crime aujourd’hui. Les pays doivent légiférer, protéger les droits des victimes, éliminer les pratiques et les conditions qui permettent à l’esclavage moderne de prospérer, qu’il s’agisse de la traite, de la servitude pour dettes ou de la marginalisation économique. Les entreprises doivent là aussi jouer leur rôle, en veillant à ce que leurs pratiques commerciales respectent les droits humains de toutes et tous.

Ensemble, réparons les erreurs de l’histoire et bâtissons un monde débarrassé de cette abomination qu’est l’esclavage.

●Lien média https://press.un.org/fr/2023/sgsm22059.doc.htm

● Ministre de l’Intérieur : « Nous lancerons l’application « My ID » avant fin décembre pour faciliter l’accès aux documents civils »

Taqadomy – Le Ministre mauritanien de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, a indiqué que « le gouvernement lancera bientôt l’application « My ID » avant la fin du mois de décembre pour faciliter l’accès aux documents d’état civil ».

Il a ajouté, jeudi, lors d’une intervention au Parlement, que « cette application permettra à tous les citoyens de s’inscrire sur le registre des documents sécurisés, y compris pour acquérir les cartes d’identité et les passeports ».

« L’application permettra à chaque citoyen, où qu’il soit au monde, de rester chez lui, de sortir son téléphone et d’effectuer toutes les démarches, en l’occurrence la saisie des informations et l’upload des photographies, et accomplir lui-même les formalités de passeport, par téléphone, qu’il Il pourra retirer ensuite à l’agence de documents sécurisés assurés la plus proche », souligne Ould Mohamed Lemine.

« L’application lui donne également la possibilité de désigner par téléphone une personne pour le retrait en son nom desdits documents et des actes de naissance, de mariage et de décès », révèle-t-il.

« Cette application fournira le service en arabe, en français et en anglais. Elle facilitera l’accès des citoyens aux documents sans files d’attente, ni médiation. Elle est sans précédent dans la région », précise le Ministre.

Il est à noter que les citoyens souffrent de difficultés à obtenir ces documents, en raison de l’affluence constante devant les centres de l’agence nationale du registre de la population et des documents sécurisés.

•Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=770374

● Communiqué de remerciement de l’ARDJE

Paris le 27 novembre 2023

L’association des ressortissants de diogountouro pour la justice et l’égalité (ARDJE), domiciliée à Epinay-sur-Seine en France, remercie les militantes et militants des droits de l’Homme d’être venus massivement ce dimanche 26 novembre 2023 à la Place de République pour dénoncer l’immixtion du député mauritanien Sidiney Sokhana (le féodal et l’esclavagiste soninké) dans l’arrestation et la détention arbitraire de nos frères et amis à la maison d’arrêt de Selibaby. Monsieur le député Sidiney Sokhana, a été cité nommément par Issa Komé Dramé de Diogountouro dans un audio accidentel ; le contenu de cet audio est entre les mains de la justice.
Nous remercions également le député français de la Seine-Saint-Denis, Eric COQUEREL et sa coordinatrice d’être venus joindre à nous à ce sit-in à la place de la République. L’ARDJE a exposé le cas de Sidiney Sokhana aux députés français de l’opposition. Comme en témoigne la présence de Monsieur COQUEREL, député de la France-insoumise lors de notre sit-in du 26 novembre 2023.
Par ailleurs, l’ARDJE réaffirme son attachement au principe de la séparation des pouvoirs en République islamique de Mauritanie et au respect de l’indépendance de la justice, à l’impartialité des magistrats et à la présomption d’innocence. La présomption d’innocence est un principe directeur de la procédure pénale en droit mauritanien. Enfin, l’ARDJE remercie tous les militants et sympathisants de GAMBANAXU d’être venus massivement à ce sit-in du 26 novembre 2023. Le combat pour la justice et l’égalité continue pour toujours.

Bureau exécutif de l’ARDJE

● Mauritanie : 2 anciens officiers militaires veulent « renverser » le président Ghazouani [Alakhbar]

ALAKHBAR (Nouakchott) – Un ancien commandant de la marine mauritanienne du nom de Ahmed Ould Hasna, a annoncé, jeudi, dans un communique filmé, la création d’un Front pour le Changement, avec comme objectif de « renverser le régime du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. »

Le communiqué a été signé par le médecin colonel à la retraite Sidi Ali Ould Bakar et lu par Ould Hasna.

La vidéo présente également deux autres individus en uniforme des forces armées mauritaniennes, portant des cagoules.

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● Mauritanie : arrestation de présumés convertis au christianisme

Alakhbar – La police de la République Islamique de Mauritanie a arrêté trois individus à Sélibabi (Guidimakha -Sud), soupçonnés de s’être convertis au christianisme et de propager cette foi, a appris Alakhbar, jeudi, de source locale.

