● Objection : des faits historiques sur les années de braise et « le printemps » des lettres ouvertes en Mauritanie ( 1986- 1991)

Sans esprit polémique, je veux juste apporter quelques éclaircissements sur des faits historiques irréfutables sur les premières dénonciations des exactions du régime de terreur de Ould Taya.

Certains veulent apparemment réécrire l´histoire récente de notre résistance et nous faire croire que les dénonciations des crimes du régime militaire ont commencé avec la période des lettres ouvertes d´avril 1990 ou de la « démocratisation » bridée du colonel despote ould Bothaya. Que nenni !

A la vérité historique ces lettres ouvertes de quelques personnalités mauritaniennes au CMSN n’ont pas été les premières à dénoncer les exactions commises contre les Négro-mauritaniens pendant ces années de braise.

En tant qu’un des membres et principaux responsables du département de la presse et à l’information des FLAM à l´époque avec mon ami et camarade Ciré Ba qui dirigeait le département, je peux dire, des archives de presse à l’appui, que les FLAM, principale force d’opposition ouverte au Système pendant ces années de braise, furent les premières à dénoncer l’épuration ethnique au sein de l’armée, la terreur dans la vallée du fleuve et les violations des droits humains en Mauritanie.

C´est suite à notre déclaration reprise par la presse internationale que le ministre mauritanien de l’information de l’époque feu Mohamed Lemine Ould Ahmed (ancien militant du mouvement ablitionniste d’El Horr) fut obligé de reconnaitre les faits et d´annoncer la découverte d’un soit-disant « complot » fomenté par des militaires et des civils noirs dont des anciens prisonniers Flamistes et rescapés la prison mouroir de Oualata.

Nous avons été les premiers à saisir Amnesty International par son responsable de la zone Afrique de l’Ouest de l’époque notre frère Tiébilé Dramé devenu ministre des affaires étrangère du Mali avec le régime de ATT et Rakia OMAR de Human Rights watch.

C’est d’ailleurs l’annonce, à partir de Londres, par Amnesty International de la mort de plus de 200 militaires négro-africains et la confirmation de ces atrocités par différents témoignages qui ont provoqué un véritable choc dans l’opinion publique. Comme sonnés par la révélation de ces horreurs, différentes personnalités et organisations ont tenu à exprimer leur stupeur et leur indignation.

L´UTM, syndicat proche du pouvoir, parlait d’un véritable génocide et estime que « les traitements inhumains et dégradants infligés à la majorité des citoyens arrêtés constituent une menace pour tous et pour chacun et peuvent conduire le pays à la dérive ».

Le groupe des « 50 » et qui avait comme porte-parole sur RFI le cinéaste feu Med Hondo, réclamait la constitution d´une commission d’enquête sur ces massacres dans leur déclaration signée le 10 avril 1991. Sans oublier la lettre ouverte des 125 du 17 mai, la lettre ouverte des femmes des disparus. Jeune Afrique, la voix de Taya, sous la plume de François Soudan, qualifiera ces lettres ouvertes « d’excessives et diffamatoires » voire malsaines dans son numero du 19 au 25 juin 1991.

En France, même le P.S s’est vigoureusement élevé contre ces exactions. Cependant les citoyens mauritaniens se mobilisaient pour dire leur dégoût, comme en témoigne l’historique manifestation organisée à Paris le 13 avril 1991 par les FLAM, le FRUIDEM, Le CSMD entre autres.

Pour la petite histoire nous avons été derrière la courageuse déclaration de notre frère « déserteur » Cheikh Fall dans les colonnes de Libération et sur les ondes de RFI et cette sortie avait sauvé plus d’un prisonnier dans les geôles d’horreur de Ould Taya. Mon ami et frère Mahamadou Sy rescapé et l’auteur de « L’Enfer d´Inal » peut le confirmer aussi.

Ce sont nos camarades de la section FLAM-Europe qui ont accompagné Cheikh Fall dans les différentes rédactions de la presse hexagone pour alerter l’opinion internationale sur les crimes contre l’humanité qui s’opéraient dans les geôles du régime sanguinaire du colonel Ould Taya.

Les lecteurs de BILAL (devenu le Flambeau), notre organe d´information de l´époque, ont certainement toujours en mémoire son émouvante interview avec les détails de tous les massacres, les circonstances d´exécution de nombreux détenus, impliqués arbitrairement dans la prétendue tentative de coup d´état de décembre 1990.

Dans toutes nos déclarations et notamment dans celle du 8 mai 1989 consécutive à ce qu´on appelle pudiquement « les évènements », nous n´avons eu de cesse dénoncer le racisme d´Etat et de réclamer l´avènement d´une réelle démocratie en Mauritanie.

En 1986 déjà, nous avions dénoncé, dans « Le manifeste du négro-mauritankien opprimé », l´existence d´une discrimination raciale dont la poursuite et l´aggravation ne pouvaient qu´hypothéquer l´existence de notre pays. A l´époque cependant, il ne s´était pas trouvé suffisamment de bonnes volontés dans les mouvements politiques concurrents pour formuler avec autant d´exigence que nous, la revendication d´une réelle égalité entre tous les citoyens mauritaniens.

Le livre Blanc que nous avions publié en octobre 1989- sous le titre  » Radioscopie d’un Apartheïd méconnu  » et qui a été largement repris par la presse internationale revenait sur la terreur dans la vallée et les assassinats de nos camarades dans les geôles de Oualata. Nous étions seuls dans la dénonciation. C´est encore sous notre pression et de certaines ONG que Ould TAYA fut contraint de transférer nos camarades de la prison mouroir de Walata à celle d’Aïoun avant de les libérer.

Que les évènements, plus douloureux, les uns que les autres, qui se sont succédés dans notre pays depuis cette date, aient cruellement confirmés nos analyses, ne saurait être pour nous l’occasion d´une quelconque délectation. L´important est ailleurs : il est dans la reconnaissance par tous de la nature raciste de la politique conduite par l´ETAT mauritanien.

Pendant ces années de braise ( 1986- 1991) les FLAM qui étaient relativement au début seules sur ce terrain de la dénociation du régime raciste et militaire, avec l´arrestation et la détention de nos camarades à Oualata et l´exil forcé des autres, n´ont pas manqué d´apprécier à sa juste valeur le document des jeunes Maures mauritaniens appelés « Mouvement des démocrates indépendants » d´avril 1989, sous le titre « Plus jamais ça » qui dénoncait les tueries en Mauritanie et au Sénégal et rappelait le processus de répression ethnique en vigueur dans notre pays depuis 1986.

Pour la petite histoire le tract a été rédigé Rue des Écoles à Paris puis expédié, à Nouakchott, sous pli fermé, avec mention « dossier d´inscription Sorbonne ». A l´époque nous avions loué le courage de ces jeunes compatriotes maures, comme nos amis Jemal Ould El Yessa, Béchir El Hacen et Abdallah Ould Kebd qui, émergeant du troupeau ont eu l´audace de reconnaitre et les posant, les graves problèmes de cohabitation que connait toujours notre pays et nous avions exprimé notre disponibilité à travailler avec eux pour le triomphe de nos justes positions.

Cette preuve palpable de disponibilité à travailler avec ces compatriotes arabo-berbères ne nous a pourtant pas dispensé des critiques malveillantes des vieux chevaux chauvins du Système.

Notre lutte a été détérminante pour acculer le pouvoir à des concessions, force nous est de reconnaitre que celui-ci, cruellement isolé au plan diplomatique avec la défaite de leur mentor Sadolf Hussein de l’Irak, a subi de fortes pressions internationales qui l´ont amené à lâcher du lest.

Les observateurs n´avaient pas manqué de faire le rapprochement entre les visites á Nouakchott du ministre francais des affaires étrangères Mr Roland Dumas et de Mr Michel Vauzelle, président de la commission des affaires étrangères de l´assemblée nationale française et sur le discours du 15 avril 1991 du colonel Ould Taya dans lequel il annoncait une série de mesures visant entre autres, à l´instauration d´un multipartisme et l´adoption d´une constitution qui serait soumise au peuple par un référendum dont la date avait été fixée au 12 juillet 1991.

Rappelons que Mr Vauzelle a été saisi directement par des Flamistes lors d´une rencontre à Paris le 27 mars 1991 où il nous avouait avoir mis en garde la Mauritanie et lié l´aide de la France à certaines conditions. Il nous avait aussi exprimé son émotion devant les exactions et humiliations dont les Noirs de Mauritanie sont victimes.

