● La loi d’amnistie de 93, l’épine oubliée | Par Bocar Oumar BA.

L’opposition antisystème, comme il convient de le dire maintenant pour signifier les militants politiques qui sont pour un changement structurel de la Mauritanie, si elle est réellement attachée à son idéal d’une Mauritanie où règne la justice, ne peut continuer à négliger, voire ignorer l’épine sur son chemin que constitue la honteuse loi d’amnistie de 1993. Dans une livraison récente, je disais que la lutte pour l’abrogation de cette loi doit être la focale pour tout combat pour la justice dans notre pays.

Comment peut-on continuer à penser qu’une lutte sincère contre l’injustice soit possible dans un pays, sans que ne soit décrétée comme absolument prioritaire, l’abrogation d’une loi encore en vigueur faite justement pour protéger des criminels et narguer les victimes ? Imaginez une seule seconde qu’il subsiste encore dans nos textes une loi qui protège officiellement les maitres d’esclaves, les voleurs, les violeurs, etc. Je vois déjà le sourire de ceux qui s’empressent de me faire remarquer que si la loi ne les protège pas, la pratique le fait. Certes ! Mais l’édification d’une loi n’a pas la même valeur symbolique qu’une pratique qui vise justement à contourner une loi. Quand une assemblée vote une loi pour protéger des criminels là où même dans ses rêves les plus fous elle ne s’autoriserait pas à en voter une pour protéger des voleurs, quand bien même de fait l’état les protège par des pratiques connues de tous, ça dit quand même quelque chose sur le plan symbolique. Quand on sait que la plupart des personnes qui bénéficient de cette amnistie font partie de l’oligarchie arabe de ce pays, et que les victimes des atrocités ainsi niées sont toutes issues de la communauté négro-africaine déjà sous le joug du racisme d’état, la fracture nationale causée par les tenants du système apparait dans toute sa splendeur.

Que les tenants du système et ceux qui les applaudissent au quotidien n’aient pas intérêt à ce que la loi d’amnistie de 1993 ne soit pas dans la centralité du débat public, je le comprends aisément. Mais que ceux qui prétendent se battre pour la justice ne fassent pas de l’abrogation de cette loi le symbole même de leur lutte, j’en comprends moins la logique. Si ce n’est qu’il est facile de mesurer le cafouillis qui caractérise ce qu’on appelle « opposition », qui permet de masquer bien des lignes de fractures idéologiques pourtant essentielles pour mener de manière cohérente le seul combat qui vaille en Mauritanie : celui de faire nation. Le dialogue de l’opposition que nous avons appelé de nos vœux à l’Ajd-mr, sans y mettre, je l’admets, l’énergie que j’espérais, gagnerait pourtant à se tenir pour clarifier les logiques d’alliances qui, pour moi, doivent reposer d’abord sur une commune vision de la construction nationale, bien avant les logiques de stratégies électorales. Et dans cette démarche, le combat pour l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993 et l’article 6 de la constitution officialisant la seule langue arabe sont des curseurs incontournables de cette mesure.

Quelle Mauritanie voulons-nous ? Celle qui fait le choix de piétiner des victimes parce qu’elles sont noires et de protéger des criminels, voire les promouvoir, parce qu’ils sont arabes ? Celle qui élève la langue d’une seule communauté nationale au statut de langue officielle et abandonne en rase-campagne les autres langues nationales, accentuant ainsi la discrimination que vivent déjà leurs locuteurs ? Ou voulons-nous une Mauritanie plus juste envers tous ses enfants, leur donnant le même accès à la justice et à la protection de la puissance publique ? Nous pourrions établir ainsi une série de thèmes et de critères pour voir qui de l’opposition est d’accord avec quoi, aussi au regard des textes et déclarations traditionnelles des partis concernés.

