Cridem – L’érudit mauritanien Oustaz Amadou Yéro Kidé est décédé samedi 12 novembre, à Nouakchott, a annoncé sa famille, à la suite d’une crise cardiaque, à l’âge de 80 ans.
Originaire de Niabina, dans le sud de la Mauritanie, Oustaz Amadou Yéro Kidé est l’un des savants les plus célèbres et respectés de son pays. Ancien membre du Haut Conseil Islamique, il était un théologien, un prédicateur et un conférencier.
Ancien président de la Cour d’Appel de Nouakchott, Oustaz Amadou Yéro Kidé était membre de l’Association des Oulémas de Mauritanie.
Il était également du Comité interministériel chargé de la gestion et du suivi de la lutte contre la pandémie du Covid-19.
Le journaliste mauritanien Dieh Mokhtar Cheikh Saad Bouh dit Cheikh Aïdara a remporté le 2e prix de la 7e édition du concours d’excellence en production médiatique sur les Droits en Santé Sexuelle et Reproductive/Planification Familiale (DSSR/PF) dans la catégorie presse en ligne et blog grâce à son article intitulé «Les femmes nomades de Mauritanie : des milliers de laissées pour compte dans l’accès aux services de santé sexuelle reproductive et à la contraception », publié dans aidara.mondoblog.org.
Les autres lauréats viennent du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Niger et du Togo. «Les lauréats des premiers prix de chaque catégorie recevront une somme d’un million (1.000.000) de FCFA et seront invités à la cérémonie de remise des prix. Les seconds, quant à eux, recevront chacun une somme de cinq cent mille (500.000) FCFA», indique dans un communiqué l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou organisateur du concours en collaboration avec Population Council.
Les prix seront décernés lors d’une cérémonie officielle à la 11ème Réunion Annuelle du Partenariat de Ouagadougou qui se tiendra à Niamey au Niger.
Journaliste à L’Authentique, Cheikh Aïdara est passionné des sujets relatifs aux questions de développement, notamment la santé maternelle, santé reproductive, planification familiale, mais aussi les questions liées à l’exploitation au travail.
Il est, par ailleurs, consultant externe pour le Fonds des Nations Unies pour la Population et le Bureau International du Travail.
Membre du Bureau exécutif du Réseau des journalistes africains en Santé, Population et Développement, Cheikh Aïdara est également président de l’Association des journalistes mauritaniens en santé et nutrition et le chargé de communication du Réseau SUN Mauritanie.
L’idée de se demander qu’est-ce que la politique ou un acte politique est important. Dans la littérature gréco-romaine que nous avons appris de l’école occidentale : « La politique est la manière de gérer les affaires de la cité ». Une définition assez simple pour débuter une dissertation de philosophie sur le thème de la politique.
Or, la réalité nous pousse à dire que la notion de politique a beaucoup évolué. La politique – à mon sens- est la gestion de l’ensemble des capitaux possible au sein d’une configuration géopolitique et géostratégique. Dans cette configuration se trouvent des groupes sociolinguistiques à part entière pour le cas de la Mauritanie. L’ensemble des capitaux sont entre autres le capital humain, le capital économique, le capital écologique…
La politique s’exerce alors au sein d’une nation avec un système politique. Ainsi, le système politique comprend l’ensemble des acteurs politiques, les institutions et l’organisation sociale – que j’indexais dans un autre poste sur le cas mauritanien. Il y’a alors les tenants des pouvoirs publics, les opposants du système, les opposants au système et le peuple qui ne forme un bloc homogène que dans l’idéal.
Les opposants du système reproduisent les mêmes mécanismes pour la conquête du pouvoir politique. Les opposants au système, les perles rares, ne sont pas forcément dans des partis politiques. Ils sont aussi dans la société civile, les ONG. Leur rôle est de servir de garde-fous face au plus froid des monstres, l’Etat, pour rappeler Gramsci. Un système politique choisira toujours ceux qui sont conformes à sa survie, pas les plus doués.
De même, un système politique à ses opposants comme ses partisans. Le deuxième point vous semble plus logique dans cette phrase. Le premier l’est tout aussi.
A fortiori un.e opposant.e qui tronque sa conscience, pour un bien ou un service par rapport à l’État qui n’a d’aspiration que sa survie, devient non pas un valet de ce système mais un « toutou » ; ce qui est pire que la « servitude ».