Face à notre pression permanente et celle des ONG des droits humains (Amnesty International, Human Right Watch, FIDH, entre autres..), de personnalités, de partis politiques, de l’engagement à notre côté de certains grands décideurs politiques, le régime ethnogénocidaire, totalement discrédité, et parfois privé de financements d’institutions internationales, fut contraint et ne pouvait que céder. C´est alors que dans l´affolement, « le syndrome malien », aidant, il se mit à annoncer des mesures vite interprétées à l´époque comme un tournant démocratique en Mauritanie.

Heureusement que chaque jour qui se lève apporte son lot d´éclairage au drame mauritanien, permettant ainsi le recentrage des débats autour des vrais problèmes que les mentors du régime, leurs porte-faix et autres chauvins panarabistes ont essayé de brouiller tant bien que mal. La vérité par delà les passions, les errements et aveuglements qui peuvent la brouiller momentanément, finit toujours par s’imposer en se frayant son chemin.

Demain il fera jour et la lutte continue!

Kaaw Touré.

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=774045

● Lettre interpellative à l’adresse du président de la république, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouni

A son excellence Mohamed Ould Ghazaouni, Président de la République islamique de Mauritanie en votre qualité de garant de l’indépendance de la justice.

Rendre la justice est une fonction cardinale et essentielle dans un Etat de droit et dans une démocratie libérale. Les magistrats ont entre leurs mains la vie, la liberté, l’honneur et les intérêts moraux, financiers et matériels de ceux qui vivent sur le territoire de la République. Le rôle de la justice est de préserver la tranquillité, la paix et la vie en société. A ce titre, elle protège les plus vulnérables, juge les litiges et sanctionne les comportements prohibés.

Cependant, la session de la Cour criminelle de Selibaby s’ouvrira le 22 avril 2024 pour juger les affaires criminelles y compris celle que j’appelle «affaire du siècle de Diogountouro» sous le n° 46/RP/2022 pour de faits de «coups et blessures volontaire ayant entraîné la mort» autrement dit meurtre dans le jargon pénal commis dans mon village natal (Diogountouro).

Monsieur le Président de la République, en votre qualité de « garant de l’indépendance de la justice » (article 89 de la Constitution), je voudrais attirer votre attention sur cette affaire judiciaire truffée des irrégularités procédurales, des violations graves de droits de la défense et des dispositions du code de procédure pénale et de la détention abusive.

Monsieur le Président de la République, j’en appelle à votre sagesse et à votre sens de responsabilités au sens des articles 23 et 24 de la constitution afin que vous agissiez le plus vite possible pour que la justice fasse son travail dans l’art du respect d’un procès équitable.
A défaut d’annulation des actes de procédure, des actes d’enquête et instruction du début de cette affaire jusqu’à le rapport de la commission d’expertise (qui a constaté la disparition du téléphone de la victime après avoir été mis sous scellés par le juge d’instruction de Selibaby). Ledit téléphone constitue bien évidement un élément capital pour la manifestation de la vérité judiciaire pour toutes les parties au procès. Il est extrement important dans un procès pénal que les droits de la défense soient respectés. Enfin, que la justice soit rendue au nom de la mémoire de la victime et au nom des présumés innocents détenus arbitrairement.

Ce faisant, tout mauritanien a droit à ce que sa cause soit entendue devant un tribunal impartial et indépendant. L’indépendance de la justice est un droit constitutionnel, reconnu aux citoyens, qui garantit l’égalité de tous devant la loi par l’accès à une magistrature impartiale. Elle est la condition première d’un procès équitable pour une société civilisée et moderne.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de ma haute considération.

Dr Boubou BA
Membre associé au centre de recherche (CHAD), Université Paris10-Nanterre
Juriste au Palais de justice de Pontoise-France

• Lien média https://ondeinfo.com/lettre-interpellative-a-ladresse-du-president-de-la-republique-mohamed-ould-cheikh-el-ghazouni/

● Note de lecture : l’instruction détruit les chaînes de toute servitude, par M. Frédéric Douglass (États-Unis).

Cet ouvrage est une restitution d’un vaillant cheminement vers la liberté de cette voix historique de l’abolitionnisme aux États-Unis d’Amérique courant 19ème siècle. M. Frédéric Douglass était un mulâtre (né d’une femme esclavisée et son maître) qui vécut les fers de l’esclavage et s’était décidé à s’en débarrasser. Natif de Tuckahoe, près de Hillsborough (comté de Talbot, Maryland) en une date imprécise selon ses dires. Il meurt en 1895.

Il devint une redoutable plume contre un système inhumain et criminel qui broyait impitoyablement du « nègre ». Ici on saura l’ampleur de la catastrophe que vécurent les personnes (et leurs descendants) esclavisées lors de l’abominable traite transatlantique. En roue libre, les planteurs esclavagistes du sud étasunien tenaient un système sans limites pour casser et détruire toute expression d’humanité chez « ces damnés » sans secours. Fouetter, insulter, exploiter, emprisonner, violer, vendre… aux enchères aussi, louer, hériter, séparer (enfants, frères, sœurs et parents vendus ou hérités séparément), tromper, humilier, abrutir, tuer…, c’est ainsi que Frédéric Douglass égrènait les malheurs qui accablèrent ces hommes arrachés de leurs terres lointaines (l’Afrique).

Ici quelques passages illustratifs :

« Il la fouettait pour la faire crier et la fouettait pour la faire taire. « 

« On nous mit tous en rang pour nous évaluer. Hommes et femmes, vieux et jeunes, mariés et célibataires furent alignés avec les chevaux, les moutons et les porcs » , lors de l’évaluation de l’héritage d’un maître qui décéda.

Dans sa prolifique narration de cette douloureuse réalité de la servitude, quelques termes-notions ont particulièrement retenu mon attention :

• La plantation principale, surnommée la Ferme de la Grande Maison par les personnes esclavisées, est cet emplacement type QG dont dépendent plusieurs fermes avoisinantes de moindre taille. Il est d’un ultime privilège pour les esclaves « élus » qui y sont affectés comme lieu de labeur. J’ose un rapprochement avec ce qu’on disait en sooninké « Ka xooren Te » voulant dire « le champ de la grande maison ou famille ». Certains esclavagistes sooninkè avaient une possession terrienne principale qui est prioritairement exploitée et travaillée par leurs esclaves.

• Le commandeur d’esclaves, un employé généralement blanc qui s’occupe comme contremaître d’une plantation et les esclaves qui y triment. Dépeint selon le rapport de M. Douglass, comme un horrible traitant au service des propriétaires d’esclaves dans leurs plantations. Il est chargé de faire régner l’ordre, et avec fureur sur certains esclaves qui seraient peu dociles à la corvée intraitable. On pourrait le rapprocher à ce qu’on appelle en soninké « komo baganda » donnant comme substance « un rameuteur des esclaves » dans les champs du maître. Ici d’après mes échanges avec un doyen, ce rôle était souvent tenu par un élément-servile de confiance du maître et craint par ses semblables de condition. Il pouvait infliger de dures corrections corporelles aux esclaves récalcitrants aux ordres délégués par le maître ou par certains membres de sa famille.

• Le mot lynchage et son origine, la loi de Lynch prévoyait la mort pour un nègre qui frappa un Blanc.
En bas de page 142, elle est détaillé comme suit : « exécution sommaire de quelqu’un par une foule sans procès. Par référence au capitaine William Lynch (1742-1820) qui établit cette pratique en Virginie. Le mot ‘lynchage’ apparut en français en 1883. »
Et ici lynchés à mort, c’était le cas à Djandjoumé (village soninké dans la région de Kayes – Mali) dans la nuit du 1 septembre 2020 pour 4 pères de famille militants anti-esclavagistes (Mountagha Diarriso, Hamet Sissoko, Youssou Sissoko et Gossi Sissoko de 42 à 72 ans), Lire https://www.matininfos.net/des-experts-des-droits-de-lhomme-de-lonu-exhortent-le-mali-a-mettre-fin-a-lesclavage-une-fois-pour-toutes/78759/ .

M. Frédéric Douglass était un Cicéron de l’abolitionnisme en son temps, et son travail intellectuel d’antan est une source (ressource) d’inspiration d’une grande valeur pour toute entreprise de mobilisation humaniste.

Les Noirs américains et d’autres communautés des Antilles « élargies » issus de cette terrible et criminelle réalité de la traite, peuvent réclamer un droit d’explication aux descendants afro restés sur le continent africain. Un sérieux travail se doit d’être mené sans complaisance ni transfert de victimisation malencontreux.

KS pour le BLOG

● Le Grand Entretien du Blog | En exclusivité avec le politiste Yahaya SOUKOUNA

La rubrique Grand Entretien du Blog (Le GEB) reçoit comme invité, monsieur Yahaya SOUKOUNA. Il est diplômé en sciences politiques et originaire du Mali (issu de la communauté soninké). Dans cette interview, il nous sert de pertinentes analyses sur diverses thématiques abordées. Nous lui adressons nos vifs remerciements pour sa disponibilité.