La source a ajouté que la Police est à la recherche d’autres personnes impliquées. Les arrestations font suite à la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant des personnes participant à un baptême selon les rites chrétiens.

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● La prééminence des questions nationales sur la doctrine de la politique étrangère. | Par Seyré SIDIBE [OndeInfo]

Que des Palestiniens et Israéliens s’entretuent et se livrent à une bataille sans fin, l’esprit et la raison peuvent l’entendre et le saisir.
Nous disons tout simplement qu’ il s’agit de la continuité des guerres de religion.

Pour les Israéliens, il s’agit de conquérir un territoire identitaire pour mettre fin à l’errance d’un peuple : un espace vital. Et pour les Palestiniens, c’est d’abord une question de dignité; il ne faut rien céder, en opposant à l’envahisseur une résistance farouche pour ne pas se faire voler un héritage sacré.

Et cette guerre est l’une des injustices les plus vieilles du monde face à laquelle la communauté internationale péche par une partialité et un silence assourdissant à crever les yeux.

En revanche, ce qui est difficile à expliquer, à accepter et à soutenir, c’est le massacre de Mauritaniens par d’autres Mauritaniens, tous militaires de surcroît ayant servi tous sous le même drapeau national et porteurs des mêmes valeurs islamiques.

La pendaison de 28 négro-Mauritanien dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990 par leurs frères d’arme pour célébrer de façon sadique et cynique la fête nationale est digne d’un film d’horreur.

Crimes odieux, parjure irréparable. Absence d’humanité, négation de toute religion et morale.
Cette histoire douloureuse, cette page sombre, cet épisode difficile à raconter, à soutenir et à occulter restera toujours présent, pesant et bourdonnera dans les oreilles et la conscience de tout Mauritanien juste, soucieux de l’unité et la cohésion nationales.

Aucune répression, banalisation jusqu’à la diabolisation, aucune politique nauséabonde et négationniste ne réussira à faire oublier ou effacer ces crimes.
Même le temps, qui en d’autres circonstances efface les preuves et la douleur des victimes par sa force, sa capacité corrosive et évanescente ne réussira à « diluer » cette tragédie.

Seule la justice pourra panser les coeurs saillants. Cette justice attendue désespérément depuis 33 ans par les veuves et orphelins, par une partie du peuple Mauritanien interviendra, un jour comme une espèce de garrot qui arrêtera l’hémorragie et les larmes des familles explorées.

Les Palestiniens sont dans une logique de guerre avec Israël. Chez nous, les événements meurtriers des années 90 – 91 n’avaient rien de tel. C’est un État qui a planifié le massacre de ses fils sur la base de considérations politiques, fallacieuses et schizophrènes.

L’unité nationale se construit sur des valeurs communes qui fédèrent et fraternisent.
L’orphelin comme la veuve Israéliens à l’image de ceux issus des rangs des négro-mauritaniens des années de braise cherchent une seule chose : justice .

Certains comportements inhibent les efforts consentis de manière disjointe dans l’ancrage de la cohésion nationale par les différents régimes qui se sont succédé.

La compassion excessive pour un peuple meurtri au nom des idéaux de notre politique étrangère au détriment d’une partie du peuple, de nous-mêmes. C’est un manque de décence, de l’antipatriotisme qui ne nous rassemble et nous fragilise davantage.
La Mauritanie et les Mauritaniens d’abord tel doit être la doctrine de nos gouvernants.
Cette prééminence des questions nationales et de la citoyenneté doit guider notre politique étrangère pour qu’elle soit cohérente et pertinente.

Seyré SIDIBE

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● Allocution du député Biram Dah Abeid, président d’IRA, à la commémoration des martyrs de l’armée mauritanienne, le 27-28 novembre à Bruxelles.