S’abandonner à une lutte essentiellement basée sur des slogans désormais plus répétés par habitus que par conviction est la meilleure façon de la banaliser. Les sud-africains ont fait de la libération de Mandela un symbole de lutte n’ont pas qu’ils perdaient de vue l’objectif final qui est celui d’abattre l’apartheid, mais parce qu’ils comprenaient qu’ils avaient tout intérêt à faire de Mandela un totem et un symbole. Free Mandela ! est un slogan bien plus facile à faire passer tout en sachant que la libération de Mandela ne laissera pas indemne le système d’apartheid.  De même, en Mauritanie, si nous arrivons à faire tomber le symbole que constitue la loi d’amnistie de 93, c’est l’idée même de l’impunité, base existentielle de l’injustice, que nous abattrions. Les tenants du système l’ont d’ailleurs parfaitement compris pour y tenir tant quel que soit le régime, ce depuis 31 ans…

Je suis d’ailleurs toujours étonné de l’étonnement des gens quant à la multiplication des meurtres d’innocents par le fait des forces de l’ordre. L’existence d’une loi protégeant des criminels dans le pays, est à elle seule la garantie de la répétition des faits du genre. Comment ne pas comprendre dès lors que ce qui prime c’est d’abattre cette fichue loi qui se moque des victimes et élève les criminels au statut d’intouchables ? 

Bocar Oumar BA

● Qui sont les passeurs à Nouakchott et quel est leur mode opératoire ?

Les passeurs à Nouakchott sont peu nombreux, environ cinq à six individus bien connus.

Leur activité frôle la légalité, bénéficiant souvent de la complicité de certains éléments de sécurité.

Originellement liés à la pêche, ils ont trouvé dans le trafic de migrants une activité bien plus lucrative.
Un exemple notable est celui d’un célèbre exportateur de poisson frais qui s’est récemment reconverti en passeur.

Les passeurs opèrent de manière clandestine mais très organisée. Ils recrutent des migrants via des réseaux d’intermédiaires, les transportant secrètement vers des points de rassemblement près des côtes.

Les migrants sont souvent logés dans des maisons abandonnées, des entrepôts ou des camps de fortune, situés à proximité des plages pour faciliter l’embarquement. Le quartier de Kouva à Nouakchott est devenu un véritable bastion de l’immigration clandestine.

𝐏𝐚𝐢𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭

Les passeurs exigent un paiement avant le départ.

Le montant était initialement de quatre cent mille MRO, mais avec l’afflux de migrants pakistanais et bangladais, le prix a grimpé jusqu’à 700 mille ouguiya.

𝐂𝐨𝐨𝐫𝐝𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐝𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐭𝐬

Les passeurs coordonnent les départs avec des équipes à terre et en mer, utilisant des téléphones portables pour éviter la détection. Les migrants accèdent aux pirogues de nuit, minimisant ainsi le risque de détection par les autorités. Les bateaux partent souvent de plages isolées ou de points moins surveillés. Les départs sont échelonnés pour réduire les risques d’interception.

𝐂𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐨𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧

Les capitaines des pirogues sont souvent des pêcheurs sénégalais expérimentés en navigation. Ils restent rarement connus publiquement pour éviter les arrestations. Pour éviter d’être interceptés en pleine mer, ils préfèrent naviguer de nuit et changent fréquemment de routes maritimes pour déjouer les patrouilles des garde-côtes.

𝐄́𝐯𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐞𝐦𝐛𝐚𝐫𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬

Il y a quelques années, les pirogues transportaient souvent de petits groupes pour éviter d’attirer l’attention. Cependant, face à une demande croissante, on voit de plus en plus d’embarcations transportant des dizaines de personnes à bord.

Souleymane Hountou Djigo

Journaliste, blogueur

• Lien média https://kassataya.com/2024/07/26/%f0%9d%90%90%f0%9d%90%ae%f0%9d%90%a2-%f0%9d%90%ac%f0%9d%90%a8%f0%9d%90%a7%f0%9d%90%ad-%f0%9d%90%a5%f0%9d%90%9e%f0%9d%90%ac-%f0%9d%90%a9%f0%9d%90%9a%f0%9d%90%ac%f0%9d%90%ac%f0%9d%90%9e%f0%9d%90%ae/

● Coupure des données mobiles d’Internet : une République si fragile ?

Nouakchott Times – Les usagers mauritaniens sont privés des données mobiles d’Internet depuis près de 3 semaines, dans la foulée de la crise post électorale liée au déroulement du scrutin présidentiel du 29 juin 2024. Une mesure dont les conséquences économiques et sociales catastrophiques.