Il est naturel d’avoir des aspirations politiques. Cependant, elles doivent répondre à la feuille de route du parti politique auquel l’on appartient. La politique est alors un jeu qui a ses règles. Elle prend en compte les réalités du terrain, mais ne doit en aucun cas être le lieu de confrontation des égos mais des programmes politiques avec des citoyennes et citoyens dont la compétence et la clairvoyance ne sont inconnus de personnes.
Le couple dont le mariage a été annulé n’est qu’une goutte d’eau dans l’eau.
En milieu peul, c’est une pratique bien courante à tel point qu’il y a plusieurs adages incitant l’individu à rester dans sa caste : « La vache doit être comme les autres vaches », « Le lézard avec le lézard, le varan avec le varan », « La gazelle ne saute pas et son enfant passe par en dessous »…
La liste est longue. La société maure a hérité de l’esprit des castes des noirs et le cas entre cette femme chérifienne et ce garçon griot existe bel et bien chez les noirs non arabes (peuls, soninkés, wolofs…). Donc c’est un problème de castes qui touche toutes les communautés.
Il y a quelques jours je retirais symboliquement mon nom de famille des réseaux sociaux. Ça change un peu l’attitude de certains amis virtuels. On me demande un peu moins mon village, un peu plus ma famille, on ne me confond plus avec le maire de ma commune, on rentre plus rapidement dans le vif du sujet, la discussion est plus citoyenne…
Il y aura toujours avantages et inconvénients à masquer son nom pour ne pas être catalogué féodal ou susciter, par jeu, la curiosité d’un visiteur de mon espace virtuel. La tradition africaine numérisée exige de bien recevoir ces tisseurs de toiles d’araignées.
Revenons à ce couple dont le bonheur fut de très courte durée. Mon avis? ils sauront se retrouver à Marrakech ou Dakar et la naissance d’un enfant, fruit de leur amour interdit, amènera la belle-famille à mieux respecter le gendre. Ils se transformeront eux-mêmes en ses griots. Car ils connaissent la vraie histoire des iguiw. Ce sont, pour la plupart, d’anciens guerriers amazighs (berbères), redoutables, vaincus par les beni hassan. Ils furent interdits de porter des armes et obligés à chanter les gloires du vainqueur. Avant l’ultime défaite militaire, la bataille de trop, ils étaient libres comme le vent et n’étaient pas des laudateurs. L’histoire de leur peuple brille et scintille. Oui, donner mon avis sur cette affaire n’était qu’un prétexte pour faire le griot de ces griots anciens généraux, conquérants de Marrakech et de l’Andalousie.
Dans l’immédiat, les lois de l’islam concernant les droits de la femme devraient fondre devant le droit international vu que le pays a ratifié pas mal de conventions et de traités très favorables à la femme. Mais il y a un pouvoir religieux qui tente de durcir la charia même quand elle est incompatible avec le droit international.
Comment tolérer qu’ au 3ème millénaire des femmes aient des tuteurs, dont l’absence peut annuler un mariage? C’est, parait-il, le faux alibi pour empêcher la dame de vivre avec l’homme de sa vie.
Est-ce normal que nos femmes soient emprisonnées dans leurs foyers sachant que seuls les hommes peuvent libérer leurs cous?
L’expression montre le caractère esclavagiste du mariage rompu uniquement par l’homme en enlevant la corde au cou de la pauvre mariée. Non! Chacun des deux partenaires doit pouvoir mettre fin à la relation.
Les femmes peuvent être bastonnées par leurs maris. On ne peut pas flirter entre des lois très rigides et la déclaration universelle des droits de l’homme. L’incompatibilité est manifeste et le monde musulman adapte ses lois en perpétuelle mutation pour épouser des réalités humaines très glissantes. Certains pays, comme la Mauritanie, le font par peur de sanctions internationales, d’autres n’ont jamais coupé de mains ni de têtes d’ailleurs.
En Mauritanie, des pseudo-guides injectent le venin de la division par les ethnies et les castes pour maintenir sous contrôle la population. Au profit de qui? De la junte ! Voilà pourquoi aucun général ne tente d’établir un État de droit.