Ci-dessous l’intégralité de l’entretien :

● Question 1 : Bonjour monsieur SOUKOUNA, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Yahaya SOUKOUNA : Bonjour, je suis Yahaya SOUKOUNA, français d’origine malienne, diplômé en Sciences politiques et en Administration publique. Ancien collaborateur parlementaire, je suis actuellement consultant en stratégie internationale. Je conseille des acteurs du secteur public et privé sur divers sujets stratégiques. Je les accompagne vers la prise de décision, sur leur réorganisation structurelle et sur leurs choix stratégiques globaux. Durant mes temps libres, j’officie en tant qu’entraîneur dans un club de football amateur, j’y entame ma neuvième saison. Il m’arrive aussi d’écrire. Il y a deux ans, j’ai sorti un abécédaire autobiographique et je suis actuellement en train de finaliser un nouvel ouvrage portant sur l’Accord pour la Paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger de 2015.

● Question 2 : Étant issu de la communauté soninké qui est très attirée par l’environnement migratoire à travers le monde notamment en France, quel est votre diagnostic sur la situation actuelle de ce phénomène ? (Avantages et inconvénients)

YS : Avant toute analyse, j’aimerais témoigner ma fierté d’appartenir à la communauté soninké vivant en France. Je pense intimement que l’héritage culturel que nos aînés nous ont légué doit demeurer intact et poursuivre son cheminement générationnel. La solidarité, le partage, l’humilité, la discrétion et le respect de l’aîné sont autant de valeurs qui doivent perdurer. À notre tour, on se doit d’être les futures courroies de transmissions de ce « package » ancestral. Pour me recentrer sur la question, il me paraît important de préciser un aspect singulier à la communauté soninké sur le plan migratoire. Cette dernière immigre considérablement à travers le monde entier. L’Europe, principalement la France et l’Espagne, le continent africain, et l’Amérique du Nord, sont les principales destinations de la communauté native d’Assouan en Égypte. Elle se trouve donc fortement impactée par les tendances contemporaines de ce puissant enjeu géopolitique qu’est la migration.
En effet, la fragilité des marchés financiers et les crises engendrées, à l’image de celle de 2008, ont profondément bouleversé l’ordre mondial. Les économies mondialisées ont toutes été fortement perturbées, entraînant des conséquences en cascade. L’occident, principale terre d’accueil de migrant, a connu une baisse radicale de l’interventionnisme étatique et un élargissement de la paupérisation de sa société. C’est dans ce contexte que s’est diffusé un profond sentiment patriotique nationaliste provoquant l’émergence de mouvements réfractaires à l’accueil des personnes étrangères, les estimant responsables de la baisse de leur niveau de vie. Paradoxalement en Afrique, la multiplication des conflits, l’instabilité politique, l’affaissement du niveau de vie et le difficile accès à l’éducation et à la santé ont renforcé le désir d’exode d’une part importante de la jeunesse en quête d’un avenir meilleur. Malgré les mesures drastiques imposées par les autorités méditerranéennes, les vagues migratoires s’intensifient et s’échouent le long des côtes marocaines, espagnoles et italiennes avec son lot de rescapés et de morts que la mer avale. Nous assistons à la collision de ces deux réalités dynamiques qui ne semble pas promises à la convergence. Pire encore, avec la montée des groupes extrémistes et la détermination de ceux qui désirent l’eldorado, les prochains rendez-vous s’annoncent inquiétants.

● Question 3 : Ces derniers jours, le gouvernement malien a annoncé le report de l’élection présidentielle (initialement prévue en février), pouvez-vous nous éclairer sur les données politiques et sécuritaires dans le pays actuellement ?

YS : Depuis l’an 2020 et la chute du régime du président Ibrahim Boubacar Keita, le Mali est dans une transition. De 2020 à 2021, celle-ci fut civile et militaire, dirigée par l’ancien président Bah N’daw. Pour des raisons difficilement déchiffrables, ce dernier a été renversé en 2021 par le colonel Assimi Goïta qui est depuis devenu le président de la transition. Des élections présidentielles devaient avoir lieu, mais ont été reportées par le régime, entraînant une batterie de sanctions de la part de la communauté internationale et des organisations sous-régionales sous l’impulsion de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Des négociations ont abouti sur l’organisation d’élections présidentielles en février 2024 et ont permis de lever une partie des sanctions économiques qui participaient à la tentative d’asphyxie de l’économie malienne. Ce laps de temps a permis aux autorités de faire voter une nouvelle constitution. Projet que leurs prédécesseurs, démocratiquement élus, ont initié sans parvenir à leur terme. Dans un récent communiqué, le ministère de l’Administration territoriale a annoncé le report des élections présidentielles de février 2024 à une date ultérieure de quoi alimenter les suspicions quant aux désirs des autorités de se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible.
Il faut noter que ce report s’établit dans un contexte sécuritaire des plus tendus que certains observateurs assimilent à celui de 2012. Cette période dans laquelle les combats entre l’armée malienne et les mouvements rebelles associés aux groupes jihadistes ont entraîné la scission du pays en deux et la proclamation de l’Azawad par le mouvement national de Libération de l’Azawad (MLNA).
Aujourd’hui, la situation est confuse. On assiste d’une part à l’intensification par l’armée d’opérations de communication et de reconquête du territoire vers le nord du pays à mesure que la mission onusienne de maintien de la paix (MINUSMA) libère les camps qu’elle occupait.
Concomitamment, des actes terroristes sont perpétrés sur l’ensemble du territoire laissant penser à une fragile restauration de la sécurité dans le pays. Ajoutons à cela, une recrudescence des affrontements entre l’armée malienne et les mouvements jihadistes, mais également, une détérioration des relations entre l’État et une partie des mouvements signataires de l’Accord d’Alger (Le Cadre Stratégique Permanent). Tout cela a pour effet de prolonger l’imbroglio du cas malien. Un rapide retour à l’ordre constitutionnel répondrait bien plus à des injonctions de la communauté internationale qu’a une nécessité immédiate pour la restauration d’un État unitaire et stable.

● Question 4 : La communauté soninké est traversée par une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des précautions efficientes pour recouvrer une certaine sérénité communautaire sans cette tare ?

YS : La problématique de l’esclavage par ascendance est un sujet d’une extrême sensibilité, mais qui requiert un positionnement clair. La mienne est que ces pratiques doivent cesser d’exister. Je crois aussi que pour traiter un phénomène de cette ampleur, il faut avoir l’humilité de l’étudier, non pas pour cautionner, mais pour comprendre le pourquoi de la pérennité de ce procédé ancestral qui nuit au fonctionnement harmonieux de communautés qui très souvent se ressemblent. Il est important de s’intéresser en profondeur aux raisons qui distinguent le droit pour une communauté de jouir de pouvoirs réducteurs et humiliants vis-à-vis d’une autre contre son gré. Même si cette variante de l’esclavage existe au sein de la communauté soninké, ce phénomène que l’on peut penser mineur et bien plus répandu que l’on ne pourrait le croire. Il trouve des germes dans les 5 grands continents et répond à des règles, des coutumes, des rituels qui doivent être déconstruits par le dialogue, la médiation, et si nécessaire, par des réponses pénales.
Même s’il existe des organismes internationaux qui traitent le sujet, la réponse politique globale est bien en deçà de l’ampleur que représente le fléau. Je crois qu’à l’image d’un sujet fédérateur comme l’écologie, la lutte contre l’esclavage par ascendance mérite une place beaucoup plus épaisse dans les principaux engagements des états concernés par ce phénomène. Conscient que dans certaines régions du monde, il participe à calibrer certaines sociétés (et/ou communautés), et que toute tentative d’entrave menacerait certains équilibres de pouvoir. Néanmoins, sa lutte doit être prise à bras le corps. Ce faisant, des mécanismes internationaux devraient contraindre les États à montrer patte blanche en matière de lutte.

● Question 5 : la France connaît diverses frictions diplomatiques avec certains pays du Sahel (ses anciennes colonies), pouvez-vous nous donner quelques éléments de compréhension sur ces relations dans l’actuel environnement géopolitique mondial ?