Ainsi, la démarche sécuritaire des autorités pèse de plus en plus sur l’activité économique. Notre République serait elle aussi fragile au point de courir des risques d’effondrement avec le rétablissement des données mobiles d’Internet ?

Difficile de croire à une telle hypothèse, dans un pays du Sahel, région confrontée à une violence terroriste récurrente, dont le territoire échappe aux attentats des barbus depuis le 11 décembre 2011, grâce à la vigilance des services spéciaux.

Pourquoi alors nos autorités craignent-t-elle le retour des données mobiles de l’Internet, envoyant ainsi un mauvais signal aux investisseurs potentiels et même aux simples visiteurs ?

Il est temps que le gouvernement donne des explications face à cette situation qui perdure fait descendre le moral des usagers dans les chaussettes.

• Lien média https://cridem.org/C_Info.php?article=776240&fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR3J7kdzBPW2ruxDprMm-0JZGWvoRiNyzzvHTbfxrpyLn3p9uWhgj6HEJGk_aem_h-vRY-xDp7JugiYfRkRl8A

● Qui était le journaliste panafricain Mohamed Maïga ? | Plume engagée et proche de Thomas Sankara.


J’ai eu écho de son cas récemment lors d’un visionnage d’une émission de la chaîne YouTube OuiHustle, consacrée à sa fille, la talentueuse actrice Aïssa Maïga. Lors de cet entretien fleuve et riche, la réalisatrice du film documentaire « Marcher sur l’eau » a abordé son enfance et la fin tragique de son père il y a 40 ans à Ouagadougou (au Burkina Faso) le 1 janvier 1984. En effet, son papa, à l’époque, jeune journaliste et intellectuel de 34 ans fut empoisonné dans la capitale du pays des hommes intègres aux temps du capitaine révolutionnaire et panafricain résolu Thomas Isidore Noël Sankara. Natif d’Ansongo (Mali) en 1950, Mohamed Maïga est issu de l’ensemble communautaire Songhaï. Journaliste à l’esprit vif et militant sur les dynamiques politiques liées à la cause panafricaniste, il avait travaillé au journal « Jeune Afrique » et pour le magazine « Afrique Asie ». Sa fille assure que l’association https://mohamedmaiga.org/mohamed-maiga qu’ils ont créée en janvier dernier, vise à promouvoir l’héritage intellectuel de son père parti si jeune, si tôt. À la fin de l’émission YouTube Oui Hustle, l’actrice française a donné quelques détails pratiques sur l’espace qu’ambitionne d’occuper l’association portant le nom du journaliste engagé.

L’intégralité de l’émission YouTube https://youtu.be/wKfPiIphpbc?si=jQS78M3vzWWBbzgw

22 juillet 2024

🖋KS pour le BLOG L’Écrit Osé

● « RACISME DÉCOMPLEXÉ » : WESLEY FOFANA FUSTIGE LA VIDÉO POLÉMIQUE DES JOUEURS ARGENTINS CONTRE LES FRANÇAIS

International français et coéquipier d’Enzo Fernandez à Chelsea, Wesley Fofana n’a pas apprécié le chant raciste entonné par les Argentins après leur victoire à la Copa America. Et il l’a fait savoir sur les réseaux sociaux.

Les retrouvailles à l’entraînement s’annoncent glaciales… Wesley Fofana, international français et coéquipier d’Enzo Fernandez à Chelsea, a réagi ce mardi au chant polémique – et clairement raciste – des joueurs argentins pendant les célébrations de la Copa America. Une chanson qui cible les joueurs français, notamment ceux de couleur comme Kylian Mbappé.

« Le football en 2024: racisme décomplexé », a écrit le joueur de 23 ans sur le réseau social X, en partageant la vidéo problématique en question. Une vidéo justement diffusée dans la nuit de lundi à mardi par Enzo Fernandez, son partenaire en club.

Plusieurs Français ont arrêté de suivre Fernandez sur Instagram, la FFF va porter plainte

Comme expliqué par RMC Sport, le chant a fortement agacé dans le vestiaire de Chelsea. Notamment chez les Français, présents en nombre chez les Blues, avec donc Fofana, mais aussi Axel Disasi, Benoit Badiashile, Malo Gusto, Lesley Ugochukwu ou Christopher Nkunku. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs cessé de « suivre » Enzo Fernandez sur Instagram ces dernières heures.

