● Migration scolaire des familles mauritaniennes : le Sénégal destination de nombreux parents à la recherche d’une offre éducationnelle de qualité

Depuis la mise en application de loi sur l’éducation (Loi 2022-023 portant loi d’orientation du Système Éducatif National) dont les contours restent très ambigus, – une reforme éducative qui est contestée, aujourd’hui encore -, de nombreux parents mauritaniens ont trouvé comme alternative, la migration scolaire au Sénégal pour assurer à leurs enfants une bonne éducation.

Le phénomène n’est pas nouveau, des familles mauritaniennes dégoûtées par la léthargie que traverse notre système éducatif, choisissent d’envoyer leurs enfants au Sénégal pour leur garantir, l’accès à de meilleures écoles et une éducation de qualité.

Seulement, depuis la mise en application de la Loi d’orientation (l’école républicain), la pratique a explosé : le Sénégal est devenu la destination scolaire des parents nantis ou tout simplement, ceux avertis et désirant contourner les contraintes de la nouvelle Loi d’Orientation pour assurer à leurs enfants une bonne éducation. L’objectif étant de fuir le chaos scolaire et le désastreux éducatif créés par les pouvoirs successifs du pays, depuis l’indépendance, dans volonté hégémonique identitaire. 

Désormais, le Sénégal, en plus, d’être l’une des destinations privilégiées pour de nombreux malades, en quête de meilleurs soins, ce pays voisin fait face à l’arrivée de vagues d’élèves et de familles – Dakar, Richard Toll, Saint-Louis-, Thiès, pour ne citer que ces villes, enregistre une forte présence de Mauritaniens, qui n’hésitent pas à louer des appartements ou maisons pour être aux côtés de leurs enfants pendant l’année scolaire. 

Si certains ont de la famille sur place – un oncle, un cousin etc., d’autres n’ont pas cette chance. Cependant, ils peuvent compter sur leur porte-monnaie. L’argent semble ouvrir toutes les portes. Quant aux plus démunis, et les moins stratèges, ceux-là se résignent à envoyer leurs enfants à l’école publique, avec la garantie de leur ouvrir le boulevard de l’échec et même de l’incivisme.

Les parents qui ont décidé de traverser le fleuve ont compris que l’éducation n’a pas de prix.  C’est un sacrifice, un investissement. C’est pourquoi, certains parents ne pouvant pas se déplacer envoient leurs enfants avec des « domestiques » attachés à la famille depuis longtemps, une manière de combler leur absence et reproduire l’atmosphère familiale du pays.

L’autre alternative, c’est la mère qui accepte de se déplacer pour être auprès de ses enfants au Sénégal pendant toute l’année scolaire.  Le papa, généralement maintenu à Nouakchott pour des raisons professionnelles, sera obligé de faire des va-et-vient entre la Mauritanie et le Sénégal. 

On a beau vanter l’école publique mauritanienne, la réalité est qu’elle est devenue le carrefour des plus déshérités de la république. Même si une poignée de personnes de la haute sphère sociale continue d’y croire. Cependant, elle prend toujours la précaution d’assurer derrière des cours à domicile à ses enfants. Des cours dispensés souvent par d’éminents professeurs, et ce dans toutes les disciplines. Ce sont ces rares enfants qui arrivent à s’extirper de la médiocrité ambiante de nos établissements publics ; faisant office d’arbre qui cache la forêt.

Cette migration scolaire n’est pas sans désagrément pour les familles. A-t-on pensé aux traumatismes, à la séparation, au coût et autres conséquences que crée cette situation, soit la conséquence des choix politiques néfastes et idéologiques à répétition de nos gouvernants ayant conduit à la mise à mort de notre système éducatif ? Quel est le sens de la souveraineté, si un pays est incapable d’assurer une bonne éducation à sa jeunesse ?

Si le Sénégal peut, pourquoi pas la Mauritanie. Tout est question de volonté politique. Il suffit de laisser s’exprimer notre identité naturelle dans notre environnement naturel, en y intégrant les contraintes de la mondialisation, la globalisation pour que s’impose l’école qui sied à la Mauritanie. Mais nous préférons continuer à persévérer dans notre entêtement, oscillant entre option idéologique et émotionnelle. 

Seyré SIDIBE

● L’institut pédagogique national annonce la disponibilité du livre scolaire en version numérique

L’Institut pédagogique national (IPN) a annoncé que les manuels scolaires seront disponibles au début de la prochaine année scolaire en format numérique grâce à l’application KOUTOUBI« Mes livres » qui permet de télécharger les livres.

Cette information est contenue dans un Tweet du directeur de l’institut, Cheikh Ould Sidi Abdallah, qui précise que cette mesure intervient en préparation de l’année scolaire 2024/2025.

« L’application ‘Koutoubi’ n’est qu’un mécanisme parallèle et une aide au processus de distribution du livre papier, pour ceux qui souhaitent acheter les copies numériques », a-t-il précisé.

Pour rappel l’année scolaire 2024-2025 commencera lundi prochain, 7 octobre, selon le ministère de l’éducation et de la réforme du système éducatif.