27,28 : Deuil et faillite économique et morale

Hier, le 27 novembre 2023, lors d’une audience de son procès, l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, fait usage du droit à la contradiction. A sa propre initiative, devant l’assistance, il reconnaît avoir reçu, de son successeur, en août 2019, des millions de dollars et d’euros en liquide et 50 véhicules neufs soulignant qu’il s’agit d’une partie du reliquat de la campagne électorale de la même année, au terme de laquelle Mohamed Ould Cheikh Ghazouani accédait à la magistrature suprême.
D’emblée, les déclarations du susdit comportent quelques enseignements et suscitent des observations, à la fois d’ordre empirique et moral :
1. L’opacité du financement du parti Upr, devenu Insaf est désormais établie, hors de la moindre ambiguïté.
2. Les faits allégués relèvent du crime économique et appellent une enquête, distincte de la procédure en cours. Après 45 ans de règne de la concussion et de la prévarication, l’occasion s’offre ainsi, à la justice, de redorer son blason, ô combien terni.
3. Le caractère tardif des révélations laisse transparaître une volonté manifeste de règlement de comptes, dans le cadre de la lutte de préséance entre l’ex-Chef de l’Etat et l’actuel.
4. Longuement, à la faveur d’un monologue interminable, l’ex-chef de l’Etat Mauritanien s’est livré au décompte de ses « réalisations » avec une insistance sur la réorganisation et la modernisation des forces armées, comme s’il cherchait à stimuler-entretenir la tentation d’un nouveau putsch.
5. La gouvernance militaire de la République islamique de Mauritanie correspond, loin de l’exagération et de la surenchère, à une entreprise de prédation, relevant du modèle classique de privatisation du profit et de socialisation des pertes. Les tribus et les clans restent les acteurs et bénéficiaires exclusifs du pillage.
6. A la veille de la commémoration de la fête de l’Indépendance, au demeurant endeuillée par la tuerie raciste d’Inal (27 novembre 1990), il ressort que la restauration de la concorde entre nos compatriotes requiert un débat ouvert et inclusif quant à l’urgence de refonder le vivre-ensemble, sur des bases de transparence de la gestion publique, de vérité et de réparation. Derrière les violations massives de la dignité de la personne, prospère, en réalité, une industrie du détournement et de la fraude ; les Mauritaniens en ont été constamment distraits.
7. Les Mauritaniens vont devoir donner raison à une certaine opposition et lui demander pardon, elle qui dénonce de tels agissements, depuis des décennies, sans parvenir à en produire la preuve. L’aveu de Mohamed Ould Abdel Aziz vient combler la faille, enfin. Il appartient, à l’opinion, de se livrer à l’examen rétrospectif : qui a volé, torturé, déporté, tué et s’en trouve toujours récompensé ?
8. La corruption au sein de l’appareil d’Etat constitue un pilier structurant de l’exercice du pouvoir politique en Mauritanie. La pratique atteint un niveau de banalisation tel qu’une épuration s’impose, sous peine de voir le pays se disloquer, à l’image de la Somalie de Siad Barre.
9. Compte tenu de ce qui précède, il serait extrêmement préjudiciable, à l’avenir de l’Etat de droit, que les actes délictuels de l’ancien Président et ses complices inclus ou en dehors de la procédure judiciaire actuelle, ainsi que de grands escrocs, habillés en hommes d’affaire, arnaquants l’Etat et corrompants les hauts fonctionnaires, soient couverts, un jour, par leurs soustraction à la loi, l’impunité ou autre mesure d’amnistie ou de grâce. Le moment d’en finir avec l’impunité multidimensionnelle n’a que trop tardé.

Biram Dah Abeid
Bruxelles, 28 novembre 2023.

● Jemal Ould Yessa « Boubacar Messaoud, La réhabilitation tardive d’un symbole »

Crédit photo Radio Mauritanie

Le 28 novembre 2023, la cérémonie de remise des décorations par le Président de la République vient clore un long cycle de mépris et de violence à l’endroit des militants de la lutte contre l’impunité et les discriminations en Mauritanie.

Boubacar Ould Messaoud, longtemps persécuté, condamné en 1998 à 16 mois de prison, affamé, marginalisé et désigné à la vindicte publique durant les années de dictature de Ould Taya, est enfin reconnu, distingué, honoré et ce n’est pas trop tôt. Même vieux et malade, Boubacar sort aujourd’hui de l’épreuve, la tête haute, en digne précurseur de l’autre Mauritanie, celle de demain, définitivement émancipée des inégalités de naissance. SOS Esclaves, son associations pionnière mène désormais ses activités, en collaboration avec le Commissariat aux droits de l’Homme, une évolution que nul n’aurait pressentie, quelques années avant.

Hier accusé de servir l’agenda d’un imaginaire complot des juifs et des chrétiens, le voici savourant, non sans dignité, sa douce et tranquille revanche sur les cuistres et les tartuffes de l’ère Prds. D’autres compatriotes, injustement marginalisés, méritent un traitement similaire, en hommage à leur courage, quand il fallait applaudir et ramper pour manger et grapiller les menues faveurs du tyran.

Tout le mérite revient au Chef de l’Etat, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Aucun de ses prédécesseurs ne s’était risqué, jusqu’ici, à admettre l’évidence de la faute ni l’urgence de la devoir corriger. A présent, c’est fait et tant mieux, n’en déplaise aux chauvins !

Jemal Ould Yessa

● Lien média https://www.chezvlane.com/Jemal-Ould-Yessa-Boubacar-Messaoud-La-rehabilitation-tardive-d-un-symbole_a32524.html