La FFF, de son côté, a condamné ce nouveau dérapage de l’Abiceleste, qui s’était déjà tristement illustrée après le Mondial 2022, annonçant son intention de saisir la Fifa, et de déposer une plainte en justice.

C.C. avec F.H.

• Lien média https://rmcsport.bfmtv.com/football/racisme-decomplexe-wesley-fofana-fustige-la-video-polemique-des-joueurs-argentins-contre-les-francais_AV-202407160802.html?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR3pIlXTBmb_8fk5MLp7LYbIMRpSt2mhlEuRdkJD0MGwiVtK2ZtcT-gDdKI_aem_Tq5Lw7GfK9A0XLossDJqsg

● La déconnexion internet : une nouvelle forme de dictature | Par Seyré SIDIBE [OndeInfo]

En Mauritanie, plus de deux semaines après la présidentielle du 29 juin, le pays est coupé du monde. En effet, les autorités ont trouvé la formule propre aux régimes à poigne ( c’est un euphémisme ) pour isoler le pays du reste du monde.

Une mesure unilatérale qui a un coup économique, un aspect dont se soucient peu les autorités. Plongé le pays dans une telle situation, notamment au-delà d’une semaine devrait être justifié par une situation exceptionnelle : l’état de siège, par exemple.

La première expérience dans cette pratique, consistant à  » la déconnexion internet » remonte au régime de Ould Abdel Aziz, c’était encore dans un contexte post-électorale, pour permettre à l’actuel président, Ould Ghazouani d’accéder au fauteuil présidentiel.

Depuis, comme les mauvaises habitudes ressemblent aux mauvaises herbes, elles se ramifient, se développent, se propagent et s’installent vite, cinq ans après on assiste à un remake du contexte post-électorale de 2019, cette fois-ci avec plus de zèle.

Ce « sevrage internet » devient étouffant, absurde, incompréhensible, et relève d’une schizophrénie sécuritaire et autoritaire alors que le contexte national est loin d’être explosif.

Elles ( autorités ) décideront de rétablir la connexion mobile, quand elles voudront, sans explication et sans présenter des excuses au peuple.

Et comme le consommateur n’a aucun droit, comme en 2019, aucune mesure ne sera prise pour dédommager, les usagers d’Internet mobile qui avaient payer à perte des services, à cause de la coupure d’internet imposée par les autorités. Une situation qui va particulièrement affecter les plus indigents, qui végètent pour exiger, à côté d’une minorité richissime, et dont l’origine de la fortune reste un mystère.

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/la-deconnexion-internet-une-nouvelle-forme-de-dictature/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR1YphvenOIZlPGDdx7UrdxxNDIuhf21CieUoqlZ8EFRJwHHrk41UpGIPuM_aem_pkqyHMvXECqp1AEF_REkrA

● Sur les évènements de Kaédi | Par Dr Mouhamadou Sy

Suite aux résultats de la présidentielle, Kaédi a été endeuillé, sévèrement frappé par les foudres de la répression policière. Je renouvelle mes condoléances aux proches des victimes et au peuple mauritanien qui essuie une fois de plus les violences du système odieux qui le gouverne.

Compte tenu de la fréquence de tels crimes, des meurtres récents de 2023 dans un contexte bien différent de celui d’une élection, il est raisonnable d’imputer la responsabilité de ces pertes à un système dans lequel sévit l’impunité qui, d’une certaine façon, sonne comme un mot d’ordre. Il n’y a pas encore eu, à ma connaissance, de mesures sérieuses prises à la suite de Lamine Mangane, ou d’Abass Diallo, ou de Souvi, de Oumar Diop, de Ould Samba, etc. Nous avons été à chaque fois confrontés à des justifications les plus ahurissantes: tir de semonce, conditions respiratoires défaillantes, etc. Il y a lieu ici d’exprimer aussi fortement et résolument que possible notre dénonciation de tous ces actes barbares et d’appeler à la justice. 

En deuxième lieu, il convient, si nous voulons être justes, d’aller au-delà du système décrit qui de toute évidence est coupable. Nous devons également situer les circonstances spécifiques.