Bien sûr, il ne faut pas tout imputer aux religions. Le supplice du pagne blanc, l’excision, l’abandon des épouses et bien d’autres dérives sont sociétales.
Il y a de cela quelques années, l’idée d’ouvrir un nouveau thème de recherche sur la contribution des femmes mauritaniennes aux luttes politiques et sociales des dominés au sens large, m’a semblé essentielle. Cette idée n’est pas tombée du ciel. Elle est venue à moi d’abord parce qu’au cours de mes années de thèse, j’ai rencontré majoritairement des hommes qui ont bien voulu me livrer leurs témoignages. Très peu de femmes (en dehors de l’association des veuves à Nouakchott). A chaque fois que j’ai posé la question du rôle joué par les femmes (épouses en particulier) des victimes du régime militaire, leur présence active mais bien souvent discrète dans les luttes des années 1960 à 1990, a systématiquement été signalée et soulignée. Mais sur les photos et dans la littérature grise, cette place a été réduite à une portion congrue. J’ai donc décidé de contacter des femmes en France et en Mauritanie en leur expliquant que je souhaitais écrire un article sur leur participation/contribution passée et présente à des combats dont les figures connues sont des hommes. Il s’agissait aussi de dire les mémoires féminines des luttes sociales et politiques. J’ai dû me résoudre à ne rien écrire puisqu’elles n’étaient visiblement pas attirées par ce projet. Vendredi 29 octobre 2022, à l’occasion de la projection d’un film sur une partie de l’histoire politique de la Mauritanie, un témoignage indiquant un détail (une femme a dactylographié le Manifeste du négro-mauritanien opprimé en toute clandestinité) a réveillé ce besoin de rouvrir un projet abandonné. Ce témoignage s’ajoute à un autre que j’ai conservé : « lorsque nous étions en prison, nos épouses ont remué ciel et terre pour nous faire libérer, elles ont mobilisé les ressources dont elles disposaient » . Pour l’époque, écrire dans la clandestinité et se mobiliser physiquement n’étaient pas des choses banales. Mais il est certain que ces femmes ont fait davantage. Pourquoi sont-elles donc les grandes absentes? Ont-elles été invisibilisées ou ont-elles choisi l’invisibilité?
L’histoire récente de la Mauritanie a vu de nombreuses femmes occuper le devant de la scène. Je pense à l’association des femmes chefs de familles, celles d’IRA et encore plus récemment, celles d’OLAN (et d’autres encore qui me pardonneront de ne pas les citer). Dans la conception comme dans l’exécution des « opérations », elles ont joué un rôle capital. Qu’est-ce qui a changé depuis une vingtaine d’années et pourquoi, malgré tout, sont-elles encore si invisibles ?
Pendant longtemps, appartenir à une même communauté linguistique, parler la même langue, était une raison suffisante pour défendre de facto, les mêmes intérêts et partant appartenir à un même « empire ». C’était s’inscrire dans une même communauté des destins. En effet, la langue était un lien fort qui transcendait les marigots, les rivières, les fleuves, les montagnes, les dunes et même les océans pour fédérer, rassembler des locuteurs venus de partout et de nulle part.
Dans une échelle plus grande, la francophonie est devenue une véritable cacophonie pour certains,- ils ne s’y retrouvent pas – et se sentent plus liés à des lusophones, anglophones ou arabophones par le fait qu’ils ont en commun les mêmes problèmes existentiels.
Parler la même langue était source de rapprochement, de complicité et de confiance mutuelle ; si bien que les locuteurs d’une même langue partageaient les mêmes croyances et préjugés, des normes et références communes : ce qui était suffisant pour qu’ils s’unissent pour le meilleur et pour le pire.
La langue était ainsi l’un des critères de classification les plus déterminants comme la tribu, dans certains pays du monde, qui représente la référence Absolue, et dont la prééminence et la stature vont jusqu’à concurrencer, la nationalité ainsi que l’Etat et ses symboles.
Cette fracture est également observée dans la religion qui a montré ses limites : prier dans la même mosquée, fréquenter la même synagogue ou la même paroisse ne suffissent plus pour créer les conditions d’une alliance qui garantit la paix et la cohésion sociales.