• Lien média https://fr.saharamedias.net/linstitut-pedagogique-national-annonce-la-disponibilite-du-livre-scolaire-en-version-numerique/

● Soukeyna Boubou DIABIRA marraine des festivités de la journée Internationale de la langue Soninké : le courage au féminin | Par Seyré SIDIBE

Nous sommes à une époque où, par cynisme, on se plaît à braquer les projecteurs sur les choses de l’ordre du sensationnel, du superficiel et même du frivole. Nous sommes dans un monde des paradoxes, où l’exemplarité est peu médiatisée alors que les « bouffonneries », font le buzz, soutenues et encouragées.

Cela est d’autant plus que vrai, quand on observe les productions journalistiques, populaires et orales, communicationnelles en tous genres, en milieu Soninké ; toute une déferlante de supports (sons, images et écrits) autour de la commémoration, du 25 septembre 2024, correspondant au premier anniversaire de la reconnaissance de la langue Soninké par l’UNESCO, on remarque curieusement, le black-out autour de la marraine de l’évènement au siège de l’UNESCO à Paris. Cela ne m’a pas échappé.

La marraine de l’évènement est un évènement à part

Soukeyna DIABIRA, mérite d’être davantage connue et le combat pour la résolution du conflit intra-soninké de cette femme d’exception mis en exergue. C’est l’exception qui nous intéresse, nous autres, la routine est une répétition soporifique. Et ce qui nous amène à parler de cette grande dame.

Cependant, je connais peu de choses sur cette Soninké exceptionnelle à tous égards. Disons, je la connais bien, mais sur un autre aspect(familial), parce que je suis très lié à la famille de son époux. Mais, cette partie relève de la vie privée et ne semble intéresser personne.

Soukeyna Boubou DIABIRA est active dans plusieurs domaines : la société civile, l’éducation, le développement etc.

C’est une femme battante et entreprenante, qui laisse des marques là où peu d’hommes osent s’y aventurer. Soutenir, que ce n’est pas pour rien, qu’elle a été choisie marraine de la cérémonie de commémoration de la langue Soninké, au siège de l’UNESCO à Paris, ce n’est pas de la complaisance. Je ne suis pas dans le secret des dieux. Cependant, une chose est sûre, ce que ce choix est mérité et amplement mérité. En effet, Soukeyna est présidente de l’Association Sironde do kaffo (Réconciliation sociale), qui ose parler de RÉCONCILIATION entre les Soninkés, soit une manière de reconnaître qu’il existe bel et bien une crise socio-politique intra-soninké plombant la cohésion sociale et le développement de tous les « territoires Soninké » de la Mauritanie, au Mali, en Gambie, au Sénégal etc., et même dans la diaspora.

Le sujet est évité par la plupart des intellectuels, de communicateurs, des leaders d’opinions. Le sujet est devenu tabou, gênant, source de honte et crainte. Chacun a peur d’être « démoli par des insulteurs publics » payés par je ne sais qui ?

La crise intra-soninké, pour résumer en quelques mots pour « les autres », est un conflit socio-politique opposant depuis plus de six ans maintenant, partisans de la reproduction et la continuation de l’ordre social traditionnel et hérité à ceux de « la mise à mort » immédiate des aspects socio-culturels, faisant référence à leurs ascendances serviles. La crise, personne ne peut la nier, elle est visible au point de « crever l’œil », même si elle est volontairement évitée dans les manifestations officielles Soninkés, qui ont propension à délecter d’autres sujets.

La société Soninké étant connue pour sa pudeur, veut cacher cette plaie qui est la manifestation d’une maladie honteuse. Or, elle oublie que la parole est thérapeutique, elle peut être pathogène notamment dans un usage indécent et irresponsable. Le silence, comme stratégie adoptée sur les dignitaires et leaders Soninkés est mortifère ou létal. « Au commencement était la parole ! »

Éviter d’aborder la crise inter-soninké, c’est contribuer à son exacerbation ; même s’il est vrai qu’il vaut mieux se taire lorsqu’on n’est pas porteur d’un discours de paix. La paix, c’est aussi oser dire la vérité, situer les responsabilités avec les mots justes.

En dépit de cette situation est délétère, voire irrespirable où même les hommes se méfient de s’afficher, Soukeyna s’est fait distinguer par son courage, à travers des conférences et plusieurs tentatives de résolution de la « crise Soninkara », en sillonnant différents « pays Soninké » pour rapprocher les positions. Certains ont même dit, quelle prétentieuse ! Là où les hommes ont échoué, ce n’est pas une femme qui va réussir. Le malheur, c’est de n’avoir pas essayé.

Je garde encore l’invitation que je n’ai pu honorer, qui m’a été adressée par son association, « Association Sironde do kaffo », pour assister à une manifestation, les 1, 14 et 15 décembre 2022, au Mali, au siège de Guidimakha Danka à Kayes. La rencontre, faut-il le rappeler, était audacieusement intitulée : Conférence sur la crise sociopolitique de la société Soninké.

Et dans le premier paragraphe de cette correspondance pouvait-on lire : « La conférence abordera les défis les plus importants auxquels la société Soninké est confrontée, de la crise socio-politique, les conflits internes et les provocations systématiques entre les individus jusqu’à ce que le sang soit versé et que des centaines soient déplacées de leurs maisons et de leurs villages » .