Il y a quelque chose d’extrêmement contestable qui s’est passé dans le camp de l’opposition, le cercle de la coalition Biram pour nommer directement les choses, tout au long du dépouillement. Mesurant le danger que cela représentait, nous avons eu à appeler à la rigueur dans une « note méthodologique » parce que, précisément, nous craignions que cette dynamique n’aboutisse à une tragédie qui pouvait être évitable.

Dès le soir du 29 juin, des résultats partiels, purement sélectifs, ont commencé à submerger les réseaux sociaux montrant des écarts importants favorables au candidat Biram Dah Abeid. Ce qui a induit chez beaucoup une confiance et un espoir, voire une euphorie, quant à une victoire incontestable. Seulement le biais ici est flagrant, car au même moment d’autres circonscriptions affichaient également, peut-être à l’insu de la bulle pro-biramienne, des écarts tout aussi notables, si ce n’est largement plus, en sa défaveur. Un discours de contestation extrêmement peu documenté, comme si cela était voulu ainsi, commença à s’installer, réconfortant les espoirs des uns, transformant l’euphorie des autres en une conviction quant à un vol caractérisé. Tout cela sans un sérieux travail de documentation et de confrontation des données. Bref, le moins que l’on puisse dire est que la coalition Biram, principale contestataire, n’a pas basé ses revendications sur des données palpables, là où la CENI offrait une possibilité d’être contredite en affichant tous les détails et supports de ses chiffres en accès libre. Quelques PVs semblant entrer en contradiction avec les données de la CENI ont circulé, mais rien de tel à changer significativement les résultats. Au contraire, on retrouve bel et bien sur le site, telles quelles, les quelques données favorables à la coalition Biram qui avaient circulé la veille. 

Dans ces conditions, comment peut-on prétendre à une victoire? Comment peut-on appeler à manifester – ou tout au moins  y préparer – sachant les risques réels encourus? Soyons clairs: loin de moi l’idée d’accepter que l’on puisse arrêter, torturer et assassiner un manifestant. Cet état des choses est plus que révoltant. Mais, il s’agit d’un fait constaté en Mauritanie, et on doit le prendre en compte pour toute raison pratique. Je ne dis pas non plus qu’il faille être apeuré à tel point que l’on renonce au droit de manifester. Je dis cependant, sachant tout l’historique de la répression, qu’il est irresponsable de mettre des jeunes dans une telle situation sans aucune raison concrète derrière.

La vérité est qu’autant il nous a été difficile de prouver notre victoire, autant il est facile d’expliquer notre défaite.

Pouvons-nous contester par exemple les résultats de Bababé? Pouvons-nous comprendre quelles en sont les raisons? Ne connaissons-nous pas de véritables piliers du pouvoir, bien implantés ici et là, qui, à l’aide d’un clientélisme, raflent la grande part de la population votante? Et nous parlons de lieux qui étaient censés nous être favorables ! Mais, hélas on y perd assez largement. Et dans les quelques lieux où on l’emporte, on le fait avec des écarts facilement remontables. Les mécanismes de notre défaite sont, je le regrette, bien compris. Elle était prédictible et a bien été prédite.

Je pense que la conduite responsable ne consistait pas à crier au vol avec la manière que l’on connaît, qui a participé à disposer certains jeunes, de bonne foi, à s’engager dans la rue pour défendre une prétendue victoire au contact de la violence policière. Alors que l’on n’est même pas prêt à faire la démarche administrative consistant à un simple dépôt d’un recours auprès de l’autorité compétente. Cela relève d’une totale irresponsabilité a priori; et d’une indignité manifeste a posteriori.

Pour les besoins politiques de mobilisation bien compréhensibles, ce camp de l’opposition pouvait bien opter pour la critique des règles du jeu électoral bien critiquables, s’y confiner à défaut de pouvoir démanteler les données de la CENI. Ce sujet serait moins sensible, peu enclin à exposer la population, et serait plus conforme à la réalité.

En conclusion, nous devons dénoncer de toutes nos forces la violence et l’impunité qui régissent ce système. Nous devons aussi appeler les leaders à la responsabilité; à mesurer la portée de leurs postures et discours. Les risques étant si grands, il est nécessaire de s’assurer du bien fondé de la revendication avant de décréter des positions aussi incitatives.