Désormais, seule la condition sociale s’impose comme l’élément fédérateur le plus pertinent capable de créer des liens sincères et francs entre les humains : plus fraternels que les rapports sociaux et communautaires classiques basés sur la race, la langue, la tribu, l’appartenance géographique ou culturelle.
L’injustice, la discrimination, la marginalisation, l’exclusion créent ainsi des dynamiques sociales, « une supra classe sociale » portée par des réalités et contextes socio-politiques, économiques et culturelles spécifiques : des nouvelles alliances. Il en est de même pour une position sociale avantageuse et confortable qui rassemble des individus autour des mêmes intérêts et se moque de leurs appartenances diverses et spécifiques.
Dès lors, s’investir à défendre une langue, même de surcroit maternelle est certes une démarche identitaire et naturelle, mais elle ne peut garantir l’émancipation et l’égale dignité de toute la communauté linguistique et ethnique – les inégalités sociales mises « en jachère » referont surface une fois le but atteint- ; on combat une injustice venue du dehors et on camoufle et maintien celle de l’intérieur.
La langue est certes un facteur d’unité mais une unité de façade. Elle n’est pas toujours égalitaire pour tout le monde. Ses voyelles et consommes n’ont pas les mêmes longueurs et les mêmes largeurs pour tous les locuteurs, sa musicalité sonne différemment, selon les locuteurs : les intérêts sont divergents selon les classes.
En revanche, la condition sociale crée une ferveur et une rencontre heureuse entre des « victimes » de tous bords unies par l’instinct de survie pour former une communauté hétérogène du fait de la diversité des provenances et origines pour « fraterniser ensemble » autour d’un même destin, souvent implacable. Ce lien est plus fort que la parenté, la famille et la langue ou encore les classifications sociales traditionnelles et statiques.
La langue surtout lorsqu’elle fait référence à une « communauté ethnique » a cessé d’être un critère déterminant et identitaire pour unir des individus par ce que conjuguant seulement le même verbe. En effet, elle n’exprime pas toujours la même sagesse et la même fierté de s’y identifier pour tous les membres de la communauté linguistique.
En définitive, seule la condition sociale compte. Elle transcende et bouscule les liens et alliances traditionnels basés sur la langue ; par le fait qu’elle est partagée et commune à des millions et de milliers de personnes qui ne se connaissent forcement pas, ne se sont jamais rencontrées, mais liées par le besoin de s’affranchir, de s’émanciper d’une situation qui les broie, leur ampute une partie de leur dignité et de leur humanité.
Il faut donc compter avec cette nouvelle classe, une alliance nouvelle dynamique, ouverte, supranationale et mondiale née de l’expérience et du vécu pour défendre le même idéal et des intérêts Existentiels quasi identiques.
Cridem Culture – La 8e édition du Galsen HIP HOP Awards s’est déroulée ce samedi 5 novembre, au Théâtre Daniel Sorano de Dakar, dans la capitale sénégalaise. L’artiste mauritanien Adviser a reçu le trophée le trophée du «Meilleur artiste africain 2022» lors du Galsen HIP HOP Awards.
Pour rappel, le rappeur mauritanien était en compétition avec Kaligraph Jones (Kenya), Didi B (Côte d’Ivoire), Iba One (Mali), Ish Kevin (Rwanda), Djiani Alpha (Guinée Conakry) et Young Lunya (Tanzanie).
Adviser a été plébiscité pour sa chanson «Volume». Sortie en juillet 2021, elle a connu un succès fou en dehors de la Mauritanie.
Essahraa – Le dossier de notre client « est cliniquement, légalement et judiciairement mort », a affirmé ce jeudi 3 novembre courant, le coordinateur du collectif de défense de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz Me Mohameden Ould Icheddou.
La « mort clinique » du dossier est dû au fait qu’il avait été édifié sur du faux, a-t-il ajouté, disant que l’accusation avait été prononcée sur la base du rapport de la commission parlementaire, qui a été créée « en violation du texte constitutionnel », a précisé l’avocat.