Au lendemain des crimes d’esclaves dans la région de Kayes, dans un contexte explosif, Soukeyna avait fait le déplacement pour présenter ses condoléances aux familles des victimes.

Ce parcours héroïque mérite d’être connu, et doit inspirer chacun d’entre nous. Qu’il est agréable, facile et inspirant de parler d’un titre mérité !

Seyré SIDIBE

● Entre les lignes, la reconnaissance de la langue Soninké par l’UNESCO | Par le journaliste Seyré SIDIBE

En décrétant, chaque 25 septembre, journée Internationale de la langue Soninké, l’UNESCO envoie un message fort aux Soninké. Message que beaucoup d’entre nous ne cherchent pas à décrypter, à en comprendre la signification et l’implication profondes,  pas à cause de la ferveur et l’enthousiasme que suscite l’événement.

Il est tout à fait normal de jubiler, de célébrer cette journée exceptionnelle et historique, qui honore une communauté, un peuple, une culture, un patrimoine et  une langue. Et dans cette commémoration, il faut associer tous ceux qui parlent Soninké sans être Soninké culturellement, tous les Africains et tous ceux qui aiment les langues du monde. Cette reconnaissance est une satisfaction pour tout ce monde, chacun y trouve sa part de bonheur.

Il y a maintenant, le non dit de cette distinction accordée à la langue Soninké

Cette consécration de la langue Soninké par l’UNESCO, est une invite à la recherche sur notre langue, notre culture etc.,  en vue de mieux la « vulgariser », mieux l’étudier, la comprendre et la développer. Par cette reconnaissance, l’UNESCO lance un message aux Soninké que la langue Soninké, comme toutes les langues du monde, ne sont pas figées.  Idem pour la culture. Ceci étant, l’UNESCO dit de manière à peine voilée aux partisans de l’immobilisme social que rien n’est statique.

La  langue et la culture sont par essence dynamiques. Les changements tant redoutés par certains dans le Soninkara, sont consubstantiels à la culture. La culture fonctionne un peu comme, certains animaux qui font des mues, non pas par fantaisie ou par simple plaisir : cela s’appelle de l’adaptabilité  ou de la résilience.

En clair, toute culture qui ne peut s’adapter, en intégrant la dynamique endogène et exogène est appelée à  mourir. Laissez la culture et la langue Soninké s’exprimer librement, ne lui imposez pas votre diktat ou primes passéistes. Elles sont suffisamment mûres, intelligentes et capables de se défendre.

Cela dit, quelque part, l’UNESCO encourage et met au défi les Soninké à accepter que la dynamique est un critère de vitalité, de créativité et même d’ingéniosité d’une langue. En effet, la langue est comme un fleuve qui charrie la culture ( les cultures),  pour lui (leur) permettre de se développer, de prospérer, et de s’affirmer. L’immobilisme social est donc l’ennemi mortel de la langue et partant de la culture. Laissez-nous vivre, nous épanouir et être en phase avec la philosophie de notre époque, sans bien sûr nous compromettre. C’est possible !

L’autre message sous-entendu de l’UNESCO, le Soninké en tant que langue devient un patrimoine pour tous les hommes (l’humanité). Il cesse d’être la seule propriété de ses locuteurs natifs. Aussi, cette reconnaissance par l’UNESCO nous oblige-t-elle à changer notre regard sur la langue Soninké, qui cesse d’être réduite à une simple fonction vernaculaire.

Dès lors, les Soninké sont invités à  accepter l’ouverture, vaincre notre autarcie habituelle,  méfiance ou condescendance vis-à-vis des autres, pour favoriser le dialogue des cultures et des langues : le métissage. 

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/entre-les-lignes-la-reconnaissance-de-la-langue-soninke-par-lunesco/?fbclid=IwY2xjawFb_YRleHRuA2FlbQIxMQABHdpQPf2J_VYEQwi7l-ZaYcHBi4NSiQe3vNKPuFlwJ9xZXKr2n6BOcAYgQw_aem_Qd4qb6WkfToI86n4pijNXw

● Communication Unesco | Journée internationale de la langue soninké

Célébration de la 1ère édition de la Journée mondiale de la langue Soninké sous le patronage de son Excellence Adama BARROW, Président de la République de Gambie, se tiendra le 25 septembre au siège de l’UNESCO à Paris.
Le thème retenu pour cette célébration est « Le Soninké à l’ère du numérique ».

La Présidence de cette journée est assurée par la délégation permanente de la République de Gambie.

L’événement a été officiellement acté lors de la 217e session du Conseil exécutif de l’UNESCO en octobre 2023, marquant un moment historique pour la langue soninké. Parlée par des milliers de personnes en Afrique de l’Ouest, la langue soninké devient ainsi la deuxième langue africaine à bénéficier d’une journée mondiale adoptée par l’UNESCO.

Les moments forts de la journée :

Cérémonie d’ouverture : Dès 9h, la journée commencera avec des déclarations institutionnelles de personnalités influentes, donnant le ton d’une journée de célébration et de réflexion.

Musique et Exposition : Plongée immédiate dans la culture soninké avec des performances musicales et le vernissage d’une exposition qui mettra en avant des photographies, des œuvres d’artisanat et des écrits d’auteurs soninkés. Une immersion sensorielle dans l’âme de la culture soninké.