YS : Depuis quelques années, la France rencontre des difficultés sur le plan diplomatique, peine à maintenir un dialogue serein avec une partie de ses anciennes colonies sahéliennes, et perd de son influence historique sur une partie de plus en plus grande du continent. Les nombreuses et récentes attaques verbales par communiqués interposés entre Paris et les principaux régimes militaires de la bande sahélienne que sont Bamako (Mali), Ouagadougou (Burkina Faso) et Niamey (Niger) témoignent de la fragilité des rapports existants. Nous sommes bien loin de l’an 2013 où le président français Francois Hollande avait reçu un accueil triomphal par une foule en liesse à Bamako lors du lancement de l’opération SERVAL, destinée à repousser l’avancée des jihadistes, qui étaient parvenus jusqu’au centre du pays à Kona. « La journée la plus importante de ma vie politique », avait-il lancé. La nouvelle tendance relationnelle entre la France et ces états sahéliens ne se résume pas qu’aux relations d’ordre politique ou protocolaire, mais s’étend désormais à la société civile. En effet, la longévité de la présence militaire étrangère sur le sol africain et les quelques abus qui en ont découlé ont créé de la frustration chez une partie des populations. De plus, l’absence de résultats des opérations militaires telles que Serval, Barkhane, et la Minusma, et leur incapacité à libérer les zones occupées du nord du Mali notamment, ont également suscité un rejet de celles-ci par les populations concernées. Par ailleurs, avec la montée en puissance de l’accès aux nouvelles technologies, le continent s’informe vite et s’éduque. Au cœur de la jeunesse africaine émerge un vaste désir d’affranchissement avec ses anciennes colonies, particulièrement avec la France. À dominante musulmane par leur composition, leurs us et coutumes, les populations sahéliennes sont particulièrement sensibles au traitement qui est infligé à leur coreligionnaire dans la sphère médiatique française depuis quelques années. L’ensemble de ces facteurs fragilise la relation entre la France et ses anciennes colonies africaines. Cela offre l’opportunité géopolitique pour une nation comme la Russie de revenir au devant de la scène en réactivant l’importante influence « soviétoafricaine » qui était la sienne lors des successions d’indépendance. Et cela à l’image de celle avec la Guinée de Sékou Touré dès 1958 et du Mali de Modibo Keita dès 1960. Depuis le coup d’État malien de 2020, la relation avec la France bat de l’aile. D’un autre côté, le Mali et la Russie se sont fortement rapprochés aussi bien sur le plan militaire, qu’économique, et diplomatique. De quoi susciter des rivalités sur fond d’influence. Le Mali est au cœur d’enjeux géopolitiques c’est pourquoi nous sommes en droit de nous interroger sur la question suivante : le pays n’est-il pas involontairement devenu l’un des instruments d’une nouvelle Guerre froide qui ne dit pas son nom ?

Réalisé par KS pour le BLOG

● Communiqué sur le rétablissement de Ousmane Sonko sur les listes électorales. | Par l’avocat Ciré Clédor Ly

Le tribunal de Ziguinchor, tribunal du lieu d’inscription de Ousmane Sonko sur les listes électorales, avait été saisi d’un recours en contestation de la Radiation arbitraire du principal opposant du parti politique au pouvoir depuis 12 ans. Et,conformément à la loi, il a rendu sa décision dans des conditions très difficiles ,dans un climat délétère, ponctué de manque de respect et de considération de l’institution judiciaire. Tous ces manquement étant du seul fait du pouvoir exécutif et de ses agents.

En effet, les agents de l’État ont d’abord perturbé l’audience après les premières plaidoiries des Avocats de Monsieur Ousmane Sonko, pour suggérer au juge de se déporter, au seul motif qu’ils venaient de recevoir l’information selon laquelle il aurait un frère qui serait conseillé municipal à la mairie de Ziguinchor, une institution dirigée par Monsieur Ousmane Sonko.

Malgré que le juge leur ait demandé de se conformer à la loi pour engager la procédure s’ils voulaient le récuser, l’agent judiciaire de l’État et les Avocats de Adji Raby Sarr que l’État du Sénégal avait engagé, ont continué à divertir un moment la salle, avant de laisser continuer les plaidoiries.

Après 13 heures de plaidoiries, à 22 heures, l’agent judiciaire de l’État a de nouveau interrompu intempestivement les plaidoiries, pour remettre au juge un papier griffonné de sa main et informer le magistrat, que l’État du Sénégal venait de déposer auprès du Président de la Cour d’Appel de Ziguinchor, une demande de récusation le concernant. Bluff ou vérité ? Le juge le renvoya de nouveau dans les cordes et continua son audience; puisque la procédure n’avait toujours pas été suivie par l’État qui est habitué au forcing et aux violations des règles de procédures.

Et le sommet de la terreur d’État a été franchi lorsque l’électricité a disparu, subitement, du tribunal, plongeant tout le monde dans le noir. C’est à cet instant que le juge a ordonné la clôture des débats et a annoncé qu’il se retirait, pour délibérer, et revenir rendre sa décision. Et c’est à la lumière d’une lampe torche, puisque l’électricité a été coupée, que le juge a été contraint de travailler pour rédiger sa décision qui a mis K.O tous les artisans de la déconstruction de l’État de droit et du système démocratique ; fruits de longues luttes et de conquêtes du peuple sénégalais.

Le tribunal a statué sur sa propre compétence qui est celle du lieu d’inscription sur les listes électorales et le lieu de vote de l’électeur du requérant, Ousmane Sonko. Il a déclaré nulle la radiation de Monsieur Ousmane Sonko des listes électorales et ordonné son rétablissement ce qui devrait avoir effet immédiat. Avec les pratiques déloyales de L’État du Sénégal, l’égalité des chances dans la compétition électorale majeure de février 2024 est déjà violée puisque les parrainages ont démarré depuis le 29 septembre 2023.
Avec cette décision, le ministère de l’intérieur devra ordonner la remise immédiate et sans délai, des fiches de parrainage à Monsieur Ousmane Sonko.

Les sénégalais et la communauté internationale, témoins de la décision rendue par un juge qui n’est soumis qu’à l’autorité de la loi et qui a donné un sens et un contenu à l’indépendance et à l’impartialité de la magistrature, attendent de voir le comportement de l’État du Sénégal face à ce verdict. Qu’il est laborieux de vouloir persévérer dans l’illégalité et le banditisme d’État pour tenter d’asservir tous les juges et tout un peuple, désormais, rebelle et allergique à ses dirigeants en fin de règne.

Madame Marième DIOP GUÈYE magistrat à la Cour Suprême et Sibasy Faye juge au tribunal d’instance de ziguinchor sont désormais entrés dans l’histoire du Sénégal.Ils ont pris rang et place à côté des grands hommes qui dans leur vie n’ont servi que la loi et ont bien rempli leur existence.

Ciré Clédor Ly
Membre du collectif de La Défense de Monsieur Ousmane Sonko

● Mauritanie : Discriminations, obscurantisme, duplicité

Le CalameA. Saad Bouh ould Tourad, 35 ans, marié 4 enfants

Arrêté depuis le 12 juillet 2023 par la police d’Atar (centre nord de la Mauritanie), il sera jugé et condamné, le 11 septembre 2023, à 3 ans de privation de liberté, devant le tribunal de première instance de la ville où il purgeait sa détention préventive.

Les charges retenues contre lui sont « atteinte à la prière de vendredi, aux salutations sur le Prophète et non-respect des symboles islamiques » ; la dernière mention désigne la mosquée. Saad Bouh est incarcéré, à la prison civile du chef-lieu de la région de l’Adrar, en compagnie des délinquants. Un moment fermé, son site touristique, parmi les plus appréciés, accueille, de nouveau, la clientèle.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le futur prévenu plaisantait, avec ses amis, quand ils l’invitaient à l’exercice de la dévotion hebdomadaire. Il déclarait : « j’y vais pour faire plaisir à cette délégation venue me voir ; je veux savoir ce qu’il m’arrivera de nouveau mais à la condition de ne pas m’acquitter de plus de deux prosternations ».

A la remarque de son compagnon qui authentifie le chiffre cité, il réplique, sur le ton de la taquinerie : « ah, j’ai peur que ce soit 6 ou 7 ». Saad Bouh n’a pas nié les faits à lui reprochés mais conteste leur pénalisation…

B. Marieh mint Cheikh ould Awbed, 19 ans, célibataire, sans progéniture

Enlevée, du domicile de ses parents à Atar, le 18/07/2023 à 14h 17mn, par des éléments de la brigade de gendarmerie, elle est déférée, à Nouakchott, dès après 19h. Les griefs retenus à ses dépens s’intitulent « atteinte à l’intégrité morale du prophète », autre qualification du blasphème. Le lieu de détention demeure indéterminé et elle ne dispose d’avocat, pas même commis d’office. Un enseignant chargé de la correction des épreuves du baccalauréat technique, lui avait imputée une copie de dissertation insultante envers le Messager de l’Islam.

De son propre chef, le témoin diffuse la copie du texte manuscrit, sur l’application Facebook et déclenche, ainsi, une campagne de haine et d’appels au meurtre, réclamant l’exécution de la susdite. Quelques jours plus tard, le dénonciateur se retrouve lui aussi aux arrêts, pour avoir propagé un écrit anti-religieux. Marieh, réputée élève autiste, réfute l’accusation et revient sur les aveux extorqués sous la pression des enquêteurs, en l’absence d’assistance judiciaire. Elle attend son procès et encourt la liquidation physique.