Me Ould Icheddou a fait ces déclarations au cours d’une conférence de presse tenue par le collectif de défense de l’ex Chef de l’Etat, qui se trouve actuellement hors du pays
Dans cette interview, ondeinfo a donné l’opportunité à M. Gaye TRAORE, président de Ganbanaxu fedde, de passage à Nouakchott, d’édifier « les communautés Soninké » du monde et même au-delà, sur le combat que mène son mouvement depuis maintenant 5 ans, dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest, principalement, – Mauritanie, Mali, Sénégal, Gambie – à travers la diaspora et les réseaux sociaux. Ce mouvement réformateur que d’aucuns appellent révolutionnaire s’attaque aux idées iconoclastes et fait de la lutte contre l’esclavage par ascendance, sous toutes ses manifestations en milieu Soninké, l’une de ses priorités. Pour Gaye TRAORE, le combat de Ganbanaxu est aussi une question de défense de droit humain, en harmonie avec les lois de la république Islamique de Mauritanie où l’esclavage est criminalisé. Ainsi, c’est avec beaucoup de sérénité, de conviction et d’éloquence que M. TRAORE s’est prêté à nos questions.
M. Gaye Tene Traoré : Bonjour ! Ganbanaaxu Fedde sous le format forum initié par mes soins étant à l’époque secrétaire général d’Armepes-France (Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de la Pratique de l’Esclavage et ses Séquelles) créée en 2010, a été lancé le 5 octobre 2016 comme un espace d’échanges et de sensibilisation sur l’application WhatsApp. Aujourd’hui, c’est une mouvance anti-esclavagiste transnationale à travers l’ensemble communautaire sooninké et au-delà. Il y a plusieurs entités associatives qui la composent sous différentes dénominations d’un pays à l’autre. Côté mauritanien, l’alliance structurelle Ganbanaaxu est composée d’Amees, d’Uvds, d’Armepes-France et de l’association Ganbanaaxu Fedde RIM. Par ailleurs, sous le vocable Ganbanaaxu, il faut y compter une assise ingénieuse d’une composante sociale naissante qui prend corps peu à peu, dont le credo est l’effectivité d’une Fraternité Réelle et d’une Égalité Sociale et citoyenne.
• Le mouvement Ganbanaxu est souvent accusé à tort ou à raison, d’être extrémiste, d’avoir mal posé la question de la lutte contre l’esclavage coutumier. Que répondez-vous ?
Je dirais, c’est un mauvais procès dégainé par certains détracteurs de notre Cause humaniste qui font de la fuite en avant. La perfection est de l’ordre du Divin, nous ne sommes extrémistes en rien du tout. Nous avons posé un débat autour d’une problématique très taboue jusque-là ; et les tensions ont surgi par les réactions acerbes venant des milieux réactionnaires dans le déni.
Certains de leurs extrémistes ont constitué de groupes WhatsApp comme « Démocratia-Islamique», « Tunkalenmu mbafade Daxa », « fans donald trump » et d’autres pour se soutenir et en faisant de l’apologie de cet esclavage par ascendance et des contre-campagnes anti-reformes dans la société sooninké. Nous avons toujours articulé nos mobilisations militantes autour du droit et des textes constitutionnels dans nos pays. Nous demandons une égalité sociale et citoyenne et refusons les discriminations liées aux coutumes féodalo-esclavagistes. Un projet pareil va heurter les mentalités moyenâgeuses qui n’admettent pas une communauté sans les hiérarchies sociales humiliantes.
• Quel bilan faites-vous de la lutte contre l’esclavage coutumier, que d’aucuns appellent féodalité en milieu Soninké ?
L’esclavage par ascendance serait le terme adéquat pour ressortir le fond de la réalité. Le caractère tabou a été dégoupillé à jamais et la prise de conscience massive est irréversible aujourd’hui. Le langage apologétique de l’esclavage n’est plus normalisé comme avant. Et toute la communauté sooninké dans son ensemble est interpellée sur la problématique et il nous faut ensemble définir un cap d’un nouveau Vivre-ensemble selon l’ordre citoyen et l’égale dignité entre tous ses membres. Un défi à toutes les voix progressistes, je rappelle que des réformes sont nécessaires pour un nouveau pacte social en phase avec notre époque.
• L’esclavage est un crime en Mauritanie, quels rapports entretenez-vous avec les autorités Mauritaniennes ? Le mouvement Ganbanaxu est-il consulté ou associé à la lutte contre ce fléau ?