Déjeuner animé au son du Djembé : Un déjeuner festif rythmé par des percussions de djembé, offrant un moment de convivialité et de partage autour des saveurs de la culture soninké.

Panels de discussions :

Panel 1 : Langue et culture soninké : Un débat sur l’importance de préserver et de promouvoir la langue et la culture soninké, tout en explorant les défis et opportunités de l’ère numérique.

Panel 2 : L’éducation en langue soninké : Discussions sur l’intégration de la langue soninké dans le système éducatif et les initiatives pour son développement.

Gala de clôture : La journée se terminera par un gala, célébrant la culture soninké à travers des performances artistiques, des discours inspirants et des moments de partage inoubliables.

Le 25 septembre, promet d’être une célébration mémorable et enrichissante, marquée par des échanges culturels, des découvertes, et une véritable immersion dans le patrimoine linguistique et culturel soninké.

ÉVÈNEMENT : Journée internationale de la langue soninké
25 septembre 2024 – 10:00 am – 25 septembre 2024 – 9:30 pm
Location : UNESCO Headquarters, Paris, France
Rooms : Room II
Arrangement type : In-Person
Language(s) : Français Anglais

• Lien média https://www.unesco.org/fr/articles/journee-internationale-de-la-langue-soninke?fbclid=IwY2xjawFatE5leHRuA2FlbQIxMQABHUg5ywFGSHXUbqzBtMA3_ZB8fQE1iDKmHScs7xs8Va1T_VfKrmKOihosxA_aem__U3J6AMOE21s8lbajFlrxA

● Aux intellectuels et chercheurs Soninké, oser la rupture épistémologique | Par M. Seyré SIDIBE

Jusque-là, la plupart des travaux de recherche sur la société Soninké – nous ne sommes pas les seuls -, ont pour vocation d’affirmer la richesse et la grandeur historique, patrimoniale, linguistique, morale et sociale de notre société. Une espèce de littérature dithyrambique ou « griotique » de grande facture intellectuelle, certes mais péchant par un narcissisme culturel. Ces ouvrages sont surtout descriptifs, monographiques, comparatifs, archéologiques et s’évertuent à une affirmation culturelle de la personnalité et d’identité Soninké.

La grande Histoire du peuple Soninké, magnifiée et symbolisée par l’empire du Wagadu, chevauchant entre histoire, légende et mythe est irréfutable. Nous y avions lancé toutes nos forces, et continuons d’y investir. Cependant à trop vouloir regarder derrière, en idéalisant le passé, nous risquons de perdre le présent et l’avenir. Le passé doit nous servir à aller de l’avant et non pas à nous diviser, ou couper le souffle.

A titre d’exemple, la solidarité légendaire, l’hospitalité, le dévouement au travail, la fidélité à toute épreuve, sont autant de valeurs Soninké, qui méritent d’être entretenues, perpétuées, mais améliorées et ajustées pour être en cohérence avec les nouvelles réalités de notre époque. D’ailleurs, ces différentes valeurs connaissent de nos jours quelques petits « grincements », à cause des nouveaux enjeux et dynamiques que connaît la société.

La rupture, c’est intégrer la critique

Une rupture méthodologique serait intéressante, et audacieuse afin de changer de paradigme, en orientant les travaux de recherche scientifique Soninké sur les tares de la société Soninké. Le temps est venu d’accorder plus d’intérêt aux problèmes, aux défis et aux écueils de notre société. C’est une saignée curative, qui fait mal mais elle est nécessaire pour éviter l’éternelle autoglorification : immodestie sans fin.

Il n’y a point de progrès social et économique en dehors de la critique. La critique est toujours constructive, tout dépend de la perception qu’on en fait. Un Soninké qui met à nu les pratiques sociales et mentalités rétrogrades fait œuvre utile, comme un médecin qui soigne un corps malade. La critique est une thérapie. Une éducation à la critique est nécessaire dans la plupart de nos sociétés, où on se plaît à critiquer l’autre, alors que l’autocritique, la critique des siens, est perçue comme une traîtrise, voire un crime de lèse-majesté.

Et pourtant, le dramaturge, Moussa Diagana, dans La légende du Wagadu vue par Sia Yatabere, a donné le ton, en ouvrant la voie à une compréhension, à une analyse philosophique et critique de la légende, en s’affranchissant de la légende racontée dans sa version populaire. Le dramaturge et sociologue n’a décidément pas été compris, en opposant à la version officielle et politique de la Légende du Wagadu, celle de la victime, Siya yatabaré.

Les intellectuels Soninké doivent vaincre la peur d’être jugé par la société, en orientant leurs travaux de recherche sur des sujets et questions existentiels, touchant les fondements de la société Soninké, en rapport avec les réalités de l’heure, le vécu etc. Désormais, l’intérêt doit être accordé, entre autres aux rapport entre traditions Soninké et citoyenneté ; traditions Soninké et droits de l’homme, droit des femmes, droit de l’enfant, des personnes vivant avec un handicap ; Islam et traditions Soninké : l’esclavage coutumier est-il encore défendable, soutenable ?