11 Juillet 2024
Dr Mouhamadou Sy

● Au-delà de l’assassinat de trois jeunes manifestants à Kaédi | Par Seyré SIDIBE

Depuis, le magistère d’Ould Abdel Aziz et dans la continuité, Ould El Ghazouani, il est évident que l’assassinat de manifestants Noirs dans la vallée est devenu un fait divers, qui ne semble outre mesure offusquer personne (les Autorités), se cachant derrière une prétendue sécurité et maintien de l’ordre, accordent le permis de tuer aux forces de sécurité.

Tuer froidement des manifestants désarmés n’est pas acceptable. Le jeu démocratique ne s’accommode pas avec la violence du pouvoir exercée de manière implacable sur le peuple, et de surcroît les plus vulnérables. Ceux qui n’ont pas encore fini de panser les plaies et les traumatismes des événements des années 90.

Le débat n’est plus de savoir si, le scrutin s’est déroulé dans la transparence, si la CENI a été au rendez-vous de l’indépendance, de la neutralité absolue… Désormais ce que l’histoire retiendra : la réélection de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est entachée de sang des jeunes de Kaédi.

Or, en Afrique, la répression des manifestants dans le sang, revêt une symbolique dans l’exercice du pouvoir politique, et n’est pas sans rappeler de souvenirs macabres, (sorcellerie, fétichisme, animisme et magie noire), qui s’invitent au cœur du pouvoir, une réalité qui a fini par inspirer de nombreux écrivains.

Cependant, gardez-vous de verser le sang de certaines personnes. Cela ne vous servira point. Au contraire, vous serez frappé de malédiction. J’entends déjà, quelqu’un dire, « nous ne croyons pas à ces pratiques, nous sommes musulmans à cent pour cent ». Je réponds non sans être gêné, qu’un musulman ne peut ôter la vie à son frère, surtout dans une situation où ce dernier ne constitue pas une menace. 

Cette banalisation de la mort des jeunes négro-mauritaniens pendant les manifestations est quasi similaire au sort que subissent les jeunes Palestiniens désarmés, lançant des pierres aux soldats Israéliens lourdement armés.

Et s’ensuit, une course-poursuite meurtrière ; une réplique disproportionnée des forces israéliennes. Des méthodes que tous les gouvernements mauritaniens ont condamnées, au point que la question palestinienne est devenue l’une des constantes de la politique étrangère de notre pays. Eux ont droit de manifester, d’exprimer leur ras-le -bol face à la politique de colonisation, et lorsqu’ils trouvent la mort, ce sont des martyrs. L’Etat israélien est accablé et accusé de tous les noms d’oiseaux.

En revanche, les négro-mauritaniens lorsqu’ils battent le pavé, – c’est souvent rare-, tellement, nous sommes terrorisés, et pour les rares fois qu’on occupe la rue, nous sommes accusés de planifier des projets insurrectionnels ou conspiratifs. Un paradoxe n’est-ce pas quand on voit, ces mêmes autorités commettre les mêmes crimes, chez elles contre leurs compatriotes Noirs du Sud.

En vérité, les forces de défense et de sécurité ne sont que des boucs émissaires d’un système raciste, pensé et planifié pour tuer, traumatiser et circonscrire toute velléité de contestation, de révolte des populations, surtout lorsqu’elle a pour cadre le sud du pays.

Cela est d’autant plus vrai, que les mêmes forces de l’ordre agissent d’une autre manière pour disperser des manifestants devant le palais présidentiel à Nouakchott sans jamais qu’il n’y ait mort d’homme. Sans exagérer, il semble qu’il existe des pratiques de maintien de l’ordre pour les uns, plus coercitives et pour les autres, plus « soft » selon qu’on soit au nord ou au sud du pays. Comme les meurtriers et les bouchers d’Inal, de Waalata, de Sorimalé…, les tueurs de Kaédi rendront certainement compte devant Dieu, mais jamais, ils ne seront inquiétés, poursuivis par la justice des hommes.

Contestations post-électorales : quelles en sont les causes ?