C. Youba Siby ould El Ghoth, 49 ans, marié, 4 enfants

Il fut interpellé, le 15 septembre, par la police du Sénégal, dont il est citoyen ; l’activiste, auteur d’envolées radicales contre les survivances de l’esclavage et la supériorité envers les africains subsahariens de Mauritanie, est aussitôt livré, aux autorités de son pays d’origine.

Depuis, sans possibilité de communiquer avec sa famille ou d’un éventuel conseil, il séjourne, à l’isolement, dans les locaux de la Direction générale de la sûreté nationale (Dgsn), au centre de la capitale, Nouakchott. Il est reproché à Youba Siby, des audio sur les groupes de discussion WhatsApp où il s’en prend, nommément, à des personnalités de l’Etat et à leurs familles.

Son inculpation est imminente, en vertu de la loi n° 2018-023 du 21 juin 2018 portant incrimination de la discrimination. Selon nombre d’associations de défense de la dignité humaine, le texte assimile, la contestation de l’ordre établi, aux discours de stigmatisation et d’appel à la violence.

Il importe de le préciser, la facilité avec laquelle le gouvernement du Sénégal livre l’un des ressortissants à un Etat tiers, relève, semble-t-il, de la réciprocité ; ainsi, le 5 août 2023, la Mauritanie, à la demande du parquet de Dakar, extradait Maître Juan Branco, avocat de l’opposant Ousmane Sonko. Dans les deux cas, il a été constaté l’usage des menottes, pendant le voyage, jusqu’à destination.

Observations :

1. Les trois justiciables sont des Hratine, le groupe des descendants d’esclaves, sans doute le plus important, du point de vue de la démographie. Située au plus bas de la stratification de caste, bien en dessous de divers cadets sociaux tels les tributaires, les forgerons-artisans et les griots, la main d’œuvre servile aspire à sa pleine émancipation, d’où la récurrence de son frottement conflictuel au statu quo. Cependant, en comparaison des multiples composantes de la société, les Hratine demeurent vulnérables à l’application du droit. L’ensemble des statistiques disponibles témoigne de leur surreprésentation au sein de l’espace carcéral. De surcroît, les pratiques de l’esclavage traditionnel ayant été validées et perpétuées, durant les siècles, à partir de la doxa sunnite de rite malékite, la contestation d’une telle source entraîne la remise en cause, par les victimes, de l’usage du sacré au service de leur relégation.

2. A la différence du Sénégalais Youba Siby, Saad Bouh et Marieh, citoyens mauritaniens, sont poursuivis selon les prescriptions de l’article 306 du code pénal 1. Tel que révisée puis adoptée, le 27 avril 2018, au terme du vote des députés, la norme « prévoit que tout musulman coupable d’apostasie ou de blasphème sera condamné à mort dès son arrestation sans possibilité de formuler une demande de clémence fondée sur le repentir 2 ». D’ailleurs, des aliénas sanctionnent, d’un châtiment identique, le refus de prier ou l’atteinte à la réputation des anges (sic).

3. La Mauritanie, alliée du Monde libre, destinataire de son aide au développement et îlot de stabilité en Afrique, reste, pourtant, l’une des dernières aires d’Afrique et du monde arabe où les inégalités de naissance et leur legs de différences statutaires imprègnent la sociabilité de tous les jours. Singularité supplémentaire, ce membre de la coalition antiterroriste G5 Sahel, – dont le territoire abrite le Secrétariat exécutif et le collège de formation – s’est doté des mêmes lois que les franchises sahéliennes d’Alqaïda et de l’Etat islamique. Si l’une des deux y prenait le pouvoir, elle s’abstiendrait, certainement, de durcir l’arsenal juridique. A Nouakchott, le droit et les tribunaux sont prêts à accueillir l’avènement du Califat.

Liens connexes

https://www.hrw.org/fr/news/2020/10/19/mauritanie-liberer-des-activistes….

https://www.lefigaro.fr/flash-actu/mauritanie-l-ex-condamne-a-mort-pour-

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/17/mauritanie-le-blasphem…

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1 « « Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d’une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 50.000 à 600.000 ouguiya (soit 1428 euros, ndt). Chaque musulman, homme ou femme, qui se moque ou outrage Allah ou Son Messager (Mahomet) – Paix et Salut sur Lui – ses anges, ses livres ou l’un de ses Prophètes est passible de la peine de mort, sans être appelé à se repentir. Il encourt la peine capitale même en cas de repentir. Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. Toute personne coupable du crime d’apostasie (Zendagha) sera, à moins qu’elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l’obligation de la prière sera invité à s’en acquitter jusqu’à la limite du temps prescrit pour l’accomplissement de la prière obligatoire concernée. S’il persiste dans son refus jusqu’à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort. S’il ne reconnaît pas l’obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l’office consacré par le rite musulman ».

2 Communiqué de presse des Nations unies, « Peine de mort : des experts de l’ONU exhortent la Mauritanie à abroger la loi anti-blasphème », New York-Genève, 7 juin 2018

©️ Source en lien https://cridem.org/C_Info.php?article=768856

● Le Grand Entretien du Blog | Notre invité est Coulibaby Papa Hamady alias Yimbi kumma

La rubrique Grand Entretien du Blog (Le GEB) de votre Blog vous propose une interview spéciale avec l’artiste mauritanien originaire de la ville de Selibaby (Guidimagha). Il s’agit de monsieur Coulibaby Papa Hamady connu sous le surnom Rappeur Yimbi kumma . Très investi dans l’environnement musical, il nous livre gentiment son portrait d’acteur multidimensionnel. Nos remerciements à lui pour sa disponibilité pour cet entretien.

Vous pouvez découvrir et suivre ses activités à travers son site internet https://www.yimbikumma.com .

Ci-dessous ses réponses à nos 6 questions de l’entretien :



● Question 1 : Bonjour monsieur Coulibaby Papa Hamady, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Papa Hamady Coulibaby : je m’identifie comme un homme aux multiples casquettes. Sur le plan professionnel, je suis un artiste, producteur, manager et consultant en musique business et marketing numérique. Mon parcours m’a permis d’explorer divers aspects de l’industrie musicale, que ce soit en créant de la musique, en la produisant, ou en aidant d’autres artistes à naviguer dans ce domaine en constante évolution.

Ma passion pour la musique s’est toujours accompagnée d’un engagement profond envers les droits de l’homme et les questions sociales. En tant qu’activiste, je m’efforce de promouvoir l’égalité, la justice et le respect des droits fondamentaux pour tous les individus. Je crois fermement que la musique peut être un moyen puissant pour sensibiliser et inspirer le changement social.

Mon parcours professionnel et mon engagement personnel se rejoignent dans mon travail en tant que consultant, où j’aide les artistes et les professionnels de l’industrie musicale à développer leurs carrières et à utiliser les outils numériques pour atteindre un public plus large.


● Question 2 : Vous êtes connu dans le paysage Rap mauritanien sous le surnom Yimbi kumma, originellement quel fut l’élément inspirateur qui vous a mené à ce mouvement musical ?

PHC : En effet, je suis connu sous le surnom de Yimbi Kumma, ce qui signifie en français « feu et flamme. » Cette appellation a une signification profonde pour moi, et elle est étroitement liée à l’élément qui m’a inspiré à m’engager dans le mouvement musical rap en Mauritanie.

Mon inspiration est née de l’obscurantisme qui caractérise parfois notre communauté. J’ai observé que nous vivons dans un environnement où de nombreuses réalités sont occultées, où les problèmes et les injustices restent souvent invisibles. Je me suis dit que nous vivions dans un endroit « noir » au sens figuré, où les gens ne parvenaient pas à voir devant eux, à percevoir les problèmes qui les entourent.

Le nom « Yimbi Kumma » est né de cette idée. Mon objectif était d’apporter de la lumière, de la clarté, et de faire en sorte que les gens puissent enfin « voir » la réalité de leur situation. Je voulais qu’ils prennent conscience des erreurs et des inégalités qui existent dans notre communauté, et je croyais fermement en la puissance de la musique, en particulier du rap, pour transmettre ce message de manière forte et percutante.

En somme, mon nom artistique, Yimbi Kumma, symbolise mon désir de briser l’obscurité, de révéler la vérité, et d’inspirer le changement au sein de notre société mauritanienne en éclairant les esprits grâce à ma musique.

● Question 3 : si vous deviez faire un bilan de votre carrière, quels sont les moments forts et les thématiques clés abordées que vous citerez en priorité ?