S’y ajoutent : les problématiques liées à l’émigration clandestine, à l’émigration, au désintérêt grandissant de la jeunesse Soninké pour les études, la formation professionnelle et à l’entrepreneuriat, les Soninké face à la désertification, la destruction progressive de la cellule familiale Soninké, les mariages endogamiques, la jeunesse et les substances psychotropes etc. 

Autant de sujets qui touchent directement notre vécu. Cependant, cette nouvelle orientation épistémologique exige un regard critique, une prise de distance pour mieux analyser, diagnostiquer, voire une indépendance d’esprit des intellectuels par rapport à eux-mêmes, à la société et aux autres pesanteurs socio-culturelles et politiques. 

Seyré SIDIBE

● La parution de l’ouvrage de Dr Boubou BA sur la justice en  Mauritanie aux éditions L’Harmattan le 19 septembre 2024 à Paris

Boubou BA, est docteur en  droit de l’Université Paris-Nanterre et juriste au tribunal judiciaire de Pontoise-France. Titulaire d’un Master 2 en droit pénal et procédure pénale de l’Université Paris-Nanterre. Il obtient par la suite un Master 2 en Anthropologie du droit de l’Université Panthéon-Sorbonne Paris-1 et un DU (Diplôme Universitaire) des modes amiables de résolution des différends de l’Université Paris-Nanterre. En novembre 2022, il a soutenu sa thèse de doctorat avec succès consacrée sur : Les modes alternatifs de règlement des conflits en Mauritanie : regard anthropologique et juridique, sous la direction de Madame le professeur Soazick KERNEIS, de l’Université Paris-Nanterre et directrice du centre de recherche (CHAD).
Cet ouvrage  « offre d’une part, une analyse selon laquelle la justice en République islamique de Mauritanie est en faillite. Elle procède par un état des lieux de la justice et du droit en République islamique de Mauritanie depuis son accession à l’indépendance jusqu’à nos jours. Il en ressort que le système judiciaire mauritanien est le produit d’une interaction entre justice traditionnelle et justice moderne. Les structures judiciaires mises en place après les indépendances se situent entre droit positif français et droit autochtone. Le cadre global de ce système est marqué par une absence totale de volontés politiques de créer des institutions fortes .  D’autre part, l’étude propose de soumettre à l’analyse l’idée selon laquelle les modes alternatifs de règlement des conflits sont une solution en partie à la crise de l’institution judiciaire. La nature pacificatrice de la justice traditionnelle en Mauritanie constitue un héritage culturel qui a facilité l’introduction récente des formes modernes de justice alternative. Une justice conçue comme une manifestation de la liberté contractuelle. L’approche contemporaine de la justice a permis au législateur mauritanien de marquer ces dernières années sa volonté de soutenir les MARC, qui constituent aujourd’hui un autre modèle de justice. Enfin, l’auteur propose des solutions de reformes adaptées aux problèmes identifiés en prenant en compte le contexte actuel de la Mauritanie ».
Dr BA, a publié de nombreux articles scientifiques sur la Mauritanie dans des grandes revues de droit et participé à des ouvrages collectifs. Parmi ces publications nous pouvons citer entre autres : Les modes alternatifs de règlement des conflits dans le système juridictionnel mauritanien in faire justice dans les sociétés multiculturelles, revue, Les Cahiers de la justice/ENM Dalloz, 2021/1, PP. 37-50 ; La justice précoloniale en Mauritanie : entre coutume et charia islamique C. GAU-CABEE (dir), le métissage des droits en Afrique subsaharienne francophone. Regards croisés, CTHDIP, 2022, PP. 86-98 ; Pourquoi faut-il faire recours à l’arbitrage dans le règlement des litiges commerciaux en Mauritanie ? in revue trimestrielle de droit africain (penant) n°923, avril-juin 2023, PP.365-382.
Aujourd’hui, il est membre associé au centre de recherche d’histoire et d’anthropologie du droit (CHAD) de l’université Paris10.

Moussa  SOUMARE
Directeur adjoint des relations avec la société civile
au commissariat aux  aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et
aux relations avec la société civile
Nouakchott

● Activité de plaidoyer à Nouakchott | Le discours du président Abdoulaye Sidi Traoré de l’association Ganbanaaxu Fedde Mauritanie

Monsieur le Président de la République Mohamed Cheikh Ould Ghazwani,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur Le commissaire Des Droits de L’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile,
Monsieur Le Directeur De L’Instance Nationale De La Lutte Contre La Traite Des Personnes Et Le Trafic Des Migrants,
Mesdames et Messieurs des organisations Internationales,
Mesdames et Messieurs Les Elus,
Messieurs les présidents des associations,
Messieurs les Membres de GANBANAXUN FEDDE MAURITANIE,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour cette opportunité de vous adresser la parole aujourd’hui. C’est un honneur pour nous d’être réunis ici afin de discuter d’un sujet qui touche le cœur de notre société : l’esclavage et ses séquelles en Mauritanie. Ce fléau, bien que officiellement aboli, continue de hanter notre nation, laissant des traces profondes et douloureuses sur les individus et les communautés.