Vous remarquerez que dans tous les pays où l’opposition crie à la fraude électorale, avec une déferlante de citoyens dans les rues pour contester, au lendemain de la proclamation des résultats, ce qu’il existe une crise de confiance entre le citoyen et les institutions. Cette crise se manifeste par un manque de confiance, une certaine incrédulité voire une méfiance des citoyens vis-à- vis des institutions et ceux qui les incarnent. Or, dans les pays où la neutralité quasi absolue de l’Etat est une conduite, une règle, les citoyens vont accomplir leur devoir citoyen et attendre sans stress la proclamation des résultats.

Chez nous, l’Etat est défaillant, tribal, militaro-ploutocratique et ceux qui gouvernent sont toujours préoccupés par le souci de se pérenniser au pouvoir. Ils sont disposés à faire usage de toutes sortes de méthodes déloyales pour préserver leurs intérêts.

Nous sommes souvent hypocrites.

Mais le temps reste le meilleur juge. Il y a aujourd’hui, parmi ceux qui contestent les résultats de la CENI (présidentielle du 29 juin 2024), des personnalités qui étaient aux affaires sous le régime du prédécesseur de Ould Ghazouani.

En 2019, ceux-là étaient du « bon côté », et clamaient la transparence de la présidentielle et l’indépendance de la CENI, et condamnaient les manifestations post-électorales des partisans du même Biram Dah Abeid. Tombés en disgrâce, ils s’opposent aujourd’hui au régime de Ould Ghazouani et n’hésitent pas à dénoncer sans retenue la gestion du pays, et les institutions qu’ils ont qualifiées hier dignes d’un Etat de droit.

Pour éviter de telles contestations, il va falloir réinventer un nouveau pacte de confiance entre le citoyen et les institutions, choisir des hommes de grandes probités morales : la moralisation de la politique. Pour cela, l’Etat doit lui-même, changer en profondeur en rompant avec ses méthodes et pratiques qui sapent le projet de construction d’une véritable république. Il doit mettre fin au racisme d’Etat, au favoritisme, au népotisme, au tribalisme, à l’esclavage, la féodalité, le clientélisme, au détournement des deniers publics et à l’impunité, les injustices et les discriminations etc.

La violence de l’opposition vs la violence du pouvoir

Quel que soit le système démocratique, l’opposition ou toutes forces politiques constituées légalement, cherchant à conquérir le pouvoir n’ont d’autres choix que la contestation, les manifestations et même l’usage d’un langage parfois excessif pour discréditer ceux qui gouvernent. C’est souvent un droit reconnu par la Constitution. Dans cette confrontation, les deux parties, deux clivages qui prend la forme – pouvoir vs opposition, et ailleurs Gauche vs Droite- etc. se renvoient des insanités et s’accusent mutuellement.

En Mauritanie aussi, on assiste en apparence à la même configuration, avec une opposition en lambeau minée par des querelles intestines et de personnes, qui profitent au pouvoir. Cependant, depuis plus d’une décennie maintenant, l’opposant Biram Dah Abeid s’est imposé comme le véritable opposant non seulement du pouvoir mais mieux du système. Son discours est jugé virulent, destructeur de l’unité nationale, en plus appelle à l’insurrection etc.  Les propos qu’il tient contre les Bydhane, restent quand-même d’une rare violence.

Cependant, la poussée extrémiste en Mauritanie est le résultat des politiques injustes, ségrégationnistes et discriminatoires conduites par les différents régimes pour renforcer l’hégémonie d’une partie des Mauritaniens contre une autre. C’est l’impunité et la supra-citoyenneté accordées aux uns contre la misère, la vassalité et la citoyenneté de seconde zone réservée aux autres qui font les lits des discours haineux.

La violence du discours reste certes, une violence, mais que dire alors de celle qui opprime, qui détruit l’avenir des générations présentes et futures, qui paupérise en mettant sur les routes du Nicaragua des milliers de jeunes mauritaniens, de toutes les communautés nationales ! Que dire de cette violence qui tue, qui endeuille les familles du sud, en arrachant à leur affection un des leurs à la fleur de l’âge, sans aucune forme de procès.