PHC : Si je devais faire un bilan de ma carrière, il y a eu de nombreux moments forts, chacun avec sa signification particulière. Cependant, je vais mettre en avant trois moments clés qui ont marqué ma trajectoire artistique.

Le premier moment fort qui me vient à l’esprit est l’arrivée de la radio jeunesse, où la communauté soninké a eu l’occasion de me découvrir. C’était une période cruciale où ma musique a commencé à toucher un public plus large, et cela a été une expérience très gratifiante.

Le deuxième moment fort a été lorsque j’ai réussi à me faire une place au niveau national. À l’époque, c’était un défi de taille, car je venais de la région de Guidimakha, et les rappeurs des régions n’étaient pas toujours reconnus à Nouakchott. Cela a exigé beaucoup de courage et de détermination pour m’imposer dans le paysage musical mauritanien. Je tiens à exprimer ma gratitude à mon ami Monza, qui m’a toujours soutenu et tendu la main quand j’en avais besoin. Son soutien a été essentiel.

Le troisième moment fort que je souhaite mettre en avant a été la rencontre avec mon public lors de la tournée des vacances de 2009. Cette tournée a été inoubliable pour moi, car elle m’a permis de connecter directement avec mes fans et de ressentir leur enthousiasme et leur soutien de manière tangible.

Ces moments forts ont contribué à façonner ma carrière et à renforcer ma détermination à poursuivre ma passion pour la musique. Chacun d’entre eux représente une étape importante de mon parcours, et je suis reconnaissant envers tous ceux qui m’ont soutenu tout au long de cette aventure musicale. »

● Question 4 : le Rap rime souvent avec éveil de consciences sur des problématiques sociales ou politiques, en Mauritanie et dans la communauté soninké, ce rôle est-il suffisamment porté ?

PHC : Le Rap a toujours été associé à un rôle d’éveil des consciences, que ce soit sur des problématiques sociales ou politiques. Cependant, il est indéniable que l’évolution du Rap au fil des années a conduit à des changements dans la manière dont ces messages sont véhiculés.

Aujourd’hui, il est difficile de prétendre que le Rap rime fréquemment avec un éveil des consciences sur des problématiques sociales ou politiques, tant au niveau mondial que dans nos propres communautés. De nombreux rappeurs qui connaissent un succès commercial se concentrent davantage sur l’aspect divertissant de la musique, répondant ainsi à la demande d’un public qui recherche principalement de l’ambiance et de l’entertainment. Cette tendance peut parfois reléguer les messages sociaux et politiques au second plan.

Cependant, il est important de noter que certains artistes, y compris moi-même, demeurent attachés à la tradition du Rap conscient, porteur de messages forts. Nous croyons en la capacité du Rap à influencer positivement la société en abordant des questions importantes et en éveillant les consciences. Bien que cela puisse parfois signifier nager à contre-courant de la tendance générale, nous restons fidèles à notre engagement envers un Rap révolutionnaire et porteur de sens.

Il est essentiel de maintenir un équilibre entre l’art et le divertissement dans la musique Rap, et de reconnaître la diversité des voix et des approches au sein de cette communauté. Mon espoir est que le Rap continue d’évoluer en tant que moyen puissant d’expression et d’éveil des consciences, même dans un paysage musical en constante évolution. »

● Question 5 : Quel retour pouvez-vous faire sur votre engagement politique lors des élections générales en Mauritanie cette année ?

PHC : Mon engagement politique lors des élections générales en Mauritanie cette année a été plutôt inattendu et motivé par des circonstances particulières. En réalité, je n’ai pas envisagé une carrière politique à proprement parler. Pour être honnête, j’ai simplement choisi de mettre un pied dans l’arène politique pour mieux comprendre ce monde et sentir l’odeur de la politique, comme on dit.

Ma participation s’est concrétisée lorsque j’ai apporté mon soutien à mon grand frère, l’honorable député Balla Touré. Cependant, lorsque le moment est venu de désigner un candidat pour représenter la coalition Espoir Mauritanie dans la diaspora, la situation s’est complexifiée. Conformément à la législation électorale, il était convenu que si le candidat était de la communauté peulh, son suppléant devait être de la communauté soninké ou wolof, voire hassania, de préférence une femme. Par conséquent, la décision a été prise en faveur d’un candidat soninké.

Face à l’absence de femmes soninkés pour occuper cette position, et devant la difficulté de trouver un homme soninké disponible, l’équipe a finalement porté son attention sur moi. C’était une situation à laquelle nous étions confrontés, et il n’y avait pas d’autre alternative que d’accepter cette responsabilité.

Mon engagement politique, bien que survenu par défaut, m’a permis de voir de plus près les enjeux et les défis du processus électoral en Mauritanie. Cela a été une expérience instructive, et je reste ouvert à de nouvelles opportunités pour contribuer positivement à la vie politique et sociale de mon pays à l’avenir.

● Question 6 : dans la communauté soninké, une certaine jeunesse est très attirée par le champ du Rap, étant expérimenté du milieu, quels conseils et alertes pouvez-vous émettre à propos ?

PHC : Il est vrai que le Rap peut être une source d’attraction puissante pour la jeunesse, y compris au sein de la communauté soninké. Ayant moi-même une expérience dans ce domaine, j’aimerais partager quelques conseils et mises en garde à l’attention des jeunes qui souhaitent se lancer dans le Rap.

Tout d’abord, il est important de comprendre que le Rap a des racines historiques qui peuvent être associées à des contextes urbains difficiles et à la culture « gangster ». Cependant, le Rap est avant tout un moyen d’expression artistique, et il ne faut pas confondre le style musical avec des comportements délictueux. Le succès dans le Rap repose souvent sur la discipline, la créativité et le travail acharné.

✍️🏿Entretien réalisé par KS pour le BLOG

● Le Panafricanisme dévoyé | Par le journaliste Seyré SIDIBE [OndeInfo]

Onde Info – Le Panafricanisme, je connaissais déjà le concept que j’ai découvert sur les bancs du lycée – il y a une trentaine d’années -, à travers un cours initiation à la littérature Négro-africaine, et plus exactement sur ce qu’ on appelait une déclinaison littéraire du panafricanisme : la Négritude.

A cette époque-là, la culture n’est pas démocratique. Elle était élitiste soit l’apanage de ceux qui avaient l’audace d’ouvrir un livre pour le lire mais surtout le comprendre et en saisir la substance.

Ainsi, l’on échappait à la déferlante actuelle de la culture des mass-média caractérisée par une surabondance de l’information ayant pour corollaire l’émergence d’une nouvelle » race d’intellectuels » qui s’improvisent en leaders, et qui croient tout savoir sur la base d’une culture de masse acquise sans effort et sans surpassement de soi.

Le Panafricanisme, ces dernières années on en parle tellement que je me suis demandé si le concept ne venait pas de naître. Il inonde aujourd’hui les réseaux sociaux, il est mis en relief dans les discours politiques, si bien que certains vont jusqu’en faire un mode de gouvernance.

Le Panafricanisme ne peut être porté par un féodal ou un esclavagiste

Selon Wikipedia » Le panafricanisme est à la fois une vision sociale, économique, culturelle et politique d’émancipation des Africains et un mouvement qui vise à unifier les Africains du continent et de la diaspora africaine en une communauté africaine mondiale ».

Cette définition a le mérite d’être claire en ce sens qu’elle met l’accent sur l’UNITE, LA SOLIDARITE et l’ÉMANCIPATION des Africains et de la Diaspora au coeur de son projet sur fond de la recherche de la DIGNITÉ Africaine.

Que dire de ses origines ?

Le Panafricanisme est né dans les Caraïbes au XIXe siècle, dans le contexte du processus d’abolition de l’esclavage.

Dès lors, il est avant tout question de dignité Africaine et Noire du fait que ces derniers ont souffert de toutes les formes d’exploitation et de pratiques abominables : la traite négrière, la colonisation et le néocolonialisme etc.

Partant de ce qui précède, il est illusoire de voir un Africain qui lui-même afflige l’indignité à son semblable adhérer au panafricanisme. Ce serait rien de plus qu’ une trahison de cette cause noble et louable.

Dans quelle mesure peut-on réclamer à cor et à cri la libération du continent Africain et la DIGNITÉ de l’homme Africain alors qu’on pose les mêmes actes que l’impérialiste étranger ?

Ce panafricanisme par hypocrisie ou par manque de consistance et de coherence est le début de l’errance et du dévoiement du Panafricanisme.

Cette nouvelle clientèle qui entend porter la lutte si noble des pères fondateurs du Panafricanisme est fondamentalement nuisible et compromettante voire encombrante pour défendre les idéaux du Panafricanisme.