L’urgence d’un partenariat fort

Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de conjuguer nos efforts pour éradiquer définitivement l’esclavage et pour réparer les séquelles qui subsistent. Ce partenariat que nous souhaitons construire avec l’État mauritanien doit être basé sur une collaboration franche et déterminée, guidée par une volonté commune de justice sociale et de respect des droits humains.

Nous reconnaissons les efforts déjà entrepris par le gouvernement mauritanien pour criminaliser l’esclavage et soutenir les victimes. Toutefois, nous sommes tous

Conscients que des défis subsistent : les barrières culturelles, le manque de mise en œuvre effective des lois, et la nécessité de ressources pour accompagner les victimes dans leur réintégration.

Notre engagement pour un partenariat concret

En tant que partenaires, notre rôle sera d’accompagner l’État mauritanien dans la mise en œuvre de ses engagements en matière de lutte contre l’esclavage. Nous mettons à disposition notre expertise, nos ressources, et notre engagement total pour :

Renforcer les capacités institutionnelles : Nous travaillerons ensemble pour former et sensibiliser les acteurs clés, tels que les forces de l’ordre, les juges, et les responsables communautaires, afin d’assurer une application stricte des lois anti-esclavagistes.

Soutenir les initiatives de sensibilisation et d’éducation : La lutte contre l’esclavage commence par une prise de conscience. Nous voulons travailler aux côtés du gouvernement pour sensibiliser la population sur les droits humains, l’égalité et la dignité de chaque citoyen mauritanien, peu importe son origine.

Accompagner les victimes dans leur réintégration : Nous proposons de développer des programmes spécifiques pour soutenir les victimes de l’esclave à travers l’éducation, la formation professionnelle et l’autonomisation économique, afin qu’ils puissent reconstruire leur vie et s’intégrer pleinement dans la société.

Promouvoir la justice et l’égalité : Ensemble, nous devons garantir que chaque victime d’esclavage puisse accéder à la justice. Cela nécessite des procédures transparentes, accessibles et soutenues par une volonté politique forte pour punir les responsables et protéger les victimes.

Encourager la recherche et la collecte de données : Une meilleure compréhension de l’ampleur et des formes de l’esclavage est essentielle pour agir efficacement. En soutenant des études et des enquêtes, nous pourrons adapter nos interventions aux besoins réels des communautés affectées.

Un appel à l’action collective

Le chemin pour éradiquer l’esclavage est long et complexe, mais il n’est pas insurmontable. En combinant nos forces, en mutualisant nos compétences, et en agissant de manière concertée, nous pourrons changer le cours de l’histoire pour des milliers de Mauritaniens. Nous appelons aujourd’hui le gouvernement, les institutions étatiques, la société civile, et chaque citoyen à s’engager dans cette lutte commune.

L’esclavage n’a pas sa place dans notre société. En œuvrant ensemble, nous enverrons un message fort : celui d’une Mauritanie qui ne tolère plus l’injustice, qui respecte et valorise la dignité humaine, et qui aspire à un avenir où chacun peut vivre libre et égal.

Je vous remercie pour votre attention et pour votre engagement à nos côtés dans cette noble cause. Travaillons ensemble pour un avenir meilleur, pour une Mauritanie libérée des chaînes du passé.

Merci.

● Annexe : Photo-reportage

À noter la présence des représentants étatiques, plusieurs élus, cadres et acteurs de la société civile :


Sid Ahmed, Directeur Adjoint du Commissariat des droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux Relations avec la Société civile.


Ball Mohamed El Moustapha, Chef de service protection et Assistance aux victimes de la traite des personnes et le trafic des migrants.

Baliou Mamayary Coulibaly, conférencier et militant des droits humains


Tombé Hamara Camara, Député de ould yenge


Waly Boubou Diawara, vice-président du conseil régional de Guidimakha


Sydney Sokhona, député de Selibaby


Diarra Idrissa, ancien ministre 

Aly Soumaré, secrétaire général


Harouna Traoré, conseiller à la présidence

● Le Grand Entretien du BLOG | Avec le doctorant M. Brehima SIDIBE

La rubrique le Grand Entretien du BLOG vous revient avec un invité d’origine malienne, le doctorant Brehim SIDIBE. Également formateur en communication politique et acteur influent en France au sein de la diaspora du pays de Modibo Keita, M. SIDIBE nous expose pertinemment ses analyses en acceptant gentiment de répondre à l’intégralité de nos questions. Nos vifs remerciements à lui, et lui souhaitons une fructueuse continuation dans ses recherches doctorales ainsi que dans sa carrière professionnelle.


Ci-après l’entretien :

● Question 1 : Bonjour monsieur Sidibe, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Brehima SIDIBE, je viens du Mali. Je prépare une thèse de Doctorat en Analyse du discours politique à CY Cergy Paris Université. Mes travaux de recherche portent sur l’analyse linguistique des discours politiques au Mali entre 2012 et 2022. Je pars d’une acception du discours politique qui inclut tout discours dont le contenu aborde le sujet de politique. Aussi,  j’enseigne la communication politique à l’École politique africaine.
En parallèle, je suis également actif dans le milieu associatif auprès de la communauté malienne de France. J’ai été président de l’Association des étudiants maliens d’Ile de France (AEMIF) entre 2020 et 2022. Après mon mandat à l’AEMIF, j’ai créé, avec d’autres camarades, le mouvement Forces Citoyennes pour la Jeunesse (FCJ). Il s’agit d’un mouvement qui regroupe les jeunes maliens et franco-maliens à travers différentes villes de  France. Ce mouvement porte ma candidature à la présidence du Conseil National de la Jeunesse Malienne de France (CNJMF).