La violence, c’est être considéré comme un moins que rien dans son propre pays ; devenir du jour au lendemain apatride dans son pays, sur la base d’un enrôlement aux critères à géométrie variable. C’est voir l’un de ses parents se faire tabasser, humilier par des forces de sécurité sans pouvoir porter plainte.

Tant que les Autorités ne changent pas de politique et se décident enfin de construire un Etat mauritanien juste et égalitaire pour tous, des extrémistes de tous bords existeront et se nourriront de ce terreau fertile pour créer le chaos. L’Etat est comptable de toutes ces formes de déviance citoyenne qui compromettent l’édification d’un Etat mauritanien viable, qui s’assume sur la base de son histoire, de sa religion (islam) et de sa Constitution.

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/au-dela-de-lassassinat-de-trois-jeunes-manifestants-a-kaedi/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR0KVy_UXpy8lsRtkqirFcbSvw1x9w2yapw7apdLydgjaAiKIivnXdTSf7g_aem_q7E1_WNSaOSvhDizhMjQiA

● Une élection, c’est une épreuve de sciences exactes

Il n’ y a pas plus angoissant que d’être suspendu à la  délibération, des résultats  d’un concours auquel, vous avez  participé alors que vous avez  des réserves sérieuses, à la fois sur la probité et l’impartialité  des correcteurs et du jury. 
Vous êtes d’autant plus dévasté, à l’idée d’un éventuel échec surtout lorsque vous êtes le meilleur de la classe. Ce que vous avez su  prouver pendant neuf mois à  travers vos notes des contrôles continus. 

Si vous êtes littéraire, et le concours porte sur la  dissertation, par exemple, vous pouvez être
plus indulgent, et comprendre votre échec par le caractère particulier des disciplines littéraires. 

Ainsi, dédouaner plus aisément  les correcteurs et le jury ; en raison du caractère « subjectif » des disciplines littéraires ( les sciences humaines), qui pour autant, obéissent bien entendu à  des règles précises et sont donc loin s’être dénuées de toute logique. 

En revanche, dans un concours où les épreuves sont dans les sciences exactes, il y a peu de place à la subjectivité. On doit pouvoir expliquer l’échec comme le succès. 

En effet, si le jury est transparent et neutre, il doit accepter sans récriminations, les réclamations et contestations des candidats recalés, en vue de les étudier et envisager une nouvelle correction, avec d’autres correcteurs dont les qualités et l’intégralité morales sont avérées, et ce en présence des requérants. 

Par une telle démarche, le jury peut se laver les mains proprement de tout soupçon, de complicité ou connivence. Il y va pour son image en tant qu’institution.

Dans le domaine des sciences exactes, le résultat n’est pas parachuté, inventé et imposé.
Il s’impose par lui-même, de lui-même par la démarche, la méthodologie. Même les plus incrédules, ne peuvent résister, refuser « pendant longtemps »  la vérité scientifique.

Seyré  SIDIBE

● Wikileaks : Julian Assange est libre [France Info]

Julian Assange, le fondateur de Wikileaks qui était poursuivi par les autorités américaines pour avoir divulgué des centaines de milliers de documents confidentiels, a retrouvé la liberté, mardi 25 juin.
D’un pas déterminé, Julian Assange gravit les quelques marches qui le séparent de sa liberté. Un avion le mène vers le territoire américain, où il sera jugé. Le fondateur de Wikileaks est relâché après 1 901 jours de prison et 14 ans d’une saga judiciaire hors normes. C’est l’épilogue d’une longue bataille pour sa famille et ses proches.

Une liberté acquise grâce à un accord de plaider coupable avec la justice américaine. L’Australien encourrait 175 ans de prison aux États-Unis pour avoir rendu publics plus de 700 000 documents confidentiels sur les activités militaires et diplomatiques américaines. Réfugié dans l’ambassade d’Équateur à Londres pendant sept ans, puis incarcéré au Royaume-Uni en 2019, il avait obtenu des soutiens dans le monde entier.

Une peine déjà purgée ?
Son pays se félicite aujourd’hui de sa libération. Il doit comparaître mercredi 26 juin devant un tribunal fédéral des îles Mariannes, un territoire américain du Pacifique. Il devrait être condamné à 62 mois de prison, peine déjà purgée en détention provisoire.

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