Elle porte la trahison et la compromission comme étendard en hypothèquant le vrai panafricanisme qui est avant tout basé sur la promotion de la DIGNITÉ de l’homme Noir, la véritable fraternité Africaine qui suppose qu’un Africain ne peut réduire en esclavage un autre ou même le considérer comme tel.

Portrait croisé : féodal et impérialiste étranger

ine fine, le féodal qui prétend être panafricaniste alors qu’ il se glorifie d’être propriétaire d’esclaves parmi ses « frères Noirs » qu’il considère comme des sous hommes, impurs et issus de la mauvaise graine est pire que l’envahisseur étranger.

L’impérialisme porte le même visage qu’il soit étranger, Blanc, Arabe ou Noirs, il est suprématiste , il exploite à merci les dominés réduits au statut de sujets et de « non personne » et perpétue la même culture hégémonique et raciste.

L’impérialiste étranger tout comme l’impérialiste local est attaché à une idée de grandeur et de noblesse qui lui donne le droit d’exploiter, d’humilier en établissant une échelle des valeurs qui le place au sommet : la référence en toute chose.

D’ailleurs, la raison et la justesse se trouvent du côté de l’impérialiste étranger qui vient chasser, prouver sa noblesse et sa grandeur sur d’autres terres pour agrandir son espace vital, son pouvoir et à la recherche de l’exotisme etc.

Comme dit l’adage, c’est l’hôpital qui se moque de la charité. Peu importe la couleur de la main qui m’inflige une gifle sur la joue – Blanche ou Noire – , moi je ressens la même douleur. Et D’ailleurs, la forfaiture fait plus mal lorsqu’ elle vient de l’intérieur, de « nous-mêmes ».

Le Panafricanisme n’est pas la haine de la France ou de l’Occident

A tous les panafricanistes, le vrai panafricanisme n’est pas porteur de haine. Il n’est pas revanchard mais s’évertue à stimuler le décollage et le delic de l’Africain par des valeurs qui le libère lui-même en vue de se libérer de la domination étrangère.

Le Panafricanisme c’est pour moi, une disposition d’esprit à accepter son frère Africain. Ce qui se traduit par le respect mutuel, la considération et la volonté de coopération et de solidarité intra-africain.

Le Panafricanisme ne peut être la négation de l’Africain par l’Africain. L’humiliation du Noir par le Noir.

A contrario, le Noir doit être le remède du Noir et même son rédempteur. Le combat du panafricanisme n’est pas populiste. Il ne peut tomber dans la bassesse : l’injure, les insanités ou encore des slogans du type mort à la France.

Dans cette optique, le panafricanisme tombe dans la facilité en laissant de côté son objet : l’homme Noir ou Africain. Chercher d’abord à assainir la culture Africaine qui a besoin d’être dépoussiérée de plusieurs tares sociales : orgueil, esclavage intra-africain, féodalité, esprit de caste etc.

Que nos panafricanistes eux-mêmes réussissent à s’émanciper de ces fléaux en changeant de cible et d’ennemis. Notre mal, c’est nous-mêmes, c’est notre incapacité à nous entendre, à nous accepter, à nous honorer mais surtout à nous RESPECTER .

En définitive, je suis pour un panafricanisme respectueux des Africains entre eux. Un Panafricanisme qui combat le verbe être « Je suis » trop exubérant, vaniteux et égoïste pour lui substituer le « Nous sommes » plus rassembleur et plus humble capable d’aller défendre la dignité et l’émancipation de l’homme Noir après avoir lui-même balayé devant sa propre cour.

Seyré SIDIBE

©️ Source en lien https://cridem.org/C_Info.php?article=768547

● Revue d’Histoire | Haïti 🇭🇹, une terre guignarde ?

Blotti au cœur des caraïbes dans l’île d’Hispaniola qu’il partage avec la République Dominicaine, le territoire haïtien abrite environ 11 millions 500 milles d’âmes. Considérée comme la première République Afro du monde en accédant à l’indépendance en 1804 après une vaillante révolution face à l’ordre colonial français qui dominait. Et après on a l’impression que tout s’arrête de reluisant pour ce pays à ce passé de terre libérée avec bravoure. Aujourd’hui une présentation d’une communication de la Banque Mondiale l’affiche ainsi « Haïti reste le pays le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2021, Haïti avait un coefficient GNI par habitant de 1 420 $ US, le plus bas de la région ALC, qui était en moyenne de 15 092 $ US » https://www.banquemondiale.org/fr/country/haiti/overview#:~:text=Ha%C3%AFti%20reste%20le%20pays%20le,moyenne%20de%2015%20092%20%24%20US.
Comparativement son voisin Dominicain territorialement siamois est au top en matière de développement multidimensionnel. Ainsi on s’interroge si la baraka divine ne s’arrêtait pas « malignement » à la frontière. Haïti du chef militaire révolutionnaire Toussaint Louverture porte-t-il un destin guignard ? Cet État symbole d’un certain patronage originel de la révolte libératrice afro-africaine dans le monde, peine à retrouver la lumière existentielle socialement, politiquement et économiquement. Et pourtant il y’a une élite prolifique haïtienne qui essaime parmi le monde diasporique. À l’intérieur le territoire est sujet à diverses calamités sous l’effet de la nature (ouragans, tremblements de terre, épidémies…) et des frictions sociales et politiques (violences urbaines, gangsters, violences politiques…). Au cours de la période récente, 2 événements choc peuvent être illustratifs de cette triste réalité. En 2010, un violent séisme secoue le territoire causant plus de 250 000 morts et le cliché de la bâtisse du palais présidentiel (construit du XXe siècle) en ruines marque les esprits. Et la partie Dominicaine de l’île en sort quasiment indemne, à lire https://www.lechotouristique.com/article/le-seisme-en-haiti-epargne-la-republique-domicaine,19346. Le 7 juillet 2021 en pleine nuit, le président Jovenel Moïse à 53 ans, a été assassiné dans sa demeure par dit-on des bandes armées surgies de nulle part. Ici un affreux exemple d’un pays anormal et en vrille gravement, on tue un président élu dans pareilles circonstances comme s’il était un chef dealer narcotrafiquant. Par les temps qui courent, l’actualité bouillonnante voire brûlante dans le pays a comme centre de gravité; la criminalité organisée sous la coupe réglée de bandes armées profitant de l’absence d’un ordre étatique sérieux. Ainsi la chienlit règne et les populations subissent…sans lueur d’espoir. Malheurs sur malheurs, comme une fatalité guignarde qu’on ne peut jamais exorciser…! Quelle tristesse !

✍️🏿KS pour le BLOG

● NOUS TENIR ÉVEILLÉS, par Felwine Sarr [Jotna Média]



Le président de la République du Sénégal avait promis de réduire son opposition politique à sa plus simple expression. Le ministre de l’Intérieur, en publiant le 31 juillet 2023 un décret signé par sa main et dissolvant le Pastef ; et le doyen des juges en mettant le leader de cette formation politique en prison, viennent au nom de la République d’accomplir formellement ce dessein. En agissant ainsi, le gouvernement du Sénégal a porté un grand coup à la démocratie sénégalaise. Fille d’une longue et lente construction faite de soubresauts, d’épreuves et de luttes, les beaux jours de la démocratie sénégalaise, dans sa réalité substantielle, auront vécu. Pas qu’elle fut sans défaut ; elle avait ses limites et ses dimensions à parfaire, mais l’essentiel était préservé, c’est-à-dire, le refus de l’arbitraire le plus absolu et la possibilité pour les citoyennes et citoyens de coconstruire le destin collectif de la nation. L’horizon demeurait ouvert avec ses chantiers en perspective. Nous allions aux urnes, votions en paix et choisissions nos représentants. Les dernières interdictions de partis politiques dans notre histoire politique datent des années 1960 ; celle du Parti Africain de l’Indépendance (PAI) en 1960 sous le régime de Senghor ; celles du Bloc des Masses Sénégalaises (BMS) en 1963 et du Front National Sénégalais (FNS) de Cheikh Anta Diop en 1964, dans une époque et un contexte politique différents. Depuis, nous avions fait du chemin pensions-nous ; multipartisme limité à trois courants en 1976, à quatre en 1978, intégral sous l’ère de Abdou Diouf ; environ 339 partis politiques enregistrés au total dont 151 durant cette dernière décennie ; une vie syndicale et associative, une liberté d’expression que l’on nous enviait dans la sous-région.

Le Sénégal a connu sous Senghor, Diouf et Wade des joutes politiques dures. Celles-ci furent verbales et parfois émaillées de violences. Maître Wade fut même accusé du meurtre d’un juge, président du Conseil constitutionnel, Maître Babacar Sèye. Son parti politique ne fut pas pour autant dissous et interdit. Depuis l’ère senghorienne, nous ne connaissions plus cette forme de déni démocratique. Le sentiment qui nous habite est celui d’un retour à contretemps d’une histoire passée et d’une véritable régression démocratique.