● Question 2 : Étant issu de la communauté soninké qui est très attirée par l’environnement migratoire à travers le monde notamment en France, quel est votre diagnostic sur la situation actuelle de ce phénomène ? (Avantages et inconvénients)

BS : En effet, la communauté Soninké est fortement présente ici France et cela depuis belle lurette. Nous en sommes à la troisième génération selon certains sociologues spécialistes des questions migratoires. On peut voir cette migration de différentes manières. D’abord, il faut dire que la volonté de quitter les pays d’origine (Mali, Sénégal, Mauritanie, Gambie…) résulte d’un constat commun à ces pays, et bien au-delà d’ailleurs, c’est le manque de perspectives pour les jeunes.  En effet, qu’ils soient diplômés ou non, nombreux sont ceux qui sont “contraints” de partir dans l’espoir de retrouver une vie meilleure. Les avantages de la migration au sein de la communauté Soninké sont qu’il existe une réelle solidarité entre ceux qui partent à l’étranger en l’occurrence la France et ceux qui sont restés au pays. Reconnus pour leur sérieux, leur rigueur dans le travail, les soninkés se préoccupent toujours de la famille (au sens africain du terme) dans leurs pays d’origine. Dans de nombreuses contrées, les “parisiens” (surnom donné à ceux qui vivent en France qu’ils habitent à Paris ou non) se substituent même aux gouvernements en ce sens qu’ils construisent des châteaux d’eau ; des écoles ; des hôpitaux… Vu sous cet angle, on peut dire que l’immigration a des réels avantages.
Toutefois, on ne peut s’empêcher de souligner les risques liés à cette immigration. En effet, on obtient de plus en plus difficilement le visa pour se rendre en France. Et pour corollaire, beaucoup choisissent d’affronter la méditerranée via des embarcations de fortune.  S’ensuit donc de nombreuses pertes en vies humaines. Ce qui est fortement déplorable. Ainsi, il serait judicieux pour la communauté vivant en France d’opter davantage pour des investissements qui favorisent la création d’emplois dans les pays d’origine. Cela pourrait créer plus d’opportunités d’emplois et à terme permettre aux jeunes de rester sur place et travailler.

● Question 3 : Nous vous suivons régulièrement sur les supports virtuels RP Médias comme analyste, pouvez-vous nous exposer quelques points clés sur la situation politique et géopolitico-sécuritaire de votre pays (le Mali) et de la sous-région actuellement ?

BS : En effet, j’interviens assez régulièrement sur RP Médias. Il y a beaucoup de choses à dire sur la situation politique et géopolitique du Mali et de la sous-région mais je vais essayer d’être concis. D’abord il faut dire que nous assistons à un changement de paradigme au Mali depuis la “rectification de la trajectoire de la transition” intervenue après le renversement du président Bah Ndaw en mai 2021. Au plan politique, ce changement de paradigme se manifeste par l’abandon du calendrier électoral qui prévoyait initialement d’organiser les élections en février 2022. Plusieurs autres reports s’en sont suivis et à l’heure où je vous parle, aucune date n’est prévue pour les élections. Entre- temps, la classe politique a disparu des radars. Soit par faute de crédit au sein de l’opinion; soit par les mesures de restrictions prises par les autorités de Transition. Soulignons également l’adoption d’une nouvelle constitution en juillet 2023, instituant la IVe République. Mais l’opinion publique nationale et internationale aura surtout noté les changements sur les plans sécuritaire et géopolitique. En effet, les forces françaises qui étaient présentes au Mali depuis 2013 ont été sommées de quitter le territoire en 2022 et un an plus tard c’était au tour des casques bleus de la mission des Nations Unies de plier bagages. Ces décisions s’inscrivent dans la nouvelle doctrine des autorités maliennes, à savoir l’affirmation de la souveraineté. Un nouveau partenariat renforcé avec la Russie est établi. Alors que les pays occidentaux accusent le Mali de coopérer avec des mercenaires, les autorités maliennes affirment travailler avec des instructeurs russes.
Ainsi, sur le plan sécuritaire, on constate une réelle accalmie. Les forces armées maliennes sont passées d’un mode opératoire défensif à un mode opératoire offensif. Les massacres de villages entiers ont cessé. Les terroristes ne s’attaquent plus directement aux camps militaires. Le point culminant de cette situation est la reprise de la ville de Kidal contrôlée depuis 2014 par les groupes indépendantistes de la CMA. Des équipements militaires adéquats sont mis à la disposition des FAMAs. S’il y a un point où tous les maliens semblent saluer l’action de la transition, c’est bien sur le plan sécuritaire. Néanmoins, la lutte contre le terrorisme étant une guerre asymétrique, beacoup restent à faire et la vigilance doit être de mise. 
Sur le plan géopolitique, les lignes ont fortement bougé ces derniers temps. Suite aux multiples reports du calendrier électoral évoqués plus haut, les relations entre le Mali et la CEDEAO se sont fortement dégradées. On se souvient des sanctions sévères  prises à l’encontre du Mali en janvier 2022. Sanctions qui dureront huit mois. Dès lors, on semble franchir un point de non retour. Pour cause, en septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont créé l’Alliance des Etats du Sahel, AES.