La Mauritanie est bien dotée d’un arsenal juridique concernant cette problématique d’esclavage, je dirais que l’esclavage par ascendance n’est pas bien pris en compte dans sa spécificité. Il en faut davantage à ce niveau pour couvrir avec pertinence les manifestations sociétales de l’esclavage par ascendance ancré socialement dans nos différentes communautés.
Nos contacts restent timides avec les pouvoirs publics et nous continuons notre plaidoyer pour expliciter et exposer le fond sérieux de notre engagement dans le sillage global de la société civile droit-de-lhommiste en Mauritanie.
Au cours de cette année, le discours de Ouadane du président de la République son excellence M. Mohamed Ould CheikhEl Ghazouani et celui du président de l’Assemblée Nationale Cheikh Ould Baya indexant les préjugés ou autres stigmatisations liés à une certaine hiérarchisation sociale, nous y avons trouvé de données similaires aux objectifs de notre engagement.
• A l’heure actuelle, n’est-il pas temps que les Soninkés se réconcilient entre eux ?
La paix a un prix, le mouvement Ganbanaxu est-il prêt à négocier, auquel cas à faire des concessions et des compromis ?
La paix, la vraie ne se refuse jamais. Nous ne réclamons rien de miraculeux d’ailleurs, il suffit que l’ordre régalien étatique à différents niveaux retrouve sa plénitude et sa rigueur dans nos localités pour tout mettre à l’endroit. Tout ce qui est du domaine public (foncier, l’imamat ou la gestion des mosquées par exemple), c’est à la force publique d’arbitrer fermement avec justice là où il y a litiges. Ce qui est de l’ordre de l’organisation coutumière, la qualité de Citoyen va prévaloir pour nos familles et nos composantes sociales. Ainsi l’autorité publique doit s’appliquer sur nous comme d’autres sans filtres ni intermédiaires d’un régime féodal. Tous égaux en droits, en devoirs et en dignité.
• En tant que président du mouvement Ganbanaxu, vous jouissez d’une grande aura en Mauritanie, au Mali, au Sénégal, en Gambie et ailleurs. Vous êtes souvent en Mauritanie, pour les vacances, mais vous êtes quasi absent sur les médias publics et privés.
Est-ce un choix de votre part ?
Non, ce n’est pas un choix de notre part, je dirai une censure ourdie quelque part peut-être. Mon chargé de communication Koundou Soumaré avait écrit une contribution sur cet élément de constat il y a quelques années. Cet effacement sur l’espace médiatique public serait du fait d’un lobbying anti-Ganbanaxu qui ne dit pas son nom en coulisses. Nous portons un discours d’appel à l’égalité citoyenne et à la dignité humaine, et certains milieux soninkés introduits et influents pro statu quo intra-communautaire, dans certains services ne veulent pas d’une diffusion large d’un pareil discours.
Du coup, nous nous contentons de nos propres canaux médiatiques accessibles (Réseaux sociaux, sites internet et blogs) pour communiquer avec efficacité d’ailleurs. La présente interview avec OndeInfo en est une preuve notable.
• Si le mouvement Ganbanaxu était invité à participer au FISO, festival International Soninké, qui se tiendra à Nouakchott, en février 2023, répondra-t- il favorablement à l’invitation ?
Notre mouvement ne rejette pas une invitation qui se ferait dans des règles claires et correspondantes aux principes de notre engagement. Ainsi si cette invitation arrivait à l’occasion du FISO annoncé en février prochain à Nouakchott, en toute transparence nous allons apprécier les contours et les conditions, et décider au final la pertinence d’y répondre favorablement ou pas. Pour l’instant donnons le temps au temps, on verra bien le moment venu.
• Si une perspective de réconciliation et de sortie de crise s’offrait aux Soninkos, le mouvement Ganbanaxu a-t-il des points sur lesquels, il reste intransigeant ?
Au risque de me répéter, je dirais encore si l’autorité publique s’implique sérieusement, nous sommes disposés à discuter et à trouver des solutions de paix et d’entente sociale. Et notre mouvement ne démoderait rien de particulier qui serait contraire aux droits garantis à tout (e) citoyen(ne) par la Constitution de notre pays. Par ailleurs nous n’accepterions jamais une quelconque soumission sociale à un ordre féodalo-esclavagiste. Notre référence suprême sera la loi qui ne reconnaît que le Citoyen comme unité régalienne par essence avant tout autre considération d’ordre coutumier ou autre.