Le parti qui vient d’être interdit est celui dont le message recueille l’adhésion de la majorité de la jeunesse sénégalaise (70 % de la population) des classes laborieuses et d’une masse silencieuse qui aspire à un profond changement de mode de gouvernance. C’est un fait simple, visible, indubitable ; une évidence que la bonne foi ne peut nier, que l’on adhère ou pas à la vision politique du Pastef, il suffit d’ouvrir les yeux. Dans quelle démocratie élimine-t-on formellement du jeu le parti le plus représentatif du moment ? Que fait-on de l’aspiration de centaines de milliers de personnes à une expression politique républicaine et à la participation aux décisions qui configurent leur destin ? Lui intime-t-on l’ordre de rentrer chez elle sagement, à cette aspiration ? Si elle ne peut s’exprimer démocratiquement, comment s’exprimera-t-elle ?

Depuis quelques temps, il ne reste de notre démocratie que l’élégance du terme et ses reflets de naguère. Elle est devenue une catégorie que l’on a inexorablement vidée de son sens véritable. La démocratie, plus qu’un régime politique est un état de la communauté politique. Est démocratique, une société fondée sur la Justice. Celle-ci est devenue sous nos cieux l’instrument d’une répression politique dirigée contre les opposants ou tout simplement contre ceux qui ont une position critique. L’appareil judiciaire a ces derniers temps abusé d’une rhétorique autour de la sûreté de l’État, du respect des Institutions, du maintien de l’ordre public, pour organiser la répression systématique des opposants, leur intimidation et leur emprisonnement ; ainsi que la mise sous silence des voix dissidentes et des esprits épris de justice. Il n’est nullement besoin de revenir sur les arguments kafkaïens parfois convoqués et les situations ubuesques créées pour arriver à cette fin. Dans ce pays, un opposant a été séquestré et son quartier barricadé par les forces de police pendant 55 jours sans aucune base légale ; ses partisans traqués, pourchassés et arrêtés sous nos regards médusés. C’est sous ce ciel que nous nous agitons. Les derniers évènements que nous avons vécus, nous ont appris que la vérité des faits et leur massivité, ne suffisaient hélas pas à tous nous édifier sur la texture de notre nouvelle réalité. Encore faut-il vouloir (pouvoir) les regarder en face, ces faits ; avoir le courage de les admettre, leur accorder le poids qui leur sied, être en mesure de dépasser ses propres biais et ses aveuglements ; entendre ce qu’ils nous disent, et pas seulement à l’oreille, mais à nos corps et à nos tripes, lorsqu’ils nous réveillent au milieu de la nuit.

La réalité nue est que nous vivons sous un régime qui piétine allègrement le droit auquel il est censé être soumis ; un régime qui ne respecte pas ceux des citoyens qui s’opposent à lui. Un État qui se dresse contre sa société, la violente et utilise la puissance publique pour préserver les intérêts d’une classe et ceux de ses propres clientèles. Sa Justice politique s’est octroyée un monopole de la qualification des faits, hors de tout contrôle du sens et de leur véracité. Elle peut décider sans avoir à s’en expliquer qu’un emoji, un article d’opinion, ou une phrase sortie de son contexte de performativité, est une menace à la sureté de l’État et déclencher ainsi l’appareil répressif et coercitif. L’État a ainsi créé des citoyens de différentes catégories. Ceux qui peuvent ouvertement et impunément appeler au meurtre sur les plateaux de télé et ceux qui pour un émoticône, un mot de travers, un post Facebook, une opinion critique, se retrouvent en prison ou en exil. Il suffit d’appartenir, ou de se faire identifier comme appartenant au bon ou au mauvais camp, pour que les jugements de cour vous fassent ange ou démon.

La question de fond qui se pose pour nos sociétés est celle d’un désir profond de justice sociale, d’équité, de rupture avec un pacte issu du temps colonial et ratifié par l’État postcolonial africain, qui consiste en une iniquité structurelle dans le partage du bien-être et des possibilités d’une vie décente. Pour cela, une gouvernance véritablement démocratique est le prérequis. Ce n’est pas seulement un désir de changement qui souffle au Sénégal et en Afrique de l’Ouest en général, mais un désir de révolution politique, sociale et économique ; c’est-à-dire de changement radical de paradigme du vivre-ensemble, des termes du contrat social, des conditions du partage de la prospérité et des fondements de notre communauté politique.

C’est cette aspiration que l’État néo-patrimonial et ses clientèles souhaitent briser parce que remettant en cause les privilèges de leur rente de situation. Le postulat d’un État tourné vers le bien-être du plus grand nombre échoue sous nos cieux sur la banquise de ses pratiques. L’État postcolonial est un appareil de commande et de contrôle qui prélève les ressources communes de la nation, les redistribue prioritairement à ses clientèles et laisse des miettes aux citoyens. Pour se préserver, il utilise la puissance publique et les institutions censées garantir la paix et l’équilibre contre les individus et concourt ainsi à produire de l’a-citoyenneté. Sa démarche consiste, durant ces jours pluvieux que nous vivons, à nous habituer à la petite oppression quotidienne, qui petit à petit enfle et devient grande. Des arrestations de militants, de journalistes, de voix critiques et leur emprisonnement. Un processus vertigineux de normalisation d’un État de non-droit et d’iniquité, dont le corollaire est l’accroissement de notre tolérance à l’arbitraire. Une fabrique progressive du consentement à l’oppression en repoussant chaque jour les limites de l’acceptable et en élimant notre capacité d’indignation.

Pour cela, il s’agit de miser sur la capacité d’accommodement naturelle des individus à toute situation, qui est un réflexe de survie ; mais aussi sur la peur, parfois la lâcheté, et surtout chez ceux qui n’adhèrent pas à un tel état de fait, sur un sentiment d’impuissance devant les évènements. Tout ceci nous obligeant à consentir et à nous associer à la ruine morale en cours, en faisant de nous les spectateurs passifs de l’injustice. Silence, on réprime, on emprisonne, on force à l’exil ! Surtout ne dites rien et détournez le regard. Les civilisations pourrissent par le cœur. Aucun combat pour le futur ne saurait faire l’impasse sur l’oppression présente.

C’est à cette nuit qu’il nous faut refuser de consentir. D’abord comprendre ce qui nous arrive. Un monde même affreux, lorsqu’on l’éclaire on le domine. Mener inlassablement la bataille du sens. Refuser les opérations de brouillage de celui-ci. La ruse de l’oppression est de nous amener au déni de sa réalité ; car il ne faut pas s’y méprendre, ce n’est pas seulement une formation politique et ses membres qui sont visés, mais l’idée que collectivement nous nous faisons de la liberté, de la dignité et de la justice ainsi que notre idéal d’une communauté juste qui sont sous assaut. Au préalable, nos corps furent vulnérabilisés afin de les rendre plus facilement capturables pour tenter d’y éteindre la flamme de l’esprit et la conscience de notre inaliénable dignité.

Il nous faut continuer à nommer les choses, leur abjection, et nous dresser lorsqu’apparait leur visage inacceptable. En attendant, garder l’espoir en lieu sûr et raviver la lumière qui nous anime. Cette saison que nous traversons prendra fin. Maintenir allumé le point d’or de notre courage et de notre refus de la nuit. La bataille qu’il faudra mener quand cette saison sèche de la démocratie sera passée, est celle de la refondation de nos institutions. Elle est impérieuse. Repérer ce qui les a rendus corruptibles et y remédier radicalement.

Récemment le traitement particulier d’une région du pays, la Casamance, doit nous alerter. Voici une région qui fut pendant des semaines sous embargo, ses voies de communication obstruées (bateau arrêté, routes nationales fermées à certaines heures, trafic des bus Dakar Dem Dikk réduit) parce qu’elle est acquise au leader du Pastef. Pendant presque 40 ans, une rébellion s’y est faite jour, avec comme revendication, l’indépendance. L’un des ressorts de cette demande fut le manque de reconnaissance ressenti par une frange de sa population, comme pleinement appartenant à la communauté nationale sénégalaise. A cette demande de reconnaissance, nous devons collectivement répondre en consolidant le sentiment et la réalité de l’appartenance symbolique, effective, affective et pratique de la Casamance à la communauté nationale. Ces actes ont pour effet de cisailler à nouveau le pacte national et républicain et de raviver une plaie qui a du mal à cicatriser. Les évènements récents en Casamance de jeunes encore tués par balles, et le tribut particulier que paye cette région du pays à cette crise, sont inacceptables. La responsabilité du régime actuel est de ne pas nous entrainer dans une aventure dont nous mettrons des décennies à nous relever.

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