● Question 4 : Pouvez-vous nous éclairer sur l’aspect institutionnel de l’AES (Alliance des États du Sahel) qu’on l’entend évoluer vers une confédération et ses frictions avec la Cédéao ?

BS : D’abord il faut dire que l’AES est une alliance de circonstances. Les trois pays qui la composent connaissent des situations similaires : des militaires à la tête du pays ; menace terroriste; bras de fer avec la CEDEAO. Cette situation a favorisé la création de l’AES en vue d’une mutualisation des efforts. La première version de la charte du Liptako-Gourma, qui a institué l’AES, met l’accent sur les volets sécuritaire et de défense. Cependant, quelques mois plus tard, d’autres aspects ont été ajoutés notamment la diplomatie et le développement. C’était à la faveur du sommet tenu à Niamey, au Niger, le 6 juillet 2024 et où l’annonce de la création d’une confédération a été faite. La confédération vise à donner une existence institutionnelle à l’AES tout en conservant la souveraineté des Etats. Sans surprise, la présidence tournante a été confiée à Assimi Goita du Mali, pays considéré comme la locomotive de l’AES. Quant aux sessions parlementaires, elles se tiendront au pays des hommes intègres. La confédération devrait aboutir à la fédération mais cela nécessite une réelle volonté politique des autorités des trois pays sans oublier  la sensibilisation de l’opinion publique dans les trois Etats. Dans ce sens, on peut déjà voir quelques prémices à travers les journaux télévisés de 20h de ORTM,  RTB,  et  RTN où une page AES est ouverte à chaque JT et qui couvre l’actualité des trois pays. Cependant, cette dynamique est subordonnée au maintien des trois présidents de transition. Rien ne garantit que la même dynamique va se poursuivre si l’un des trois chefs d’Etat devait quitter le pouvoir dans les deux ou trois prochaines années.
Il va sans dire que la CEDEAO ne voit pas d’un bon œil la création de l’AES. En effet, le retrait annoncé en janvier 2024 devrait être effectif en janvier prochain. La CEDEAO perdrait alors un vaste territoire de plus de 2 millions de KM2. Et au vu de la dynamique actuelle, il faut dire que l’on se dirige vers cela. Malgré le changement de cap de la CEDEAO vis-à-vis des pays de l’AES, les autorités de ces pays ne semblent pas fléchir. Ce sera un véritable camouflet pour la CEDEAO qui fêtera ses 5O ans d’existence en 2025.

● Question 5 : La communauté soninké connaît une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des précautions efficientes pour recouvrer une certaine sérénité communautaire sans cette tare ?

BS : C’est une situation fortement déplorable. Voir qu’au 21è siècle une telle pratique humiliante et déshumanisante existe encore sous nos cieux est lamentable. Dans l’histoire de l’humanité, l’Homme noir est celui qui a tant soufert par l’esclavage. Des luttes ont été menées au long des siècles pour aboutir à l’abolition, comment comprendre qu’un homme noir puisse considérer son semblable comme esclave, fusse par ascendance? Dans la constitution des pays où l’on retrouve la communauté Soninké, la liberté de chaque individu est reconnue et nul ne doit être soumis à l’esclavage. Mais je pense qu’il faut renforcer davantage la législation. On a comme l’impression d’un silence coupable des autorités politiques et judiciaires parfois pour des calculs politiques. Les personnes reconnues par une telle pratique doivent être sévèrement punies. Pour cela, il faudra inclure même les incriminations verbales parmi les chefs d’accusation. La pédagogie et la sensibilisation ne sont pas des moyens de dissuasion à mon avis. Force doit rester à la loi.

● Question 6 : Ces dernières années, un regain panafricaniste s’est manifesté sur notre continent, quelles analyses faites-vous d’éventuelles retombées à court et long terme ?

BS : A la faveur des changements de régimes intervenus dans certains pays à travers l’Afrique, on assiste en effet au retour des discours au relent panafricaniste et souverainiste. Ces types de discours visent à affirmer l’indépendance totale de l’Afrique vis-à-vis des grandes puissances autrefois colonisatrices. Au-delà des autorités gouvernementales, certains activistes s’inscrivent également dans ce registre. Je pense notamment à Kémi SEBA. Cette affirmation panafricaniste est en soi une bonne chose. Mais il faut aller au-delà du discours. Le véritable panafricanisme doit d’abord permettre l’intégration des peuples africains, c’est-à-dire la libre circulation des personnes et des biens. Et le chantier prioritaire dans ce sens doit être la mise en œuvre effective de la ZLECAF. A long terme, cela pourrait avoir de réelles retombées économiques.
Et pour terminer, à mon avis,  le panafricanisme ne doit pas être compris comme une forme de rupture avec le reste du monde mais plutôt le respect et l’affirmation de l’Afrique au concert des nations.

Merci pour votre disponibilité.

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6 août 2024

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