• Peut-on considérer Ganbanaaxu Fedde comme une organisation de droits humains ?
Oui, la mouvance Ganbanaaxu Fedde évolue dans le champ de la défense des droits humains. Du côté mauritanien, l’entité associative Ganbanaaxu Fedde Mauritanie dispose de sa reconnaissance officielle il y’a quelques mois et ses objectifs sont clairement énoncés pour le droit. Notre ambition est de l’intégrer dans la société civile droit-de-l’hommiste avec efficience.
L’universitaire feu Ousmane Moussa Diagana a écrit un Dictionnaire soninké- français (Mauritanie). L’ouvrage comprend près de 5800 entrées. Un travail incroyable ! Il avait aussi, en tant que linguiste et « puits de savoir », écrit La langue soninké, morphosyntaxe et sens. Cet ouvrage -que j’aimerai lire- est sans doute un legs pour notre génération et celles du futur.
Deux questions nécessitent l’attention : Est-ce que les sooninké et amoureux de la langue ont valorisé ce travail colossal et tant d’autres ?
Y’a t-il eu une suite pour prendre le flambeau ?
On voit l’organisation du Fiso (Festival International Soninké) depuis des années. Des personnes de tous bords en pays sooninké se retrouvent pour « fêter » la culture sooninké : soonikaxu. D’ailleurs, comme toutes les cultures de la civilisation Ouest-africaines, la culture sooninké a ses hauts et ses bas. Ses tares et ses manques. Cette culture regorge aussi dans ses vestiges des principes pour la consolidation de la fierté et de la dignité.
Le festival transnational prend-t-il en compte le travail scientifique de Feu Ousmane Moussa Diagana et d’autres personnes ? Bis repetita !
La rencontre rappelle l’organisation étriquée de la société sooninké ; sans aucun doute. Certains se chargent des procédures administratives, les « biens nés », les autres « pseudos-humains » se chargent des tam-tams et de la cuisine. Les dits griots trouvent leur compte. L’ego est conforté. Les exigences de la modernité sont oubliées. Le folklore à son apogée. La culture se limitera aux chants et danses. A la présentation d’objets qui n’ont de sens que dans le subconscient. Jamais utilisés au quotidien. C’est aussi le lieu de la promotion des « grands maîtres » de cérémonies. Les docteurs de tous bords. Les professeurs. Ce que les « diables » aux marmites dans le cadre des festivités ordinaires ne peuvent comprendre.
Espérons que la publication du Glossaire Français- Soninké préfacé par Barbara Cassin, membre de l’Académie française, connaîtra un franc succès cette saison, oups cette année lors de la rencontre du «peuple sooninké«. Un peuple ou un groupe sociolinguistique attaché à Wagadu, l’allégorie de léclatement social. Le groupe de « Sooni remu », les enfants de Sooni, se sont dispersés et ont hérité de l’appellation « Soonikara », l’éclatement de Sooni. Un Soninké : « soni nké » est alors un individu parlant la langue et partageant cette culture. Étant donné que cette dernière, c’est ce qui dans la nature est l’œuvre de l’humain : elle doit évoluer et prendre en compte les exigences de la modernité à savoir le principe de justice et d’égalité… Pourquoi pas d’équité face aux institutions?
Cette année, le Fiso se fera de nouveau à Nouakchott-Mauritanie en février, le thème aurait pu porté sur l’apport des recherches scientifiques sur la langue sooninké pour la revalorisation de l’être sooninké… On aurait pu pousser loin en brossant un état des lieux, en étudiant la place de la culture, de la langue ; même l’épineuse question des pratiques attentatoires à la dignité humaine : l’excision des femmes encore courantes, les conséquences du lévirat, le soroat, l’esclavage par ascendance, etc. Surtout le phénomène de caste qui est un véritable cancer social. Mais non ! Le thème portera sur l’agroalimentaire. L’agro
L’APS (Association pour la promotion de la langue soninké) prendra comme à l’accoutumée les devants de la scène. Les cadres, dit-on, qui n’assistent à aucune manifestation ou rassemblement pour les langues s’érigeant en défenseur de la langue seront les messagers des autorités… Quelle finalité ?
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